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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

charles brabin

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Richard Boleslawski, #Charles Brabin
Raspoutine et l'Impératrice (Rasputin and the Empress - Richard Boleslawski & Charles Brabin, 1932)

Il faut attendre (et atteindre) la vingt-huitième minute pour qu’il entre enfin en scène : Grigori Efimovitch Raspoutine (Lionel Barrymore). Il porte son habit sombre et bien sûr sa longue barbe.

Il est humble, comme il se doit, mais nous ne nous y trompons pas : c’est un être malfaisant qui vient d’arriver comme le suggère la caméra du grand William H. Daniels : il s’avance vers l’impératrice (Ethel Barrymore), et son ombre va bientôt la couvrir, annonçant la main mise qu’il aura sur cette famille singulière.

Mais reprenons. Alors qu’il s’amuse avec ses sœurs, le tsarévitch Alexis (Tad Alexander) tombe et s’écorche. Rien de bien grave, normalement, mais cet incident révèle une infortune plus grave : l’hémophilie. Le docteur du palais (Edward Arnold) est impuissant, et il demande même l’aide de son confrère allemand (Gustav von Seyffertitz) qui ne peut rien de plus.

C’est alors qu’arrive l’homme de la situation, Raspoutine. Certes, il va soigner l’enfant, mais il va l’hypnotiser et le tenir sous sa coupe. Son ambition : régner sur la Russie.

 

En 1932 (quand sort le film), c’est avant tout la légende de Raspoutine qui alimente les récits : racontée par ceux qui ont participé à l’exécution de l’homme et qui ont un tantinet enjolivé les choses, faisant naître cette légende. Ce sera donc par le poison que Grigori Efimovitch va mourir, avec en prime une noyade dans une eau des plus gelées (nous sommes fin décembre 1916). Et le prince auteur de cette exécution, s’il ne s’appelle pas Ioussoupov, en est tout de même bien inspiré : Paul Chegodieff (John Barrymore).

[NB : Ce sont les balles qui ont tué Raspoutine, et il semble qu’il n’y ait eu aucune tentative d’empoisonnement…]

 

Et en plus de ce personnage particulier, l’intérêt du film réside dans la présence des trois Barrymore. Si ce n’est pas la première fois (c’était en 1917), nous sommes obligés de convenir que c’est la seule fois puisque le film précédent (National Red Cross Pageant) est perdu. Et c’est une sacrée gageure que d’avoir réussi à rassembler ces trois monstres sacrés.

Après John et son Svengali, c’est donc au tour de Lionel d’interpréter un personnage qu’on a plaisir à haïr.

Sa prestation est absolument phénoménale, proche du cabotinage, bien sûr, mais quand on est un Barrymore… Toujours est –il que son interprétation, couplée avec la caméra de Daniels nous offrent un spectacle captivant et surtout un Raspoutine ignoble à souhait : hypnose, débauche et ambition démesurée font de cet homme un être abject, archétype du méchant. Et les éclairages – quand il tente de pénétrer dans la chambre de Maria (Jean Parker) – accentuent son aspect malsain.

 

Et question décor, Gibbons (à moins que ce soit plutôt Alexander Toluboff, ce qui semblerait plus logique, Gibbons étant le grand patron du département décors) recrée la Russie tsariste avec beaucoup de faste et de magnificence. La cérémonie des trois cents ans de pouvoir des Romanov qui ouvre le film donne une assez belle idée de ce que va être l’aspect général du film. Parce qu’en plus, on a convoqué les chœurs orthodoxes grecs et russes de Los Angeles pour donner encore plus de poids à cette re-création. A cela s’ajoutent des archives documentaires de l’époque, ce qui nous donne un film on ne peut plus russe.

C’est, de ce point de vue, un vrai régal, avec en prime un véritable russe de Saint-Pétersbourg : Mischa Auer (le serveur de pâtisseries empoisonnées).

 

Bref, un film spectaculaire interprété par une kyrielle de grands noms qui, malheureusement, fut un échec à sa sortie. Dommage, il méritait beaucoup mieux !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Muet, #Charles Brabin, #Colleen Moore
Le Lys de Whitechapel (Twinkletoes - Charles Brabin, 1926)

Twink « Twinkletoes » Minasi (Colleen Moore) est la fille d’une danseuse et d’un peintre en bâtiment (Tully Marshall). Bien sûr, elle ne rêve que de devenir comme sa regrettée mère.

Mais le milieu dans lequel elle vit n’est pas des plus agréables : Limehouse (1), où la violence et le crime sont monnaie courante.

Parmi les personnages patibulaires de l’endroit, Chuck Lightfoot (Kenneth Harlan) : c’est un boxeur, marié, qui n’est pas insensible au charme – naturel – de Twinkletoes (2).

Mais il est marié, et surtout, le père « formidable » de Twink ne l’est pas tant que ça : il est, lui aussi un voleur.

 

Il s’agit d’un film sur mesures pour Colleen Moore qui apparaît à nouveau en flapper, mais avec toutefois une différence notable : elle est blonde !

Pour le reste, elle est pimpante et a même appris à danser pour le film : elle enchaîne d’ailleurs entrechats et pointes avec beaucoup de grâce.

A ses côtés, on retrouve le vétéran Tully Marshall à nouveau dans un rôle plutôt positif et un Kenneth Harlan tout en muscles. Sans oublier un méchant récurrent du cinéma de l’époque : Warner Oland qui interprète le maître de ballet Roseleaf (« Feuille de rose »), plus porté sur les danseuses que sur les ballets. Ici encore, il est un personnage très négatif qui essaie d’abuser de la jeune et innocente Twink.

 

Si le film est plaisant à regarder – surtout grâce à la belle Colleen – il semble que Charles Brabin hésite quant au genre qu’il tourne : on ne sait s’il s’agit d’une véritable comédie ou d’un drame, les deux thèmes étant longtemps effleuré pendant les deux tiers du film environ.

Puis, il semble que son choix fût arrêté, et le drame l’emporte. Mais dans les grandes longueurs : la femme de Chuck dénonce le père, le père est arrêté et emprisonné, Roseleaf profite de l’émotion de Twink et la fait boire pour pouvoir plus facilement abuser d’elle… C’est absolument apocalyptique.

 

Mais rassurez-vous, nous avons droit à une fin heureuse même si on peut la considérer comme « téléphonée » : très convenue, quoi, voire un tantinet hors de propos. En effet, après les événements tragiques évoqués ci-dessus, Twink s’enfuie. On la retrouve, sans transition, à la campagne, ses chaussons de danse ayant été remplacés par des chaussures plus adaptées aux activités agricoles.

Malgré tout, on remarque quelques éléments techniques notables comme des travellings divers et un recours à la surimpression surtout pour les séquences de danse, quand Twink rêve.

 

Mais Colleen Moore est là, et c’est une raison suffisante pour apprécier ce film pas si petit que ça, où l’action se situe en Angleterre, ce qui permet l’ingestion d’alcool par les différents protagonistes sans vraiment encourir les foudres des censeurs : 1926 se situe en plein milieu de la période de Prohibition !

 

  1. Hello professeur Allen John.
  2. Littéralement « Orteils qui scintillent ». Chuck lui est « pied léger ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Charles Brabin, #Boris Karloff, #English
The Mask of Fu Manchu (Charles Brabin, 1932)

It all started very well: Boris Karloff, Myrna Loy and Lewis Stone on the same movie! We could start dreaming.

Boris Karloff is Fu Manchu: doctor in philosophy, Right and Mathematics. Rather an intellectual. Rightful heir of Lon Chaney, he has a magnificent head for a villain. Because Fu Manchu is the villain. He spent most of his life seeking a golden mask (the one in the title) and a great sword which belonged to Genghis Khan. Therefore, he'll be able to raise an army and throw out of his country all invaders (mostly English people).

Myrna Loy is Fah Lo See, Fu Manchu's daughter. She is a beautiful Asian with light eyes (???). Like her father, she is as cruel as she is beautiful.

Fu Manchu is the prototype of the Asian villain as we could imagine it in those days: slanted eyes, peaked eyebrows, with a long thin drooping moustache, long sharp nails, and wearing a magnificent shiny outfit. Last of those stereotypes: Fu Manchu has a sharp sadistic brain which aims to a certain refinement in cruelty. A distinguished villain: in his manners as in his cruelty.

Opposite Fu Manchu, stands Lewis Stone as Naylan Smith of the British Secret Services. He is brave, dynamic and very strong. With him, we can see Sheila Barton (Karen Morley) and her fiancé Terry Granville (Charles Starrett), two other strong characters with strong minds (especially Sheila).

 

It all starts with an exceptional expedition, just as in Lost World (Harry O. Hoyt, 1925), in which we could also see Lewis Stone. Here ends the comparison.

The MGM had to produce horror and monster movies. But after Freaks (Tod Browning, 1932) which was a great flop, they asked Charles Brabin to try something else.

Unfortunately, it did not work very well. Even if Boris Karloff is a great Fu Manchu, we expected something else, something better. There is something missing in this film which made Frankenstein and Dracula smashing hits. Maybe a certain unity in the story.

There is one and only Tod Browning, or James Whale.

So Charles Brabin sinks in the story like in a swamp, mixing elements with no great success: Fu Manchu, a great distinguished mind, is surrounded by a bunch of fanatics which seem to have escaped from Arabian Nights! Therefore, it is difficult for us to believe in this story. The settings too, reinforce the fact that it is not likely: we can see very classicist Oriental furniture  and very modern rooms (as they thought them in 1932), with no teal link (Fu Manchu is not Dr No!).

Moreover, the actors - especially Charles Starrett and Karen Morlay - do not always act very well.

What a pity: the original idea of this story was good. And we can see great Chinese torture worth the shot : the bell, the crocodile scale, and the silver fingers are quite amazing. Spectators in 1932 have certainly been pleased with such scenes! But such tortures will not last when the Hays Code arrives.

And these tortures cannot help with the story. Fu Manchu is a fantastic character, very well achieved (and his daughter too). But a good villain only does not make a great film. This villain needs a strong hero against him. Here, the heroes are too weak to stand a chance.

Another reason why the movie is not as great as it should be: it "only" lasts sixty-eight minutes. It is too short for such a story.

Too bad.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Charles Brabin, #Boris Karloff
Le Masque d'or (The Mask of Fu Manchu - Charles Brabin, 1932)

Rendez-vous compte : Boris Karloff, Myrna Loy et Lewis Stone sur la même affiche ! On se prend à rêver.

Boris Karloff est Fu Manchu : docteur en philosophie, droit et mathématiques, bref, une grosse tête. En digne héritier de Lon Chaney, Boris Karloff s'est fait une magnifique tête de méchant. Parce que Fu Manchu est un sacré méchant. Il recherche le sabre et le masque d'or (d'où le titre français) de Gengis Khan, afin de lever une armée pour chasser les envahisseurs (les Anglais, surtout) de son pays.

Myrna Loy est Fah Lo See, la fille de Fu Manchu. C'est une beauté asiatique aux yeux clairs (?). Elle est bien comme son père : sa cruauté est aussi grande que sa beauté.
Fu Manchu est l'archétype de l'Asiatique tel qu'on le représentait dans l'imaginaire populaire : yeux bridés, sourcils montant en pointe, moustache longue et fine tombante, ongles longs à certains doigts (index et majeur), le tout dans un habit de lumière. Et comme les stéréotypes ont la vie dure, il est en outre doté d'un esprit sadique confinant au raffinement. Bref : un méchant distingué dans ses manières comme dans sa cruauté.
En face de lui, Lewis Stone est Naylan Smith des services secrets britanniques. Il est courageux, impétueux et très fort. Il est accompagné de Sheila Barton (Karen Morley) et son fiancé Terry Granville (Charles Starrett) deux autres fortes personnalités (surtout elle !).

 

Ca commence par une expédition exceptionnelle, comme le Monde perdu (Harry O. Hoyt, 1925), dans lequel jouait d'ailleurs Lewis Stone. Mais ici s'arrête la comparaison.

La MGM s'est lancée à son tour dans les films d'horreur et d'épouvante. Après Tod Browning et son Freaks - échec cuisant - elle demande à Charles Brabin de réaliser un autre essai.

Hélas, ça tombe à plat. Boris Karloff a beau camper un magnifique personnage, l'effet est nul. Il manque quelque chose qui fit le sel de Frankenstein ou Dracula : une unité.

N'est pas Tod Browning ou James Whale qui veut.

Charles Brabin s'enfonce dans son histoire en mélangeant plusieurs genres : le distingué (et terrible) docteur Fu Manchu, maîtrisant aussi bien les sciences que les tortures est entouré d'une bande de fanatiques mal dégrossis qui semblent échappés des Mille et une Nuits ! On n'y croit que très difficilement. Les décors allient un classicisme oriental et des parties ultramodernes - pour 1932 - avec peu de réussite [Là encore, n'est pas le docteur No qui veut !]. Pourtant, le budget total était plus élevé que celui de Frankenstein !

De plus, le jeux des acteurs - Charles Starrett et Karen Morley en tête - est parfois limite, voire faux.

Et pourtant : il y avait une bonne idée de départ. Et surtout, on assiste à des scènes de supplice (chinois) assez formidables. Entre le supplice de la cloche, celui de la bascule aux crocodiles et les « doigts d'argent », le spectateur en a pour son argent ! Un tel déferlement de cruauté et de sadisme ne sera plus possible avec le code Hays.

Mais malheureusement, ça ne fait pas décoller l'intrigue. Fu Manchu a beau être réussi, il est le seul - avec sa fille - à sortir du lot. Et un méchant réussi ne suffit pas. Il faut aussi un héros et une histoire crédibles.

C'est peut-être ça qui manque. Ou alors la durée : soixante-huit minutes, c'est quand même trop court, pour une telle histoire.

Dommage.

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