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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Comédie dramatique
L'Ange de la rue (Street Angel - Frank Borzage, 1928)

L'Italie. Naples. Naples éternelle, hors du temps. Celle des opérettes. Parce que ça commence comme une opérette, avec ses décors peints, et ses carabinieri plus vrais que nature, leur bicorne bien ajusté et leurs boutons d'uniformes lustrés. L'Italie ou chacun s'exprime avec ses mains et où un petit incident devient rapidement catastrophe nationale.

Mais rapidement, nous nous apercevons que c'est plutôt l'envers du décor. Angela (Janet Gaynor) vit avec sa mère qui est en train de mourir, dans un appartement sordide, la vielle femme dormant à même le sol. Seul un remède - cher - peut la sauver. Mais elles sont pauvres. Alors Angela tente le tout pour le tout : elle descend dans la rue afin d'y proposer ses appas. Or, personne ne la remarque. Dépitée, elle n'a plus qu'une solution : voler l'argent qui lui permettrait l'achat du médicament.

Elle est surprise et arrêtée et rapidement jugée : un an de « maison de travail ».

Mais elle réussit à s'évader et rejoint un cirque qui va la protéger. Elle devient rapidement équilibriste dans cette troupe itinérante, et au moment où la voyante lui prédit l'amour, elle rencontre Gino (Charles Farrell), un peintre itinérant qui se joint au cirque.

Bien entendu, ils tombent amoureux. Un jour, apercevant des policiers, Angela tombe et se brise la cheville : elle doit quitter le cirque pour se soigner. Gino l'emmène. Où ? A Naples, bien entendu. Là où elle est toujours recherchée...

 

Borzage aurait dû être allemand. En plus des acteurs Janet Gaynor et Charles Farrell, il partage avec Murnau une technique d'éclairage où l'ombre et la lumières sont terriblement pertinents. Les ombres sur les murs : la taille immense des barreaux de la prison, des gardiens, celle des filles sur le mur carcéral... Et puis il y a le brouillard : épais et mystérieux, qui emmène Angela et Gino vers l'inconnu, après l'accident. Celui qui les fera se retrouver...

Il y a un jeu d'impressions dans cette façon de tourner. Pas étonnant qu'on assiste, en sous-intrigue à une histoire de maquillage de tableau, cherchant à faire passer une toile de Gino en œuvre de vieux maître italien.

Tout n'est qu'impression. En plus du faux tableau de maître, on assiste à une série de mensonges plus ou moins gros. Ca commence avec la saucisse dérobée par le directeur du cirque, provoquant la destruction de la grosse caisse « la plus musicale d'Italie ». Et ça continue avec Angela, essayant de ressembler à un « ange de la rue » (d'où le titre), espérant séduire quelque homme de passage. Mais le plus gros mensonge (par omission), c'est celui d'Angela qui ne dit pas à Gino son passé, le laissant espérer un mariage prochain, alors qu'elle est attendue par un policier qui l'emmènera - évidemment - à l'ombre.

Le point culminant étant la séquence des adieux : Gino vient de trouver un gros engagement, mais Angela a été retrouvée par un policier. S'ensuit une scène bouleversante où Angela - incapable d'avouer son infortune - embrasse son amant comme si elle partait pour toujours, alors que lui pense tout naturellement la retrouver au réveil.

Notons enfin la parfaite entente entre Janet Gaynor et Charles Farrell. Lui, artiste, lunaire, elle femme-enfant, mais tout de même pragmatique. Complémentaires, formidables.

Une alchimie qui se poursuivra pendant encore dix films, avec ou sans Borzage.

 

 

 

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