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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Fleischer
Soleil vert (Soylent Green - Richard Fleischer, 1973)

New York, 2022.

La pollution s’est installée. La surpopulation engorge la ville. La famine menace.

Au milieu de tout ça, Simonson (Joseph Cotten), un riche homme d’affaires est assassiné chez lui.

Le policier Thorn (Charlton Heston) est chargé de l’enquête, a priori un banal cambriolage qui a mal tourné.

Mais ce qu’il découvre va bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer.

 

C’est en 1972 que Richard Fleischer a tourné cette œuvre d’anticipation devenue depuis un classique de l’anticipation au cinéma. Il faut dire que l’intrigue (brillante) assure à elle seule le succès du film. Nous sommes dans une période où le cinéma d’anticipation fleurissait (Orange mécanique, Fahrenheit 451, 2001, l’Odyssée de l’espace…).

Nous sommes donc dans une histoire qui pourrait arriver cinquante ans plus tard. Plus tard que le tournage. Et il est toujours étonnant de revoir de tels films alors que l’échéance qu’ils envisagent est pour nous spectateur de 2017 un avenir très (très) proche. A l’heure où j’écris, il reste un tout petit peu plus de quatre ans pour y arriver… ou non !

Mais il est indispensable de garder à l’esprit le date du tournage. En effet, Fleischer, comme les autres avant (et après lui) qui se confronteront à ce genre d’anticipation prophétique, ne peut pas se dégager de l’époque où il vit.

En effet, le monde qui nous est proposé, tant qu’il reste en intérieur, n’est pas très différent de celui que connaissaient les spectateurs de 1973, quand le film est sorti. On retrouve le même genre de bâtiments – qui étaient modernes pour l’époque – et des objets qu’on appellerait aujourd’hui de « design », rappelant ceux qu’on trouve dans les films de Kubrick.

Mais ce qui a le plus vieilli, c’est, bien entendu quand on vit en 2017, le téléphone. Si Thorn utilise un sans fil quand il est dans la rue, les téléphones d’intérieur on conservé leur fil entortillé ! [Il suffisait, pour s’en tirer de prendre exemple les récepteurs de la série de Patrick McGoohan & George Markstein) : le Prisonnier (1967-68).

 

Mais c’est dès qu’on sort d’un intérieur que l’anticipation est la mieux rendue. La lumière du jour est filtrée (en vert, bien sûr), e »t donne une sensation d’accablement par la chaleur sur les humains qui pullulent. Nous sommes aussi dans un cadre de surpopulation terrible : les édifices religieux sont devenus des dortoirs où s’entassent les gens pour dormir, les autres allant jusqu’à dormir dans les escaliers des différents immeubles, sous la garde d’un homme armé.

 

Rarement la surpopulation n’a été montrée aussi crûment, ni avec autant de pessimisme. On retrouve les longues files d’attentes que beaucoup de gens en 1973 avaient connu pendant et après la deuxième guerre mondiale, mais avec en plus des risques de débordements autrement plus forts que 30 ans avant (1943). Cet aspect culminant avec une émeute réglée grâce à l’utilisation de pelleteuses (« scoops ») qui embarquent les gens « à la pelle » (c’est le cas de le dire !).

 

Nous sommes dans ce qui ressemble à une dictature policière où la seule véritable monnaie d’échange est la nourriture authentique. Parce que la nourriture la plus répandue (elle concerne tous sauf les riches capables d’acheter de vrais aliments non transformés), ce sont des plaquettes de différentes couleurs, dont le fameux Soylent Green, d’où le titre original.

A ce propos, j’aurais aimé à croire que le titre français ne faisait référence qu’à l’éclairage des scènes extérieures… Mais non, le Soleil Vert, c’est cette nourriture fabriquée par la firme Soylent, dont faisait partie Simonson.

Mais vous verrez le film si vous ne savez pas encore de quoi il en retourne.

 

Je terminerai en parlant de celui qui est l’ami de Thorn, Sol Roth : Edward G. Robinson.

Il s’agit du tout dernier film de ce géant d’Hollywood. Il est totalement sourd et souffre d’un cancer. Il mourut trois mois avant la sortie du film. Et la mort de Sol, c’est d’une certaine façon, celle que le grand Edward aurait pu avoir : une euthanasie* paisible, en regardant les images du monde qu’il a connu enfant puis adulte, bien avant d’être un vieillard, devenu donc inutile dans ce monde engoncé par une surpopulation sans cesse grandissante. Et en écoutant les accents du premier mouvement de la VIème symphonie de Ludwig van (Tiens, c’est vrai, Alex DeLarge écoutait la IXème…), et le matin de Peer Gynt (Grieg).  

 

Et cette mort de Sol, vécue par un Thorn en pleurs est une scène authentique : Heston savait que Robinson n’en avait plus pour longtemps, et l’aspect prémonitoire de cette scène ne lui a pas échappé. Et nous, spectateurs (en 1973 comme en 2017 et après), avons l’impression d’assister à la mort d’un géant, comme ce fut le cas de Calvero/Chaplin dans Limelight.

 

 

 

* L’euthanasie est alors légale. Elle se passe dans la plus parfaite normalité. Les personnes âgées, ou malades y font la queue à un guichet pour être emmené vers une salle de mort, comme Sol (On y reconnaît au passage Dick van Patten…).

 

Nous sommes – en 2017 – encore bien loin de cette mort légale et acceptée…

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