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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

d.w. griffith

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #D.W. Griffith, #Lillian Gish, #Erich von Stroheim
Cœurs du Monde (Hearts of the World - D.W. Griffith, 1918)

Tout commence en 1912, quelque part en France (1). Dans un village deux familles américaines sont voisines. Dans l’une, la Fille (Lillian Gish) qui vit avec ses parents, dans l’autre le Garçon (Robert « Bobby » Harron) avec lui aussi ses parents et trois plus petits frères. Bien entendu, la Fille et le Garçon tombent amoureux et même si la présence d’une jeune musicienne de rue (Dorothy Gish) vient chambouler cette situation (elle tombe sous son charme), les deux amoureux le restent et doivent se marier.

Malheureusement la guerre éclate et le Garçon part combattre. Lors d’une attaque, il est touché et se traîne jusqu’à son village (le front en est proche) et succombe à quelques hectomètres. La Fille le découvre et devient folle.

 

Bien sûr, c’est un film de commande, et donc de propagande : il fallait faire pencher l’opinion publique américaine dans la guerre. Sauf que les Etats-Unis sont entrés dans le conflit pendant le tournage. Qu’importe. Griffith réalise une nouvelle fresque spectaculaire, mettant en scène un nouveau conflit (d’actualité celui-là). Et Griffith retrouve ses réflexes de Naissance d’une Nation, mettant en scène un nouveau conflit (encore plus) meurtrier. D’ailleurs, les intertitres d’introduction font référence au conflit du premier film, accentuant le fait qu’une guerre n’a jamais vraiment réglé les problèmes (2).

 

Mais nous ne sommes pas ici dans un film de dénonciation de ce conflit : au contraire (voir plus haut) ! Et les vues d’ensemble des différents assauts nous montrent que la guerre est belle quand elle est bien filmée. Et surtout quand elle ne concerne que des acteurs qui se relèveront une fois la caméra éteinte. Si l’aspect mortifère de la guerre est bien rendu, à aucun moment il n’est donc dénoncé, les soldats partant gaiement se faire tuer, sans aucun état d’âme. Et les seuls « profiteurs » de guerre qu’on rencontre, ce sont des espions installés dans le village.

Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’il est question de se débarrasser des armées allemandes, antidémocratiques, véritable personnification de la barbarie. Encore une fois, on n’hésite pas à qualifier les soldats allemands de Huns, montrant sans hésitation leur cruauté.

Cette cruauté va même se retrouver sur une affiche du film qui voit la Fille fouettée par un sous-officier allemand (George Nichols) : elle n’arrive pas à soulever un baquet rempli de pommes de terre…

 

Mais cette cruauté n’est pas aussi exacerbée que dans un autre film de cette même année 1918 : The Heart of Humanity, avec cet officier allemand abject interprété par Erich von Stroheim. Ce dernier est déjà bien présent sur le tournage, accumulant les casquettes : acteur – il interprète un officier pleinement prussien avec monocle et rigidité légendaire (3), assistant au réalisateur et conseiller technique.

Et bien sûr, ce sont les sœurs Gish qui sont à l’honneur, chacune dans sa spécialité, véritable double face d’une même pièce : d’un côté Lillian en personnage de tragédie, et Dorothy pour la comédie, élément comique (ce que les anglophones appellent comic relief) indispensable au ton grave du film.

 

Parce que malgré tout, Griffith ne ménage pas ses effets, exposant (presque) crûment les ravages de la guerre (auprès des individus comme des paysages), mêlant habilement les images réelles et celles qu’il tourna sur place ou en Angleterre, intégrant des regards de soldats qui n’ont absolument pas l’air d’acteurs : ce sont de véritables combattants et il se trouvait très certainement parmi eux certains qui ne sont pas revenus du front…

Mais nous sommes au cinéma, et en plus chez Griffith, alors l’histoire d’amour l’emporte sur le reste et nous avons même droit à l’incontournable sauvetage de dernière minute.

Nous avons aussi quelques beaux moments de cinéma, Billy Bitzer, même s’il n’a pas pu aller en France, restant tout de même le cameraman attitré de Griffith : les premières retrouvailles entre la Fille et le Garçon (qu’elle croit mort) pour une improbable nuit de noces est un moment très émouvant, et alors que les plans (très) rapprochés de Lillian Gish s’enchaînent avec plus ou moins de bonheur (4), ici on reste à distance, évitant d’insister sur l’aspect pathétique de la séquence.


Quoi qu’il en soit, l’issue de la guerre est claire pour Griffith : la victoire. Et la dernière séquence qui voit l’armée américaine défiler dans le village libéré (5) ne laisse plus aucun doute possible. Pourtant, il faudra encore attendre quelques mois avant que les combats cessent, et encore plus longtemps pour qu’un accord de paix soit signé. Avec les conséquences que l’on connaît. Mais là, ce n’est plus une autre histoire, c’est carrément l’Histoire !

 

  1. Dans l’Est si j’ai bien compris…
  2. Monsieur Griffith est seul responsable de ses convictions.
  3. Sans le corset qui fera sa légende (La grande Illusion).
  4. A un moment, son (très) beau visage marqué  par la tragédie se rapproche beaucoup trop de la grimace.
  5. Par elle, cela va de soi ! (non, je plaisante, mais on n’en est tout de même pas loin…)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Lloyd Ingraham, #D.W. Griffith
Hoodoo Ann (Lloyd Ingraham, 1916)

Abandonnée un vendredi 13 devant l’entrée d’un orphelinat, Hoodoo Ann (Mae Marsh) n’a jamais eu une vie facile : employée aux basses besognes pendant que ses camarades s’amusent, elle est rejetée par ces dernières quand elle s’en approche.

Son surnom lui vient de la servante de l’orphelinat, Cindy (Madame Sul-Te-Wan). Cette dernière lui prédit que le mauvais sort (hoodoo) ne la quittera que quand elle se mariera. Pourtant, quand un incendie se déclare, sa vie va complètement changer : ayant sauvé la préférée de l’orphelinat – Goldie (Mildred Harris) – elle est recueillie par les Knapp (Wilbur Highby & Loyola O’Connor) qui vont l’adopter.

Mais le mauvais sort ne la quitte pas pour autant…

 

Mae Marsh et Robert « Bobby » Harron en tête d’affiche qui n’est pas réalisé par Griffith, en 1916 ? En fait, Griffith n’est pas loin, puisqu’il signe le scénario (1) et a bien entendu supervisé le travail. Mais on comprend qu’il ait délégué ce film à Ingraham : il était alors absorbé par son formidable Intolerance.

Et Ingraham, réalisateur très prolifique n’est certainement pas Griffith : son film est un tantinet bancale et ne possède pas le sens de la tension dramatique du maître. Pour preuve, l’incendie qui aurait dû être traité avec beaucoup plus de rythme et surtout un montage plus dynamique. Au lieu de cela, cette scène qui est le basculement dans la vie d’Ann n’est qu’anecdotique, comme si Ingraham n’avait qu’une envie : passer à la suite.

 

Cette suite semble mieux lui convenir : débarrassé des ressorts griffithiens, il oscille entre la comédie – le couple Higgins – et la tragédie – Ann croyant avoir tué accidentellement le mari (Charles Lee) – mais sans véritablement se positionner et on retrouve bien sûr le même sens moral que chez D.W. Ann ne peut épouser le jeune Jimmie Vance (Robert Harron) puisqu’elle a tué Higgins.

Et cette oscillation va tout de même un brin plomber le film : je l’ai déjà écrit ici, il faut aller franchement d’un côté ou de l’autre, ce que ne fait pas Ingraham. Pourtant, il avait de la matière avec ces mêmes Higgins : une mégère imposante (Anna Dodge) et son mari filiforme, tous les deux portés sur la boisson – lui plus qu’elle bien sûr – offrent alors des ressorts burlesques qu’Ingraham ne va pas exploiter pleinement, restant dans une intrigue un peu trop sage.

 

On notera tout de même quelques éléments techniques remarquables (même si peu originaux) : le flash-back qui va innocenter Ann ou la mise en abyme qui voit nos deux héros se rendre au cinéma.

Cette dernière séquence est d’ailleurs le déclencheur de la deuxième partie du film qui voit la transformation de la vie d’Ann. Mais là encore, Ingraham fait dans la demi-mesure. Ann et Jimmie visionnent un western où le héros (Carl Stockdale) n’est pas sans rappeler un autre cow-boy de premier plan en 1916 : William S. Hart. Mais comme expliqué plus tôt, même cette séquence est en demi-teinte (entre la tragédie et la parodie) et à nouveau, on reste sur sa faim.

Seul véritable intérêt de cette séquence : la présence en sous-impression (c’est le film qui est en surimpression) d’un pianiste qui accompagne le film auquel assistent nos deux héros, témoignage des séances du cinéma muet.

 

PS : autre élément gênant dans ce film, et qui concerne la séquence cinéma, la présence d’un personnage qui va suivre le couple et s’installer derrière eux dans la salle. Les différentes prises de vue le montre qui ne s’intéresse pas au film mais plutôt à la jeune femme. Et quand cette séquence s’achève, on ne voit plus ce personnage. A quoi a-t-il donc servi ?

 

  1. Granville Warwick, c’est lui !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Le Roman de la Vallée heureuse (A Romance of Happy Valley - D.W. Griffith, 1919)

Dans cette vallée heureuse (1), on trouve un jeune homme – John L. Logan Jr. (Robert « Bobby » Harron) –, une jeune femme – Jennie Timberlake (Lillian Gish) –, leurs familles et tout ce qui compose les petites villes rurales américaines du début du XXème siècle.

Et comme toujours à cette époque et dans les films, la Grande Ville est au cœur des préoccupations : elle attire les jeunes gens qui veulent s’enrichir plus rapidement que par le travail des champs, et elle effraie les aînés qui voient en elle une nouvelle Babylone ou pour reprendre un des intertitres, Sodome et Gomorrhe (2).

Et le jeune John va succomber à la tentation et quitter cette vallée si heureuse pour la grande ville corruptrice, laissant ses parents et sa jeune promise. Pour une année.

Mais il va y rester huit ans.

 

Si l’intrigue est un brin (euphémisme) convenue, c’est avant tout du côté technique qu’il faut se pencher pour apprécier ce film. Oui, le scénario est très simple et on ne peut plus prévisible : il va revenir riche de la grande ville et épouser celle qu’il aime (3).

Et l’intérêt réside essentiellement sur la façon de résoudre cette intrigue.

Comme nous sommes chez le premier grand maître du cinéma et qu’à ses côtés, on trouve l’un des plus grands chefs-opérateurs du moment (et depuis, d’ailleurs), on ne peut qu’apprécier les différentes techniques utilisées tout au long de ce film.

 

On peut lire un peu partout qu’il s’agit ici de l’une des première utilisations du flashback au cinéma, ce çà quoi je réponds que peut-être aux Etats-Unis, mais qu’on trouve déjà cette technique presque vingt ans auparavant chez Ferdinand Zecca dans Histoire d’un Crime.

Mais on ne cite pas assez les différents montages parallèles qu’on peut y trouver, l’utilisation pertinente des gros plans ou encore la mobilité de la caméra. Parce qu’il y a tout ça dans cette romance (4) de quat’ sous. Griffith et Bitzer nous gâtent tout au long de cette histoire qui ne se termine pas par un sauvetage de dernière minute comme on en a l’habitude chez le maître.

 

Et puis la distribution soutient admirablement le film, à commencer par le couple vedette du studio Biograph : Lillian Gish et Robert Harron. Certes, les personnages qu’ils interprètent sont calqués sur ceux qu’on a pu déjà voir dans ceux qu’ils ont interprétés chez Griffith, mais quand on a sous les yeux ces deux grands interprètes, on ne peut que savourer…

Parmi les personnages secondaires, on trouve le grand George Fawcett – ici dans le rôle du père de John – en homme torturé par sa mauvaise fortune, capable de tout (même du meurtre) pour éviter la misère.

Et bien sûr, nous avons droit au séducteur à moustaches, incontournable à cette époque, en la personne de Bertram Grassby, dont la ressemblance – grossière – avec Robert Harron sert la résolution de l’intrigue.

 

PS : on notera aussi la présence d’une autre (jeune) actrice griffithienne en la personne de Carol Dempster, une des filles de la Ville. Mais pas d’infidélité du héros cette fois-ci.

 

  1. Du Sud des Etats-Unis, semble-t-il.
  2. Rien que ça !
  3. Cette dernière assertion n’est pas montrée, mais on la devine aussi facilement que le reste.
  4. Autre traduction plus pertinente du titre original.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Judith de Béthulie (Judith of Bethulia - D.W. Griffith, 1914)

Dernière marche avant de passer au très long métrage, voici Judith de Béthulie, drame biblique de David Wark Griffith, racontant les relations entre Judith (Blanche Sweet) et Holopherne (Henry B. Walthall) jusqu’au meurtre du deuxième par la première.

 

Béthulie est une bourgade de Jérusalem que les armées d’Holopherne – envoyé par Nabuchodonosor (1) – vont assiéger en vue de la piller.

Mais Judith une femme pieuse et révérée à Béthulie va se proposer pour sauver la ville. Non seulement elle va charmer le prince, mais en plus elle va l’enivrer, le rendant inoffensif avant de l’exécuter.

Les Assyriens, sans chef, seront alors vaincus – facilement – par les Hébreux qui rendront grâce à Judith.

 

Quand Judith sort en mars 1914, Griffith n’a pas encore vu Cabiria qui sera projeté deux mois plus tard. Mais on sent tout de même chez lui le besoin de passer à un format plus long, afin de raconter des histoires pus étoffées, de faire vibrer les spectateurs plus longtemps.

Judith, c’est aussi un pari engagé par Griffith avec ses producteurs de la Biograph qui refusaient de sortir du format 2 bobines. Bien sûr, non seulement Griffith va gagner son pari, mais en plus il va quitter la Biograph pour se mettre à son compte et réaliser plus librement. Bref, le studio sera perdant sur tous les tableaux et ne s’en remettra pas.

 

Mais si le format est plus long (72 minutes), la structure reste tout de même assez similaire aux précédentes réalisations du maître. Et surtout, thème biblique ou pas, nous avons droit à un sauvetage de dernière minute, véritable marque de fabrique du réalisateur.

Mais si Griffith va l’emporter avec ce film, il va tout de même perdre une de ses actrices emblématiques de cette période : Blanche Sweet qui s’en va tourner avec DeMille chez Jesse L. Lasky (Paramount). Qu’importe, la relève est assurée par une actrice qui tient ici un petit rôle – une mère qui exhibe son enfant – dans la ville de Béthulie : Lillian Gish.

D’ailleurs, les acteurs principaux de The Birth of a Nation sont déjà là : outre Lillian Gish et Henry B. Walthall, on trouve Mae Marsh (Naomi) et Robert « Bobby » Harron (Nathan, l’amoureux de Naomi).

Bref, tout est en place du grand spectacle, et nous ne sommes pas déçus.

 

Les deux séquences de bataille (la première surtout) sont spectaculaires et montrent bien que Griffith sait diriger les foules, sans arriver toutefois au gigantisme de ses deux immenses films à venir (2). Et le plus impressionnant, c’est le résultat de cet assaut qu’on peut voir quand Judith cherche la force de tuer Holopherne. Encore une fois, la caméra de Billy Bitzer fait des merveilles et les différentes compositions qui nous sont présentées remplissent complètement leur rôle : la mort est partout, que ce soient les soldats sur le champ de bataille, tués autour du puits ou le vieillard qui agonise en donnant sa ration d’eau à Nathan.

Il y a chez Bitzer une propension à trouver le cadrage juste qui se vérifie à chaque fois, donnant une force supplémentaire aux intrigues édifiantes des films de Griffith.

 

Et puis il y  Blanche Sweet qui fait – malgré elle – ses adieux à son mentor (3) en composant une superbe Judith, un tantinet grandiloquente, mais étant chez le maître, rien d’étonnant à cela.

La carrière de Griffith est à un tournant : les (très) longs-métrages vont s’imposer à lui et aux spectateurs qui demandent toujours plus de cinéma. Et si The Birth of a Nation a des côtés insupportables, il n’en va pas de même du suivant, Intolerance, qui consacrera l’art du réalisateur, sans en avoir toutefois le même succès auprès du public.

 

  1. Le célèbre « Nabucco » de Verdi.
  2. The Birth et Intolerance.
  3. Il fut celui de toutes ces actrices qu’on rencontre ici et là à cette période, sauf Mary Pickford, bien sûr.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Melodrame, #D.W. Griffith
Les Aventures de Dollie (The adventures of Dollie - D.W. Griffith, 1908)

Dollie (Gladys Egan) est une petite fille qui vit en harmonie avec sa maman (Linda Arvidson, Mrs Griffith à la ville) et son papa (Arthur V. Johnson). Un après-midi de campagne, alors que la maman et la petite fille se mettent à pêcher, un Tsigane (Charles Inslee) tente de voler le sac à main de madame. Le père intervient et chasse le vagabond. Ce dernier, pour se venger et en accord avec sa femme (Mrs George Gebhardt) va enlever la petite fille laissée sans surveillance...

 

Ca y est. Après divers métiers dont celui d’acteur, D.W. Griffith est enfin passé derrière la caméra. Avec son complice de toujours, Billy Bitzer, il réalise son premier court-métrage. Alors n’attendez pas le génie qu’on lui connaît ni un montage serré et rythmé : il fait ses gammes.

On y trouve déjà un sauvetage de dernière minute (1), mais c’est à peu près le seul point commun avec les films qui vont venir.

C’est avant tout une série de plans d’ensemble, structurés dans une intrigue qui se renouvellera pendant les années qui vont suivre :

  1. L’équilibre : une famille unie ;
  2. Le déséquilibre : le Tsigane enlève la petite fille ;
  3. le développement : le parcours fluvial du tonneau contenant la petite fille
  4. Epilogue : le sauvetage et le retour à l’équilibre.

 

Si le dernier point est la conclusion logique du film et prend très peu de temps (15 secondes, donc), les trois autres parties elles, sont quasiment de même longueur (environ 4 minutes). De plus, il n’y a aucun intertitre de tout le film, les spectateurs devant se concentrer sur le jeu des différents acteurs pour comprendre cette intrigue (fort) simple.

Les gestes sont donc un tantinet emphatiques mais permettent une rapide compréhension, sans (presque) pour autant en arriver à un surjeu lourd comme on peut parfois le voir dans d’autres productions de la période. Les rares emphases utilisées permettant une meilleure compréhension.

 

Et ce qui ressort du film, c’est avant tout le sens de la composition. La caméra de Bitzer est toujours au bon endroit, offrant un cadrage comme il faut des différents protagonistes, favorisant – encore une fois – la compréhension de l’intrigue par le spectateur. Bien sûr, nous avons droit au cliché des tsiganes voleurs d’enfants, mais n’oublions pas que nous sommes en 1908 et que les mentalités étaient fort différentes de maintenant. De plus, les spectateurs à qui s’adressaient ce film n’étaient pas obligatoirement très sophistiqués (2) : c’étaient des petites gens qui venaient se changer les idées dans les nickelodeons (3).

Et de toute façon, les « méchants » ne l’emportent pas !

 

Non, The adventures of Dollie n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais on y trouve déjà quelques bases de ce qui va être le modus operandi du maître. Et si on peut encore le voir maintenant, c’est avant tout parce qu’il s’agit du premier film réalisé par Griffith. Si ce n’avait été le cas, pas sûr qu’on pourrait encore le voir…

 

 

  1. Il reste quinze secondes quand la petite fille est (enfin) sauvée.
  2. Dans le sens anglais : très bien éduqués.
  3. Petites salles de spectacle où le droit d’entrée coûtait 1 nickel (5 cents).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith
The idol Dancer (D.W. Griffith, 1920)

C’est à Griffith de produire son film exotique qui se passe dans les mers du Sud : une histoire – édifiante – d’amour sous les tropiques.

Et comme toujours chez Griffith, on y trouve une volonté de réformer les hommes en les remettant sur le droit chemin. C’est au révérend Blythe (George McQuarrie) qu’il incombe de ramener toutes les brebis égarées qu’on trouve sur son île.

Et parmi elles Dan McGuire (Richard Barthelmess), un vagabond qui a depuis longtemps tourné le dos à la religion pour adorer le dieu alcool. Mais aussi la belle Fleur-d’Amande-Blanche (Clarine Seymour*), que le vieux Thomas (Herbert Sutch), son père adoptif, préfère appeler Mary.

Mais sur cette île, on trouve aussi des individus moins recommandables : un trafiquant esclavagiste (Anders Randolf) et son bras droit Wando (Walter James), le chef d’une tribu de cannibales (et accessoirement noirs).

 

Et puisque c’est Griffith, c’est le côté civilisateur de la religion qui est mis en avant et amène la rédemption nécessaire aux protagonistes pour avancer. Mais si le pasteur est l’outil désigné de cette rédemption, c’est son neveu Walter Kincaid (Creighton Hale) qui amènera les changements. Et aussi le fils du pasteur Donald (Thomas Carr), mais ceci est une autre histoire.

 

Huit ans avant Murnau, Griffith situe son histoire dans les mêmes eaux du Pacifique (même si ce fut tourné aux Bahamas). Mais si Murnau a su capturer la vie des indigènes, il n’en va pas de même pour Griffith. En effet, on retrouve des relents qui ne sont pas sans rappeler les errements racistes de Naissance d’une Nation.

Ici, les autochtones ne sont pas authentiques et leur comportement porte encore les marques des préjugés de l’époque, sinon du réalisateur. Les méchants cannibales sont noirs (c’est précisés plusieurs fois) et pour certains ont un objet dans le nez (un anneau, un os ?). Sans parler du personnage de Pansy (Florence Short) qui en plus d’être douée d’une certaine fourberie passe son temps à se trémousser.

Mais malgré tout, on retrouve cette volonté altruiste d’instruire son public. Là encore, il montre certains éléments hérités des pratiques autochtones ou supposées telles.

 

Pour le reste, on assiste à une comédie toute griffithienne, avec sauvetage de dernière minute amené par un montage parallèle impeccable. Le tout interprété par des acteurs solides, Richard Barthelmess et Clarine Seymour en tête. Cette dernière a les manières des héroïnes du grand maître (telles Lillian Gish), avec une petite dose d’espièglerie qui aiguillonne McGuire : juste ce qu’il faut pour le rendre jaloux.

McGuire, d’ailleurs fait partie de ces héros mécréants qui retrouvent les chemins de la vertu et gagnent ainsi leur salut. Mais cette rédemption n’est possible que par le sacrifice d’un autre : Kincaid, véritable figure christique du film, qui réussit là où son oncle a beaucoup de mal. Mais à quel prix.

 

Je terminerai en disant que la vision simpliste des autochtones amène un certain malaise chez les spectateurs, près de cent ans plus tard. Cela est aussi renforcé par la sous-intrigue entre le fils du pasteur et un autre enfant indigène. Le premier veut absolument convertir le second au port du pantalon, signe pour lui de la civilisation à laquelle il appartient. Et cette « conversion » ne s’obtient que par la force.

Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi ?

 

 

PS : en prime, sur le dvd du film, on trouve une intervention du grand Patrick Brion, vantant les qualités de ce dernier. Un petit plaisir supplémentaire à déguster sans modération.

 

* Un mois après la sortie du film, la belle Clarine décèdera d’une pneumonie, mettant définitivement un terme à son ascension qui aurait pu faire d’elle une grande star. Au lieu de cela, elle fut, elle aussi, oubliée.

Elle avait 21 ans.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith, #Lillian Gish, #Erich von Stroheim, #Tod Browning
Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

 

 

Après Naissance d’une Nation, Griffith, blessé par les attaques de ceux qui avaient considéré son film raciste (à juste titre, tout de même), décide de montrer à l’Amérique (et donc au monde entier) qu’il est un humaniste, un chantre de la tolérance.

Et son film, à cet égard est une réussite.

D’ailleurs, à tous les égards, ce film est une réussite.

C’est une distribution (réellement !) somptueuse qui interprète ces quatre histoires qui n’en font (presque) qu’une, exemples flagrants de l’intolérance à travers le temps et l’espace.

Ce sont quatre histoires qui nous sont racontées, chacune apportant son lot d’intolérance, de méchanceté, de jalousie et de violence, avec au bout, hélas, la mort.

 

Je ne vous parlerai pas de la structure en miroir du film ce serait trop long (3 heures découpées magistralement), mais sachez que tel est le cas.

La première histoire concerne l’époque moderne, enfin celle de 1915-16, c’est à dire au moment où fut tourné et présenté le film. On y voit une jeune femme (Mae Marsh est ses magnifiques yeux bleus) qui, à la mort de son père épouse un truand repenti (Robert Harron). Ce dernier étant accusé faussement de meurtre, il est emprisonné et des bigotes décident que ola jeune femme ne peut plus décemment s’occuper de son bébé et le lui font donc retirer.


En remontant dans le temps, on s’arrête à la Saint Barthélémy (1572) où les catholiques français ont montré qu’ils n’avaient rien à envier aux intégristes de tout poil et ont massacré (au nom de Dieu, comme d’habitude) tous les protestants qui croisaient leur chemin.

Toujours plus tôt dans l’histoire, on assiste à la passion de Jésus (Howard Gaye), condamné par les Pharisiens, puis les Romains (n’oublions jamais que ce sont eux qui l’ont exécuté, n’en déplaise aux croyances médiévales qui ont encore cours aujourd’hui). Et au repère le plus lointain de l’Histoire, on trouve Babylone dirigée par  Balthazar (Alfred Paget), adepte du culte d’Ishtar, déesse de l’amour, attaqué par le Perse Cyrus (George Siegmann), ce dernier aidé par les prêtres babyloniens du culte de Bel, jaloux d’être déconsidérés.

Pour chaque histoire, une forme d’intolérance amenant ruine et désolation, surtout à Babylone. Et intercalé au milieu de cette fureur, une femme (Lillian Gish) qui balance un berceau, pendant que le monde court à sa perte. Et comme l’a écrit William Ross Wallace :

« For the hand that rocks the craddle is the hand that rules the world. » (La main qui berce l'enfant est la main qui dirige le monde)

 

Mais au-delà de ce film très moraliste où les intolérants (intégristes ?) de tout poil sont fustigés, c’est avant tout un film magistral qu’il nous est donné de voir. C’est un festival de séquences spectaculaires, le summum étant atteint lors de l’assaut des armées de Cyrus contre Babylone. Rarement, à cette date, a-t-on vu tant de déchaînement de violence sur un écran. Le Vol du grand rapide, qui montrait un homme armé tiré sur les spectateurs est une bluette, comparé à ce film gigantesque.

Parce que c’est un film où le gigantisme est absolu : la reconstitution de Babylone est époustouflante. Les combats qui y ont lieu sont alors dans la même teinte : énorme, terrible, affreux…
Ce sont des têtes qu’on coupe, des lances qui transpercent des soldats, des flèches assassines… Une véritable galerie d’horreurs. On retrouvera cette violence dans Le Signe de la Croix, mais ce sera déjà beaucoup plus tard…

 

Autour du réalisateur, on retrouve les fidèles (Billy Bitzer et Karl Brown, ainsi qu’une partie du casting de Naissance) et aussi des noms qui prendront bientôt leur envol (Constance Talmadge, Eugene Pallette, Bessie Love) ou les assistants prestigieux du film précédent (Walsh et Ford ne sont plus là, mais on note la présence de Tod Browning).
Le film est partiellement teinté (comme Naissance) et cela donne une teinte encore plus sanglante aux massacres perpétrés à chaque époque.

 

Encore une fois, le Maître nous reconstitue des événements historiques, utilisant diverses sources reconnues mais avec un souci d’authenticité aussi fouillé que lors de son précédent film.

Et encore une fois, Griffith décrit des situations intolérables passées mais surtout présentes (pour lui) avec la même honnêteté qui le caractérise. Toujours, Griffith croit en ce qu’il filme et ce qu’il raconte. Et si on sait qu’il fut un homme qui attachait beaucoup d’importance à la moralité, il ne peut pas s’empêcher de dénoncer ces femmes pétrie de bigoterie, qui savent mieux que tout le monde ce qui est bon et juste. Il n’hésita pas d’ailleurs à souligner que ces femmes se sont lancées dans leur croisade parce qu’elles n’ont plus la possibilité de séduire.

Tout un programme.

 

Ce sont alors près de trois heures d’un spectacle à couper le souffle, où le gigantisme le dispute à l’édifiant (Griffith, encore une fois nous donne une leçon, cette fois d’humanité) : grandiose.

Et si le succès ne fut pas exactement au rendez-vous, sachez tout de même que ce ne fut pas le flop annoncé. En effet, même si les Etats-Unis se préparaient à la guerre et que l’époque n’était pas obligatoirement aux grands sentiments, le film fut tout de même très bien accueilli, amis, malheureusement mal distribué*.

 

 

* cf. D.W. Griffith, Father of Film – épisode 2 (1993),  par Kevin Brownlow & David Gill.

Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation - D.W. Griffith, 1915)

D’un côté le Nord, abolitionniste.
De l’autre, le Sud esclavagiste.

Pourtant, c’est une seule et même nation.

Les Stoneman et les Cameron en sont un bon exemple : les enfants de ces deux familles sont amis de longue date, malgré leur différence géographique.

Mais quand le conflit éclate, chacun se retrouve dans son camp, luttant pour ses convictions.

 

La Guerre de Sécession, que les Américains appellent à juste titre « Civil War » (guerre civile) est un des thèmes de prédilection d’Hollywood. Mais en 1914, quand Griffith met en chantier ce film, c’est un sujet qui n’est pas encore très usité. Mis à part deux premiers courts métrages du même Griffith, rien de notable.

Mais là où  Griffith révolutionne et popularise le genre, c’est qu’il propose un film de plus de trois heures, enchaînant des reconstitutions historiques et des intrigues multiples avec l’incontournable sauvetage de dernière minute.

C’est absolument époustouflant, une date dans l’histoire du cinéma.

 

Oui mais…

Mais rarement un point de vue aussi tranché et raciste n’a été exposé dans un film. Après une première heure traitant du conflit à proprement parler, Griffith décrit un monde sudiste en décrépitude, exploité par de « méchants Noirs » qui ne désirent qu’une chose : éliminer le Sud blanc pour faire régner une suprématie noire. Ils sont encouragés pour cela par un extrémiste blanc, Austin Stoneman (Ralph Lewis), et conduits par un mulâtre exalté, Sylas Lynch (George Siegmann).
Et d’une façon générale la deuxième partie décrit une population blanche victime des exactions commises par la population noire, sorte de revanche contre ceux qui furent leurs maîtres pendant l’esclavage.

 

Dans la deuxième heure, Griffith nous montre donc une situation qui se détériore pour la population blanche du Sud, amenée par les carpetbaggers (terme péjoratif qui désignaient les profiteurs de guerre pour les Sudistes) du Nord. Cela passe par des élections truquées amenant les Noirs au pouvoir des assemblées d’Etat. Mais ces nouveaux élus nous sont montrés comme des gens frustes et incultes, déjà corrompu par ce nouveau pouvoir.

Mais au-dessus de ces « méchants Noirs » on trouve le personnage de Lynch, un mulâtre, autrement plus mauvais car d’une fourberie incommensurable. L’autre personnage mulâtre, une servante de Stoneman est d’ailleurs elle aussi très fourbe

Cette présentation des ravages créés par cette nouvelle situation intolérable pour les « vrais » Sudistes culmine avec la mort de la Petite Flora (Mae Marsh) qui préfère mourir plutôt que se déshonorer.

 

C’est ce dernier événement qui va amener le fils Cameron (Henry B. Walthall) à créer le Klan une milice qui aspire à retrouver l’ancienne grandeur du Sud.

Mais d’une façon générale, les Sudistes sont montrés par Griffith comme des gens extrêmement vertueux et ayant un grand sens de l’honneur. Le fait que Griffith soit originaire du Sud est le moteur de sa vision manichéenne du conflit. Alors que les spectateurs connaissent très bien le sort des combats en allant voir le film, Griffith traite l »e sujet du point de vue de son Sud. Et l’extraordinaire reconstitution de la seconde bataille de Petersburg  (15-18 juin 1864) est orchestrée avec un point de vue hautement partial.

Dans le sens de lecture du conflit qui nous est offert, le Sud se situe toujours à gauche de l’écran et attaque vers la droite. Or nous avons pour habitude de représenter l’évolution du temps (ou d’autre chose) dans ce même sens. Le Sud en se déplaçant dans le sens gauche-droite prend alors le rôle du progrès, du bon côté, alors que le Nord, marchant dans l’autre sens ne peut qu’être réactionnaire.

 

Autre dichotomie pertinente de cette opposition entre un Sud noble et un Nord ignoble (dans le sens premier du terme, c'est-à-dire contraire de noble) est la reconstitution de la reddition de Lee (Howard Gaye) à Grant (Donald Crisp) à Appomattox.

Les deux hommes sont assis chacun devant un bureau et signent les documents de fin de la Guerre. Mais si Lee garde toujours une posture droite et pleine de dignité, Grant est perçu comme un homme plutôt fruste, fumant le cigare, un sourire narquois aux lèvres. Même lors de la poignée de main qui enterre la guerre, Lee conserve son allure aristocratique et digne, alors que Grant est encore plus désinvolte, son autre main restant dans sa poche, comme un homme sans éducation.

Avec ce film c’est le côté romantique du Sud qui se forme, cet aspect qui sera magnifiquement filmé 25 ans plus tard par Victor Fleming dans Autant en emporte le Vent.

Mais peut-on réellement reprocher cette vision du Sud à un homme qui a grandi avec la honte de la défaite humiliante ?

 

Au-delà de cette vision manichéenne et raciste, on retrouve tout de même quelques moments de grand cinéma, outre la formidable bataille sus mentionnée.

La reconstitution du 14 avril 1865, quand Lincoln (Joseph Henabery) est assassiné par Booth (Raoul Walsh) est superbe, tout comme l’annonce du conflit à travers les petites histoires de la maison Cameron lors de la visite des frères Stoneman (Elmer Clifton & Robert Harron), avec la promesse prémonitoire et funeste de se revoir bientôt.

 

Un petit mot enfin sur la musique qui accompagne le film. Lors de la première, pour la première fois un orchestre accompagna le film donnant une dimension encore plus grande au film (comme s’il en avait besoin), on retrouve  les thèmes chers au Sud (Old Folks at home, Dixie, Maryland my Maryland, etc.) et un emprunt à la Chevauchée de la Walkyrie de Wagner accompagnant les cavaliers du Klan qui s’en vont délivrer le Sud.

Bref tout pour exalter cette nation dans la Nation.


Au bout de trois heures de nos jours, et comme le dit mon cher ami le célèbre professeur Allen John, on est mitigé devant ce film. On loue d’un côté un spectacle extraordinaire qui est proposé, la technique magnifique et un montage toujours bien rythmé, mais on ne peut s’empêcher de condamner l’idéologie véhiculée par ce film : la suprématie blanche du Sud qui si elle ne fit pas revivre le KKK comme on le dit souvent, mais qui n’a rien fait pour l’éliminer et l’a au contraire encouragé, amenant des démonstrations de force dans la décennie qui a suivi*.


Dernier argument du film : il y a Lillian Gish, alors…

 

 

* Voir à ce propos D.W. Griffith, Father of Film – épisode 1,  par Kevin Brownlow & David Gill.

Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation - D.W. Griffith, 1915)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lillian Gish, #D.W. Griffith
Les deux Orphelines (Orphans of the Storm - David Wark Griffith, 1921)

Hollywood et la Révolution française, épisode 1.

C’est Griffith qui a commis la première adaptation de notre révolution. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas dû beaucoup se renseigner…

Ce ne sont que raccourcis et idées fausses, à des années-lumière de ce que proposera Ingram deux ans plus tard – Scaramouche (1923) – qui est aussi une drôle de réécriture de l’histoire de France.

 

Comme nous sommes chez Griffith, il y a tout d’abord le côté édifiant du film : nous allons assister à une démonstration, voire recevoir une leçon de vie – en l’occurrence de démocratie.

Et Griffith se donne les moyens pour y parvenir. C’est avant tout une grande fresque dans le sillage de Naissance d’une Nation ou Intolérance. Là encore, il manie la foule comme il sait si bien le faire, donnant une frénésie formidable à son propos.

Mais justement, c’est le propos qui pose problème :

  • La révolution française installe avec elle un système anarchiste et bolchevique
  • Robespierre est, par conséquent, un anarchiste doublé d’un bolchevique ;
  • C’est l’action de Danton qui amena la fin de la Terreur ;
  • La Carmagnole n’est plus une danse mais une attitude totalement irresponsable du peuple français, amenant tous les débordements anarchistes possibles…

Bref, nous assistons à la mise en place d’un chaos absolu qui sera contenu par le grand Danton, orateur des orateurs !

 

Mais laissons de côté cette Histoire (de France) et concentrons-nous sur celle du film.

Les deux orphelines (Lillian & Dorothy Gish) sont de fausses sœurs recueillies par les parents d’Henriette (Lillian). Mais Louise (Dorothy) est de haute extraction.
S’ensuit alors une succession de séparations entre les deux jeunes femmes, se perdant et se retrouvant sans cesse, jusqu’aux retrouvailles finales.

Mais c’est là que Griffith excelle – on ne peut pas être bon partout ! – et il nous propose une intrigue solide qui enchaîne avec brio ces séparations des deux sœurs. A chaque nouvelle retrouvaille suit un obstacle à leur bonheur, donnant au spectateur le plaisir d’admirer le jeu des sœurs Gish.

C’est leur dernier film pour Griffith : que de chemin parcouru depuis l’Ennemi invisible (1912) ! C’est aussi l’avant-dernier film qu’elles tournent ensemble (le dernier sera Romola d’Henry King, en 1924). Et, à l’instar des frères Barrymore dans Grand Hotel (1932), on sent une grande complicité, voire une grande tendresse entre elles. Les aventures tragiques qui arrivent à leurs personnages sont magnifiées par le lien réel qui les unissait.

C’est un véritable plaisir.

 

Une dernière chose à propos de cette fameuse Révolution : il ne faut pas oublier qu’à la même période (1920-21), la Russie (éternelle) est tombée sous le joug des hordes bolcheviques : cette révolution, et surtout les pratiques qu’elle engendrât, est la véritable cible de Griffith à travers ce film. Malheureusement pour la Révolution française – devenue donc un prétexte – elle a à souffrir des événements de l’Est. D’où l’assimilation de Robespierre et des comportements irraisonnés du peuple français.

 

Mais n’oublions jamais : c’est du cinéma !

 

Et comme c’est Griffith, il y a heureusement un sauvetage final, et comme toujours de dernière minute !

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