Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

clarence brown

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Clarence Brown, #Norma Talmadge
Kiki (Clarence Brown, 1926)

Kiki (Norma Talmadge) vend des journaux à la sauvette, devant l’entrée des artistes des Folies Barbès. Cet établissement hautement culturel est dirigé par le séduisant Victor Rénal (Ronald Colman) et a pour vedette sa maîtresse, Paulette Mascar (Gertrude Astor).

Bien évidemment, Kiki est amoureuse de Rénal et profite d’une série de quiproquos pour se faire engager dans la revue, suite à une défection.

Malheureusement pour elle, la première est une catastrophe et elle est remerciée.

Malheureusement pour lui, elle n’a plus d’endroit où aller et il doit la garder chez lui…

 

En 1926, Norma Talmadge est au fait de sa gloire et c’est un scénario sur mesure qui lui est proposé ici, d’après une pièce de théâtre d’André Picard. Et on peut dire que pour du sur mesure, cela lui va vraiment comme un gant ! Non seulement elle est une grande actrice (je l’ai déjà annoncé ici) mais en plus, elle nous fait rire.

Et Clarence Brown, qu’on a connu beaucoup plus sérieux dans ses intrigues semble prendre un réel plaisir à tourner cette comédie, y mettant la même application que pour ses sujets dits « sérieux ». (1)

Non seulement les images sont (encore une fois) bien léchées, mais en plus les différents interprètes sont au meilleur de leur art, même Marc McDermott qui réussit à ne pas mourir dans la première demi-heure.

 

Certes, c’est un Paris de carton-pâte et qui ressemble beaucoup à Hollywood ou Los Angeles : n’étaient-ce les enseignes en français, on s’y croirait presque ! Mais comme toujours dans ces cas-là (2), la très grande majorité des séquences se déroulent en intérieur. Mais à la différence d’autres pièces filmées, Brown réussit à varier les endroits, même si la plupart du temps nous restons chez Rénal. C’est d’ailleurs quand on arrive chez lui que la comédie se débride et s’installe définitivement.

Norma Talmadge est magnifique et extrêmement drôle, d’autant plus que Colman reste imperturbable, bien que son personnage ne soit pas indifférent à cette jeune femme naturelle qui vient de débarquer chez lui.

 

« Naturelle » est ce qui qualifie le mieux la personnalité de Kiki et la grande Norma, parvient à nous faire oublier qu’elle n’a plus vingt ans en composant un personnage tout en jeunesse. C’est quand la tragédie va – pendant un court instant – essayer de s’immiscer dans cette intrigue qu’elle ne peut cacher qu’elle a dépassé la trentaine. Mais cet instant est si fugace qu’on l’oublie aussi vite qu’il est venu et on se réjouit de cette jeune femme fraîche et nature qu’on ne peut qu’adorer.

Mais comme d’habitude, une actrice n’est grande que si ses partenaires le sont aussi et c’est le cas ici (Ronald Colman est toujours formidable, alors…), avec une mention spéciale pour George K. Arthur (Adolphe, le serviteur de Rénal), d’une drôlerie p^phénoménale. Son antagonisme avec Kiki est très réjouissant et les différentes interventions de Colman-Rénal dans cette opposition accentuent l’effet comique de chaque situation. Un régal.

 

Avec Kiki, Clarence Brown nous montre que lui aussi sait manier tous les genres, le tragique (ce que nous savions déjà, comme le comique avec toujours le même souci esthétique et la rigueur qui a fait la force de ses autres réalisations.

Ce fut sa seule réalisation avec Norma Talmadge, mais alors quelle rencontre au sommet !

Dommage qu’il n’y en eût pas d’autre…

 

  1. Faire rire est une entreprise très sérieuse !
  2. C’est une pièce de théâtre, à l’origine, ne l’oublions pas.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Brown, #Greta Garbo, #Drame
La Chair et le diable (Flesh and the Devil - Clarence Brown, 1926)

Clarence Brown à la mise en scène, William H. Daniels à la photographie, John Gilbert et Lars Hanson , et enfin Greta Garbo !

C’est un film mythique à plus d’un titre : une nouvelle légende se crée.

 

Près de vingt ans avant Bacall et Bogart – dans Le Port de l’angoisse – nous assistons donc à un couple de cinéma qui se crée : Greta Garbo et John Gilbert.

Si Gilbert fait figure de vétéran du cinéma, sa partenaire, découverte deux ans plus tôt dans le merveilleux film de Mauritz Stiller – La Légende de Gösta Berling – fait ici sa troisième apparition américaine (1), mais surtout la première d’une série de films avec Clarence Brown, le réalisateur des femmes. C’est aussi le premier avec Daniels qui saura toujours photographier la Divine avec beaucoup de soin et surtout de talent.

La légende qui naît va durer quelques années, avec des hauts et des bas, et surtout Louis B. Mayer qui gâchera tout, poussant par la suite Gilbert vers la sortie avant son décès en 1936, à même pas 39 ans.

Mais ceci est une autre histoire.

 

Ici, l’histoire est celle d’une amitié entre deux hommes qui ont grandi ensemble : Ulrich (Lars Hanson) et Leo (John Gilbert). Après avoir grandi ensemble, ils sont à nouveau réuni pour leur service militaire où ils vont même jusqu’à partager les corvées.

Inséparables.

Jusqu’au jour où lors d’une permission, Leo remarque une très belle femme : Felicitas Raden (Greta Garbo). Il la retrouve au bal et l’invite : c’est tout de suite l’amour fou entre eux deux. Mais la belle est mariée, et quand les amants sont surpris, Leo est provoqué en duel par le mari (Marc McDermott).

Le comte Raden tué (2), Leo doit s’exiler, laissant la belle Felicitas aux bons soins de son ami Ulrich.

Trois ans après, quand il revient, c’est pour voir que Felicitas a épousé Ulrich.

Mais ils s’aiment encore…

C’est donc un film sulfureux qui nous est exposé : un amour fou qui en arrive à toutes les extrémités, et donc une histoire qui se termine mal.

 

Ca commence comme une comédie, avec une série de gags qui plante le décor et nous fait connaître les personnages, dont l’un d’eux va devenir important dans cette histoire dont il n’est pas un protagoniste : le pasteur Voss (George Fawcett), qui sera toujours au mauvais endroit et au mauvais moment.  Du point de vue des deux amants s’entend.

Ce qui frappe le plus quand on (re) voit ce film, c’est la photographie de Daniels, et dans une majeure partie la caméra mobile. Brown réalise ici son film le plus inspiré (en attendant les autres qui viendront dès l’année suivante), utilisant absolument toutes les ressources de la caméra.

 

Ce sont des travellings, des gros plans qui retiennent l’attention sur des détails (3), et même une caméra subjective quand Ulrich tient en joue son ami.

Les points de vue sont absolument merveilleux, dont la main de Raden qui enserre les amants découverts, ou encore les surimpressions du visage de Felicitas pendant que Leo rentre d’Afrique, ce visage apparaissant en alternance avec le prénom dont l’écriture se greffe même à la perspective des roues du train…

C’est absolument éblouissant.

Sans oublier le souci constant de Brown de jouer avec l’ombre et la lumière. La (deuxième) rencontre entre les deux amants se fait au bal, où Leo invite la belle à danser, la caméra suivant leur évolution sur la piste jusqu’au moment où ils sortent sur la terrasse, dans l’ombre. Vient alors la scène (4) de la cigarette. L’allumette grattée par Leo éclaire seulement leurs visages jusqu’à ce qu’elle souffle dessus, plongeant les deux visages dans une pénombre relative. Relative parce que l’éclairage est fait à contre-jour et nous apercevons alors leurs deux visages s’embrasser…

Magnifique !

 

Et puis il y a Garbo. Le soin qui est mis à la photographier est d’une grande précision, mettant en valeur sers yeux bleus (5), et son visage d’une grande finesse, dont on a l’impression qu’il vieillit ou rajeunit en fonction des circonstances. Et à propos d’âge, on peut s’amuser de la voir considérer Leo comme un jeune homme, alors que John Gilbert avait tout de même huit ans de plus que Garbo. Pas étonnant que Gilbert soit tombé fou amoureux d’elle : comment résister ?

Garbo est absolument fabuleuse, d’une très grande sensualité, alliée à une légère teinte de scandale : lors de la communion, elle tourne le calice que lui tend le pasteur – calice sur lequel Leo a tout juste posé ses lèvres – pour pouvoir y boire exactement au même endroit.

Pas étonnant alors que la fin soit malheureuse…

 

 

  1. Et en plus, dans la même année !
  2. Encore une fois, Marc McDermott meurt avant la fin, et encore une fois avec Clarence Brown…
  3. Comme toujours chez Brown.
  4. D’anthologie, cela va sans dire…
  5. Ses yeux clairs, le film est en noir et blanc…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Clarence Brown
La Femme de quarante ans (Smouldering Fires - Clarence Brown, 1925)

Clarence Brown est très certainement le cinéaste qui a le mieux filmé les femmes. Et cette année 1925 nous offre deux grands films à propos des femmes dont les thèmes ne sont pas si éloignés : Smouldering Fires et The goose Woman.

Dans chacun des deux films, la principale femme décrite n’est plus jeune.

Mais si Louise Dresser interprète une femme qui assume son âge avancé (a-t-elle le choix ?), Pauline Frederick est une femme qu’on peut qualifier de mûre, ce qui est plus délicat que le titre français (1).

 

Donc Jane Vale (Pauline Frederick) est une femme mûre, qui a repris la boîte de son père mort 18 ans plus tôt.

Et qu’a-t-elle fait pendant ces dix-huit années ? Elle a fait prospérer l’affaire, transformant la boutique de tailleur en une grande usine de confection employant plusieurs dizaines de « petites mains ».

Mais toutes ces années, elle n’a vécu que pour cela, entourée d’une équipe à ses ordres si ce n’est à sa botte.

Alors quand un jour Robert « Bobby » Elliott (Malcolm McGregor) lui tient tête, au lieu de le virer, elle l’augmente et rapidement va lui faire grimper les échelons, jusqu’au jour où ils vont se marier.

Et un jour la sœur cadette de Jane, Dorothy (Laura La Plante) rentre à l’improviste et découvre un mari bien jeune pour sa sœur aînée…

 

Dès l’ouverture du film, Brown donne le ton : des pieds qui trépignent, un poing qui martèle une table, la personne que nous allons voir est un homme à poigne.

Sauf que c’est une femme, au regard sévère, une véritable patronne exigeante et qui ne souffre que très peu d’opposition.

Autour d’elle, on trouve une équipe de béni-oui-oui dont une vieille connaissance des amateurs du muet : Tully Marshall. Il est Scotty, le plus ancien employé de l’usine, et une espèce de bras droit qui semble prendre un malin plaisir à rédiger des billets de renvoi aux employé(e)s peu dociles. Mais à mesure que le film avance, son aspect un tantinet méprisable se dissipe, et on en arrive (presque) à l’apprécier…

 

Mais la véritable star du film, c’est bien Pauline Frederick. Elle a 41 ans quand le film sort et assume totalement cet âge, jusqu’à m’arrivée de Bobby. De plus, son allure de patronne lui donne un côté masculin qui ne l’arrange pas.

Ce jeune homme qui s’installe dans sa vie, c’est un retour de jeunesse formidable qui lui est offert.

Si Malcolm McGregor est un jeune homme crédible dans cette histoire, Laura La Plante en sœur cadette est au même niveau. Elle aussi a l’âge de son personnage (20 ans depuis novembre 1924), et se comporte naturellement comme une jeune femme des années 1920s (les fameuses « roaring Twenties »).

C’est d’ailleurs elle qui, inconsciemment, fait se creuser un fossé d’âge qui va en s’agrandissant. De sa première remarque sur l’âge de son beau-frère (2) à la party donnée avec ses amis venus s’amuser, c’est différentes piques qui atteignent la pauvre Jane qui pensait avoir trouvé le bonheur.

 

Mais Jane ne peut lutter contre l’amour et on assiste alors à une magnifique scène de révélation entre les deux sœurs :

Dorothy pleure et Jane vient la consoler, subodorant une peine de cœur. Elle va alors essayer de savoir quel est celui qui la fait pleurer, la cadette secouant la tête alors que Jane prononce les noms de ses amis. C’est en appelant Bobby par la fenêtre afin de lui dire qu’elle l’attend que Dorothy vend la mèche.

Je vous laisse découvrir cette magnifique scène pleine de subtilité.

 

D’une  manière générale, Clarence Brown filme en toute subtilité le film, insistant à chaque fois sur de légers détails, émaillant en plans de coupe l’intrigue. Une deuxième fois les pieds sont révélateurs des personnalités, à un moment où on ne s’y attendrait pas : le mariage. On y voit le pied impatient de l’homme qui s’agite puis une main qui ramasse l’alliance qui vient de tomber au moment de l’échange. Superbe.

 

Je le redis : Clarence Brown avait un don pour filmer les femmes et les rendre magnifiques même dans des moments dramatiques où leur pouvoir de séduction décline. Elles sont belles, tout simplement.

Et encore nous ne sommes qu’en 1925 quand le film sort. L’année suivante va arriver sur les écrans l’une des plus belles femmes du cinéma. Elle tournera plus d’une fois avec Brown, dans des films qui sont devenus mythiques avec le temps. Il faut dire que cette actrice elle-même est mythique et va apporter un grand bouleversement dans l’image de la femme au cinéma. Cette jeune actrice de 20 ans s’appelait Greta Gustafsson.

Mais on la connaît surtout sous son nom de scène, préféré à Gustaffson un peu trop scandinave : Garbo.

 

 

  1. Ces traducteurs…
  2. Elle l’imaginait plus âgé, voire pensait que c’était Scotty.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Clarence Brown
Déchéance (The goose Woman - Clarence Brown, 1925)

Marie de Nardi (Louise Dresser) était une illustre cantatrice internationale au tournant du siècle (le vingtième), qui arrêta sa carrière pour élever son fils Gérald (Jack Pickford, le frère de).

Mais ça, c’était avant. Maintenant (dans les années 1920s), elle vit seule dans sa ferme où elle s’occupe de ses oies, passant le reste du temps à siroter du gin.

Alors quand elle apprend la mort violente de son voisin Amos Ethridge (Marc McDermott), elle se dit qu’elle pourrait avoir à nouveau son nom en première page des journaux, comme autrefois.

 

Louise Dresser a été oublié du grand public. Il faut dire que sa carrière lui avait surtout fourni des seconds rôles voire un peu moins, mais n’oublions pas qu’elle fut la tsarine Elizabeth dans The Eagle où elle faisait même du gringue à Rudolph Valentino (excusez du peu).

Mais ici, c’est elle qui tient le haut de l’affiche, montrant – enfin – l’étendue de son talent.

C’est elle la gardienne d’oie du titre originale, quant à la déchéance du titre français, elle a déjà eu lieu et on en contemple les effets.

 

Clarence Brown était l’un des plus grands metteurs en scène américains, on ne compte plus les grands films qu’il a pu réaliser, dont celui-ci tient une place particulière.

En effet, Il s’agit d’un film dont l’intrigue se distingue à plus d’un trait des productions de l’époque.

Ici, c’est bien les ravages de l’alcool que nous voyons à travers cette femme oubliée de tous sauf de son fils.

Mais le code de conduite en vigueur à Hollywood (et déjà supervisé par William Hays) empêche de voir cette femme boire de l’alcool directement (1).

Brown nous propose alors deux superbes effets pour illustrer son ivrognerie :

  • alors qu’elle remonte son phonographe pour écouter le dernier disque qui lui reste de sa gloire passée, la main se crispe et se desserre à mesure que la force de l’alcool se dissipe dans sa bouche ;
  • Plus tard, elle se sert un verre et l’absorbe – le dos tourné à la caméra pendant tout ce temps – et seul un tremblement bref nous indique le passage de l’alcool dans son organisme.

 

Mais outre cet aspect alcoolique, le film traite avec brio de la vieillesse d’une star – même si on ne les appelait pas encore comme ça à propos des divas : avec la maternité elle a perdu sa voix et le reproche plus ou moins directement à son fils. Quand ce dernier la visite, elle fait ce qu’il faut pour masquer son vice ; mais si sa tenue lui donne un semblant de dignité, le baiser qu’il lui donne sent trop l’alcool pour qu’il ne le remarque pas ni montre sa déception. S’ensuit bien sûr une nouvelle dispute, les rendant tous les deux encore plus malheureux.

 

Autour de Louise Dresser, Brown a bénéficié d’un casting de luxe. En effet, outre Jack Pickford, on retrouve Constance Bennett dans le rôle d’Hazel, la fiancée de Gerald, et surtout Gustav von Seyffertitz dans celui du procureur qui enquête sur la mort d’Ethridge (2).

Pour une fois, Seyffertitz n’est pas le méchant de l’histoire, mais son rôle n’empêche pas de mauvais moments à Gerald et par conséquent sa mère.

N’oublions pas non plus Spottiswood Aitken (Jacob, le concierge du théâtre où se produit Hazel) ou encore James O. Barrows dans le rôle du policier, rôle par ailleurs peu flatteur (d’où aussi le talent de l’acteur), ce dernier étant un tantinet rustre pour ne pas dire plus.

 

Et puis il y a l’art de Brown qui achève de faire de ce film un GRAND film. En effet, outre le jeu des ombres et lumières, Brown utilise tous les moyens à sa disposition (ou presque) pour accompagner au mieux l’intrigue et ses protagonistes. Un long travelling arrière voit marie avancer vers le lieu du crime, suivie par une de ses oies : le fait que la caméra soit sur un chemin pas spécialement plat donne une impression de titubation (alors que Louise Dresser marche droit !).

C’est aussi un travelling latéral : dans la maison de presse qui part du linotypiste et arrive au journal plié et prêt à vendre,  on suit la vitesse de circulation de l’information.

Enfin, ce sont des plans de coupe très brefs insérés dans l’intrigue et qui rehausse cette dernière, donnant des effets de différentes sortes : les ongles curés de Marie d’où s’échappe une matière noire ; le panneau « exit » qu’un journaliste mal à l’aise aperçoit alors qu’il ne peut échapper à Marie ; ou encore les différentes manies des enquêteurs pendant l’interrogatoire de Gerald (soupçonné à tort), augmentés d’un robinet qui goutte qui rendent la scène encore plus tendue, et ce malgré l’absence de son.

 

Bref, c’est un film admirable et malheureusement toujours actuel : l’alcoolisme n’a pas disparu, et la vieillesse est inévitable. Et Louise Dresser, dans ce rôle qui l’enlaidit (pour mieux la retrouver belle à la fin du film, est très certainement l’un de ses plus beaux.

De plus, la vieillesse et parfois aussi la déchéance ne sont pas des thèmes très répandus, même dans les films actuels où les codes de conduite se sont un tantinet relâchés.

 

 

PS : C’est avant tout à monsieur Kevin Brownlow que je dois la découverte de ce film dont il parle dans son ouvrage – indispensable si comme moi vous aimez le cinéma muet – Behind the Mask of innocence (1990).

Qu’il en soit remercié du fond du cœur.

 

  1. Par contre, qu’elle absorbe l’alcool à 60° (!) qui est utilisé pour le soin des cheveux ne pose pas de problème : face à la caméra, elle s’en envoie une lampée directement au goulot !
  2. Ethridge est donc interprété par Marc McDermott qui tient un rôle habituel (?) : encore une fois, il meurt avant la fin.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Greta Garbo
Anna Christie (Clarence Brown, 1930)

Garbo parle !

C’est avec cet argument que la MGM fit la promotion du film à sa sortie.

Il faut dire que le parlant a déjà deux ans quand sort ce film, et qu’on n’a toujours pas entendu la Divine.

Du fait que la star était avant tout suédoise et possédait, bien entendu un fort accent, les cadres de la MGM craignaient – avec raison – que son passage au parlant soit un fiasco total.

Alors ils ont attendu jusqu’au dernier moment, et ils se sont débrouillés pour mettre toutes les chances de leur côté.

 

C’est pourquoi Clarence Brown, sur un scénario de Frances Marion (adaptée d’une pièce déjà portée à l’écran en 1923), a préparé soigneusement l’apparition de la star : elle n’apparaît qu’une fois le premier quart d’heure passé !

Mais surtout, elle est fille d’un marin suédois, ce qui explique son accent (1).

Pour le restez, c’est un film quasiment sur mesure que nous propose Clarence Brown, retrouvant l’actrice pour la troisième fois (2), filmée magnifiquement par l’indispensable William H. Daniels.

 

Comme écrit plus haut, Garbo n’apparaît pas tout de suite. C’est d’abord une série de fausses pistes qui préparent le terrain pour son arrivée.

Le lion – Leo, le bien nommé – présente le film, bien sûr, mais sans rugissement, tout du moins audible, comme pour un film muet.

Puis la séquence d’ouverture nous présente l’intérieur d’une barge, où Marthy (Marie Dressler), écoute un disque entre deux verres.

Puis apparaît Chris Christofferson (George F. Marion), le père d’Anna. On comprend rapidement que ces deux-là vivent ensemble et ont la même propension à la boisson : ils vont d’ailleurs rapidement au bar du coin écluser quelques verres.

C’est là que le Destin intervient – ou ce satané océan (comme l’appelle Christofferson) – par l’intermédiaire d’une lettre : sa fille Anna va arriver.


Et dès qu’elle apparaît, la magie opère : “Gimme a whisky, ginger ale on the side, and don't be stingy, baby!”.

Elle a son accent, comme prévu, mais elle a surtout une voix chaude et légèrement grave qui va avec son personnage de femme fatale et ajoute au mythe.

C’est réussi : Garbo sait parler.

 

Mais si Garbo nous enchante avec sa voix, c’est le duo Dressler-Marion qui nous enchante. Marie Dressler surtout, en femme alcoolisée, plus toute jeune mais assumant son âge avancé, et essayant de maintenir un semblant de dignité malgré son ivresse.

Quant çà George F. Marion, il est un drôle de père, alcoolisé lui aussi (3), mais obligé, un moment, de jouer le rôle du père digne et à peu près sobre, ce qui amène une belle scène de retrouvailles : le père, déjà bien avancé, et la fille (qui a déjà bu deux whiskies) qui trinquent avec une petite bière (pour lui) et deux doigts de Porto (pour elle), chacun des deux voulant sauvegarder les apparences.

 

Et puis il y a le deuxième instrument du Destin : Matt Burke (Charles Bickford). C’est un marin qui a fait naufrage et que les Christofferson recueillent dans leur barge.

C’est un homme fort, un tantinet fruste, qui ressemble – physiquement – au McTeague de Stroheim (4).

Dès leur première rencontre, il essaie d’abuser d’elle. Mais c’est mal connaître Anna, et surtout oublier que le scénario a été écrit par Frances Marion, proposant, comme d’habitude, une femme qui est tout sauf faible, l’aura de la star ajoutant à la force de son personnage.

 

Ce sera alors une suite de confrontations entre Anna et les deux hommes, ou les deux hommes entre eux – la jalousie du père voyant d’un mauvais œil sa fille le quitter – ou le jeune homme imposer sa loi à une relique du passé… Mais à chaque fois, Anna aura le dernier mot : c’est elle, et elle seulement, qui commande ces deux hommes.

 

Autrement, les images de Daniels sont toujours aussi belles, il filme Garbo comme lui seul savait le faire, donnant une autre dimension de sa mélancolie, et donnant de l’éclat à ses moments heureux.

On sent encore l’influence du cinéma muet, des intertitres venant s’ajouter à la narration, et on retrouve quelques plans un tantinet trop longs, ralentissant l’intrigue sans raison apparente.

Mais ne boudons pas notre plaisir : Garbo est belle, Garbo est une femme forte, mais surtout Garbo parle, ce qui nous ramène au début…

 

 

P.S. : à noter une vue panoramique de New York avec l’Empire State Building en fin de construction. Il sera inauguré un an plus tard, le 5 mai 1931.

 

  1. En partie, après 15 ans passés aux Etats-Unis, son accent aurait dû un tantinet disparaître : elle n’avait que 5 ans quand son père l’a confiée à sa famille.
  2. Il y en aura quatre autres.
  3. Ces deux-là ne sont jamais montrés sobres
  4. Cf. Les Rapaces.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Brown, #Rudolphe Valentino
L'Aigle noir (The Eagle - Clarence Brown, 1925)

La Russie éternelle, sous la houlette de la belle mais terrible Catherine II (Louise Dresser), qu’on appelait La Grande.

Vladimir Dubrovsky (Rudolph Valentino) est un des soldats de sa garde, où on monte en grade si on plaît à sa Majesté…

Mais Vladimir est un soldat et compte le rester. Il est alors considéré comme déserteur, et pour cela pourchassé.
Parallèlement, son  père (Spottiswood Aitken) est dépossédé de ses biens par l’infâme Kyrilla (James A. Marcus), et meurt de désespoir. Vladimir, pour se venger, devient hors-la-loi et se fait appeler l’Aigle noir (d’où le titre).

Mais Kyrilla possède une fille, la très belle Mascha (Vilma Bánky).

Cornélien, n’est-ce pas ?

 

Oui, l’intrigue ressemble beaucoup à celle de Zorro, et peut-être même un peu à Robin des bois, puisque ce justicier (proscrit) s’attaque aux riches qui abusent des pauvres.

Mais à la différence de ces deux héros interprétés par le bondissant Douglas Fairbanks, l’Aigle noir est plus jeune, et autrement plus séduisant.

Quant à l’humour, (presque) toujours présent chez Fairbanks, il est bien là, les aventures de cet Aigle ne l’empêchant certainement pas.


Dès le début, le ton est donné : aventure et humour.

  • Aventure :

Avec le carrosse qui s’emballe, mettant en danger la belle Mascha, sauvée in extremis (ou presque) par Vladimir qui tombe, évidemment, tout de suite amoureux de cette belle jeune fille. Par contre, si l’Aigle noir est un homme d’honneur comme ces glorieux prédécesseurs, il ne manie pas l’épée mais le pistolet, et pas toujours chargé…

  • Humour 

Avec la Grande Catherine qui fait monter en grade les officiers méritants qui restent souper avec elle (et plus, car affinités…). Son marivaudage, à base de vodka, est des plus savoureux, Louise Dresser, est magnifique dans ce rôle de femme mûre encore séduisante : de nos jours, on pourrait dire que c’est une « couguar »…

L’autre personnage comique est la tante Aurelia (Carrie Clark Ward), une rombière à l’âge avancé, qui, si elle n’est plus de la première fraîcheur apprécie beaucoup le charme du beau Vladimir (à son grand regret, vous vous en doutez).

 

Et à ces deux éléments de l’intrigue s’ajoute une photographie bien léchée – comme (presque) toujours avec Clarence Brown – avec une caméra mobile et un jeu de lumières pertinent. Du bel œuvre.

Et contrairement aux aventuriers interprétés par Fairbanks, l’Aigle noir est toujours impeccable, voire sophistiqué, parlant aussi bien le Russe – normal, il l’est – que le français, autre langue de cour au pays de la Grande Catherine…

Le tout avec, bien entendu, deux pas de danse (pas plus), histoire de rappeler que le grand Rudy était aussi un grand danseur…

 

Il s’agit de l’avant-dernier film* de Valentino, ici avec la belle et blonde Vilma Bánky, qu’il retrouvera pour son dernier film : le Fils du Sheik, l’année suivante. Mais ceci est une autre histoire…

 

 

PS : à noter la présence de Gary Cooper – mais il est masqué, alors on le reconnaît mal – et de l’impayable Mack Swain en aubergiste un tantinet fruste qui ne comprend pas le français.

 

* Character Studies, de Roscoe Arbuckle, dans lequel Valentino apparaît, a certes été présenté en 1927, mais il fut tourné en 1925, soit avant le Fils du Sheik.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Hill, #Clarence Brown
Les Cosaques (The Cossacks - George Hill, Clarence Brown - 1928)

A l’Ouest de la Russie (éternelle, bien sûr), vivent les Cosaques : fiers et farouches, toques en fourrure moustaches fournies et tombantes, le crâne plus ou moins rasé, leur bravoure n’a d’égale que leur cruauté.

Pendant que leurs femmes travaillent la terre, ils vont se battre pour la grandeur de la Russie.

Tous ? Non, Lukashka (John Gilbert), le fils de leur chef (Ernest Torrence), n’aime pas se battre. Il reste avec les femmes, se plongeant dans l’oisiveté, au grand dam de son père et de Maryana (Renée Adorée), sa promise.

Lassé d’être victime des brimades guerriers il se rebelle et se révèle tel qu’il est : un garçon courageux, prêt à partir en guerre contre les Turcs.

C’est pendant cette campagne que débarque Olinen (Nils Asther, aux yeux bleus et à la fine moustache : un magnifique séducteur !) – un prince moscovite – avec pour mission d’épouser une Cosaque.

Et bien entendu, c’est Maryana qu’il choisit…

 

Si le film est signé George Hill, il faut tout de même préciser que son travail ne fut pas apprécié par la MGM et Brown retourna de nombreuses scènes jusqu’à obtenir ce résultat.

On retrouve encore une fois – la troisième si on met de côté la Bohême où elle n’a pas le rôle principal – le couple vedette John Gilbert/Renée Adorée pour un film mêlant action et amour. Et avec, comme d’habitude, un peu d’humour.

 

Quoi qu’il en soit, ces Cosaques ont fière allure, leur chef en tête. Ernest Torrence, le crâne rasé est tout à fait dans son élément : sa stature imposante nous offre un Cosaque terrible, chef incontesté d’un peuple de cavaliers émérites et audacieux (les festivités du film nous permettent d’admirer des numéros de haute voltige dans le plus pur style cosaque).

Mais ces Cosaques ont tout de même leur côté moins glorieux :

  • ils ne savent ni lire, ni écrire (on assiste à une scène comique avec le prince moscovite) ;
  • quand la paix arrive, ils sont malheureux parce qu’ils ne savent plus quoi faire pour s’occuper.

 

Et puis il y a la raison d’être de ces Cosaques : le combat. Nous assistons à une lutte farouche entre les Turcs et les Cosaques, en plans rapprochés pour permettre au spectateur de vivre l’action (et aussi parce que ça évite d’avoir un nombre astronomique de figurants !) où tous s’en donnent à cœur joie, Lukashka le premier, prenant goût à l’odeur du sang. Du grand spectacle !

 

Enfin, il y a l’histoire d’amour. C’est plus le jeu du chat et de la souris : ils s’aiment mais sont fiers, alors il y a à chaque fois un décalage entre leurs sentiments et leurs actions. Mais ce décalage amène aussi l’intrigue avec le prince moscovite et ses fiançailles indéfectibles avec Maryana, au grand désespoir de Lukashka. [Rassurez-vous, ça se termine bien !]

Encore une fois, John Gilbert et Renée Adorée sont impeccables : lui avec son regard noir et son allure de séducteur à fine moustache ; elle avec ses grands yeux bleus et son air mutin.

 

Victor Tourjansky avait été pressenti pour ce film, mais cela ne se fit pas : certaines scènes, d’ailleurs, rappellent son Michel Strogoff, la couleur en moins.

Qu’importe, le souffle épique est là, on savoure avec beaucoup de plaisir cette histoire russe, élaborée par la grande Frances Marion, d’après le non moins grand Léon Tolstoï.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Brown
Le Veilleur du rail (The signal Tower - Clarence Brown, 1924)

1924 : l’année du rail ?

Un mois avant Le Cheval de Fer, sort un autre film qui se passe dans le milieu ferroviaire. Et si le film de John Ford est un véritable chef-d’œuvre, celui-ci mérite largement notre attention.

 

Ca commence comme un film documentaire sur les chemins de fer. Ou plutôt sur les garants de la bonne circulation des trains : les aiguilleurs.

Mais rapidement, on quitte la grande ville et ses immenses réseaux pour un poste reculé – Noyo – dernier repère avant un sommet.

Nous trouvons ici Dave Taylor (Rockliffe Fellowes), le chef du poste d’aiguillage et son collègue le vieux Billy (James O. Barrows), qui se partagent le temps de veille.

Mais Billy part à la retraite et un nouvel aiguilleur est nommé : Joe Standish (Wallace Beery).

Standish, une fois pris ses fonctions, trouve très à son goût la femme de Dave, Sally (Virginia Valli), et tente de la séduire…

 

Grand, fort, élégant, les souliers vernis, la fine moustache du séducteur sous le nez, tel est la première vision que nous avons de Standish, à son arrivée au poste d’aiguillage (d’où le titre en vo*). Et si son premier contact est cordial, nous ne nous y trompons pas : c’est un méchant !

 

Et la suite de l’histoire nous le confirme : Wallace Beery interprète un personnage sournois, immoral et alcoolique (nous sommes en pleine Prohibition).

Dans un premier temps, la présence de la cousine Gertie (Dot Farley) éloigne Standish de sa véritable cible (Sally), mais quand la première repart chez elle, la second »e se retrouve en danger.

 

Rien d’extraordinaire dans cette intrigue, me direz-vous, et vous aurez raison, mais à cela, Clarence Brown ajoute une autre intrigue en rapport avec les activités de Dave et Joe : un train fou.

Ce train fou, combiné à la menace que représente Joe au couple Dave-Sally, nous donne une dernière partie de film haletante : alors que Dave doit éviter une collision meurtrière, c’est ce moment que choisit Joe pour mettre à exécution son plan crapuleux.


Et quel grand moment ! Clarence Brown, dans cette partie, nous montre toute l’étendue de son talent. Utilisant montages parallèles et prises de vues audacieuses, nous suivons avec délectation cette course contre la montre palpitante. D’un côté, c’est le train fou qui descend, filmé du wagon de tête dans un rythme accéléré, la voie se découvrant au fur et à mesure ; de l’autre c’est un plan latéral de la locomotive en mouvement qui illustre le train en montée, train conduit par Pete (le truculent J. Farrell MacDonald).

Au milieu, Dave, partagé entre cette catastrophe annoncée et le sort de sa femme, menacée par l’infâme Standish.

Magnifique !

 

Mais Brown ne s’arrête pas à cette prouesse. A deux autres reprises, il nous montre qu’il savait faire du cinéma :

  • la première tentative de Joe est montrée par une alternance de champs et contrechamps avec travelling avant (Joe qui avance) et arrière (Sally qui recule), véritables plans subjectifs de la scène ;
  • La résolution de l’intrigue principale est racontée avec un flashback, le spectateur étant resté sur l’imminence du danger pour Sally.

 

Du grand art !

 

 

 

* D’ailleurs, pourquoi, encore une fois, nous gratifier d’un titre français ronflant plutôt que la simplicité de ce titre original ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Clarence Brown, #Lon Chaney
The Light of Faith - The Light in the dark (Clarence Brown, 1922)

Un couple séparé.

Une jeune femme, Bessie (Hope Hampton), pauvre, dépense ses derniers dollars pour se payer une chambre.

Un jeune homme Warburton (E. K. Lincoln), riche, se remet dans le sud de l'Angleterre.

Affaiblie, Bessie tombe malade et dépérit. Sa logeuse et surtout son voisin du dessous, Toni (Lon Chaney) s'occupent alors d'elle.

Or, pendant une partie de chasse, Warburton trouve un vase ancien.

S'agit-il du Graal ?

 

Soixante-dix ans avant Terry Gilliam et son Fisher King (1991), Clarence Brown adapte la quête du Graal au monde moderne (celui de 1921-22). Malheureusement, ce film fut longtemps perdu et ressorti en 2003 (seulement), mais plus dans sa forme originale : les scènes de la légende du Graal, tournée grâce à un procédé en couleur, mais malheureusement, ce n'est plus d'actualité...

Il est clair, que pour nous spectateurs (avertis) deux noms retiennent notre attention : Clarence Brown (à la réalisation) et l'incontournable Lon Chaney.

Encore une fois, ce dernier interprète un mauvais garçon. Encore une fois, il tombe amoureux de la belle et frêle jeune fille. Et encore une fois, cet amour est impossible.

Mais, Graal oblige, Toni va connaître une (courte) rédemption. Amoureux (donc) de la belle Bessie et la voyant dépérir, il se rue chez Warburton afin de lui dérober le supposé Graal.

Pourquoi ? Parce que Bessie lui a raconté les vertus de ce précieux vase...

Tout comme Jack Lucas (Jeff Bridges), Toni décide de s'emparer illégalement du trophée. Mais si Jack entreprenait une quête chevaleresque, teintée d'une petite dose d'égoïsme, Toni ne veut que le rétablissement de Bessie. Avec au fond (tout au fond) de son esprit le secret désir d'un amour partagé. Parce que malgré l'allure patibulaire de Toni, ce n'est pas un gros méchant. Pas de violence envers elle, pas de menace, du respect et de l'admiration.

 

Clarence Brown nous propose donc un film édifiant, dans lequel les ombres ont un rôle à jouer. C'est dans l'obscurité que le Graal s'illumine, révélant son caractère divin. Ce sont aussi deux magnifiques ombres qui scellent le destin de Toni :

- Celle du policier qui est venu l'arrêter. Cette ombre se projette sur la porte qu'il vient d'ouvrir. C'est un homme qui tient un pistolet. On ne le voit pas, ce qui donne à cette ombre une dimension gigantesque : on ne peut pas échapper à la Loi.

- Au palais de justice à travers le verre dépoli d'un battant de la porte d'entrée, on aperçoit la silhouette de Toni, sauvé, qui commence à fumer. Il est tranquille. Mais sa tranquillité ne va pas durer : à travers le verre dépoli de l'autre battant, vient se poster un policier... Alors Toni s'en va, vers son destin (inéluctable).

 

Une autre rencontre aura obligatoirement lieu entre ces deux derniers personnages...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Maurice Tourneur, #Muet, #Western

Maurice Tourneur et Clarence Brown.

Quelle belle affiche !

Enfin, c'est surtout parce que Tourneur est tombé malade et que Brown - qui n'était que directeur de la deuxième équipe - a terminé le travail.

Il s'agit ici d'une adaptation somme toute assez fidèle du roman de Fenimore Cooper, un peu simplifiée pour les besoins du film et surtout son format (73 minutes).

Mais tous les personnages importants sont là : la belle brune Cora (Barbara Bedford), l'Indien Uncas (Alan Roscoe) dernier de la lignée des Mohicans, et le fourbe et méchant Magua (Wallace Beery). Sans oublier Œil-de-Lynx (Harry Lorraine), Munro (James Gordon), etc...

Nous sommes en 1757, en Amérique, où les Anglais et les Français se livrent à un énième conflit (Guerre de Sept ans). Le colonel Munro a deux filles, Cora et Alice (Lillian Hall), qui sont loin de lui. Il est cerné par les Français et attend du secours, qui doit arriver, emmenant ses filles. Mais elles sont déroutées par Magua, un méchant Huron, puis heureusement sauvées par Uncas et son père, accompagnés de Œil-de-Lynx, un trappeur. Mais Magua est sur leurs traces et veut Cora pour femme, alors qu'elle est éprise de Uncas.

S'ensuivent des épisodes trépidants, mêlant l'Histoire et la fiction jusqu'au dénouement fatidique.

Deux éléments marquants dans ce film :

- L'utilisation de filtres pour caractériser les lieux et temps de l'histoire : on a de magnifiques flamboiements quand on est en intérieur, soutenus par les effets de flammes d'une virtuelle cheminée ; l'incontournable bleu des nuits, très souvent utilisé dans les films ; et aussi la flamboyance du vert pour le soleil de plomb.

La teinte utilisée donnerait presque à penser que ce film est en couleur.

- La violence de l'assaut mené par les Hurons, chauffés à blanc par l'infâme Magua. Les Indiens, déjà considérés comme des sauvages dans la vraie vie, se déchaînent contre les Anglais. L'effet est effroyable. C'est aussi dû à l'utilisation de gros plans sur des visages déformés par la fureur. Que la guerre est belle !

Petit bémol toutefois : les Indiens ne sont pas plus indiens que vous ou moi, et il suffit, pour s'en convaincre, de savoir que Magua est interprété par Wallace Berry. Pas vraiment un gabarit d'Amérindien...

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog