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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

bertrand tavernier

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bertrand Tavernier
L'Horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier, 1974)

[Une fois n’est pas coutume, de véritables morceaux de la résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce qui suit. Lisez à vos risques et périls...]

 

L’horloger, c’est Michel Descombes (Philippe Noiret. Et Saint-Paul, c’est un quartier de Lyon où il habite.

Nous sommes au début des années 1970, quand on ne mettait pas sa ceinture de sécurité en voiture, quand on faisait du Solex sans casque, quand la mortalité journalière était annoncée à la radio, quand les gauchistes étaient (déjà) mal considérés… Bref, nous sommes en fin de période Pompidou et il va falloir attendre encore un peu avant que les choses évoluent sérieusement…

Descombes est un artisan tranquille, séparé de sa femme puis veuf de fait, il s’est occupé seul d’élever son fils, Bernard (Sylvain Rougerie). Alors quand la police vient le chercher à son échoppe pour lui parler de ce cher fils, il tombe des nuies : Bernard a tué un homme, Razon, parce qu’il était « une ordure ».

Une fois la surprise passée, Descombes se rend compte que ce fils qu’il a élevé, tout compte fait, il ne le connaît pas.

 

A l’instar de Jacques Demy, Bertrand Tavernier, pour son premier long-métrage filme la ville qu’il connaît le mieux : Demy était à Nantes, Tavernier installe ses caméras et son équipe à Lyon. Et cette ville est très présente dans le film, parce que la plupart des séquences y sont tournées en extérieur, et on peut véritablement l’admirer. Tavernier aime sa ville et nous la partage, utilisant le vieux Lyon pour donner un cadre magnifique à cette histoire d’une relation – ou non-relation – entre un fils et son père. Non-relation parce que comme le dit Descombes à Madeleine (Andrée Tainsy), celle qui fut la nourrice de son fils : « Au fond tu le connais mieux que moi. »

 

Et cette ville devient le cadre d’une errance, celle de cet horloger qui découvre son fils sous un autre jour, celui d’un jeune homme révolté qui a tué par amour, parce qu’il ne peut pas en être autrement. Mais ce n’est pas une errance solitaire. Régulièrement, il est accompagné par un « flic », commissaire de surcroît, Guiboud (Jean Rochefort). Ensemble, ils vont arpenter quelques rues lyonnaises, essayant de comprendre – chacun de son côté et à sa façon – ce jeune homme : Descombes parce que c’est son fils ; Guiboud parce que cela aurait pu être le sien.

La relation des deux hommes est assez étonnante, basée sur un fondement douteux, mais elle n’empêche pas une forme de respect. Mais on ne peut que se demander ce qui est vrai dans ce que dit Guiboud tant son contexte est flou (épisode du chien). Et à l’instar de Goitreau (Michel Bouquet) dans Deux Hommes dans la ville sorti l’année précédente, Guiboud suit de près le père de son meurtrier : mais sans qu’on en arrive à du harcèlement. Guiboud reste toujours dans la mesure, appréciant – semble-t-il – cet homme désemparé.

 

Bien sûr, il y a la rencontre entre le père et le fils.

Elle n’a lieu que dans la dernière demi-heure, et reste très superficielle : ce fils (indigne ?) ne veut pas voir son père. Pourtant, il le verra, et même lui parlera. Vraiment. [Et là, révèle un peu (trop ?) la résolution de l’intrigue. C’est seulement quand son fils a été condamné et emprisonné que le dialogue s’instaure. Et de quelle façon !

C’est au parloir, qui n’a jamais aussi bien porté son nom ! Ils sont entourés des autres détenus et de leurs relations, essayant de s’entendre parmi un brouhaha ambiant, ils vont commencer à tisser une véritable relation père-fils.

Et cette relation naissante est la goutte d’espoir sur laquelle se termine le film, quittant la prison Saint-Joseph, pour la gare, le 15 août.

Bertrand Tavernier, avec ce film s’impose déjà (il a vingt-sept ans quand le film sort) comme un grand cinéaste, maîtrisant parfaitement la technique et surtout la direction d’acteurs, soutenu alors par deux grands interprètes en haut de l’affiche, et aussi par une kyrielle de seconds rôles plus ou moins connu, sans oublier les anonymes de la ville qui donne au film un cachet authentique, à une histoire qui se passe, à l’origine, aux Etats-Unis (1).

 

Un régal à chaque visionnage.

 

  1. L’Horloger d’Everton (Georges Simenon, 1954)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Bertrand Tavernier
Dans la Brume électrique (In the electric Mist - Bertrand Tavernier, 2009)

 

Nous sommes quelques temps après le passage de l’ouragan Katherine (2005) et la Louisiane porte encore les traces de cette tempête phénoménale et meurtrière. A New Iberia, le policier Dave Robicheaux (Tommy Lee Jones) se retrouve à la poursuite d’un tueur de femmes particulièrement sadique, mutilant ses victimes.

Mais les langues ne se délient pas beaucoup dans cet état au passé chargé. Et cette affaire rappelle à Robicheaux une autre qui s’est déroulé une quarantaine d’années auparavant : l’acteur Elrod Sykes (Peter Sarsgaard) a découvert le corps d’un homme enchaîné. Cet homme que le jeune Robicheaux avait vu se faire abattre, de l’autre côté du marais où il se trouvait.

A première vue, pas de lien entre ces deux affaires.

Et pourtant…

 

Bertrand Tavernier était un très grand réalisateur. Avec ce film américain, il nous démontre qu’il est à l’aise partout, menant de main de maître ce projet – contre l’avis des producteurs – et dirigeant avec brio Tommy Lee Jones, qui s’est investi personnellement dans ce film. Et ça fonctionne très bien, Tavernier réussissant un film totalement américain, avec son propre savoir faire. Alors que les superproductions s’enchaînent rivalisant d’effets spéciaux numériques et de montages au rythme effréné, il reste dans un cinéma plus traditionnel et prend le temps de placer sa caméra, der filmer ses interprètes. Le résultat est superbe : un film efficace, halluciné où la violence – inévitable – n’est pas pour autant gratuite et surtout jamais racoleuse.

 

Il y a une parenté évidente avec Coup de Torchon, dans le rythme  tout d’abord mais aussi dans le temps atmosphérique : si l’air n’est pas étouffant comme en Afrique, les intempéries restent très présentes et marquent le film de leur empreinte. Outre la tempête mentionnée ci-dessus, l’orage est un élément important de par sa violence (encore une) et le bruit qu’il amène, rappel des canons de la Guerre de Sécession. Parce que cette guerre qui vit le Sud (dont la Louisiane) et le Nord s’affronter, est très présente, surtout avec les soldats confédérés commandés par le général Hood (Levon Helm). Ce dernier est un personnage énigmatique (il est mort cent trente ans plus tôt environ) qui n’est pas visible par tous : outre Robicheaux, seul Sykes a pu lui parler. Et c’est là que le côté halluciné du film se développe : les deux personnages sont presque toujours sous l’emprise de substances – alcool la plupart du temps ou LSD – et dans un état (très) proche de l’inconscience voire carrément dedans (quand Robicheaux est assommé par la balle de baseball).

Et nous entrons en plein dans la psychanalyse puisque ces moments d’inconscience plus ou moins volontaire sont les moteurs de l’intrigue. C’est à ces moments-là que Robicheaux (toujours lui) &avance dans ses réflexions, aidés par ce général d’un autre âge qui l’assiste dans sa propre introspection : la solution est là, il « suffit » juste de bien regarder.

 

C’est un film un tantinet poisseux où se télescopent le passé et le présent, voire les passés : celui de 1965 et le lynchage en règle d’un homme noir ; celui de 1865 et avant et cette guerre fraternelle qui divisa un pays ; et celui encore avant, pendant l’occupation française, encore présente dans les différents patronymes des autochtones (Robicheaux, Doucet, Girard…) ou encore les enseignes Chez Narcisse et autres pancartes (Messieurs – Men).

 

Superbe.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Drame, #Bertrand Tavernier
La Princesse de Montpensier (Bertrand Tavernier, 2010)

Madame de Lafayette est surtout célèbre pour La Princesse de Clèves, roman primitif français de grande qualité que même un petit président emportait en vacances ; mais c’est aussi synonyme d’ennui chez les lycéens de première que cette histoire d’un autre âge a tendance à dépasser (1).

Madame de Lafayette, c’est aussi l’auteure de Madame de Montpensier, autre histoire d’amour malheureux·se beaucoup plus noire que la précédente, écrite une quinzaine d’années plus tôt, dans laquelle elle peint des amours impossibles dans le milieu des grands, pendant les guerres de religion.

 

Nous allons donc suivre le destin – tragique est-il besoin de le préciser – de Marie de Mézières (Mélanie Thierry), mariée contre son gré au prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet), alors qu’elle aime le Duc de Guise (Gaspard Ulliel).

A cette histoire d’amour compliquée s’ajoute le duc d’Anjou (Raphaël Personnaz), futur roi Henri III, qui en pince pour la dame, et surtout un mentor désabusé, le comte Philippe de Chabannes (Lambert Wilson), qui tombe lui aussi sous le charme de la princesse.

Et tout ceci dans la période qui va de 1567, quand la guerre entre les protestants et catholiques reprend, jusqu’aux lendemains de la nuit de la Saint-Barthélemy (25 août 1572), cinq ans plus tard.

 

Tavernier retourne dans le film en costumes, seize ans après La Fille de d’Artagnan, mais surtout 35 ans après Que la Fête commence, dont on retrouve l’aspect tragique d’une période troublée. A cela s’ajoute une réflexion sur la condition féminine au seizième siècle qui était franchement peu reluisante, comme nous pouvons le voir dans le scénario de Jean Cosmos, vieux complice de Tavernier, et dont ce sera la dernière participation au cinéma (il va sur 87 ans quand le film sort).

Nous sommes bien loin des films de cape et d’épée habituels où la jeune héroïne va finalement épouser celui qu’elle aime : Marie doit se soumettre et épouser un étranger, avec l’éventualité de l’aimer à un moment. Et on aurait presque pu y croire s’il n’y avait autour du couple ces personnalités fortes et importantes de l’époque : Guise et Anjou. Et Tavernier se veut prémonitoire dans la relation qu’il présente entre ces deux hommes : Anjou menace à plusieurs reprises Guise de l’éliminer. Doit-on y voir d’ailleurs une pointe d’ironie dans l’avant-dernière séquence qui se passe à Blois où Guise va sceller son destin en épousant Catherine de Clèves (2) : c’est là que les Quarante-cinq l’assassineront sur ordre d’Anjou devenu Henri III.

Toujours est-il qu’en plus de sa condition misérable de femme, elle doit en plus affronter un mari jaloux – comment ne pas l’être face à de tels prétendants – qui ajoute à son tourment.

 

Bien sûr, Mélanie Thierry est admirable de bout en bout, son regard bleu pâle accentuant le côté tragique de sa vie malheureuse. A ses côtés, on trouve un Lambert Wilson impeccable en témoin de cette histoire – ce personnage a été inventé par Madame de Lafayette – qui se retrouve au carrefour de tous ces destins : il fut le maître de Montpensier quand il était jeune homme ; il enseigne à la jeune princesse ; et il se retrouve malgré lui entremetteur dans ces histoires d’infidélité. Quant aux deux autres « grands » de l’histoire, Gaspard Ulliel, même s’il n’est pas aussi grand que l’était Henri de Guise (il lui manque une vingtaine de centimètres semble-t-il), possède tout de même le charme du Balafré, et on pardonnera à Raphaël Personnaz d’avoir les yeux bleus quand son personnage les avait très sombres (et même pas bleus !), il est un Henri de France lui aussi très séduisant, qui rappelle celui qui nous est présenté par Robert Merle dans Fortune de France.
Face à ces deux personnages de haute lignée, Grégoire Leprince-Ringuet réussit tout de même à s’imposer dans cette histoire complexe, devenant l’instrument du destin de Chabannes qui se retrouvera au mauvais endroit et au mauvais moment à cause de lui.

 

Au final, c’est un beau film qui nous est ici proposé, reconstituant une période troublée et peu glorieuse de l’histoire de France : la guerre en toile de fond rythme le film et les rares incursions qui nous sont offertes restituent très bien la sauvagerie de cette époque de fanatisme religieux, qui s’est répétée (malheureusement) de nombreuses fois depuis, jusqu’à aujourd’hui.

 

  1. J’ai fait partie de leur nombre.
  2. Bien que nous sommes dans une histoire de Madame de Lafayette, c’était son vrai nom !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Bertrand Tavernier
La Vie et rien d'autre (Bertrand Tavernier, 1989)

Novembre 1920

La guerre est finie : on va même bientôt fêter les deux ans de l’Armistice. Mais la guerre n’est pas finie pour tout le monde : pendant que le Commandant Delaplanne (Philippe Noiret, superbe) essaie de mettre un nom aux disparus retrouvés, aux amnésiques, ou encore aux morts récemment exhumés, les familles vont de « gisements » en gisements (1) espérant encore retrouver leurs disparus, ou gagner encore un bout d’espoir s’ils ne sont pas là.

Parmi ces chercheurs, deux femmes : Irène de Courtil (Sabine Azéma) et Alice (Pascale Vignal), à la recherche de deux hommes qui auraient pu se croiser, mais qui ne sont plus là. A moins que.

 

Irène, c’est la femme de la haute société, dont le mari s’est engagé, - tardivement peut-être, mais c’est bien connu, il n’est jamais trop tard – délaissant sa situation florissante de fils de grande famille.

Alice, c’est la jeune fille presque innocente. Elle n’est pas de la même classe, même si elle a tout de même son brevet : elle n’est qu’un prénom, sans origine, donc. Elle, c’est son fiancé qu’elle recherche. Un homme comme elle, avec des goûts simples, et une vie qui devait l’être tout autant.

Ces deux hommes, qu’elles cherchent au même endroit, sont aussi un symbole : celui de la l’Egalité, de la devise républicaine, cette « grande illusion »…

Mais s’il est une chose véritablement égalitaire, c’est la mort, étape ultime et inévitable de la guerre.

 

Et pourtant. Irène et Alice sont liées. Il n’y aura pas de résolution pour l’une sans l’autre. Leurs chemins se croisent et se décroisent jusqu’à la révélation finale. Parce qu’il y en a une. Une révélation terrible : forcément, elle est attendue sans l’être vraiment. Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie…

Mais si espoir il y a, pour l’une comme pour l’autre, ce n’est pas pour la même raison. Car si l’une veut retrouver son fiancé, l’autre n’est pas bien sure de revoir son mari.

Malgré tout, ces deux femmes n’existent que par l’autre, voire d’une certaine façon pour l’autre : chacune envie une partie de l’autre, tacitement.

 

Au milieu de ces deux parcours, on trouve Delaplanne, ce militaire que la guerre dégoûte, que le mensonge de celle-ci écœure. Inadapté, forte tête et surtout las de tout ceci, il voit en Irène une opportunité. Cette belle femme à la recherche de son mari l’attire. Mais il ne peut pas. Ou il ne veut pas. Ou alors pas comme ça. Le soudard en lui s’est éteint. Et quand son choix est fait, c’est trop tard : elle est repartie.

 

Et pendant ce temps, la grande Histoire (« le grand mensonge » pourrait dire Delaplanne) continue : il faut désigner un soldat inconnu. Absolument inconnu mais avant tout français ! Mais surtout pas un Français des colonies : ces derniers ne sont bons qu’à déterrer les morts – les « Annamites » – ou vérifier les sols minés – les Noirs (2).

Cette désignation nous permet un intermède comique au milieu de ce lendemain de cataclysme. Chargé de trouver un mort bien français, le capitaine Perrin (François Perrot, bientôt 95 ans…) sillonne la région accompagné d’une équipe d’Indochinois, aux coutumes qui lui sont totalement étrangères, les faisant travailler en leur promettant éventuellement du riz.

 

Ce prélude comique à une désignation hautement solennelle est un paradoxe très réjouissant. Et quand le soldat Thain (Eric Dufay) choisit, la solennité disparaît immédiatement : nulle grandeur d’âme ni autre poids de responsabilité dans son choix : une raison toute bête que je vous laisse découvrir. Une raison qui aurait pu tout à fait convenir à Delaplanne, spectateur obligé de cette cérémonie. Obligé et bien embêté (3) : son supérieur, le général Villerieux (Michel Duchaussoy) s’en rend bien compte. C’est l’aboutissement de leurs rapports intermittents : d’un côté une vieille ganache (ou baderne, au choix), qu’on attend à tout moment pousser un « scrogneugneu » rageur (comme c’est toujours le cas chez ce genre de personne) ; et de l’autre un militaire qui ne l’est déjà plus, malgré son uniforme et ses quelques décorations, las des combats, des morts et surtout de l’hypocrisie de ses supérieurs.

 

Et c’est le décalage entre l’Histoire des manuels (ou telle) et le quotidien des hommes – et surtout des femmes – qui fait tout le sel de ce film. Ces deux femmes (et toutes les autres à travers elle), tout compte fait, ne sont certainement pas moins courageuses que les hommes qu’elles recherchent, mais c’est pourtant l’héroïsme meurtrier que retiendra la sempiternelle Histoire, avec sa majuscule, diminuant un massacre qui lui aussi devrait avoir cette même majuscule et qui est pourtant réduit à une seule chose : une série statistiques, au grand dam de ce même Delaplanne.

 

 

  1. Ce sont malheureusement des gisements de cadavres qu’on retire de terre.
  2. Je vous passe le qualificatif usité dans le film, un de ces surnoms qui sent bon le colonialisme triomphant, méprisant, mais avant tout condescendant…
  3. Un terme plus fort me vient à l’esprit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bertrand Tavernier, #Guerre
Capitaine Conan (Bertrand Tavernier, 1996)

Septembre 1918. Quelque part en Bulgarie.

Le commandant Conan (Philippe Torreton) est un homme de commando. Avec un groupe d’hommes, ils sont des nettoyeurs de tranchée : ils investissent le camp adverse et en déloge les occupants. Parfois ils les gardent prisonniers, d’autres fois pas.

Et puis la guerre se termine.

Mais ils ne rentrent pas chez eux.

 

Nous suivons les pérégrinations du lieutenant Norbert (Samuel Le Bihan), ami de Conan, mais comme le dit ce dernier : « il y a ceux qui ont gagné la guerre, et ceux qui l’ont faite. »

Norbert fait partie de ceux qui l’ont faite.

Bertrand Tavernier nous propose un point de vue : entre Etat-Major et tranchées, entre la merde et la soie, n’est pas Talleyrand, qui veut.

La guerre, c’est la Grande, celle de 14, avec ses tranchées et ses morts stupides (1), avec ses officiers supérieurs et pas que dans leur galons, dans leur attitude aussi : ces planqués qui n’ont pas souvent connu le baptême du feu, si on en croit ce même Conan.

Mais la guerre, c’est aussi ola seule raison de vivre de ces survivants sans cesse en sursis. Même quand la Guerre est finie (28 juin 1919 : Traité de Versailles), ce n’est pas terminé. Il faut sécuriser les pays « conquis » et repousser les Bolchéviks. Et après ? (2)

 

Depuis Les Croix de Bois (1931), le cinéma français n’a pas beaucoup décrit la première Guerre Mondiale, si ce n’et en retraçant ses différentes phases, à l’aide d’images d’archives, estampillées SIRPA, cela va de soi. La grande Illusion (1937) de Renoir ne s’attardait que sur la vie des prisonniers, et d’une manière générale, les faits d’armes peu glorieux (3) étaient expressément écartés pour ne laisser la place qu’aux hauts faits glorieux. Sans oublier Les Sentiers de la Gloire, film qui resta dans les boîtes pendant trente ans en France.

 

En France, justement, on a l’habitude de célébrer les anniversaires qui tombent tout rond : 10 ans, 20 ans… Alors pour fêter les 80 ans de la Bataille de la Marne (4), Tavernier ouvre la voie à une autre façon de raconter cette immense et immonde Boucherie qui permit au monde d’entrer de plain pied dans le XXème siècle.

Ah, ils sont beaux, les militaires français, dans leurs habits kaki (le bleu horizon était passé de mode), qui partent à l’assaut d’une énième cote, avant de partir vers une autre et cela jusqu’à la fin.

Mais comme la fin n’arrive pas, l’inévitable se produit : des désertions, des contestations… Et tous ces beaux soldats – estampillés héros de guerre (AOC) – deviennent la lie de l’armée, (presque) de vulgaires criminels que Norbert doit surveiller, défendre, et au bout d’un moment accuser, au nom de ces mêmes généraux qui n’ont vu pour la plupart d’entre eux les ennemis que sur une carte (d’état-major, cela va de soi…).

 

S’il n’y a aucune envolée esthétique dans cette guerre, Tavernier ne ménage pas ses effets. La vision qu’il nous en donne est réaliste, même si elle n’atteint pas le degré du film de Spielberg Il faut sauver le Soldat Ryan. Mais l’intention est là, et pour une fois, les hauts gradés en sont pour leurs frais : entre le général Pitard (Claude Rich) qui n’est préoccupé que par une « cousine » (Catherine Rich, femme de…) qu’il essaie d’éviter et le commandant Bouvier (François Berléand) qui semble passer sa guerre à table, les troufions sont bien servis. Reste le Lieutenant de Scève (Bernard Lecoq), qui semble différents de ces aristocrates d’épée, mais qui, tout compte fait ne vaut pas tellement mieux, l’image de l’E-M en prend un sacré coup. Il était temps…

 

Restent aussi une distribution prestigieuse et talentueuse, où Torreton et Le Bihan sont toujours justes, avec bien sûr un Torreton qui en devient aérien tant son jeu est superbe. Une mention aussi à Bernard Le Coq, un officier presque humain, mais magnifiquement interprété lui aussi.

 

Au final, cette guerre que nombreux qualifient de « Grande » se termine en eau de boudin, sans faste ni explosion de joie comme on aurait pu l’imaginer.

La déclaration de signature de l’Armistice par le colonel Voirin (André Falcon), sous la pluie, se transforme en farce, quand on voit les soldats qui s’éclipsent discrètement pour soulager un besoin pressant et moins solide que d’habitude.

 

De là à dire que cette guerre les a fait ch…

 

  1. Y a-t-il pire connerie que la guerre ? (Cf. Barbara – Prévert, Paroles, 1946).
  2. Après, on s’achemine tout droit vers la Seconde, la paix chèrement acquise n’étant que toute relative…
  3. Les mutineries de 1917, suite aux offensives farfelues de l’E.M (je ne donnerai pas de nom, même si Nivelle me vient tout naturellement en tête)…
  4. Je ne suis pas convaincu que c’était vraiment un anniversaire bien glorieux…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bertrand Tavernier, #Drame
Coup de Torchon (Bertrand Tavernier, 1981)

Bourkassa, Afrique occidentale française, 1938.

Nous sommes à la veille de la guerre. Plus précisément, à la veille des Accords de Munich.

A Bourkassa, Cordier (Philippe Noiret) est le policier de la ville.

Dans la ville, on trouve de tout : des colons blancs, des colonisés noirs, une femme battue par son mari, ce même mari qui bat son serviteur (noir), une sœur et son frère, et deux maquereaux notoires.

Cordier n'est pas ce qu'on peut appeler le « mauvais flic ». Non. C'est plutôt un pauvre bougre, au mauvais endroit, au mauvais moment.

Tout le monde profite de lui, de sa nonchalance qu'on prend pour de la lâcheté. Alors évidemment, il n'arrête jamais personne.

Jusqu'au jour où tout bascule. Il est investi d'une mission : remettre les choses en ordre. Alors il s'y applique. Et les cadavres s'amoncèlent. Les maquereaux d'abord, puis le mari... Quand on a tué une fois, c'est toujours plus facile ensuite.

 

Bertrand Tavernier et Jean Aurenche adaptent un roman américain qui se situe dans le Sud des Etats-Unis. Mais de quelle façon ! Tout est pesant. Le soleil de plomb, l'atmosphère, les relations humaines.

Au milieu de tout ceci, Lucien « poil au chien » Cordier. Le brave Cordier. Incapable du moindre mal. Et pourtant.

Philippe Noiret campe un Cordier très juste, très humain. Pas de grandiloquence, pas de surjeu. Il est humain quand il prend la défense des Noirs, humain aussi quand il entre dans le lit de Rose (Isabelle Huppert). Et comme Rose est battue par son mari...

Ce qui commence comme une sorte de règlement de comptes se mue rapidement en quête spirituelle. Cordier n'est plus un assassin. Il est un envoyé divin, un outil de la puissance divine. Une sorte de catalyseur qui va aider à purger le mal dans la ville. Il n'y a nulle animosité chez ce fonctionnaire. Seulement de la pitié.

Et puis finalement, ses meurtres arrangent bien tout le monde.

Alors Cordier balance un immense coup de torchon sur la ville.

Et au final, il se retrouve seul. Seul avec sa conscience - claire, il n'a fait que ce qui devait être fait.

Mais bougrement seul, tel un fantôme, errant en attendant le jugement dernier.

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