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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

charles laughton

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #William Dieterle, #Charles Laughton
Quasimodo (The Hunchback of Notre-Dame - William Dieterle, 1939)

Encore un effort, on y est presque !

Après l’adaptation mémorable de Wallace Worsley en 1923, mémorable surtout pour la performance phénoménale de Lon Chaney, Hollywood nous propose une nouvelle mouture, tournée par un Allemand, le non moins talentueux William Dieterle, qui nous rappelle ici qu’il vient du pays où l’éclairage cinématographique doit ses lettres de noblesses.

Mais malgré tout cela, nous sommes encore bien loin de l’intrigue hugolienne qui reste plus que jamais (en 1939) taboue et surtout qui ne peut être proposée telle que l’avait voulu l’immense auteur, le Code Hays réprouvant certains éléments allant à l’encontre des bonnes mœurs. Enfin surtout de celles que le Code juge « bonnes ».

 

Nous retrouvons donc le sonneur de cloche, toujours aussi bossu, sous les traits – déformés – de Charles Laughton qui, reconnaissons-le, interprète un sonneur tout à fait acceptable, si ce n’était son élocution un tantinet trop fluide pour un tel personnage : comment Quasimodo peut-il s’exprimer avec une telle fluidité, n’ayant jamais eu les stimuli intellectuels nécessaires ? Passons.

Côté Esmeralda, c’est la superbe Maureen O’Hara qui prête ses traits à la Bohémienne, toujours aussi dansante mais un peu moins accompagnée de sa chèvre (1). Quoi qu’il en soit, elle a beaucoup plus de corps que Patsy Ruth Miller chez Worsley (2), mais demeure encore loin de l’archétype du personnage comme nous le montrera Jean Delannoy 17 ans plus tard avec la sublime Gina Lollobrigida.

 

Puis vient Frollo. Et c’est là que les choses se gâtent. Certes, comme le dit mon ami le professeur Allen John, nous sommes au cinéma, et il faut prendre le film pour ce qu’il est : une vision d’après un scénario. Mais on ne peut adapter impunément un tel classique de la littérature mondiale : le Frollo, personnage maléfique de l’histoire est ici Jehan (Cedric Hardwicke), frère de Claude (Walter Hampden) qui est pour sa part l’archevêque de Paris et donc le « patron » de et dans la cathédrale. Que Jehan soit le méchant de la partie est plus commode pour contourner le code Hays (toujours lui) qui ne peut accepter qu’un homme de Dieu devienne un assassin. D’ailleurs, même Delannoy respectera cet état de fait puisque son Frollo (Alain Cuny) ne sera pas identifié comme prélat ou autre robin.

Mais cela n’empêchera pas ce même Frollo de subir le même destin : précipité dans le vide du haut de la cathédrale. Mais j’anticipe.

Autre personnage haut en couleur : Clopin Trouillefou (Thomas Mitchell), qui ne conserve que son surnom, mais campe un roi d’argot (ou des gueux) truculent à souhait, n’évitant pas, lui non plus, son destin funeste.

 

Mais derrière la caméra, nous trouvons un William Dieterle très inspiré, soutenu par le travail magnifique de Joseph H. August qui est tout sauf un débutant, aidé d’un éclairage très inspiré qui amène es cadrages splendides et un jeu d’ombre et de lumière du plus bel effet.

Mais voilà : on ne peut claironner qu’on adapte le chef-d’œuvre de Victor Hugo et effectuer de tels changements. Certes, c’est un film, mais il ne faut pas trop prendre les spectateurs pour des imbéciles. Les changements – mineurs, tout compte fait – sont une chose, dénaturer l’intrigue en est une autre. Dieterle, avec l’aide active de Sonya Levien, nous refait le même coup que Worsley seize ans plus tôt en sauvant Esmeralda pour une happy end, certes, mais totalement en contradiction avec l’intrigue originale.

 

Est-ce à cause de cette trahison (3) que le préposé à la traduction des titres (4) de films n’a pas voulu que le film s’intitule tout naturellement Notre-Dame de Paris ? En effet, le titre original est celui qui fut imposé à la traduction du roman d’Hugo. Et même en 1923, le film fut traduit ainsi.

Toujours est-il que malgré ces défauts, Quasimodo reste une adaptation brillante d’un réalisateur inspiré, servi par une distribution à la hauteur de l’événement, grâce aussi au travail de maquillage formidable de Perc Westmore qui n’est même pas crédité au générique.

 

Alors oubliez ce que je viens décrire, et précipitez-vous sur cette nouvelle adaptation du roman d’Hugo – la sixième si je ne m’abuse (comme dirait Fritz Lang) – rein que pour Charles Laughton. Et puis aussi Maureen O’Hara…

 

  1. Il semble que le nom de cette chèvre – Djali – n’ait pas conquis les grâces de Sonya Levien (qui signe le scénario) puisqu’elle se fait appeler ici Aristote (en VO : « Aristotle »).
  2. D’un autre côté, qui en aurait moins ?
  3. C’est peut-être un peu fort comme terme. Encore que…
  4. Il devait y en avoir un, c’est sûr.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Leo McCarey, #Charles Laughton
L'extravagant Mr. Ruggles (Ruggles of Red Gap - Leo McCarey, 1935)

Paris, 1908.

Lord Bassingwell, comte de Burnstead (Roland Young) a joué au poker contre les Floud, un couple d’Américains, et il a malheureusement perdu son enjeu : Ruggles (Charles Laughton), son serviteur.

Voilà donc Marmaduke « Colonel » Ruggles en route pour les Etats-Unis et plus précisément Red Gap (Washington), une petite bourgade de l’Ouest où la civilisation telle qu’il la connaît n’est pas complètement arrivée…

 

Leo McCarey, grand spécialistes de la comédie, nous propose ici une magnifique histoire de choc culturel. D’un côté nous trouvons l’impeccable Ruggles, qui vient d’une famille d’hommes de maison, et de l’autre les Floud, de braves Américains campagnards, un tantinet rugueux, mais finalement pas bien méchants. Si Effie (Mary Boland) espère s’élever socialement et amener son mari à en faire autant, il n’en va pas de même pour ce dernier – Egbert (Charles Ruggles), qui n’a pas l’intention de changer ses vieilles habitudes d’homme de l’Ouest où la seule tenue qu’il supporte est celle d’un verre dans sa main, et certainement pas un habit de pingouin.

 

C’est de ce malentendu que se nourrit le film. En effet, dès l’arrivée de Ruggles dans cette nouvelle maison, alors que madame espère un peu plus de classe des habitants, monsieur, lui, considère Ruggles comme son égal, les Etats-Unis étant avant tout un pays où on ne fait pas de différence*. Mais cela n’empêche pas les Floud d’avoir déjà du personnel : une femme afro-américaine et un homme d’origine asiatique. Certes ces deux derniers sont là pour servir, mais leur présence est plutôt une façon de dire que les Etats-Unis demeurent le Creuset (melting-pot) où se croisent toute sorte d’individus venant de lieux très différents.

 

Parce que ce film est avant tout une ode à l’Amérique. En effet, de nombreuses scènes font référence à l’histoire de ce pays : Ruggles lit des ouvrages sur les présidents américains et finalement voit d’un bon œil le fait que les différences s’effacent. Et il va même plus loin puisqu’il décide de voler de ses propres ailes, lui qui n’a jamais connu que les relations maître-valet, comme son père avant lui, ainsi que son grand-père (etc.).

Nous assistons alors à une métamorphose réjouissante où  Ruggles va de plus en plus s’affirmer et surtout trouver sa place dan ce « pays plein d’opportunités ».

Mais quand Lord Bassingwell débarque à Red Gap pour récupérer Ruggles, cette autonomie naissante est menacée. Mais, rassurez-vous, il n’en sera rien.

 

Il y a chez McCarey un véritable talent pour la comédie. Il joue sur l’opposition entre ces deux mondes pour nous amuser, mais dans le même temps, il parsème le film de moments plus solennels, voire émouvants. La séquence dans le Silver Dollar (saloon, bien sûr) est un très grand moment du film quand Ruggles récite le discours de Gettysburg prononcé par Lincoln le 19 novembre 1863. Seul cet Anglais le connaît par cœur. On voit alors tous les habitues, des ruraux comme Egbert, se rassembler pour écouter Ruggles.

 

Mais si le film fonctionne, c’est avant tout grâce à la présence de Charles Laughton. Il est un Anglais plus British que nature, et ne sera égalé que par deux autres grands acteurs : l’immense John Gielgud et l’incomparable Patrick McNee. Laughton est « énorme » (physiquement aussi, mais ça ne compte pas ici) en serviteur flegmatique : non seulement il est économe dans ses gestes et paroles, mais en plus, il fait ça avec talent.

Mais si Laughton est magnifique, c’est aussi dû à la présence de seconds rôles de qualité, Charles Ruggles et Maude Eburne (« Ma » Pettingill) ainsi que Mary Boland et ZaSu Pitts, éléments aussi indispensables au film.

 

Et l’hommage final qui est rendu à Ruggles – ultime moment d’émotion – peut très facilement s’appliquer à Laughton tant son Marmaduke est attachant.

 

 

 

* Entre les Blancs, nous sommes en 1935.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Charles Laughton, #Lillian Gish
La Nuit du chasseur (The Night of the hunter - Charles Laughton, 1955

Le Bien contre le Mal, l’amour contre la haine, l’ombre contre la lumière, Harry Powell (Robert Mitchum) contre Rachel Cooper (Lillian Gish).

Tel est en fin de compte l’histoire de ce film – le seul de Charles Laughton, quel dommage ! – où deux orphelins essaient d’échapper à un faux prédicateur qui en veut à leur argent.

Mais là encore, quel film !

 

C’est une magnifique symphonie de noir et blanc où la lumière et l’obscurité ne cessent de se partager l’écran. Et où, dans la nuit noire, point une lumière et, dans la lumière, se tapit l’âme noire de Powell.

Dès la séquence d’ouverture, nous sommes prévenus : celui que nous allons voir est méchant. C’est un faux prophète. Et c’est Rachel Cooper qui nous prévient : elle sait de quoi elle parle, comme on s’en rendra compte plus tard.

Ce faux prophète n’est rien d’autre qu’un psychopathe tueur de veuves fortunées. Mais quel personnage. Sous des allures de pasteur, il possède un pouvoir de séduction très fort contre lequel il est difficile de résister. D’ailleurs, toutes les femmes  succombent à son charme. Sauf miss Cooper. Mais depuis le départ de son fils, est-elle encore une femme ?

 

Charles Laughton nous propose un film merveilleux où la beauté des plans s’allie à leur austérité. Pas de décor grandiose. Tout est épuré. On n’a gardé que l’essentiel : l’horizon où point la lumière traversé par un homme qui chante à cheval. Même en ville, où les scènes de foules sont inévitables, Laughton réussit à suivre ses personnages dans un véritable désert urbain, accentué par l’austérité des murs. Dans cette séquence où les enfants et miss Cooper fuient la foule vindicative (contre Powell), c’est aussi leur façon d’échapper à l’obscurité (l’obscurantisme ?) et de se rendre – physiquement – vers la lumière. Lumière divine, bien entendu car la religion est très présente tout au long du film. Chaque citation ou référence biblique peut être retrouvée à un moment du film :

  • John  (Billy Chapin qui nous a quittés en décembre dernier) et Pearl (Sally Jane Bruce) s’enfuient pour échapper à Powell : la Sainte Famille qui se réfugie en Egypte pour échapper à Hérode et au massacre des Innocents ;
  • John et Pearl qui échouent chez Miss Cooper : Moïse sauvé des eaux par la fille de Pharaon.

Mais si Rachel Cooper – tout comme Harry Powell – a sans cesse sa bible sous la main, elle a aussi un fusil ! Et elle n’hésite pas à s’en servir quand l’occasion se présente.

Autre épisode biblique qui n’est pas mentionné mais qui se trouve dans le film, c’est la barque de John et Pearl qui échoue chez Miss Cooper. Cette errance, à travers la nature plus ou moins hostile rappelle par bien des points celle du peuple hébreu avant d’atteindre la Terre Promise.

En effet, et c’est une magnifique toile d’araignée au premier plan qui nous rappelle que John et Pearl ont pu s’arracher à l’étreinte de Powell (comme les Hébreux à celle de Pharaon) pour arriver dans un havre de paix où ils pourront vivre (peut-être) heureux (la Terre Promise).

Mais cette errance est aussi l’un des plus beaux moments du film, où les prises de vues de Stanley Cortez sont extraordinaires. Ce sont des noirs et blancs de toute beauté qui rendent la couleur superflue et insistent encore une fois sur cette haute bataille entre le Bien et le Mal.

 

Il y a dans ce film un apparentement certain avec le cinéma allemand des années 1920, qu’on a un peu trop qualifié d’expressionniste. La scène dans la chambre – où Powell s’apprête à tuer Willa (Shelley Winters), la mère des enfants – semble tout droit sortie du Cabinet du Docteur Caligari tant les ombres rappellent le décor torturé du fil de Wiene : ce ne sont qu’angles aigus menaçants, à juste titre d’ailleurs.

D’une manière générale, l’utilisation de l’opposition ombre et lumière rappelle cet âge d’or du cinéma allemand. Laughton, après une carrière déjà bien remplie, connaît ses classiques et s’y réfère pour notre émerveillement.

 

Mais le public ne voulait pas ça. Le film fut un échec et Laughton ne put jamais en réaliser un autre. Alors que les Etats-Unis se remettent difficilement de la guerre de Corée, pas question de voir un film qui rappelle la misère des années 1930, où nombre d’enfants errants ont vécu le même sort que John et Pearl. Quant à ce pasteur…

Quel gâchis tout de même. Il y a un sens de l’image et de l’action phénoménal chez Laughton : il raconte sans être bavard, sans avoir besoin d’expliquer voire de justifier. Tout est magnifiquement réglé. C’est un véritable chatoiement de noir et blanc.

 

Et puis il y a les deux stars : Lillian Gish et Robert Mitchum. Ils sont formidables tous les deux. Lillian Gish (déjà 62 ans quand sort le film) tout en force (morale et physique) et Mitchum en parangon d’hypocrisie, chacun au meilleur dans son rôle. Il y a beaucoup de similitudes entre les deux personnages qu’ils interprètent. Ce sont des personnages solitaires, revenus de tout. Tous deux se réfèrent constamment à la Bible, même si ce n’est pas dans le même but. Et tout comme on pouvait se poser la question de savoir si Rachel Cooper est une femme (voir plus haut), on peut aussi se poser celle-ci : Harry Powell est-il un homme ? En effet, jamais il ne touche une femme. Il a son couteau comme outil de substitution. Mais jamais on ne le voit prendre Willa dans ses bras, et la nuit de noces est très explicite.

Ces deux personnages, tout compte faits assez similaires sont d’une certaine façon la personnification du combat manichéen évoqué plus tôt. Il n’est donc pas étonnant qu’ils se rejoignent dans le chant de Powell (Leaning).

Et ce chant n’est interrompu - tout un symbole -  que par Ruby (Gloria Castillo), aveuglée par son amour illusoire pour Powell, qui apporte la lumière (Lucifer ?) et par là même aveugle Rachel : Powell a disparu !

 

Mais Rachel Cooper – le Bien – triomphe. Il fallait s’y attendre, elle nous avait prévenu dès le début.

C’est alors sans surprise qu’elle conclut le film. Le Bien triomphe, les enfants sont sauvés.

La boucle est bouclée.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Cecil B. DeMille, #Charles Laughton
Le Signe de la Croix (The Sign of the Cross - Cecil B. DeMille, 1932)

Néron (Charles Laughton, au nez retouché) déclame devant Rome en flamme pour la troisième journée consécutive.

Poppée (Claudette Colbert) se baigne dans un bain de lait d’ânesse.

Les Romains massacrent les chrétiens.

 

Ces trois images sont les moments les plus marquants du film.

C’est sur Néron déclamant que s’ouvre le film, et sur les chrétiens montant au supplice qu’il se termine. Entre les deux, une histoire qui rappelle Quo Vadis, mais qui est tout de même différente. Parce que si Quo Vadis se termine bien, ici, nous assistons à une tragédie.

 

Comme Vinicius (Robert Taylor) en 1951, le héros s’appelle Marcus (Fredric March), et comme lui, il tombe amoureux d’une chrétienne, Mercia (Elissa Landi).

Alors que Mervyn LeRoy mettait en scène des figures du christianisme naissant, ici, Cecil B. DeMille nous montre des anonymes, des croyants parmi tant d’autres. Nul apôtre, seul Tigellin (Ian Keith) – en plus de Néron et Poppée – a réellement existé.

Et si Néron est un jouisseur patenté, il n’a pas le ridicule qu’aura Peter Ustinov vingt ans plus tard.

 

Surtout, le Signe de la Croix, c’est la suite – 30 ans après – du Roi des rois (1927). Le message de Jésus a atteint Rome et les chrétiens, considérés comme une menace, sont pourchassés et impitoyablement tués.

Nous allons alors assister au massacre de ces derniers dans l’arène devant une foule hystérique.

 

En plus de cet épisode religieux édifiant, le film possède un aspect sulfureux totalement en décalage avec le message. Nous retrouvons la sensualité propre aux films de DeMille. En plus de Claudette Colbert se baignant nue dans le lait, on remarque que ses suivantes sont fort peu vêtues, et que d’autres sont pratiquement nues : dans l’arène, deux jeunes femmes ne sont couvertes que de guirlandes de fleurs…

[Sans parler de la scène d’orgie (soft, tout de même) qui rappelle un peu Manslaughter]
Et puis il reste la suggestion :

  • Dacia (Vivian Tobin) se dévêt pour rejoindre Poppée dans le bain, mais nous ne voyons que le bas de ses jambes, jusqu’à la libération de son pied ;
  • Une convive de Marcus qui enfouit la main dans ses cheveux alors qu’un homme l’embrasse…

 

Mais le message est tout de même le plus important, et la dernière demi-heure du film est grandiose : on y tue et massacre à tour de bras.

D’abord, ce sont les gladiateurs, par paires, qui s’entretuent pour le plus grand plaisir d’une foule exaltée. Mais parmi ces spectateurs aux envies sanguinaires, se trouvent quelques femmes qui pleurent les morts brutales de ces combattants.

Puis ce sont des combattantes qui se battent contre des Pygmées – des nains grimés parmi lesquels on peut retrouver ceux de Freaks ou Tarzan l'Homme-singe (deux autres films de 1932), dont l’incontournable Angelo Rossitto – rivalisant de sauvagerie et de cruauté avec les précédents gladiateurs.

Rarement avant on a montré autant de violence à l’écran. Après le passage des gladiateurs, le sol est jonché de cadavres que des hommes mettent dans une charrette. Abominable.

Il faudra attendre Gladiator pour retrouver un tel bain de sang dans l’arène.

 

Et enfin, vient le tour des chrétiens. Alors que DeMille ne nous épargne aucun détail de la mort des gladiateurs, il reste très sobre quant à leur mort : un lion agrippe l’un d’eux, un éléphant va en piétiner un autre. Ce sont plus les supplices en tant que suggestion qui priment : la jeune femme (nue, rappelez-vous) attachée vers qui s’approche un gorille ; l’autre jeune femme (toujours nue) sur qui on lâche des crocodiles ; des éléphants transportant des corps sans vie…

 

Parce que ce qui intéresse plus le metteur en scène, c’est ce qui se passe avant, et qui n’apparaîtra pas chez LeRoy : comment ces gens se préparent à mourir et montent au supplice, tels Jésus montant au Golgotha. Parce que l’analogie est pertinente : comme Jésus (H. B. Warner) montant sous les imprécations de la foule, les chrétiens, ici, montent vers un public en délire, se repaissant des morts violentes.

 

Malgré tout cela, quand le film se termine, on ne pense qu’à une personne : Poppée. Claudette Colbert interprète ici un rôle mythique pour elle, pas seulement dû à la scène du bain (même si elle y contribue très grandement).

Poppée est l’archétype de la femme prête à tout pour mettre un homme dans son lit. Elle annonce Néfertari (Anne Baxter) dans les 10 Commandements du même DeMille, une vingtaine d’années plus tard.

Ses tenues (extrêmement) sexy, ses attitudes provocantes en font une cible toute trouvée pour la commission présidée par Hays qui va bientôt faire la pluie et le beau temps sur Hollywood.

 

Mais il reste encore un peu moins de deux ans. DeMille aura le temps de faire Cléopâtre !

 

 

PS : N'y a-t-il que moi qui ai vu Ward Bond parmi les chrétiens ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Erle C. Kenton, #Charles Laughton
L'Ile du docteur Moreau (Island of the lost Souls - Erle C. Kenton, 1932)

Une petite île perdue au milieu de l'océan : 15 S - 170 W.

Ne cherchez pas, elle n'apparaît pas sur les cartes. C'est là que se retrouve, contre son gré Edward Parker (Richard Arlen).

Mais cette île, qui jouit d'une réputation sulfureuse sur toutes les mers des océans abrite surtout la propriété du docteur Moreau (Charles Laughton), scientifique britannique qui dût s'exiler précipitamment avec son partenaire, le « docteur » Montgomery (Arthur Hohl).

Ne vous y trompez pas : sous des dehors de gentleman très civilisé, il s'agit de ce qu'on appelle communément un « savant fou ».

Sa marotte ? La génétique. Son terrain d'expérimentation ? L'humanité. Non pas comme sujet d'étude mais comme but à atteindre. Régulièrement, on lui fournit des animaux venant des quatre coins du monde, et il les transforme en humains. Ou du moins en ce qui s'y apparente le plus...Et parmi ces créatures, son aboutissement, Lota (Kathleen Burke), la femme panthère.

Parker succombera-t-il à ses charmes ?

 

1932. En pleine effervescence de l'horreur au cinéma, la Paramount sort cette adaptation (certainement la meilleure) du roman éponyme de H. G. Wells. Wells, c'est du pain béni pour le cinéma : rappelez-vous L'Homme invisible sortira l'année suivante.

Mais depuis février et la sortie de Freaks, difficile d'aller plus loin. Et pourtant. Ici, Erle C. Kenton nous propose une galerie de monstres assez intéressante. Des personnages hirsutes, au visage extrêmement marqué, et doués de parole. Tous sont les créatures du docteur, menés par un personnage très velu, garant des règles de l'île (Bela Lugosi, méconnaissable, évidemment !).

Mais bien entendu, c'est le docteur Moreau le plus intéressant. Il est subtile et raffiné, mais il ne faut pas s'y tromper : c'est un méchant de la pire espèce. Sous des dehors scientifiques, il n'est rien d'autre qu'un criminel, allant encore plus loin que Frankenstein dans l'abomination. Parce que ses créatures se rendent bien compte qu'elles n'appartiennent qu'à peine à l'espèce animale. Ce ne sont des hybrides difficiles à classer. Des choses. Les choses du docteur Moreau. Ce sont les « âmes perdues » du titre original. En 1932, l'eugénisme est encore une théorie scientifique qui a pignon sur rue. Et que fait le docteur Moreau, sinon une forme d'eugénisme, dans sa quête de l'humain ?

Il ne s'en cache pas, ayant recours à la vivisection sur des organisme vivants et conscient dans ce qu'il appelle « la Maison de la douleur », son laboratoire.

Mais ce qui n'était qu'un film - un divertissement - devient réalité qu'on prend conscience de la véritable nature des expériences de Moreau : quand les nazis expérimenteront leur conception eugéniste de l'homme sur de véritables êtres humains, dans des camps bien à l'abri des regards des hommes.


En attendant, redécouvrons ce superbe film avec un Charles Laughton extraordinaire, dans la lignée de ses rôles de personnages antipathiques.

Antipathiques, certes, mais tellement subtiles !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Lloyd, #Charles Laughton, #Aventures
Les Révoltés du Bounty (Mutiny on the Bounty - Frank Lloyd, 1935)

Un fameux trois-mâts (fin comme un oiseau), la mer à perte de vue... Et le capitaine Bligh (Charles Laughton).

Des arbres à pain, la tempête, des hommes qui rament... Encore le capitaine Bligh.

Tahiti, les jolies Vahinés (habillées !), le paradis sur terre... Et toujours le capitaine Bligh !

 

Le capitaine Bligh a beau être un marin extraordinaire, c'est un homme inhumain. il est enfermé dans le devoir. Surtout le devoir de dominer les autres. Tout est prétexte à punition : une remarque, une erreur, une bagarre, et c'est le châtiment assuré. Les hommes ne l'aiment pas ? Peu importe, ils ne sont pas là pour ça : ils doivent remplir leur devoir.

Charles Laughton crève l'écran. Il campe un Bligh plus vrai que nature. Il y a une suffisance dans son attitude qui est répugnante. Tout comme son aspect : ces sourcils épais et sa moue dédaigneuse d'homme mécontent achèvent de le rendre antipathique.

Rapidement, il devient insupportable pour ses hommes... Comme pour les spectateurs !

C'est ce qu'on appelle un méchant très réussi.

Plusieurs fois, on aimerait que les marins lui fassent un sort, mais à chaque fois, ils retardent l'échéance : une mutinerie est une faute très grave qui entraîne irrémédiablement la pendaison au grand mât devant la flotte. Mais à force de torturer ses marins, il atteint le point de non-retour : Fletcher Christian (Clark Gable), son second prend la tête de la mutinerie annoncée.

 

Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle, à une période où même l'Australie avait été découverte, mais où la vie d'un marin ne vaut pas tripette, surtout avec un capitaine comme Bligh : « la forme de vie animale la plus vile d'un navire ». De cette mutinerie sortira un nouveau code de la mer pour la flotte anglaise (c'est ce qui est annoncé dès le début). Mais en attendant, nous suivons - (un peu) horrifiés - les châtiments infligés aux marins par Bligh : fouettés, attachés aux haubans, passés sous la coque du navire... Un véritable sadique. Pas étonnant alors que la mutinerie se mette en place.

 

Il y a dans cette histoire - romancée - un parallèle (évident ?) avec l'histoire américaine. Tout d'abord, Laughton était anglais, alors que Gable était américain. Fletcher semble symboliser cette Amérique qui se révolte contre l'oppression anglaise (en 1776) et qui devra assumer son choix de sécession. D'ailleurs, Christian promet - Moïse moderne - un nouveau havre à ses marins, où ils seront libérés de la tyrannie de l'amirauté anglaise. L'analogie est pertinente : les Etats-Unis ont souvent été le lieu de tous les rêves, surtout celui de la Liberté !

 

On notera enfin la présence - parmi tant d'autres - du vétéran Donald Crisp (ici un ancien voleur qui a choisi la marine pour ne pas aller en prison), qu'on avait déjà pu admirer dans un autre film de galion (le Pirate noir d'Albert Parker), ainsi que le regretté Herbert Mundin (qu'on retrouvera dans Les Aventures de Robin des bois de Michael Curtiz), seul personnage à l'aspect comique dans un film bien sombre.

Quant à Clark Gable, il est toujours aussi beau, séduisant, athlétique, épris de justice : le héros que nous voulons suivre !

Mais malheureusement pour lui, Charles Laughton prend toute la place !

 

Et dire que c'est une histoire vraie et que ce tortionnaire de Bligh s'en est sorti... Avec les honneurs !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Biopic, #Stanley Kubrick, #Charles Laughton
Spartacus (Stanley Kubrick, 1960)

Seul. Désespérément seul.

Au plus fort de l’engagement, quand ses troupes sont au maximum, prêtes à lancer l’assaut contre les armées de Crassus, il est seul. Même auprès de Varinia, sa femme (Jean Simmons), il est seul. Et bien entendu, comme prévu, il mourra seul, crucifié.

Spartacus (Kirk Douglas) est un esclave qui eut la (mal)chance de se trouver sur la route du laniste Batiatus (Peter Ustinov). Chance parce qu’il échappe à une longue agonie, mais malchance parce que la vie de gladiateur n’est pas non plus la panacée.

Le film est une tragédie classique qui comporte trois parties : la vie de gladiateur, la vie de chef des esclaves, l’affrontement.

 

Pendant la première partie, Kubrick met en place ses personnages. Il révèle les liens qui les unissent ou les séparent. La deuxième partie correspond au temps de la tragédie, quand tout semble sourire au héros. Puis, la troisième partie, l’affrontement amène l’issue funeste inéluctable.

Kirk Douglas a retrouvé Kubrick avec qui il avait fait les Sentiers de la gloire. (C’est bien lui qui a engagé le metteur en scène, et pas le contraire). Ensemble, ils font un péplum qui ne ressemble pas aux autres. C’est dans la démesure que le film prend toute sa saveur. Il faut voir ces très nombreux figurants s’élancer vers le port de Brindisi. On n’a pas vu un tel cortège depuis Les dix Commandements en 1956. Mais cette fois-ci, il n’y a pas la fausse anarchie du peuple hébreu. Tout est calculé. Il faut aussi voir les armées romaines se déployer pour en être convaincu. Parce que ce film est précis dans son exécution (pour ce qui est des anachronismes… Passons !). C’est normal, c’est Kubrick. Tout est pensé, exécuté avec précision. Les combats de gladiateurs devenant – comme l’affrontement des deux bandes dans Orange mécanique – des ballets. L’entrainement est synchronisé, les duels chorégraphiés.

 

Cette démesure arrive à son paroxysme quand Crassus parcourt le camp de batailles où sont mêlés les corps des victimes du conflit. Une impression de gigantisme nous submerge, plus encore que dans la séquence des blessés d’Atlanta dans Autant en emporte le Vent.

La démesure enfin dans le générique : outre Kirk Douglas et Jean Simmons, on trouve quelques grands noms : Charles Laughton (Gracchus), Laurence Olivier (Crassus), Peter Ustinov, John Ireland(Crixus), Woody Strode (Draba) et bien entendu Tony Curtis (Antoninus), qui retrouve Douglas deux ans après les Vikings.

Alors que Laurence Olivier a un rôle très fort en face de Kirk Douglas, c’est tout de même ce dernier qui porte le film. Spartacus n’est pas seulement un esclave. Il est un nouvel espoir pour les opprimés. Et cette dimension christique ne peut mieux s’exprimer que par le crucifiement final – supplice alors vil, réservé aux esclaves.

 

Quant au côté péplum, nous nous en éloignons : même si les franges chères à Roland Barthes sont encore (un peu) là, l’apparition du sang amène une dimension réaliste qu’on ne trouvait pas dans les années 1950. De plus, le côté ambigu de Crassus quant à sa sexualité est finement amené et peu courant à cette époque (tout comme la relation entre Messala et Ben Hur, dans le film éponyme de William Wyler).

[NB : Gracchus inspirera Goscinny et Uderzo pour le préfet Pleindastus, dans La Serpe d’or]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Charles Laughton
La Nuit du chasseur (The Night of the hunter - Charles Laughton, 1955)

Le film manichéen par excellence. Le seul de son auteur, Charles Laughton, et c'est bien dommage.

Dans ce film, tout est bien ou mal, noir ou blanc. Du côté blanc, il y a John et Pearl, leur mère (Shelley Winters) et Rachel Cooper (inoubliable Lillian Gish). Du côté noir, l'inquiétant et formidable Harry Powell (Robert Mitchum). Même Harry Powell possède ce manichéisme en lui-même : ses mains où sont tatoués les mots Love & Hate et qu'il compare à Abel et Caïn. Et si dans sa parabole, l'amour (Love) l'emporte sur la haine (Hate), dans l'histoire, il n'en va pas de même. [Sauf si on se place du côté du méchant !]

Harry Powell, faux pasteur, abuse de son titre pour séduire. Ca marche avec Willa Harper, mais pas avec ses enfants qui ne voient en Powell qu'un truand à la poursuite du magot de Ben Harper (Peter "Mr Phelps" Graves). Et le film nous conte la poursuite des enfants par Powell. Et c'est là que le noir et blanc prend toute sa dimension. Laughton a filmé de main de maître la nature (hostile, bien entendu) et ces paysages nocturnes où se découpe la silhouette de Mitchum sont tout bonnement inoubliables. On en regrette que ce ne fût pas filmé en Cinémascope, même si les plans ont tendance à élargir l'écran.

Et puis il y a Lillian Gish et ses enfants abandonnés, sa bible et - bien entendu - son fusil. Sa confrontation avec Mitchum est l'un de ses rôles les plus marquants du cinéma parlant. Un film qui, soixante ans après sa sortie a gardé sa force et sa beauté. 

 

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