C’est le chaos dans le centre de redressement.
L’éducateur (Paul Glauer) a enfermé Pepe (Gerd Gickel) et l’a attaché sur une chaise : c’est lui qui mène habituellement ses co-détenus. Ces derniers sont furieux et, profitant de l’absence du directeur, mettent à sac le centre, essayant de pénétrer dans les locaux pour libérer leur ami et, par la même occasion, s’occuper de ce même éducateur.
Ce dernier menace d’appeler la police à la rescousse, mais comme les autres ont coupé les télécommunications…
J’oubliais : tous ces protagonistes sont des nains.
Pour un deuxième long métrage, Herzog ne fait pas dans la dentelle. Bien sûr, on pense à Freaks, mais pas longtemps, parce que le contexte n'a rien de commun, et ce même si la différence est présente. Encore que : la seule personne extérieure au centre est une femme en voiture qui s’est perdue et demande son chemin : elle aussi est naine !
Mais si tous ces gens sont des nains, l’espace dans lequel ils évoluent (?) est le monde des gens normaux, c'est-à-dire avec une taille standard. Et cette différence entre les personnes et leur décor est importante voire pertinente dans certains cas : l’utilisation de magazines par l’éducateur pour être plus haut aura son écho pendant le mariage de Hombré (Helmut Döring), par exemple.
Mais ce qui choque véritablement, c’est l’attitude de ces singuliers pensionnaires, encore que motivée par celle de l’éducateur envers Pepe. Il y a une violence verbale et physique dans ce centre. Verbale entre l’éducateur et les autres, physique entre les pensionnaires entre eux, surtout avec Chicklets (Hertel Minkner) et Azucar (Erna Gschwendter), qui en plus sont aveugles et vivent de l’autre côté des bâtiments.
Et puis aussi leur cruauté, surtout exprimée envers les animaux. Les cochons, les poules, le singe et le dromadaire subissent la violence des nains qui, d’une certaine façon se vengent de l’institution sur eux.
Avec en prime une critique de la religion, quand ils passent en procession suivant
Bien sûr, le fantôme du passé nazi est présent, et ces cruels révoltés en sont rien d’autre que le reflet de ce qu’est l’institution envers eux. Seule la violence est utilisée : par l’éducateur dans sa solitude en insultant les pensionnaires et en les menaçant ; par les autres envers les animaux et les objets, et en particulier la camionnette.
La camionnette, à sa façon, symbolise cette institution qui n’a pas l’air de beaucoup redresser ses résidents. Certes, ce sont tous, à l’origine, des criminels ou tout du moins des délinquants. Mais cela autorise-t-il à mal se comporter avec eux ? Et cette camionnette va subir toute la colère et le déchaînement des nains. Après l’avoir fait tourner en rond, ils la bombarderont de divers projectiles avant de la terrasser définitivement.
Et puis ça rit.
Tous (sauf l’éducateur, bien évidemment) rient à longueur de film. Ils rient de leur supériorité par rapport à ce même éducateur ; ils rient du « mariage » de Hombré ; ils rient de leur liberté qui s’exprime par la création de ce chaos. Ils se rient des deux aveugles en les tourmentant continuellement. Sans oublier Pepe qui, quand il ne somnole pas, se rit de son geôlier occasionnel.
Les seuls qui ne rient pas sont les deux aveugles qui, en plus, ne disent pas un mot : chacune des incursions des autres dans leur monde de ténèbres devient un grand moment de silence, parfois ponctué par un élément de référence pour ces deux-là : leurs bâtons bien sûr, mais aussi les pots qu’ils utilisent pour jouer. Les autres sont alors les plus silencieux possible, jusqu’au moment où les deux aveugles se rendent compte de la présence de leurs ennemis et agitent leurs bâtons autour d’eux, espérant en toucher un au passage.
Enfin, il y a la bande-son. Régulièrement, nous entendons ce qui ressemble à des chants traditionnels du lieu (le tournage a eu lieu sur l’île de Lanzarote aux Canaries) : on pourrait alors imaginer un paradis tropical (ou presque), mais il n’en est rien, surtout quand sont évoqués l’aridité du paysage (champ volcanique), et surtout l’enfer que vont créer tous ces gens.
Les voix aussi créent cette atmosphère infernale : ces nains sont de véritables démons, et leurs voix, presque irréelle, donnent un plus grand sentiment de malaise (rappelez-vous Harry Earles dans Le Club des trois (Jack Conway, 1930), accentuant par là même l’aspect démoniaque de ces petites personnes.
Et cette bande-son pas toujours très agréable à entendre se coupe parfois, laissant seuls les objets s’exprimer, ou l’air siffler le long des bâtons des aveugles.
Un film terrible… Dans tous les sens du terme !
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