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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Roman Polanski, #Drame
Tess (Roman Polanski, 1979)

Quel gâchis !

Tout ça parce qu’un pasteur s’intéresse à la généalogie.

Alors Jack Durbeyfield (John Collin) devient Sir John d’Urberville et toute la vie de sa famille est changée.

Tess (Nastassja Kinski, merveilleuse), sa fille, aurait pu faire une très bonne institutrice. Mais non. Elle doit « réclamer » son nom.

A qui ? A d’autres d’Urberville. Des Stoke. En clair : des faux.

Mais quand on a toujours été pauvre, c’est difficile de faire valoir des droits. Alors Tess accepte tout, et n’importe quoi. Elle devient même la maîtresse du fils de la maison, le séduisant Alec (Leigh Lawson), son « cousin ».

Mais si elle quitte cette maison, il en restera des traces. Et ces traces ne s’effaceront pas de sitôt. Il faudra du temps. Beaucoup de temps.

Et quand elles se seront effacées, il ne restera plus de temps, ou si peu.

 

Roman Polanski nous offre l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma. Et il permet à une toute jeune actrice de crever l’écran. Nastassja Kinski est sublime. Elle incarne à merveille cette jeune fille qui mûrit doucement et devient (très) progressivement une femme. Femme malheureuse, mais femme tout de même. Que d’affres elle doit endurer pour arriver à sa véritable libération et son plus grand amour.

Et quel prix à payer.

Sans cesse déçue par la vie, elle erre. Elle erre dans une Angleterre rurale et pudibonde, traînant son nom prestigieux comme une marque d’infamie : depuis la révélation paternelle, jamais la vie ne lui sourit. Sans cesse, elle s’enfonce dans la solitude et le désespoir.

 

Quand elle rencontre Angel (Peter Firth), on imagine enfin une lueur dans sa vie terrible. Mais cette lueur s’éteint une fois le mariage prononcé, Angel n’étant pas prêt à accepter le passé honteux de Tess. Alors Tess repart sur les routes et reprend cette vie d’errance, espérant secrètement un rappel de son mari.

Lentement, Polanski développe le destin – tragique – de Tess. La scène du mariage – raté – est d’une grande importance. Alors qu’elle a avoué sa faute à son mari, il s’en va, la laissant seule avec son passé, dans cette salle à manger vide, où, sur une banquette, git une corde : objet prémonitoire de son destin funeste.

Elle le rejoint, mais il continue sa route. Elle repart, dans l'autre sens. Nouvelle occasion manquée.

Tess n'atteindra jamais le bonheur. Ou si peu de temps.

 

En plus d'une belle histoire d'amour, nous avons droit à des images superbes. Beaucoup de brumes, de temps automnal. Nous sommes dans une toile. Polanski use d'un sfumato donnant une impression de rêve. Rêve pour le spectateur, plutôt cauchemar pour Tess. Le crépuscule, cette période où on ne sait très bien si le soleil se lève où se couche est très présent dans cette œuvre. L'une des plus belles illustrations étant quand les filles de la ferme Crick observent Angel dans le soleil couchant, la fenêtre tantôt éclairée par les rayons, tantôt éclairant les jeunes filles.

Deux crépuscules sont importants :

  • Quand Tess et d'autres jeunes filles, au tout début, participent au bal de son village ;
  • Quand le soleil se lève sur Stonehenge, à la toute fin du film, accompagnant Tess vers son destin tragique

 

Tess a donc vécu une longue nuit, cette longue nuit prenant fin à Stonehenge, site « païen » dédié au retour de la vie, alors que paradoxalement elle marche vers la mort.

Mais cette mort n'est pas une fin en soi. C'est ce qu'elle appelle de tous ses vœux tout le temps.

 

Et la seule question qui la hante et qu'elle pose à Angel - « est-ce qu'on se retrouvera après ? » - devient son espoir, sa planche de salut dans un monde supposé meilleur. Après.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Drame
Marie-Octobre (Julien Duviviers, 1958)

De temps en temps, le cinéma se permet des productions théâtrale.

C'est le cas de ce film, où dix personnes se retrouvent dans une pièce le temps d'une soirée.

Pas d'autre décor. Un grand salon/salle à manger un soir de catch à la télé.

Ces dix personnes ? Dix compagnons de lutte pendant la deuxième guerre mondiale. Les survivants d'un réseau de résistance qui fut dénoncé  à la Gestapo, le chef étant tué dans l'intervention.

Mais si, quinze ans après,  ces dix personnes sont réunies ce soir, ce n'est pas que pour évoquer le bon vieux temps. Il s'en est passé des choses, en quinze ans. Chacun a une nouvelle situation. Toutes honorables. Et sans cette invitation, chacun aurait continué à ignorer la nouvelle vie des autres.

Mais Marie-Octobre veillait. C'est elle qui est à l'origine de cette rencontre : elle a appris que l'un d'entre eux était le traître qui a vendu le réseau aux Allemands.

S'ensuit une enquête afin de faire la lumière sur les événements de cette soirée funeste.

 Le tour de force de ce film, c'est bine entendu le respect (relatif) des trois unités. En effet, unités d'action, de lieu et de temps sont bien là, même si on a des doutes quant au temps qui passe. Mais l'enchaînement évident de l'action nous fait croire qu'il s'agit d'une heure trente de délibération autour d'une page peu glorieuse de l'histoire d'un réseau. Car il y a eu une planche pourrie, et, rassurez-vous, on la découvre avant la fin.

 L'autre force de ce film, c'est sa distribution. Autour de la star interprétant le rôle-titre on trouve une pléiade de gloires du cinéma français : Blier, Ventura, Meurisse et la formidable Danielle Darrieux, pour ne citer qu'eux. Ces personnes représentent l'union nationale face à la barbarie nazie. On trouve un ancien truand reconverti dans le club de strip-tease (Ventura), un médecin (Daniel Ivernel), un contrôleur des contributions (Noël Roquevert), un imprimeur (Serge Reggiani), un boucher (Paul Frankeur), un avocat (Blier), un plombier (Robert Dalban), une modiste (Darrieux) et un industriel (Meurisse) et même un prêtre (Paul Guers). Tous ces braves gens sous l'œil vigilant de Victorine,  la gouvernante (Jeanne Fusier-Gir).

Tous ces gens d'horizons différents accréditent les valeurs républicaines : de liberté, dans le combat qu'ils ont mené pour elle ; de fraternité, car la vie en réseau leur a conféré un lien fort pendant ces années terribles ; d'égalité enfin, puisque aucun, malgré son origine sociale ou politique n'est au-dessus d'un autre. Même politiquement, ces gens sont différents. Il faut voir Blier avouer venir des mouvements fascistes, sans vergogne ni fierté. Mais tous avaient le sens du bien commun, de la France éternelle.

Alors apprendre que l'un d'entre eux les a donnés fait l'effet d'un séisme. Et les réactions sont très contrastées. L'un veut tuer illico le responsable, l'autre (le prêtre) appelle à la clémence et au pardon. Un troisième s'en balance, et préférerait regarder le catch en rigolant un bon coup. Mais dans l'ensemble, c'est le doute qui prime. Peut-on juger un événement quinze ans après les faits, quand la vie a recouvert toute cette période terrible ? Peut-on tuer pour des faits apparemment prescrits ? Et puis le contexte a changé. On ne peut plus tuer impunément. Il y a une loi, et cette éventualité relève plus de la vengeance que de la justice.

Et puis il y Marie-Octobre. C'est le seul élément féminin du réseau (Victorine n'en faisait pas partie). C'est elle qui donne son titre au film. C'est par elle que tout commence, et c'est donc elle qui conclura cette histoire.

Entretemps, c'est elle la véritable responsable (involontaire !) de cette trahison. C'est à cause d'elle, que le réseau a été dénoncé, à cause d'elle que l'un d'eux est mort. Parce que derrière cette histoire patriote, il y a une histoire d'amour tragique.

 Et puis avec Julien Duvivier, ça ne pouvait pas être autrement qu'une histoire d'amour tragique.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Erich von Stroheim, #James Cruze, #Cinéma, #Drame

Avant-dernier film réalisé par Stroheim, c'est surtout grâce à James Cruze qu'il doit de tourner.

Depuis Queen Kelly, Stroheim est persona non grata à Hollywood. D'ailleurs, son dernier film, Hello Sister!, sera, lui aussi, mutilé et en partie tourné sans le maître.

Malgré tout, Gabbo est un personnage de Stroheim. Il a l'apparence prussienne, à l'instar de von Steuben dans Maris aveugles, ou encore Karamzin dans Folies de Femmes. Il a même la cicatrice au front de ce dernier, ce qui lui donne un air encore plus martial et sévère. Et en plus, il possède toute une rangées de décorations !

Mais Gabbo est ventriloque (d'où le titre français). Très doué - surtout au cinéma - mais tyrannique : pour avoir fait tomber un plateau pendant son numéro, il renvoie sa partenaire, la belle Marie (Betty Compson).

Deux ans plus tard, il la retrouve alors qu'il est devenu Le grand Gabbo dans le même théâtre où elle évolue avec Frank (Donald Douglas), son mari.

Gabbo pense remettre le couvert. Mais nous savons tous que les films de Stroheim se terminent mal pour son personnage...

La volonté des studios était d'avoir un film musical. C'est pourquoi nous avons une succession de numéros chantés mettant en vedette Marie et Frank, ainsi que Babe (Marjorie Kane), sans grand rapport avec l'intrigue. Et quand on revoit Chantons sous la Pluie, on retrouve cette ambiance musicale ainsi que les costumes des danseurs. On se dit alors que Donen et Kelly ont bien recréé cette période.

Mais celui qui nous intéresse, c'est Gabbo. Enfin, on entend « celui que vous aimerez haïr ». Il est accompagné de sa marionnette, Otto. Si Gabbo parle allemand avec l'accent américain (comme dans La grande illusion), il n'en va pas de même pour Otto qui parle avec un véritable accent prussien.

L'histoire de Gabbo, c'est celle d'un homme seul, et qui pour vaincre sa solitude, s'adresse à sa marionnette comme si c'était un véritable être vivant. Nous touchons à la schizophrénie avec un côté sublime. Gabbo a beau être Otto (c'est lui qui l'anime et le fait parler), on en vient à se demander si cette marionnette n'est pas autonome. Et quand Marie lui parle, lui ouvre la bouche et qu'elle parle, tout comme Marie, on est suffoqué ! On y croit, elle vit... Mais ce n'était encore que Gabbo qui venait d'arriver.

L'utilisation du parlant est véritablement pertinente. Le ventriloque prend toute sa dimension dans un environnement sonore*.

C'est l'apanage des grands metteurs en scène d'avoir utilisé le son à bon escient, tel Fritz Lang avec M le Maudit.

Quel dommage que Stroheim ait arrêté si tôt de tourner !

* Tod Browning l'a bien compris quand il a retourné Le Club des Trois en version sonore.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chester M. Franklin, #Anna May Wong, #Muet, #Drame

C'est toujours un plaisir de retrouver Anna May Wong. Et en plus, cette fois, c'est elle qui tient le premier rôle. Et c'est en couleur ! C'est même en couleurS !

Nous sommes en Chine, sur la côte. Une jeune femme - Fleur-de-Lotus (Anna May Wong) - recueille Allen Carver (Kenneth Harlan), un homme échoué sur les rochers.

Une fois rétabli, il s'éprend de la jeune femme et ensemble, ils filent le parfait amour. Hélas, il doit retourner dans son pays. Il part, l'abandonnant alors qu'elle attend un enfant.

L'histoire s'inspire de l'opéra de Puccini Mme Butterfly. Ce n'est ni le Japon, ni un soldat, mais le résultat est le même : la femme, après des promesses chaleureuses est abandonnée, et qui plus est enceinte.

Ce n'est pas le premier film sur les femmes abandonnées, mais l'intérêt de celui-ci est la présence de la magnifique Anna May Wong. Rarement, elle eut le premier rôle, étant souvent cantonnée aux rôles d'intrigante orientale (fourbe, cela va de soi !), sinon de danseuse...

Alors la voir dans un grand rôle est un plaisir rare. Et en outre, étant d'origine chinoise, elle avait peu de chance de se retrouver au premier plan, les actrices blanches étant toujours préférées (Mary Pickford était la Japonaise Mme Butterfly en 1915 !).

Mais dès le début, nous sommes prévenus : l'océan amène l'amour et la joie, mais en contrepartie (the toll du titre original), il apporte aussi la déception et la solitude.

Carver, au début, est un homme amoureux, mais ses amis le dissuadent d'emmener sa jeune femme. Elle est trop différente. En clair, elle n'est pas blanche et ne correspond pas à leurs standards WASP. Alors cet homme amoureux cède. La séparation des amants le montre dans toute sa lâcheté, incapable de regarder celle qu'il aime dans les yeux.

Quand il revient quelques années plus tard, nous assistons au sacrifice de la mère de l'enfant pour cet homme qu'elle a aimé et qui l'avait oublié.

Un grand moment d'émotion, tout comme ceux qui sont échangés entre Fleur-de-Lotus et son fils.

Et puis il y a le Technicolor. Alors ce film prend une autre dimension. Anna May Wong est encore plus belle, dans des habits de lumière. Et même s'il manque une petite minute, on se régale de cette féérie colorée. Même moi qui suis daltonien !

Et comme me dit ma fille : « c'est étonnant un film qui ne parle pas en couleurs ! »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
La Fin du jour (Julien Duvivier, 1939)

Bienvenue à l'Abbaye de Saint Jean la Rivière : son soleil, sa rivière, et bien entendu, sa maison de retraite pour comédiens.

Dans cet hospice particulier, les vieilles gloires rêvent de leur succès en s'endormant, et attendent la mort en ressassant mutuellement leurs triomphes.

Sauf Cabrissade (Michel Simon). Parce que Cabrissade ne veut pas vieillir. Alors il se comporte comme un galopin. Il taquine les autres pensionnaires et leur homme à tout faire, mais reste malgré tout bon enfant.

Bref, tout se passe bien, jusqu'au jour où...

Jusqu'au jour arrive Raphaël Saint-Clair (Louis Jouvet), vieille gloire du théâtre de boulevard, séducteur patenté et irrésistible.

Les vieilles comédiennes se trémoussent, arrangent sa chambre avant qu'il arrive... C'est une bouffée de leur jeunesse qui arrive !

Du côté des hommes, peu de réaction, hormis Cabrissade, bien sûr, ainsi que la froideur de Marny (Victor Francen). Il faut dire que la femme de Marny s'est sauvée avec le Dom Juan, alors ça laisse des traces.

Et il est toujours irrésistible : il reçoit tous les jours des lettres parfumées d'admiratrices, et Jeannette (Madeleine Ozeray) la jeune serveuse du café tombe sous son charme. Comme disait Antoine Delafoy : il ne séduit pas, il envoute !

Mais la maison de retraite est menacée de fermeture...

Julien Duvivier signe ici un très beau film sur la vieillesse. En 1938 (date de référence du film maintes fois énoncée), ce n'était pas un sujet très habituel pour le cinéma. Certes, il y a des jeunes gens, mais ils sont peu nombreux et très secondaires.

Alors nous suivons ces vieux comédiens qui attendent plus ou moins patiemment la mort dans une retraite dorée.

C'est bien sûr Michel Simon qui éclate, dans ce film. Cabrissade, doublure des plus grands (qui n'étaient jamais malades !), raconte ses succès qu'il n'a jamais vécus, sur des scènes qu'il n'a jamais fréquentés. Un acteur raté en quelque sorte. Michel Simon (43 ans à l'époque du tournage) est un vieux cabot formidable.

Bien entendu, Victor Francen est comme son personnage : froid, emprunté. Mais comment faire autrement face à un tel monstre ! Le seul qui lui tient la dragée haute, c'est Jouvet. Eternel casanova, il a tellement connu de femmes qu'il ne sait plus était qui, et finalement vit dans ses souvenirs, même quand il séduit Jeannette.

Mais que de mélancolie dans ce film, et que d'émotion. Toutes ces vieilles personnes savent que c'est leur dernière demeure avant la tombe, mais malgré tout, la vie se prolonge. Duvivier brosse un tableau de maison de retraite sans tomber dans la description de la décrépitude, mais avec toutefois quelques touches tragiques de cet état dégénérescent. La première soirée de Saint-Clair à l'hospice, quand une vieille chante le Temps des cerises est un moment fort de cette chronique crépusculaire.

Et puis Cabrissade a enfin la chance de sa vie : il remplace Marny dans l'Aiglon...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Victor Sjöström, #Lon Chaney, #Muet, #Drame

D’un côté les bons : Consuelo (Norma Shearer) et Bazeno (John Gilbert). De l’autre les méchants : Le baron Regnard (Marc McDermott) et le comte Mancini (Tully Marshall).

Au milieu : Paul Beaumont (Lon Chaney) – celui qui se fait gifler (d’où le titre original).

Paul Beaumont est un anthropologue de génie. Il vient de mettre au point sa théorie de l’espèce. Mais il est doublé par son mécène, le baron Regnard, qui en plus de lui piquer sa découverte, lui prend dans la foulée sa femme, le laissant ridicule et ridiculisé aux yeux du monde scientifique (giflé en public).

Alors, comme il a fait rire les savants en étant giflé, il trouve sa nouvelle voie : il fera rire en prenant des claques.

Rapidement, il devient la coqueluche du cirque parisien. Les gens se déplacent en masse pour le voir déguster.

Dans ce cirque, il y a aussi le beau Bezano. C’est un cavalier accompli et un redresseur de torts à l’occasion. Mais quand Consuelo, fille du comte Mancini, se propose pour l’accompagner dans son numéro, il ne tergiverse pas. Que ne ferait-on pour les (très) beaux yeux de Norma Shearer ? [Ce qui prouve qu’il arrivait à Irving Thalberg d’avoir du goût…]

Mais les hommes étant ce qu’ils sont, le comte Mancini un aristocrate désargenté, le baron Regnard plein aux as, et Consuelo un cœur à prendre (semble-t-il…), les deux méchants s’arrangent… Mais « Celui qui se fait gifler » veille…

Victor Sjöström, recruté par Mayer suite au succès de ses films suédois, signe ici un film tout en nuance, comme il sait le faire. Il a à sa disposition un trio vedette – même si Norma Shearer n’est encore qu’une actrice de seconde zone. Elle a un potentiel et le montre. Et surtout, elle a de très beaux yeux. Mais si John Gilbert est un jeune premier comme il faut, c’est, bien entendu (encore), Lon Chaney qui porte le film. Pas de déformation, pas de rôle de grand méchant. Non. Un rôle de personnage humilié qui cherche la rédemption : d’une certaine façon, ce personnage annonce Letty dans Le Vent.

Mais Lon Chaney, s’il n’a pas à se déformer ou s’affubler d’un maquillage qui enlaidit, possède ce jeu de regards qui font tout son talent. Il est difficile à un partenaire, aussi talentueux soit-il, de s’imposer devant un tel monstre. C’est pourquoi les deux autres protagonistes qui tirent leur épingle du jeu sont les deux affreux : Regnard, un magnifique salaud sans scrupule, et Mancini, un fourbe vénal. Devant eux, Chaney déroule.

Mais ce qu’on retient surtout de ce film, ce sont les quelques moments d’intimité. Si le cirque ne vit que pour et par le public, les artistes ont besoin de calme et de solitude. Il faut voir Lon Chaney ramasser son cœur en tissus rembourré, au milieu de la piste, son visage restant éclairé dans l’obscurité pour apprécier pleinement ces moments intimistes. Le raccommodage du costume par Consuelo amène aussi un grand moment d’émotion pour le clown… Et puis l’insouciance des amoureux, échafaudant leur bonheur pendant que les deux crapules scellent le destin de la jeune fille, dans un montage parallèle mémorable…

Et puis il y a les surimpressions que n’aurait pas renié Fritz Lang…

Un très beau film, où deux maîtres se rencontrent : Sjöström, le Cinéaste, et Chaney, l’Acteur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Victor Sjöström, #Lillian Gish, #Muet, #Drame

Huit ans après A travers l’Orage, Lillian Gish est à nouveau la proie des éléments.

Mais cette fois-ci, c’est du sur mesure : elle a choisi le scénario, le metteur en scène et son partenaire.

Comme dans la Lettre écarlate sorti deux ans auparavant, Victor Sjöström est aux commandes, et Lars Hanson son partenaire. Pour jouer le méchant, on a fait appel à Montagu Love, un habitué du genre.

Letty (Lillian Gish) débarque au Pays des Vents, chez son cousin. Celui-ci est marié, a trois enfants et une femme très jalouse. Comme Letty prend de plus en plus de place dans cette famille, elle la force à s’installer ailleurs.

Ca tombe bien, elle a rencontré un homme charmant dans le train : Whit Roddy (Montagu Love).

Sauf que ce monsieur est tellement charmant qu’il a déjà une femme. Alors en avoir une deuxième ne l’emballe guère. Il veut bien – à la rigueur – une maîtresse, mais on est au début du vingtième siècle, tout de même !

Alors elle se rabat sur les indigènes : Lige (Lars Hanson), un paysan du crû, amoureux d’elle (qui ne le serait pas ?).

Mais le mariage est bâti sur du sable (celui que le vent fait voler), alors, évidemment, il n’y a pas de quoi être heureux.

Surtout que Roddy revient…

Lillian Gish a trente-cinq ans quand sort le film. Mais qu’importe, c’est toujours une (très) jeune première. Elle est absolument éblouissante dans ce film fait pour elle. Elle expose son talent dans les grandes largeurs. Jamais elle n’a été aussi fabuleuse. Et je ne dis pas ça parce que je suis amoureux d’elle !

Et c’est le vent qui lui offre l’un de ses plus beaux rôles, sinon le plus beau. Parce que son véritable partenaire n’est pas Lars Hanson. C’est ce vent omniprésent et lancinant qui partage la vedette.

Sans cesse, Sjöström y fait référence et insère des plans de coupe où il se déchaîne. L’allégorie indienne du cheval sauvage est finement trouvée. Il y a dans ce vent une fougue et une force irrésistible. On en arrive presque à l'entendre. [Ne pas oublier de couper la bande-son, elle n'apporte rien]

Et comme le dit Lige au tout début : il rend fou, surtout les femmes.

Parce que nous sommes à une époque où les femmes sont avant tout des ménagères. Alors Letty reste chez elle, à voir et entendre le vent souffler. Même toutes portes closes, le vent fait bouger les objets en équilibre. Alors quand le vent du nord – le plus terrible – se lève, la folie qui guettait Letty, s’empare d’elle. Le visage de Lillian Gish devenant terrifiant de justesse dans cet état anormal. Avec en plus les mouvements de caméras accentuant le dérangement de son esprit.

Et comme si ça ne suffisait pas, c’est à ce moment que Roddy revient la harceler.

Mais – et c’est là que Sjöström est véritablement un maître – la confrontation entre ces deux êtres que tout oppose n’est pas formellement avérée : en effet, en proie à ce vent affolant, Letty a-t-elle vraiment vécu cette confrontation ? S’est-il réellement passé quelque chose entre Roddy et elle ? Aurait-elle pu imaginer tout ça ?

Sjöström choisit de ne pas répondre directement. C’est Lige qui a la bonne réponse : le vent enfouit tout.

Nous avons vu ce qui a pu se passer. A nous de nous faire notre opinion.

La mienne est faite…

A vous de faire la vôtre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tod Browning, #Lon Chaney, #Muet, #Drame

Si Lon Chaney est la star du film, ce n’est pas pour autant le personnage principal. Bien entendu, il joue un rôle de méchant, ce qu’il a toujours fait avec beaucoup de brio.

C’est Priscilla Dean, la « fleur sans tache ».

Mary Stevens est une crocheteuse qui travaille avec Stoop Connors (Lon Chaney) et accessoirement pour son « parrain » Fadem (Spottiswood Aitken), un fourgue qui a tout du fourbe.

Après un larcin, elle se réfugie chez Kent Mortimer (Wellington A. Playter), un homme qui vient de tout perdre, jusqu’à sa fiancée, qui ne peut décemment pas rester avec quelqu’un de condition inférieure…

Une fois la surprise passée, il accepte Mary.

C’est alors que la « rose de caniveau » se met à s’épanouir : elle renonce à son ancien métier et se trouve une situation honnête. Mortimer la retrouve et commence à la fréquenter.

Mais Mary a gardé le fruit de son dernier « travail » : le collier de perles volé à l’ancienne fiancée de Mortimer.

Elle sait qu’elle ne peut rendre ce collier sans perdre l’homme qu’elle aime…

Il s’agit ici de la quatrième collaboration du tandem Lon Chaney – Tod Browning. C’est aussi le quatrième film que Browning tourne avec Priscilla Dean. Il était temps que ces deux acteurs se rencontrent… Ils joueront encore ensemble un an plus tard dans Outside the Law.

Même si nous suivons les déboires de Mary, c’est tout de même Stoop qui retient notre attention. Lon Chaney est un truand franchement mauvais. Il annonce, dans son allure, le personnage de Blackbird dans le film éponyme, avec toutefois une dose de faiblesse voire de lâcheté. Il n’est pas omnipotent, et quand la situation lui échappe, il lui reste toujours un revolver.

Mais il a toujours ce visage inoubliable. Il passe du sourire à la menace avec une habileté et un naturel formidables. Et ses plus grands rôles sont encore à venir…

Au final, nous avons une histoire édifiante (pré-Prohibition), où une deuxième chance n’est jamais gâchée, avec des acteurs qui jouent juste. Malheureusement, quelques plans ont disparu, mais c’est toujours un plaisir de retrouver Lon Chaney, l’autre homme qu’on pouvait aimer haïr…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Borzage, #Muet, #Drame

Nous assistons ici à la création d’un couple de cinéma formidable : Janet Gaynor et Charles Farrell. Ils tourneront quelques chefs-d’œuvre ensemble, avec Borzage (Lucky Star, Steet Angel).

Pourtant, voici un film de paradoxe.

Chico (Charles Farrell) est égoutier. Son rêve, monter à la surface et être nettoyeur de rue.

Diane (Janet Gaynor) habite à l’étage avec sa sœur. Cette dernière – Nana, ça ne s’invente pas – la maltraite (fouet, strangulation). Alors, évidemment, son vœu, c’est de descendre pour échapper à cet enfer.

Mais même en bas, Nana poursuit sa sœur et la violente. Mais Chico s’interpose et va la sauver. Malgré tout, la police s’intéresse à elle, et pour la préserver, Chico – qui agit plus vite qu’il ne réfléchit – déclare au policier qui veut l’emmener qu’elle est sa femme. Mais les policiers ne sont pas dupes, il y aura enquête. Diane va donc aller vivre chez Chico, le temps que l’enquête soit terminée.

Chico, alors qu’il travaille sous terre habite le dernier étage d’un immeuble (le sixième), et vit, par conséquent, près des étoiles. Si ce n’est pas le paradis, ça s’en rapproche… C’est d’ailleurs cet appartement qui va donner le titre original : le Paradis du septième. Alors, pourquoi septième, alors qu’il habite au sixième ? Tout simplement parce que les Américains comptent les différents niveaux d’une bâtisse. Le rez-de-chaussée étant le premier, Chico habite bel et bien au septième.

Mais une fois le détective passé et l’enquête classée, Chico veut bien que Diane reste chez lui… Mais il ne sait pas dire les mots qui conviennent. Parler d’amour ? C’est trop bête. Il aime Diane, mais ne sait le dire.

Il faudra alors un deuxième paradoxe : la guerre. C’est la guerre, l’opposée de l’amour qui lui fera dire qu’il l’aime. La déclaration de guerre sera le grand moment de leur amour : Chico trouve les mots pour le dire et le carillon marque l’heure paradisiaque (suprême, dit le titre français). Et comme nous sommes toujours dans le paradoxe, c’est alors qu’ils se sont trouvé »s qu’ils doivent se séparer.

Puis, c’est la guerre. Pas de tranchée. Une guerre de mouvement : l’épisode des taxis de la Marne. C’est le défilé des taxis. On comprend que les Allemands aient été repoussés !

Puis, la guerre s’installe. Diane travaille à l’effort de guerre pendant que Chico se bat.

Mais Diane et Chico se retrouvent en pensée, chaque jour à l’heure du bonheur (onze heures).

Et puis le drame éclate. Et c’est le jour de l’Armistice (nouveau paradoxe) qu’elle apprend que Chico est mort. Ce jour de fête devient un jour de malheur.

Mais nous sommes dans une comédie. Et Chico revient, aveugle. Et c’est précisément quand il revient, qu’il est aveugle qu’il voit clair : lui qui se croyait abandonné de Dieu (« monsieur Bon Dieu », en français dans les titres) n’est pas seul. Diane est là et sera toujours là.

De cette histoire d’amour scandaleuse (une femme et un homme vivent sous le même toit alors qu’ils ne sont pas mariés !), Borzage peint une magnifique romance (et puis nous sommes en France, un pays dépravé, tout le monde sait cela). Janet Gaynor et Charles Farrell sont vraiment sur la même longueur d’onde et montrent une complémentarité qui ne se démentira pas dans les films suivants. Elle – faible, fragile et aimante - lui – fort, fruste mais malgré tout amoureux – forment un duo magnifique.

Enfin, il est clair que Michel Hazanavicius a bien apprécié ce film puisqu’il emprunte une scène pour the Artist : Diane enfile la veste de Chico et se laisse enlacer par les deux manches, substitut de ceux de Chico absent.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Biopic, #Drame, #Paul Schrader, #Robert de Niro

« You fucked my wife ? »

Raging Bull, c’est Jake LaMotta (bientôt 95 ans !). Un boxeur. Un vrai. Toujours debout. Jamais tombé. Pour personne.

« You fucked my wife ? »

Ca commence en 1941. Premier combat pro. Défaite. Pas vraiment justifiée, certes, mais défaite tout de même.

« You fucked my wife ? »

Ca se termine en 1964. Dans un club. Il est toujours debout. Il a toujours la rage.

Mais le temps a passé et laissé de sacrées traces.

« You fucked my wife ? »

Cette phrase est devenue culte. Et il y a de quoi : c’est celle de la chute.

 

Chez Scorsese, je l’ai déjà dit, le héros essaie de s’élever, mais quoi qu’il fasse, il retombe. Tout en bas. D’où il vient. Alors on attend. On regarde Jake (Robert de Niro) monter, monter. Et quand il est au plus haut, il pose cette question à son frère Joey (Joe Pesci) : « You fucked my wife ? »

Et là, c’est le début de la fin. Il perd tout : son titre de champion du monde, son frère, sa femme et ses enfants, et finalement, son prestige, sa fierté.

 

Mais ce film, c’est avant tout Robert de Niro. Phénoménal. Il est LE boxeur. On a parlé de son tour de force pour tenir ce rôle (prise puis perte de poids). Mais c’est ailleurs qu’il faut voir l’exploit. A partir des mémoires (assez terribles, et surtout sans concessions envers lui-même) du boxeur, il arrive à nous emmener dans ce monde impitoyable de la boxe, où rien n’est écrit, mais surtout où rien n’est clair. Malgré une volonté de réussir sans passer par le système, Jake doit se résoudre à jouer le jeu. Parce que c’est sur un ring qu’il vit. Parce que c’est pour le ring qu’il vit. Et son surnom de « Raging Bull » (taureau enragé), dû à sa combativité peut aussi rappeler les combats de corrida, où le taureau – très souvent enragé – donne tout ce qu’il a afin d’éviter la mise à mort. Et là encore, le taureau est mis à mort dans un match d’une rare violence (pour un match de boxe, c’est dire). L’image résumant le mieux ce combat est celle de la corde ensanglantée où se tenait LaMotta, alors que tout est terminé. Le sang s’écoulant goutte à goutte, noir.

 

Mais ce film est aussi la création d’un duo qui fonctionnera trois fois pour Scorsese : de Niro-Pesci (Raging Bull, Les Affranchis, Casino). Ils sont complémentaires et indissociables. Le lien qui unit les deux frères LaMotta semble aller au-delà du film. Les retrouvailles entre les deux frères étant un moment fort dans la vie de Jake.

En prime, Scorsese leur adjoint un troisième homme : Frank Vincent. Il sera là pour les deux autres films… Et devra attendre le troisième pour prendre sa revanche sur les personnages de Pesci !

 

Scorsese a choisi de filmer en noir et blanc. Il donne ainsi du recul par rapport à la violence des combats (surtout le dernier), des images fortes(le sang pisse littéralement), mais aussi du contraste dans le jeu des acteurs. (Cela permet aussi d’intégrer les images réelles de télévision)

La musique enfin est en décalage avec l’action : on entend beaucoup d’extraits de « Cavellaria Rusticana », relativement doux alors que les images de boxe sont très violentes. Ce décalage entre la violence et l’utilisation de musique classique fera l’ouverture de Casino.

 

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