Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #J. Lee Thompson, #Drame
Les Nerfs à vif (Cape Fear - J. Lee Thompson, 1962)

C’est un homme qui marche dans la ville. Il avance, malgré le trafic et pénètre dans le palais de justice pour y voir la fin d’une session. Ou plutôt un avocat dans cette session : Sam Bowden (Gregory Peck).

Cet homme au panama a été condamné à de la prison après le témoignage de Bowden. Cet homme a passé les huit dernières années de sa vie à ruminer sa vengeance. Et maintenant, il est prêt.

Il s’appelle Max Cady (Robert Mitchum).

 

Nous sommes sept ans après La Nuit du Chasseur et Robert Mitchum se retrouve à nouveau dans la peau d’un criminel des plus dangereux et surtout dérangé. Encore que. Max Cady est un homme violent avec les femmes, quel que soit leur âge. Et encore une fois, Mitchum est formidable.

On peut donc en conclure que Gregory Peck avait apprécié ce dernier dans le film de Laughton, puisque, en tant que directeur de la compagnie de production, il a fait de gros efforts pour l’avoir dans cette production.

Mais à nouveau, avoir Mitchum dans un tel rôle n’a pas beaucoup porté bonheur : le film fut un échec qui causa la fermeture de Melville Productions (1), la société de Peck.

 

C’est bien dommage que ce film fut un échec, parce qu’on y trouve une manière de filmer qui n’est pas sans rappeler celle d’Hitchcock, avec un suspense qui va grandissant jusqu’à l’affrontement final inévitable.

Outre des plans plutôt originaux pour Thompson, on retrouve la musique de Bernard Herrmann (Psycho, c’et deux ans plus tôt, et l’année suivante, ce sera The Birds), qui accentue la tension de plus en plus palpable.

 

Car si le titre original mentionne la rivière sur laquelle se passe la séquence finale, le titre français lui décrit clairement la situation dans laquelle se trouve la famille Bowden face à cet homme insaisissable et ô combien dangereux.

Et si les Bowden ont les nerfs à vif, les dernières vingt minutes permettent aux spectateurs d’expérimenter cette même sensation tant la séquence est incertaine, et surtout Cady malfaisant.

 

Car Cady va beaucoup plus loin dans la malfaisance. On assiste alors à des contacts entre Cady et ses deux victimes féminines – Peggy Bowden (Polly Bergen) et sa fille Nancy (Lori Martin) – qui ne sont pas des plus subtiles ni très recommandés par le code Hays qui était encore en vigueur. D’ailleurs, quelques minutes avaient été retirées par la censure, qui voyait Cady avoir une attitude ambiguë envers Nancy, la seule véritable victime du psychopathe.

 

De plus, le format noir et blanc ajoute de la tension, et les éclairages, tout comme les points de vue, apportent une plus forte de dose de menaces. Avec quelques fausses pistes pour nous tromper, la première se situant au tout début du film : Cady est habillé d’une tenue très claire alors que Bowden, lui, est toujours habillé en sombre. Le rapport manichéen semble inversé, mais rapidement, le spectateur se fait une idée claire de ce drôle de paroissien.

 

Ce film est aussi une occasion pour les spectateurs actuels de retrouver Telly Savalas (Charles Sievers, le détective privé) dans un de ses tout premiers rôles : non seulement il n’a pas un rôle de méchant et/ou de tordu comme ce sera le cas un peu plus tard (The dirty Dozen, On Her Majesty's Secret Service), mais en plus, il a encore ses cheveux. Et on se rend compte alors que s’il les a rasés plus tard, ce n’était pas uniquement pour se faire une image de marque tout comme Yul Brynner, mais aussi parce qu’il commençait déjà à bien se dégarnir…

 

Presque 30 ans plus tard, Martin Scorsese adaptera à nouveau  cette même histoire, avec les mêmes personnages, la même musique ainsi que les mêmes acteurs – Mitchum, Peck & Balsam (Mark Dutton le policier ami de Bowden) – mais dans des rôles un tantinet plus subalternes, l’âge ne jouant plus vraiment en leur faveur…

Vous vous doutez bien qu’encore une fois, ceci est une autre histoire…

 

 

PS : le public actuel peut trouver une résonnance de sa propre actualité à propos de la condition des femmes. Le personnage de Diane Taylor (Barrie Chase) est une femme qui a été abusée et surtout frappée par Cady. Mais sa seule réaction est de partir loin de tout ça, alors que le privé l’encourage à porter plainte. On retrouve ce même thème quand il s’agit de la famille de Bowden, montrant – déjà – qu’il n’est pas facile pour une femme de vivre après une telle expérience. Même si Diane Taylor n’est pas ce qu’on peut appeler une lady, et qu’elle ne veut pas témoigner, on doit comprendre que c’est encore plus difficile pour une femme qu’on peut qualifier de plus classique.

 

(1) Eh oui, Gregory Peck a joué Achab dans le Moby Dick de John Huston…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson, #Drame
L'Amour a-t-il un maître ? (Something to think about - Cecil B. DeMille, 1920)

Ruth (Gloria Swanson) a deux prétendants : Jim (Monte Blue) qui est beau est fort, et David (Elliott Dexter) qui est moins beau et surtout invalide.

Alors évidemment, c’est avec Jim qu’elle s’enfuit, se marie et file le parfait amour à la grande ville.

Malheureusement, Jim meurt dans un accident de mine. Ruth s’en retourne donc chez Luke son père (Theodore Roberts), affronter le reproche, avec le fruit de ses amours...

 

Cecil B. DeMille, Jeanie McPherson, Gloria Swanson, Theodore Roberts : pas de doute, nous sommes en territoire connu.

Mais ce qui diffère des autres films, c’est un ton d’une noirceur inhabituelle chez ces gens-là. Tout d’abord, Roberts et Swanson ne sont pas des membres de la haute bourgeoisie comme on a coutume de les voir chez DeMille.

Et si Swanson reste Swanson, il n’en va pas de même pour Roberts : loin de l’homme d’affaires plus ou moins scrupuleux, nous le retrouvons dans un rôle de forgeron avec une barbe aussi spectaculaire qu’improbable. D’ailleurs, on a parfois du mal à le reconnaître sous cet attribut pileux.

 

Si on retrouve les thèmes habituels du duo DeMille/McPherson, on est surpris de la tournure des événements. Que la belle Ruth s’enfuie avec le beau Jim, rien de bien surprenant. Par contre, c’est le sort qui attend ce même Jim qui amène l’élément perturbateur qui amène l’indispensable quête de rédemption que chacun va effectuer à sa manière.

Ruth par une forme d’humiliation en étant recueillie par David, pour sauver les apparences (et pas autre chose) ; David en évoluant dans sa pensée (1), accueillant l’Amour puisqu’il refuse Dieu (il n’y a d’ailleurs aucune différence entre les deux, si on en croit le discours un tantinet lénifiant mais surtout édifiant de la femme de ménage de David (Claire McDowell).

 

C’est d’ailleurs cet aspect religieux qui a tendance à alourdir le film, même si on retrouve dans le même temps quelques références dans l’intrigue.
Tout d’abord le prénom Ruth qui n’est pas anodin : en effet, il s’agit de celle dont la lignée va engendrer le roi David et si on en croit les Evangiles, Jésus comme expliqué dans les premiers versets de Matthieu (I:1-17), ce qui nous amène évidemment à David pour les même raisons.

Autre résonnance religieuse : le retour de Ruth qui est rejetée par son père et pour la deuxième fois des envies suicidaires. C’est dans ce qu’i ressemble à une étable que la corde pend tranquille, transformant alors e lieu de naissance en lieu de mort. Mais heureusement, David (encore lui) la sauve (voir plus haut).

 

Mais malgré cette issue salvatrice annoncée (on chez DeMille, tout de même), le propos du film n’en demeure pas moins très sombre.

Outre la mort de Jim, qui se sacrifie pour les autres, Ruth a dans l’idée de se supprimer une première fois, sauvée par un mendiant qui lui a tout de même volé son porte-monnaie. Vide peut-être, mais c’est l’intention qui compte (2).

Autre élément du destin qui n’amène pas l’optimisme : Luke qui frappe mal sur un fer-à-cheval chauffé à blanc dont les escarbilles l’aveuglent, l’amenant lui aussi à une déchéance qui l’envoie dans un hospice pour nécessiteux.

 

Mais malgré tout, la    fin est heureuse : il fallait tout de même que le propos religieux porte ses fruits. C’est d’ailleurs ce côté rédempteur qui a tendance à alourdir le film, mais que voulez-vous, en 1920, la morale a certaines exigences.

Cette morale qui a tendance à compliquer la vie des jeunes gens : le veuvage de Ruth est alors montré comme une « double peine » : d’un côté elle perd l’homme qu’elle aime ; de l’autre, elle est déconsidérée par son père et celui qui fut son prétendant voire son promis avant qu’elle ne fuie.

 

Alors on peut se laisser à regarder cet énième film du duo DeMille-McPherson, mais on peut aussi lui préférer d’autres films on ne peut plus intéressants (celui qui est évoqué plus bas, par exemple).

 

PS : à noter la présence d’une autre actrice demillienne, la belle Julia Faye dans un rôle qui ressemble plus à du copinage qu’autre chose… Ainsi que dans le rôle du jeune Bobby, le fils de Ruth et Jim, Michael D. Moore, qui fera une carrière d’assistant-réalisateur qui l'amènera à travailler sur les trois premiers épisodes d’Indiana Jones. Pas mal, non ?

 

  1. David est un philosophe dont le mot d’ordre est qu’il n’y a aucune différence entre les différents dieux adorés : en clair, c’est un athée. D’une certaine manière, il annonce le personnage de Judy Craig (The Godless Girl) presque dix ans plus tard.
  2. C’est d’ailleurs le seul moment qui nous tire un sourire, McPherson ayant évité toutes les occasions comiques qu’on a l’habitude de trouver chez DeMille.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Yves Boisset, #Drame
Cran d'Arrêt (Yves Boisset, 1970)

Le « cran d’arrêt », c’est l’endroit le plus bas qu’on puisse atteindre, celui à partir duquel on ne peut que repartir, le fond qu’on touche et qui permet d’un coup de pied de refaire surface.

Ici, c’est le jeune David Auseri (Renaud Verley) qui a touché le fond : déprimé, il s’enivre d’alcool et de vitesse.

Il faut dire qu’un an auparavant, il a rencontré une jeune femme – Alberta Radelli (Rafaella Carrà) qu’il a abandonnée sur le bord de la route, et que le lendemain, il a lu dans le journal qu’elle s’était suicidée.

Alors évidemment, il se sent coupable.

Voilà pourquoi son père a demandé à un médecin (radié de l’ordre pour euthanasie) – Duca Lamberti (Bruno Crémer) – de le reprendre en main et de le sortir de sa dépression.

 

Il s’agit ici du deuxième long métrage d’Yves Boisset, et on peut déjà reconnaître sa patte, dans cette histoire policière, mâtinée d’un soupçon de voyeurisme. En effet, la première séquence nous fait suivre une jeune femme (Alberta) qui se rend chez un photographe qui réalise des clichés « artistiques. En clair, elle va poser nue pour un obsédé (Mario Adorf) qui réalise des photographies un tantinet sado-maso. Avec des chaînes.

 

Boisset réalise ici un film assez sobre, dû surtout à la durée resserrée (87 minutes). L’intrigue ne s’embarrasse alors pas de détails superflus, ni de bavardages oiseux. L’action prime sur tout, même sur la dimension voyeuriste.

Il faut dire que les deux séquences de nu ont une certaine pertinence dans cette intrigue de retour à la vie. La première nous est ce qu’on appelle au théâtre une scène d’exposition, donnant le contexte dans lequel va évoluer l’ex-docteur. La seconde permet de serrer le voyeur qui à nouveau s’est adonné à son violon d’Ingres SM. Avec des chaînes (1).

 

Un bémol tout de même : l’ellipse qui escamote une année depuis la première séquence n’est pas bien claire pour le spectateur, ca  r il faut attendre la première résolution : celle qui nous explique comment David en est arrivé là.

Le rythme de l’intrigue s’accélère et là encore, Boisset enchaîne les différentes péripéties sur un rythme soutenu sans être trop rapide, donnant une dimension américaine à son film.

Avec en prime une poursuite en voiture qui, si elle n’est pas du niveau de celle de French Connection (sorti l’année suivante), n’en demeure pas moins intéressante, voire haletante.

 

Au final, nous avons un film des plus honnêtes où Boisset ne s’embarrasse pas trop de détails superflus, concentrant son attention sur les épisodes de mouvements, montrant que le cinéma français de la fin des années 1960s n’est pas toujours statique ni bavard (2).

Ses interprètes ont le ton juste même si on ne peut ignorer le doublage partiel dû aux différentes nationalités des interprètes.

De plus, il saupoudre son film de quelques éléments comiques, surtout quand Livia (Marianne Comtell) sert d’appât pour dénicher l’homme aux cheveux blonds.

 

PS : un petit détail, histoire d’étaler sa culture : Bruno Crémer et Renaud Verley se retrouveront dans un épisode de Maigret près de 30 ans plus tard.

 

  1. Ceux qui ont lu Astérix chez les Helvètes comprendront l’allusion…
  2. Je vous laisse chercher de qui je peux parler…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Paul Leni, #Drame
L'Homme qui rit (The Man who laughs - Paul Leni, 1928)

 

« L’Homme qui rit », c’est Gwynplaine (Conrad Veidt).

Il rit parce qu’enfant il fut défiguré par un « docteur » pour des vendeurs d’enfants (« comprachicos », néologisme hugolien), lui figeant un sourire à pleines dents.

Dans son malheur, il recueillit un bébé qui deviendra une belle jeune fille – Déa (Mary Philbin) – et va grandir grâce à Ursus (Cesare Gravina) qui les élèvera et créera un spectacle où bien sûr Gwynplaine aura la vedette : l’Homme qui rit.

 

Bien sûr, comme nous sommes chez Victor Hugo, l’intrigue, adaptée ici par J. Grubb Alexander, est plus compliquée puisqu’elle fait intervenir un roi – James II (Sam De Grasse) – une reine – Anne (Josephine Crowell) – un bouffon – Barkilphedro (Brandon Hurst) – et un chien-loup (Zimbo, crédité au générique).

Il s’agit de la première adaptation du roman de 1869 et d’autres suivront, la dernière est sortie en 2012.

 

Mais comme pour Notre-Dame de Paris, l’adaptation laisse parfois à désirer. Mais comme le dit toujours mon ami le professeur Allen John, on est au cinéma, alors on laisse la littérature de côté. Soit.

Ce qui frappe le spectateur de prime abord, c’est l’évolution du cinéma de Paul Leni. En effet, après avoir vu l’exercice de style que représentait Le Cabinet des figures de cire, on ne peut être qu’émerveillé par la maîtrise du cinéaste. Il mène son intrigue en alternant des séquences rapides et lentes, et dirige ses actrices et acteurs avec une grande justesse.

Mais surtout, il a pris grand soin de les faire évoluer dans des décors magnifiques.

 

Leni est à l’origine un décorateur qui a travaillé pour d’autres grands noms du cinéma allemand avant de passer à la réalisation. On comprend alors le soin qui fut mis ici pour le film, d’autant plus qu’il a pu profiter du financement de la compagnie Universal de Carl Laemmle, pour ce qui fut son troisième et malheureusement avant-dernier film (1) américain.

Le décor ne concerne pas seulement les différents lieux qui sont montrés tout le long du film : les scènes concernant la royauté voient les différents figurants (gardes, valets…) devenir eux-mêmes des éléments de ce décor somptueux.

Il en va de même pour les scènes de départ de bateaux – au tout début et à la toute fin (2) – qui sont de toute beauté (surtout la deuxième).

 

Bref, c’est un film fabuleux qui nous est proposé ici, où Leni retrouve Conrad Veidt qui était lui aussi invité par Hollywood à tourner dans la capitale du cinéma. On notera aussi la présence d’un troisième Allemand : Charles Puffy qu’on a pu remarquer surtout chez Fritz Lang (Der müde Tod et surtout Doktor Mabuse der Spieler).

Côté américain, on retrouve Mary Philbin qui avait déjà joué dans un film du même genre : Le Fantôme de l’Opéra. Elle y jouait avec le grand Lon Chaney, à qui on pense obligatoirement tant le rôle de Gwynplaine entre dans son registre (3).

 

Mais Conrad Veidt a dans sa filmographie le rôle emblématique de Cesare, et sa présence en Gwynplaine s’explique alors facilement. Il campe ce personnage défiguré avec talent, tant le personnage aux traits figés n’est pas un rôle simple. En effet, le sourire sempiternel ne lui laisse pas beaucoup de possibilités d’expression, mais son regard accentué par le contexte le rend tout de même très expressif.

 

Je terminerai en disant que la fin, bien sûr en partie différente du roman, est tout de même très bien amenée, et on comprend alors pourquoi le chien Zimbo a son nom au générique : il est un autre personnage important de l’intrigue (comme du roman, d’ailleurs).

Notons la présence de la grande Olga Baclanova dans un rôle de courtisane, dans tous les sens du terme... Sa présence nous emmène quatre ans plus tard dans Freaks alors qu’on peut voir différents phénomènes de foire à celle de Southwark, dont Delmo Fritz (4), l’avaleur de sabre qui joue lui aussi chez Browning.

Et bien sûr, dans les utilitaires, on remarque le petit John George (1,27 mètre)

 

 

  1. Il mourut peu de temps après avoir réalisé son dernier film, le 2 septembre 1929, d’une septicémie.
  2. Oui, on a une structure en miroir.
  3. Chaney était sous contrat à la MGM, donc il avait alors peu de chances de figurer à la Universal.
  4. J’ai un petit souci avec cette personne : il est connu pour avoir joué dans les deux films mais sa biographie mentionne qu’il est mort en 1925. Si vous avez la solution à ce mystère de mort-vivant, n’hésitez pas à me contacter…

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Josef von Sternberg, #Drame
Crépuscule de Gloire (The last Command - Josef von Sternberg, 1928)

Première collaboration de Sternberg et d’Emil Jannings, alors à Hollywood, il ‘agit d’une rencontre au sommet où les deux monstres sacrés expriment tout leur art.

Sternberg réalise ici un film historique sur un événement qui est alors récent et dont l’issue n’est pas encore absolument certaine : la Révolution russe de 1917 (1).

De plus, il vient de réaliser The Docks of New York qui a beaucoup fait pour sa notoriété, et peut réaliser ce film avec une marge de manœuvre suffisante.

Quant à Jannings, il interprète ici très certainement son plus beau rôle à Hollywood, ce général victime de cette même révolution.

 

Alors que le film est tourné courant 1927 (quelle année !), l’intrigue se situe en 1928, présent des spectateurs. On y voit un réalisateur (William Powell) qui veut tourner un film sur la Révolution russe. Il a besoin pour cela d’un acteur possédant une certaine envergure afin d’interpréter le général en chef des armées du tsar : il porte son choix sur un figurant correspondant en tout point à ce qu’il recherche. Normal : c’est le grand-duc Sergius Alexander lui-même, chassé par la révolution et qui survit en faisant de la figuration à Hollywood.

Alors qu’il se prépare pour son rôle, Alexander se rappelle comment la Révolution s’est installée, alors qu’il partait rejoindre le front pour combattre les Allemands.

 

La force du film de Sternberg c’est d’avoir réussi à reconstituer la Révolution russe sans jamais avancer une quelconque teinte politique chez les révolutionnaires. C’est le peuple exploité qui se révolte contre ses maîtres, et pas autre chose.

De plus, pour interpréter ces mêmes révolutionnaires, Sternberg a utilisé – encore une fois – des actrices et acteurs aux physiques particuliers, donnant à cette foule une note d’authenticité fort intéressante : encore une fois, à quelques exceptions près, on a droit à des mines patibulaires, dans des attitudes qui ne relèvent pas d’une très grande éducation : des affreux sales et méchants !

 

Bien sûr, Emil Jannings, Evelyn Brent (Natalie Dabrova) et William Powell ne rentrent pas dans ces critères physiques. Et ce distinguo peut aussi s’expliquer par la personnalité de leurs rôles. En effet, tous trois, malgré leurs différences sont des personnages positifs : et leur physique s’accorde à leur grandeur d’âme, tout comme celui des révolutionnaires qui sont essentiellement des braillards incultes et alcoolisés, tuant tout ceux qui passent à leur portée, pourvu qu’ils ne soient pas de leur bord.

 

Avec ce film, Sternberg s’amuse aussi à nous montrer l’envers du décor d’un tournage. Pour ceux qui ont lu ses mémoires (2), on retrouve ici quelques éléments de son livre, surtout la pique qu’il envoie aux « assistants du réalisateurs » : on voit William Powell mettre une cigarette à la bouche, donnant alors le signal à une horde de ces collaborateurs zélés pour lui offrir du feu (3). Plus sérieusement, on assiste à la mise en place de la scène dont le grand-duc Sergius doit être la vedette, les différentes étapes qui amènent au tournage à proprement parler : c’est aussi cette séquence qui donne son nom au titre original (le dernier commandement), Alexander se retrouvant alors replongé dans son passé avec une utilisation superbe de la surimpression, donnant alors à Jannings un final à sa mesure.

 

Mais Jannings n’est pas le seul à tirer son épingle du jeu : Evelyn Brent est elle aussi magnifique dans ce rôle on ne peut plus ambigu.

Mais bien sûr, elle ne peut pas vraiment rivaliser avec un tel monstre : Jannings recevra d’ailleurs le premier Oscar de meilleur acteur de l’histoire du cinéma, ce qui n’était pas immérité. En effet, Sternberg, dont la direction d’acteurs était des plus rigoureuse, ne lui laisse pas la possibilité de se laisser aller à un quelconque cabotinage, l’amenant là où il voulait, le tout en le faisant déjà mourir à la fin du film.

Quant à William Powell, son rôle est plus anecdotique – il prendre son véritable envol dans la décennie suivante, en particulier grâce à la série Thin Man, aux côtés de la (très) belle Myrna Loy – mais très pertinent, quand on connaît l’intégralité de l’intrigue (4).

 

Superbe.

 

  1. Quand le film sort, Staline ne contrôle pas encore l’intégralité de l’appareil d’état.
  2. Fun in a Chinese Laundry (1966)
  3. On retrouve ce même gag dans Daffy Duck in Hollywood (Fred Avery, 1938), avec Porky Pig dans le rôle du réalisateur.
  4. Je ne vous la livre toujours pas, allez-y voir par vous-même, vous ne le regretterez pas.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich
Cœurs brûlés (Morocco - Josef von Sternberg, 1930)

A peine débarquée à Hollywood, Marlene Dietrich rejoint son mentor – Josef von Sternberg – pour un nouveau film qui va la propulser en haut de l’affiche. Encore une fois (1).

Cette fois-ci, c’est Gary Cooper qui partage la vedette et dans une moindre dimension, le vétéran Adolphe Menjou. On retrouvera d’ailleurs Cooper et Menjou deux ans plus tard dans le superbe Farewell to Arms.

 

Le même jour, à Mogador (côte ouest du Maroc) arrivent un bataillon de la légion étrangère ainsi qu’un paquebot venant d’Europe. Parmi les légionnaires, le soldat Tom Brown (Gary Cooper). Parmi les passagers, le riche La Bessière (Adolphe Menjou), habitué du pays, et la jeune et belle Amy Jolly (2), interprétée par la non moins belle Marlene.

Bien sûr, La Bessière tombe sous le charme de cette superbe femme, mais Tom aussi, et l’âge, s’il est parfois un bénéfice, est aussi un handicap face à un jeune homme (surtout quand c’est Gary Cooper !).

Mais Brown est envoyé dans le désert et son régiment revient sans lui…

 

Avec ce film s’ouvre un nouveau thème dans le cinéma américain : la Légion étrangère. Gary Cooper s’y retrouvera neuf ans plus tard avec William Wellman pour l’inoubliable Beau Geste. Mais alors que les autres films vont insister sur certains faits d’armes, ici nous n’avons que très peu de plan relatif à la guerre (3), Sternberg insistant pour sa part sur l’ambiance et surtout les éclairages. En effet, quand Brown est envoyé en mission – où meurt Caesar (Ullrich Haupt Sr., qui mourra lui aussi d’un coup de feu, mais involontaire celui-là, l’année suivante) – pour détruire une mitrailleuse, Sternberg abandonne la séquence alors que son héros s’approche de son objectif, revenant à Mogador, où se languit Amy.

 

Comme nous sommes dans ce qui fut une colonie française, la langue de Molière est régulièrement utilisée,  surtout par celui avec qui Sternberg a commencé, Emile Chautard (on le retrouvera dans deux autres Sternberg : Shanghai Express et Blonde Venus tous deux sortis en 1932).

Le français est aussi utilisé pour les ordres militaires même si certaine tournure n’est pas très habile. Dernière utilisation de cette langue : la troisième chanson qu’interprète Amy (eh oui, cher professeur Allen John, elle chante trois fois !)…

Cette utilisation à peu près naturelle ajoute dans le souci d’authenticité qu’on retrouve tout le long du film.

 

Cette authenticité qui prime dans les films de Sternberg est accentuée dans les différents détails de la vie de la caserne : les militaires grossiers qui huent Amy à sa première apparition, préférant voir ses jambes que son smoking (voir plus bas) ; les femmes qui suivent les différents bataillons en déplacement – « l’arrière-garde », les appelle La Bessière – ou encore celles qui s’accrochent au cou des soldats, le temps d’une permission ou/et de les plumer…

 

Mais encore une fois, c’est Marlene Dietrich que suit constamment Sternberg. Sa caméra est constamment en mouvement pour suivre la belle Allemande, à son propre rythme, s’attardant sur certaines poses plus ou moins mélancoliques.

Mais si Amy Jolly est ce que le capitaine du paquebot appelle une « candidate au suicide (4), sa première sortie au cabaret de Lo Tinto (Paul Porcasi) – le propriétaire à l’immense boucle d’oreille – a tout d’un événement, qu’il concerne le film lui-même ou son intrigue.

Amy apparaît en smoking donc, avec chapeau claque, et interprète Give me the Man (pas formidablement, d’ailleurs) et se penche à un moment vers une autre femme pour lui prendre une fleur, l’embrassant pour l’occasion sur la bouche le plus naturellement du monde.

Mais nous sommes encore dans la période pré-code et ce geste qui sera bien sûr fortement découragé quelques années plus tard ne choque personne sur l’écran.

Comme quoi, certaines mœurs ont régressées…

 

Et alors que l’Ange bleu se termine sur la mort du professeur, ici, Sternberg nous propose une fin ouverte, où personne ne meurt si ce n’est l’espoir de La Bessière : la belle Amy abandonne tout pour grossir le rang des femmes de l’arrière, celles qui aiment leur soldat.

 

C’est une fin fort étrange mais qui conclut tout de même de très belle façon ce film plutôt atypique, au vu du sujet : dans les films suivants (américains ou français), peu de héros échapperont à leur sort funeste.

 

 

  1. Le public américain  n’a pas encore eu la possibilité de voir L’Ange bleu quand ce film est projeté.
  2. Malgré l’orthographe anglaise, il faut prononcer cela à la française : « amie jolie ». Hasard ? Ca m’étonnerait…
  3. La pacification du Maroc : comme d’habitude, on pacifie à coups de fusil…
  4. Il appelle ainsi les jeunes femmes qui viennent au Maroc avec un aller-simple et ne reviennent jamais chez elles.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich
L'Ange bleu (Der blaue Engel - Josef von Sternberg, 1930)

Le Dr. Immanuel Rath (Emil Jannings) enseigne au lycée à des élèves qui lui préfèrent Lola Lola (Marlene Dietrich) : excédé, il se rend à l’Ange bleu, un cabaret où se produit la jeune femme dont il tombe éperdument amoureux.

 

C’est un trio extraordinaire qui nous est ici présenté : Josef von Sternberg avec ses deux interprètes nous gratifie d’un film qui est devenu – avec justice – culte pour différentes raisons.

 

La première, c’est évidemment la distribution. Outre les deux vedettes (1), on retrouve toute une collection de trogne absolument uniques : loin des critères de la beauté, ce sont des personnages aux mines fort étranges, qu’on peut difficilement considérées comme belles. ON se demande presque si ce n’est pas seulement leurs visages qui les a fait tourner dans ce film. Mais la présence de Rosa Valetti – Guste la femme de Kiepert le magicien (Kurt Gerron) – nous confirme que ce sont avant tout que les différent(e)s actrices et acteurs avaient déjà de nombreux films à leur actif.

Mais tout de même : entre le patron de l’Ange bleu (Károly Huszár), le capitaine (Wilhelm Diegelmann) ou les différentes autres artistes de la troupe de Kiepert, on est gâté.

 

La seconde, bien sûr la maîtrise de Sternberg. Souvent considéré comme un réalisateur allemand (2), ce dernier réussit l’exploit de faire ce qu’on appelle un film « allemand » sans toutefois en être un, et ce malgré la présence d’un casting germanique.

Si les éclairages rappellent les différents films des cinéastes réellement allemands, il ne faut pas se tromper : c’est bel et bien celui qui a tourné Underworld qui commande ici et son utilisation de l’ombre et la lumière ne doit rien à ses collègues d’outre-Rhin.

 

On retrouve d’ailleurs parfois des réminiscences internes au film : le halo de lumière qui va désigner Rath à Lola lors de sa recherche de ses élèves dans ce lieu de « dépravation ». Ce halo se retrouvera à la fin, quand le concierge du lycée ira découvrir Rath dans sa classe, mort, agrippé à un bureau qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Cette dernière séquence est aussi un rappel de la solitude de ce même Rath après qu’ait éclaté le scandale de ses visites à l’Ange bleu. Par deux fois donc, Sternberg accentue la solitude de son héros par un travelling latéral qui en plus s’éloigne du sujet pour renforcer ce sentiment d’isolement.

 

Bien évidemment, c’est Jannings qui porte le film, et chacune de ses (nombreuses) apparitions est un grand moment du jeu d’acteur. Il utilise avec talent sa propre timidité pour camper un professeur d’apparence sévère qui ne sait dire qu’une seule chose à ses élèves (3) : « nous en reparlerons. »

Et son nom – Rath – est régulièrement transformé en « Unrath » qui signifie phonétiquement « vermine » ou encore « ordure ».

Bref, malgré ses allures de professeur sévère (mais pas spécialement juste), ce n’est qu’une baudruche qu’on peut aisément commander : son dernier boulot – clown – l’entraîne à se produire sur la scène de ce même Ange bleu qui est le point de départ de sa déchéance.

Avec ce retour dans sa ville natale, c’est une boucle qui se ferme et la structure du film sous une forme un tantinet symétrique accentue cette déchéance, ramenant Rath à son point de départ : seul, irrémédiablement seul.

 

Aux côtés de Jannings, on a donc la superbe Marlene, inconnu du grand public, mais qui va devenir, grâce à ce film et ses autres collaborations avec Sternberg, une star mondiale. Si je partage en partie l’avis de mon ami le professeur Allen John à propos du chant de cette dernière, je ne peux réprimer un sentiment d’émotion quand elle chante « Ich bin von Kopf bis Fuβ, auf Liebe eingestellt ».

Mais c’est surtout son évolution tout le long du film qui est remarquable. Si on en croit Sternberg dans son autobiographie (4), il eut beaucoup de mal à engager la belle Marlene, et surtout de la convaincre qu’elle avait du talent. Mais on remarque tout de même une grande aisance dans le jeu de l’actrice qui quittera définitivement l’Allemagne pour Hollywood quelques semaines après le film.

 

Le dernier atout de ce film, c’est bien sûr l’utilisation du son. Il s’agit – c’est rabâché dans toutes les encyclopédies du cinéma – du premier film sonore tourné en Allemagne. Et Sternberg, malgré certaines difficultés (4), utilise le son de manière on ne peut plus pertinente. Outre les différents chants interprétés par Dietrich, le son est utilisé avec une parcimonie extrêmement précise. L’ambiance musicale de l’Ange bleu qui baigne les coulisses de la scène s’éteint brusquement à chaque fois que la porte se ferme ; les différents bruits quotidiens (naturels ou non) rythment la journée du personnage principal ou accentuent les différents événements qui se succèdent.

A cette magnifique utilisation sonore s’ajoute de longs moments de silence eux aussi pertinents : tout d’abord les pratiques du cinéma muet ont la vie dure, mais aussi la solitude de Rath est accentuée par ce silence pesant.

 

Et parmi les différents éléments sonores, on notera aussi l’adaptation l’air de Papageno dans la Flûte enchantée. La présence de cet air de cet extrait s’explique de plusieurs façons. Tout d’abord, le professeur Rath possède une cage dans laquelle vient de mourir un oiseau (Papageno est oiseleur). De plus, dans l’opéra de Mozart (1791), ce personnage est l’un des (très) rares éléments comiques.

Si Rath est lui aussi un clown, la grande différence c’est malgré son costume, il ne fait rire personne.

De plus, cette nouvelle peau (le déguisement) implique automatiquement le silence : le premier clown qui apparaît (Reinhold Bernt) ne prononce aucune parole, à la différence du professeur, volubile mais surtout prestigieux.

 

 

  1. Attention, Dietrich, si elle est devenue l’immense star qu’on connaît, était une parfaite inconnue pour les spectateurs !
  2. Né à Viennes, il émigra (deux fois) aux Etats-Unis pour n’en sortir que pour tourner.
  3. Ses élèves qui fréquentent assidument Lola expliquent à cette dernière que Rath a peur d’eux, ce qui est la vérité.
  4. cf. Fun in a Chinese Laundry (1966), son autobiographie.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tate Taylor, #Drame
La Couleur des sentiments (The Help - Tate Taylor, 2011)

Jackson, Mississipi, 196…

Eugenia « Skeeter » Phelan (Emma Stone) revient de l’université et découvre que sa nourrice, la vieille Constantine (Cicely Tyson) est partie vivre chez sa fille, à Chicago.

Rapidement, elle est embauchée par le journal local, alors qu’elle vise – bien entendu – un poste dans un grand quotidien national.

Coincé dans la rubrique d’aide à la ménagère, elle entreprend d’écrire un livre sur le sort des bonnes noires, dans un état on ne peut plus ségrégationniste voire carrément meurtrier envers les Noirs.

Mais ces femmes n’ont pas l’habitude de parler, et encore moins à une femme blanche.

 

Il est clair que l’enjeu est la couleur de la peau. Et Tate Taylor – ami d’enfance de Kathryn Stockett qui a écrit le livre dont est tiré le film – met en avant deux femmes emblématiques parmi tant d’autres. D’un côté on trouve Aibileen (Viola Davis), qui a passé sa vie à élever des enfants qui n’étaient pas à elle – pendant que son propre fils mourait des traitements inhumains réservés aux gens de couleurs – et Minny Jackson (Octavia Spencer), cuisinière hors pair et femme vindicative s’il en est, malheureusement mariée à un homme qui boit et la frappe.

 

En face, on trouve une communauté blanche des plus traditionnelles, sinon traditionnalistes, pour qui les gens de couleur ne sont bons qu’à les servir, tout en les payant (mal) puisque l’esclavage a été aboli.

Cette communauté ordinairement (1) raciste est illustrée par une brochette de jeunes femmes au foyer, riches et on ne peut plus pétries de préjugés raciaux. Leur dirigeante étant l’infâme Hilly Holbrook (Bryce Dallas Howard).

 

Et au milieu, Skeeter, rejetant les préjugés de celles qui furent ses amies, prise entre deux feux dans une société on ne peut plus sclérosée.

Si le film traite d’une émancipation, c’est avant tout celle de Skeeter qui s’affranchit de ses racines sudistes et racistes (2), pour épouser une cause qu’elle considère on ne peut plus juste, sachant qu’elle fut elle-même élevée par une de ces bonnes noires.

Les femmes dont elle raconte l’histoire dans son livre n’acquièrent alors aucune émancipation (le dernier indice temporel du film concerne les obsèques de JFK) : elle viendra plus tard, grâce aux combats incessants menés par les Noirs d’Amérique à la même période.

Je trouve alors un tantinet déplacé le procès d’intention qui fut fait à la sortie du film à ce propos.

 

Il s’agit avant tout d’une chronique qui se base sur des éléments authentiques et qui permet surtout de réaliser à quel point ces femmes furent maltraitées par une gentry on ne peut plus méprisante et surtout fort ingrate. Le rapport entre Aibileen et la jeune Mae Mobley (Eleanor & Emma Henry) résumant magnifiquement cette relation pleine d’affection et de paradoxe entre une femme noire et une future femme blanche qui aura certainement intégré les préjugés raciaux de sa famille en grandissant, ce que n’a pas fait pas Skeeter.

On retrouve alors des situations on ne peut plus connues de brimades et d’injustice, le spectateur s’indignant régulièrement devant l’attitude de ces mégères racistes : la séparation jusque dans les toilettes qu’on construit à l’écart – c'est-à-dire dehors – ou encore l’accusation de vol qui a toujours été bien pratique pour se débarrasser d’une personne indésirable.

C’est d’ailleurs à la suite de l’arrestation de l’une d’entre elles – Yule Mae Davis (Aunjanue Ellis) – qu’a lieu le tournant du film : accusée par la toujours haïssable Hilly, elle est arrêtée sans ménagement aucun par une police gagnée à la cause ségrégationniste, est-il besoin de le rappeler (3).

Cela nous amène donc à parler de la distribution. Bien sûr, Viola Davis est magnifique, tout comme l’irrésistible Octavia Spencer, qu’on retrouvera dans un film un peu similaire cinq ans plus tard (Dark Figures).
En face d’elles, Bryce Dallas Howard joue elle aussi avec beaucoup de justesse cette femme désagréable, et si Emma Stone campe une Skeeter qu’on a envie de suivre, on ne peut pas ignorer la performance de Jessica Chastain (Celia Foote) dans un rôle de belle idiote, absolument en décalage avec son époque et bien sûr celles qui furent (peut-être un jour) ses amies.

 

Oui, l’émotion est là. Mais et alors ? On a le droit d’avoir un film avec de beaux sentiments (en couleur, bien sûr) où le ton et le jeu des actrices sont à la hauteur de l’enjeu.

Alors prenez le temps d’aller voir une belle histoire, où  les méchants sont tout de même (un peu) châtiés à la fin. C’est manichéen (4) certes, mais qu’importe.

C’est beau.

 

  1. Il est parfois difficile pour une grande frange de la population actuelle que le racisme fut longtemps considéré comme normal, que ce soit aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France ou ailleurs. Malheureusement, beaucoup n’ont toujours pas évolué et continuent de trouver cela tout à fait normal.
  2. C’était alors une forme de pléonasme.
  3. Oui. Ne jamais l’oublier.
  4. On peut difficilement faire plus…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jerry Schatzberg
L'Ami retrouvé (Reunion - Jerry Schatzberg, 1989)

Plan général en noir et blanc, une salle avec au fond une estrade. Des soldats qui font entrer cinq hommes dans cette salle. Les hommes montent sur l’estrade, chacun en face d’une corde à nœud coulant.

Plan rapproché sur l’un d’eux qui pend.

Puis le grincement de la corde se transforme en celui d’une balançoire, avec une petite fille que son père pousse.

La couleur apparaît alors sur un vieil homme assis sur un banc de Central Park, Henry Strauss (Jason Robards).

 

Avant d’être avocat à New York, Henry était Hans Strauss (Christien Anholt), fils d’un médecin allemand (Bert Parnaby), « juif-allemand » pour être plus précis (1). Il allait au lycée Karl Alexander, et ce jusqu’en 1933, le 19 janvier pour être plus précis : c’est le jour où il prit le bateau pour l’Amérique dont il ne reviendra que 55 ans plus tard, à la recherche de ce qu’est devenu celui qui fut son ami pendant sa dernière année avant le départ : Konrad von Lohenburg (Samuel West).

 

Jerry Schatzberg, la transition donne le ton du film : ce sera un mélange de souvenirs (1932-33), de rêve et de réalité actuelle (1988).

On suit ici l’amitié naissante – deux fois Hans déclare à ses parents que Lohenburg « n’est pas [son] ami. »

Mais très vite, au hasard d’une collection de pièces grecques, un lien se forme, une amitié très forte qui unit un jeune garçon juif et un héritier d’une vieille famille allemande.

Rien d’étonnant si ce n’était la période qui voit Hitler et ses sbires progresser lentement mais sûrement sur l’échiquier politique d’une Allemagne ruinée par la Guerre 14-18,  la crise de 1929 et la faiblesse de la République de Weimar.

 

Alors que les souvenirs reviennent tout d’abord en désordre (2), le voyage qu’effectue Strauss à Stuttgart – là où il a grandi – pour retrouver aussi les biens de sa famille, va nous plonger dans ce que fut cette amitié qui n’était pas encore impossible mais qui va le devenir doucement : Hitler et le NSDAP ayant beaucoup les faveurs des parents de Konrad. Et Schatzberg montre cette progression inéluctable de la même façon : les SA (surtout) sont de plus en plus présents sur l’écran et leurs actions sont de plus en plus ouvertement antisémites. Amenant aussi des absurdités – pour nous spectateurs qui n’avons pas connu cette époque : le père Strauss, devant chez lui dans son costume de Uhlan, réagissant ainsi à la présence d’un jeune jeunes SA et son chien (un berger allemand, bien sûr).

Qu’importe l’amitié résiste, le plus longtemps possible, jusqu’au point de non-retour : Konrad est séduit par Hitler et ses idées, Hans part en Amérique.

 

Mais il ne faut pas oublier le plus important dans le film : qu’en est-il de cet ami retrouvé ? Je ne vous dirai pas comment se termine le film – même si vous pouvez le savoir sur Wikipedia si vous le désirez. Mais une chose est sure : en faisant le déplacement, à l’étonnement de sa fille (Maureen Kerwin), il retrouvera cet ami qu’il avait laissé un soir de janvier 1933 (le 18, si on en croit le dialogue), et qu’il n’aura jamais revu depuis.

 

C’est aussi l’adaptation d’Harold Pinter qui fait le sel du film, traduit magnifiquement en images par Schatzberg, mêlant l’actualité et la fiction dont deux extraits à la télévision : Laurence Olivier dans Henry V (1944) et un juge exalté qu’on voit après dans le film, et dont on ne comprendra le rôle qu’à la fin.

A l’instar de ce juge, ce sont des éléments qui vont être exposés et qui auront leur utilité au fur et à mesure que Strauss avance dans son enquête : à la fin, on retourne dans la salle à l’estrade, et on comprend alors son importance.

 

Ce découpage insolite rappelle les éléments d’un puzzle dont on ne peut admirer pleinement le sens une fois la dernière pièce posée, et certainement pas avant.

De plus, cette (en)quête est servie par une distribution à la hauteur dont Jason Robards  (et sa belle voix) est le guide du spectateur : ses moindres gestes ont tous une signification et renvoient à un élément de ce passé heureux, bien avant les Années de Chien que vivre l’Allemagne.

 

Magistral.

 

  1. Ce sont ses propres mots, et l’explication qui va avec est des plus savoureuses.
  2. Cela est tout à fait normal, (re)lisez Les Ritals, Cavanna l’explique mieux que moi.

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #André Téchiné, #Drame
L'Adieu à la nuit (André Téchiné, 2019)

C’est une histoire presque ordinaire. Malheureusement.

Muriel (Catherine Deneuve) reçoit la visite de son petit-fils Alex (Kacey Mottet-Klein) avant qu’il parte au Canada.

Sauf qu’il ne part pas au Canada : il a l’intention d’aller en Syrie.

 

On pourrait presque parler d’un film courageux, que celui que Téchiné nous propose ici. L’actualité de son intrigue en est la cause : depuis le 7 janvier 2015, c’est un sujet brûlant en France, et c’est peut-être pour cela qu’il situe son intrigue fin mars 2015 (1). Sinon, pourquoi l’avoir daté ainsi : je ne vois aucune justification pertinente : nul besoin de datation pour rendre son sujet actuel. Au contraire, le circonscrire dans le temps (5 jours) peut – plus tard – en faire un film « daté », et amoindrir son aspect actuel.

 

Il a usé d’un grand soin pour décrire ce jeune homme qui s’est radicalisé sans véritable raison. En effet, nous assistons aux derniers préparatifs – physiques et moraux – de ce garçon qui semble avoir trouvé un sens à sa vie. Parce qu’il ne faut jamais oublier que ses pairs sont persuadés d’être dans le vrai, et que leur combat est on ne peut plus juste.

A ses côtés, la jeune Lila (Oulaya Amamra) est un personnage ambigu très intéressant. Aide à domicile, elle  se trouve confrontée à des situations qui ne rentrent pas toujours dans le cadre religieux qu’elle s’est donné : des vêtements qui ne laisse paraître qu’un minimum de peau, refus de laver les hommes. Mais comme elle dit, elle s’adapte, s’arrange avec ses collègues.

Bref, elle masque le plus possible sa radicalisation.

 

Bien sûr, le déclic vient de Muriel, très rapidement dans le film, quand elle surprend Alex en train de prier en arabe.

Sa première réaction est des plus normales : il n’y a pas de jugement quant à sa croyance, même si on y sent une certaine réticence. Cette réticence va d’ailleurs se développer tout le long du film, jusqu’à la prise de décision inévitable.

Et on a beau entendre parler d’histoires similaires, on n’est jamais prêt à un tel événement. Comme toujours, on croit que « ça n’arrive qu’aux autres »

Et c’est peut-être là qu’il faut chercher la thèse du film : Alex, malgré le fait qu’il ait perdu sa mère quelques années plus tôt (un accident ?), n’a pas le profil qu’on a tendance à imaginer pour ces individus.

 

C’est aussi la rencontre de Muriel avec Fouad (Kamel Labroud), un repenti, qui va être déterminante : ce jeune homme explique avec justesse le processus qui amène à la radicalisation. S’il est d’origine maghrébine, cela n’explique en rien son désir de djihad : c’est le désir d’autre chose qui l’a avant tout motivé. Tout comme Alex, il aspirait à un changement de vie, dû à un rejet de la société qu’il connaissait.

Mais surtout, c’est la promesse d’une autre vie – une assurance-survie ? – qui était le moteur de sa motivation. Sans oublier le prestige inhérent au statut, admiré par celles et ceux qui pensent comme lui.

 

Mais le personnage principal, c’est Muriel.

Le problème avec Catherine Deneuve, c’est qu’elle a interprété si souvent des rôles de bourgeoise plus ou moins parisienne, qu’on a du mal à la considérer comme une propriétaire de chevaux et de cerisiers. Et cela ne vient pas seulement de son manque flagrant d’accent du sud-ouest. D’autant plus que Muriel est née en Algérie qu’elle a quittée quand elle était petite.

Sa prestation est tout de même très juste, même si j’aurais préféré une actrice un peu plus authentique. 

On a du mal à croire qu’elle tient une école d’équitation tant son rapport aux chevaux est distant. Et c’est bien dommage parce que sa personnalité crée une distance avec les autres protagonistes. Sa réponse à Alex qui lui demande si elle est heureuse en est un exemple caractéristique.

 

André Téchiné nous propose un film plutôt ambitieux mais avec certains éléments dont on peut douter de la pertinence. La fête familiale – la famille de Youssef (Mohamed Djouhri), le partenaire de Muriel – en est un bel exemple. Je pense que la présence du jeune Alex aurait donné une autre dimension à cet événement. Youssef est musulman, mais on peut voir sa petite-fille danser en se trémoussant, et la présence du jeune homme à ce moment-là aurait pu amener des réactions ou/et un débat intéressant.

Mais non.

 

On reste alors un peu sur sa faim, regrettant ces occasions ratées qui auraient pu donner une dimension plus importante au film et amener une réflexion au spectateur comme le fait un autre film mettant exergue la religion et qui lui aussi est sorti récemment : Grâce à Dieu.

Voir les commentaires

<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog