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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

cecil b. demille

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
L'Empreinte du passé (The Road to yesterday - Cecil B. DeMille, 1925)

Deux femmes. Trois hommes. Beaucoup de possibilités. Sauf ici.

Ici, chaque femme a un homme attitré.

Beth (Vera Reynolds) va avec Jack (William Boyd), Ken (Joseph Schildkraut) va avec Malena (Jetta Goudal).

Le troisième homme ? C'est Rady (Casson Ferguson). Il n'est pas très intéressant. C'est avant tout un personnage comique.

Mais le passé pèse sur ces personnes. Il s'est passé quelque chose autrefois qui les empêche d'être heureux aujourd'hui.

Alors que tous sont réunis dans un train pour San Francisco, un accident se produit, projetant Beth trois siècles dans le passé : elle emprunte « la route vers hier » (d'où le titre original).

 

Cette fois-ci, le titre français n'est pas trop mauvais. En effet, c'est dans le passé que se résout la crise présente (pour les personnages), où Beth est la seule qui connaît l'avenir. Il y a des éléments du passé et du présent qui se mêlent, expliquant certaines découvertes, et surtout le pourquoi de la situation : pourquoi la jeune mariée (Malena) a-t-elle peur de l'ombre de son mari ? Quel est donc ce couteau que Vera semble si bien connaître ? Pourquoi Rady tombe-t-il toujours ? (non, on ne répond pas à cette question. Mais si Rady a avant tout un rôle comique, il est aussi la source des ennuis des amoureux (Beth & Jack).

Cecil B. DeMille reprend le même schéma que pour les dix Commandements (1923) : une intrigue dans le présent (ici 1926) qui trouve son explication dans le passé. Chaque personnage important a son double dans le passé : son ancêtre (?).

Le passé d'ailleurs aide à résoudre la situation de crise du présent. Et en plus, c'est édifiant : Dieu étant le dernier personnage important du film. Présent, mais invisible... En effet, Cecil Blount a rencontré Dieu et ses œuvres en portent la marque.

Mais revenons à notre film. Il faut avouer que la partie en costume est la plus réussie. Cette partie est la plus longue (50 des 96 minutes que dure le film). On y trouve les ingrédients habituels du mélodrame, avec toutefois une résolution malheureuse. Il y a de l'action dont un beau duel à l'épée (rien à voir avec celui de Scaramouche), des amours contrariées, un méchant coureur de dot (Schildkraut) et une jolie Vera Reynolds. Dommage qu'il faille retourner dans le présent pour une résolution un tantinet religieuse, rendant cette fin heureuse, certes, mais un peu fade.

Quoi qu'il en soit, les acteurs sont convaincants et le film se laisse regarder avec plaisir, ce qui est avant tout ce que doit rechercher le spectateur. En 1926 comme en 2017.

 

[A noter la présence de Dick Sutherland, dans le rôle - son physique oblige - du bourreau, lui qui fit plusieurs fois le méchant avec Harold Lloyd.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Cecil B. DeMille
Carmen (Cecil B. DeMille, 1915)

« Près des remparts de Séville, chez mon ami Lilas Pastia... »

Ces mots tirés de l'opéra de Bizet annoncent le rendez-vous que donne Carmen  à Don José.

Lilas Pastia (Horace B. Carpenter) est un cabaretier de mèche avec les contrebandiers que poursuit Don José (Wallace Reid), nouveau venu dans la ville.

José semble incorruptible, alors Carmen Géraldine Farrar), elle aussi du côté des contrebandiers, décide de le séduire afin de faire prospérer les affaires.

Non seulement elle va le séduire, mais en plus, elle va le rallier à leur cause !

 

Il s'agit déjà de la cinquième version cinématographique de la nouvelle de Prosper Mérimée, déjà adaptée pour l'opéra par Georges Bizet en 1875.  C'est d'ailleurs la musique de ce dernier qui sert de fond musical au film : tous les grands airs de l'œuvre sont présents avec, en prime, un extrait de l'Arlésienne (!) du même Bizet...
Si l'opéra avait pris des libertés avec la nouvelle, que doit-on dire de cette version ?

DeMille ouvre sur le point de vue des contrebandiers (Lilas Pastia), laissant de côté - pour l'instant - Don José, dont Carmen fait partie (ce qui n'est pas une erreur). Mais il s'attache avant tout à donner un contexte à l'histoire d'amour entre José et Carmen : c'est son appartenance à la bande qui la fait séduire José, et non sa préférence personnelle. Sa préférence personnelle va - bien entendu - à un autre : Escamillo (Pedro de Cordoba), le toréador.

DeMille s'inspire surtout de la version opéra plus que de celle qui est écrite. Mais il déplace les épisodes, en créant même d'autres. Quant à la fin, elle a une certaine tendance à dévier de l'histoire originale ET de l'opéra... Je ne vous en dis pas plus, voyez le film !

Pour le reste, c'est Carmen qui mène la danse. Elle est irrésistible. Tous les hommes - soldats comme contrebandiers - la désirent, la courtisent, et se font jeter un par un. Sauf Escamillo et bien sûr José.

Mais Carmen, c'est une femme libre. Elle a une tenue et une attitude provocantes, elle aime les hommes et le montre bien, aguichant chacun pour mieux l'éconduire. Bref, comme elle le dit dans un intertitre : « Carmen n'appartient à aucun homme. Elle est libre. »

Et c'st cette liberté qui causera sa perte. José est fou d'amour pour elle, mais Escamillo aussi. Il a beau avoir été choisi, on suppose aisément qu'elle le quittera le moment et l'occasion venus.

Mais quelle femme ! Elle est volontaire et sait se battre si l'occasion se présente. Quand José combat son officier supérieur, non seulement elle se réjouit que deux hommes se battent pour (ou à cause d') elle, mais en plus, elle les encourage et se réjouit de l'issue fatale de ce duel.

Et puis il y a les couleurs. Le film a beau être en noir et blanc, la pellicule est teintée afin de recréer un peu plus les ambiances : bleu sur l'ouverture, c'est une scène de nuit ; jaune lorsque le soleil brille en extérieur (ou la pleine lumière chez Pastia)  ; rouge autour du feu, lors de la « scène des cartes », annonçant à Carmen sa mort prochaine.

Rouge comme le sang qui sera versé lors de cette mort.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cecil B. DeMille, #Histoire, #Peplum
Cléopâtre (Cleopatra - Cecil B. DeMille, 1934)

Les portes de l'Histoire s'ouvrent... Sur une jeune femme nue ! Mais depuis le premier juillet [1934], le Code Hays est entré en vigueur. Alors elle est filmée en contre-jour, mais ça ne trompe personne... En tout cas, le ton est donné. S'ensuit un film où les femmes sont jeunes, belles et peu vêtues. Et la première, c'est Claudette Colbert qui joue le rôle titre. Elle porte des tenues très « sexy » (terme qui est apparu dans la décennie précédente), voire provocantes.  Cela sera - bien entendu - reproché à DeMille qui devra tout de même enlever quelques éléments.

Autrement, tout est là : César (Warren William), le tapis, le mauvais augure (« méfie-toi des ides de Mars »), l'assassinat de César, ses derniers mots (« toi aussi Brutus »), Antoine et ses chiens, la vipère, et surtout la (trop ?) belle Cléopâtre.

C'est déjà le septième film racontant l'histoire de la reine d'Egypte. Et comme c'est Cecil B. DeMille, c'est une débauche (hum...) de luxe incroyable. Surtout pendant la rencontre entre Antoine (Henry Wilcoxon) et Cléopâtre.

Ca en devient même féérique. C'est à chaque fois un degré d'ajouté dans le luxe. Mais c'est aussi ce qui va faire qu'Antoine aimer Cléopâtre : alors qu'il arrive (avec ses chiens) bien décider à la ramener de force - enchaînée s'il le faut -, elle le reçoit avec faste et grandeur. A chaque argument viril, elle répond par un argument plutôt féminin.

Et , bien entendu, c'est elle qui gagne. Elle va même jusqu'à dévoiler son plan à un Antoine très (trop) sûr de lui : elle sait qu'Antoine veut la ramener de force à Rome. Mais même cet aveu fait partie de son plan. A partir de là, c'est le grand jeu. Nous assistons à une démesure royale. Des danseuses court vêtues, des plats raffinés, des coquillages emplis de pierres précieuses... Et ça marche ! Le visage de ce dernier s'éclaire peu à peu jusqu'à se rapprocher de celui de Cléopâtre. Et finalement, il succombe. Cela nous amène le point culminant de cette scène avec rideaux tirés, pétales et guirlandes de fleurs, danseuse, musiciennes, encens... Le tout dans un travelling arrière qui nous ramène au lieu de cette débauche de luxe : la réale de Cléopâtre aux avirons dorés maniés par des esclaves enchaînés - le pendant moins glorieux de tout ce faste.

Lui qui rêvait de conquérir l'Egypte est conquis par cette reine atypique.

Parce que Cléopâtre était une reine atypique : sa présentation rocambolesque à César (l'épisode du tapis), son affrontement avec Antoine, tout est fait pour nous présenter une personne hors du commun.

Mais la romance prend le pas sur la politique. Et on pourrait presque définir sa relation aux deux chefs de guerre ainsi : elle aima César qui ne l'aimait pas, et n'aima pas Antoine qui lui l'aimait.

Mais fut-ce le cas ? Et en ce qui nous concerne, quelle importance ?
Claudette Colbert est magnifique. Sa plastique ajoute à son charme, mais c'est son esprit un tantinet mutin qui fait tout son charme. Je reviens encore à sa rencontre avec Antoine, la scène clé du film : elle charme Antoine, elle l'imite dans son attitude renfrognée, elle le gâte, mais surtout, elle le maîtrise. Elle sera sa chute.

Et tout cela par calcul : alors qu'Antoine succombe, et avant que soient tirés les rideaux, elle a un regard pour son conseiller Appolodorus (Irving Pichel), un mouvement de tête, et le final de cette scène se met en place. Tout n'était que manœuvre pour attirer Antoine dans son lit.

Mais la fin était écrite. Tous ces gens doivent mourir. Et Cléopâtre, amoureuse par calcul d'Antoine est dépassée par ses sentiments. Ce qui ne fut tout au plus qu'une attirance devient véritable amour.

La mort d'Antoine, couplée avec la prise d'Alexandrie par Octave (!), sonne le glas de ses espérances.

Elle nous montre alors comment meurt une reine.

Les portes de l'Histoire se referment.

 

[Une scène de bataille avec force surimpressions, mêlant suggestion de violence et cadavres sanguinolents nous permet en outre de revoir des images de poursuite tirées des 10 Commandements (1923), du même Cecil B.]

 

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