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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #László Benedek, #Marlon Brando
L'Equipée sauvage (The wild One - László Benedek, 1953)

Motos qui pétaradent.

Blousons de cuir (noirs, bien sûr).

Lunettes noires.

Une bande de motards débarquent dans une petite ville américaine, au milieu de nulle part.

Rapidement, la paix est troublée et les esprits s’échauffent, jusqu’à l’irréparable.

 

Le mythe Brando est né : le motard rebelle (1) qui trouble l’ordre et qui n’aime pas les flics.

Bien sûr, ce film fit scandale à sa sortie (il fut même interdit en Grande-Bretagne jusqu’en 1968) : outre le fait que Johnny n’aime pas les représentants de la Loi (inimaginable au cinéma en 1953), les « bons bourgeois » ne sont pas montrés à leur avantage.

Mais surtout, ce film montre un point de vue alors récent au cinéma : celui des adolescents.

En effet, pendant longtemps, on a considéré qu’une fois l’enfance terminée, on devenait adulte, sans transition. Mais depuis les travaux de Tonton Sigmund, on s’est rendu compte qu’il se passait des choses dans l’esprit des enfants qui étaient bien distinctes des deux autres âges humains.

 

Certes Marlon Brando a déjà 29 ans quand le film sort (à Noël, tu parles d’un cadeau !), mais son personnage de Johnny reflète très bien cet âge où le jeune homme – et la jeune femme d’ailleurs – finit de se construire et a parfois certaines pulsions incompréhensibles (pour les adultes et surtout les parents) qui leur font faire des choses inexplicables et inexpliquées.

Certes, de nos jours le thème de l’adolescence au cinéma est très développé et dans beaucoup de pays du monde. Mais en 1953, les ados, comme on ne les appelle pas encore, sont un véritable mystère (2).

 

On va alors voir se développer quelques films emblématiques pendant cette décennie qui, s’ils sont maintenant marqués, n’en donnent pas moins une idée réaliste de cette jeunesse révoltée, rebelle.

Deux ans plus tard, nous assisterons d’ailleurs à une année faste pour ce thème avec la sortie du magnifique Blackboard Jungle (en français : Graine de Violence) de Richard Brooks et de l’inoubliable Rebel without a Cause (La Fureur de vivre) de Nicholas Ray.

Et Johnny synthétise d’une certaine façon les deux aspects qui seront développés dans ces deux films : le côté délinquant juvénile du film de Brooks avec la révolte incomprise des jeunes gens chez Ray.

 

Et le choix de Marlon Brando pour interpréter ce personnage est des plus pertinents : il possède l’attitude cool de nombreux acteurs de la même période avec une aura de scandale qui rend tout de suite Johnny menaçant pour les habitants de la ville envahie.

De plus, son aspect dur-à-cuire s’effrite quand il se retrouve seul, menacé par ces « bourgeois » qui ont recours à la violence face à cet homme qu’ils ne comprennent pas : il pleure !

 

Mais Brando seul ne saurait assurer le succès du film, et on retrouve à ses côtés une actrice improbable (3) : Mary Murphy dans le rôle de Kathy Bleeker. Elle possède dans le regard la mélancolie annoncée par Johnny en voix off lors de la première séquence, et campe cette jeune femme prisonnière de cette ville et de sa morale réactionnaire. Johnny, pour Kathy c’est une bouffée d’air frais dans sa grisaille : un parfum de liberté et d’anticonformisme qui la fait succomber au charme de ce jeune motard. Et cela va même plus loin, parce quelle le comprend : étant tous les deux à peu près du même âge, leurs aspirations se rejoignent, même si elle ne passera jamais à l’acte.

 

Avec ce film, László Benedek crée un mythe, celui de Brando mais surtout met en scène la jeunesse révoltée. Cette jeunesse qui l’a toujours été, même si elle ne l’exprimait pas tout le temps.

En effet, le passage à l’âge adulte est une étape terrible (rappelez-vous) où on quitte l’univers à peu près sûr de l’enfance vers l’avenir des plus incertains des adultes, où les responsabilités sont la norme. Et au bout de l’âge adulte, la mort, quand ce n’est pas le fait d’être adulte et rangé qui n’est pas le début de cette mort (4).

 

Mais Benedek traite cette histoire un peu comme un western, les motards remplaçant les cowboys à cheval, parcourant les grands espaces et s’arrêtant dans une ville qu’ils vont plus ou moins mettre à sac avant de repartir ou d’en être chassés (les pieds devant le plus souvent).

On retrouve la peur des habitants face à cette meute indisciplinée et bruyante qui bouleverse toutes les habitudes et qui fait des ravages. C’est cette peur qui va amener le drame, suite à une pratique qu’on retrouve régulièrement dans ces mêmes westerns : le lynchage.

C’est d’abord un peloton qui s’organise (en VO « posse ») et qui va prendre en chasse le chef de ces « jeunes voyous ». Et sans l’intervention du shérif Bleeker (Robert Keith), le père de Kathy, Johnny serait certainement reparti les pieds devant.

 

Bref, c’est un film qui, malgré sa brièveté (il a été amputé d’une vingtaine de minutes), campe ce qui va devenir avec le temps un véritable problème de société : l’adolescence et par extension la délinquance juvénile.

Mais le vrai scandale du film, pour ces mêmes « bons bourgeois » ce n’est pas Marlon Brando, c’est le fait que c’est que le réalisateur se place du côté de Johnny contre ces adultes qui deviennent alors les méchants, générée – comme souvent – par la peur née, de l’ignorance.

 

Un film devenu culte, et qui ouvre la voie vers l’archétype de l’adolescent révolté qui sera interprété par James Dean, et qui restera longtemps un modèle pour la jeunesse des trente (au moins) années suivantes.

 

  1. Contre quoi ? Réponse dans le film.
  2. Ils le sont d’ailleurs toujours pour beaucoup de parents. Peut-être parce qu’ils ont oublié ce que c’était…
  3. C’est elle-même qui le dit : elle ne voulait pas vraiment être actrice, ni faire du cinéma.
  4. On retrouvera cette idée chez John Braine : (re)lisez Room at the Top, où Joe Hampton, en s’enfermant dans la vie adulte, va devenir un « zombie », un personnage qu’il ne voulait absolument pas devenir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Dominic Anciano, #Ray Burdis
Final Cut (Dominic Anciano & Ray Burdis, 1998)

Jude (Jude Law) vient d’être enterré. Ses amis se retrouvent dans sa maison pour lui donner un dernier hommage, autour d’un verre, et pour pleurer une dernière fois.

Sadie (Sadie Frost) leur propose alors de regarder le film que Jude avait entrepris, afin de le terminer avec les réactions des uns et des autres tout au long de ce visionnage.

Visionnage éprouvant – en plus de la tristesse suite à sa disparition – parce que Jude a truffé sa maison de caméras, afin de révéler les secrets des uns et des autres.

 

Il y a un côté malsain dans ce film que je veux expulser de suite : nous sommes au cinéma, et cet aspect voyeur sert une narration à première vue décousue mais qui est loin de l’être.

En effet, les deux réalisateurs – qui jouent tous les deux un rôle dans le film – mêlent avec talent les différents temps de ce récit original :

  1. le présent de la narration, qui suit les obsèques de Jude, dans la maison ou de temps en temps en extérieur, afin de prendre l’air et surtout digérer les différentes révélations du film qu’il sont en train de voir ;
  2. La narration intrinsèque du film, une sorte de présent  de Jude qui exprime ses objectifs et sa démarche, avec aussi certaines réflexions qui naissent des rushes qu’il a pu obtenir à l’insu de ses « amis » dans des endroits parfois in attendus (chambre à coucher, WC)  ;
  3. Les temps des différentes séquences qui donnent matière aux réflexions de Jude, et qui sont ces révélations que chacun des spectateurs (forcés) va encaisser plus ou moins bien.

 

Autant vous le dire tout de suite : étant un grand admirateur de Jude Law, j’ai beaucoup aimé ce film qui met en abyme le genre, et donne un écho assez terrible de ce que nous appelons maintenant « téléréalité », mais avec une dimension philosophique un tantinet plus élevé : peut-on tout dire ? Et surtout, peut-on tout montrer ?

Et dans un même temps, Jude, qui est une sorte de « démiurge » dans cette intrigue, voit très bien jusqu’où il peut aller, même si à un moment la situation lui échappe et va des retourner contre lui.

On retrouve alors le mythe de Prométhée ou d’une autre déité créatrice : sa créature lui échappe et se retourne d’une certaine façon contre lui.

Mais si Prométhée était immortel, il n’en va pas de même pour Jude qui sera assassiné par l’un des protagonistes de cette after party, si on peut qualifier ainsi ce qu’il se passe entre les différents acteurs involontaires du drame qui se développe sous leurs yeux.

 

Au-delà de l’aspect voyeur, la réflexion de Jude n’est pas si éloignée que ça de celle de George Bailey : une sorte de négatif de It’s a wonderful Life (1946) alors que George a la possibilité de voir ce que son monde serait devenu sans son lui, Jude cherche à voir à travers ce film ce que ses différentes interventions ont comme impact sur la vie des autres.

Par contre, alors que le film de Capra est une célébration à la vie, il n’en va pas de même ici, le constat étant des plus pessimistes : l’amitié qui les a liés depuis leurs années d’université vole en éclat. Chacun ne peut plus voir les autres de la même façon.

Sans oublier – et c’est peut-être l’aspect le plus important de ce film – que l’un de ces personnes présentes dans la maison a tué Jude.

Et par ce film, Jude désigne son assassin, tel un Hercule Poirot posthume comme chez Agatha Christie.

 

Au final un film curieux mais qui participe au renouveau du cinéma britannique, où le montage et le montage final (1) est primordial et le travail de Sam Sneade (montage) est impeccable, sans oublier celui de John Ward derrière la caméra, utilisant les différents appareils que nous présente Jude, le grain de l’image devenant alors très pertinent, permettant au spectateur d’identifier les différents temps de la narration.

 

  1. « Final cut » peut se traduire ainsi, mais le terme « cut » désigne aussi une coupe (au cinéma par exemple) ou une blessure faite avec un instrument tranchant.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Frank Beal
The Inside of the white slave traffic (Frank Beal, 1913)

George Fisher (Edwin Carewe) est un proxénète. Sa spécialité : rabatteur. Il séduit les jeunes filles et les épouse frauduleusement : un complice déguisé en pasteur officie. Il les « éduque puis les vend à d’autres « collègues » qui les exploiteront à leur tour.

Annie (Virginia Mann) est une de ses victimes : elle sera vendue puis exploitée et enfin arrêtée et « réformée. Mais fatiguée des maigres revenus de son travail honnête, elle replonge dans la prostitution pour une vie meilleure (?).

 

Le film de Frank Beal (1862-1934) est avant tout un film pédagogique. Il informe le public des conditions déplorables dans lesquelles vivent certaines femmes, et comment se met en place la « traite des blanches ».

N’espérez pas y trouver un film extraordinaire, la dimension artistique ayant disparu devant le côté édifiant induit par l’intrigue (simplissime, pour ne pas dire simpliste). De plus, le film n’est pas complet

Et il y a une véritable volonté de réalisme, afin de faire prendre conscience aux spectateurs des dangers de la grande ville. Alors évidemment, le jeu des acteurs et la mise en scène s’en ressentent.

 

Toujours est-il que ce film fit scandale à sa sortie, et la projection dans certaines salles annulée, le personnel ayant été arrêté par la police (1).

Une centaine d’années après les événements, on peut s’étonner d’une telle ampleur pour un film somme toute relativement sage et ne montrant aucune nudité, pas même dans les gravures qui ornent les murs.

Mais en 1913, aux Etats-Unis, la morale pudibonde n’a rien à voir avec celle d’autres pays, et encore moins avec ce qu’il en est maintenant, même si on peut remarquer un retour en force des ligues religieuses ou/et de vertu.

Et surtout, en 1913, la « traite des blanches » est un sujet tabou pour de très nombreuses personnes : on considérait alors que le cinéma n’avait pas à être le relais d’un thème aussi scabreux. Et pas seulement aux Etats-Unis.

 

Il faut dire que malgré l’absence de nudité, Beal et Samuel H. London (le coscénariste) se font le plus précis possible. Malheureusement, nous n’avons aujourd’hui qu’une partie du film qui comportait quatre bobines (entre 30 et 40 minutes) et nous n’avons droit qu’à une copie de 28 minutes. La continuité est donc incomplète et certains sauts n’aident pas à la compréhension. Le dernier plan, par exemple, semble presque parachuté, sans aucune véritable préparation dans la narration (actuelle).

 

Au final, nous avons un film pas si mineur que ça et qui a une importance comme témoignage de la société américaine des années 1910s, et est surtout une condamnation des principaux acteurs de la prostitution (2). Avec en prime une remarque qui prend plus de sel de nos jours : « Une loi pour les hommes… Une autre pour les femmes » comme le signale un intertitre. Annie est arrêtée (et emprisonnée) pour racolage alors que l’homme racolé est gentiment écarté par un policier.

 

Ce film fait partie de ces curiosités qui ont réussi (presque entièrement) à traverser les ans pour nous donner une image du temps passé. Une de ces curiosités qui méritent de s’y arrêter pour les visionner : c’était ça aussi, le cinéma en 1913.

 

 

PS : si vous voulez plus de précisions sur ce film ou ce thème, je vous engage à consulter le très bon livre de Kevin Brownlow, Behind the Mask of innocence, (chapitre 2, Matters of Sex, pp. 80-84). Par contre, savoir lire dans la langue est indispensable.

  1. Le Park Theater (Columbus Circle, New York City) par exemple.
  2. Comme le signale mon grand ami le professeur Allen John, à aucun moment on ne parle de « prostitution », mais le trafic montré est assez éloquent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri Verneuil, #Michel Audiard
Le Corps de mon ennemi (Henri Verneuil, 1976)

 

Après sept ans passés en prison (à Lomme ?), François Leclercq revient à Cournai (commune imaginaire du Nord) qu’il avait quittée après sa condamnation pour meurtre.
Seulement voilà, il n’a tué personne. Et s’il est de retour, c’est pour savoir pourquoi il a plongé à la place d’un autre, et surtout à cause de quoi et de qui.

 

Verneuil et Belmondo se retrouvent, un an après le spectaculaire Peur sur la Ville, dans un film fort éloigné racontant la quête de vérité d’un homme injustement emprisonné. Cette quête passe par de nombreux flashbacks, qui arrivent en désordre, en fonction des rencontres que fait Leclerq.

Et parmi ces gens rencontrés, seul Oscar (Claude Brosset) est réellement heureux de le revoir. Par contre, c’est de voir ce que cet ami est devenu qui amuse beaucoup moins Leclerq : travesti, il propose des séances sado-maso d’un goût fort douteux.

 

Comme de bien entendu, nous avons droit à la présence d’un grand nombre des seconds rôles et figurants qui émaillaient le cinéma français de cette période : on a même droit à mon préféré, Lionel Vitran. De plus, parmi les petits jeunes qui montent (comme on dit), on trouve Nicole Garcia et Bernard-Pierre Donnadieu qui en sont alors à leur cinquième apparition tous les deux.

Mais la bonne surprise de ce film, c’est la sobriété. Verneuil filme avec retenue ces personnages fort étonnants, usant à plusieurs reprise de monologues intérieurs : celui de Leclercq bien sûr, mais aussi de certains autres protagonistes, le premier étant l’ami de lycée, interprété par l’immuable (aux côtés de Belmondo) Michel Beaune.

Ces différents monologues amèneront des souvenirs, ceux de François bien sûr, mais les autres aussi, le retour de ce fils prodigue du pays étant bien embarrassant.

 

Autre élément de sobriété, le jeu de Belmondo. Alors qu’il enchaîne les films, deux par an de 1974 à 1976, il se retrouve ici dans un rôle beaucoup moins spectaculaire. Il n’en demeure pas moins séduisant et nous montre à l’occasion son corps d’athlète, mais sans non plus se pavaner. François Leclerq est un type relativement normal, qui plaît aux femmes (de tous âges) et n’éprouve pas le besoin de nous jouer la grande scène du II (1), avec cascades hyper-spectaculaires pour nous montrer qu’il est un bon acteur.

Face à lui, on trouve un Bernard Blier au diapason, encore une fois bien servi par les dialogues d’Audiard qui restent eux aussi sobres, sans toutefois passer outre quelques saillies qui amènent le sourire.

 

Un bémol tout de même dans cette sobriété : le personnage d’Oscar et la boîte de Leclercq (Number One).

Le personnage d’Oscar, qui joue les mères fouettardes n’est pas vraiment des plus subtils, surtout que ce personnage était videur dans la boîte sus mentionnée : Oscar fouette le maire de Cournai (Daniel Ivernel), ce dernier vêtu d’une chemise de nuit. 1968 a beau être passé par là (2), on aurait pu très bien s’en passer.

Quant à la boîte de Leclerq, on y admire des jeunes femmes dénudées et des strip-teaseuses : ce déballage était « dans l’air du temps », peut-on dire.

 

Bref, un film particulier dans la filmographie de Belmondo, où il doit seulement compter sur son talent pour gagner le public. Bien sûr, l’exploitation en salle fut moins fructueuse que Peur sur la ville, mais ce fut tout de même un succès. Et quand on voit que le film suivant Verneuil-Audiard-Belmondo est Les Morfalous, on se dit tout de même qu’on a perdu quelque chose en route.

 

  1. Ou du III, je ne sais plus…
  2. C’est d’ailleurs l’argument du maire.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bryan Singer
Un Elève doué (Apt Pupil - Bryan Singer, 1998)

Todd Bowden (Brad Renfro) est un élève brillant et très certainement doué.

Suite à une semaine sur l’holocauste, il consulte divers ouvrages et documents à la bibliothèque du lycée : il se rend alors compte qu’un homme de sa ville ressemble beaucoup à un ancien criminel de guerre nazi, Kurt Dussander (Ian « Magneto » McKellen). Bien sûr, il ne s’appelle pas pareil – Arthur Denker – mais son accent germanique est un autre élément qui pousse Todd à faire une enquête sur lui : il est bien ce nazi qui officia à Bergen-Belsen ou Auschwitz entre 1942 et 1944.

S’ensuit alors une relation particulière et malsaine entre le jeune homme et le vieillard (nous sommes en 1984).

 

« Malsaine » est un euphémisme au vu de la résolution de l’intrigue, et on peut comprendre que ce film reçût un accueil très mitigé tant l’intrigue est noire. Et pourtant, Bryan Singer a un tantinet édulcoré les éléments violents de la nouvelle de Stephen King. Mais il est clair que ces deux personnages éprouvent une attirance en même temps qu’une répulsion qui met le spectateur dans une position délicate : l’identification pour l’un ou l’autre des deux principaux protagonistes est difficile tant leur relation est malsaine.

 

Il est clair que Todd est un élève doué. Scolairement. Par contre, d’un point de vue cynique, il a encore des efforts à faire : son mentor n’est pas le premier venu, et surtout ses desseins ne sont pas aussi clairs que ceux du jeune homme.

Et surtout, la fascination (morbide) qu’exerce le nazi sur le jeune homme l’entraîne à mettre le doigt dans un engrenage où il ne va pas laisser que le bras. C’est d’abord l’invitation à déjeuner chez ses parents (Ann Dowd & Bruce « Kelly » Davison), puis l’entrevue avec le conseiller d’éducation (David Schwimmer).

 

C’est cette fascination qui baigne le film et qui installe le malaise.

En effet, Bryan Singer présente l’holocauste selon un point de vue très différent des autres au cinéma. En effet, alors qu’on s’attend à ce que Todd dénonce ce criminel, il n’en fait rien, et même veut tout savoir de l’activité de cet homme qui n’est pas celui qu’il prétend. Et alors que le thème – l’holocauste – prend de plus en plus de place et devient une obsession, Singer nous montre qu’on fait fausse route : à aucun moment Dussander/Denker n’est en danger à cause du garçon.

Et pire même : le nazi va prendre le dessus sur le jeune homme jusqu’à l’irréparable.

Mais avec ce genre de personnage, qui pendant les quarante années passées à dissimulé sa propre personnalité, y a-t-il vraiment quelque chose d’irréparable ? Malheureusement, je crois que non.

 

L’autre élément qui donne le malaise sus-décrit, c’est l’interprétation : Brad Renfro et surtout Ian McKellen sont époustouflants :

  • Renfro exprime à merveille les sentiments que ressent son personnage entre la fascination et l’obsession et surtout la culpabilité qu’a pu instillé en lui ce vieil homme indigne.
  • McKellen, comme d’habitude, est impeccable et réussirait presque à nous le faire trouver sympathique s’il n’y avait ce lourd passé plutôt rédhibitoire. De plus, ses exercices en costume, dirigés par le jeune homme deviennent vite hors contrôle et on y découvre alors ce qui faisait du régime nazi un système des plus horrible qui soit : au début, Todd s’amuse à commander cet homme qu’il pense tenir en son pouvoir, mais le nazi retrouve sers réflexes et n’obéit plus du tout aux ordres, les énonçant et appliquant intérieurement, amenant pour la première fois la crainte chez le jeune homme.

Au final, on a un film très particulier dans la filmographie de Bryan Singer, mais on y retrouve tout de même le thème du contrôle des autres qu’on a pu trouver dans le personnage de Keyser Söze dans Usual Suspects (son film précédent), et qu’on trouvera chez Magneto (encore Ian McKellen) ou chez Charles Xavier dans X-Men et X2, ses deux suivants.

 

Un film très particulier, à ne pas mettre devant tous les yeux sans avertissement préalable (1).

 

 

(1) Il fut d’ailleurs interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en France.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Drame, #Todd Phillips
Joker (Todd Phillips, 2019)

On l’attendait, il est là !

Joker (Joaquin Phoenix), l’ennemi de Batman  (Bruce Wayne), est de retour sur les écrans !

Mais cette fois-ci sans Batman. En effet, l’intrigue se situe quelques temps avant la mort des parents de Bruce Wayne (Dante Pereira Olsen), alors Thomas (Brett Cullen) brigue le fauteuil de maire de Gotham City.

Nous allons donc voir comment Arthur Fleck (Phoenix, donc), qui vit avec sa mère, devient ce bandit hilare, pour qui le monde est une scène dont il est l’amuseur.

 

La gageure était de taille, et Todd Phillips s’en est sorti avec brio, soutenu par un Joaquin Phoenix extraordinaire.

Pourtant, nous avions tous en tête (sauf le professeur Allen John, mais je l’aime quand même) la performance de Heath Ledger (dont ce fut l’avant-dernier film, le dernier étant sorti après sa mort). Nous avions alors un truand des plus froids au visage caché par un maquillage qu’il ne quittait jamais.
Joaquin Phoenix réussit aussi à nous rendre cet homme sympathique, jusqu’à une demi-heure de la fin, quand le Joker se révèle tel qu’il va être dans les futures aventures de Batman.

Et comme on parle de Batman (qui n’apparaît à aucun moment, Bruce Wayne étant enfant), n’oublions pas que nous sommes ici chez DC Comics, concurrent direct et prestigieux de Marvel.

Et le film de Todd Phillips se place complètement à part des autres films de la franchise : à aucun moment n’intervient quelque super-héros aux pouvoirs et surtout actions très spectaculaire.

 

Et Joaquin Phoenix est pour beaucoup dans le succès du film. Il faut dire qu’il interprète avec beaucoup de talent ce personnage tout compte fait ordinaire avant de basculer du côté sombre. Il est ce qu’on peut appeler un pauvre type dont la vie est des plus ternes, voire malheureuse, coincé entre sa mère (Frances Conroy) et son métier de clown (1), ce dernier aspect expliquant son maquillage.

Phoenix amène même une empathie étonnante pour celui qui va devenir l’un des pires symboles du mal de Gotham City : son handicap (2) le plaçant régulièrement dans des situations difficiles qui se terminent bien souvent par une violence subie (passage à tabac) qui accentue son désespoir.

Et pas besoin d’être psychanalyste pour comprendre comment cet homme est devenu ce Joker.

 

L’autre élément qui tranche par rapport aux différentes versions antérieur montrant le Joker, c’est le traitement de la famille Wayne, et surtout du père : cet homme est un personnage très loin de ce qu’on a pu voir auparavant. Il est toujours aussi riche et souhaite le bien des habitants de Gotham City, mais son mode de pensée n’est pas aussi philanthropique qu’on eût pu le penser.

Le mépris qu’il porte au « petit peuple » n’a d’égale que l’immensité de sa fortune. Et le chaos que va mettre en place le Joker n’est pas sans rappeler les manifestations anti-gouvernementales qu’on peut voir aux informations télévisées : le masque de clown (plus ou moins inspiré du maquillage de Fleck, a remplacé celui de Guy Fawkes chez les Anonymous.

 

De plus, auprès de ces révoltés, Joker y tient un rôle qui n’est pas sans dimension messianique.

En effet, alors qu’il a été » arrêté pour meurtre (3), il est convoyé par la police mais la voiture est percutée par un van : ayant reconnu son « héros » quelques personnes vont le sortir du véhicule avec beaucoup d’attention et le déposer sur le capot, les bras en croix. Cette attention particulière pour Joker n’est pas sans rappeler la descente de croix, accentuée par la position de ses bras sur la voiture. Il est d’ailleurs porté en triomphe, devenant le symbole de la lutte contre les riches.

Bien sûr, cette adoration n’est pas raisonnable, mais une foule en colère est parfois peu raisonnable !

 

Dernière chose enfin, la narration. Todd Phillips, se basant sur le scénario qu’il a élaboré avec Scott Silver, prend quasiment pendant tout le film le point de vue de Joker, amenant parfois des ruptures surprenantes et surtout décrit avec beaucoup de réalisme le cheminement erratique de la pensée de cet antihéros. Et à de nombreux moments son esprit s’embrumant, nous n’entendons plus ce qui se dit autour de lui, son émotion prenant le pas sur sa raison : tout se tait alentour, et il reste isolé par le silence qui envahit tout.

Cet état d’esprit amenant irrémédiablement la mutation qui fera de lui un psychopathe dangereux. Pour preuve, les deux meurtres dans la dernière demi-heure du film sont d’une violence terrible, renforcée par une soudaineté surprenante, même si on s’attend à un moment ou à un autre ce passage à l’acte.

 

Bref, un film formidable, soutenu par un Joaquin Phoenix au meilleur de sa forme.

 

  1. Clown on ne peut plus triste qui égaie les enfants malades à l’hôpital, ou fait la promotion d’un magasin en faillite qui se débarrasse de ses marchandises.
  2. Il ne peut s’empêcher de rire quand il éprouve une grande émotion, surtout quand elle est à son désavantage.
  3. De sang-froid, renvoyant à l’image implacable de The dark Knight.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Richard Attenborough
Cry Freedom (Richard Attenborough, 1987)

Pour moi, Steve Biko était un nom qu’on entendait dans la chanson Asim Bonanga du regretté Johnny Clegg (1). Et encore, j’ai reconnu ce nom après avoir (enfin) vu le film de Richard Attenborough.

Tout comme pour ses autres films en tant que réalisateur, le grand Richard nous expose un personnage humain, avec ses forces et ses faiblesses, avec ce qui fait de lui qu’on s’intéresse ici.

 

Et Steve Biko mérite amplement qu’on s’arrête un moment pour l’évoquer.

Biko (Denzel Washington) était un leader sud-africain qui menait cette lutte pacifiste contre le gouvernement inique qui était en place en Afrique du Sud. Mais alors que Nelson «  Madiba » Mandela croupissait dans une geôle, Biko était libre – dans ce que cela signifie en 1975-1977 – et pouvait dispenser sa parole proche de celle de l’immense Nelson.

Et si Mandela a survécu à son traitement – lui aussi inhumain – il n’en fut pas de même pour Biko et nombre d’autres personnalités politiques qui sont morts pour cette cause : l’abolition de l’apartheid qui faisait que des Africains descendants de ceux qui ont toujours vécu ans cette région étaient considérés comme des sous-hommes par une poignée de colons d’origine européenne (Pays-Bas, France, Allemagne ou encore Scandinavie) qui se considéraient comme supérieurs et ce malgré les différentes mutations internationales et sociétales qu’on pût voir après la seconde guerre mondiale.

 

Donald Woods (Kevin Kline) est le rédacteur en, chef d’un journal proche du pouvoir qui considère Steve Biko comme un trublion plus ou moins inoffensif mais surtout un ennemi du système qu’il n’a aucune raison de dénoncer (le système, pas encore Biko).

Alors quand le docteur Mamphela Ramphele (Josette Simon) lui propose une entrevue avec Biko, il saisit cette opportunité de se forger sa propre opinion sur ce leader noir si sulfureux (2).

 

Et comme nous nous y attendons : Woods va devenir un chantre de cette lutte pour l’abolition de l’apartheid.

Mais surtout, il sera celui qui annoncera au monde qui était Steve Biko et remettra de facto en question la mort de tous ces leaders emprisonnés par un système raciste et inique et qui, constitutionnellement n’avait pas à justifier outre mesure la mort d’un de ses prisonniers.

La preuve ? Steve Biko est mort d’une grève de la fin, après avoir été frappé sans retenue par ses geôliers.

 

Nous allons donc assister à la mutation d’un personnage, Donald Woods. Alors qu’il est bien conditionné pour obéir au système, il va découvrir progressivement cet homme proscrit, comprenant puis soutenant sa lutte pour l’égalité sans pour autant prôner quelque vengeance contre les tenants de ce gouvernement injuste.

Et on va retrouver d’une certaine façon ce point de vue quand Nelson Mandela arrivera – avec raison – au poste suprême de ce pays : il n’y aura pas véritablement de règlement de compte. Et pourtant, il y avait de quoi !

 

Quoi qu’il en soit, le film de Richard Attenborough ne s’arrête pas à Biko, mais raconte le périple de Donald Woods qui devra prendre de grands risques pour échapper à ce système injuste et faire publier son livre racontant le calvaire puis la mort de Biko, éveillant alors les dernières consciences mondiales à ce fléau qu’est le racisme, et ce système politique désuet. Désuet bien qu’abandonné récemment (nous sommes en 1977) par les Etats-Unis (3).

 

Et tout comme pour Gandhi (1983), Attenborough montre le ^parcours de son martyr, en y adjoignant un système inique (comme déjà écrit pus haut) justifiant à lui seul le combat de cet apôtre de la paix : à aucun moment Biko n’appelle au soulèvement armé ni à quelque action violente. Tout comme Gandhi ou Luther King avant lui, il est un pacifiste convaincu de la force de son engagement et de ceux qui le suivent.

 

Mais si Biko a prôné toute sa (fin de) vie l’action pacifiste, Attenborough ne peut passer outre les exactions de ce gouvernement abject qui n’hésita pas à tirer sur la foule de Soweto en 1976, tuant hommes, femmes ET enfants pour la sauvegarde d’un modèle obsolète autant que meurtrier.

 

  1. Son album The third world Child sort la même année que le film.
  2. Tellement dangereux qu’il n’avait pas le droit de côtoyer plus d’une personne à la fois !
  3. Une dizaine d’années, sans parler du racisme ordinaire subi par les Noirs dans le Sud, et malheureusement ailleurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Oliver Stone, #Kevin Costner
JFK (Oliver Stone, 1991)

Près de trente ans après les faits, Oliver Stone reprend à son compte l’enquête sur la mort de John F. Kennedy (d’où le titre), à travers la reconstitution de l’enquête menée par Jim Garrison (1), qui déboucha sur le procès de l’un des éventuels participant à un complot, Clay Shaw (Tommy Lee Jones).

Nous allons alors revivre cette journée du 22 novembre 1963, l’une des plus noires qu’ait connu les Etats-Unis.

 

Dès le début, Oliver Stone nous replonge dans cette journée fatale, vue à travers les différentes vidéos qui furent tournées , avec des plans de coupe reconstituées, : ces micro-événements qui seront utilisés par Garrison et son équipe pour mettre en lumière le côté complot de l’intrigue (2).

Nous revoyons ces images cent fois montrées qui voient l’accueil enthousiaste des gens de Dallas à ce président différent, jusqu’au premier coup de feu qui éclatera dans le noir, cet instant marquant le début de ce que Garrison va appeler et tenter de démontrer : un complot.

 

Impressionnant.

C’est le mot qui nous vient quand se termine le film, une fois les dernières précisions énoncées à propos des rares avancées dans l’enquête. Quant à la véracité de ce que nous montre Stone, il est difficile de se faire une idée, étant avant tout ici dans un cadre cinématographique.

Mais le montage est essentiel tout au long de ce film, mêlant avec habileté images d’archives et reconstitution narrative de cette journée décidément particulière, puisqu’elle a été déclarée « jour du souvenir du président John F. Kennedy » par le président Obama en 2013.

 

Parallèlement à cette reconstitution des événements, on assiste à celle de l’enquête de Garrison, tiraillé entre la quête de vérité et sa propre vie : marié et père de cinq enfants, il déserte peu à peu sa famille pour se lancer à corps perdu dans l’enquête de sa vie, dont il écrira le livre sur lequel se base Stone trois ans avant la sortie du film, avec le point d’orgue constitué par le procès de Shaw et la magnifique plaidoirie qui n’empêchera pas malgré tout l’acquittement de ce dernier, malgré les zones d’ombre soulevées par son enquête.

 

Et Stone n’a pas lésiné sur les moyens : plus de trois heures de film avec une distribution très riche – par le cachet mais surtout par le talent, parmi laquelle on peut trouver le duo de Billy Wilder Jack Lemmon – Walter Matthau, Donald Sutherland ou encore Sissy Spacek dans le rôle de l’épouse de Garrison, de plus en plus accablée par les proportions de l’enquête qui la prive de plus en plus de son mari.

Le casting est à mon avis l’un des éléments les plus importants de cette reconstitution : la présence de pointures du cinéma américain permet au spectateur de tenir bon et surtout de conserver intacte son attention, témoin cette longue séquence mettant en scène Garrison/Costner et Mr. X, interprété par le génial Donald Sutherland. Il s’agit très certainement de la partie la plus indigeste de l’enquête puisque nous recevons une grande masse d’informations, mais le ton pris par cet acteur, soutenu par les images réelles et/ou reconstituées nous permet de ne pas nous noyer dans les ramifications de ce qui ressemble à un « coup d’état », terme repris tel quel à différents moments du film par Garrison, surtout dans sa plaidoirie finale.

 

Cette plaidoirie, arrivant au terme du procès est magnifique, Costner étant éblouissant dans ce morceau de bravoure qui le voit disserter pendant de longues minutes et démontrant de manière plutôt convaincante les différentes responsabilités au plus haut niveau de l’enquête.

Cette plaidoirie s’inscrit dans la partie judiciaire qui se démarque un peu des films traitant habituellement de ce sujet : alors que Garrison nous livre ce qui fut peut-être la plaidoirie de sa vie, le verdict va totalement à l’encontre de l’issue recherchée, e cinéma ne pouvant pas toujours aller à l’encontre de la vérité historique. Vérité factuelle ne remettant aucunement en cause les conclusions de son enquête.

 

Encore une fois, Oliver Stone s’insurge, livrant ainsi un nouveau film militant, mais cette fois-ci, l’impact ne sera pas seulement ressenti par le public puisque le Congrès américain votera une loi en 1992 sur la divulgation des assassinats.

Mais plus de 25 ans après la sortie du film, le mystère reste entier et ce malgré toutes les théories et autres enquêtes menées.

 

Qu’importe, nous avons passé un bon moment nous replongeant dans cette période trouble où mourut un espoir, symbolisé par ce président atypique, et ce alors que le monde fut au plus près d’une guerre nucléaire…

 

 

  1. C’est Kevin Costner qui l’interprète bien qu’il apparaisse lui-même – ironiquement - dans le rôle du juge Warren qui présida à la commission devant faire la lumière sur l’assassinat, dont les conclusions seront battues en brèche par Garrison quelques années plus tard.
  2. Terme absolument pas usurpé pour cette affaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Dieterle, #Drame, #Lillian Gish
Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie - William Dieterle, 1948)

Superbe.

Il y a dans ce film de Dieterle une volonté esthétique magnifique qui réussit à joindre deux univers opposés sur bien des points : la peinture et le cinéma.

La peinture, c’est un moment figé, une pause dans la vie, qu’elle soit celle de l’artiste ou de son modèle, voire du monde qu’il décrit. Alors que le cinéma c’est avant tout le mouvement, et ce n’est pas une coïncidence si on parle outre-Atlantique de « movie » pour qualifier un film : movie qui vient de move, signifiant bouger.

Et ici, non seulement Dieterle mélange avec bonheur les deux, mais en plus, il rend la peinture vivante, mouvante, et bien sûr émouvante.

 

Jennie Appleton (Jennifer Jones) est une jeune fille que croise Eben Adams (Joseph Cotten) lors d’une de ses promenades, déambulant dans New York à la recherche d’un éventuel acquéreur pour ses différentes productions, plutôt moyennes, sinon minables.

Et quand Jennie paraît, seule, dans ce parc vide, c’est un rayon de soleil qui entre dans sa vie.

C’est elle qu’il peindra, cette jeune fille qui ne casse de vieillir entre chaque nouvelle rencontre jusqu’à devenir la femme dans le portrait.

 

Deux ans après le tournage chaotique de Duel au Soleil, Dieterle retrouve donc Joseph Cotten et Jennifer Jones – ainsi que Lillian Gish, à nouveau une nonne (1) – dans une histoire fantastique mêlant le temps de la narration au temps qui s’écoule, permettant à deux êtres de se retrouver malgré tout, vivant alors une histoire d’amour impossible et donc très belle.

Le temps d’une année (à peu près), Eben Adams va voir Jennie mûrir pendant que lui n’est pas affecté, permettant à Jennie de réaliser un rêve enfantin : qu’il l’attende pendant qu’elle va grandir. C’est d’ailleurs le souhait qu’elle formule en sa présence, tournant trois fois sur elle-même en l’énonçant.

 

Et c’est là que Dieterle arrive au point de jonction de ces deux univers : « le temps est désarticulé » disait Hamlet (2), et l’histoire d’amour entre Jennie et Eben joue des failles temporelles. En effet, quand Eben rencontre Jennie pour la première fois, elle est en 1910, alors que lui-même est déjà plus de vingt ans après. Mais la magie du cinéma peut rendre possible cette rencontre étrange, jouant d’effets de lumière, de fumées, de brouillard.

De plus, chaque séquence est introduite par un effet de maillage sur l’image, retrouvant l’effet d’une image figée sur une toile, passant habilement de cette pose à un décor qui se met en mouvement, incluant ce décor figé dans une réalité, tout du moins celle du peintre.

 

Mais Jennie n’est pas prévisible et entre deux rencontres, il se confie : à son ami Gus O’Toole (David Wayne, rien à voir avec l’autre), mécano et conducteur de taxi, ou encore à Spinney (Ethel Barrymore, la sœur des, parfaite comme toujours). C’est d’ailleurs cette dernière qui supplante Gus, faisant partie du même milieu qu’Eben, l'art, mais en tant qu’acheteuse.

Il y a dans cette relation un écho de celle liant Eben et Jennie. Spinney, vieille demoiselle, donne l’impression de revivre ses amours anciennes, avortées bien évidemment, à travers ce couple original jusqu’à l’incrédulité. Et d’une certaine manière, Eben joue consciemment ou non avec ce regain sentimental inespéré chez Spinney, né d’une remarque, toute simple, sur ses beaux yeux.


C’est donc Spinney qui va accompagner Eben jusqu’au bout de son rêve, mais est-ce vraiment un rêve ?

Toujours est-il que cette fantaisie – dans le sens imagination ou tout autre terme s’y rapportant – va l’amener inévitablement vers Jennie et son destin déjà tout tracé (3). Cette ultime rencontre va encore être introduite par un brouillard dans lequel Eben navigue vers le phare qu’il a peint quelques années plus tôt et qui est primordial dans la vie de Jennie. Ce brouillard aveuglant est rapidement chassé par le vent pendant que le ciel gris est zébré d’éclairs verts, annonçant une séquence en technicolor pendant que le vert va continuer de s’imposer sur l’écran, où l’image répétée du tourbillon (4) qui va se développer, emportant bien sûr Eben et Jennie inévitablement, jusqu’à la fin qui voit le portrait de Jennie, enfin terminé (5).

Et en couleur !

 

 

  1. Cff. The white Sister (Henry King, 1923)
  2. « The time is out of joint » (Hamlet, acte I scène 5)
  3. Grâce au témoignage de Sœur Marie de la Miséricorde (la toujours belle Lillian Gish), témoignage de ce qu’il advint réellement de Jennie, témoignage aussi de l’amour qu’elle portait pour cette jeune fille.
  4. les nuages qui tournent et s’étirent, l’escalier du phare vue d’en haut, vue d’en bas... Cette dernière image n’est d’ailleurs pas sans rappeler le nombre d’or, élément pictural s’il en est.
  5. Il se passe tout de même quelques échanges avant le dernier plan du portrait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Emmett J. Flynn, #Drame
Monte Cristo (Emmett J. Flynn, 1922)

Troisième adaptation du roman de Dumas – deuxième américaine – ce film reprend (presque) fidèlement les différentes péripéties du roman, avec une fin alternative, mais après la version Dayan de 1998, on peut s’attendre à tout.

Et si la fin va dans ce même sens, la version proposée par Emmett J. Flynn n’a pas à rougir comparativement aux autres.

 

Bien sûr, tous les protagonistes sont là : Edmond Dantès (John Gilbert), bien sûr, trahi par ceux qui se disaient ses amis – Gaspard Caderousse (William V. Mong) ; Danglars (Albert Prisco) et Fernand Montego (Ralph Cloninger). Mais aussi sa fiancée la belle Mercedes (Estelle Taylor) et l’incontournable abbé Faria (Spottiswoode Aitken), compagnon d’infortune au Château d’If.

Là encore, le film est divisé en deux parties : la première qui voit la machination opérer contre Dantès, avec la complicité de l’infâme Villefort (Robert McKim), jusqu’au retour chez Caderousse, quand Dantès/Monte-Cristo fomente sa vengeance.

La seconde ensuite quand les différents conjurés sont châtiés par celui qu’ils avaient trop tôt enterrés.

 

Le générique le précise dès le premier intertitre : il s’agit d’une superproduction avec casting brillant (avec toutes ces stars, rien d’étonnant), et reconstitutions somptueuses, que ce soient les décors ou les costumes.

Outre les personnalités citées plus haut, on retrouve quelques têtes connues dans les seconds rôles : Francis McDonald (Benedetto/Cavalcanti), Maude George (Mme Danglars) et bien sûr la belle Renée Adorée (Melle Danglars), qui va bientôt partager la tête d’affiche avec John Gilbert dans les années qui vont suivre (1).

 

Emmett J. Flynn fait partie de ces réalisateurs sans grande envergure depuis longtemps oubliés, mais en lui confiant un tel film, William Fox devait savoir ce qu’il faisait. Et ce film est loin d’être un petit film, de par son envergure et sa distribution. Nous avons donc une interprétation sure, Gilbert est un Monte-Cristo magnifique, dont le regard – comme tous les autres interprètes – est l’atout maître. La plupart des événements sont accentués par des visages très expressifs, avec surtout une grande mobilité des yeux (surtout chez Caderousse).

Parmi les techniques utilisées, on retrouve de nombreux flashbacks rappelant – ou non – de »s scènes déjà vues, ainsi que des surimpressions en relation avec le passé, rappelant ce qui amena Dantès à devenir Monte-Cristo.

 

De plus, on note un souci du détail, isolant certains éléments pour renforcer l’intrigue et l’action d’un personnage par rapport à l’intrigue : la lettre de dénonciation que récupère Montego ; les plaques sur les portes des cellules…

La mort de Caderousse (tué par Benedetto) est une très belle séquence, mettant en scène les deux protagonistes, Benedetto en arrière-plan qui se prépare à poignarder son hôte : on suit Caderousse qui admire avec envie le diamant que lui a laissé l’abbé Dantès, pendant que dans le coin supérieur droit on aperçoit la main de Benedetto qui va à sa ceinture, sort le couteau et se rapproche de sa victime. On ne verra pas la lame pénétrer le corps, mais le résultat est sans appel, Caderousse est mort.

 

Quoi qu’il en soit, et malgré la fin attendue (2), Monte Cristo est un très beau film solidement interprété, où John Gilbert joue sur autre chose que son physique de jeune premier (il a 25 ans quand le film sort), et nous gratifie d’un Edmond Dantès dans le ton du roman de Dumas. Son regard – lui aussi très important – exprime à merveille le sentiment de vengeance ainsi que la lassitude une fois qu’elle est accomplie, renforcée par un maquillage qui le vieillit sans pour autant exagérer le passager du temps.

D’ailleurs, pour tous les personnages, la marque du temps est montrée par ce même maquillage sans excès, et surtout qui passe très bien dans les différents gros plans utilisés.

 

Une nouvelle pépite dans cette production hollywoodienne de la période muette, réalisée par un metteur en scène dont le défaut, l’alcoolisme, entraînera sa mort prématurée en 1937 à 44 ans, alors qu’il ne tournait plus depuis déjà 5 ans.

Dommage, encore une fois.

 

 

  1. Et pas n’importe quels films : La grande Parade, La Morsure ou encore Les Cosaques.
  2. On est au cinéma, que voulez-vous…

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