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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame historique

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Richard Boleslawski, #Charles Brabin
Raspoutine et l'Impératrice (Rasputin and the Empress - Richard Boleslawski & Charles Brabin, 1932)

Il faut attendre (et atteindre) la vingt-huitième minute pour qu’il entre enfin en scène : Grigori Efimovitch Raspoutine (Lionel Barrymore). Il porte son habit sombre et bien sûr sa longue barbe.

Il est humble, comme il se doit, mais nous ne nous y trompons pas : c’est un être malfaisant qui vient d’arriver comme le suggère la caméra du grand William H. Daniels : il s’avance vers l’impératrice (Ethel Barrymore), et son ombre va bientôt la couvrir, annonçant la main mise qu’il aura sur cette famille singulière.

Mais reprenons. Alors qu’il s’amuse avec ses sœurs, le tsarévitch Alexis (Tad Alexander) tombe et s’écorche. Rien de bien grave, normalement, mais cet incident révèle une infortune plus grave : l’hémophilie. Le docteur du palais (Edward Arnold) est impuissant, et il demande même l’aide de son confrère allemand (Gustav von Seyffertitz) qui ne peut rien de plus.

C’est alors qu’arrive l’homme de la situation, Raspoutine. Certes, il va soigner l’enfant, mais il va l’hypnotiser et le tenir sous sa coupe. Son ambition : régner sur la Russie.

 

En 1932 (quand sort le film), c’est avant tout la légende de Raspoutine qui alimente les récits : racontée par ceux qui ont participé à l’exécution de l’homme et qui ont un tantinet enjolivé les choses, faisant naître cette légende. Ce sera donc par le poison que Grigori Efimovitch va mourir, avec en prime une noyade dans une eau des plus gelées (nous sommes fin décembre 1916). Et le prince auteur de cette exécution, s’il ne s’appelle pas Ioussoupov, en est tout de même bien inspiré : Paul Chegodieff (John Barrymore).

[NB : Ce sont les balles qui ont tué Raspoutine, et il semble qu’il n’y ait eu aucune tentative d’empoisonnement…]

 

Et en plus de ce personnage particulier, l’intérêt du film réside dans la présence des trois Barrymore. Si ce n’est pas la première fois (c’était en 1917), nous sommes obligés de convenir que c’est la seule fois puisque le film précédent (National Red Cross Pageant) est perdu. Et c’est une sacrée gageure que d’avoir réussi à rassembler ces trois monstres sacrés.

Après John et son Svengali, c’est donc au tour de Lionel d’interpréter un personnage qu’on a plaisir à haïr.

Sa prestation est absolument phénoménale, proche du cabotinage, bien sûr, mais quand on est un Barrymore… Toujours est –il que son interprétation, couplée avec la caméra de Daniels nous offrent un spectacle captivant et surtout un Raspoutine ignoble à souhait : hypnose, débauche et ambition démesurée font de cet homme un être abject, archétype du méchant. Et les éclairages – quand il tente de pénétrer dans la chambre de Maria (Jean Parker) – accentuent son aspect malsain.

 

Et question décor, Gibbons (à moins que ce soit plutôt Alexander Toluboff, ce qui semblerait plus logique, Gibbons étant le grand patron du département décors) recrée la Russie tsariste avec beaucoup de faste et de magnificence. La cérémonie des trois cents ans de pouvoir des Romanov qui ouvre le film donne une assez belle idée de ce que va être l’aspect général du film. Parce qu’en plus, on a convoqué les chœurs orthodoxes grecs et russes de Los Angeles pour donner encore plus de poids à cette re-création. A cela s’ajoutent des archives documentaires de l’époque, ce qui nous donne un film on ne peut plus russe.

C’est, de ce point de vue, un vrai régal, avec en prime un véritable russe de Saint-Pétersbourg : Mischa Auer (le serveur de pâtisseries empoisonnées).

 

Bref, un film spectaculaire interprété par une kyrielle de grands noms qui, malheureusement, fut un échec à sa sortie. Dommage, il méritait beaucoup mieux !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Franklin J. Schaffner
Ces Garçons qui venaient du Brésil (The Boys from Brazil, Franklin J. Schaffner, 1978)

Attention : de véritables éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans le texte qui va suivre. Lisez à vos risques et périls…

 

Et s’ils viennent du Brésil, ce n’est pas par hasard.

L’Amérique du Sud fut un eldorado après la Deuxième Guerre Mondiale, surtout pour ceux qui étaient recherchés plus ou moins activement pour leur participation aux crimes de guerre qui furent jugés à Nuremberg dès 1946.

Et parmi ces criminels recherchés, nous en trouvons un en bonne position : le docteur Josef Mengele, ce médecin nazi qui expérimentait sur des sujets vivants et plus spécialement des enfants, avec une préférence (fascination) pour les jumeaux.

Ici, c’est Gregory Peck qui interprète ce terrible docteur.

EN face, nous trouvons Ezra Liebermann (Sir Laurence Olivier), chasseur de nazis en free-lance, inspiré par un véritable pourfendeur de ces criminels surdéterminés : Simon Wiesenthal.

 

Brillant.

Franklin J. Schaffner nous offre ici un film haletant et en particulier à Gregory Peck un rôle de super méchant qui lui va – tant pis pour lui – comme un gant. On le lui a d’ailleurs reproché ! Il est un Mengele absolument répugnant, fanatique et surtout toujours en vie ! Enfin quand le film sort : il mourra quelques mois plus tard, d’une crise cardiaque alors qu’il se baignait. Pour l’anecdote : la date de la mort de Mengele coïncide quasiment avec celle de son double dans le film…

Et face à un tel méchant, Laurence Olivier nous interprète un chasseur de nazis de première force, avec en prime un accent allemand qui ne le quitte pas du début à la fin du film.

C’est peut-être là que le bât blesse : était-il vraiment utile de prendre un accent germanique ?

Je préfère la technique de Huston dans La Lettre du Kremlin : il commence par faire parler ses personnages dans leur langue avant de passer à l’anglais (sans accent) pour faciliter la compréhension des spectateurs.

Certes, cet accent allemand donne un accent de vérité quand il rencontre David Bennett (John Rubinstein) qui est américain, mais quand Liebermann est à Viennes (sa résidence) et s’entretient avec un compatriote (Bruno Ganz), l’anglais devient inutile, voire incongru.

 

Quoi qu’il en soit, on suit avec beaucoup d’intérêt cette traque forcée (pour Liebermann), et on a tendance à frissonner quand on rencontre pour la première fois Jeremy Black, dans le rôle d’Erich Doring. Surtout quand il passe dans un couloir où deux miroirs se font face : c’est alors une reproduction à l’infini (enfin un peu moins) du personnage qui nous est présentée : vision prémonitoire de ce que va être l’intrigue !

En effet, Jeremy Black interprète trois autres rôles dans le film (et on imagine beaucoup plus dans l’intrigue de base) où il est présenté exactement de la même façon : cheveux noirs, yeux bleus, teint pâle. Seuls les vêtements changent.

Et il va falloir attendre la dernière demi-heure pour que Liebermann comprenne la similitude entre les différents jeunes garçons. Ils sont des clones, mais ni de Mozart ou Picasso, comme le suggère Bruckner/Ganz : tous sont une exacte réplication de Hitler, créé grâce au savoir faire du fameux docteur.

 

Outre les deux acteurs principaux, on retrouvera quelques figures connues dont James Mason (Eduard Seibert) en ancien militaire et criminel de guerre, ou Walter « Gogol » Gotell dans le rôle de Mundt, tueur de pères adoptifs. Malgré la présence de quelques femmes, dont Lilli Palmer (Esther Liebermann), ou Rosemary « Aunt May » Harris (Frau Doring, une des mères adoptives des chérubins), le film reste très masculin, dominé par le duo vedette.

C’est donc un film qui, près de cinquante ans après n’a rien perdu de sa force, même si les survivants nazis sont de moins en moins nombreux et surtout à des âges où ils ne font plus peur à personne. Mais en 1978, quand le film sort, il en reste encore beaucoup en vie, dont Mengele.

Mais le pire, c’est que leurs idées leur ont survécu.

 

PS : Il est amusant de voir Laurence Olivier dans le rôle du traqueur de criminel, lui qui fut un Docteur Szell des plus inquiétants dans Marathon Man. Docteur inspiré de celui qui nous intéresse ici…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Guerre, #Jean-Max Causse, #Roger Taverne
Le Franc-Tireur (Jean-Max Causse & Roger Taverne, 1972-2002)

Juillet 1944.

Après une résistance acharnée, les Allemands décident d’éliminer le foyer de résistance du Vercors. Il y aura plus de 630 morts du côté des résistants.

Parmi les combattants du massif, on retrouve le jeune Michel Perrat (Philippe Léotard), arrivé dans ce conflit à la suite du décès – violent – de sa grand-mère. Il faut dire que ce jeune homme s’était réfugié chez elle pour fuir le conflit, pensant trouver un refuge – une planque – pour terminer la guerre.

Mais la réalité le rejoint, et il doit fuir, rejoignant un groupe de partisans, devenant, malgré lui, l’un ‘entre eux.

 

On se demande bien pourquoi ce film fut interdit de sortie pendant près de trente ans. En effet, ce n’est que le 16 janvier 2002 qu’il put enfin sortir sur les écrans, mais dans seulement 6 salles (il y avait seulement 6 copies disponibles). Et d’une certaine façon, on peut considérer ce film comme le pendant résistant de Lacombe Lucien : tout comme le jeune homme qui entre en collaboration, Michel Perrat se retrouve du côté des résistants sans l’avoir demandé. Et c’est là la grande différence avec le jeune Lucien : à aucun moment il n’a choisi quelque camp que ce soit. Mais puisque le destin l’a fait pour lui, il va suivre son chemin.

 

Bien entendu, c’est avant tout le tapage – on dirait aujourd’hui le buzz – autour du film qui en fait une production à part dans le cinéma français. Alors que l’année précédente, Max Ophüls fustigeait une certaine forme – voire une forme certaine – de collaboration, il semblait légitime à Jean-Max Causse et Roger Taverne de présenter un anti-héros singulier : Michel Perrat devient malgré lui résistant et se retrouve en plein cœur d’un conflit pour lequel il est étranger. Bien entendu, un tel personnage dans un lieu aussi symbolique ne convient aux associations d’anciens combattants et surtout d’anciens résistants encore en vie : il n’est pas question de présenter un personnage aussi tiède dans une phase aussi importante. A aucun moment, Perrat ne montre une quelconque motivation quant à ce conflit. Alors que ses compagnons – d’occasion – d’armes sont convaincus de leur action, à aucun moment il n’émet une quelconque opinion en faveur de leur action. Il est là parce qu’il est là.

 

Et même une fois dans ce groupe e maquisards, il n’a toujours pas une attitude volontaire. Quand il doit veiller sur les autres (tour de garde), il préfère coucher avec la jeune femme (Estella Blain) qui les a rejoints : sa négligence permettra aux Allemands de cerner leur repaire, éliminant alors de nombreux partisans encore restant ?

Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un, lui, Michel Perrat, résistant occasionnel.

Mais jusqu’à quand ? En effet – et Causse et Taverne sont habiles sur cette fin – Perrat est seul, encore vivant quand le film se termine, plutôt abruptement : on ne sait pas ce qu’il advient de ce drôle de résistant, le narrateur (non identifié) nous annonce qu’il ne fait partie d’aucun recensement quant aux victimes et rescapés de l’assaut : il était là sans être là.

 

Normal, nous sommes au cinéma...

Comme annoncé plus haut, cette « normalité ne fut pas du goût de tous : un personnage aussi peu engagé dans un conflit aussi brûlant, et encore plus dans un massif aussi symbolique ne convient pas à la version officielle, surtout dans une période où on essayait de gommer ces attitudes qui, sans être totalement anti-française, n’en étaient pas moins peu glorieuses…

Et au final, nous avons une chronique bien singulière d’un fait de résistance, bien moins des canons officiels du cinéma (Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il ?…).

 

A voir, donc !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame historique, #Xavier Giannoli
Les Rayons et les ombres (Xavier Giannoli, 2026)

Le 28 janvier 1950, à presque 29 ans, Corinne Luchaire (Nastya Golubeva) meurt de la tuberculose. Pour les spectateurs d’aujourd’hui, Luchaire n’est pas obligatoirement un nom très connu. Mais à l’époque, il rappelait une période bien sombre de l’Histoire de France : La Collaboration.

En effet, Corinne Luchaire était la fille de Jean Luchaire (Jean Dujardin), patron de presse et à ce titre chantre de la Collaboration franco-allemande, fusillé à Châtillon le 22 février 1946.

Mais reprenons.

 

La petite Corinne (Meherio Patoux), du haut de ses neuf ans, (nous sommes donc en 1930) voit avec admiration son père animer le cercle franco-allemand pour la paix, avec son homologue d’outre-Rhin, Otto Abetz (August Diehl). Tous les deux ont moins de trente ans et rêvent d’une paix éternelle entre leurs deux pays. Trois ans plus tard, malgré l’accession au pouvoir d’Hitler, ils ont toujours ce même rêve, basé sur la conciliation.

Mais quand les Allemands envahissent Paris, cette utopie pacifiste s’est envolée, laissant la place à un certain pragmatisme : il faut collaborer avec les vainqueurs. Certains refusent, ‘autres se réjouissent. Et Luchaire ? Il s’en accommode, par amitié pour Abetz qui est maintenant ambassadeur à Paris, puis par intérêt, l’argent étant un élément qui ne reste pas longtemps entre les doigts de Luchaire.

 

Magistral.

Evacuons tout de suite les motifs de fâcherie : non, ce biopic n’est pas la véritable histoire de Jean Luchaire et sa fille Corinne : NOUS SOMMES AU CINÉMA ! Alors la vérité est (forcément) tronquée, distordue (etc.). Oui, Abetz a été jugé en 1949 et il est donc impossible que Corinne cite son procès un an avant qu’il se passe. Mais il s’agit ici avant tout d’un film, et non d’un témoignage.

Par contre, si l’intrigue se joue de la « vérité historique », il faut convenir – aisément – que la reconstitution de la France de l’époque est absolument bluffante. Chaque lieu utilisé nous retransmet pleinement fidèlement le décor de cette époque troublée, jusqu’au square où Corinne emmène jouer sa fille (Amra Guthleben). C’est un véritable saut temporel qui nous est proposé, soutenu par les coiffures, vêtements et autres véhicules idoines. Et nous y sautons à pieds joints, tant le produit est remarquable.

 

Il faut dire que Xavier Giannoli dirige de main de maître ses interprètes. Bien entendu, Jean Dujardin est encore une fois à la hauteur de l’enjeu, campant un Luchaire très convaincant : miné par la tuberculose – et donc condamné à plus ou moins brève échéance – il ne s’arrête pas pour autant de jouir de la vie, fumant (comme un pompier), buvant et toute cette sorte de choses…

Mais la – très – bonne découverte, c’est la jeune Nastya Golubeva, qui nous offre une performance de haut niveau dans un rôle impliquant une mise en abyme : En plus d’être la fille de son père, Corinne Luchaire fut une jeune actrice prometteuse, saluée par la critique, dont la carrière s’arrêta à la révélation de la maladie qui devait l’emporter. Nasty Golubeva exprime magnifiquement l’errance – est-ce autre chose ? – ce cette (très) jeune femme qui choisit (malgré elle ?) la facilité de la collaboration, ignorant tout le reste, jouissant démesurément pendant que d’autres meurent de faim ou sont envoyés par wagons à bestiaux à la mort.

 

Parce que c’est ça qu’on reproche à Corinne : s’être affichée du côté des vainqueurs temporaires, devenant une image, le faire-valoir d’un système inique, voire ignoble.

Et Xavier Giannoli va construire son film en montrant la progression de l’implication de son duo dans la Collaboration : comment, au nom de l’amitié puis du pragmatisme un homme de gauche, véritable référence intellectuelle a pu s’abaisser jusqu’à soutenir un système qu’il aurait dû combattre. Et en entraînant sa fille dans cette descente progressive aux enfers.

Parce que chute il y a, amorcée par les retournements militaires (Stalingrad, Afrique du Nord) puis le Débarquement, et qui les oblige – comme toute la fine fleur de la Collaboration – à fuir vers l’Est. Et cette décadence s’accompagne de la progression de la maladie, signe prémonitoire de la fin. Prémonition d’autant plus évidente à propos de Jean dont les impacts de balles correspondent aux taches tuberculeuses de ses radios…

 

Et puis il y a l’époque. Si le maréchal n’est pas interprété, son portrait est bien présent, tout comme sa devise ou encore la francisque. Et Giannoli émaille son film de ces détails rappelant l’Occupation, les isolants pour leur donner une force individuelle qui ancre encore plus ses « héros » dans leur époque. Sans oublier quelques figures associées à la période

Et puisque errance il y a, elle est surtout mâtinée d’insouciance, que ce soit pour la fille comme pour le père. Mais il y aura un prix à payer pour tout cela, cette idée apparaissant furtivement avant de s’imposer inéluctablement.

 

Et c’est un véritable couperet qui tombe une fois que la « fête » est finie, exposée clairement et presque brutalement par maître Lindon (Philippe Torreton) : certes Luchaire a rendu des « petits services », mais c’est avant tout sa complicité intellectuelle qui lui est reprochée. En effet, quand l’occasion se présente nous ne le voyons pas prendre position dans son journal (éditorial), il n’en demeure pas moins que son quotidien soutient sans restriction la politique vichyste. Les articles antisémites paraissent et Luchaire, s’il ne les a pas signés, les autorise, devenant de fait complice.

Et de la même façon, si Corinne n’a véritablement rien fait de bien répréhensible, son attitude complaisante et surtout son refus de voir la réalité lui seront reprochées, la condamnant )à l’indignité nationale. Pendant 10 ans.

 

Malheureusement (pour elle), elle n’ira pas jusqu’au bout de cette peine.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Biopic, #Drame historique, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Viva Zapata! (Elia Kazan, 1952)

Emiliano Zapata (Marlon Brando) fait partie d’une délégation venue voir le président Porfirio Diaz (Fay Roop), à propos de terres arables confisquées par de riches propriétaires. La réponse du président ne lui convenant pas, il lui réponde : Diaz entoure son nom.

A partir de ce jour, Zapata va s’opposer à un pouvoir qui se dit démocratique mais qui ne représente véritablement personne, favorisant le statu quo en défaveur des paysans.

A un moment donné, il va falloir l’abattre.

 

Kazan, Steinbeck & Brando : l’affiche est alléchante et, heureusement pour nous, tient largement ses promesses. Brando est un Zapata qu’on a envie de suivre, et Steinbeck nous sert un scénario aux petits oignons. Par contre, Kazan, s’il réalise avec brio ce biopic, il n’en va pas de même pour les conditions de tournage : persuadé que la rivalité entre Emiliano et son frère Eufemio (Anthony Quinn, lui aussi formidable !) est un des ressorts du film, il est allé jusqu’à entretenir une rivalité entre les deux acteurs pendant toute la période du tournage, sans pour autant révéler ses intentions aux deux intéressés une fois que tout était terminé ! Non, Kazan, malgré son talent, n’était pas toujours une personne recommandable…

 

Quoi qu’il en soit, nous suivons avec beaucoup d’intérêt l’ascension de ce petit paysan analphabète dont la seule ambition est de récupérer sa terre, la faire fructifier et avoir des enfants avec la belle Josefa (Jean Peters). Et on retrouve la fibre sociale de Steinbeck dans ce personnage qui est un autre Tom Joad. C’est avant tout une justice sociale qui l’habite et même quand il parvient au fait du pouvoir, il ne songe qu’à une chose : rendre la terre à ceux à qui elle appartient et qui sont les mieux à même de la faire fructifier.

Et cette séquence est certainement la plus forte du film, amenant l’opposition frontale entre les deux frères (voir plus haut) : il y a un choix cornélien qui se pose au leader agrariste entre son combat et son frère.

 

Bien entendu, Brando est phénoménal (quand ne l’est-il pas ?), mais la distribution autour de lui est à la hauteur de l’enjeu : Quinn est encore une fois merveilleux et on remarque aussi quelques visages qui vont faire parler d’eux. Je pense à Henry Silva (Hernandez), qui n’est pas encore passé du côté obscur (il n’a que 26 ans !), dont le personnage se retrouve dans la même situation face à Zapata que ce dernier face à Diaz (encore la séquence primordiale, voir ci-dessus).

Et je pense aussi à Joseph Wiseman (Fernando), qui a un rôle véritablement important et interprète ici une espèce de méchant (il y en a plusieurs dans le film : n’oublions pas la recommandation de Hitchcock !) assez subtile, puisqu’il scelle le destin de Zapata, après l’avoir soutenu et suivi. Dix ans plus tard, Wiseman interprètera l’un des méchants les plus emblématiques du cinéma : le redoutable Docteur No.

 

Alors laissez-vous emporter par cette fresque qui se situe (presque) exactement entre deux autres incontournables de la Révolution mexicaine : Viva Villa ! (1934) et Duck, you Sucker ! (1971). Tout y est et même si la moustache du beau Marlon n’est pas aussi fournie que celle de son modèle, on notera certaines ressemblances avec les véritables protagonistes de cette période, en particulier Frank Silvera qui est presque une copie conforme du général Huerta.

Et puis Brando est tellement magnifique…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame historique, #Michel Hazanavicius
La plus précieuse des Marchandises (Michel Hazanavicius, 2024)

A l’instar de Spielberg (La Liste de Schindler), Polanski (Le Pianiste) ou Jon Avnet (1943, l’ultime Révolte), c’est au tour de Michel Hazanavicius de faire son film sur la Shoah, pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Et pour cela, il retourne à ses premières amours : le dessin. Dessin qu’il va animer, créant les personnages et adaptant le conte – émouvant – de Jean-Claude Grumberg. Nous connaissons le savoir-faire d’Hazanavicius dans la comédie, mais il nous a déjà montré que les sujets sérieux ne le rebutaient pas.

De plus, il a pu profiter une dernière fois de Jean-Louis Trintignant (le narrateur) avant sa mort.

Et le résultat est, encore une fois, à la hauteur des espérances (1).

 

C’est un conte, alors il était une fois, évidemment. Une pauvre bûcheronne (voix de Dominique Blanc) et un pauvre bûcheron (voix de Grégory Gadebois), perdus dans une chaumière de la forêt polonaise pendant la guerre. Un jour, les dieux des trains exaucent la femme : un enfant lui est offert, emmitouflé dans la neige, à l’intérieur d’un talith.

Parce que cet enfant est un Sans-Cœur, un bébé juif qu’on a jeté du train afin d’espérer lui offrir une autre vie. Le train, c’est celui qui allait à Auschwitz, avec sa cargaison de « marchandises », de celles qui disparaissaient en fumée une fois le train rendu à destination…

C’est une fille, et malgré ce que peut penser le pauvre bûcheron, elle a un cœur.

Ce sont les autres bûcherons, intoxiqués par les croyances et la propagande, qui n’en ont pas.

 

Certes, le rendu dessiné n’est pas aussi fluide qu’au temps de l’âge d’or disneyen, mais on l’oublie très vite tant ce film est émouvant et la composition est belle. De plus, la musique d’Alexandre Desplats complète magnifiquement le film, donnant un film fort à tout point de vue.

On sourit du bûcheron bourru, parce qu’on sait qu’il va craquer et finir par accepter cet enfant tombé du train – n’attendant rien du ciel… ON tremble avec la bûcheronne quand les bons citoyens veulent livrer cette même enfant aux autorités (nazies, bien entendu). Mais surtout, on apprécie grandement les véritables êtres humains que sont le couple sus cité, mais aussi la gueule cassée (voix de Denis Podalydès), ou encore le paysan qui ramasse le prisonnier décharné sur le bord de la voie et le conduit en ville, lui permettant alors de survivre.

 

Mais à chaque convoi, c’est la menace mortelle qui revient, emmenant son lot de cadavres en devenir, dont la lumière frontale déchire la fin de nuit du bûcheron qui part travailler. Ce train va rapidement obséder le vieil homme et nous donner le contexte de la petite « Marchandise ».

Et à un moment, l’évocation ne suffit plus : Hazanavicius nous emmène à vol d’oiseau au terminus du train aux wagons plombés : Auschwitz. Ce n’est jamais écrit qu’il s’agit de ce camp en particulier, mais entre les différentes voies et l’entrée – inoubliable – du camp, aucun doute ne subsiste.

 

Alors quand la guerre se termine et que le camp est libéré, Hazanavicius prend le temps de fixer ce décor lugubre et funeste, où on brûle les cadavres pour éviter la contagion. C’est aussi l’occasion d’une série de visages de suppliciés : de véritables morts hurlants. Des visages sans vie à la bouche ouverte dont le cri inaudible devient insupportable.

Et au milieu de cet enfer terrestre, cet homme qui a survécu (voix de Antonin Maurel), celui qui, sur un coup de tête, a parié que son autre fille aurait peut-être une chance.

Mais, comme nous le rappelle le narrateur, rien de ceci n’est vrai : c’est un conte.

 

Pourtant, un conte, ça doit finir bien, non ?

 

  1. Je n’en ai jamais douté.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Joseph Losey, #Costa-Gavras
Monsieur Klein (Joseph Losey, 1976)

Robert Klein (Alain Delon) est un homme d’affaires. Et dans le Paris du début 1942, les siennes marchent très bien : l’art se vend à vil prix. Il faut dire que les propriétaires qui veulent s’en dessaisir n’ont pas beaucoup d’opportunité ni surtout de temps : ils sont juifs.

Oui, monsieur Klein est ce qu’on appelle un « profiteur de guerre ».

Mais un matin, alors qu’il raccompagne un client (Jean Bouise), il trouve un journal qui lui est adressé sur le pas de sa porte. Ca ne pourrait pas porter à conséquence si cet imprimé n’était Information Juives, distribué uniquement à des abonnés. Or, Robert Klein n’est pas juif, donc aucune raison de recevoir cela.

A moins qu’il existe un homonyme, juif, qui essaie de se faire passer pour lui, ou de le piéger…

 

C’est du sur mesure – un scénario commencé par Costa-Gavras et achevé par Franco Solinas & Fernando Morandi – pour un Alain Delon au fait de sa gloire – et de son talent. Nous sommes loin du spectacle, et proche du jeu melvillien du Samouraï quelques années plus tôt : tout est dans la retenue et la sobriété.

Robert Klein, celui que nous suivons, n’a rien d’exceptionnel. Il est ce qu’on appelle un « bon Français », bien au fait de la situation générale, et comme beaucoup d’autres, il s’en satisfait puisqu’il s’enrichit progressivement sur le dos des persécutés.

Et Losey nous donne la clé de son film dès le début : une femme (Isabelle Sadoyan) est auscultée par un médecin (Jacques Maury) afin de confirmer ou non sa judéité. Dans le même temps, son mari subit la même humiliation. Et quand ils se retrouvent, ils se mentent.

 

Et le film de Losey est le développement d’un incroyable mensonge qui a, hélas, permis la mort de millions de personnes. Et si le contexte n’était pas si grave, on pourrait presque qualifier cette intrigue d’absurde, tant la vie de ce Robert Klein bascule. C’est, pour lui, un autre monde, où il n’est plus complètement lui-même, ni tout à fait un autre. Et le plan qui illustre au mieux cette idée voit Klein parler à un chasseur (de restaurant) qui lui explique (lui aussi) que le véritable Klein (l’autre, donc) lui ressemble : en face de Delon-Klein, un miroir qui lui renvoie, évidemment, son image !

Mais alors que tout ceci n’aurait pu être qu’un malentendu, Klein (Delon), évidemment, nous ne voyons jamais l’autre) va entrer dans le jeu et – fatalement – mettre son doigt dans un engrenage qui – inévitablement – va le broyer.

 

Et parallèlement, Joseph Losey va installer la perte de Klein : les cadres de la Préfecture de Police qui se réunissent, la collecte des noms et les vérifications des adresses qui leur correspondent par des fonctionnaires de police bien appliqués. Ce sont de courtes séquences qui émaillent l’intrigue principale, jusqu’à l’opération finale qui, si elle n’est jamais nommée ressemble beaucoup à la Rafle du Vel’d’Hiv’ (15 & 16 juillet 1942).

La perte de Klein car ce dernier, à poursuivre son homonyme va certainement le retrouver : il n’est plus qu’à quelques mètres de lui quand le film se termine dans un train qui part pour les camps de la mort… Où se trouve aussi l’acheteur du début, celui qui lui avait souhaité plus ou moins ironiquement « bonne chance »…

Et Losey, à travers cette erreur judiciaire (1) – mais c’en est aussi une, et encore plus grande, pour les Juifs raflés – Losey fait subir à son personnage principal le même sort que ceux qui sont persécutés : justification d’aryanité, interdictions diverses, saisie des biens. Et bien sûr, arrestation puis déportation.

 

Bien sûr, il y a du Kafka dans cette histoire, entre la Métamorphose et Le Procès, nous trouvons un homme qui va progressivement être broyé par un système inique pour disparaître et, au final (après le film ?) n’être plus rien, un visage dans la foule qui disparaît pour ne plus exister : la mort l’attend, là encore inévitablement. Et à qui s’adresse la dernière réplique ? A son ami Pierre (Michael Lonsdale) ? A lui-même ? Au spectateur ?

A personne. Nous savons tous qu’il ne reviendra pas.

 

Et Delon nous offre à nouveau une prestation phénoménale, interprétant cet homme aux prises à une situation autant absurde que tragique. Mais à nouveau, soulignons la kyrielle de seconds rôles qui supportent admirablement le jeu de la star. A chaque coin de rue plan, une tête plus ou moins connue qui interprète, elle aussi au même niveau que la vedette : Michel Aumont (le commissaire), Juliet Bertho (Jeanine), Gérard Jugnot (le photographe), Louis Seigner (le père de Robert)… La liste est longue et réjouissante.

De plus Losey recrée avec sobriété cette période on ne peut plus troublée, dans les beaux décors du vétéran Alexandre Trauner.

 

Les grands absents sont étonnamment (?) les soldats allemands : alors que les images d’archives de l’époque nous les montrent à chaque coin de rue, ici, deux séquences nous les présentent : à Strasbourg nous en croisons un, et dans un cabaret, quelques uns profitent d’un spectacle antisémite de (très) mauvais goût (pléonasme).

Pourquoi cette absence ? Tout simplement pour faire mentir la femme juive qui a été raflée et qui ne veut pas croire que la police française  peut (et donc va) les livrer aux Allemands…

Eh oui, c’est la police française, toute seule, qui s’est permise cette infamie…

Ne l’oublions pas !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Jonathan English
Le Sang des Templiers (Ironclad - Jonathan English, 2011)

Les Templiers sont de retour !

Enfin, surtout l’un d’entre eux : Thomas Marshal (James Purefoy – ça ne s’invente pas), un tantinet las de ces années passées sous la bannière d’Ordre.

Cet Ordre qui a combattu Jean Sans Terre (Paul Giamatti) en Angleterre, jusqu’à la signature de la Magna Carta (1215).Mais Jean est revenu sur sa signature et le baron William d’Aubigny (Brian Cox) lève une armée pour tenir une place stratégique en attendant l’arrivée des troupes du roi Louis.

Tout se joue dans le château de Rochester, possession du baron de Bornhill (Derek Jacobi) et sa charmante femme Isabelle (Kate Mara, la sœur de).

Marshal sur les injonctions de l’archevêque Langton (Charles Dance) a rejoint d’Aubigny.

Ce qui n’est pas sans laisser indifférente la belle Isabelle…

 

Donc, c’est au tour de Jonathan English de surfer sur la vague templière, qui déferle depuis le retour des Pauvres Chevaliers du Christ, grâce entre autres, au roman de Dan Brown, le Da Vinci Code.

Bien entendu, le titre français insiste beaucoup plus que l’original sur la participation de l’Ordre dans l’intrigue. « Ironclad » signifie – tout simplement – « cuirassé », en armure, quoi. Enfin surtout en cotte de maille. Et Thomas Marshal est un Templier exemplaire, dévoué totalement – fanatiquement ? – à l’Ordre.

Mais, heureusement, nous avons droit à une fin heureuse, un brin prévisible en ce qui le concerne. Il en va presque de même pour Jean qui ne survivra pas longtemps, terrassé par la dysenterie, comme on peut le lire dans les livres d’Histoire.

 

Pour le reste, nous sommes au cinéma, et l’Histoire pourra repasser : ce n’est pas ce qui nous intéresse le plus.

Par contre, le « sang des Templiers » dont il est question est une chose avérée dans l’intrigue (1) : les chevaliers dont il est question ici sont les compagnons de Marshal qui seront massacrés par les hommes de Jean (toujours lui !) pour lui permettre de s’enfuir.

Bien entendu, comme tous les Templiers, Thomas est partagé entre la religion et les armes, bien que ces dernières semblent – ou tout du moins nous sont présentées ainsi – avoir sa )préférence. Et, à l’instar de leur réputation, Marshal est un guerrier invincible, connaissant toutes les techniques permettant de se défaire de n’importe quel assaillant.

 

Et Jonathan English en plus de s’être adjugé les services de David Egby (le chef-op’ du Mad Max original !) pour le rendu esthétique de l’énergie viscérale qui anime tous ces guerriers, s’appuie sur les stéréotypes médiévaux, mis au goût de notre jour.

EN effet, le Moyen Age est considéré comme un âge sombre, alors il n’hésite pas à jouer sur l’absence de couleur, filmant dans un faux noir et blanc parfois émaillé de teintes colorées.

Bien sûr, la croix sur le tabard de Marshal est rouge –è condition sine qua non de l’appartenance à l’Ordre – mais c’est quasiment la seule véritable couleur qui perdure dans un tableau plutôt grisâtre.

Et cette absence de couleur est la marque de cette rébellion (qui a commencé avant le début de l’intrigue proprement dite), amenant malgré tout une distance par rapport à la violence des combats.

 

Et si le film se laisse regarder agréablement, c’est avant tout parce que English a respecté le précepte inamovible qui veut que le méchant – le roi Jean, donc – soit bien caractérisé ainsi. C’était plutôt facile, puisque depuis Allan Dwan et son Robin des Bois (1922), Jean a toujours le mauvais rôle. Difficile alors pour Paul Giamatti de passer après Sam DeGrasse (1922) ou Claude Rains (1938), Alan Rickman ou encore Jason Isaacs en 2010...

Rassurez-vous, il y arrive très bien, et nous propose un Jean tout aussi haïssable que les autres !

 

  1. Pour une fois (?), le titre n’est pas trop racoleur…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Alan Parker
Mississippi Burning (Alan Parker, 1988)

21 juin 1964, comté de Jessup (Mississipi).

James Chaney, Andrew Goodman & Michael Schwerner, trois militants pour les Droits civiques sont poursuivis et tué par les autochtones.

Le FBI envoie deux agents pour enquêter : Alan Ward (Willem « Grodin » Dafoe) et Rupert Anderson (Gene « Popeye » Hackman). Si le premier est un défenseur convaincu des Droits civiques et de leur application auprès des minorités de couleur, le second est plus ambigu : le milieu du Ku Klux Klan (les assassins) et leurs chanson n’est pas une découverte. Normal, il a grandi dans un autre coin de ce même état ségrégationniste.

Bien entendu, les deux agents se heurtent à un mur de silence : tout le monde sait qui a tué les trois militants, mais comme c’étaient des « amoureux des nègres » (1), on préfère les protéger.

 

SI le film s’appuie sur histoire vraie – la disparition pour cause d’assassinat des trois militants (qui ne sont jamais nommés mais ressemblent à leurs modèles) – Alan Parker et Chris Gerolmo (scénario) ont choisi d’embellir le rôle du FBI qui ne fut pas toujours très reluisant dans cette affaire. Pour deux raisons : ne pas en rajouter sur l’image (ternie) de l’administration et surtout pour concentrer l’attention du spectateur sur les véritables coupables de cette affaire sordide, les membres du Klan. Comme toujours, au cinéma, tout est possible.

Et Parker qui vient de quitter la Louisiane (Angel Heart) pour un autre aspect du Sud, réussit a recréer cette atmosphère de haine ordinaire qui baignait cette époque (et continue pour certains, évidemment). C’est le Sud profond, pour ne pas dire « bouseux » qui est présenté là, avec ses traditions raciales violentes : l’ouverture du film nous montre une église qui brûle, justifiant d’entrée le titre.

 

Et cette violence est partout, le plus souvent latente, créant un climat de peur pour les victimes désignées (les Noirs), annoncée presque à chaque fois par les cagoules blanches (mais pas pointues !) qui caractérisent l’organisation criminelle sus nommée. Et là encore, Parker brosse un tableau peu flatteur pour les habitants de ce comté (fictif) : il faut dire que les membres de la police font eux aussi partie du Klan…

Bref, c’est un travail de titan que doivent abattre les agents du FBI, nécessitant beaucoup plus de personnes que les deux prévues initialement. Et Parker insiste sur les méthodes employées par son duo d’enquêteurs : d’un côté, le très académique Ward, pur produit de l’Est (les Yankees pour les gens du crû) et de l’autre le vieux briscard Anderson, familier de cet univers raciste.

 

Et c’est l’interprétation qui donne au film sa touche d’authenticité indispensable pour emmener le spectateur. Les deux policiers principaux – le shérif Stuckey (Gailard Sartain) et son adjoint Pell (Brad « Wormtongue » Dourif, encore une fois formidable), tout comme leurs acolytes – Bailey (Michael « Yondu » Rooker) ou Townley (Stephen « Ned » Tobolowsky) – sont répugnants à souhait et focalisent rapidement l’antipathie, donnant à cette intrigue des méchants magnifiques. Ion notera aussi la présence de R. Lee « Harman »  Ermey dans le rôle du maire, autre personnage fort peu recommandable.

Bien sûr, le duo des « gentils » est lui aussi réussi, avec, bien entendu, une mention spéciale pour Gene Hackman, dont le personnage peut rappeler Popeye Doyle pour certaines de ses pratiques. Son personnage nous apparaît ambigu au départ : il faut dire que son origine mississippienne joue en sa défaveur face à ce pur produit de l’administration héritée des frères Kennedy. Et surtout, sa connaissance des chants du Klan est franchement déplacée dans le contexte de leur arrivée. Mais, tout comme Doyle, Anderson a ses méthodes personnelles qui déplaisent fortement à Ward : dès le début, on sent un affrontement latent entre ces deux hommes qui passeront à l’acte, sans toutefois mettre en péril leur enquête. On peut presque dire que la lutte physique – courte – qui les oppose va les rapprocher, devenant alors le point de basculement de leur enquête, comme si se battre leur aura permis de véritablement se mesurer et s’apprécier. Et la dernière parole de Ward envers Anderson confirme cet état de fait.

Et puis il y a la femme. Celle qui va faire basculer l’intrigue et permettre de neutraliser les méchants : Mrs. Pell (Frances McDormand). Elle est (encore) jeune mais désabusée depuis longtemps, surtout avec un mari comme le sien (voir plus haut). Et Frances McDormand est encore une fois formidable.

 

Alan Parker a encore frappé. Et encore une fois, c’est magistral.

 

  1. « Nigger lover » : insulte commune qui servit d’abord à fustiger les abolitionnistes pendant la Guerre de Sécession, puis les défenseurs des Droits civiques.
  2.  

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Drame historique, #Buzz Kulik, #Anthony Hopkins
L'Affaire Lindbergh (The Lindbergh kidnapping Case -Buzz Kulik, 1976)

Si 1976 a célébré les deux cents ans de la Déclaration d’Indépendance aux Etats-Unis, elle fut aussi l’occasion d’un anniversaire beaucoup moins glorieux, voire funeste : le 4 avril 1936 était exécuté Bruno Richard Hauptmann, assassin du jeune Charles Lindbergh Jr., fils du célèbre pionnier de l’aviation du XXème siècle.

Mais reprenons.

 

Samedi 21 mai 1927, à 22 h 30, Charles Lindbergh (Cliff de Young) atterrit sur la piste du Bourget. Il reviendra en héros à New York quelques jours après. La vie reprend. Lindbergh s’est marié avec Anne Morrow (Sian Barbara Allen) et ils ont eu un petit garçon en 1930.

Mardi 1er mars 1932, le petit Charles est enlevé dans sa chambre. On le retrouvera le 12 mai suivant. Mort.

La police est sur les dents et mène une enquête approfondie afin de retrouver l’enfant (1), tandis que la presse harcèle le couple Lindbergh afin d’en tirer le plus de détails possibles.

C’est donc un immigré allemand,Bruno Hauptmann (Anthony Hopkins) qui est arrêté pour avoir écoulé un des billets de la rançon : sa voix a été reconnu par Lindbergh et l’homme qui a mené les tractations, le professeur Condon (Joseph Cotten).

Hauptmann sera donc jugé, condamné et exécuté.

 

C’est donc la chronique d’une mort annoncée qui nous racontée ici, et surtout l’une des plus grandes affaires de l’Entre-deux-guerres aux Etats-Unis (2). La mort de celui qui fut considéré –à tort ou à raison – comme le meurtrier du petit Lindbergh. Et Buzz Kulik, spécialiste du téléfilm, raconte avec beaucoup de soin cette histoire sordide, mettant en évidence les différentes passions qu’a pu déchaîner cet événement funeste.

Mais surtout, il donne à cette histoire une dimension humaine forte, s’attachant toujours à des détails qu’on peut juger de futiles, mais qui s’intègrent dans une histoire où la vie d’un enfant puis d’un homme est en jeu. Jusqu’au sténotype de la greffière qui enregistre imperturbablement les différentes étapes du procès, alors que la tension extérieure a gagné la salle d’audience.

 

Et c’est surtout en mettant l’accent sur le rôle des médias – la radio et surtout la presse – qu’il nous ramène avant tout à cette notion fondamentale : avant d’être ce héros de l’aviation, Lindbergh est un homme comme les autres. Et on peut aisément imaginer qu’il ait pu regretter son exploit pendant ces heures sombres : c’est avant tout pour ce qu’il représente et non ce qu’il est que la campagne de presse atteint un tel paroxysme. Des enfants enlevés l’étaient régulièrement – l’est toujours ? – et les journaux n’en faisaient pas pour autant leurs choux gras.

Et cette engouement fanatique et médiatique se transpose sur un public friand de sensations plus ou moins saines : plus parce que l’enlèvement d’un enfant est une expérience des plus traumatisantes et cruelles ; moins parce que d’une certaine façon, on se repaît du malheur d’autrui, d’autant plus grand que la personne est en vue.

 

Et en même temps que les progrès de l’enquête, nous voyons monter la ferveur populaire qui va progresser elle aussi jusqu’à culminer dans l’avant-dernière séquence (la dernière revient à la famille Lindbergh, exilée pour avoir un semblant de paix) : devant la prison où doit avoir lieu l’exécution, les badauds réclament encore la mort du ravisseur !

Mais, et c’est là qu’est tout l’art du réalisateur la fin publique de cet épisode se termine dans une apothéose silencieuse.

Alors que la déclaration de culpabilité et la sentence de mort sont accueillies par un enthousiasme paroxystique digne d’une victoire sportive majeure ou mieux une déclaration de paix, le public massé se disperse alors dans un silence épais, voire religieux. Comme s’il prenait le deuil de l’homme qui venait de mourir. C’est une conclusion qui m’avait marqué quand j’étais (beaucoup) plus jeune et qui s’est confirmée lors de ce nouveau visionnage. Et aujourd’hui, deux questions se bousculent à propos de cette attitude :

  • est-ce parce que le public se rend compte qu’un homme est mort qu’il quitte silencieusement les lieux du supplice ?
  • Ou est-ce parce qu’il est prêt à passer à autre chose, avec à nouveau la même ferveur ?

 

  1. Mort depuis le premier jour, mais on ne le sait pas encore…
  2. L’autre étant Sacco & Vanzetti.

 

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