Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

claude miller

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Claude Miller
Garde à Vue (Claude Miller, 1981)

Rencontres au sommet.

Rencontre entre un inspecteur de police et un notable.

Rencontre entre deux immenses acteurs.

Rencontre avec Romy.

 

Nous sommes le 31 décembre, et pendant que le commissaire divisionnaire (Jean-Claude Penchenat) reçoit le gratin de Cherbourg, l’inspecteur Gallien (Lino Ventura) reçoit pour sa part maître Martinaud (Michel Serrault) en compagnie de son adjoint Belmont (Guy Marchand).
A première vue pour préciser son témoignage à propos de la découverte sans vie du corps d’une petite fille de huit ans, étranglée et violée par un tueur en série.

Mais les réponses de Martinaud, trop évasives vont lui valoir une prolongation de son interrogatoire : il est placé en garde à vue.

 

La garde à vue est un vestige d’une pratique médiévale aux résultats redoutables : l’Inquisition, celle qu’on appelle aussi « sainte ». Et pourtant, de sainte, elle n’en a que le nom, au vu des crimes commis en son nom.

Certes, la question n’a plus la même force qu’autrefois, la torture physique ayant été officiellement bannie des commissariats, mais comme le démontre Belmont, certaines pratiques ont la vie dure.

Et Martinaud a droit à sa période de tabassage en règle, derrière un écran bienvenu, cela va de soi.

Et si la violence est (à peu près ?) sortie des établissements de police, la torture morale y est restée qui, ajoutée au confinement réglementaire, pousse même les plus innocents à avouer. Avouer quoi ? N’importe quoi, plutôt que tout se termine.

Et encore, le film se passant en 1981 (environ), les conditions étaient moins souples que maintenant.

 

Mais revenons à nos moutons.

D’un côté, nous avons un fonctionnaire qui fait son travail, même si sa pratique n’est pas des plus glorieuses. De l’autre, nous avons un homme établi, à la richesse avérée et qui a pour objectif de sauver sa peau, la peine de mort ayant été abolie peu de temps après la sortie du film (1).

Mais cet affrontement, c’est avant tout une forme de lutte de classes : Martinaud, du fait des fortes présomptions qui pèsent sur lui n’est plus « maître », il est un suspect comme les autres, voire presque condamné.

Mais il se défend, avec ce qu’il connaît le mieux : le langage. Il parle – c’est ce qu’on attend de lui avant tout – mais sans se livrer, répondant à cet inspecteur qui remet sans cesse les mêmes éléments sur la table (2).

 

C’est une lutte sans merci où le plus fort gagnera, le temps étant le facteur décisif – la GAV pouvait alors durer 48 heures. Mais si le temps joue en faveur du policier, si aucun résultat ne se fait jour, le suspect ne l’est plus et sort libre.

Bien sûr, de cet affrontement, c’est Michel Serrault qui sort le grand vainqueur : Serrault avait l’immense talent de pouvoir faire rire et émouvoir. Ici, il réussit les deux, ayant de belles sorties – il faut que les dialogues sont d’Audiard, e qui aide un peu – mais surtout un jeu d’une grande sobriété qui tranche avec les rôles qu’on lui connaissait, celui de Zaza (La Cage aux folles) « tant le pus emblématique.

 

Dernière rencontre, dernier affrontement, et pas des moindres : Romy.

Romy Schneider était une actrice magnifique, aucun doute là-dessus. Ici, encore une fois, elle est superbe, interprétant la femme de Martinaud, ce notable pas si respectable que ça.

Il s’agit malheureusement de son avant-dernier film, et on peut s’émouvoir de la prémonition de son rôle.

Quoi qu’il en soit, c’est une femme désespérée qui rencontre Gallien, prête à tout pour ne plus rencontrer son mari.

 

Et Ventura dans tout ça ?

Comme d’habitude, il est impeccable. Mais surtout, son jeu subtil et sobre laisse la place aux deux autres interprètes pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Et si son nom est le premier au générique, il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas Gallien le centre d’intérêt. Mais c'est aussi à cela qu’on reconnaît un grand acteur : il sait s’effacer pour laisser la place aux autres, ce que fait Ventura avec beaucoup de talent.

 

Bref, un grand huis clos, servi par des interprètes de haut niveau.

Incontournable.

 

  1. Quinze jours : le film est sorti le 23 septembre et la loi fut promulguée le 8 octobre.
  2. Le roman dont est adapté le film s’intitule A Table ! (Brainwash - John Wainwright, 1979).

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Miller, #Policier
Mortelle Randonnée (Claude Miller, 1983)

Louis Beauvoir (1) est surnommé l’Œil. Il paraîtrait que c’est le surnom que lui aurait donné la pègre. Et l’œil, il l’a. Il possède toute une panoplie d’appareils photos mais surtout il est détective.

C’est au cours d’une filature qu’il  fait la connaissance de Lucie Brentano (Isabelle Adjani, à moins que ce soit Eve Granger (2), une croqueuse diamant doublée d’une mante-religieuse : non seulement elle amasse une fortune, mais elle élimine ses différents amants avant de les voler.

Il va alors la suivre de Bruxelles à Rome, en passant par Biarritz, Baden-Baden et même à Bobigny.

 

Il s’agit donc d’un road movie mais de facture très particulière. Il n’y a aucune quête vers un quelconque bonheur, seulement une fuite en avant jusqu’à l’irréversible et définitive mort.

Ils sont deux à parcourir l’Europe, en parallèle, d’un côté le privé seul qui n’a plus de fille (3) et de l’autre la tueuse/voleuse qui n’a plus de père.

Bien qu’ils ne soient pas du même côté de la barrière, ils sont tout de même très proches et on glane par instant des dialogues lointains, chacun répondant à l’autre, dans une espèce de communion familiale.

 

Il y a quelque chose de malsain dans cette randonnée, et qui va au-delà de l’aspect criminel. L’Œil porte très bien son nom : c’est un voyeur qui ne fait qu’espionner, prendre des photos, assister aux événements en tant que spectateur. A aucun moment il  n’essaie d’éviter les morts annoncées par le titre. Et les cadavres s’accumulent inexorablement jusqu’au bout de la route.

Mais si les hommes de Lucie/Eve (etc.…) ne font que passer, outre l’Œil, deux autres personnes suivent la jeune femme. Ils n’ont pas de nom, juste une apparence – l’homme pâle (Guy Marchand et la femme en gris (Stéphane Audran, méconnaissable) – et se livrent à la joyeuse activité de chantage.

 

Peu à peu, le lien invisible entre L’Œil et la jeune femme va s’épaissir alors qu’elle ne remarque jamais qu’il est près d’elle. Même quand il va (enfin) l’aborder, elle ne le reconnaît pas. Tout juste une impression fugace de déjà-vu (4).

Mais cette rencontre sera l’amorce de la fin inévitablement tragique et bien sûr mortelle. Mais la mort est surtout une délivrance ce que l’Œil semble le seul à ressentir. Pour le reste du monde, c’est seulement une criminelle qui décède.

 

On a d’ailleurs peu de renseignement sur le reste du monde. Il ne se passe rien en dehors de leur histoire. La télévision est toujours allumée mais à part des informations sur la cavale de Catherine Leiris (Isabelle Adjani), on ne voit que des images d’animaux dont une araignée qui n’est pas sans rappeler le modus operandi de la jeune femme : attirer ses amants pour les tuer et tout leur prendre.

 

Le film est construit en trois parties.

La première nous présente cette jeune femme qui a mis le grappin sur un riche héritier et d’une certaine façon son ascension irrésistible autant que meurtrière.

Puis vient une partie de transition où elle rencontre Ralph Forbes (Sami Frey) – rien à voir avec l’acteur anglais) – un aveugle à l’instinct si développé qu’elle est quasiment incapable de lui mentir. Alors qu’elle s’invente à chaque nouvel homme un père toujours plus formidable, on sent une faiblesse dans sa façon de raconter sa vie à Forbes, que pour une fois elle est en confiance et qu’elle ne cache rien à ce drôle d’amant. On pourrait presque la croire s’il n’y avait Emil Jannings dans le rôle d’un portier sur un écran : l’histoire qu’elle raconte rappelle étrangement celle du Dernier des Hommes… Il n’empêche que c’est le seul homme qu’elle avoue avoir aimé, et qu’elle a pleuré.

Puis vient la dernière partie dans laquelle elle tombe de plus en plus bas, ses larcins devenant de plus en plus minables jusqu’à la fin libératrice.

 

Bien sûr, la distribution prestigieuse est à la hauteur et le duo improbable et si peu réuni ajoute à l’atmosphère particulière et un peu glauque du film. Autour d’eux, les gens ne font que passer (personne ne survit) mais si l’on excepte les hommes de passage (ils sont trois), ces rencontres ne laissent pas indifférents le spectateur. Le summum est atteint avec Germaine, la femme en gris interprétée par une Stéphane Audran au bec-de-lièvre et aux yeux marron (elle qui les avait magnifiquement bleus…). Le couple formé par ces deux paumés ajoute dans la teinte sordide du film.

 

 

  1. On n’apprend son nom qu’à la toute fin du film, mais il n’a pas d’incidence sur l’intrigue.
  2. Ou Dorothée Ortis, Ariane Chevalier, ou encore Charlotte Vincent…
  3. Il ne l’a pas revue depuis 1958.
  4. L’explication écrite par Audiard énoncée par Serrault est savoureuse.

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog