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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

cecil b. demille

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Cecil B. DeMille
La Rançon d'un trône (Adam's Rib - Cecil B. DeMille, 1923)

Pour Marian Ramsay (Anna Q. Nilsson), c’est la crise de la quarantaine : son époux Michael (Milton Sills) la délaisse et sa fille a d’autres préoccupations. Elle se retrouve seule pour célébrer les dix-neuf ans de son mariage, son mari ayant complètement oublié.
Alors quand Jaromir (Theodore Kosloff), ex-roi de Morania (1), lui déclare sa flamme, c’est elle qui s’embrase, créant un tremblement de terre dans sa maison : son mari (jaloux) ne sait comment se débarrasser de ce fâcheux ; sa fille Tillie (Pauline Garon) n’accepte pas qu’elle brise le ménage.

S’ensuit une intrigue remplie de rebondissements où la morale restera sauve – bien sûr – et les différents protagonistes recevront leur juste récompense.

 

Ce film sort deux mois avant le suivant (The 10 Commendments), et reste très fidèle aux autres films de salon que DeMille a déjà tournés. Comme le dit Patrick Brion, le film suivant ressemblera plus à la manière qu’aura DeMille de tourner des parlants.

Ici donc, nous retrouvons le schéma habituel d’un mélodrame où une femme veut retrouver sa jeunesse, et être à nouveau désirée.

Dès l’ouverture du film, la référence biblique – « Adam’s Rib » (2) – est renforcée par le « S » qui entoure un poignet est un serpent, le même qui proposa le Fruit de la Connaissance à Eve.

Nous sommes donc prévenus : c’est de la femme que viendra le mal.

Mais est-ce vraiment le cas ?

 

Que la fille de la maison soit occupée ailleurs est tout à fait normal. Mais ce qui l’est moins, c’est l’attitude du mari qui fait passer ses affaires – il travaille à la Bourse – avant le reste, sa femme devenant la première victime de sa négligence.

Mais si le mari a ses torts, il ne faut pas négliger ceux du troisième tiers : l’amant, ou ce qui y ressemble.

Parce que de ce côté-là, Jaromir n’est certainement pas exempt de tout reproche. Piètre roi – il préfère les femmes à l’exercice du pouvoir – il est avant tout un coureur de jupon qui ne s’arrête devant rien pour arriver à ses fins et surtout la femme.

Il est un des représentants de cette noblesse européenne qui disparut après la première Guerre Mondiale, chassée par les révolutions où l’usure du pouvoir. On pense bien sûr à la famille impériale russe qui subit violemment le changement de gouvernement, la menace bolchévik étant toujours présente au moment du tournage (et après, d’ailleurs). Sans oublier que DeMille est un farouche défenseur de l’Amérique : il voit dans ce roi d’opérette (3) cette menace.

Mais surtout, Jaromir est un homme insistant – trop, certainement – à qui on a rarement refusé quoi que ce soit.

Au bout du compte, la situation n’est pas éloignée de celle de La Princesse de Clèves : le jeune roi, tel De Nemours, poursuit l’objet de son amour malgré les convenances, ne vivant que pour elle (etc.)… Mais là où Madame de Clèves résiste, Marian cède, sans aucune véritable hésitation à la passion que lui inspire cet homme « prestigieux ».

 

Heureusement, il y a Tillie.

C’est elle la véritable personne décisive dans le film. C’est une jeune fille un tantinet idéaliste et superficielle quand on la rencontre, mais elle va rapidement grandir – comme le souligne un intertitre – du fait de cette nouvelle donne.

Parce que la situation ne cesse d’évoluer tout au long du film, les histoires se compliquant avec le temps jusqu’à arriver à un summum : le bal donné pour son altesse Jaromir.

A ce sujet, le scénario de Jeanie MacPherson est subtilement compliqué, amenant toujours un prolongement à chaque nouvel élément d’intrigue.

Mais à partir du bal, les différentes situations vont trouver leur résolution. Sauf qu’à chaque résolution va correspondre une extension un peu plus dramatique de la situation.

Mais au bout du compte, tout problème trouvera sa solution, et tout se terminera bien.

 

Et comme nous sommes chez DeMille, nous avons droit à un parallèle historique (comme dans Manslaughter, et The 10 Commendments, le film suivant). Il s’agit plutôt d’un parallèle préhistoirique, l’intrigue moderne étant transposée à l’âge des cavernes. On y retrouve les différents protagonistes de notre intrigue dans une histoire de peau de bête et de mélodie enchanteresse et qui débauche les familles. Le tout avec des intertitres qui ressemblent à des gravures sur pierre. En prime, la présence de Julia Faye qui amène le malheur dans cette drôle d’histoire

Bref, on est bien chez DeMille, et on sourit de la naïveté de cette reconstitution.

 

Quoi qu’il en soit, on ne s’ennuie pas dans cette histoire d’infidélité – non consommée – où DeMille montre encore une fois toute l’étendue de son talent de metteur en scène : des plans de coupe focalisés sur les mains ou encore un reflet dans un poudrier…

DeMille, quoi.

 

 

  1. Jeu de mots sur les noms de territoires balkaniques : Moravia & Romania (Roumanie).
  2. la côte d’Adam : celle qui permit à Dieu de créer Eve, avec tout ce que cela comporte de calamité.
  3. Jaromir est-il autre chose ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Prison, #Cecil B. DeMille
La Fille sans dieu (The godless Girl - Cecil B. DeMille, 1929)

Une très jeune fille (Mary Jane Irving) s’éteint dans les bras de Judy (Lina Basquette), rassérénée par les paroles d’espoir du policier. En fond sonore, Carl Davis (1) utilise le thème récurrent de la Passion selon Saint Matthieu (J.S. Bach, 1727-1736).

C’est le point culminant de la première séquence qui voit s’affronter des jeunes gens aussi fanatiques les uns que les autres : les athées et les chrétiens.

 

Nous sommes en 1929, et Cecil B. DeMille signe ici son dernier film muet, renvoyant (presque) dos à dos les deux camps, sur un scénario (encore) génial de la grande Jeanie McPherson.

C’est un véritable chant du cygne, où DeMille nous montre qu’il sait filmer autre chose que des bondieuseries (2), ou des intrigues de boudoirs.

Il nous montre ici son immense talent, qu’il va pourtant beaucoup cacher dans ses films ultérieurs.

De plus, les différents interprètes du film sont tous d’une très grande justesse dans leur jeu, donnant au film le lustre nécessaire pour être classé dans les chefs-d’œuvre.

 

Ca commence donc par un affrontement entre deux camps, où malheureusement une jeune fille va mourir, tombant dans la cage d’escalier une fois la rambarde d’icelui rompue. Cet événement marque violemment les esprits et fait immédiatement cesser les combats.

Les responsables – directement ou non – sont arrêtés et placés dans une maison de correction qui n’a de correction pas seulement le nom. C’est une sorte de QHS pour adolescents turbulents, où les châtiments corporels sont aussi raffinés que cruels, quoi que la méthode ancestrale de distribution de coups fonctionne aussi très bien…

Un seul rêve alors pour ces jeunes gens : s’évader.

 

Comme je le disais plus haut, DeMille s’est surpassé et on retrouve dans ce film la fougue et la flamboyance de son Jeanne d’Arc, les yeux bleus de Geraldine Farrar en moins !

La bataille entre les deux camps est extraordinaire : dans un rythme soutenu, nous voyons tous ces ados se f--- sur la g--- avec un enthousiasme incroyable. Un intertitre nous avait prévenus de la ferveur des jeunes : ce n’est pas un mythe.

Au plus fort de la bagarre, on voit Judy défendre, sauver puis brocarder son affiche athée telle une oriflamme : c’est bel et bien Jeanne d’Arc qui repousse les Anglais à la bataille d’Orléans.

 

Une fois ce morceau de bravoure achevé, nous assistons à l’arrivée des trois jeunes – en plus de Judy, on trouve Bob Hathaway (Tom Keene) et Samuel « Bozo » Johnson (Eddie Quillan) – dans la Maison de redressement. Nous basculons alors dans un univers qui tient plus de la prison que de la réforme (3).

C’est d’ailleurs comme une prison qu’elle est dirigée, avec deux parties distinctes (filles et garçons de chaque côté), séparées par une grille électrifiée. Pas tout le temps, mais au moment le plus propice !

Nous plongeons alors dans le film pénitentiaire avec ses règles strictes et parfois inhumaines (si le SILENCE n’est pas respecté, on peut recevoir autant de jours de réclusion de rab que de mots prononcés), où bien sûr, si les ados ne sont pas de véritables délinquants quand ils entrent, ils le seront à leur sortie (une remarque faite à l’arrivée des deux garçons).


A ce moment, DeMille nous décrit un univers terrible, dirigé par des gens sadiques – Noah Berry (frère de Wallace) chez les garçons et Kate Price chez les filles – frappant, torturant, humiliant (etc.). Sans oublier bien sûr la cellule d’isolement, avec ou sans menottes.

Bref, c’est un enfer qu’ils vivent et l’intrigue en joue avec beaucoup de subtilité pendant l’évasion de Judy et Bob.

Parce qu’ils s’évadent. C’est le seul moment où ils sont tous les deux et dans un rapport de complicité. Et même d’amour, donnant à la séquence une fraîcheur toute naturelle voire bucolique. DeMille en profite pour nous donner un plan général avec Lisa Arquette dénudée, mais ne vous excitez pas, on ne voit pas grand-chose de loin !

 

Et puis il y a le deuxième morceau de bravoure du film : l’incendie.

Si la bataille initiale avait été spectaculaire, on peut difficilement trouver un terme plus fort que ce que nous voyons pendant cet incendie : dantesque ?

Oui. Infernal irait très bien aussi, cela collerait encore plus avec l’intrigue : cet établissement n’est rien d’autre que l’antichambre de l’Enfer.

C’est donc un final flamboyant dans tous les sens du terme, où nos héros vont trouver la Rédemption, et donc le Salut, mais ceci est une autre histoire.

 

Au final, DeMille fait ses adieux au cinéma muet de la plus belle des façons. C’est un film d’une très grande maîtrise à tous points de vue.

Il nous livre l’une de ses plus belles œuvres – sinon la plus belle – d’une manière qui frôle le génie (4), utilisant pratiquement toutes les techniques à sa disposition, entouré d’un casting admirable – n’oublions pas Marie Prevost dans le rôle rédempteur de Mame, qui sera elle aussi sauvée, la Rédemption se partageant – ainsi qu’une photo somptueuse de J. Peverell Marley, toujours placé là où il faut, et bien sûr un extraordinaire montage d’Anne Bauchens, autre fidèle collaboratrice de C.B.

 

A (re)voir sans modération !

 

 

PS : Autre titre français usité : Les Damnés du cœur. Quelle horreur !

 

  1. Version restaurée et mise en musique par l’un des complices du maître, Monsieur Kevin Brownlow.
  2. Malgré tout, certains de ses films religieux sont absolument magnifiques : Le Roi des rois en est un magnifique exemple.
  3. « Reform School » en VO. Je n’ai rien trouvé qui puisse faire penser à une école.
  4. Cela peut paraître un tantinet trop dithyrambique, mais si vous avez vu le film, vous pouvez me comprendre.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Cecil B. DeMille
The Virginian (Cecil B. DeMille, 1914)

Le Virginien, c’est Dustin Farnum. Un cowboy, un vrai : il mène les troupeaux d’un endroit à l’autre et profite de la vie entre deux expéditions.

C’est le cas avec son ami de toujours, Steve (Jack W. Johnston) : ensemble, ils ont vécu de grandes aventures, se comportant plus en frères l’un pour l’autre qu’en amis. Ils ont aussi de joyeux plaisantins et profitent de la fête d’accueil de la nouvelle institutrice – Molly Wood (Winifred Kingston) – pour jouer un tour (au goût douteux) aux convives (1).

Mais Steve, s’il est un bon compagnon, est tout de même faible et naïf : il se retrouve embarqué dans une entreprise de vol de bétail, dirigé par l’infâme Trampas (William Elmer).

 

La même année que The squaw Man (sorti en février), Cecil B. DeMille présente un nouveau western. Cette fois-ci, il ne s’occupe que du côté des Blancs avec une utilisation un tantinet condescendante des Indiens.

Le Virginien n’a pas de nom, juste un surnom expliquant sa provenance (2). C’est un bon vivant, qui boit volontiers de l’alcool local, mais reste cependant un homme d’honneur.

Et c’est justement son sens de l’honneur qui lui pose un problème : les villageois, organisés en expédition punitive, n’ont qu’une seule loi pour les voleurs de bétail, sommaire et efficace : la pendaison.

 

Le Virginien se retrouve donc devant un choix ô combien cornélien : respecter sa parole donnée ou sauver la vie de son ami. Son choix sera rapide, mais tout de même assumé par son presque frère.

On a alors droit à une exécution dont l’issue nous sera présentée par les ombres de deux pendus sur le sol ensoleillé (3).

 

Si le Virginien est un homme droit, il a en face de lui deux rudes adversaires : l’un pour de vrai – Trampas – et l’autre plus subtile – Molly Wood.

      Trampas est un méchant fort bien réussi et dans la lignée des magnifiques méchants de western, de The big Trail à Il était une fois dans l’Ouest : il porte moustaches et habillement très soigné. Il est de plus fourbe et lâche : un magnifique villain !

Sa rencontre finale avec le Virginien amènera nombres de duels au soleil et au crépuscule, bien que la tombée de la nuit soit peu pertinente du point de vue des images. En effet, le soleil couchant n’amène aucune différence de lumière, tout comme la poursuite nocturne qui amènera l’arrestation de Steve et d’un de ses complices (4).

      Molly, par contre n’est pas une adversaire bien farouche ni méchante. Le Virginien en tombe de suite amoureux et lui prédit son amour pour lui en retour. C’est bien entendu ce qui va se passer, mais n’empêchera pas un nouveau cas de conscience lors de son mariage avec notre héros qui, le jour des noces doit affronter une dernière fois Trampas (5). Sa bonne éducation de femme de l’Est lui fait désavouer son fiancé, mais danger que représente le méchant et la mort de Steve à cause de ce dernier l’emportent : l’affrontement aura lieu, elle l’assumera tout de même.

 

Petite note un tantinet désagréable toutefois : la présence – furtive – des Indiens. Ils sont excités par l’infâme Trampas qui décrit Le Virginien comme un homme plein aux as. Il n’en faudra pas plus pour ces Indiens, présentés comme un peu idiots, naïfs et intéressés.

Il en faudra beaucoup de temps pour que les Amérindiens soient vu autrement au cinéma, et pas seulement occasionnellement.

 

 

  1. Etienne Chatiliez en fera un film en 1989, mais sans aucune idée de plaisanterie.
  2. Dustin Farnum, si son personnage n’est mais nommé est le seul dont le nom apparaît sur les intertitres.
  3. William Wellman reprendra cette figure de style dans son célèbre Oxbow Incident.
  4. On note toutefois un changement d’éclairage lors de cette fameuse arrestation qui a lieu en forêt et dont seul le feu de camp est la source d’éclairage. On peut y voir une utilisation des ombres comme élément de l’intrigue, comme ce sera le cas dans d’autres films, notamment Forfaiture l’année suivante.
  5. Un duel, un jour de mariage : pourtant ce n’est pas (déjà !) Gary Cooper qui joue ici.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Réquisitoire (Manslaughter - Cecil B. DeMille, 1922)

Elle est jeune, elle est belle, elle est riche et insouciante : c’est Lydia Thorne (Leatrice Joy).

Mais surtout, elle est irresponsable, égoïste et égocentrique. Elle jouit avec excès de la vie. Jusqu’au jour où tout s’effondre : elle tue un homme sur la route et se retrouve en prison.

Son univers bascule.

 

Il y a dans ce Réquisitoire comme un parfum de Forfaiture. On retrouve une femme accusée de meurtre et qui doit se défendre contre la société. Mais si Edith Hardy (Fanny Ward) avait des circonstances atténuantes (1), il n’en va pas de même pour Lydia : arrêtée une première fois par Drummond (Jack Mower) elle s’en était sortie en l’achetant, c’est ce dernier qu’elle fauche dans une course-poursuite qui n’était pour elle qu’un jeu.

 

Mais de ce fait divers somme toute banal où la jeune femme est punie pour son inconséquence, Cecil B. DeMille tire un film tout aussi magnifique que le précédent susnommé. En trois temps, DeMille nous fait découvrir la chute d’une personne, son procès et sa réhabilitation (2), le tout avec une histoire d’amour forte mais difficile, voire compliqué.

En effet, cette belle jeune femme aime Daniel J. O’Bannon (Tom Meighan) et est aimée de lui en retour. Jusque là rien de bien terrible, mais quand on sait que ce monsieur est avocat général et que c’est lui qui la fait condamner à la prison, on découvre la complexité – brillante – du scénario de la complice de Cecil B. : Jeanie Macpherson.

En plus de Jeanie Macpherson, on retrouve plusieurs stars qui n’en sont pas à leurs dé »buts avec Cecil B. Outre Leatrice Joy, Thomas Meighan et Jack Mower, on peut reconnaître Julia Faye ou encore Sylvia Ashton, et même Carrie Clark Ward, toujours aussi photogénique !

 

On retrouve en outre des éléments de Male & Female (encore une fois), avec une reconstitution de la Rome antique (en deux temps) où Lydia est toute puissante et règne sur une orgie mâtinée de débauche dans le plus pur style demillien. Ce sont des corps lascifs qui s’ébattent, des convives qui abusent de l’alcool. Il va sans dire que ces excès seront punis par l’invasion des barbares et une nouvelle séquence de sexe et de violence (3).

On retrouvera le même genre de reconstitution dans Les 10 Commandements, film qui sortira l’année suivante, pendant l’épisode de l’Adoration du Veau d’Or.

 

Le film est alors une suite de séquence magnifiquement cadrées par l’indispensable Alvin Wyckoff (entre autres), usant de nombreuses techniques (gros plans, fondus, surimpressions…) avec un jeu d’éclairages qui rappelle Forfaiture : la mort de Drummond ; les barreaux de la cellule de Lydia qui sont projetés en ombre sur le mur et que cette dernière tente en vain d’effacer. Bref, c’est magnifique.

 

Bien sûr, puisque nous sommes chez DeMille, la morale triomphe toujours, au-delà même de ce qui aurait pu réellement se passer : nous sommes au cinéma et tout est possible. Il n’empêche que le découpage est précis et ô combien pertinent.

On assiste graduellement à la déchéance de la belle Lydia, victime de son égoïsme qui ne lui permet pas de voir la détresse de sa servante Evans (4), qui vole pour essayer de sauver son fils. C’est la seconde étape de sa déchéance après la corruption.

Le dernier pallier est donc la mort de Drummond, qui la fait descendre au plus bas, mais, et c’est là qu’est l’intérêt du film, c’est une fois à terre qu’elle se rend compte du mal qu’elle a fait, et qu’elle se consacre (enfin) aux autres, aidée par Evans qui est dans la même prison.

Il est d’ailleurs subtile de noter que c’est alors qu’elle voulait aider le fils d’Evans qu’elle a cet accident ; on peut y voir sinon un début d’altruisme, plutôt une résonnance du proverbe : « l’Enfer est pavé de bonnes intentions ». Et ceci est tellement vrai que même O’Bannon lui promet l’enfer avec le procès qui commence.

 

Mais alors que Lydia se rachète, avec et grâce à Evans, O’Bannon pour sa part, décline et sombre dans l’alcool (5), abandonnant son poste d’avocat. Plus Lydia va s’approcher de sa Rédemption, plus O’Bannon va sombrer, terminant à la soupe populaire. Il n’assume pas la condamnation de Lydia, endurant la peine de son enfermement.

Mais pour lui aussi, la Rédemption arrivera, naïvement peut-être, mais malgré tout sincèrement, malgré un léger coup de théâtre de dernière minute, fomenté par le gouverneur Albee (John Miltern), rattrapé par les estimations défavorables des élections à venir.

 

Alors tout est bien qui se termine (presque) bien, un peu comme dans toutes les histoires de Cecil B.

 

  1. Aka Arakau (Sessue Hayakawa) est ignoble et sadique.
  2. Rédemption, rédemption…
  3. Coucou, professeur Allen John !
  4. qui jouait l’année passée dans Miss Lulu Bett de William C. DeMille, le frère de…
  5. Prohibition oblige, quand il désire se procurer de l’alcool, le barman est réticent, croyant à un piège de l’avocat.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Détour (Saturday Night - Cecil B. DeMille, 1922)

Le samedi soir, c’est le soir où les travailleurs vont se distraire après une semaine bien remplie. Accessoirement, c’est aussi le jour où on se lave à fond, en vue du dimanche, jour du Seigneur oblige.

C’est ce qui attendait Shamrock O’Day (Edith Roberts) si l’escalier de service n’avait pas été encombré par sa mère (Sylvia Ashton) qui le nettoyait. En passant par l’escalier « de devant » elle rencontre le beau Richard Prentiss (Conrad Nagel), qui tombe amoureux d’elle.

Dans le même temps, Tom McGuire (Jack Mower) se consume d’amour pour la jeune femme qu’il conduit, Iris van Suydam (Leatrice Joy), elle-même fiancée à Richard. Mais lors d’un détour peu heureux, elle réalise qu’elle aussi l’aime.

Alors tous se marient…

 

Encore une fois, Cecil B. DeMille nous emmène dans les milieux aisés où la richesse s’étale et les fêtes sont magnifiquement décadentes. Mais si d’habitude, on ne suit que les expériences de cette société, ici il mélange les genres et surtout les milieux.

Le film se divise en trois parties, d’à peu près même longueurs, et nous raconte une belle histoire – écrite par la fidèle Jeanie Macpherson – bourrée d’humour mais à l’issue logiquement prévisible : on ne mélange pas les genres et encore moins les classes.

 

La première partie nous montre comment le destin va mélanger les vies des quatre personnages, faisant triompher l’amour avant tout. Le titre français prend alors toute sa dimension (1) : à chaque fois, c’est un changement d’itinéraire qui fait se tomber les amoureux dans les bras l’un de l’autre. Mais pour chaque histoire d’amour, c’est le point de vue de la femme qui prévaut, même si Tom aime Iris bien avant que cette dernière succombe à son charme.

En effet, c’est Shamrock qui prend l’escalier de devant amenant sa rencontre décisive avec Richard, tout comme c’est Iris qui décide de prendre un autre chemin, amenant l’accident et la conduite courageuse de Tom.

 

La seconde partie est assurément la plus drôle, les deux femmes n’étant absolument pas à leur place. Shamrock accumule les faux-pas et les attitudes outrancières bien éloignées du nouveau milieu dans lequel elle évolue, amenant des situations franchement comiques, pendant que la douce Iris se désole de son nouveau chez soi : petit, bruyant (le métro aérien passe au niveau des fenêtres) et franchement inadapté pour une si grande demoiselle. Sans parler de ses habitudes de femme libre – elle fume sans vergogne – qui ne cadrent absolument pas dans ce milieu populaire qui est le sien.

 

On arrive donc à un paroxysme malheureux où chacun se rend compte que malgré l’amour ne suffit pas pour être heureux.

Alors évidemment, la troisième partie va remettre les choses dans l’ordre et chacun à  sa place, pour le bonheur de tous.

Le destin répare ses erreurs, et tout est bien qui finit bien.

 

Si l’intrigue du film est convenue, c’est son traitement qui est magnifique. DeMille utilise à bon escient des fondus enchaînés afin de montrer les sentiments auxquels aspirent chacun des principaux protagonistes. On retrouve aussi le milieu de prédilection de ses histoires - la gentry – qui est tout de même mise à mal par le manque d’éducation de Shamrock, à la plus grande joie des spectateurs.

 

Et pour s’assurer la réussite du film, il fait appel à ses acteurs de prédilections – dont l’inévitable Roberts, ici oncle d’Iris, mais surtout homme d’affaire au cigare – qui nous offrent une interprétation réjouissante malgré la teinte tragique que prend la dernière partie.

Bien entendu, on a droit à la salle de bain demillienne, même si Shamrock ne l’utilise pas (devant nous spectateurs).

 

Au final, un film réjouissant absolument demillien, où le temps d’une passion, les milieux se mélangent, mais comme dans Male & Female trois ans plus tôt, force reviendra à la raison et chacun retournera dans la sphère qui est la sienne.

 

 

(1) Il arrive aussi que des titres français soient pertinents…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Forfaiture (The Cheat - Cecil B. DeMille, 1915)

Fabuleux.

Il s’agit de la version encore disponible, ressortie en 1918, ce qui explique l’insert du journal daté d’avril de cette même année.

Cette nouvelle exploitation est due à l’Association des Japonais de Californie (du Sud) qui n’appréciait pas qu’un de ses ressortissants – fût-il virtuel – soit dépeint comme un monstre sadique.

 

Mais reprenons. Nous sommes dans ce qu’on n’appelle pas encore la Jet Set (1), et les Hardy sont des membres éminents de cette espèce d’aristocratie américaine. Pendant que Monsieur (Jack Dean) spécule jusqu’à son dernier cent afin de faire fortune, Madame (Fannie Ward) dépense sans compter, renouvelant sa garde-robe pour maintenir son rang, maintenant qu’elle est trésorière de la Croix-Rouge. 10.000 dollars lui sont alors confiés qu’elle investit dans un placement « sûr » (ils le sont toujours au début) qui s’avère une catastrophe. Elle s’adresse alors à Haka Arakau (Sessue Hayakawa), un Birman (2) qui a fait fortune dans l’ivoire.

Ce dernier accepte de couvrir la perte contre la vertu de la femme. Acculée, elle accepte.

C’est alors que son mari fait fortune !

 

On retrouve donc un milieu cher à Cecil B. DeMille, cette haute société qui ne vit que dans le luxe : pour et par l’argent. Mais malgré ce milieu très argenté, la mise en scène est très intimiste. Ce n’est pas un déballage de richesse comme on pourra en voir dans d’autres de ses films. Ici, (presque) tout est feutré, minimaliste. En effet, les rares séquences en extérieurs sont très courtes : ce qui nous intéresse (DeMille et nous spectateurs), c’est le drame qui se joue à l’écart des réceptions officielles ou demeures somptueuses.

 

Non seulement les lieux utilisés sont exigus, mais en plus, l’éclairage joue un très grand rôle dans le minimalisme. A de très nombreuses reprises, c’est l’alternance ombre-lumière qui donne à ce film toute sa beauté. Si DeMille choisit d’isoler ses acteurs par un point lumineux pertinent, il utilise avec beaucoup d’adresse les ombres, qu’elles soient chinoises (6) quand la déroute financière est annoncée, ou portée quand Hardy est en prison, accentuant le désespoir de ce dernier.

Ce point de lumière n’éclaire que ce qui est important : les visages, le brasero… Car c’est surtout ce brasero qui est l’élément le plus important du film. C’est avec celui-ci qu’Arakau marque au fer rouge ses possessions : les objets (statuettes) mais aussi les êtres.

 

C’est d’ailleurs ce dernier point qui a généré tout es les protestations des Japonais de Californie : au cœur de l’intrigue, quand la forfaiture du titre – « The Cheat » en VO, c.à.d. la tromperie (3) – est annoncée par un intertitre. Arakau, qui a refusé le paiement veut posséder la jeune femme qui se débat : il la marque alors de son sceau incandescent.

Il y a un mélange de sadisme et se sexualité très fort dans cette scène primordiale. D’un côté cet homme qui torture celle qui se refuse à lui et de l’autre cette femme violentée, pratiquement déshabillée (4) par son bourreau.

 

Ce déballage de violence est peu courant dans le cinéma de 1915. Ce qui ne veut pas dire que ça n’existe pas (rappelez-vous Regeneration), mais si la violence est chose courante dans les bas-fonds, ce n’est pas ce qui arrive le plus fréquemment à un tel niveau social : les rares incursions de la violence dans la Haute concernent essentiellement des crimes passionnels, pas de tels actes de cruauté.

 

On comprend alors mieux pourquoi les Japonais ont râlé. Il faut dire que le personnage de Haka Arakau est franchement antipathique. On y retrouve certains préjugés racistes qui ont cours aux Etats-Unis (et ailleurs dans le monde « occidental ») : Arakau est sournois, fourbe et en plus, il ne respecte pas les règles du jeu en refusant le remboursement. Et Hayakawa (5) est magnifique dans ce rôle – encore une fois de méchant – qui le propulse en haut de l’affiche.

Il fait depuis partie de ces magnifiques méchants créés par Hollywood : celui que le public aime haïr !

 

 

P.S. : à noter que Marcel L’Herbier fera un remake du film en 1937, avec Sessue Hayakawa qui reprendra alors son rôle.

 

  1. Appelée aussi « Smart Set » dans le film.
  2. La version de 1918 a donc changé le nom et la nationalité du méchant pour ne pas froisser : à l’origine il s’appelait Hishuru Tori.
  3. Le titre original est très intéressant car s’il annonce une forfaiture, il concerne aussi, parmi ses différentes assertions la personne qui se livre à une tricherie.
  4. Ne vous inquiétez pas, on s’arrête juste avant de montrer quoi que ce soit !
  5. Saviez-vous que Sessue Hayakawa est nommé dans L’Enfant et les Sortilèges (Ravel & Colette) ? Maintenant, vous ne pourrez plus l’écouter de la même façon (si bien sûr vous l’écoutiez auparavant)…
  6. Hum…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Oscar Apfel
Le Mari de l'Indienne (The squaw Man - Cecil B. DeMille / Oscar Apfel, 1914)

L’Indienne (1), c’est Nat-U-Ritch (Red Wing*), la fille de Tabywana (Joseph Singleton), le chef des Utes.

Son mari donc, c’est James Wynnegate (Dustin Farnum), un aristocrate anglais accusé (faussement) de détournement de fonds et qui est parti faire fortune aux Etats-Unis pour échapper à la justice.

Mais même dans l’Ouest américain (encore sauvage), on côtoie aussi des hors-la-loi. Ici, c’est Cash Hawkins (William Elmer), que finalement Nat-U-Ritch tuera, amenant la tragédie finale.

 

Il s’agit du premier film officiel tourné par Cecil B. DeMille, en partenariat avec Oscar Apfel, déjà un vétéran du cinéma (en trois ans, il a tourné presque 50 films), qui souhaita réaliser ce film avec ce novice.

Il s’agit aussi du premier** long métrage tourné à Hollywood où, loin de la côte ouest, l’influence de la Motion Picture Patents Company se fait moins sentir.

Et comme nous en sommes aux premières, il s’agit aussi de son premier western, la plus grande partie de l’intrigue se situant dans l’Ouest.

 

Si le film a un côté naïf, il faut avant tout le porter au compte de DeMille qui fait ses premiers pas dans la réalisation, bien guidé par son aîné (qui n’a que trois ans de plus que lui).

On y trouve déjà la teinte morale voire moralisatrice qui perdurera dans tous ses films.

Quant à l’aspect western, on n’en est qu’aux balbutiements ici, loin de l’image romantique que pourront lui donner John Ford ou Howard Hawks pour ne citer qu’eux.

 

Malgré le rôle important de l’Indienne dans l’intrigue, on ne passe pas à côté des stéréotypes aux relents racistes qui mettront beaucoup de tempos avant de disparaître des écrans.

En effet, les Utes sont avant tout dépeints comme des êtres peu évolués, superstitieux et naïfs, prêts à tout pour de l’eau-de-feu (voir la scène entre Cash Hawkins et Tabywana).

Et la présentation de James Wynnegate – qui se fait maintenant appeler Jim Carston – aux Indiens tient plus  de la caricature que d’autre chose : les Indiens dansent en rond (et un peu n’importe comment) autour de lui, affublés de coiffures qui, si elles sont indiennes n’ont pas vraiment de signification.

De même quand Jim est malade, l’homme-médecine vient… Exécuter quelques pas de danse afin d’invoquer les esprits.

C’est plutôt pitoyable.


Revenons sur l'intrigue.

Il y a (encore) quelque chose de gênant dans cette histoire : le mariage de Jim et Nat-U-Ritch.

En effet, Jim vit avec Nat-U-Ritch une union libre, et ce n’est que quand il s’aperçoit qu’elle attend un enfant de lui qu’il se décide à l’épouser.

Cette séquence nous permet d’ailleurs de voir l’état d’esprit des hommes de l’ouest quant aux relations interculturelles. Le juge de paix (J.G. Harper)  que Jim va chercher refuse dans un premier temps d’unir les deux amants. Ce n’est que menacé par le canon d’un pistolet qu’il accepte d’officier.

Nous arrivons alors au cœur du problème. Si Nat-U-Ritch n’avait pas été enceinte, il y a tout de même peu de chances que Jim eût voulu l’épouser : il serait donc normal d’avoir une relation avec une Indienne en dehors du mariage ? Est-ce vraiment de l’amour qui unit Jim et Nat-U-Ritch ?

 

Un dernier mot enfin sur l’issue*** du film : la mort de Nat-U-Ritch laisse tout de même un peu d’amertume au spectateur actuel. La mort de l’Indienne est tout de même bien providentielle.

 

 

* de son vrai nom Lillian St Cyr, avait des origines indiennes

** Message au professeur Allen John : je sais, ce n’est pas vrai ! Mais les légendes sont tenaces !

*** tragique, je l’ai déjà dit

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Rachat Suprême (The whispering Chorus - Cecil B. DeMille, 1918)

John Tremble (Raymond Hatton) est comptable chez Mr. Clumbley (Tully Marshall). Mais son salaire l’empêche de vivre confortablement avec sa femme Jane (Kathlyn Williams) et sa vieille mère (Edythe Chapman).

Un jour, il succombe à la tentation et détourne de l’argent.

C’est le début d’une descente qui le mènera tout droit à la chaise électrique.

 

C’est un film noir. Très noir.

Le « whispering chorus » dont parle le titre original (1), c’est la petite voix intérieure qui nous conseille plus ou moins bien, et que l’on voit représentée habituellement par un petit démon pour une mauvaise action ou un ange quand elle est bonne : cette conscience bonne ou non qui nous fait souvent choisir la voie de la facilité qui n’est pas toujours le meilleur des choix (2)…

Ici, cette conscience est symbolisée par deux visages en surimpression : celui de Gustav von Seyffertitz (c’est encore lui qui a le mauvais rôle) ou celui de Walter Lynch pour les mauvais encouragements et celui de la douce Edma Mae Cooper pour les choix judicieux (qui ne sont pas toujours suivis, sinon ce serait trop facile).

 

Cecil B. DeMille nous raconte une histoire très sombre où la malhonnêteté ne paie pas. Il y a toujours chez lui un fond de morale qui transparaît dans ses films. Mais, cette fois, ses personnages n’appartiennent pas à la haute bourgeoisie. John et Jane sont des Américains ordinaires, qui joignent les deux bouts comme ils peuvent, s’accordant parfois un extra : ici c’est à Noël que se situe l’histoire. Mais dès les premières séquences, le fond mauvais de John s’installe et va prévaloir presque pendant tout le film. Un intertitre résume très bien cela : « L’enfer est pavé de bonnes intentions. » En effet, John qui devait acheter une robe pour sa femme va jouer (et perdre) l’argent.

L’argent est d’ailleurs le vrai responsable (3) de la déchéance de John. Mais le détournement n’est qu’un début dans cette descente en enfer : toujours conseillé par cette mauvaise conscience intérieure, il décide de disparaître en se faisant passer pour mort.

 

Mais heureusement, Cecil B. DeMille veille et la morale sera sauve. En effet, comme le dit Matthieu (2), le chemin de la facilité qu’ »a choisi John va se révéler beaucoup plus difficile et surtout périlleux. En effet, tout se retourne contre lui, ce qui, en fin de compte est bien mérité.
Mais n’oublions pas que ce film est avant tout américain et qu’il laisse la part belle à la Rédemption. John, malgré ses méfaits – c’est plus sa malhonnêteté que sa méchanceté qui est punie – parviendra à cette Rédemption, sans toutefois sauver sa vie (voir plus haut).

 

DeMille, alors que nous ne sommes « qu’en » 1918 nous propose un film magnifique avec force surimpressions mettant en scène les voix intérieures ainsi que d’autres éléments plus ou moins surnaturels : la prémonition de Maman Tremble qui relit inlassablement le même passage des Evangiles (4) ou encore l’arrivée d’un heureux événement (il y en a quand même), et bien entendu l’âme de John dans la séquence finale.

Avec en prime un magnifique montage parallèle entre d’un côté Jane qui épouse le gouverneur Coggeswell (Elliott Dexter) pendant que John consomme son union (5) avec une jeune Chinoise de Shanghaï.

 

Mais c’est aussi le jeu des acteurs – Raymond Hatton surtout, mais aussi Kathlyn Williams – qui donne à cette histoire édifiante la tonalité » noire voulue par DeMille. Hatton est splendide dans ce rôle d’homme qui ne cesse de se métamorphoser – physiquement autant que moralement – pendant que celle qui fut sa femme est rongée par la culpabilité face à sa belle-mère qui est persuadée que son fils n’est pas mort.

 

Un film magistral, encore une fois.

 

 

(1) Dois-je encore vous dire ce que je pense de sa traduction ? Elle colle tout de même à l’intrigue…

(2) cf. Matthieu 7 : 13-14

(3) cf. Matthieu 6 : 24

(4) cf. Luc 15 : 32

(5) Libre, bien sûr : quand on dévale la pente fatale, c’est complètement !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson
Pour le Meilleur et pour le pire (For Better, for worse - Cecil B. DeMille, 1919)

Une histoire d’amour dans une famille aisée avec Gloria Swanson : ça ne peut être que de Cecil B. DeMille. Il s’agit d’ailleurs de leur deuxième collaboration et, à mon avis, de l’une des meilleures.

Si l’intrigue se situe dans la haute société, ce n’est pourtant pas la fortune qui est le thème principal, mais plutôt la BONNE fortune.

 

Nous sommes en 1916 et les jeunes Américains sont appelés à combattre les « Huns (1) » en France. Parmi eux, deux amis : Edward « Ned » Meadle (Elliott Dexter) et Richard « Dick » Burton (Tom Forman). Mais si Dick part le cœur léger, il n’en va pas de même pour Ned, que son chef de service (Theodore Roberts, vieux complice de DeMille) – il travaille dans une clinique pour enfants) rappelle à son premier devoir : sauver les enfants d’abord. C’est le cœur serré que Ned va rester, d’autant plus que sa fiancée Sylvia (Gloria Swanson, donc) se détourne de lui. Pis que cela : elle épouse Dick, au grand dam de Betty (Sylvia Ashton), perdue d’amour pour le beau Dick.

Mais alors la guerre rapproche Sylvia et Ned, tandis que Dick, défiguré et manchot se fait passer pour mort.

 

Bien entendu, il va revenir réclamer son dû (sa femme qui en aime un autre, son meilleur copain !) : le nœud de l’intrigue.

Mais ce cas de conscience n’arrive qu’à la fin du film et n’a que très peu d’enjeu. Nous savons pertinemment que le film se terminera bien, DeMille n’étant pas un habitué des fins tristes.

 

Non, le plus important, c’est l’actualité du film. En effet, quand il sort en avril 1919, la guerre n’est pas officiellement terminée (2). Et si les combats sont terminés et que les Américains ont commencé à revenir, les spectateurs qui voient le film à sa sortie se retrouvent, pour certains, dans cette histoire : même si les Etats-Unis sont entrés tardivement dans la guerre, cette dernière leur a tout de même apporté sont lot de victimes, sans parler des veuves et des orphelins. D’ailleurs, Ned va en adopter une : celle (Mae Giraci) que la voiture de Sylvia a écrasée et qui finalement va les réunir.

 

De plus, le sort de Dick rappelle cruellement celui des « gueules cassées », ces soldats qui revinrent du front après avoir eu une partie du visage arrachée. Mais si le visage de Dick a été bien réparé, c’est avant tout afin de ne pas trop effrayer les spectateurs, et aussi (surtout ?) pour qu’il soit tout de même reconnaissable sur l’écran.

 

L’actualité du sujet est encore une fois la possibilité pour DeMille de rendre hommage à ceux qui sont partis se battre « pour la civilisation », lui qui fut obligé de rester à Hollywood (il était un petit peu trop vieux) mais qui y organisa tout de même la défense passive (3). Mais si Jeanne d’Arc mettait en avant ceux qui étaient au front, ici, c’est l’arrière qui l’intéresse. En effet, nous avons droit à peu d’images de guerre : la tour où est réfugié Dick qui s’effondre, amenant ses mutilations.

Non, ce sont ceux qui aidaient passivement à l’effort de guerre, ceux qui restaient pour faire fonctionner le pays, en l’occurrence Ned qui est le dernier chirurgien que Sylvia trouve pour sauver les jambes de la petite fille.

 

Alors bien entendu, on ne retrouve pas l’humour habituel des films du maître, et Theodore Roberts a, cette fois-ci, un rôle honorable sans aucune jeune fille alentour comme ce fut souvent le cas. DeMille garde un ton sérieux sans toutefois tomber dans le poncif.

C’est un magnifique film avec un montage dynamique parsemés de gros plans superbes et pertinents, traitant presque exclusivement des membres (inférieurs et supérieurs) véritables enjeux d’un film de guerre très particuliers.

Un film subtil, servi par une très belle distribution.

 

 

PS : bien entendu, on a droit à des petites reconstitutions… On est chez DeMille, ne l’oubliez pas !

 

 

  1. C’est ce qu’annonce un article de journal.
  2. Le Traité de Versailles entérinant la paix sera signé le 28 juin, soit deux mois après.
  3. Voir Hollywood: the Pioneers, Episode 7 : Autocrats (Kevin Brownlow & David Gill, 1980)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Mary Pickford
La Bête enchaînée (A Romance of the Redwoods - Cecil B. DeMille, 1917)

 

Jenny Lawrence (Mary Pickford) vient de perdre sa maman, qui l’enjoignait, dans ses dernières volontés de rejoindre son oncle John (Winter Hall), parti en Californie chercher de l’or (c’est la ruée de 1849).

Mais cet oncle est tué par les Indiens et Black Brown (Elliott Dexter) a pris son identité pour échapper à la justice.

Alors quand elle arrive à Strawberry Flats (où devrait vivre son oncle), elle est aussi surprise que celui qui a usurpé son identité.

Mais il faut vivre malgré tout dans cet endroit oublié de Dieu, mais pas des hommes (surtout les plus rudes).

 

 

 

 

La Bête enchaînée (1) est le sixième film de Mary Pickford qui sort cette année-là (le troisième chronologiquement, le premier des deux avec Cecil B. DeMille). Cette fois-ci, même si elle va voir son oncle, elle n’a pas le rôle dune petite fille, à peine une jeune fille : plutôt une très jeune femme qui doit grandir bien vite dans un monde assez hostile : l’ouest américain dans un village de prospecteurs.

 

Mais si on peut classer ce film dans le genre western, il s’agit avant tout d’une histoire d’amour comme ne le dit pas le titre français (1) : c’est bel et bien une histoire d’amour (« romance » en anglais) qui se situe au nord de la Californie, dans la région des Redwoods, tout simplement.

Mais il ne s’agit pas d’une histoire d’amour ordinaire (normal, on est chez DeMille). D’un côté une jeune orpheline, un tantinet naïve (au début seulement) et de l’autre un bandit de grand chemin, spécialisé dans l’attaque de diligences.

Mais cette rencontre, au lieu de tourner au drame (va-t-il la laisser vivre après qu’elle aura découvert son secret), se transforme en une relation dans laquelle chaque partie va y trouver son contentement.

Elle, va trouver un toit où dormir et un couvert, lui, va se civiliser un petit peu : leur premier petit-déjeuner illustre très bien cet échange quand elle insiste pour qu’il soit (à peu près) propre et qu’ils prennent le temps de dire les grâces avant de commencer.

 

Mais c’est à partir du moment où elle va découvrir son secret que la situation va complètement évoluer. Non seulement il ne la tue pas, mais en plus il se rend compte qu’il l’aime et est prêt à tout abandonner de sa vie de desperado pour elle.

Mais les hommes étant ce qu’ils sont, Brown replonge et c’est seulement par une intervention de Jenny qu’il s’en sortira (définitivement ?).

 

Encore une fois, Mary Pickford commence avec un personnage presque enfantin pais elle va vite s’imposer comme une jeune femme auxquels de nombreux hommes, une fois qu’elle sera installée, ne seront pas indifférents (2). Et avec DeMille, cette relation prendra une dimension

Supérieure, transformant cette histoire d’amour en événement fondateur d’une nouvelle vie. Et le rôle de Jenny, qui assume cet amour est d’autant plus magnifique qu’elle avoue (au milieu du XIXème siècle !) qu’elle a eu une relation avec son « oncle » hors du mariage.

 

Et puis il y a l’Ouest farouche de DeMille, avec ses Indiens meurtriers et ses saloons mal famés. Il faut voir la faune que rencontre Jenny lorsque Brown l’amène dans ce haut lieu de la culture Californienne de 1849-50 : des joueurs qui ne pensent qu’à jouer, des ivrognes qui ne pensent qu’à boire (3) et des femmes de mauvaise vie quand elles ne sont pas hommasses.

Un bel échantillon.

 

Mais comme avec William Beaudine, je préfère le deuxième film que Pickford tournera avec DeMille : il aura, lui aussi, bien cerné sa personnalité et lui proposera un nouveau rôle (Angela Moore dans La petite Américaine) qui la portera définitivement au firmament des stars (4).

 

 

 

  1. Non mais quel titre encore une fois !
  2. C’est quand même Mary Pickford !
  3. Avec en prime un shérif qui tire sur celui qui lui demande de faire son boulot !
  4. Si Lillian Gish est la plus grande actrice du cinéma (avis que je partage avec mon ami le professeur Allen John) que Greta Garbo est « la Divine », Mary Pickford restera toujours « la petite fiancée de l’Amérique » drainant toujours plus de foule sur son passage, même à l’étranger. Une actrice elle aussi exceptionnelle.

 

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