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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

claude autant-lara

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guerre, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Diable au corps (Claude Autant-Lara, 1947)

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. » (Arthur Rimbaud)

17 ans, c’est l’âge de François Jaubert (Gérard Philipe), en cette année 1917 qui voit Nivelle mener une grande offensive (inutile). C’est donc la Guerre et le lycée de François abrite aussi un hôpital. Dans cet hôpital officie Marthe (Micheline Presle, 101 ans le 22 août dernier), sur la demande de sa mère (Denise « Poupette » Grey).

Ils se rencontrent. Deux fois. Ils s’aiment. Pour toujours.

Sauf que Marthe est fiancée. A un Poilu (Jean Lara).

Et malgré son mariage avec ce soldat toujours absent, elle continue d’aimer François, le recevant à la nuit tombée chez elle.

 

Bien sûr, Gérard Philipe n’a pas 17 ans, mais c’était son âge quand la guerre a éclaté, tout comme Micheline Presle, alors cette histoire de jeunes gens pendant la guerre, cela aurait pu vraiment être la leur. On retrouve dans ces deux personnages l’insouciance de la jeunesse, ainsi que le sentiment d’amour éternel qui caractérise cette période (1). Et comme son aîné (1), cet amour est tragique : pas question qu’il survive (l’amour) à la période. En effet, qu’on soit en 1917, en 1923 (quand sort le livre de Raymond Radiguet) ou 30 ans après (quand le film sort sur les écrans), il est inconcevable de célébrer l’adultère : non seulement elle est mariée, mais en plus son mari est sur le Front ! Bref, ce sera tout une histoire, la sortie de ce film, qui consacre deux jeunes interprètes : Gérard Philipe et Micheline Presle.

Et c’est vrai qu’ils sont magnifiques, tous les deux. Elle, très belle, avec ses grands yeux tristes, et lui, adolescent éternel.

 

Et Claude Autant-Lara, qui n’est plus un novice dans le métier, dirige avec beaucoup de brio ce couple qui va à contre-courant de la morale de l’époque (celle que vous voulez : 1917, 1923 ou 1947). Mais pas seulement eux. Le personnage du père de François (Jean Debucourt) n’est pas si obtus qu’on pourrait le penser, un tantinet tiraillé par la morale et le bien-être de son fils. C’est très certainement le personnage le plus proche de François, plus certainement que son ami René (Michel François qui, lui, a l’âge de son rôle !). Par contre, le personnage le plus ambigu est celui de la mère de Marthe : Denise Grey interprète ici une femme qui semble veuve et ne voit pas d’un bon œil l’apparition de ce jeune homme si séduisant. Et son ambiguïté tient dans le fait qu’elle sait que sa fille couche avec François et surtout ne fait rien pour les séparer tant que le troisième homme est à la guerre (2).

Et la morale de cette époque va surtout être illustrée par le couple de logeurs de Marthe (et son mari : ce sont deux de ces petites gens que Gabin-Grandgil fustigera dans l’inoubliable Traversée de Paris presque dix ans plus tard. Il faut dire qu’ils sont caractéristiques : entre elle (Jeanne Pérez), commère inévitable du fait de sa position (concierge), et lui avec son casque colonial, on sent tout de suite que la médisance va voler bas, ce qui est, bien entendu, le cas.

 

Et puis il y a la guerre qui est omniprésente, bien qu’on n’en voie aucune phase. Et le fait de commencer l’intrigue par la fin de cette guerre est une formidable idée : pendant que canon tonne et que le tocsin résonne, saluant les premiers instant de l’Armistice, avec les scènes de liesse de la population, un cortège se met en route vers l’église, accompagnant un cercueil marqué de la lettre L comme Lacombe (3).

François va bien sûr suivre ce cortège, mais de loin, continuant a égrener ses souvenirs : trois longs flash-back vont donc nous conter cette histoire – tragique.

 

Et cette opposition entre la joie de la victoire et la douleur de la mort va se poursuivre à chaque fois que nous reviendrons au 11 novembre, dans l’église ou ailleurs : alors que la cérémonie revêt un caractère très solennel, on entend toujours sonner le tocsin et les personnes qui ne sont pas vraiment proches de la personne qu’on enterre n’ont pas spécialement l’attitude adéquate pour des obsèques. ON peut d’ailleurs imaginer aisément que ces mêmes personnes représentent la morale de cette époque et que la liaison entre Marthe et François les aurait fait réagir assez véhémentement.

De plus, pendant que la cérémonie se déroule, le sacristain (Albert Rémy) installe les drapeaux des vainqueurs aux piliers de l’église, totalement étranger à ce qu’il se passe alors.

Et si vous n’avez pas vu le film, je vous laisse savourer sa dernière réplique à l’adresse de François. Un bijou de Jean Aurenche et Pierre Bost (et Autant-Lara, bien évidemment), comme plusieurs autres répliques qui émaillent le film.

 

Saurez-vous reconnaître Jacques Tati ? On l’aperçoit trois fois en quelques minutes.

 

  1. On n’a rien inventé depuis Roméo & Juliette
  2. La bonne sœur de l’hôpital (Marthe Mellot) non plus, même si on voit très bien qu’elle désapprouve !
  3. Le mari de Marthe s’appelle Jacques Lacombe.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Joueur (Claude Autant-Lara, 1958)

« Heureux au jeu, malheureux en amour ».

Encore une fois, le dicton se réalise pour Alexeï Ivanovitch (Gérard Philipe).

Pourtant, rien ne laissait présager une telle issue malheureuse.

Reprenons.

Alexeï Ivanovitch est le précepteur des petits-enfants (?) du général Zagorianski (Bernard Blier). Ce dernier s’est rendu à Baden-Baden, mais certainement pas pour y prendre les eaux : il y a une roulette très courue, et comme il est criblé de dettes et que sa vieille tante Antonia (Françoise Rosay) ne veut pas mourir (et lui léguer sa fortune), il essaie de s’y refaire. Sans y parvenir, bien entendu. Et évidemment la tante Antonia arrive à Baden-Baden.

Alors qu’elle inspecte le casino à la recherche de son neveu, elle est subitement prise de la fièvre du jeu et y perd tout.

C’est alors au tour d’Alexeï de prendre place autour de la table : il gagne, il gagne, il gagne…

 

Il n’y a pas que le général de Gaulle qui a ses entrées dans cette ville thermale puisque le grand Fédor (1) y a lui-même passé du temps et laissé des sommes colossales, et pas dans les soins, comme vous vous en doutez. Mais du roman, si les grandes lignes sont toujours présentes, l’issue et l’intrigue en sont plutôt éloignées. Mais qu’importe, nous sommes au cinéma : tout est donc possible. Et comme il y a Gérard Philipe, on ne va pas bouder son plaisir. De plus, la présence de Rosay et Blier nous assure un spectacle de qualité, même si on peut préférer d’autres réalisations ou performances d’Autant-Lara et des différents interprètes.

Le conflit opposant la tante et le général est un des meilleurs atouts du film, la vieille dame n’étant pas la mourante attendue, tandis que ce général a tout de celui de la Comtesse de Ségur (2) : Blier est bien évidemment dans son élément.

Quant à Gérard Philipe, il est un Alexeï de haute volée (qui en aurait douté ?) et donne vie à ce personnage, véritable héros dostoïevskien, avec toute la fougue et l’idéalisme de la jeunesse, un véritable cousin de Raskolnikov (3).

 

Mais – il y a toujours un mais – je regrette toutefois le manque d’intensité du film par rapport au livre, dans les moments de jeu. Si la première phase qui voit la vieille tante miser inlassablement sur le zéro est très réussie, celle qui voit Alexeï jouer pour son compte est relativement plate, alors qu’elle possède une force incroyable quand Fédor la couche sur papier. Il y a un côté machinal dans la réussite du personnage qui détone complètement : où est passée l’excitation mêlée de frénésie qui nous tenait en haleine ?

Certes, il est très excité de gagner, mais il manque l’aspect fébrile qui fait toute la force du (court) roman.

Quoi qu’il en soit, on prend plaisir à regarder cette « comédie » dramatique qui a beaucoup d’éléments du drame et qui n’est pas spécialement comique. Et la présence de seconds rôles émaillant le film n’est pas non plus pour déplaire : Alice Sapritch, bien sûr puisqu’elle est annoncée, mais aussi Piéral, Jacques Marin ou encore Daniel Emilfork font des apparitions très remarquées…

 

Alors on se laisse emporter par la fièvre (légère) du jeu et on apprécie ce film qui fut l’un des derniers de Gérard Philipe (encore trois à venir…). Hélas.

 

  1. Dostoïevski !
  2. Dourakine : « dourak » signifie imbécile en russe.
  3. Le roman est paru pendant l’écriture de Crime et Châtiment.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Claude Autant-Lara
La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956)

«Salauds de pauvres ! »

Une des répliques les plus emblématiques du cinéma français.

Il faut dire que ceux à qui ça s'adresse l'ont bien mérité !

En dehors des dialogues (Aurenche et Bost), c'est le propos du film le plus intéressant.

 

Dix ans après la guerre, Claude Autant-Lara nous propose un film en demi-teinte. Les grandes fresques héroïques (Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il ?) ne sont pas encore en chantier. Même De Gaulle n'a pas encore réalisé son coup d'état. Mais la glorieuse entente de la victoire se fissure. Les héros d'hier laissent la place aux vrais Français. Ceux qui ont subi la guerre. Cette espèce de majorité silencieuse qui a survécu à ces années de chiens (comme disent les Allemands). Parce qu'il a fallu du courage et de l'abnégation pour survivre à cette période.

Mais ça n'empêche pas que Martin (Bourvil), Grandgil (Jean Gabin) et Jambier (Louis de Funès) ne sont rien d'autres que des trafiquants. ils se livrent à un marché noir éhonté alors que d'autres crèvent de faim.

Tout ça pour dire que, pour une fois, ce ne sont pas les héros glorieux auréolés de leurs faits d'armes, qui sont à l'honneur.

 

Parce que la France occupée, ce n'était pas que les nobles résistants qui luttaient (dans l'ombre) contre l'Occupant. C'était aussi des gens normaux qui tentaient de survivre, fut-ce à travers des activités illégales. Mais ce film, c'est avant tout la rencontre de trois monstres sacrés du cinéma (qui à l'époque, sauf pour Gabin, ne l'étaient pas). La scène chez Jambier est un grand moment : la gueulante de Gabin, les récriminations de Funès et les essais de temporisation de Bourvil donne un tableau assez réaliste de ce que pouvait être cette période. Oui, Grandgil n'en a rien à faire. Mais c'est un calculateur. Il observe tout, afin de pouvoir s'en resservir le moment voulu. Mais surtout Martin nous montre l'étendue de son pouvoir, c'est à dire pas grand chose. Il fait celui qui maîtrise Grandgil, mais il n'en est rien. Tout comme après, il fera comme si la situation avec sa femme (qui a décidé de le quitter) était une affaire réglée. Martin est un lâche qui se donne des airs. Evidemment, ça ne prend pas avec un type comme Grandgil. Dans la vie, il y a les seigneurs et les valets. Grandgil et Martin ne sont pas dans la même catégorie.

 

Mais qu'importe. On a plaisir à suivre les pérégrinations de ces deux personnages - ô combien différents - à travers les rues de Paris, de réverbères en réverbères - les seuls points allumés dans cette capitale occupée. Chaque lumière devient un havre de paix, ou tout du moins un moment de répit avant la prochaine halte  (comme disent les Allemands).

Alors oui , pas d'héroïsme. De la basse besogne. Mais comme on disait en ce temps-là : « si je ne le fais pas, quelqu'un le fera à ma place. »

Mais il n'y a pas de jugement quant à l'attitude des personnages. Les seuls qui pourraient leur reprocher quelque chose se font rabrouer (voire citation initiale). Même la femme qui les aide à se cacher est « intéressée » par leur cargaison.

 

Le tout avec une fin ambiguë où Gabin - qui combattit contre les Allemands - n'a pas un rôle si évident que ça. Il n'y aura pas de transfiguration. Les différences persisteront. Et il suffit de voir Martin dans la séquence finale pour s'en convaincre.

 

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