Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

comedie dramatique

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Guerre, #Roberto Benigni
La Vie est belle (La Vita e bella - Roberto Benigni, 1997)

Guido (Roberto Benigni) est serveur dans un grand restaurant. A plusieurs reprises, il tombe sur la belle Nora (Nicoletta Braschi), et donc, ils finissent ensemble. Ils on même un petit garçon, Giosué (Giorgio Cantarini).

Mais ils sont rattrapés par leur époque : Guido est juif et donc arrêté, avec son fils, et envoyé en camp de concentration. Dora décide alors de les suivre.

Mais comment faire comprendre à un enfant de cinq ans qu’il vient d’intégrer l’antichambre de l’enfer ?

C’est ce que Guido va réussir, et avec maestria.

 

Peut-on faire rire avec la Shoah ? En tout cas, on peut au moins sourire en voyant tous les stratagèmes que met en place Guido pour assouplir le séjour de son fils. Ce séjour se résume à un grand prix dont la récompense suprême est un (véritable) char d’assaut. Par contre, les règles sont strictes dont la primordiale reste : ne pas être repéré. C’est un véritable festival de faux-semblants (aujourd’hui, on dirait « fake news ») auquel se livre Guido pour adoucir le séjour – malheureusement – forcé de son fils. Et dans ce cas-là, tous les prétextes sont bons : interprète auprès des nazis ou serveur polyglotte font partie des artifices de Guido pour sauvegarder son enfant.

Bref, nous avons un personnage prêt à tout pour celui qu’il aime.

 

Et ce film en deux parties – avant et pendant le camp – est une belle leçon de vie, même si certains grincheux n’y ont vu q’une forme de négationnisme. En effet, le véritable résultat de camps de concentration est, comme qui dirait, entraperçu : lors d’un retour de réception – Guido comme serveur, Giosué comme invité malgré lui – le père se perd et découvre un charnier. Qui plus est, une fumée (brume) enveloppe cette vision qui pourrait, pour ces gens-là déjà cités, passer pour un rêve, voire une fantasmagorie. Mais nous, spectateurs avertis, savons qu’il ‘en est rien. Ces corps enchevêtrés sont bien le résultat de la solution finale préconisée fin 1942. Mais le film ne fait pas parti de ceux qui dénoncent le nazisme, me^me si Guido et Giosué ne se retrouvent pas en camp pour leur plaisir.

 

Benigni a voulu avant tout réaliser un film qui réunit comédie et (noire) tragédie. Et Guido, malgré son destin tragique (1), est un  personnage on ne peut plus positif, sinon optimiste. Il faut dire que la présence de cet enfant dans le camp aide à cela. Mais dans la première partie, qui le voir (plus ou moins) courtiser la jeune Dora donne le ton de cette comédie. Déjà à ce moment, il n’est pas à sa place : comment un simple serveur – à l’esprit éveillé – peut-il prétendre à une jeune fonctionnaire de (Déjà à ce moment, il n’est pas à sa place : comment un simple serveur – à l’esprit éveillé certes – peut-il prétendre à une jeune fonctionnaire de (très) bonne famille ?

 

Et même si les circonstances les réunissent plus ou moins malgré elle, on a du mal à croire à cette idylle : comment cette jeune femme de la haute société  peut-elle épouser un serveur juif ? Parce que ce dernier qualificatif est le véritable point de rupture de l’intrigue : la judaïté de Guido entraîne le développement tragique inévitable.

Et Benigni enfonce le clou pour dénoncer cet état de fait abject : son oncle (Giustino Durano), alors qu’il se prépare à la douche fatale, a un dernier élan d’humanité envers une jeune femme aryenne qui trébuche. Oui, ces gens qu’on élimine pour des prétextes raciaux sont avant tout des humains, soucieux du bien-être des autres.

 

Alors oui, ce film ne montre pas la terrible réalité des camps, mais dès le début, nous sommes prévenus : le narrateur, c’est Giosué, du haut de cinq ans. Comment peut-il concevoir l’effroyable machine à tuer qu’était le nazisme ?

Il ne peut pas.

Donc, le temps d’un film, plaçons-nous de son point de vue et savourons ce formidable film pour ce qu’il est : du cinéma. Du grand cinéma, certes, mais avant tout du cinéma.

 

  1. Oui, il meurt à la fin !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Robert Zemeckis, #Tom Hanks
Here : Les plus belles Années de notre vie (Here - Robert Zemeckis, 2024)

La vie, l’amour, la mort.

Le film de Robert Zemeckis est une singulière ode à ces trois moments inévitables dans l’existence de chaque être humain.

Singulière, parce que vue à travers un seul cadrage, qui évolue en fonction des différentes époques évoquées : des repères chronologiques des Etats-Unis : avant l’arrivée des colons avec l’histoire d’amour entre une jeune indigène (Dannie McCallum) et un jeune homme qu’on n’appelle pas encore Indien (Joel Oulette) ; et après avec les différents propriétaires qui se sont succédés, d’avant 1776 jusqu’au COVID-19 et même (un peu) après, avec en fil rouge l’histoire des Young qui occupèrent la demeure le plus longtemps.

A quoi ressemble cette demeure ? On ne le saura qu’au dernier moment, quand le film se referme et que la caméra s’en éloigne progressivement.

 

Oui, c’est un film bien singulier que nous propose encore une fois Robert Zemeckis. Loin des blockbusters plus ou moins mâtinés de (super) héros invincibles, il resserre ses nombreuses intrigues autour d’un lieu arrêté qui évolue avec le temps : de la nature sauvage – et préhistorique – à la société actuelle, et en particulier le XXème siècle. Et si le plan proposé est toujours le même, c’est le montage qui retient toute notre attention et donne à ce film sa dimension esthétique et pleinement humaine. On y naît, on y vit, on y meurt, voire on y est enterré. C’est un magnifique concentré de Vie, avec ses joies et ses peines, ses espoirs et ses tragédies. Et la vie des Young à elle seule reprend tous ces thèmes, livrant aux spectateurs toute l’humanité des personnages, télescopant au passage les autres périodes, en reprenant quelques faits marquants de celles-ci.

 

Et ce télescopage se fait à la manière d’un album de photos qu’on feuillette, au hasard (pour celui qui le compulse, pas pour le réalisateur) des pages, hasard exprimé par des cadrages insérés dans le plan fixe qui envahissent tout l’écran pour nous plonger dans une période précise :

  • Avant les colons anglais ;
  • Au temps de la Révolution américaine autour de Benjamin Franklin (Keith Bartlett) ;
  • Les années 1910 avec Pauline (Michelle « Mary Crawley » Dockery) et John Harter (Gwilym Lee), as de l’aviation encore balbutiante ;
  • Les années 1940 (jusqu’à la guerre) avec Stella (Ophelia Lovibond) et Leo l’inventeur (David Fynn) ;
  • L’après guerre avec Rose (Kelly Reilly) & Al (Paul Bettany), leur fils Richard (Tom « Forrest » Hanks et sa femme Margaret (Robin « Buttercup » Wright) ;
  • Le XXIème siècle avec Devon (Nicholas Pinnock) et Helen Harris (Nikki Amuka-Bird).

Et c’est à chaque fois un élément du décor, encadré qui nous fait passer d’une époque à une autre. Une merveille.

 

Et encore une fois, Tom Hanks est impeccable, tout comme Robin Wright qu’il retrouve trente ans après Forrest Gump. Le duo fonctionne encore une fois à merveille, épaulé par l’autre duo des parents. Bref, ça fonctionne parfaitement et on ne peut qu’avoir le sourire une fois que la caméra s’éloigne lentement, alors que le film se termine.

Et c’est une fin douce mais un brin amère qui nous est proposée, les deux protagonistes (Richard & Margaret) fermant définitivement le livre des souvenirs – le sous-titre français – et toutes ces années qui ne furent pas obligatoirement les meilleures, mais resteront gravées dans l’esprit de leurs participants.

 

Et la rédemption, dans tout ça ? Je vous laisse juge(s), mais je l’ai trouvée dans la dernière séquence, entre ces deux personnages très attachants, avant qu’on les laisse définitivement….

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Denys de la Patellière, #Michel Audiard, #Jean Gabin
Rue des Prairies (Denys de la Patellière, 1959)

Paris, 1942

Henri Neveux (Jean Gabin) revient d’Allemagne grâce à la mise en place du STO. Mais en arrivant rue des Prairies, la surprise est pour lui : sa femme vient de mourir en mettant au monde un troisième enfant, Fernand.

Paris, 1959

Les enfants ont grandi : Louis (Claude Brasseur) est champion de France de poursuite et sa sœur Odette (Marie-José Nat) abandonne la chaussure pour devenir mannequin.

Et Fernand (Roger Dumas) ? Il se bat au lycée et est finalement renvoyé, puis il est « ramassé » chez une prostituée. Bref, devant lui se profile la maison de correction.

 

Quatre ans après Chiens perdus sans Collier, Gabin retourne dans une histoire de délinquance infantile, mais cette fois-ci de l’autre côté : en père de famille un tantinet dépassé par les événements. Il faut dire que les années 1960 se profilent et la société est en plein changement. Les banlieues urbaines se construisent (Neveux est contremaître à Sarcelles), les voitures envahissent Paris, tout va de plus en plus vite… Nous sommes entrés de plain pied dans les Trente Glorieuses, dans ce qu’on va très vite appeler la « société de consommation ». Mais Henri Neveux, lui, est resté un homme d’avant, comme l’était son père.

Encore que… Sa relation avec ce fils trouvé est on ne peut plus moderne, si on la compare à celles de ses deux autres enfants, élevés à la dure, comme ça se faisait, dans le temps...

 

Mais malgré tout, nous restons tout de même dans la comédie, puisque la fin nous laisse un sourire. Il faut dire que le duo Gabin-Dumas fonctionne à merveille, et surtout, c’est Audiard qui est aux manœuvres pour le dialogue. On y trouve toute sa verve ainsi qu’une de ses passions, partagée avec le même Gabin : le vélo. Et la démonstration que nous offre ce dernier – Gabin fait toujours du Gabin, que voulez-vous – est mémorable, encouragée par un de ses complices habituels, Paul Frankeur (Ernest). Parce Gabin fait du Gabin, et c’est ce qu’on lui demande. Mais dirigé par La Patellière, ça devient du grandiose. Et Neveux est un personnage différent de ceux qu’on a l’habitude de voir : père de famille. Certes il l’était dans sa vraie vie, mais à l’écran, c’est autre chose !

 

Il n’est pas encore la patriarche (L’Affaire Dominici ou La Horse), ni le flic revenu de tout (Le Pacha) : il est ici un homme ordinaire, avec une vie ordinaire et surtout des doutes. Pas sur Fernand, mais sur l’éducation qu’il leur a donnée (ou non). Il devient faible, parce que dépassé par les événements. Il faut dire qu’entre le succès de son fils Louis, celui de sa fille et les frasques du dernier, il y a de quoi ne plus s’y retrouver.

Et comme en plus les deux premiers l’abandonnent, il se retrouve avec le seul qui n’est pas de lui ! De quoi perdre la tête. Ce qu’il ne fait pas, rassurez-vous.

 

Et si Gabin est le personnage central de l’intrigue, ce film reste tout de même une belle illustration de la jeunesse française de cette fin de décennie. Les jeunes gens sortent et vont (encore) danser, usant de leur jeunesse comme d’une arme offensive (la rencontre dans la guinguette avec le Vieux est démonstrative). Ils veulent s’émanciper des parents – fatalement et inévitablement – vieux jeu. Et encore, 1968 n’est pas passé par là !

Quoi qu’il en soit, La Patellière s’en sort très honorablement et nous propose un film où même si Gabin fait du Gabin, le propos reste plaisant et toujours d’actualité.

Il faut dire que nous retrouvons autour de lui des visages connus : outre Frankeur, on reconnaît Louis Seigner, Paul « Henri » Mercey, ou encore Guy « Roger » Decomble, Alfred Adam, Jacques Monod… Et l’incontournable Bernard Musson et son mètre quatre-vingt-dix !

Sans oublier la note d’authenticité avec la présence de deux noms de la télévision (qui se développe à grandes enjambées) : Raymond Marcillac et le Gros Léon (Zitrone). Bien entendu, pour les générations actuelles, ce dernier n’évoque rien, mais pour les autres, c’est tout un pan de la télévision qui est devant nos yeux ! Avec son enthousiasme légendaire !

 

Je terminerai en parlant de la structure du film. A sept reprise, nous avons droit à un plan fixe de la Tour Eiffel, à différents moments de la journée : sept, comme les jours de la semaine. Mais les différences notables pourraient nous faire croire que tout se passe en une seule journée puisque la lumière décline avec le moment du jour pour se raviver comme pour un lendemain.

Cela n’engage que moi, mais cela donne une impression qu’une journée – ou une partie de vie – se termine et qu’une autre commence, et heureusement ensoleillée.

Parce que c’est ce qu’il se passe dans ce film, autour de la relation entre ces deux familiers qui n’ont aucun véritable lien, mais qui sont malgré tout très attachés l’un à l’autre.

Les ennuis s’amoncèlent alors que la journée s’avance (et la nuit s’installe), et la nouvelle (et belle) journée qui s’annonce voit enfin poindre l’optimisme attendu.

 

Avec une dernière fois du Gabin, mais ça, on ne peut pas y échapper !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Fantastique, #Michel Hazanavicius
Le Prince oublié (Michel Hazanavicius, 2020)

Raté (?)…

Au bout de quatre semaines et avec un peu plus de 900.000 entrées (921.200), le film est retiré des salles le 10 mars 2020. De toute façon, une semaine après, plus personne ne serait allé le voir, COVID oblige…

Certes, Michel Hazanavicius a fait de meilleurs films, mais il y a dans celui un charme particulier qui aurait mérité un meilleur accueil.

 

Djibi (Omar Sy) a perdu sa femme (Eye Haïdara) et vit avec sa petite fille (Keyla Fala puis Sarah Gaye). Avant qu’elle s’endorme, il lui raconte toujours une histoire : celle d’un prince (Omar Sy) qui combat sempiternellement l’infâme Pritprout (François Damiens) pour délivrer la Princesse Sofia. Mais Sofia grandit, et les histoires merveilleuses de prince la lassent : elle en a rencontré un vrai au collège, Max (Néotis Ronzon). L’ancien prince commence peu à peu à être oublié, relégué tout d’abord en seconde zone avant l’étape ultime : les oubliettes.

 

Bien entendu, Bérénice Bejo est là, mais pour une fois, elle n’interprète pas le personnage féminin principal : c’est bien Sofia qui attire toute l’attention, et autour de laquelle se développe l’intrigue. Et évidemment, le prince Djibi est son pendant masculin.

Et Hazanavicius développe un univers enfantin très réussi : celui d’un immense studio de cinéma dans lequel évoluent les personnages colorés des rêves. Normal, les rêves, c’est le cinéma du sommeil. On y rencontre des personnages mais aussi des régisseurs qui convoquent les protagonistes d’une nouvelle histoire, gardée par deux immenses portes farouchement gardées. Jusqu’à un régisseur lumière qui va allumer ce monde étonnant en levant levier (bien sûr !).

 

Mais, et c’est certainement là où le bât blesse, si on s’amuse de ce monde plus ou moins original, on a du mal à se situer dans cette confusion des mondes : le merveilleux et le réaliste ne font pas toujours bon ménage. Et encore une fois, une bonne intention n’est pas une raison suffisante pour un bon film.

Alors on suit avec (quand même) un certain plaisir cette histoire singulière, mais on a tout de même du mal à y croire. Et même Pritprout, le Méchant estampillé, ne l’est pas vraiment puisqu’on arrive à une entraide avec le Prince. Et c'est toujours très difficile de détester François Damiens !

 

Dommage.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Patrick Bouchitey
Lune froide (Patrick Bouchitey, 1991)

Ca commence par une redondance : « Lune froide ». La lune étant l’astre de la nuit, c’est à tout sauf à la chaleur qu’elle nous fait penser.

Ensuite, c’est un nouveau voyage au bout de la nuit qui nous est proposé, l’errance de deux personnages singuliers, Dédé (Patrick Bouchitey) et Simon (Jean-François Stévenin), quelque part entre ciel et mer.

Mais si c’est un voyage, ce n’en est pas pour autant un road movie : si Dédé et Simon se déplace, ce n’est pas beaucoup, mais surtout, entre le début et la fin, il n’y a pas d’évolution.

Paumés ils ont commencé, paumés ils resteront.

 

Scandaleux à sa sortie, culte auprès des aficionados de Bukowski, Lune froide est un film qui ne laisse pas indifférent. C’est, d’une certaine façon, une claque (1) que le spectateur reçoit. Et comme toute claque, elle a un impact, positif ou négatif. Certes, Bouchitey et Jackie Berroyer (le curé) ne font pas dans la dentelle quand ils adaptent le court-métrage du premier pour en faire un long. On pourrait dire que tout est évoqué : la vie, la mort, les femmes, le sexe, le handicap, la famille, la religion… « Name it, we’ve got it ! » disait une enseigne britannique.

Mais pour chacun des éléments, les deux scénaristes ont tendance à les exploiter jusqu’au bout, ou tout du moins, jusqu’à l’insupportable. Ou presque !

On comprend facilement que certains spectateurs venus voir le film du « père Aubergé » aient été décontenancés par cette errance qui flirte (et plus si affinités) avec le sacrilège : entre la dégustation du vin de messe (2) sur place dans le calice consacré et le vol de cadavre et ce qu’il s’en suit, on peut comprendre que certain€s furent choqué(e)s.

 

Quoi qu’il en soit, Patrick Bouchitey s’en tire avec les honneurs : son film, servi par un très beau noir et blanc, justifie pleinement son titre.

Même si le soleil brille et chauffe, et que le bois brûle facilement, à aucun moment on ne ressent de la chaleur. Tout est à l’image de cette lune qui prend son essor : blafard et froid.

La seule chaleur qui pourrait se dégager, c’est celle de l’amitié entre ces deux hommes aussi paumés l’un que l’autre, avec un très léger avantage pour Dédé.

Ce sont deux pauvres types qui se sont rencontrés et qui ne se quitteront jamais. Un vieux couple qui n’est pas marié et qui se dispute, sans que cela remette en question leur relation.

 

D’ailleurs, c’est la seule forme d’amour qui nous est proposée, que cette relation platonique entre les deux hommes. Il ne sont rien l’un sans l’autre comme le démontre leur (très courte) rupture. Le premier signe de cette relation un tantinet fusionnelle, c’est quand Simon débauche et qu’il retrouve Dédé endormi sur un chariot de transport. Bien sûr, suite à la visite chez la tante de Simon (Marie Mergey), nous assistons à une vraie scène de ménage qui va nous confirmer la force du lien qui unit les deux hommes. Et la réconciliation est d’autant plus forte qu’elle n’est pas démonstrative : comme s’il ne s’était rien passé pendant quelques heures…

 

Bref, un film atypique comme on en trouve beaucoup chez les acteurs qui passent de l’autre côté du miroir (ou de la caméra). C’est fort, c’est sobre, c’est sordide, c’est drôle… C’est tout ce que vous voulez et tout le reste à la fois : la vie.

 

Parce que le cinéma, c’est aussi la vie.

 

  1. Elément récurrent du film
  2. « Du rouge ou du blanc ? » (Dédé)

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Sport, #Jean-Jacques Annaud, #Francis Veber
Coup de Tête (Jean-Jacques Annaud, 1979)

François Perrin (Patrick Dewaere) est en prison pour viol : il aurait, de nuit, agressé une jeune femme (France Dougnac) et a été formellement reconnu par deux témoins : Brochard (Michel Aumont) & Lozerand (Paul Le Person). Déjà qu’il avait été viré du club de football pour un contact avec Berthier (Patrick Floersheim)… Et comme le club appartient au patron de l’usine de la ville, Sivardière (Jean Bouise), il s’est en plus retrouvé au chômage. Alors si en plus on lui colle un viol sur le dos, qui ira se plaindre ?

Seulement voilà, lors d’un déplacement, plusieurs joueurs sont blessés et ne peuvent pas jouer. La mort dans l’âme, Sivardière s’arrange pour faire jouer Perrin. Pas de chance : il marque les deux buts de la victoire.

En attendant le match retour, pendant six jours, Perrin est « le patron de la ville ».

 

C’est à nouveau une comédie (très) grinçante que nous propose Annaud pour son deuxième long-métrage. Après la (drôle de) guerre, c’est le milieu du football amateur qui est pris pour cible. Et surtout ses dirigeants, en la personne d’une bande de notables dont la mesquinerie n’est pas sans rappeler celle des colons dans son film précédent. Et parmi eux, la palme revient au président du club, interprété par un Jean Bouise magnifique. Sa mèche qui recouvre impeccablement son front donne le ton : on devine une calvitie naissante non assumée par cet entrepreneur cynique.

Autour de lui, les autres gens importants qui constituent les possédants de cette ville n’ont rien à lui envier. Entre Brochard et Lozerand qui n’hésitent pas à faire un faux témoignage pour accabler Perrin, et Berri (Maurice Barrier) qui vire ce dernier comme un malpropre, nous avons toute une gamme de « petits bourgeois » méprisables.

 

Et au milieu de ce microcosme malsain, François Perrin (1). Patrick Dewaere campe un buteur (très) occasionnel avec beaucoup de force et de conviction – même s’il était un très piètre joueur – donnant à son personnage la dimension adéquate : Perrin est avant tout un pauvre type, qui est toujours là au bon moment mais pas obligatoirement au bon endroit. Et ces deux buts providentiels pour le club le deviennent automatiquement pour lui : voilà vingt-sept ans qu’il galère dans cette ville qui le traite comme un moins que rien, alors il est temps qu’il prenne sa revanche sur tous ces mesquins.

 

Parce que le sel de l’intrigue, ce n’est pas comment on en arrive là (la première partie du film), mais bel et bien ce que sa nouvelle position lui apporte. Outre les avantages en nature – gazinière moderne (four à double épaisseur) et autre voiture de démonstration (« de clown ») – il devient un intouchable en attendant la deuxième manche au football. Et il va en profiter à sa manière, prévenant ceux qui le méprisaient que les choses vont changer, au cours d’un repas – à ses frais – mémorable. Surtout pour les autres… Quoique.

Et cette revanche va tourner à la vengeance, mais à la manière d’une bombe à retardement : à aucun moment il n’exécutera ce qui est attendu de lui, plongeant alors ses différentes victimes dans un état de frustration qu’on peut qualifier de jouissif. Jouissif pour nous spectateurs, mais très certainement aussi pour ce personnage non-conformiste qui, malgré le titre, ne fait rien sur un « coup de tête » !

 

Et si je vous dis qu’on plus, la fine fleur des seconds rôles (2) est là, vous ne pouvez que vous précipiter sur ce formidable film d’un réalisateur qui a préféré consolider sa place dans le cinéma français avant de s’attaquer à l’international.

A voir (et revoir) de toute urgence !

 

  1. Encore un : le scénario étant de Francis Veber, pas besoin de chercher l’origine du nom…
  2. Sauf Jean-François Zardi !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Comédie dramatique, #Malin-Sarah Gozin
Clan (Malin-Sarah Gozin, 2012)

La Couille – de klote – est mort. Enfin se disent certains, et surtout certaines.

Parce que Jean-Claude Delcorps (Dirk Roofthooft) était une véritable ordure. Toujours prêt à réaliser un (très) mauvais coup, parce qu’il a de l’ambition et doit se débarrasser de rivaux, ou tout simplement parce qu’il s’ennuie.

Jean-Claude était marié à Goedele Goethals (Inge Paulussen), femme (plus que) soumise qui réalise ses moindres désirs : elle ne dit rien parce qu’elle ne travaille pas et que lui seul fait bouillir la marmite.

Mais Goedele a aussi quatre sœurs, et toutes les cinq forment le Clan annoncé : Eva (Barbara Sarafian), Veerle (Kristine van Pellicom), Birgit (Ruth Becquart) & (Re)Bekka (Maaike Neuville).

Et ces quatre sœurs vont tout tenter pour se débarrasser de ce personnage ignoble.

Mais l’assurance rechigne à payer l’assurance-vie, et pour deux raisons :

  • Sa mort est trop arrangeante pour être un accident ;
  • Suite aux magouilles du père (suicidé), les assureurs ne peuvent pas payer.

 

Voilà une (mini)série comme je les aime : une bonne dose d’humour noir, quelques éléments immoraux et surtout un méchant incroyable. Et qui en plus fait ses coups en douce, détruisant la vie des gens qu’il n’aime pas (ça fait beaucoup). Il y a une dose d’hypocrisie rarement atteinte chez ce personnage abject. Et tout le monde subit sa méchanceté : de ses belles-sœurs au restaurant chinois, en passant par son « ami » Roger (Stefaan Degand), ou son collègue Frederic Lint (Gert Winckelmans) qui a le tort (pour lui) d’être homosexuel, et surtout préféré par le patron.

Bref, Jean-Claude La Couille est une saloperie crasse.

Alors pas étonnant que ses belles-sœurs n’ont qu’un envie : le tuer.

 

La série en 10 épisodes se concentre sur les 10 derniers mois de la vie du malsain, un mois (à peu près) par épisode, avec des allers-retours constants entre le présent (novembre 2012, après sa mort) et la période depuis février de cette même année (le début des plans assassins).

Et bien sûr, à chaque fois,un tout petit détail vient contrecarrer ce qui avait été brillamment (?) échafaudé. Avec en prime des victimes collatérales : chien, détective, voisin impotent…

Mais le pire, c’est que ça nous fait rire ! On se réjouit à l’avance de la mort terrible qui va lui arriver (empoisonnement, strangulation…) tout en se disant que de toute façon, comme il reste plusieurs épisodes, ça ne va pas être le cas tout de suite. Alors on se concentre sur le grain de sable qui se glisse dans l’engrenage… Et là encore, on n’est pas déçu.

 

Si les sœurs sont formidables, n’oublions pas non plus les deux assureurs qui font vivre cette intrigue, relançant (harcelant) chacune des sœurs jusque chez elle afin de préciser telle ou telle chose. Ce sont avec leurs questions incessantes que nous retournons dans le passé, et surtout que nous prenons toute la mesure de l’ignominie de Jean-Claude.

Dirk Roofthooft a d’ailleurs reçu un prix de la télévision belge pour sa prestation : il faut dire qu’il fallait de la ressource pour interpréter un tel personnage.

Et progressivement, l’intrigue se dénoue, amenant la mort inéluctable de J-C. Certes, elle était amplement méritée, mais moralement, ça reste franchement léger.

 

Alors à vos écrans, et savourez comme il se doit la chute – lamentable – de cet homme mesquin, veule et lâche. Certes, ses petites combines fonctionnent (un temps). Mais la roue tourne (1)…

 

  1. C’est le cas de le dire !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Politique, #Albert Dupontel
Second Tour (Albert Dupontel, 2023)

Plus que neuf jours. Neuf jours pour que le candidat Pierre-Henry Mercier (Albert Dupontel) fasse la différence contre son adversaire de l’extrême-droite Pajout (Scali Delpeyrat). Nous sommes dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. Election qui, semble-t-il, n’a pas passionné les foules.

Mercier, est une personnalité lisse, jouet d’intérêts supérieurs. Bref, il n’est pas à sa place.

Ailleurs (pas très loin non plus), la journaliste Nathalie Pove (Cécile de France) remarque certaines anomalies dans l’entourage de ce candidat falot. Mais comme elle a été reléguée aux sports, il n’y a pas lieu d’en faire un scoop. Sauf que la rédaction de la chaîne (France +) la remet en scène dans la politique. Elle va donc suivre cette fin de campagne avec son caméraman attitré, Gus (Nicolas Marié), le spécialiste du football !

 

Certes, nous sommes bien loin du sublime Au-Revoir là-haut, mais nous restons chez Dupontel, et rien que cela, c’est très appréciable. Et à nouveau, il ne déçoit pas, distillant son humour dans un sujet qui pourtant n’en relève pas de premier abord. Surtout qu’il y a des noms qu’on peut mettre derrière ce drôle de candidat !

Robert Kennedy (1925-1968), tout d’abord, lui aussi candidat à la présidence, abattu au sortir d’un meeting, comme le sera Mercier (flûte, je vends la mèche !). C’est d’ailleurs à lui que pensait Dupontel quand il a commencé son film.

Mais nous pensons aussi à un candidat beaucoup plus proche de nous qui lui, est allé jusqu’au bout. Comme lui, il est entouré de financiers qui influent sur sa politique (ou du moins celle qu’il veut mettre en place).

Est-il besoin de dire son nom ? Un indice alors : il découvre l’amour à l’école…

 

Avec ce film, Dupontel entre de plain pied dans la politique en réussissant à nous faire rire. Il faut dire que le duo formé par Cécile de France et Nicolas Marié est irrésistible : la relation entre les deux personnages est totalement improbable (encore que…) et c’est aussi cela qui nous réjouit. Avec en prime quelques interventions d’une rédactrice (Magali Bonnat)  qui tombent au bon moment pour nous, mais pas vraiment pour eux !

Et le seul (enfin l’un des seuls) qui ne nous fait pas spécialement rire, c’est Albert Dupontel. Il faut dire que son rôle ne s’y prête pas vraiment. Et c’est aussi pour cela que le comique ressort.

 

Bref, une comédie sérieuse – normal, l’humour, c’est toujours sérieux – et qui s’ouvre sur une pensée pour trois personnalités qui ont disparu depuis le dernier film (réalisé) de Dupontel : Tavernier, Belmondo et Deville. Trois grands noms, comme toujours avec ce réalisateur.

Et puis on peut presque parler de film familial puisqu’on retrouve, outre Nicolas Marié, des habitués : acteurs, techniciens (Christophe Pinel, Mimi Lempicka, etc.), production (Catherine Bozorgan)… Jusqu’au compositeur de la bande originale qui signe ici sa cinquième partition pour Dupontel.

 

Alors, à voir ?

Ben oui.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Erich von Stroheim
La Loi des montagnes (Blind Husbands - Erich von Stroheim, 1919)

Le docteur Armstrong (Sam De Grasse) retourne avec son épouse (Francelia Billington) à Cortina, au pied du Pinacle (Dolomites) pur y retrouver son ami Sepp (Gibson Gowland), le guide qu’il avait sauvé lors d’une expédition précédente. Mais s’y rend aussi le lieutenant von Steuben (Erich von Stroheim), dont les seuls intérêts sont le vin, les chansons, et bien sûr les femmes !

Et comme le Dr. Armstrong est ^lus intéressé par le lieu que par sa femme, cela laisse les coudées franches au jeune lieutenant qui fait une cour insistante et sans vergogne auprès de la jolie madame Armstrong : baratin, petits cadeaux et lettre enflammée…

Et au contraire du guide taciturne, le docteur semble ne rien voir (1)…

 

Ca y est !

Erich (von) Stroheim est passé derrière la caméra ! Lui qui a été un petit figurant et conseiller technique (militaire) auprès de Griffith avant d’interpréter les « sales Boches » pendant deux ans (Hearts of Humanity…), a enfin l’occasion d’offrir au monde (rien de moins) sa vison cinématographique. « Uncle » Carl Laemmle, grand patron des studios Universal  lui a donné sa chance, pour notre plus grand bonheur ainsi que celui de son service financier.

Il faut dire qu’avec le maître, Stroheim a été à bonne école, et son film est magnifique d’un point de vue cinématographique. Certes, l’intrigue est un tantinet convenue, voire prévisible, mais elle nous permet d’apprécier à sa juste valeur le talent de ce grand personnage qu’était le réalisateur.

 

Bien entendu, son rôle de méchant lui reste collé à la peau et von Steuben n’est pas beaucoup plus évolué que les « sales Boches » qu’il a pu interpréter plus tôt. Mais comme nous sommes en temps de paix, Steuben a quelques manières guindées qui en font son charme… Somme toute limité : « chassez le naturel… »

Steuben déjà, est un militaire et on retrouve la silhouette stricte que nous connaissons et qui hantera les films dans lesquels il va apparaître après (La grande Illusion, bien sûr), avec ce qu’il faut de caricatural pour aider (un tout petit peu) à nous le faire détester (2) : cigarette (sur cigarette), monocle, raideur… Mais à cela s’ajoute un aspect de séducteur irrésistible (qu’il pense être).

Bref, tout est là : il est le méchant patenté de cette histoire.

 

Mais malgré cette histoire de cornard annoncée, Stroheim nous prévient dès le début que si l’attitude du séducteur est répréhensible, celle du mari aveugle n’est pas à négliger : et Stroheim émaille la première partie de son film de petits détails (sa patte) pour étayer son propos : Mrs. Armstrong est délaissée et même la jeune mariée (Valérie Germonprez, future Mme Stroheim) demande à son tout nouveau conjoint (Jack Perrin) de ne jamais la traiter ainsi. Pire : Armstrong doit participer à une expédition de sauvetage et demande à Steuben de s’occuper de sa femme pendant ce temps !

 

Bien sûr, le mari va ouvrir les yeux, et il ne faut pas être devin pour imaginer l’issue fatale pour le vil séducteur. Mais là encore, Stroheim glisse quelques (petits) détails très pertinents pour nourrir son intrigue :

  • Le couteau avec lequel Steuben voulait poignarder Armstrong va servir à les désencorder. Et c’est le docteur qui va couper – physiquement – le lien qui les réunissait, abandonnant le lieutenant à son sort au sommet du Pinacle ;
  • L’ombre qui apparaît sporadiquement sur le sol de ce même sommet est celle d’un oiseau de proie – un charognard – qui attend en tournant l’issue probable (et inévitable).

Le tout tourné dans un vrai décor de montagne (en Italie), afin d’accentuer le réalisme de cette histoire.

 

Et même si Stroheim n’a pas été convié au montage – déjà écarté ! – son film n’en demeure pas moins d’une très grande qualité : un grand cinéaste est né !

Malheureusement, sa personnalité ne va pas l’aider à réaliser tout ce qu’il aurait pu entreprendre.

Mais ceci est une autre histoire.

 

PS : Outre la rupture déjà évoquée ci-dessus, la première rencontre entre Steuben et Sepp est assez remarquable. A chaque fois nous avons un effet de caméra subjective qui se déroule comme un aller-retour complet. En effet, Steuben – le plus petit des deux – regarde Sepp des pieds à la tête alors que Sepp le fait de la tête aux pieds. La caméra monte puis redescend, accentuant alors les sentiments que peuvent exprimer ces deux personnages l’un de l’autre, une certaine animosité inévitable : d’un côté le mépris pour cet homme de basse extraction doublé de crainte du fait de sa stature ; de l’autre un mépris inconscient pour un homme qu’il sent animé de desseins peu ragoûtants.

 

  1. D’où le titre original : « Maris aveugles ».
  2. « The man you loved to hate » (l’homme qu’on aimait haïr) était le slogan qu’on lui appliquait…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Stanley Kramer
Devine qui vient dîner (guess who's coming to dinner - Stanley Kramer, 1967)

San Francisco, Californie.

Joanna « Joey » Drayton (Katharine Houghton) revient de Hawaï. Elle y retrouve ses parents, pour leur annoncer une grande nouvelle : elle va se marier. Avec le docteur John Wade Prentice (Sidney Poitier).

Rien de bien extraordinaire là-dedans, me direz-vous. Alors première précision : John Prentice est noir. Et en 1967, quand le film est tourné, il existe encore 16 états pour lesquels un mariage mixte est illégal (1).

Alors évidemment, quand Christina (Katharine Hepburn) et Matt Drayton (Spencer Tracy) découvrent ce jeune homme, c’est le choc. C’est aussi le choc pour les parents de John, Mr. & Mrs. Prentice (Roy E. Glenn & Beah Richards).

Mais la plus choquée de touts, c’est Tillie (Isabel Sanford), la servante noire des Drayton (depuis 22 ans !).

 

Quand le film sort, voilà déjà quatre ans que Martin Luther King (cité dans le film) a raconté son Rêve, et trois ans qu’il a reçu son prix Nobel de la paix. Mais comme le montrent les réactions (premières) des quatre parents, rien n’est encore gagné. En effet, même si les Drayton sont des gens ouverts et engagés pour les Droits civiques, on sent bien que cette mixité « c’est pour les autres ». Et si Christina surmonte rapidement ce coup du sort, il n’en va pas de même pour Matt : il est déjà difficile pour un père de se séparer de sa fille (2), mais en plus, comme dirait Muriel Robin, il est noir !

Mais qu’on ne s’y trompe pas : les objections de Matt ne sont pas d’ordre racial, mais plutôt fondées sur les difficultés – réelles – engendrées par une telle union : regard des autres, discrimination, haine… Ce sont d’ailleurs les mêmes arguments, autrement exprimés, qui agitent le père de John.

 

Et comme nous sommes dans une comédie, il est important que tout se termine bien, et que l’Amour triomphe. C’est donc le cas ici, et cette fin heureuse est longue à arriver. Et ce sont les personnages les plus forts qui vont dénouer la situation : les deux amoureux tout d’abord, parce que c’est tout de même leur décision, mais aussi les deux mères qui vont, inconsciemment, unir leurs efforts pour aider les jeunes gens. Et cela de manière très différente :

  • Christina en privilégiant le bonheur de sa fille, allant jusqu’à menacer (implicitement) son mari ;
  • Beah en parlant avec ce même mari : elle avance les mêmes arguments mais autrement, devenant alors l’élément du Destin.

Et ce dernier élément est absolument pertinent dans cette intrigue ô combien classique : Kramer respecte pleinement la règle des trois unités :

  • Unité de lieu : tout se passe à San Francisco ;
  • Unité de temps : entre l’arrivée d’Hawaï et le début du dîner, quelques heures (moins d’une demi-journée) se sont écoulées ;
  • Unité d’action : tout tourne autour de ce mariage à venir : même la « sortie » au drive-in est motivée par ce qu’il s’est passé auparavant !

Alors cette intervention fatale (3), qui fait pencher l’intrigue vers une fin heureuse, a pleinement sa place ici : rappelez-vous les pièces Molière où un élément amenait irrémédiablement une issue heureuse.

 

Si aujourd’hui cette histoire ne choque plus beaucoup – il y a encore tout de même d’irréductibles racistes – tout du moins autant que lors de sa sortie, on peut se poser la question suivante : pour combien de temps ?

En effet, au vu de l’actualité (pas seulement américaine), et de la montée en puissance des extrêmes, les mariages mixtes sont-ils véritablement pérennes ?

Espérons que oui.La Cour Suprême des Etats-Unis a aboli cette interdiction le 12 juin de cette année-là : Spencer Tracy est mort le 10 (17 jours après la fin du tournage).

 

 

  1. On notera l’ironie du rôle de Spencer Tracy : c’est déjà lui qui, en 1950, est « le père de la mariée » dans le film éponyme, où son personnage se demande si l’homme que va épouser sa fille est le bon…
  2. Du latin fatum, i : destin, fatalité (cf. Dictionnaire Gaffiot, p. 656)

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog