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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

anthony hopkins

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame, #Enfance, #James Gray, #Anthony Hopkins
Armageddon Time (James Gray, 2022)

« Et ils les rassemblèrent en un lieu appelé en hébreu Harmaguédon. Le septième ange répandit sa coupe dans les airs : une voix forte venant du trône sortit du Sanctuaire ; elle disait : « C’en est fait ! ». Il y eut des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre ; il y eut un grand tremblement de terre : depuis que sur la terre il y a des hommes, il n'y eut jamais de tremblement de terre aussi grand. » (Jean, Apocalypse, 16:16-18)

« Pour la première fois, tout est en place pour la bataille d’Armageddon et la seconde venue du Christ » (Ronald Reagan).

Cet « Armageddon » qu’on nous promet dans le film (interview de Reagan de 1979), c’est la fin d’un monde : celui de Paul Graff (Michael Banks Repeta). Pour lui, 1980, c’est l’entrée au collège (sixième). Et nous allons suivre presque toute la première période d’école, entre la rentrée et l :’approche des élections qui verront s’affronter Jimmy Carter, le président sortant et le cow-boy cité ci-dessus.

 

Et ce cow-boy représente véritablement cet Armageddon qu’il présente : à l’instar de Thatcher en Grande-Bretagne, Reagan annonce une ère nouvelle basé »e sur un capitalisme à outrance – et décomplexé, bien entendu – qui, s’il a vaincu le communisme russe nous a amené une situation actuelle phénoménale, avec un nouvel Armageddon en préparation.

Mais ici, c’est seulement le monde de Paul qui s’effondre, avec d’un côté des parents faibles (Anne Hathaway & Jeremy Strong) et une conduite insolente, et de l’autre un grand-père (Anthony Hopkins) qui est le seul avec qui il peut – et veut – parler.

Et quand se conclut le film, Paul a grandi malgré lui, et il va entrer de plain pied dans les années 1980, avec en prime une nouvelle vision du monde, engendrée par la fin de l’innocence.

 

Ne nous y trompons pas, Paul Graff, c’est avant tout James Gray. Tout d’abord parce que le nom original des grands parents de Paul est Greyzerstein, comme il l’explique à Fred Trump (John Diehl) le père du donald. De plus, les dates concordent pleinement avec la jeunesse du réalisateur.

C’est donc une chronique de l’enfance très courte – à peine plus de deux mois – mais très intense que nous raconte ici James Gray : son enfance sans aucune trace de nostalgie. Et on le comprend parce que l’époque est cruciale, tant pour les Etats-Unis que le reste du monde : le libéralisme triomphe (voir plus haut) et a lieu de second choc pétrolier.

Mais c’est aussi une période de recrudescence du racisme et de l’anti-sémitisme, et de la montée des extrémismes qu’ils soient religieux ou politiques et qui vont s’épanouir dans la décennie qui s’annonce.

 

Et c’est cet enjeu social qui préoccupe le plus Paul, par l’intermédiaire de son ami Jonathan Davis (Jaylinn Webb), cancre labellisé, délinquant en puissance. Délinquant en puissance pour les adultes, tout simplement parce qu’il travaille mal à l’école, mais surtout parce qu’il est noir : il est le souffre-douleur du professeur, et chaque bêtise ne peut provenir que de lui. Même la police entre dans ce jeu et Paul va vivre pleinement l’injustice raciale de son « beau » pays.

Pas étonnant que le petit Paul, onze ans, soit désabusé quand le film se termine, pendant que le père du donald nous abreuve d’un discours qui va porter – hélas – ses fruits, au détriment des petits.

 

Et encore, il n’a pas encore tout vu de cette année qui va encore plus mal finir :

  • 4 novembre 1980 : Ronald Reagan a été élu.
  • 8 décembre 1980 : John Lennon est assassiné.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Drame historique, #Buzz Kulik, #Anthony Hopkins
L'Affaire Lindbergh (The Lindbergh kidnapping Case -Buzz Kulik, 1976)

Si 1976 a célébré les deux cents ans de la Déclaration d’Indépendance aux Etats-Unis, elle fut aussi l’occasion d’un anniversaire beaucoup moins glorieux, voire funeste : le 4 avril 1936 était exécuté Bruno Richard Hauptmann, assassin du jeune Charles Lindbergh Jr., fils du célèbre pionnier de l’aviation du XXème siècle.

Mais reprenons.

 

Samedi 21 mai 1927, à 22 h 30, Charles Lindbergh (Cliff de Young) atterrit sur la piste du Bourget. Il reviendra en héros à New York quelques jours après. La vie reprend. Lindbergh s’est marié avec Anne Morrow (Sian Barbara Allen) et ils ont eu un petit garçon en 1930.

Mardi 1er mars 1932, le petit Charles est enlevé dans sa chambre. On le retrouvera le 12 mai suivant. Mort.

La police est sur les dents et mène une enquête approfondie afin de retrouver l’enfant (1), tandis que la presse harcèle le couple Lindbergh afin d’en tirer le plus de détails possibles.

C’est donc un immigré allemand,Bruno Hauptmann (Anthony Hopkins) qui est arrêté pour avoir écoulé un des billets de la rançon : sa voix a été reconnu par Lindbergh et l’homme qui a mené les tractations, le professeur Condon (Joseph Cotten).

Hauptmann sera donc jugé, condamné et exécuté.

 

C’est donc la chronique d’une mort annoncée qui nous racontée ici, et surtout l’une des plus grandes affaires de l’Entre-deux-guerres aux Etats-Unis (2). La mort de celui qui fut considéré –à tort ou à raison – comme le meurtrier du petit Lindbergh. Et Buzz Kulik, spécialiste du téléfilm, raconte avec beaucoup de soin cette histoire sordide, mettant en évidence les différentes passions qu’a pu déchaîner cet événement funeste.

Mais surtout, il donne à cette histoire une dimension humaine forte, s’attachant toujours à des détails qu’on peut juger de futiles, mais qui s’intègrent dans une histoire où la vie d’un enfant puis d’un homme est en jeu. Jusqu’au sténotype de la greffière qui enregistre imperturbablement les différentes étapes du procès, alors que la tension extérieure a gagné la salle d’audience.

 

Et c’est surtout en mettant l’accent sur le rôle des médias – la radio et surtout la presse – qu’il nous ramène avant tout à cette notion fondamentale : avant d’être ce héros de l’aviation, Lindbergh est un homme comme les autres. Et on peut aisément imaginer qu’il ait pu regretter son exploit pendant ces heures sombres : c’est avant tout pour ce qu’il représente et non ce qu’il est que la campagne de presse atteint un tel paroxysme. Des enfants enlevés l’étaient régulièrement – l’est toujours ? – et les journaux n’en faisaient pas pour autant leurs choux gras.

Et cette engouement fanatique et médiatique se transpose sur un public friand de sensations plus ou moins saines : plus parce que l’enlèvement d’un enfant est une expérience des plus traumatisantes et cruelles ; moins parce que d’une certaine façon, on se repaît du malheur d’autrui, d’autant plus grand que la personne est en vue.

 

Et en même temps que les progrès de l’enquête, nous voyons monter la ferveur populaire qui va progresser elle aussi jusqu’à culminer dans l’avant-dernière séquence (la dernière revient à la famille Lindbergh, exilée pour avoir un semblant de paix) : devant la prison où doit avoir lieu l’exécution, les badauds réclament encore la mort du ravisseur !

Mais, et c’est là qu’est tout l’art du réalisateur la fin publique de cet épisode se termine dans une apothéose silencieuse.

Alors que la déclaration de culpabilité et la sentence de mort sont accueillies par un enthousiasme paroxystique digne d’une victoire sportive majeure ou mieux une déclaration de paix, le public massé se disperse alors dans un silence épais, voire religieux. Comme s’il prenait le deuil de l’homme qui venait de mourir. C’est une conclusion qui m’avait marqué quand j’étais (beaucoup) plus jeune et qui s’est confirmée lors de ce nouveau visionnage. Et aujourd’hui, deux questions se bousculent à propos de cette attitude :

  • est-ce parce que le public se rend compte qu’un homme est mort qu’il quitte silencieusement les lieux du supplice ?
  • Ou est-ce parce qu’il est prêt à passer à autre chose, avec à nouveau la même ferveur ?

 

  1. Mort depuis le premier jour, mais on ne le sait pas encore…
  2. L’autre étant Sacco & Vanzetti.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #James Hawes, #Anthony Hopkins
Une Vie (One Life - James Hawes, 2023)

669.

C’est le nombre total d’enfants qui ont été sauvés par Nicholas Winton (Anthony Hopkins & Johnny Flynn) entre les accords de Munich et l’invasion de la Pologne : entre le 30 septembre 1938 et le 1er septembre suivant.

Tout commence quand Winton (1909-2015) part s’occuper des réfugiés tchèques qui ont fui les Sudètes. Si le sort des réfugiés est terrible, lui est plutôt sensible aux sorts des enfants qui n’ont plus tous leurs parents.

Rentré en Angleterre, avec l’aide de sa mère (Helena Bonham Carter), il va remuer le Foreign Office pour faire venir un maximum d’enfants réfugiés. Neuf convois de chemin de fer seront organisés : les huit premiers arriveront, le dernier sera annulé au tout dernier moment, condamnant les enfants – et les autres réfugiés à une mort atroce.

En 1987, la BBC organise une émission spéciale de That’s Life (1) pour lui rendre hommage : il y retrouvera une des enfants qu’il a sauvée. D’autres viendront…

 

MAGNIFIQUE.

James Hawes revient à son tour sur la période de plomb – les années 1930 en Europe – et met en valeur un de ces anonymes qui ont sauvé des vies, par simple esprit solidaire, sans contrepartie. C’est un véritable travail de titan qui sera effectué par Winton et les autres, au nez et à la barbe des nazis, même s’il regrette de ne pas avoir pu en sauver plus (le dernier convoi comportait 250 enfants).

Mais ce qui marque le plus, c’est très certainement la gratuité de ce geste immense : Winton était un altruiste comme il le raconte à son ami Martin Blake (Jonathan Pryce & Ziggy Heath).

Ce sont donc onze mois qui défilent du fait de l’ampleur de la tâche, qui n’est pas facilitée par l’administration. Seul Leadbetter (Michael Gould) va les aider, un peu à l’encontre de sa hiérarchie.

 

Et Anthony Hopkins porte avec brio ce film, tout en subtilité comme il sait le faire, bien loin des divers méchants que nous lui connaissons. Et son personnage, malgré l’immense geste qu’il a pu faire, reste un homme simple et foncièrement bon. Mais cette histoire est avant tout pour lui une façon de finir ce qu’il a commencé cinquante ans plus tôt : sans cesse dans l’action, il n’a jamais pris le temps de véritablement réaliser la portée de son geste. Alors quand il retrouve l’une de ses « préférées » – Vera Diamantova (Frantiska Polakova puis Henrietta Garden) – parce qu’elle aimait, tout comme lui le ski et la natation, le passé lui revient en pleine figure, et s’il arrive – presque – à se contenir, quand il rentre chez lui, « le chagrin lâche la bonde. »

Sur quoi pleure-t-il ? Très certainement ceux qu’il a laissés là-bas, malgré lui.

 

Pour un premier film, James Hawes fait très fort, racontant et dirigeant avec conviction cette histoire incroyable et oubliée (pas de tous, heureusement). Si certains ont surnommé Winton le « Schindler britannique », nous ne sommes tout de même pas dans le cas de l’Allemand. En effet, à aucun moment, Winton ne risque sa vie – était-ce le cas de Schindler ? – surtout qu’il est rentré au pays. Mais son action reste tout de même tout aussi remarquable. Et on sent un peu l’influence du film de Spielberg sur Hawes. Mais qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit nullement d’un hommage ou d’une quelconque imitation du film du maître.

Hawes reste continuellement sur l’aspect ordinaire de son héros. S’il est reconnu par la société anglaise, c’est parce qu’il a profité de l’absence de sa femme pour faire du rangement : il a réussi à détruire une grande partie de ses affaires qui encombraient sa maison – ça en représente des choses, un vie ! – mais il ne peut se résigner à détruire cet exploit – qui pour lui n’en est pas un : c’est un autre témoignage de guerre, un peu différent des autres.

 

Et pourtant, c’est tout sauf un témoignage ordinaire. Parce que Nicholas Winton n’était pas un personnage ordinaire, comme le montre ce film : et l’hommage se termine sur de véritables images de Winton. Quand il a un âge avancé bien sûr, mais on n’oubliera pas la dernière, certainement la plus emblématique : le jeune Winton qui regarde l’objectif d’une caméra, un enfant dans les bras.

C’est très fugace, mais peut-être la plus belle.

 

  1. Emission un tantinet démagogique, en tout cas très populaire à l’époque.
Nicholas Winton (1909-2015)

Nicholas Winton (1909-2015)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Western, #Edward Zwick, #Anthony Hopkins
Légendes d'Automne (Legends of the Fall - Edward Zwick, 1994)

Comme me le répète mon ami Thierry : « quel gâchis ! ».

Parce que c’est un véritable gâchis qui nous est proposé ici, avec des morts (injustes, cela va de soi) qui s’accumulent et qui veulent nous prouver que le bonheur n’est pas de ce monde.
En tout cas, pas pour les Ludlow.

Après le père William (Anthony Hopkins), ancien colonel qui n’a pas supporté les « politiques indiennes » pratiquées par l’administration qu’il a longtemps soutenue, c’est au tour de ses trois fils de subir le poids de leur époque : Première Guerre mondiale et Prohibition.

Alfred (Aidan Quinn) deviendra politicien, élu au Congrès, avec toute la compromission que cela suppose. Samuel (Henry « Elliott » Thomas) mourra en Europe, en 1915, sur le Front. Quant à Tristan (Brad Pitt), il survivra à tout cela. Mais à quel prix !

 

Edward Zwick signe ici un très beau western, un tantinet particulier (1), servi par une distribution à la hauteur, ainsi qu’une équipe technique du même acabit. Nous y retrouvons les grands espaces qui en font un western, ainsi qu’une rencontre finale (2) qui n’est pas sans rappeler celle de certains classiques du genre, et tant pis si ce n’est ni à l’aube ni au crépuscule.

Et ce malgré l’aspect moderne de l’intrigue (les années 1910-20). Outre les deux éléments évoqués ci-dessus, on y retrouve une solide intrigue familiale avec en outre une très belle histoire d’amour, elle aussi (et surtout) gâchée par ces situations historiques troublées : on passe de la Guerre à la Prohibition, avec dans le deuxième événement des éléments injustes qui ne sont pas anodins : la guerre, elle, frappe sans discernement les pauvres conscrits qui sont venus plus ou moins volontairement (ici, les trois frères sont volontaires, malgré les réticences – légitimes – de leur père).

Par contre, que la belle Isabel 2 (Karina Lombard), épouse de Tristan, tombe sous les balles des caïds locaux n’a rien de juste.

 

Et cet événement tragique va tout de même être le déclenchement nécessaire qui va faire basculer l’intrigue et amener la résolution attendue, voire prévisible. Mais c’est, bien entendu, une résolution que nous espérions, surtout après la mort de la jeune métisse.

Parce qu’une grande partie de l’intrigue se joue sur les différences. Outre le colonel qui abandonne sa charge, déçu par une administration qui ne va pas assez loin, on trouve ici des éléments presque étonnants pour une histoire qui se passait voilà plus de cent ans : avant que Tristan n’épouse Isabel 2, il faut savoir que cette même jeune femme est issue d’une union mixte entre une Indienne (Tantoo Cardinal) et un cow-boy classique (Paul Desmond).

Sans oublier le personnage de One-Stab (Gordon Tootoosis), narrateur de ces légendes automnales, et enjeu d’une rixe entre les Ludlow et un barman raciste.

 

Décidément Edward Zwick sait lui aussi tout faire, et ce western en est une autre preuve. On retrouve les ingrédients indispensables du genre avec en prime une connotation humaniste (c’est – heureusement – le cas maintenant) et surtout un mélange heureux entre ce qui fit le western, tourné inévitablement vers le XIXème siècle, et cette nouvelle ère qui l’a supplanté (après la Guerre 14-18) sans pour autant lui retirer ses codes (la vengeance, l’affrontement final…).

 

Non, le western n’est pas près de mourir…

 

  1. Nous sommes dans les années1910 quand le film commence.
  2. J’aillais écrire un duel final, mais il y a plus de deux personnes concernées.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Florian Zeller, #Anthony Hopkins
The Father (Florian Zeller, 2020)

Ce « Père », c’est Anthony (Hopkins). Il vit dans son grand appartement londonien, avec sa fille Anne (Olivia Colman) et son conjoint, Paul (Rufus Sewell).

On attend Laura (Imogen Poots) qui doit venir s’occuper de lui dans la journée, quand Anne part travailler. Mais quand elle arrive, ce n’est pas celle qu’il attendait : il se souvenait qu’elle ressemblait à sa plus jeune fille Lucy.

C’est normal : Anthony est un vieil homme malade, atteint de sénescence (il a plus de 80 ans), sa mémoire s’efface progressivement l’amenant vers une solitude désespérée, se demandant même qui il est réellement.

 

Adapter une pièce de théâtre au cinéma n’est pas une chose très aisée, le lieu de la représentation étant la plupart du temps unique, et puis surtout, les dialogues sont omniprésents, amenant aussi parfois une bavardage aussi lourd qu’inutile. Alors quand Florian Zeller a décidé d’adapter sa propre pièce au cinéma, on pouvait craindre le pire. Et c’est le meilleur qui est arrivé. Non seulement ce film fut primé à de très nombreuses reprises, mais surtout, c’était justifié !

Zeller réussit à sortir de la scène et à réaliser un véritable film, servi par une distribution impeccable, avec en tête l’incroyable Anthony Hopkins, extraordinaire (encore une fois) dans ce rôle là encore emblématique.

 

Il est un autre Anthony – celui du rôle – absolument fabuleux. Il ne joue pas cette déliquescence mentale qui lui arrive, il la vit ! Et l’intrigue profite du travail de Christopher Hampton qui coécrit le scénario avec Zeller : non seulement les dialogues (nombreux dans la pièce) sont réduits, mais le travail d’acteur et les différentes prises de vue vont illustrer encore mieux la désorientation totale d’Anthony dans ce monde familier qui a tendance à devenir étranger.

Et le maître mot de cette intrigue, c’est le temps. Il va s’illustrer de différentes façons : la montre et le déroulement de la vie du vieil homme.

 

La montre parce qu’il ne cesse de l’égarer, accusant même son entourage de la lui voler. Cette montre, c’est le seul marqueur temporel qu’il lui reste, mais comme il l’a sans cesse égarée, elle ne lui est d’aucune utilité, ce qui amène une forme de désespoir : comment se rattraper à quelque chose si le temps n’est pas maîtrisé (1).

De même, le déroulement des journées est aussi confus pour le spectateur que pour Anthony et ce n’est que grâce à quelques indices récurrents qu’on comprend que le vieil homme n’arrive plus à maîtriser son environnement : on assiste même à une boucle temporaire qui met mal à l’aise. Tout comme ces visages différents qui représentent une même personne et illustre parfaitement cet effacement de la mémoire.

 

Bref, c’est un film très fort sur la vieillesse, sans véritable concession ni pathos : et Anthony Hopkins est bouleversant dans le corps de cet homme que son esprit abandonne. Avec ses moments de lucidité tout comme ceux de détresse voire d’agressivité : cette méchanceté involontaire (?) qui blesse à tous les coups. Et Olivia Colman donne la réplique magnifiquement à Hopkins, tout en subtilité, se hissant au niveau du grand acteur.

 

C’est superbe, fort, prenant.

A voir.

Absolument.

 

  1. “The time is out of joint” (Hamlet, I, 5)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Sacha Gervasi, #Alfred Hitchcock, #Anthony Hopkins
Hitchcock (Sacha Gervasi, 2012)

Tout juste sorti de North by Northwest, Alfred Hitchcock (Anthony Hopkins) se lance dans un nouveau film, et ce malgré certains journalistes qui lui conseillent de se retirer alors qu’il est arrivé à son plus haut niveau.

Certes, ce film était son plus haut niveau… En 1959.

Un an plus tard, il montrera qu’il pouvait encore aller plus haut : Psycho.

 

Ce film est celui de la genèse et de la réalisation de l’un des plus grands films du cinéma (1), et très certainement le meilleur de son auteur. Nous assistons à l’élaboration de cet immense chef-d’œuvre, avec ses moments d’exaltation, tout comme ceux de doutes et de découragement, avec en point d’orgue l’attaque qu’essuie le maître qui va l’éloigner quelques jours du tournage, au profit de son épouse Alma (Helen Mirren) qui va le remplacer le temps qu’il se remette (2).

 

Sacha Gervasi nous propose ici un très bel hommage à l’un des plus grands cinéastes de tous les tons, le maître incontesté du suspense (3), nous plongeant dans l’univers créatif de son chef-d’œuvre absolu (ça, c’est mon point de vue). Et comme nous sommes au cinéma, tout est possible, même d’inventer quelques épisodes, voire carrément faire d’Hitch celui qui fait semblant de poignarder Janet Leigh (Scarlett Johansson) pour les besoins du tournage.

Inventé ? Oui, pour les besoins de l’intrigue et une de ses créations : Ed Gein (Michael Wincott). Gein serait le véritable modèle de Norman Bates (Anthony Perkins – James d’Arcy), mais là encore, la vérité est ailleurs.

 

Si nous suivons avec beaucoup de plaisir les affres du tournage et retrouvons une magnifique adaptation de ce qu’il fut, c’est encore une fois ailleurs qu’il faut regarder, dans les relations – compliquées plus ou moins pour les besoins du tournage – entre Hitch et sa complice et épouse Alma. Et comme nous chez le grand Alfred, il faut ‘attendre à le voir réellement : ‘est chose fait à un moment : je vous laisse le découvrir.

 

Sacha Gervasi nous livre une vision – sa vision ? – de ce qui a(urait) dû se passer pendant le tournage, stimulant l’intérêt des fans de cet immense réalisateur dont je fais partie, mais le fait de façon toute britannique – c’est normal Hitch et Alma, tout comme lui viennent de Grande Bretagne – avec l’humour qui va avec et rappelle celui des films. Bien entendu, aucun suspense, nous savons que le film fut réalisé et le succès qu’il remporta, mais qu’importe : passer un peu plus de temps auprès de ceux qui l’ont créé est inappréciable. ON en redemande.

 

Question interprétation, Anthony Hopkins est presque méconnaissable – les yeux sont bine les siens ! – et campe un Alfred Hitchcock très convenable, même si on remarque une propension à jouer de son profil un tantinet exagérée. Ca peut lasser…

Helen Mirren est encore une fois magnifique dans ce rôle de femme de l’ombre qui, comme c’est toujours le cas, est la véritable patronne : la séquence où elle vient remplacer son mari sur le plateau est un magnifique exemple de l’aura que le réalisateur (Gervasi) a pu lui donner pour les besoins de son film.

Quant à Scarlett Johansson et James d’Arcy, il y a un véritable travail de ressemblance avec leurs modèles originaux qui va au-delà de l’aspect physique. Et d’une manière générale, la diction et la démarche (l’attitude) sont privilégiés dans ce biopic particulier, dont la structure n’est pas sans rappeler celle des épisodes de la série Alfred Hitchcock presents. Avec même la musique (4) !

 

Nous sommes de retour chez Hitchcock, et ça, ça n’a pas de prix !

 

  1. Je l’ai déjà dit ici…
  2. Bien sûr, ceci n’est jamais arrivé. Mais comme toujours, ça aurait pu…
  3. Hitchcock-Hopkins y fait référence de manière fort pertinente, d’ailleurs.
  4. Faut-il préciser que celle du film, signée par Danny Elfman est formidable ? Tiens, c’est fait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Martin Campbell, #Anthony Hopkins
Le Masque de Zorro (The Mask of Zorro - Martin Campbell, 1998)

Il est (encore) de retour !

Après près de quinze ans d’absence sur les grands écrans, le justicier masqué, rusé comme un renard (1), nous revient, enfin revenait aux spectateurs de l’époque, avec un duo Hopkins/Banderas séduisant.

 

Tout commence en 1821 quand le gouverneur Don Rafael Montero (Stuart Wilson) dirige  d’une main de fer la Californie espagnole. Alors qu’il opprime sans vergogne le peuple mexicain, un justicier masqué s’oppose à lui : Zorro (Anthony Hopkins), de son vrai nom Don Diego de la Vega.

Ayant triomphé de son ennemi, Rafael est contraint de rentrer en Espagne avec Elena (Catherine Zeta-Jones) la fille de don Diego, laissant ce dernier pourrir en prison.

Vingt ans plus tard, Rafael revient en Californie avec « sa » fille, bien déterminé à récupérer la Californie des mains de Santa-Anna.

Dans le même temps reparaît un personnage qu’on imaginait totalement disparu : Zorro. Et il semble que les années l’aient épargné…

 

78 ans après Douglas Fairbanks (2) et une cinquantaine de films plus tard, Zorro nous revient donc sous les traits doubles d’Anthony Hopkins (1821) et d’Antonio Banderas (1841). ON retrouve dans ces deux personnages une très belle opposition de style : d’un côté ce qu’on appelle un gentleman, un aristocrate aux manières irréprochables et au charme ravageur ; de l’autre un jeune chien fou au tempérament bouillonnant. Cette opposition se prolonge dans une relation maître/apprenti tout aussi convenue.

Et bien entendu, ce tandem fonctionne parfaitement, le jeune Murrieta (Banderas) reprenant sans problème le flambeau du justicier vieillissant.

 

Mais ce qu’on attend de Zorro, c’est avant tout de l’action et d’incontournables duels à l’épée. Nous avons les deux ici, les différents assauts étant réglés – comme de bien entendu – comme de véritables chorégraphies, accompagnées du choc clair des lames. Bien sûr, à l’instar du grand Douglas, nos deux Zorro bondissent avec virtuosité pour notre plus grand plaisir.

Bien sûr, nos deux héros n’effacent pas le souvenir de Guy Williams qui fut le Zorro de notre enfance (3), et on ne peut s’empêcher de sourire quand Murrieta (qui se fait alors passer pour grand d’Espagne) appelle son serviteur Bernardo.

 

Quant aux méchants, ils remplissent très bien leur rôle : Don Rafael est un tyran haïssable (4) exempt de tout scrupule, dont la propension à l’injustice et l’exploitation semblent sans limite. A ceci s’ajoute l’usurpation du titre de père pour la belle Elena, crime semble-t-il plus grand au regard de l’intrigue.

A ses côtés, on trouve un personnage assez fascinant au sang-froid impressionnant : le capitaine Harrison Love (Mark Letscher). C’est un autre méchant terrible, un tueur implacable aux manières franchement révoltantes : son entretien privé avec Murrieta en donne toute la mesure.

 

Et puis il y a la femme. Elena est bien sûr très belle – normal, c’est Catherine Zeta-Jones – mais elle n’est pas seulement là pour son joli minois comme la plupart des jeunes femmes dans la série avec Guy Williams par exemple. C’est une jeune fille volontaire qui en plus sait manier l’épée, ce qui est plutôt rare dans les adaptations relatives à notre personnage principal. Son duel avec Zorro-Banderas n’est d’ailleurs pas le moins intéressant.

 

Bref, Martin Campbell réussit cette nouvelle adaptation des aventures du héros de Johnston McCulley, évitant au passage le trop plein d’effets spéciaux numériques qui étaient alors en vogue dans le cinéma américain de l’époque, et équilibrant son film en variant le rythme des différentes séquences, faisant de ce Zorro une agréable surprise, remettant au goût du jour le genre cape et épée. Mais ce retour sera sans lendemain si on excepte une suite proposée 7 ans plus tard, avec le même trio vedette : Antonio Banderas, Catherine Zeta-Jones et Martin Campbell.

Evidemment, ceci est une autre histoire.

 

  1. Peut-il en être autrement ?
  2. Pour moi le seul, le vrai !
  3. La mienne en tout cas.
  4. Stuart Wilson n’est pas à son coup d’essai dans la peau d’un méchant patenté : il fut l’infâme Jack Travis dans L’Arme fatale 3.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Anthony Hopkins
Slipstream (Anthony Hopkins, 2007)

« Slipstream », si on en croit Wikipedia (encore elle) est la zone de basse pression qui est créée par un objet en mouvement et qui suit cet objet, amenant une aspiration.

Ici, c’est le cerveau de Felix Bonhoeffer (Anthony Hopkins) qui est sans cesse en mouvement, amenant une aspiration de son esprit et créant des perturbations de l’image, la caméra passant régulièrement du niveau subjectif au niveau objectif, créant par là même aussi une confusion dans l’esprit des spectateurs.

 

Il est très difficile de résumer l’intrigue de ce film très déroutant du fait d’une multitude de niveaux : Felix est scénariste pour le cinéma et chaque élément de sa propre vie devient prétexte à une espèce de délire en rapport avec un scénario qu’il est en train d’élaborer.

Bref, c’est très complexe et on se demande à tout bout de champ si ce que nous voyons est la réalité ou une de ses fantasmagories mentales.

Le désordre ambiant est en plus accentué par un montage dynamique qui devient rapidement gênant, parasitant la compréhension de la situation générale.

 

Et c’est après la première demi-heure du film qu’on a enfin un repère : ce que nous avons vu était le fait d’un tournage cinématographique. Mais l’intervention régulière du scénariste dans l’intrigue relative à ce tournage ajoute à la confusion.

Et c’est comme ça pendant tout le film, où les personnages apparaissent et disparaissent à volonté (1), éclatant le continuum temporel.

Bref, c’est un film difficilement compréhensible où le spectateur est brinquebalé dans les délires d’un esprit rendu malade par son travail.

 

Et quand une esquisse d’explication est envisagée – vers la fin – on a tout de même du mal à se raccrocher à quelque chose de rationnel.

Le film fut un échec commercial, mais ce n’est pas surprenant : on ne sait pas où se positionner par rapport à cette déferlante d’images et le montage (trop) dynamique achève de nous donner le tournis et envie de décrocher.

Le seul aspect positif que je vois dans ce film, c’est les différentes prises de vue jouant sur l’opposition couleur/noir et blanc ou des effets en miroir. A cela s’ajoutent des surimpressions récurrentes qui rendent très bien ce qu’il peut se passer dans un esprit humain tourmenté.

Mais comme déjà dit deux fois, le montage est trop rapide et annihile ces bonnes intentions.

 

Et au final, on ne sait que penser de ce qu’on a vu, le réalisateur ajoutant une sorte de basculement final qui ne fait absolument rien pour nous éclairer.

De plus, j’ai un faible pour les films d’acteurs. Et là, je ne retrouve pas la générosité habituelle ni une lecteur très fluide.

Dommage.

 

PS : on notera l’une des dernières apparitions de Kevin « Bodysnatcher » McCarthy au cinéma.

 

  1. Celle du réalisateur du film ou/et de son personnage scénariste qui sont une seule et même personne : Anthony Hopkins.

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