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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

delmer daves

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
La Flèche brisée (Broken arrow - Delmer Daves, 1950)

1870.
Tom Jeffords (James Stewart) est prospecteur en Arizona. Il rencontre un jeune apache blessé (Robert Foster Dover) qu’il va soigner. Cet acte miséricordieux va l’amener à rencontrer les Apaches et leur chef prestigieux Cochise (Jeff Chandler) avec qui il va développer une grande amitié, et qui va entraîner l’arrêt définitif de la guerre contre les Apaches.

Mais tout ceci ne se fera pas sans tragédie parce que tout le monde n’a pas envie de cette paix : certains Indiens, derrière Geronimo, ne veulent pas d’un traité à leur désavantage (sinon bafoué) ; et certains hommes blancs qui considèrent (toujours) qu’un bon Indien est un Indien mort.

 

Superbe.

Delmer Daves, avec ce film, entre de plain pied dans le cercle des grands réalisateurs de westerns, contribuant en outre à changer les esprits des spectateurs et surtout d’Hollywood : son western, pour une fois, n’est pas manichéen et donne une vision réaliste et surtout positive de la nation apache. Mieux, on ne peut que s’indigner devant le guet-apens organisé par les hommes blancs irréductibles et racistes.

De même, s’appuyant sur le roman d’Elliott Arnold (Blood Brother), il retrace cet épisode historique avec beaucoup de fidélité, donnant (enfin) le beau rôle à ces véritables Américains qui furent chassés par ces envahisseurs (1) qui n’avaient que deux arguments : la Bible et le fusil.

 

Qu’on ne se méprenne pas : ce n’est pas le premier film qui considère les Amérindiens comme, de véritables êtres humains, et non comme des sauvages : déjà, en 1916, Allan Dwan et Douglas Fairbanks prenaient le parti des Indiens dans le magnifique the Half-Breed.

Mais c’est celui qui ouvre la voie à ces grands films humanistes sur la nation indienne qui vont fleurir dans les décennies suivantes : de Cheyenne Autumn à Hostiles, en passant par Little big Man et A Man called Horse, sans oublier le superbe Dances with Wolves.

Le seul reproche qu’on peut faire à Daves tient dans la distribution : si les mentalités vont changer, cela va prendre du temps. En effet, outre Jay Silverheels (Geronimo), peu de véritables descendants d’Indiens ont des rôles proéminents dans ce film. Et encore, le rôle de Geronimo est tient dans son prestige que dans a durée : on en le voit que très peu à l’écran et ses répliques sont minimales.

 

Il n’empêche, les mentalités vont évoluer et il n’est donc pas étonnant de trouver à l’écriture de ce scénario humaniste un pestiféré d’Hollywood : Albert Matz, sous le pseudonyme de Michael Blankfort. Ce dernier étant sur la Liste Noire héritée du maccarthysme, pas besoin d’aller chercher bien loin une telle intrigue qui prône l’entente et l’acceptation.

Et l’autre atout de ce film, c’est bien sûr la présence de James Stewart dans le rôle de ce négociateur prépondérant. Stewart, en plus de sa notoriété, amène de la conviction dans son interprétation. En effet, c’est à nouveau un grand personnage positif qu’il incarne ici, et qui soutient admirablement la thèse humaniste du film.

 

Et comme toujours, c’est aussi parce que ceux qui jouent avec lui sont à sa hauteur que le film dégage cette grande force. De Jeff Chandler (dans son premier rôle de Cochise, il y reviendra) à la jeune Debra « Lilia » Paget (Sonseeahray) qui porte des lentilles (2), tous apportent leur contribution pour faire de ce film une grande date du Western.

 

  1. Dirait-on « migrants » aujourd’hui pour les désigner ?
  2. Ses yeux bleus ne convenaient pas vraiment pour une Apache…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
3 h 10 pour Yuma (3:10 to Yuma - Delmer Daves, 1957)

Yuma (Arizona) est une ville célèbre pour deux choses :

  1. C’est la ville la plus ensoleillée au monde (plus de 4000 heures de soleil par an) ;
  2. On y trouve un pénitencier modèle qui fut en activité entre 1876 et 1909, et qui sert ici de but ultime de l’intrigue.

Mais reprenons.

Ben Wade (Glenn Ford) et sa bande écument l’Arizona, dévalisant les diligences sans faire trop de détail. Un jour, près de Bisbee, ils attaquent la diligence de trop. Ils sont reconnus par Dan Evans (Van Heflin) qui menait son troupeau avec ses fils. Ben Wade est arrêté à Bisbee et doit être emmené à Contention pour prendre le train : celui de 3 h 10 pour Yuma (d’où le titre). Mais personne ne veut s’occuper d’un prisonnier aussi dangereux, surtout que sa bande est tout proche, attendant la moindre occasion pour délivrer son chef.

Acculé par la sécheresse qui fait rage, Dan Evans accepte de l’emmener contre récompense.

Si l’arrivée à Contention se passe sans encombre, l’attente va se révéler terrible, surtout que Charlie Prince (Richard Jaeckel) a retrouvé son chef et convoqué quelques-uns de ses complices.

 

Delmer Daves voulait tourner un western différent, changer de ton. Il y parvient avec brio, signant l’un de ses plus beaux films, servi par un duo de talent en la personne de Glenn Ford et Van Heflin. Les deux acteurs s’opposent avec beaucoup de subtilité, dans leurs personnages comme dans leurs physiques : on y retrouve une part du manichéisme traditionnel, accentué par la « belle gueule » de Glenn Ford en opposition avec le physique singulier de Van Heflin. Le « beau méchant » contre le gentil quelconque. Mais cette opposition physique n’est qu’une petite partie de l’affrontement qui est lui-même une sorte de huis clos élargi.

Huis clos parce que c’est dans la chambre d’hôtel que les deux protagonistes vont réellement s’affronter, mais que pendant ce temps, il se passe des choses en dehors et que ces mêmes choses vont tenter d’entrer : le frère (Sheridan Comerate) du conducteur de la diligence que Wade a tué, les complices de ce même Wade qui veulent abattre Evans, ou encore les incursions de Butterfield (Robert Emhardt), le propriétaire de la ligne de diligence et accessoirement celui qui offre la récompense.

Mais ce huis clos ne dure pas puisqu’il faut bien sortir de l’hôtel pour aller prendre le train. Et cette sortie finale correspond à l’affrontement incontournable – et lui aussi final – entre Evans et la bande de Wade.

 

Bien sûr, on retrouve des similitudes avec le formidable High Noon de Fred Zinnemann – un train qu’on attend, des soutiens qui lâchent le héros – mais la grande différence vient de l’opposition entre celui qui est estampillé comme le méchant et son opposant. Et ce méchant, à l’instar des principes hitchcockiens, est très réussi. Tout d’abord parce que c’est Glenn Ford, en contre emploi de ses rôles habituels. D’ailleurs Daves lui avait de prime abord proposé le rôle d’Evans qu’il avait décliné, préférant celui de Wade. Et ce choix est des plus judicieux, l’aura de Ford amenant une dimension ambiguë dans son personnage.

Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : Wade est un bandit de grand chemin. Si l’attaque de la diligence ne concerne que la cargaison d’or qu’elle transporte, elle se solde tout de même par la mort de deux personnes, le conducteur de la diligence (Boyd Stockman) et un membre de la bande de Wade, les deux tués par ce même chef.

 

Mais malgré cet aspect dangereux, on ne peut, en tant que spectateur, haïr le personnage. Tout d’abord parce que c’est Ford, mais aussi parce qu’il présente certaines qualités évidentes : une certaine éducation couplée à un charme irrésistible. Et ce charme opère aussi sur les rares femmes du film : Alice Evans (Leora Dana) la femme de Dan, et Emmy (Felicia Farr), la serveuse du saloon de Bisbee. Cette dernière est d’ailleurs la raison pour laquelle Wade va se faire pincer : le charme de la jeune femme le fait s’attarder dans la ville, erreur fatale bien connue.

Et ces deux femmes sont elles aussi très différentes : d’un côté la femme fidèle qui endure les mêmes souffrances que son mari ; de l’autre la femme qu’on qualifierait de « facile », mais dont le passé tumultueux explique son attitude envers Wade. Et Daves va jusqu’au bout de la relation entre elle et Wade puisqu’une ellipse évidente nous montre qu’ils couchent ensemble, peu avant l’arrestation de Wade.

 

Et le tour de force de Daves dans ce film, c’est l’attente qui fait monter crescendo la tension, jusqu’à l’explication finale, avec une formidable opposition entre ces deux hommes. Avec en prime une distinction pertinente d’avec le film de Zinnemann : alors que Will Kane (Gary Cooper) qui attend dans High Noon a de bonnes raisons d’attendre le train parce que représentant de la loi et un passé commun avec celui qu’il attend, Evans n’a aucune inimitié envers Wade. On sent même une certaine attirance vers cet homme si différent de lui pour qui la vie semble si facile et surtout très riche (financièrement mais pas seulement). Et les différentes insinuations de Wade pour amener Evans à le laisser partir complètent l’aspect particulier de ce personnage « pas si méchant que ça », donnant l’impression qu’Evans lui aussi tombe peu à peu sous le charme de Wade.

 

Je ne me prononcerai pas sur la résolution de l’intrigue – pour laisser ceux qui n’ont pas vu le film la découvrir – mais sachez tout de même que la morale est sauve malgré tout, Glenn Ford ne pouvant interpréter un salaud absolu, sans oublier une happy end inévitable.

En conclusion je me contenterai de citer Les Sept Mercenaires en disant tout simplement : « seuls les paysans gagnent ».

 

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
La Colline des potences (The hanging Tree - Delmer Daves, 1959)

 

La Colline des potences, ou plutôt l’Arbre à pendaisons (le titre original) est le lieu où  tout commence et où tout finit.

Entre les deux, une histoire d’hommes, de femmes et surtout d’or.

 

Un beau jour, le docteur Joe Frail (Gary Cooper) arrive à Skull Creek et achète une maison, à un jet de pierre du fameux arbre.

C’est aussi le jour que choisit Rune (Ben Piazza) pour débarquer là, essayant de voler des pépites dans un berceau.

Pris en chasse, il réussit à s’échapper et est soigné par Frail qui le garde comme serviteur contraint.

Un jour, la diligence est attaquée : les passagers sont tués sauf Elizabeth Mahler (Maria Schell) qui est recueillie au bout de trois jours.

Elle est installée en face de chez le docteur qui la soigne.

 

Delmer Daves est un  réalisateur humain. Son film est une très belle chronique de l’Ouest des orpailleurs : on y retrouve tous les éléments qui suivaient chaque ruée vers l’or.

Ici, c’est le Montana, mais on aurait pu voir la même chose en Californie ou ailleurs.

Les bâtiments qui ne sont que des grandes tentes où vivent, mangent, boivent ou plus : il existe même un « bâtiment » entourée de jolies dames qui vendent leur magasin à fesses, si vous voyez ce que je veux dire (1).

On y trouve aussi une rivière (2) sur les bords de laquelle les chercheurs tamisent le fond. Mais surtout on y trouve une faune hétéroclite et bigarrée.

Des prospecteurs, ça, on le savait, mais on y rencontre aussi Tom Flaunce (Karl Swenson), l’épicier de la ville mais qui vend aussi tout ce qui se rapporte à la prospection ainsi que les opérations financières. C’est le véritable homme à tout faire de la ville-champignon.

En plus des dames déjà mentionnées, on y trouve des joueurs de tout poil et un prédicateur exalté (3), George Grubb (George C. Scott).

Et parmi les prospecteurs, Frenchy Plante (Karl Malden), un brave garçon bien qu’un tantinet limité.

 

Très rapidement, on se rend compte que ce docteur fraîchement arrivé n’est pas de ces praticiens traditionnels : s’il sait enlever des balles dans le corps des blessés, il sait aussi en ajouter aux corps des vivants.

De plus, quand les résidents de Skull Creek apprennent son arrivée, de vieilles histoires ressurgissent : Frail n’est pas un inconnu pour eux. Tous le craignent, et à juste raison : c’est une gâchette, comme on dit.

Même Frenchy, qui n’est pas le plus subtile de la bande est très prudent quand il a affaire à Frail.

 

Et puis arrive le tournant du film : la découverte de la jeune femme, Elizabeth.

Si les prospecteurs sont heureux de son arrivée – et surtout dans ces conditions – il n’en va pas de même pour tout le monde. Trois autres attitudes se révèlent : médicale pour Frail ; morale pour certaines femmes de Skull Creek ; et convoitise pour Frenchy.

Si l’attitude de Frail s’explique facilement, celle des femmes fait aussi partie des éléments récurrents du western : les bonnes dames patronnesses qui sont très souvent décrites  mais surtout caricaturées et moquées (jusqu’à Morris et Goscinny dans Lucky Luke).

Et la femme de Flaunce est un véritable archétype de méchanceté et de médisance sous couvert de prétextes moraux. La façon dont Frail se débarrasse de ces bonnes dames est d’ailleurs l’un des rares moments comiques du film.

 

Parce que le film est avant tout un drame. Un drame humain, où l’or n’est même pas la raison.

Frail est un personnage au premier abord très sympathique (normal, c’est Gary Cooper !), mais on se rend bien compte qu’il n’est pas si bénéfique que ça. Son attitude peut se faire dure voire violente.

De plus, son allure sévère accentue ce côté un peu obscur. Avec l’âge – et la maladie ? Il s’agit de l’un de ses derniers films – le visage Gary a perdu de sa douceur et de la candeur qui lui permit d’interpréter des personnages très attachants. Il n’en demeure pas moins superbe, comme d’habitude.

 

A ses côtés, ou plutôt en face, Karl Malden interprète une brute assez singulière. En effet, ses premières interventions sont empreintes de naïveté : sa découverte de la jeune femme le propulse au devant de la scène. La façon dont il raconte ce qu’il s’est passé est presque touchante. On a un peu l’impression que c’est un grand gamin qui s’exprime.

Mais quand le désir va le gagner au fur et à mesure du film, l’aspect brutal va ressortir et le révéler tel qu’il est.

Malden est remarquable dans ce rôle pas si simple que ça, d’autant plus qu’il dut remplacer au pied levé Delmer Daves qui était malade et terminer le tournage.

Autre acteur remarquable : George C. Scott. On reconnaît d’emblée son profil et encore une fois, on se dit qu’il n’a pas un personnage très positif. Il est un prédicateur exalté certes, même si « fou » lui conviendrait mieux.

 

Et l’arbre ?

Comme je l’ai dit au début, c’est lui qui finit le film, avec une nouvelle corde « branchée ».

Encore une fois, il est témoin de l’avilissement des hommes dû à la fièvre de l’or, et la dernière séquence nous les révèle tels qu’ils sont : petits, égoïstes et brutaux.

Mais sont-ce encore des hommes ?

 

  1. Clin d’œil à Pierre Perret et son Tord-Boyaux.
  2. Elle donne son nom à la ville.

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