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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

denis villeneuve

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Road Movie, #Denis Villeneuve
Incendies (Denis Villeneuve, 2010)

Au début, il y a Nawal (Lubna Azabal). Et puis Wahab (Hamed Najeb). Elle est enceinte. Il est tué. Elle accouche d’un fils.

Et puis il y a Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette), les autres enfants de Nawal.

Nawal vient de décéder et elle charge ses enfants de retrouver leur père – qu’ils croient mort à la guerre – et aussi leur frère, celui qu’elle a eu avant eux.

Alors Jeanne part au Moyen-Orient. Sur les traces de sa mère afin de retrouver ce frère qui semble tomber (tombé ?) du ciel.

 

Denis Villeneuve n’est pas ce qu’on appelle un réalisateur prolixe. Après (presque) dix ans sans un long métrage, il est entré dans une production un tantinet plus resserrée en 2009 et qui se poursuit depuis. Mais malgré tout, on attend toujours avec impatience sa nouvelle création (1). Quoi qu’il en soit, en attendant, il reste ses autres films qui permettent de patienter.

Et Incendies est une très belle occasion de (re)découvrir ce réalisateur de génie (j’ose !).

 

Il y a dans ce film un dimension road-movie qui se mélange avec un conflit qui ne dit pas son nom : à aucun moment nous n’apprenons le nom du pays où se déroule la majeure partie de l’action : seul le Canada (Québec, bien sûr, puisque le film est francophone en partie) est un lieu réel. Pour le reste, chacun peut imaginer ce qu’il veut : la Palestine (mentionnée sur une vitre) ou le Liban avec ses villes fantômes. Et puis comme la pièce dont s’inspire le film est de Wajdi Mouawad qui est lui-même libanais… Et que ce dernier s’est inspiré lui-même de l’histoire de Souha Bechara (voir ci-dessous) qui fut détenue dans une prison (dure) secrète du Liban… Le choix se restreint.

 

Nous allons donc suivre les différentes étapes de la vie de cette « Femme qui chante » dans un pays livré à la guerre civile (entre chrétiens et musulmans entre autres), reniée par sa famille (elle est enceinte alors qu’elle n’est pas mariée) et qui se retrouve en plein milieu d’un conflit qui non seulement va s’éterniser mais aussi lui causer des torts supplémentaires : seule et déracinée, il est toujours difficile de se faire une place dans une guerre où on ne considère aucun des belligérants comme légitimes.

Et ces étapes vont être doublées par ses deux enfants, à la recherche de leur famille, de leurs racines, de leur père, de leur frère.

Et bien entendu, comme dans tout bon road-movie qui se respecte, une fois le voyage (l’errance ?) terminée, les différents protagonistes seront métamorphosés, très différents de leur état initial.

 

Et les « incendies » du titre ? Il y en a un bien réel quand Nawal prend le car vers le sud, à la recherche de son enfant qu’elle a dû abandonner à la naissance avant de s’enfuir. Et cet incendie est terrible : il fait suite à une violence froide et déterminée de miliciens chrétiens envers des musulmans. Et Villeneuve ne fait pas dans le détail pour exposer cette violence : elle nous agresse de par sa soudaineté et sa brutalité. Mais il sait aussi exprimer la violence sans nous la montrer, nous laissant imaginer ce qui a bien pu se passer. Ce sont les ruines noircies par la suie dans la maison familiale rasée en représailles, mais c’est aussi Nawal allongée par terre après avoir été violée : dépenaillée, se tenant le bas-ventre et surtout se retenant de pleurer pour ne pas contenter son bourreau.

 

Mais alors pourquoi ce pluriel dans le titre ?

A vous de vous faire une idée.

La mienne est faite, et je ne veux surtout pas vous influencer…

 

  1. Il lui faudra trois ans avant de revenir sur les écrans pour son film suivant
Souha Bechara

Souha Bechara

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Denis Villeneuve
Dune (Denis Villeneuve, 2021)

Il aura donc fallu attendre trente-sept ans pour avoir enfin une adaptation de Dune digne de ce nom !

En effet, après le pensum empesé de David Lynch, personne ne s’était risqué à reprendre le flambeau. Mais maintenant que les effets numériques sont là – et bien là – la donne a changé et comme c’est en plus Denis Villeneuve qui est aux commandes, il n’y a aucun »e raison d’avoir peur !

Certes, vous me direz qu’il y a Blade Runner 2049 (2017).

Oui. C’est un bon argument. Mais je vous réponds alors qu’il y a eu juste avant Arrival (2016) et là, le débat est clos.

 

Nous sommes donc de retour sur Arrakis et nous y retrouvons Paul Atreides (Timothée Chalamet qui semble plus dans l’âge de son personnage) et ses parents Leto (Oscar « Poe » Isaac) et Lady Jessica (Rebecca Ferguson), les méchants Harkonnen – Vladimir (Stellan Skarsgård) et Rabban (David « Drax » Bautista), et bien sûr les Fremens et leurs vers.

Et encore une fois, il est question d’épice, de guerre et d’un Messie qui ne dit pas son nom.

Mais à la différence de Lynch, Villeneuve prend son temps et en prenant vingt minutes de plus, il va beaucoup moins loin que son aîné, expliquant sans assommer le spectateur, évitant les personnages inutiles (1).

 

Mais Dune 2021, c’est avant tout une fantastique épopée menée tambour battant par un maître du cinéma. Dès les premières images, on pense à Lynch puisque c’est une voix féminine que nous entendons et qui nous introduit dans ce monde : il s’agit de Chani (Zendaya «MJ »), une Fremen mais qui aura elle, un rôle important dans ce film (et la suite). Certes, on y retrouve des épisodes communs avec la précédentes version, mais là s’arrête la comparaison. Villeneuve nous gratifie ici d’un chef-d’œuvre, et puis c’est tout. Enfin presque tout.

Parce qu’on ne peut pas passer à côté d’un tel moment de cinéma. C’est absolument magnifique. On reste cloué à son siège du début à la fin du film, savourant avec régal un immense moment de plaisir.

 

En effet, Denis Villeneuve nous montre qu’on peut lancer une épopée spatiale compliquée (2) avec clarté et maîtrise technique, tout en intégrant des scènes de bataille spectaculaire sans pour autant passer à 24 plans par seconde ni asséner les images au spectateur. Parce que ce qui marque, c’est le rythme du film qui n’est que très rarement soutenu : Villeneuve (grâce à Greig Fraser son chef-op’) prend le temps de soigner chaque plan, laissant le temps au spectateur d’apprécier ce qu’il se passe, sans pour autant tomber dans quelconque piège godardien qui nous aurait vite englués…

 

On retrouve dans ce Dune la façon de filmer d’Arrival, démontrant que l’on peut arriver à un résultat spectaculaire sans pour autant essayer d’entrer dans le Livre Guinness des records. La technique est au service de l’intrigue – et non le contraire une intrigue prétexte à des effets toujours plus époustouflants – et ce parti pris de prendre son temps permet avant tout au spectateur de bien intégrer ce qu’il voit, et surtout de l’apprécier à sa juste valeur. Depuis l’arrivée des effets numériques – et je l’ai déjà écrit ici – nous assistons à une surenchère constante dans tout ce qui est proposé, avec des résultats pus ou  moins satisfaisants (3). Alors que depuis que le cinéma existe, on a pu voir nombre de films extrêmement spectaculaires sans pour autant être enivré par un tourbillon d’images agressives.

 

L’autre grande différence d’avec le film de Lynch tient aussi au traitement de l’intrigue. A aucun moment Villeneuve ne tente de racoler le spectateur avec des images plus ou moins choc (le Baron Harkonnen n’a plus rien à voir avec le pantin pathétique interprété par Kenneth McMillan), et surtout, malgré la somme d’information qui passe tout au long du film, on n’y trouve nulle part cette impression de bavardage (plus ou moins intempestif) constant qui lasse.

Non, Villeneuve déroule son intrigue comme un conteur son histoire, les mots étant remplacés par les images : mais sans parasite, ni superflu voire gratuité. Il rejoint en ça une longue lignée de réalisateurs américains qui sav(ai)ent raconter des histoires (4).

Et ça, c’est franchement rassurant pour le cinéma !

 

Et quand le film se termine, on n’a qu’un envie : qu’il recommence, puisqu’il faut attendre (hélas) pour avoir la suite !

 

J’oubliais la grande surprise du film : Jason Momoa (Duncan Idaho) n’a plus de barbe !

 

  1. J’avais oublié de parler de la princesse Irulan (Virginia Madsen) qui servait de narratrice à Lynch mais dont le rôle n’avait alors aucune importance. Elle était très belle mais n’avait aucune influence sur l’intrigue. Une voix off aurait suffi.
  2. N’ayant – depuis l’article précédent sur le film Lynch – toujours pas lu le roman de Frank Herbert, je me fie à ce que j’ai pu entendre un peu partout…
  3. Heureusement, certains ont su maîtriser ces effets sans pour autant tomber dans ce piège.
  4. Certains d’ailleurs le prolongeant à propos de leur propre vie…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Denis Villeneuve, #Policier
Sicario (Denis Villeneuve, 2015)

Kate Macer (Emily Blunt) est agent du FBI. Lors d’une intervention, elle met à jour un charnier en rapport direct avec un immense trafic de drogue.

Elle est alors recrutée par la CIA et son représentant Matt Graver (Josh Brolin), et fait la connaissance d’un homme plutôt secret : Alejandro Gillick (Benicio del Toro).
Elle va alors assister à une opération qui n’a pas lieu (officiellement) : une virée au Mexique pour y perturber le trafic de la drogue.

 

C’est une nouvelle plongée dans l’univers de la drogue. Non pas des victimes, mais plutôt des coupables, à quelque degré que ce soit : du simple passeur au gros bonnet en passant par les complicités policières.

Evidemment, ce film possède une dose de violence, mais Denis Villeneuve ne montre pas toutes les exécutions, évitant de montrer celles de victimes collatérales.

Mais l’atout du film, c’est d’avoir choisi une femme pour être le témoin de toutes ces manœuvres policières. Et en plus, elle reste toujours à un niveau humain : sa première intervention et la découverte de cadavres lui fait soulever l’estomac comme n’importe qui dans une situation pareille.

Cette réaction, on s’en doute, ne peut pas être celle de Matt et encore moins d’Alejandro. Ces deux hommes sont bien loin d’elle et de ses réactions naturelles. Leur combat n’est pas le sien, son champ d’intervention n’est plus le leur.

 

Et le « sicaire » ?

Le sicaire est avant tout un tueur à gages. Ici, des tueurs à gages, on en trouve, mais peu de temps, ils sont rapidement maîtrisés par les Américains. Par contre celui du titre ne fait pas cela pour de l’argent.

En effet, Alejandro a un autre but dans cette lutte contre le crime organisé. Sa motivation, encore différente de celle de Matt, est plus personnelle et vengeresse.

Et si Matt veut seulement semer la pagaille dans le trafic, Alejandro veut éliminer celui qui lui a fait du tort. Et la vengeance étant un plat qui se mange froid, on peut même relever un détail un tantinet ironique qui va dans ce sens : la rencontre finale entre Alejandro et le chef Fausto Alarcon (Julio Cesar Cedillo) se fait pendant un repas.

 

Mais avant tout, le film est magnifique par sa photo. Villeneuve alterne les points de vue, sa caméra est partout : auprès de Kate ou de son partenaire Regg (Daniel Kaluuya) comme à quelques centaines de mètres en l’air, suivant le parcours d’un avion dont l’ombre évolue sur le sol éloigné. Mais à chaque fois, ce point de vue s’impose, chaque cadrage servant l’intrigue plutôt que multipliant les points de vue improbables (1). Et en plus, les images sont superbes. Les plans d’ensemble possèdent la même beauté qu’on retrouvera dans Premier Contact, le prochain film de Villeneuve.

 

Mais cela ne suffit pas pour faire un bon film. Et ici, le montage est primordial.

Les différentes séquences alternent des rythmes proches de l’intrique : on y trouve des accélérations pendant les scènes d’action ou lenteur des temps de solitude de Kate, par exemple – mais le tout dans un rythme qui rejoint l’aspect humain du film.

Et les séquences sur le terrain où les armes se font entendre restent dans un rythme normal. SI le rythme est accéléré, le spectateur a toujours le temps de voir et surtout comprendre ce qu’il se passe. Et si les morts sont violentes, il n’y a rien de spectaculaire dans leurs exécutions, ni aucun jugement ou aucune justification.

La dernière réplique du sicaire résume très bien le décalage de Kate : elle n’est pas faite pour ce genre d’opérations.

Quant à Matt, il porte en lui tout le cynisme qu’on connaît de la CIA : cette organisation américaine qui a l’habitude d’intervenir en sous-main dans des pays « sensibles » : il faut avant tout conserver le contrôle d’une situation ou d’un pays. Mais cette attitude est à double tranchant, il suffit de voir ce qu’ont amené ces interventions en Afghanistan pendant l’occupation russe, ouvrant la voie aux islamistes et leur déferlement de violence depuis le 11 septembre.

 

Kate, partagée entre ses doutes et sa quête de la vérité est un personnage totalement inscrit dans l’univers de Denis Villeneuve. Pendant tout le film, elle ne cesse de se poser des questions, sur ce qu’elle voit, mais surtout sur la place et le rôle qui lui sont laissés. Elle rappelle en cela les rôles de Jake Gyllenhaal dans les deux précédents films du réalisateur. Il n’est pas étonnant non plus de retrouver dans l’affiche du film une similitude avec celle d’Enemy.

 

Encore un magnifique film.

 

 

(1) cf. Le point de vue de la tranche de jambon dont parlait Alfred Hitchcock.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Denis Villeneuve
Enemy (Denis Villeneuve, 2013)

Depuis Méliès, le cinéma a de nombreuses fois utilisé un ou plusieurs doubles dans les films. Et la plupart du temps, c’est en développant les quiproquos inhérents au genre : on prend le double pour l’autre et inversement, amenant une série de situations comiques dont l’une des plus belles illustrations est peut-être Multiplicity (Harold Ramis, 1996).

A son tour, Denis Villeneuve s’essaie au genre, mais dans une toute autre dimension : à aucun moment, le spectateur n’est amené à rire, et surtout, l’atmosphère est assez angoissante.

 

Adam Bell (Jake Gyllenhaal) est un professeur d’histoire à l’université de Toronto. Il partage un appartement modeste avec Mary (Mélanie Laurent) et répète à l’envi les mêmes gestes, les mêmes attitudes, chaque jour.

Jusqu’au moment où on lui propose de voir un film pour se changer les idées. Dans ce film, l’un des acteurs « de troisième » ordre retient son attention : c’est un véritable sosie d’Adam.

Ce dernier va alors essayer d’entrer en contact avec ce double étonnant, et qui le sera d’autant plus quand ils se seront rencontrés.

 

2013 est une année faste pour Denis Villeneuve car ce film est présenté un peu plus d’une semaine après le précédent (Prisoners – avec pour interprète principal encore une fois Jake Gyllenhaal.

Et Villeneuve prend son temps. La première séquence voit Jake dans son environnement : il fait cours à ses élèves à propos de la dictature et du contrôle indispensable qu’elle implique dans la société, il rentre chez lui et fait l’amour à sa femme, qui s’en va… C’est ainsi inlassablement.

Tout est alors prêt pour que l’intrigue se déroule : Adam a une vie bien réglée, et il faut une intervention extérieure pour le détourner de son train-train. Une question : es-tu cinéphile ? Et cette question amène un titre de film, et le titre fait se retourner Adam quand il passe devant un vidéo store.

Ce film – l’improbable When there is a Will there is a way – est le déclencheur de toute la suite du film. Son titre est d’une pertinence incroyable et de plus en totale relation avec le cours qu’Adam a donné plus tôt : et comme si le titre ne suffisait pas pour alerter Adam, il croit s’apercevoir dans un coin de l’écran.

SI le début était morne et répétitif, la suite va alors faire naître une angoisse chez Adam, angoisse qui va se propager auprès du spectateur.


L’atmosphère qui n’était pas très réjouissante jusque là devient de plus en plus oppressante à mesure qu’Adam s’enfonce dans la recherche de ce double étonnant : même aspect, même voix. Et plus on avance avec lui, plus les détails deviennent troublants. Non seulement ils se ressemblent, mais en plus, leurs compagnes sont sur le même modèle à une différence notable : celle de l’autre (Anthony) est enceinte.

De plus, certains plans s’interpellent à longueur de film, décrivant les mêmes gestes dans différentes situation : Adam marchant dans le couloir est le plus bel exemple. CE couloir d’ailleurs revient très souvent, que ce soit dans les rêves ou dans la vraie vie.

Encore une fois, Villeneuve nous propose un film magistral

 

[Pause. Les lignes qui vont suivre vont révéler une grande partie de l’intrigue. Je vous conseille donc de revenir quand vous l’aurez vu si ce n’est encore le cas. Pour les autres, on continue. Fin de la pause.]

 

Vous êtres toujours là ? Je continue.

Alors que nous suivons la progression d’Adam, le point de vue va se mettre à changer. Adam ayant pris contact avec Anthony, nous allons passer de son côté. Bien sûr, rapidement, lui aussi va être intrigué. La rencontre est alors inévitable et révèle des points communs qui vont au-delà du troublant. Comment deux personnes qui se ressemblent et ont la même voix peuvent-elles avoir le même détail anatomique (une cicatrice sur le torse) ?

La réponse est trop simple pour être acceptée par le spectateur à ce moment-là. Mais plus le film va avancer et plus les hypothèses vont disparaître : Adam et Anthony ne forment qu’une seule et même personne.

Et cette quête du double n’est rien d’autre qu’une reprise de contrôle de sa vie : Anthony est une projection d’Adam, ou plutôt celui qu’il azurait aimé être avant de lâcher le cinéma pour l’Histoire. Anthony/Adam était acteur certes, mais de « troisième zone » comme dit sa mère (Isabella Rossellini), qui soutient par ailleurs qu’elle n’a eu qu’un seul enfant : Adam. Anthony est alors l’acteur qu’il aurait aimé être, mais qui n’a pas dépassé le stade des utilités : il suffit de voir son cv pour en être convaincu.

Et cette projection va jusqu’à sa compagne : tout comme il y a deux Adam, il y a deux femmes : la vraie (Helen) et le fantasme (Mélanie Laurent).

Dans la volonté de reprendre le contrôle sur sa vie, l’interaction entre les partenaires opposés prend tout son sens : Anthony a une aventure avec Mary pendant qu’Adam remplace ce dernier auprès d’Helen.

L’épilogue de cet échange amoureux est alors le véritable indicateur du contrôle d’Adam sur sa vie : non seulement les amants se tuent dans un accident de la route, mais au réveil, quand la radio annonce cet accident, Adam l’éteint.

Cette histoire est terminée, Adam va reprendre sa place auprès d’Helen.

 

Mais…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Denis Villeneuve
Blade Runner 2049 (Denis Villeneuve, 2017)

2049.

Trente ans plus tard.

Toujours cette même ville gigantesque, trempée par le mauvais temps et cernée par une nature qui ne peut plus être hostile : presque plus rien ne pousse.

Au milieu de cet univers déprimant : Joe (Ryan Gosling). Ou plutôt K, « blade runner » du LAPD.

C’est lui qui élimine les répliquant indésirables. Lui, un autre répliquant.

 

On retrouve, dans cette suite – 35 ans après – au film de Ridley Scott, cette ville saturée ou quand il ne fait pas nuit et humide, c’est une pâle lumière tamisée par un voile de brouillard plus épais qu’autrefois. En effet, dans l’opus précédent, on pouvait assister à un lever ou un coucher de soleil. Mais ici, ce n’est plus possible.

Et la ville est devenu encore plus concentrationnaire, encore plus noire, éclairée partiellement par le même genre de publicités présentant une femme plus ou moins habillée (voire pas du tout).


La société Tyrell a été remplacée par Wallace, mais le personnage de Joe est du même acabit que son prédécesseur Deckard (Harrison Ford) : il vit seul, boit régulièrement, et a en plus une relation platonique avec un hologramme féminin, Joi (Ana de Armas). Mais peut-il en aller autrement avec un androïde, aussi évolué soit-il ?

Et là encore, le grand questionnement concerne la part humaine de chaque robot. En quoi sont-ils humains, et surtout en quoi sont-ils PLUS humains que les humains ?

 

Gilles Villeneuve tente de répondre à cette question, en prenant son temps, un peu trop parfois peut-être, mais en nous proposant de magnifiques images, utilisant avec brio la technologie numérique qui faisait défaut il y a 35 ans.

Mais malgré tout, son film n’atteint pas le niveau du précédent. Peut-être en attendais-je plus, ou autre chose. C’est difficile à dire, tant il manque quelque chose à cette intrigue. Peut-être est-ce cette dimension humaine qui est le véritable enjeu de la lutte entre Wallace et ses répliquants (1).

 

Bien entendu, c’est la rencontre entre K et Deckard (2) qui nous intéresse le plus. Mais il faut tout de même attendre la dernière heure. Cette rencontre se fait sur les ruines de Las Vegas, dans ce qui fut un lieu de jeu et de spectacle (1) où on a la surprise de voir un hologramme d’Elvis chanter (avec difficulté, du fait d’une technique défaillante) Suspicious Minds. Cette chanson, d’ailleurs est tout à fait dans le thème : ces esprits suspicieux voire faux qu’on trouve de chaque côté des parties en présence, avec toujours le « blade runner » au milieu.

 

Alors on assiste à un très beau film, mais nous sommes comme les androïdes : il nous manque quelque chose pour être pleinement satisfaits.

 

 

          (1) Ou alors c’est ce côté messianique de l’intrigue qui rappelle une autre histoire de robots qui prennent le contrôle de la terre…

          (2) Comme presque n’importe quel bâtiment de cette ville particulière…

          (3) On retrouve aussi Gaff (Edward James Olmos), le policier « origamiste » et une apparition de Rachel (Sean Young), sans les yeux verts…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Denis Villeneuve
Premier Contact (Arrival - Denis Villeneuve, 2016)

Un enfant naît, grandit, tombe malade… et meurt ?

Toujours est-il qu’en quelques plans, Denis Villeneuve a résumé une vie avec une délicatesse et une beauté d’images.
Cette introduction un tantinet pessimiste est aussi intimiste. Celle qui parle, c’est Louise Banks (Amy Adams). Elle est une linguiste experte dispensant des cours à l’université.

Mais c’est une femme seule : son enfant est mort et elle vit isolée dans une grande maison.
Seule, elle l’est aussi dans la vie en générale : alors que le monde entier a les yeux braqués sur une information capitale – douze vaisseaux extra-terrestres ont apparu dans différents points du monde – elle, ne s’en rend pas compte et continue sa routine.

Même quand l’état d’alerte a été promulgué, elle reste la seule à l’ignorer et à poursuivre inlassable ment sa même vie. Jusqu’à l’arrivée du colonel Weber (Forest Whitaker qui, même dans un rôle de militaire, reste sympathique) qui la choisit comme interprète pour les pourparlers avec les « créatures venues d’un autre monde ».

Pour l’aider dans cette tâche lourde de conséquences, un autre expert, physicien : Ian Donnelly (Jeremy Renner*).

 

Cela faisait 47 ans qu’on n’avait pas eu ce genre de film science fiction. En effet, depuis que Stanley Kubrick a réalisé 2001, l’Odyssée de l’espace, rarement (voire jamais) des extra-terrestres n’ont été aussi peu humanoïdes, tout en étant pacifiques. Ici, ce sont des heptapodes : du grec hepta – sept – et pode – le pied.

Il y a – à mon humble avis – une autre parenté évidente : Rencontres du troisième Type. En effet, le maître mot (terme on ne peut plus judicieux) du film est le langage. Alors que dans le film de Spielberg, la communication se fait plutôt facilement, ici, c’est tout l’apprentissage d’une langue qui est mis en évidence, et surtout la difficulté et la longueur de temps nécessaires à sa maîtrise.

Le tout filmé magnifiquement.

 

Ce film est absolument fabuleux dans tous les domaines. Il y a une maîtrise globale des différentes composantes d’un film. Villeneuve nous propose une histoire plausible dans un environnement vraisemblable avec une utilisation extrêmement intelligente des procédés numériques visuels : jamais on ne se demande comment ils ont pu faire ça. Il y a une unité dans ce film qui tient du chef-d’œuvre. [Je suis peut-être excessif, mais pour ma part, j’ai l’impression d’user d’un euphémisme.

Rarement une telle maîtrise totale d’un film nous est offerte, surtout dans un domaine aussi particulier que l’est la science-fiction.

Non seulement nous avons droit à l’arrivée (titre original) des E.T. et des relations possibles tenues en face d’eux – allant de la fraternisation à la menace – mais en plus, cela est fait avec un rythme normal, sans précipitation ni lenteur. Villeneuve prend le temps de la communication naturelle d’une langue où l’évolution – qu’elle s’adresse à quelqu’un de très intelligent ou de complètement stupide – est obligatoirement progressive. Il n’y a pas cet enthousiasme de Spielberg dans le film susnommé qui fait brûler les étapes et considère que le contact est bon donc tout suit normalement et tout de même rapidement.

Ici, les personnages doutent, et s’ils arrivent à échanger (leur langue et leurs idées), c’est avec toujours une phase de doute (du côté terrien, c’est avant tout celui que nous connaissons le mieux), qu’elle vienne de l’apprenant ou de l’enseignant, reproduisant le schéma invariablement duel d’une langue, dont la base est l’opposition entre signifiant (son/image) et signifié (sens). Pour plus de précision, je vous renvoie à Ferdinand de Saussure.

 

Et puis il y a l’indispensable ingrédient pour un film : la narration. Quoi qu’il se passe dans le film, c’est avant tout du point de vue de Louise que se place la caméra pour nous montrer les progressions. C’est pourquoi nous ne voyons jamais comment ces créatures sont arrivées. Du jour au lendemain elles sont là, et nous les découvrons avec elle. . Et plus tard, même l’apparition des E.T. est toujours nimbée d’une atmosphère opaque, rendant leurs contours difficiles à distinguer.

Et il faut attendre la dix-neuvième minute du film pour enfin avoir une vision claire du vaisseau installé dans le Montana où réside Louise.

Et en plus, le temps – de la narration comme celui qui passe pour Louise – est distordu, interrompu qu’il est par des flashbacks de la vie de Louise jusqu’à l’explication finale que je n’ai pas l’intention de vous raconter ni même très légèrement dévoiler…

 

Avec ce film, Villeneuve nous montre deux grandes choses :

  • on peut entrer en contact avec des extraterrestres sans les attaquer ;
  • On peut aussi faire un film de science-fiction humainement, sans explosion d’effets spéciaux bruyants autant que spectaculaires.

 

Un véritable chef-d’œuvre (je sais, je me répète, mais quand c’est le cas, il ne faut pas hésiter à le répéter), qui, je l’espère deviendra une nouvelle référence dans ce domaine cinématographique.

 

 

PS : La traduction française de premier contact reflète une réalité du film mais a tout de même ses limites, alors que le titre original « Arrival » ouvre de nombreuses perspectives développées par le film. 

 

 

* Tiens, un palindrome…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Denis Villeneuve
Prisoners (Denis Villeneuve, 2013)

Les Etats Unis. Les vrais. Pas ceux des grandes villes, submergées de gratte-ciels. Ceux des gens normaux, où il faut travailler pour vivre, où les femmes ne sont pas toutes des top models. Bref, la vraie vie.

 

C'est Thanksgiving. La fête la plus américaine qui soit. On y célèbre la première année de survie des Pères Pèlerins. Bref, l'autre moment incontournable pour tout Américain, après Halloween, et avant Noël.

Cette année, les Dover vont déjeuner chez leurs voisins les Birch pour cette occasion. Ils ont même amené du gibier que le fils Dover a abattu, lors d'une sortie de chasse avec son père Keller (Hugh Jackman). Les Birch sont noirs, les Dover sont blancs. Nous sommes dans un cadre de melting pot très cher à ces mêmes Américains.

Et puis survient le drame : pendant l'après-midi, les deux plus jeunes filles des deux familles disparaissent. Vraisemblablement enlevées par un maniaque conduisant un camping-car.

Alors intervient celui qui ne célébrait pas Thanksgiving, Loki (Jake Gyllenhaal). Le policier.

A partir de là va se développer l'enquête. Ou plutôt les enquêtes. D'un côté Loki, en suivant le code du parfait (?) inspecteur de police, de l'autre, la manière expéditive d'un père de famille dont on a enlevé la fille, aidé par l'autre père : les deux arriveront à la même conclusion.

 

« Encore un film d'enlèvement d'enfant », me direz-vous. Oui. Et non. Car cette fois, le réalisateur (Denis Villeneuve, très inspiré) utilise avec pertinence les ellipses. Il ne s'intéresse qu'à la construction d'une hypothèse et au début de sa réalisation. Quand l'affaire est entendue : fondu au noir, et on passe à autre chose. Nous savons ce qui va se passer, nul besoin de devenir bavard en nous le montrant.

 

L'autre force de ce film est le choix des deux personnages principaux. Hugh Jackman a laissé ses griffes de Wolverine pour nous offrir un père en colère très convaincant. Prêt à tout, et même « préparé » à tout. Il déborde d'humanité. C'est un personnage torturé par cette situation, qui se raccroche à la religion comme à une bouée de sauvetage. C'est certainement ce qui l'empêche de commettre l'irréparable.

 

En face de Jackman, Jack Gyllenhaal campe un policier tout en nuance. Il a toujours conclu positivement ses enquêtes, semble-t-il. Mais cette fois, ça ne se déroule pas comme prévu. Chaque piste se transforme en impasse. Alors ce flic « infaillible » perd patience. Il faut dire que c'est un nerveux. Il ne cesse de cligner des yeux, ces yeux qui deviendront la seule clé vers le salut.

 

Villeneuve nous propose donc un film d'enlèvement d'enfants truffé de fausses pistes. On y retrouve les portraits de tueurs pédophiles qu'on a l'habitude de voir : personnages complexés, attardés intellectuellement, relevant d'un traumatisme infantile (Paul Dano & David Dastmalchian très convaincants !). Mais...

 

Le tout avec en prime un prêtre délinquant sexuel (1) !

 

Au final, un film pas si simple que ça, qui se tient, et nous tient, par conséquent, en haleine de bout en bout... Jusqu'à l'ellipse ultime !

 

          (1) Non, ce n'est pas un pléonasme !

 

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