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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame historique

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Biopic, #Drame historique, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Viva Zapata! (Elia Kazan, 1952)

Emiliano Zapata (Marlon Brando) fait partie d’une délégation venue voir le président Porfirio Diaz (Fay Roop), à propos de terres arables confisquées par de riches propriétaires. La réponse du président ne lui convenant pas, il lui réponde : Diaz entoure son nom.

A partir de ce jour, Zapata va s’opposer à un pouvoir qui se dit démocratique mais qui ne représente véritablement personne, favorisant le statu quo en défaveur des paysans.

A un moment donné, il va falloir l’abattre.

 

Kazan, Steinbeck & Brando : l’affiche est alléchante et, heureusement pour nous, tient largement ses promesses. Brando est un Zapata qu’on a envie de suivre, et Steinbeck nous sert un scénario aux petits oignons. Par contre, Kazan, s’il réalise avec brio ce biopic, il n’en va pas de même pour les conditions de tournage : persuadé que la rivalité entre Emiliano et son frère Eufemio (Anthony Quinn, lui aussi formidable !) est un des ressorts du film, il est allé jusqu’à entretenir une rivalité entre les deux acteurs pendant toute la période du tournage, sans pour autant révéler ses intentions aux deux intéressés une fois que tout était terminé ! Non, Kazan, malgré son talent, n’était pas toujours une personne recommandable…

 

Quoi qu’il en soit, nous suivons avec beaucoup d’intérêt l’ascension de ce petit paysan analphabète dont la seule ambition est de récupérer sa terre, la faire fructifier et avoir des enfants avec la belle Josefa (Jean Peters). Et on retrouve la fibre sociale de Steinbeck dans ce personnage qui est un autre Tom Joad. C’est avant tout une justice sociale qui l’habite et même quand il parvient au fait du pouvoir, il ne songe qu’à une chose : rendre la terre à ceux à qui elle appartient et qui sont les mieux à même de la faire fructifier.

Et cette séquence est certainement la plus forte du film, amenant l’opposition frontale entre les deux frères (voir plus haut) : il y a un choix cornélien qui se pose au leader agrariste entre son combat et son frère.

 

Bien entendu, Brando est phénoménal (quand ne l’est-il pas ?), mais la distribution autour de lui est à la hauteur de l’enjeu : Quinn est encore une fois merveilleux et on remarque aussi quelques visages qui vont faire parler d’eux. Je pense à Henry Silva (Hernandez), qui n’est pas encore passé du côté obscur (il n’a que 26 ans !), dont le personnage se retrouve dans la même situation face à Zapata que ce dernier face à Diaz (encore la séquence primordiale, voir ci-dessus).

Et je pense aussi à Joseph Wiseman (Fernando), qui a un rôle véritablement important et interprète ici une espèce de méchant (il y en a plusieurs dans le film : n’oublions pas la recommandation de Hitchcock !) assez subtile, puisqu’il scelle le destin de Zapata, après l’avoir soutenu et suivi. Dix ans plus tard, Wiseman interprètera l’un des méchants les plus emblématiques du cinéma : le redoutable Docteur No.

 

Alors laissez-vous emporter par cette fresque qui se situe (presque) exactement entre deux autres incontournables de la Révolution mexicaine : Viva Villa ! (1934) et Duck, you Sucker ! (1971). Tout y est et même si la moustache du beau Marlon n’est pas aussi fournie que celle de son modèle, on notera certaines ressemblances avec les véritables protagonistes de cette période, en particulier Frank Silvera qui est presque une copie conforme du général Huerta.

Et puis Brando est tellement magnifique…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame historique, #Michel Hazanavicius
La plus précieuse des Marchandises (Michel Hazanavicius, 2024)

A l’instar de Spielberg (La Liste de Schindler), Polanski (Le Pianiste) ou Jon Avnet (1943, l’ultime Révolte), c’est au tour de Michel Hazanavicius de faire son film sur la Shoah, pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Et pour cela, il retourne à ses premières amours : le dessin. Dessin qu’il va animer, créant les personnages et adaptant le conte – émouvant – de Jean-Claude Grumberg. Nous connaissons le savoir-faire d’Hazanavicius dans la comédie, mais il nous a déjà montré que les sujets sérieux ne le rebutaient pas.

De plus, il a pu profiter une dernière fois de Jean-Louis Trintignant (le narrateur) avant sa mort.

Et le résultat est, encore une fois, à la hauteur des espérances (1).

 

C’est un conte, alors il était une fois, évidemment. Une pauvre bûcheronne (voix de Dominique Blanc) et un pauvre bûcheron (voix de Grégory Gadebois), perdus dans une chaumière de la forêt polonaise pendant la guerre. Un jour, les dieux des trains exaucent la femme : un enfant lui est offert, emmitouflé dans la neige, à l’intérieur d’un talith.

Parce que cet enfant est un Sans-Cœur, un bébé juif qu’on a jeté du train afin d’espérer lui offrir une autre vie. Le train, c’est celui qui allait à Auschwitz, avec sa cargaison de « marchandises », de celles qui disparaissaient en fumée une fois le train rendu à destination…

C’est une fille, et malgré ce que peut penser le pauvre bûcheron, elle a un cœur.

Ce sont les autres bûcherons, intoxiqués par les croyances et la propagande, qui n’en ont pas.

 

Certes, le rendu dessiné n’est pas aussi fluide qu’au temps de l’âge d’or disneyen, mais on l’oublie très vite tant ce film est émouvant et la composition est belle. De plus, la musique d’Alexandre Desplats complète magnifiquement le film, donnant un film fort à tout point de vue.

On sourit du bûcheron bourru, parce qu’on sait qu’il va craquer et finir par accepter cet enfant tombé du train – n’attendant rien du ciel… ON tremble avec la bûcheronne quand les bons citoyens veulent livrer cette même enfant aux autorités (nazies, bien entendu). Mais surtout, on apprécie grandement les véritables êtres humains que sont le couple sus cité, mais aussi la gueule cassée (voix de Denis Podalydès), ou encore le paysan qui ramasse le prisonnier décharné sur le bord de la voie et le conduit en ville, lui permettant alors de survivre.

 

Mais à chaque convoi, c’est la menace mortelle qui revient, emmenant son lot de cadavres en devenir, dont la lumière frontale déchire la fin de nuit du bûcheron qui part travailler. Ce train va rapidement obséder le vieil homme et nous donner le contexte de la petite « Marchandise ».

Et à un moment, l’évocation ne suffit plus : Hazanavicius nous emmène à vol d’oiseau au terminus du train aux wagons plombés : Auschwitz. Ce n’est jamais écrit qu’il s’agit de ce camp en particulier, mais entre les différentes voies et l’entrée – inoubliable – du camp, aucun doute ne subsiste.

 

Alors quand la guerre se termine et que le camp est libéré, Hazanavicius prend le temps de fixer ce décor lugubre et funeste, où on brûle les cadavres pour éviter la contagion. C’est aussi l’occasion d’une série de visages de suppliciés : de véritables morts hurlants. Des visages sans vie à la bouche ouverte dont le cri inaudible devient insupportable.

Et au milieu de cet enfer terrestre, cet homme qui a survécu (voix de Antonin Maurel), celui qui, sur un coup de tête, a parié que son autre fille aurait peut-être une chance.

Mais, comme nous le rappelle le narrateur, rien de ceci n’est vrai : c’est un conte.

 

Pourtant, un conte, ça doit finir bien, non ?

 

  1. Je n’en ai jamais douté.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Joseph Losey, #Costa-Gavras
Monsieur Klein (Joseph Losey, 1976)

Robert Klein (Alain Delon) est un homme d’affaires. Et dans le Paris du début 1942, les siennes marchent très bien : l’art se vend à vil prix. Il faut dire que les propriétaires qui veulent s’en dessaisir n’ont pas beaucoup d’opportunité ni surtout de temps : ils sont juifs.

Oui, monsieur Klein est ce qu’on appelle un « profiteur de guerre ».

Mais un matin, alors qu’il raccompagne un client (Jean Bouise), il trouve un journal qui lui est adressé sur le pas de sa porte. Ca ne pourrait pas porter à conséquence si cet imprimé n’était Information Juives, distribué uniquement à des abonnés. Or, Robert Klein n’est pas juif, donc aucune raison de recevoir cela.

A moins qu’il existe un homonyme, juif, qui essaie de se faire passer pour lui, ou de le piéger…

 

C’est du sur mesure – un scénario commencé par Costa-Gavras et achevé par Franco Solinas & Fernando Morandi – pour un Alain Delon au fait de sa gloire – et de son talent. Nous sommes loin du spectacle, et proche du jeu melvillien du Samouraï quelques années plus tôt : tout est dans la retenue et la sobriété.

Robert Klein, celui que nous suivons, n’a rien d’exceptionnel. Il est ce qu’on appelle un « bon Français », bien au fait de la situation générale, et comme beaucoup d’autres, il s’en satisfait puisqu’il s’enrichit progressivement sur le dos des persécutés.

Et Losey nous donne la clé de son film dès le début : une femme (Isabelle Sadoyan) est auscultée par un médecin (Jacques Maury) afin de confirmer ou non sa judéité. Dans le même temps, son mari subit la même humiliation. Et quand ils se retrouvent, ils se mentent.

 

Et le film de Losey est le développement d’un incroyable mensonge qui a, hélas, permis la mort de millions de personnes. Et si le contexte n’était pas si grave, on pourrait presque qualifier cette intrigue d’absurde, tant la vie de ce Robert Klein bascule. C’est, pour lui, un autre monde, où il n’est plus complètement lui-même, ni tout à fait un autre. Et le plan qui illustre au mieux cette idée voit Klein parler à un chasseur (de restaurant) qui lui explique (lui aussi) que le véritable Klein (l’autre, donc) lui ressemble : en face de Delon-Klein, un miroir qui lui renvoie, évidemment, son image !

Mais alors que tout ceci n’aurait pu être qu’un malentendu, Klein (Delon), évidemment, nous ne voyons jamais l’autre) va entrer dans le jeu et – fatalement – mettre son doigt dans un engrenage qui – inévitablement – va le broyer.

 

Et parallèlement, Joseph Losey va installer la perte de Klein : les cadres de la Préfecture de Police qui se réunissent, la collecte des noms et les vérifications des adresses qui leur correspondent par des fonctionnaires de police bien appliqués. Ce sont de courtes séquences qui émaillent l’intrigue principale, jusqu’à l’opération finale qui, si elle n’est jamais nommée ressemble beaucoup à la Rafle du Vel’d’Hiv’ (15 & 16 juillet 1942).

La perte de Klein car ce dernier, à poursuivre son homonyme va certainement le retrouver : il n’est plus qu’à quelques mètres de lui quand le film se termine dans un train qui part pour les camps de la mort… Où se trouve aussi l’acheteur du début, celui qui lui avait souhaité plus ou moins ironiquement « bonne chance »…

Et Losey, à travers cette erreur judiciaire (1) – mais c’en est aussi une, et encore plus grande, pour les Juifs raflés – Losey fait subir à son personnage principal le même sort que ceux qui sont persécutés : justification d’aryanité, interdictions diverses, saisie des biens. Et bien sûr, arrestation puis déportation.

 

Bien sûr, il y a du Kafka dans cette histoire, entre la Métamorphose et Le Procès, nous trouvons un homme qui va progressivement être broyé par un système inique pour disparaître et, au final (après le film ?) n’être plus rien, un visage dans la foule qui disparaît pour ne plus exister : la mort l’attend, là encore inévitablement. Et à qui s’adresse la dernière réplique ? A son ami Pierre (Michael Lonsdale) ? A lui-même ? Au spectateur ?

A personne. Nous savons tous qu’il ne reviendra pas.

 

Et Delon nous offre à nouveau une prestation phénoménale, interprétant cet homme aux prises à une situation autant absurde que tragique. Mais à nouveau, soulignons la kyrielle de seconds rôles qui supportent admirablement le jeu de la star. A chaque coin de rue plan, une tête plus ou moins connue qui interprète, elle aussi au même niveau que la vedette : Michel Aumont (le commissaire), Juliet Bertho (Jeanine), Gérard Jugnot (le photographe), Louis Seigner (le père de Robert)… La liste est longue et réjouissante.

De plus Losey recrée avec sobriété cette période on ne peut plus troublée, dans les beaux décors du vétéran Alexandre Trauner.

 

Les grands absents sont étonnamment (?) les soldats allemands : alors que les images d’archives de l’époque nous les montrent à chaque coin de rue, ici, deux séquences nous les présentent : à Strasbourg nous en croisons un, et dans un cabaret, quelques uns profitent d’un spectacle antisémite de (très) mauvais goût (pléonasme).

Pourquoi cette absence ? Tout simplement pour faire mentir la femme juive qui a été raflée et qui ne veut pas croire que la police française  peut (et donc va) les livrer aux Allemands…

Eh oui, c’est la police française, toute seule, qui s’est permise cette infamie…

Ne l’oublions pas !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Jonathan English
Le Sang des Templiers (Ironclad - Jonathan English, 2011)

Les Templiers sont de retour !

Enfin, surtout l’un d’entre eux : Thomas Marshal (James Purefoy – ça ne s’invente pas), un tantinet las de ces années passées sous la bannière d’Ordre.

Cet Ordre qui a combattu Jean Sans Terre (Paul Giamatti) en Angleterre, jusqu’à la signature de la Magna Carta (1215).Mais Jean est revenu sur sa signature et le baron William d’Aubigny (Brian Cox) lève une armée pour tenir une place stratégique en attendant l’arrivée des troupes du roi Louis.

Tout se joue dans le château de Rochester, possession du baron de Bornhill (Derek Jacobi) et sa charmante femme Isabelle (Kate Mara, la sœur de).

Marshal sur les injonctions de l’archevêque Langton (Charles Dance) a rejoint d’Aubigny.

Ce qui n’est pas sans laisser indifférente la belle Isabelle…

 

Donc, c’est au tour de Jonathan English de surfer sur la vague templière, qui déferle depuis le retour des Pauvres Chevaliers du Christ, grâce entre autres, au roman de Dan Brown, le Da Vinci Code.

Bien entendu, le titre français insiste beaucoup plus que l’original sur la participation de l’Ordre dans l’intrigue. « Ironclad » signifie – tout simplement – « cuirassé », en armure, quoi. Enfin surtout en cotte de maille. Et Thomas Marshal est un Templier exemplaire, dévoué totalement – fanatiquement ? – à l’Ordre.

Mais, heureusement, nous avons droit à une fin heureuse, un brin prévisible en ce qui le concerne. Il en va presque de même pour Jean qui ne survivra pas longtemps, terrassé par la dysenterie, comme on peut le lire dans les livres d’Histoire.

 

Pour le reste, nous sommes au cinéma, et l’Histoire pourra repasser : ce n’est pas ce qui nous intéresse le plus.

Par contre, le « sang des Templiers » dont il est question est une chose avérée dans l’intrigue (1) : les chevaliers dont il est question ici sont les compagnons de Marshal qui seront massacrés par les hommes de Jean (toujours lui !) pour lui permettre de s’enfuir.

Bien entendu, comme tous les Templiers, Thomas est partagé entre la religion et les armes, bien que ces dernières semblent – ou tout du moins nous sont présentées ainsi – avoir sa )préférence. Et, à l’instar de leur réputation, Marshal est un guerrier invincible, connaissant toutes les techniques permettant de se défaire de n’importe quel assaillant.

 

Et Jonathan English en plus de s’être adjugé les services de David Egby (le chef-op’ du Mad Max original !) pour le rendu esthétique de l’énergie viscérale qui anime tous ces guerriers, s’appuie sur les stéréotypes médiévaux, mis au goût de notre jour.

EN effet, le Moyen Age est considéré comme un âge sombre, alors il n’hésite pas à jouer sur l’absence de couleur, filmant dans un faux noir et blanc parfois émaillé de teintes colorées.

Bien sûr, la croix sur le tabard de Marshal est rouge –è condition sine qua non de l’appartenance à l’Ordre – mais c’est quasiment la seule véritable couleur qui perdure dans un tableau plutôt grisâtre.

Et cette absence de couleur est la marque de cette rébellion (qui a commencé avant le début de l’intrigue proprement dite), amenant malgré tout une distance par rapport à la violence des combats.

 

Et si le film se laisse regarder agréablement, c’est avant tout parce que English a respecté le précepte inamovible qui veut que le méchant – le roi Jean, donc – soit bien caractérisé ainsi. C’était plutôt facile, puisque depuis Allan Dwan et son Robin des Bois (1922), Jean a toujours le mauvais rôle. Difficile alors pour Paul Giamatti de passer après Sam DeGrasse (1922) ou Claude Rains (1938), Alan Rickman ou encore Jason Isaacs en 2010...

Rassurez-vous, il y arrive très bien, et nous propose un Jean tout aussi haïssable que les autres !

 

  1. Pour une fois (?), le titre n’est pas trop racoleur…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Alan Parker
Mississipi Burning (Alan Parker, 1988)

21 juin 1964, comté de Jessup (Mississipi).

James Chaney, Andrew Goodman & Michael Schwerner, trois militants pour les Droits civiques sont poursuivis et tué par les autochtones.

Le FBI envoie deux agents pour enquêter : Alan Ward (Willem « Grodin » Dafoe) et Rupert Anderson (Gene « Popeye » Hackman). Si le premier est un défenseur convaincu des Droits civiques et de leur application auprès des minorités de couleur, le second est plus ambigu : le milieu du Ku Klux Klan (les assassins) et leurs chanson n’est pas une découverte. Normal, il a grandi dans un autre coin de ce même état ségrégationniste.

Bien entendu, les deux agents se heurtent à un mur de silence : tout le monde sait qui a tué les trois militants, mais comme c’étaient des « amoureux des nègres » (1), on préfère les protéger.

 

SI le film s’appuie sur histoire vraie – la disparition pour cause d’assassinat des trois militants (qui ne sont jamais nommés mais ressemblent à leurs modèles) – Alan Parker et Chris Gerolmo (scénario) ont choisi d’embellir le rôle du FBI qui ne fut pas toujours très reluisant dans cette affaire. Pour deux raisons : ne pas en rajouter sur l’image (ternie) de l’administration et surtout pour concentrer l’attention du spectateur sur les véritables coupables de cette affaire sordide, les membres du Klan. Comme toujours, au cinéma, tout est possible.

Et Parker qui vient de quitter la Louisiane (Angel Heart) pour un autre aspect du Sud, réussit a recréer cette atmosphère de haine ordinaire qui baignait cette époque (et continue pour certains, évidemment). C’est le Sud profond, pour ne pas dire « bouseux » qui est présenté là, avec ses traditions raciales violentes : l’ouverture du film nous montre une église qui brûle, justifiant d’entrée le titre.

 

Et cette violence est partout, le plus souvent latente, créant un climat de peur pour les victimes désignées (les Noirs), annoncée presque à chaque fois par les cagoules blanches (mais pas pointues !) qui caractérisent l’organisation criminelle sus nommée. Et là encore, Parker brosse un tableau peu flatteur pour les habitants de ce comté (fictif) : il faut dire que les membres de la police font eux aussi partie du Klan…

Bref, c’est un travail de titan que doivent abattre les agents du FBI, nécessitant beaucoup plus de personnes que les deux prévues initialement. Et Parker insiste sur les méthodes employées par son duo d’enquêteurs : d’un côté, le très académique Ward, pur produit de l’Est (les Yankees pour les gens du crû) et de l’autre le vieux briscard Anderson, familier de cet univers raciste.

 

Et c’est l’interprétation qui donne au film sa touche d’authenticité indispensable pour emmener le spectateur. Les deux policiers principaux – le shérif Stuckey (Gailard Sartain) et son adjoint Pell (Brad « Wormtongue » Dourif, encore une fois formidable), tout comme leurs acolytes – Bailey (Michael « Yondu » Rooker) ou Townley (Stephen « Ned » Tobolowsky) – sont répugnants à souhait et focalisent rapidement l’antipathie, donnant à cette intrigue des méchants magnifiques. Ion notera aussi la présence de R. Lee « Harman »  Ermey dans le rôle du maire, autre personnage fort peu recommandable.

Bien sûr, le duo des « gentils » est lui aussi réussi, avec, bien entendu, une mention spéciale pour Gene Hackman, dont le personnage peut rappeler Popeye Doyle pour certaines de ses pratiques. Son personnage nous apparaît ambigu au départ : il faut dire que son origine mississipienne joue en sa défaveur face à ce pur produit de l’administration héritée des frères Kennedy. Et surtout, sa connaissance des chants du Klan est franchement déplacée dans le contexte de leur arrivée. Mais, tout comme Doyle, Anderson a ses méthodes personnelles qui déplaisent fortement à Ward : dès le début, on sent un affrontement latent entre ces deux hommes qui passeront à l’acte, sans toutefois mettre en péril leur enquête. On peut presque dire que la lutte physique – courte – qui les oppose va les rapprocher, devenant alors le point de basculement de leur enquête, comme si se battre leur aura permis de véritablement se mesurer et s’apprécier. Et la dernière parole de Ward envers Anderson confirme cet état de fait.

Et puis il y a la femme. Celle qui va faire basculer l’intrigue et permettre de neutraliser les méchants : Mrs. Pell (Frances McDormand). Elle est (encore) jeune mais désabusée depuis longtemps, surtout avec un mari comme le sien (voir plus haut). Et Frances McDormand est encore une fois formidable.

 

Alan Parker a encore frappé. Et encore une fois, c’est magistral.

 

  1. « Nigger lover » : insulte commune qui servit d’abord à fustiger les abolitionnistes pendant la Guerre de Sécession, puis les défenseurs des Droits civiques.
  2.  

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Drame historique, #Buzz Kulik, #Anthony Hopkins
L'Affaire Lindbergh (The Lindbergh kidnapping Case -Buzz Kulik, 1976)

Si 1976 a célébré les deux cents ans de la Déclaration d’Indépendance aux Etats-Unis, elle fut aussi l’occasion d’un anniversaire beaucoup moins glorieux, voire funeste : le 4 avril 1936 était exécuté Bruno Richard Hauptmann, assassin du jeune Charles Lindbergh Jr., fils du célèbre pionnier de l’aviation du XXème siècle.

Mais reprenons.

 

Samedi 21 mai 1927, à 22 h 30, Charles Lindbergh (Cliff de Young) atterrit sur la piste du Bourget. Il reviendra en héros à New York quelques jours après. La vie reprend. Lindbergh s’est marié avec Anne Morrow (Sian Barbara Allen) et ils ont eu un petit garçon en 1930.

Mardi 1er mars 1932, le petit Charles est enlevé dans sa chambre. On le retrouvera le 12 mai suivant. Mort.

La police est sur les dents et mène une enquête approfondie afin de retrouver l’enfant (1), tandis que la presse harcèle le couple Lindbergh afin d’en tirer le plus de détails possibles.

C’est donc un immigré allemand,Bruno Hauptmann (Anthony Hopkins) qui est arrêté pour avoir écoulé un des billets de la rançon : sa voix a été reconnu par Lindbergh et l’homme qui a mené les tractations, le professeur Condon (Joseph Cotten).

Hauptmann sera donc jugé, condamné et exécuté.

 

C’est donc la chronique d’une mort annoncée qui nous racontée ici, et surtout l’une des plus grandes affaires de l’Entre-deux-guerres aux Etats-Unis (2). La mort de celui qui fut considéré –à tort ou à raison – comme le meurtrier du petit Lindbergh. Et Buzz Kulik, spécialiste du téléfilm, raconte avec beaucoup de soin cette histoire sordide, mettant en évidence les différentes passions qu’a pu déchaîner cet événement funeste.

Mais surtout, il donne à cette histoire une dimension humaine forte, s’attachant toujours à des détails qu’on peut juger de futiles, mais qui s’intègrent dans une histoire où la vie d’un enfant puis d’un homme est en jeu. Jusqu’au sténotype de la greffière qui enregistre imperturbablement les différentes étapes du procès, alors que la tension extérieure a gagné la salle d’audience.

 

Et c’est surtout en mettant l’accent sur le rôle des médias – la radio et surtout la presse – qu’il nous ramène avant tout à cette notion fondamentale : avant d’être ce héros de l’aviation, Lindbergh est un homme comme les autres. Et on peut aisément imaginer qu’il ait pu regretter son exploit pendant ces heures sombres : c’est avant tout pour ce qu’il représente et non ce qu’il est que la campagne de presse atteint un tel paroxysme. Des enfants enlevés l’étaient régulièrement – l’est toujours ? – et les journaux n’en faisaient pas pour autant leurs choux gras.

Et cette engouement fanatique et médiatique se transpose sur un public friand de sensations plus ou moins saines : plus parce que l’enlèvement d’un enfant est une expérience des plus traumatisantes et cruelles ; moins parce que d’une certaine façon, on se repaît du malheur d’autrui, d’autant plus grand que la personne est en vue.

 

Et en même temps que les progrès de l’enquête, nous voyons monter la ferveur populaire qui va progresser elle aussi jusqu’à culminer dans l’avant-dernière séquence (la dernière revient à la famille Lindbergh, exilée pour avoir un semblant de paix) : devant la prison où doit avoir lieu l’exécution, les badauds réclament encore la mort du ravisseur !

Mais, et c’est là qu’est tout l’art du réalisateur la fin publique de cet épisode se termine dans une apothéose silencieuse.

Alors que la déclaration de culpabilité et la sentence de mort sont accueillies par un enthousiasme paroxystique digne d’une victoire sportive majeure ou mieux une déclaration de paix, le public massé se disperse alors dans un silence épais, voire religieux. Comme s’il prenait le deuil de l’homme qui venait de mourir. C’est une conclusion qui m’avait marqué quand j’étais (beaucoup) plus jeune et qui s’est confirmée lors de ce nouveau visionnage. Et aujourd’hui, deux questions se bousculent à propos de cette attitude :

  • est-ce parce que le public se rend compte qu’un homme est mort qu’il quitte silencieusement les lieux du supplice ?
  • Ou est-ce parce qu’il est prêt à passer à autre chose, avec à nouveau la même ferveur ?

 

  1. Mort depuis le premier jour, mais on ne le sait pas encore…
  2. L’autre étant Sacco & Vanzetti.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Roger Spottiswoode, #Ed Harris
Under Fire (Roger Spottiswood, 1983)

 

Juillet 1979 : Anastasio Somoza Debayle (René Enriquez), qui dirige alors le Nicaragua, fuit avec les dépouilles de son père et son frère.

Et avant ?

Avant, c’est un régime corrompu dirigé par le personnage sus cité, et, bien tendu, soutenu par les Etats-Unis.

Mais si Somoza a quitté le pays, c’est avant tout parce que son régime a franchi la ligne rouge : la Guardia (milice d’état) a abattu froidement le journaliste Alex Grazier (Gene Hackman) sous les yeux – et l’objectif – de son ami Russell Price (Nick Nolte). Ses clichés sont arrivés à Washington et précipité la chute du dictateur : il n’était plus question de soutenir un tel régime…

 

Il s’agit ici seulement du troisième film de Roger Spottiswood, et ce que l’on peut dire sans hésitation : bravo ! C’est un film courageux comme (seuls ?) savent les faire les Américains, dénonçant en plus d’une situation injuste, une participation (ô combien controversée) de leur pays dans un conflit qui leur est théoriquement étranger. Mais nous sommes en 1979 pour l’intrigue et 1983 pour la sortie, et la Guerre Froide n’est pas encore terminée, comme ce sera mentionné dans le film. Les Américains, par l’intermédiaire du trouble Oates (Ed Harris), sont sur place et orchestrent la répression contre une rébellion juste et promise inexorablement à la victoire.

 

C’est donc dans ce contexte que Russell Price débarque, après avoir couvert les événements du Tchad – ce qui lui valut la couverture de Life (1). Et cette fois-ci, c’est un tantinet plus sérieux, puisque c’est une véritable situation de siège dont il est ici question.

Bien entendu, Price penche plutôt du côté des rebelles – naturellement – mais sa position de journaliste lui commande de rester neutre. Difficile dans un pays à feu et à sang gouverné par un dictateur sanguinaire. Qui en plus de la CIA, peut compter sur un personnage trouble : Marcel Jazy (Jean-Louis Trintignant). Ce quidam n’est jamais clair jusqu’à ce que Price découvre véritablement son rôle dans tous ces événements. C’est un jusqu’au-boutiste dangereux qu’une seule chose peut arrêter : une balle dans la tête.

 

Et Price, au milieu de tout ça se retrouve utilisé par les deux camps (et les Etats-Unis, ce qui en fait un troisième !) en fonction de la tendance du moment, mais surtout des enjeux politiques. Bref, une situation intenable pour un journaliste digne de ce nom.

Jusqu’à un certain point : quand il s’agit de sa propre survie, le choix devient tout d’un coup plus facile.

Et Nick Nolte campe avec brio et conviction ce photoreporter qui se retrouve à chaque occasion en première ligne, risquant continuellement sa vie : entre les balles perdues (pas pour tout le monde) et la milice du régime en place, cela ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre.

Et Spottiswood film avec beaucoup d’à propos cette intrigue politique, suivant essentiellement Price, mais aussi Claire (Joanna Cassidy), ex-femme de Grazier maintenant avec son ami, qui essaient tant bien que mal de survivre, un brin écoeurés par le jeu – dangereux – que joue leur propre pays.

 

Bref, c’est un grand film que nous offre ici Roger Spottiswood, alliant maîtrise technique et dénonciation politique, à tel point qu’on en retrouvera un écho – plus tragique – dans le Salvador d’Oliver Stone trois ans plus tard : même année, et toujours cette Amérique Centrale dont l’enjeu stratégique (?) justifie les pires exactions – des locaux comme des Gringos – au nom de la protection contre le Communisme !

Non seulement on suit avec beaucoup d’intérêt cette fuite en avant – avec des objectifs différents en fonction des différents protagonistes – mais surtout on apprécie beaucoup la reconstitution de ce conflit, avec en prime un clin d’œil – plus qu’appuyé – à Ernesto « Che » Guevara…

 

  1. On notera avec amusement la présence d’éléphants d’Inde (aux petites oreilles)…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Christophe Gans
Le Pacte des loups (Christophe Gans, 2001)

 

Entre 1764 et 1767, plus d’une centaine de personnes sont tuées par un animal mystérieux :
la Bête du Gévaudan.

Il faudra donc trois ans pour que cette bête soit mise hors d’état de nuire, et ce malgré l’intervention d’un chasseur royal (Johan Leysen) qui revint à Versailles avec un trophée.

Mais était-ce vraiment un loup comme on a voulu le (faire) croire ?

N’y avait-il pas quelque intervention humaine, sinon merveilleuse derrière cette menace mortelle ?

C’est ce que pense le chevalier de Fronsac (Samuel Le Bihan), naturaliste venu étudier ce phénomène.

Mais cette étude, et surtout cette personne a l’air de gêner l’aristocratie locale…

 

Du sang, du sexe, de la violence, un peu de mysticisme, du fantastique… Tout est là pour le spectateur, sans oublier une distribution à la hauteur de l’enjeu, mêlant nouvelle et anciennes générations. Somptueux.

Et Christophe Gans nous renvoie près de deux cent cinquante ans en arrière, sous Louis XV, vingt-cinq ans avant la fin de cet ancien régime. C’est d’ailleurs l’un des protagonistes qui nous accompagne dans cette histoire, le marquis Thomas d’Apcher (Jacques Perrin – vieux – et Jérémie Renier – jeune).

Et quelle histoire !

 

On y retrouve quelques éléments historiques, bien sûr, voire des personnages ayant réellement existé (Morangias au lieu de Morangiès, Apcher au lieu d’Apchier…) et surtout une explication un tantinet occulte – on ne parlait pas encore autant de complotisme – qui s’explique de deux façons :

  • certains historiens ont avancé que cette bête était commandée par quelque(s) puissant(s) de la région ;
  • au cinéma, (presque) tout est permis !

Et rien ne nous est épargné dans cette intrigue qui voit même apparaître un véritable Indien d’Amérique (Mark Dacascos) spécialiste de la lutte au corps à corps (1).

Qu’importe : le spectacle est là, il y a de quoi se réjouir.

 

D’autant plus que Gans prend son temps pour monter son intrigue, faisant intervenir des personnages qui auront leur importance. Et en particulier Sylvia (Monica Bellucci), la superbe fille de joie…

Mais ce film est avant tout une série de faux-semblants où les personnages – hormis Fronsac et ceux qui sont avec lui – ne sont pas vraiment ceux qu’ils veulent faire paraître.

Et par contre, la mort de Fronsac – empoisonnement par le geôlier (François Hadji-Lazaro) ne nous trompe pas : on ne veut tout d’abord pas y croire – comme Marianne (Emilie Dequenne) – et puis de toute façon, il reste encore du temps avant la fin du film !

 

Bref, on est rapidement séduit par cette histoire dans l’Histoire, même si l’usage répété du bullet time peut lasser (c’est mon cas).

Quoi qu’il en soit, on suit avec beaucoup d’intérêt les ramifications de ce complot, en reconnaissant tel acteur ou telle actrice, au détour d’un plan.

 

Un régal.

 

  1. Un petit peu trop d’ailleurs : Dacascos est un véritable spécialiste des arts martiaux, peu en adéquation avec les méthodes de l’époque. Mais encore une fois, nous sommes au cinéma.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape & Epées, #Drame historique, #Henry King, #Orson Welles
Echec à Borgia (Prince of Foxes - Henry King, 1949)

 

Le « Prince des renards » dont il est question dans le titre original, c’est le capitaine Andrea Orsini (Tyrone Power), homme de confiance de l’homme fort de l’époque, Cesare Borgia (Orson Welles), celui du titre français.

Borgia veut dominer l’intégralité de la Toscane, et pour cela, il envoie son homme de main négocier dans différents endroits. Jusqu’à la négociation de trop : la Citta del Monte, tenue par le comte Verano (Felix « Plautius » Aylmer). Si Orsini n’est pas (du tout) insensible aux charmes de la comtesse (Wanda Hendrix), il en a tout de même assez des manigances de son commanditaire et se met au service du comte.

Bien sûr, Borgia ‘est pas satisfait et un long siège commence…

 

Bien entendu, le résumé ci-dessus ne prend pas en compte toute la complexité de la situation, et Henry King, vétéran du cinéma, nous réjouit avec ce film d’intrigue(s) italienne(s) et qualifié de cape et d’épée avec abus. Seul le final peut justifier ce qualificatif, mais ce n’est rien par rapport au reste du film.

Parce que nous sommes au tournant du quinzième siècle, quand le seizième fait son apparition, et surtout quand le pouvoir de Cesare s’effrite.

Mais nous sommes à Hollywood (1), alors la vérité historique s’efface au profit du spectacle…

 

Et question spectacle, nous sommes gâtés : entre le faste des banquets- avec danseuses plus ou moins lascives (attention au code Hays !) – et la reconstitution du siège, c’est un véritable festival pour les yeux. Il ne manque que la couleur !

Et l’affrontement – distant – entre Borgia et Orsini est de toute beauté, le premier étant encore plus rusé, voire retors que le second !

Et encore une fois, si le duo en tête d’affiche fonctionne, c’est aussi parce que ceux qui suivent au générique sont à la hauteur de l’enjeu.

 

En premier lieu Everett Sloane – qui retrouve encore une fois son complice Welles – dans un rôle tout aussi retors que les deux autres : condottiere qui doit assassiner Orsini, il passe au service de ce dernier avant d’être engagé par Cesare soi-même ! De plus, son physique – magnifiquement travaillé par l’équipe de maquillage – s’accorde magnifiquement avec son personnage iscariotesque… D’ailleurs, Orsini ne s’y trompe pas : ayant des dispositions artistiques, il ne manque pas de peindre ce personnage complexe.

On notera aussi la participation de deux autres hommes de main de Borgia, Leslie Bradley (Don Esteban), autre méchant patenté et Eugene Deckers, qui ont en plus la tête de l’emploi !

Bref, une distribution là aussi à la hauteur.

Avec en prime la très belle Marina « Eunice » Berti (Angela Borgia, cousine de).

 

King, vieux briscard d’Hollywood, s’en donne à cœur joie et nous offre un siège superbe avec une violence un tantinet supérieure à ce qui se fait habituellement, l’éloignement pouvant en être la cause ! Certes, ce n’est pas l’assaut de Paris dans la série Vikings, mais tout de même : projectiles enflammés, archers et arbalétriers qui font mouche »… Ca tombe comme à Gravelotte !

Et la présence de Tyrone Power – pour la septième fois (sur 10 !) – à ses côtés est un autre gage de qualité de ce film. Son charme allié à son agilité en fait un personnage très attachant. Et s’il est présenté comme celui qui va permettre la chute de Borgia n’est pas non plus pour déplaire (2). Qu’importe la réalité historique, c’est du cinéma.

Et du grand cinéma !

 

  1. La production, bien sûr, vu que tout a été tourné sur place !
  2. La mort du pape Alexandre VI (père de Cesare) est la véritable cause de sa chute inévitable.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Peter Mullan
The Magdalene Sisters (Peter Mullan, 2002)

Les sœurs Madeleine, ce sont celles qu’on nommait « filles perdues » : elles avaient fauté avant le mariage. Toutes ces (parfois très) jeunes femmes se trouvent ici pour des raisons diverses mais ayant toutes, de près ou de loin un rapport avec le sexe.

Rose (Dorothy Duffy) parce qu’elle a mis au monde un joli petit bébé, un jour de 1963. Margaret (Anne-Marie Duff) parce qu’elle a été violée par son cousin. Et Bernadette (Nora-Jane Doone parce qu’elle répondait aux garçons qui matent les filles de l’orphelinat.

Elles arrivent toutes les trois en même temps, et se retrouvent sous la férule de sœur Bridget (Geraldine « Miss Marple » McEwan), qui les envoie travailler avec les autres « pauvres filles », laver, rincer, sécher et repasser le linge.

C’est donc un bagne moderne, à l’abri des regards, où on rappelle sans cesse à toutes ces femmes leur faute originelle et leur obligation d’expier. Eternellement.

J’oubliais : nous sommes en Irlande et la révolution sexuelle n’est pas près d’arriver…

 

C’est pendant presque 240 ans que ce genre d’institution – essentiellement catholique – a prospéré un peu partout dans le monde (surtout anglophone), et pus de 30.000 femmes qui y ont vécu, et dont certaines n’ont pas survécu. Parmi ces dernières, la présence depuis plusieurs décennies était le meilleur garant de leur fidélité : s’enfuir ? Pour aller où ?

Et ce que montre Peter Mullan, c’est un univers qui n’est pas sans rappeler la prison : des femmes sont des prisonnières et en plus, elles n’ont même pas la possibilité d’une visite : de toute façon, il n’y a pas de parloir. Pour en sortir, trois possibilités : mourir, entrer dans les ordres, ou s’évader. Mais il en existe une autre que je vous laisserai découvrir…

 

Bien évidemment, lors de la projection à Venise (pendant la Mostra), le Vatican n’a pas beaucoup apprécié (tiens, tiens…), jugeant ce film anticlérical. Mais pas besoin de faire dans l’anticléricalisme pour comprendre que ces religieuses ne le sont pas toujours. Quant au curé, on ne peut que donner raison à la malheureuse Crispina (Eileen Walsh).Parce que si ces jeunes femmes ont toutes le même dénominateur commun, cet « homme de Dieu » a tendance à en abuser… Comme quoi, rien de nouveau.

 

Toujours est-il que Mullan signe ici un film choc sur ces drôles de blanchisseries : on y lave le linge sale, mais on n’en ressort pas propre pour autant, et encore moins en odeur de sainteté. Et cet enfer carcéral est véritablement plombé par la religion omniprésente, de la prière matinale aux actions de grâces prandiales, en passant par les lectures dans le réfectoire à chaque repas. Sans oublier la rédemption qui permet à certaines femmes – les religieuses – de maintenir d’autres femmes – les victimes « emprisonnées » – sous leur joug, avec en prime des sévices physiques.

 

Non seulement le film de Mullan a ouvert certains yeux sur cette abomination (1), mais il va encore falloir attendre sept ans pour que les autorités britanniques rendent un rapport de la situation (partielle, toutes les maisons n’ont pas été étudiées) !

Là encore, l’interprétation joue un grand rôle dans la qualité du film : normal, Mullan est avant tout un acteur, alors il ne peut qu’être un réalisateur généreux avec ses interprètes.

Et son trio de premier plan est d’une grande justesse. Toutes les trois sont des pensionnaires convaincantes, chacune dans son malheur et, dirais-je, son injustice. Injustice pour Rose qui perd son prénom à la suite de son enfant (adopté), injustice pour Margaret qui a été violée, et injustice pour Bernadette, beaucoup trop jolie pour être honnête, bien sûr.

Avec en prime Anne-Marie Duff qui est la plus âgée des trois mais interprète semble-t-il la plus jeune !

Et n’oublions pas les nonnes, Geraldine McEwan (bien loin de Miss Marple !) en tête, dont les agissements sont d’une ignominie grave. Là encore, le principe hitchcockien est appliqué : les méchantes le sont vraiment, et on a plaisir à les haïr.


A voir, rien que pour prendre conscience de la vie de ces pauvres femmes.

 

  1. Les miens entre autres, et ceux qui n’ont vu que le film : le documentaire (Sex in a cold Climate, 1998) a inspiré Mullan pour son scénario.
Blanchisserie irlandaise, début XXème siècle

Blanchisserie irlandaise, début XXème siècle

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