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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #William Beaudine, #Mary Pickford
Les Moineaux (Sparrows - William Beaudine, 1926)

Nous sommes dans les régions marécageuses du Sud des Etats-Unis. Dans cet univers putride s’élève un marais dont le propriétaire est l’infâme Mr Grimes (Gustav von Seyffertitz), qui a sous sa coupe une dizaine d’enfants (confiés, trouvés ou enlevés) qu’il traite de façon inhumaine. Chaque jour, ces enfants, emmenés par la grande Molly (Mary Pickford), demandent à Dieu de leur venir en aide, mais Il a d’autres affaires urgentes, s’occuper des moineaux (1), par exemple…

 

L’année suivant la sortie de La petite Annie, William Beaudine sort un autre film avec Mary Pickford. Il s’agit  cette fois-ci d’un drame de l’enfance, avec une description sordide de la ferme qui les accueille pour les exploiter, ou encore les tuer. Cette ferme est dirigée par Mr et Mrs Grimes, à côté desquels les Thénardier passeraient pour de gentils animateurs de centre de vacances.

Gustav von Seyffertitz est formidable en Grimes, cet être ignoble qui de surcroît est boiteux et paralysé du bras gauche, appartient au panthéon des tortionnaires d’enfants avec entre autres le couple précédemment nommé ou encore l’infâme Fagin dans Oliver Twist.

 

Au milieu de ce lieu abandonné de tous (et même de Dieu, donc), Molly (jeune fille de 15 ans environ) s’occupe comme une mère des autres enfants, les protégeant du marais mais surtout de l’infect Grimes, de sa femme (Charlotte Mineau) et de son fils Ambrose (Spec O’Donnell, qui retrouve sa partenaire du film précédent).

 

Et Mary Pickford campe une Molly encore plus subtile que ces précédents rôles de fillette. Oui, elle a 33 ans quand elle tourne le film, mais qu’importe : elle a le gabarit, le visage et surtout le talent pour interpréter ce personnage merveilleux.  Certes le tournage fut un enfer pour elle et Beaudine, amenant leur rupture définitive : Beaudine est carrément parti, laissant son assistant Tom McNamara finir le film !

 

Mais le jeu en valait la chandelle. Les péripéties dans le marais (créé pour l’occasion) sont haletantes car en plus de lises extrêmement dangereuses, on trouve une troupe d’alligators (2) qui se satisferait avec plaisir de cette chair fraîche leur rendant (inopinément) visite. Les plans avec les alligators ajoutent à l’atmosphère du film et rendent encore plus palpitante l’évasion des enfants.

 

Mais le vrai succès du film est surtout dû à un jeu d’acteur phénoménal, Pickford et Seyffertitz en tête, les deux représentants du Bien et du Mal, s’affrontant dans un enfer boueux gothique à souhait.

Mary Pickford donne à Molly une dimension mariale en totale contradiction avec le lieu où se déroule le film. Et les prises de vue et l’éclairage accentue cette teinte mystique : la séquence quand le bébé meurt est fortement émouvante, avec en prime une magnifique incrustation de l’arrière plan où un berger (Jésus, bien sûr : le Bon Pasteur) pénètre le grenier qui sert de dortoir aux enfants affamés, pour emmener le bébé qui vient d’expirer. Il ressort et le mur réapparaît sur cette partie qui s’était ouverte, amenant un soleil irréel dans la nuit  funèbre.

Autrement, Pickford joue une adolescente qui a déjà mûri et les gags habituels ne sont pas là, le sujet étant trop grave, mais toutes ses qualités habituelles sont accentuées par cette maturité précoce du fait des circonstances.

Un très grand rôle pour Mary Pickford, malgré la boue, les crocodiles et Beaudine !

 

Mais l’alchimie ne prend que parce qu’en fa ce on trouve un incroyable méchant. Gustav von Seyffertitz n’a pas joué que des vielles badernes prussiennes, la preuve. En plus d’être boiteux, il est bossu : un rôle que n’aurait pas (trop) renié le grand Lon Chaney, quoi qu’un peu trop primaire peut-être…

 

Un film absolument magnifique.

 

(1) Matthieu 6:26 : « Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. »

 

(2) Il semble tout de même que les alligators ne représentaient pas un danger immédiat, malgré toutes les histoires qui ont circulé autour du film.

 

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