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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Billy Wilder
Stalag 17 (Billy Wilder, 1953)

Un camp de prisonniers, en plein cœur de l’Allemagne nazie (comme toujours), pendant la bataille des Ardennes, 1944.

Dans ce camp, des sergents. Rien que des sergents. Imaginez…

Parmi eux, Sefton (William Holden), qui se débrouille un peu mieux que les autres grâce au trafic. Alors quand on soupçonne un traître dans le baraquement, tout le monde se retourne vers lui…

 

Dix ans avant La grande Evasion, Billy Wilder proposait cette adaptation de la pièce éponyme de Donald Bevan & Edmund Trzcinski (très difficile à prononcer), ce dernier faisant quelques apparitions.

Loin des scènes de combats, nous suivons le quotidien sordide des prisonniers, où la solidarité n’est pas toujours de mise : les conditions terribles encourageaient les hommes à des sauver eux-mêmes avant de penser aux autres.

Sefton est un de ces hommes un tantinet personnels et qui profite de cette situation, proposant des distractions voire un alcool d’épluchures de pommes de terre un peu du même style que Steve McQueen et ses acolytes proposeront dans le film de Sturges susnommé.

 

Avec Sefton, c’est tout un microcosme qui vit en vase clos dans un baraquement peu chauffé (voire pas du tout, d’ailleurs), avec bien entendu les affres de la promiscuité, mais additionnée de suspicion. Comme dans tout bon film de prisonniers de guerre, des rôles sont établis, même si ici, à part le chef de baraque et l’agent de renseignement, chacun est plutôt caractérisé par un surnom dû à son apparence ou son comportement, voire les deux, quand il s’agit de L’Animal (Robert Strauss). On trouve donc un comique – Shapiro aux lèvres sucrées (Harvey Lembeck) – Sugar-Lips Shapiro en VO – Duke (Neville Brand), Blondie (Robert Shawley), etc. Et bien sûr  l’incontournable monsieur Sécurité (Peter Graves).

 

En face, il y a les gardiens et leur chef von Scherbach (Otto Preminger, qui, quand il ne tournait pas, endossait le rôle du méchant Allemand), sadique à souhait  et l’infatigable Schultz (Sig Ruman), sous-officier un tantinet idiot, ou du moins c’est ainsi qu’il se montre.

 

Et comme nous sommes dans un film de prisonniers, il faut au moins une tentative d’évasion, sinon, l’intérêt s’émousse.

Wilder nous en propose deux, en ouverture puis en fermeture du film, avec des résolutions différentes (je vous laisse deviner celle qui aboutit). Mais comme annoncé dès le début par Cookie (Gil Stratton), le narrateur, rien de spectaculaire ne va se passer. Chaque évasion est simple, sans artifice ni plan longuement mûri. On attend la bonne occasion.

 

Comme nous sommes dans un film de Wilder, on retrouve ses pointes de comédie. Mais c’est un humour qui se place dans un contexte qui ne s’y prête pas. Et surtout, il met en évidence des comportements qu’on n’attend pas d’un film au contexte historique.

Le personnage de Sefton est certainement le plus intéressant, tant il pose certaines questions sur les comportements de ces « héroïques » prisonniers.

Sefton est un égoïste. Peut-être que ses premiers déboires dans le camp l’ont encouragé à le devenir, mais il est intraitable dès qu’il s’agit de commerce (troc, achat…). Et si Sefton est tout de suite considéré comme la taupe des nazis, c’est avant tout à cause de son activité. La jalousie aveugle toujours ceux qui la vivent. Mais quand les autres passent aux actes et le violentent, on n’est plus dans cet esprit de camaraderie qu’on retrouve dans le film de Sturges ou encore de Renoir (La grande Illusion, bien entendu).

 


Et Wilder ajoute un autre élément (qui fut aussi exploité par Renoir, mais plus sobrement) : les femmes ou l’absence de femmes.

L’Animal est un grand admirateur de Betty Grable, mais des photos n’ont jamais remplacé une personne. Quant aux prisonnières russes, mis à part un énorme bakchich de cigarettes, elles ne sont que des formes imaginées derrière des fenêtres de salle de douche embuées.
Mais vient Noël et ses festivités (qu’il faut bien sûr ramener au niveau d’un camp de prisonniers). Les hommes dansent entre eux en couple, sur des musiques plutôt improbables (la musique américaine étant bannie pendant la période nazie). Et puis Shapiro, le clown du baraquement se grime en femme, donnant une scène plutôt équivoque dans un tel contexte. Même si, il ne faut pas se leurrer, cela pouvait représenter une éventualité. Et Wilder ira encore plus loin dans ce domaine avec Certains l’aiment chaud (1959).

En attendant, on rit du couple Shapiro-L’Animal, véritable duo comique du film Mais ce  rire est tout de même teinté d’un certain sous-entendu qui aurait pu rendre mal à l’aise les spectateurs de 1953… Car contrairement à d’habitude, ce n’est pas celui qui est déguisé en femme qui fait le plus rire…

 

Bref, un film de guerre qui, même s’il n’en a pas les aspects spectaculaires, n’en demeure pas moins intéressant pour les thèmes qu’il aborde : de la survie dans un camp à la justice individuelle, le tout dans un contexte où se mêlent comédie et tragédie, avec une distribution impeccable.

Un grand film du maître Wilder.

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