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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #İlter Çatak
La Salle des profs (Das Lehrerzimmer - İlter Çatak, 2023)

Un collège.

Des élèves.

Des professeurs.

Des vols.

Un vol.

Un ordinateur allumé.

Un chemisier avec des étoiles.

 

[Attention : De vrais bouts de résolution de l’intrigue se sont glissés dans le texte qui va suivre. A vous de voir le film avant, de lire malgré tout, ou de passer votre chemin…]

 

Terrifiant.

Quinze ans après La Vague, le cinéma allemand nous propose une nouvelle immersion dans le système scolaire. Et cette analogie n’est pas innocente parce que nous assistons encore une fois – mais de façon moindre – à la réapparition des anciens démons. En une séquence, tout est résumé :

La direction fait une descente dans une classe, suite à une dénonciation, exclut toutes les filles, et fouille tous les porte-monnaie. Et c’est Ali (Can Rodenbostel) qui est emmené. Ali, un enfant issu de l’immigration…

 

Mais c’est avant tout le vol d’argent dans la veste de la jeune Carla Nowak (Leonie Benesch, formidable) qui va faire basculer le scénario dans une atmosphère malsaine, pleine de suspicion, de doute et de malaise. Parce que Carla est professeure – de maths et d’EPS – et le vol principal s’est passé dans la fameuse « salle des profs » du titre. Et surtout, le chemisier étoilé n’appartient pas à un élève : alors que les vols dont on parlait au début ressemblait plutôt à des histoires d’ados (portable, argent, crayons…), ce nouveau délit concerne les adultes. En effet, ce n’est rien moins que la secrétaire – et un peu factotum – du collège, Mme Kuhn (Eva Löbau), qui est la seule que nous voyons porter un tel chemisier. Mme Kuhn qui travaille au collège depuis bientôt quinze ans !

 

Seulement voilà : il est interdit de filmer les gens à leur insu. Et cela v&a devenir l’un des enjeux de cette intrigue, qui va déborder de l’univers clos de la salle des professeurs. Parce que, au final, nous ne sommes pas si souvent que cela dans cette salle emblématique. Et si c’est delà que part le « scandale » (la une du journal du collège), ce sont avant tout les relations entre les élèves et les professeurs – et en particulier avec Carla Nowak – qui sont le véritable ressort de l’intrigue. Parce qu’il faut ajouter un élément supplémentaire à cette atmosphère malsaine : Oskar (Leonard Stettnisch).

 

Oskar n’a pas beaucoup de chance. En effet, en plus d’être l’élève le plus doué de la classe – ce qui lui amène des jalousies, il est le fils d’un des personnels du collège. Oui, vous avez deviné – ou vu le film – son nom de famille est Kuhn. Et Oskar va devenir, malgré lui (?), le centre de l’intrigue. Il se retrouve à faire le tampon entre sa mère et le collège – pas seulement avec Carla – tout en étant le centre de l’attention de ses camarades de la classe (et du reste du collège). Avec d’un côté ceux qui le soutiennent et de l’autre ceux qui le méprisent. Doublement parce qu’il est le plus fort de la classe. Avec en prime quelques idées nauséabondes sur l’hérédité : le fils d’une voleuse ne peut être que voleur…

 

Et İlter Çatak va progressivement développer son intrigue tel un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage, détruisant les relations entre les différents individus qui composent ce microcosme fermé qu’est l’école. Il n’y a plus de confiance : toutes les relations qui se sont créées pendant les premiers mois de l’année scolaire se retrouvent remises en cause. Et les différentes stratégies élaborées par Carla pour capter l’attention des élèves vont-elles aussi en pâtir.

Carla est une jeune prof et elle vient d’arriver dans cet établissement. Si elle a été bien acceptée par ses collègues, on comprend rapidement qu’elle n’est pas complètement à l’aise du fait de son arrivée récente dans l’établissement qui s’ajoute à sa jeunesse dans le poste. Alors se retrouver à accuser – plus ou moins ouvertement – une collègue de travail revêt une autre importance. Surtout que la personne soupçonnée est tout sauf une inconnue pour les élèves qui la consultent souvent et l’apprécient beaucoup.

 

Et Çatak (avec son complice de toujours Johannes Duncker au scénario) va utiliser avec beaucoup d’habileté ce rapport entre les élèves et les personnels, amplifiant une différence déjà fortement définie : morphologiquement (adulte-enfant) et fonctionnellement (autorité-obéissance).

Cela passe par le rejet du système – à travers la professeure – ainsi que des prises de position un tantinet exacerbées comme savent le faire les adolescents. Et je pense que tous les enseignants qui ont vu ce film ont éprouvé le même malaise que Carla quand ses élèves ont décidé de ne pas parler pendant son cours, en réaction à cette information terrible qui s’est mêlée à la rumeur inévitable. Et même si ce silence ne dure pas, l’impression reste gravée au plus profond de la professeure comme des spectateurs.

 

Bien entendu, Çatak et Duncker ne résolvent pas l’aspect policier de l’intrigue et on ne sait pas vraiment si Mme Kuhn est coupable ou non, et d’ailleurs, nous n’en sommes plus là : Oskar, malgré son éviction est revenu en cours, et n’a pas l’intention de partir, malgré l’insistance de Carla et de ses supérieurs.

Et la séquence finale est absolument fabuleuse : Oskar est porté sur sa chaise, tel un souverain son trône, à travers le collège, tandis que la musique est devenue munificente (ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn), donnant une emphase à l’aspect monarchique de la situation.

 

Mais, outre un basculement final, cette parade grandiose tombe à plat à cause des différents plans qui l’ont précédée : le collège est absolument vide !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Road Movie, #Denis Villeneuve
Incendies (Denis Villeneuve, 2010)

Au début, il y a Nawal (Lubna Azabal). Et puis Wahab (Hamed Najeb). Elle est enceinte. Il est tué. Elle accouche d’un fils.

Et puis il y a Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette), les autres enfants de Nawal.

Nawal vient de décéder et elle charge ses enfants de retrouver leur père – qu’ils croient mort à la guerre – et aussi leur frère, celui qu’elle a eu avant eux.

Alors Jeanne part au Moyen-Orient. Sur les traces de sa mère afin de retrouver ce frère qui semble tomber (tombé ?) du ciel.

 

Denis Villeneuve n’est pas ce qu’on appelle un réalisateur prolixe. Après (presque) dix ans sans un long métrage, il est entré dans une production un tantinet plus resserrée en 2009 et qui se poursuit depuis. Mais malgré tout, on attend toujours avec impatience sa nouvelle création (1). Quoi qu’il en soit, en attendant, il reste ses autres films qui permettent de patienter.

Et Incendies est une très belle occasion de (re)découvrir ce réalisateur de génie (j’ose !).

 

Il y a dans ce film un dimension road-movie qui se mélange avec un conflit qui ne dit pas son nom : à aucun moment nous n’apprenons le nom du pays où se déroule la majeure partie de l’action : seul le Canada (Québec, bien sûr, puisque le film est francophone en partie) est un lieu réel. Pour le reste, chacun peut imaginer ce qu’il veut : la Palestine (mentionnée sur une vitre) ou le Liban avec ses villes fantômes. Et puis comme la pièce dont s’inspire le film est de Wajdi Mouawad qui est lui-même libanais… Et que ce dernier s’est inspiré lui-même de l’histoire de Souha Bechara (voir ci-dessous) qui fut détenue dans une prison (dure) secrète du Liban… Le choix se restreint.

 

Nous allons donc suivre les différentes étapes de la vie de cette « Femme qui chante » dans un pays livré à la guerre civile (entre chrétiens et musulmans entre autres), reniée par sa famille (elle est enceinte alors qu’elle n’est pas mariée) et qui se retrouve en plein milieu d’un conflit qui non seulement va s’éterniser mais aussi lui causer des torts supplémentaires : seule et déracinée, il est toujours difficile de se faire une place dans une guerre où on ne considère aucun des belligérants comme légitimes.

Et ces étapes vont être doublées par ses deux enfants, à la recherche de leur famille, de leurs racines, de leur père, de leur frère.

Et bien entendu, comme dans tout bon road-movie qui se respecte, une fois le voyage (l’errance ?) terminée, les différents protagonistes seront métamorphosés, très différents de leur état initial.

 

Et les « incendies » du titre ? Il y en a un bien réel quand Nawal prend le car vers le sud, à la recherche de son enfant qu’elle a dû abandonner à la naissance avant de s’enfuir. Et cet incendie est terrible : il fait suite à une violence froide et déterminée de miliciens chrétiens envers des musulmans. Et Villeneuve ne fait pas dans le détail pour exposer cette violence : elle nous agresse de par sa soudaineté et sa brutalité. Mais il sait aussi exprimer la violence sans nous la montrer, nous laissant imaginer ce qui a bien pu se passer. Ce sont les ruines noircies par la suie dans la maison familiale rasée en représailles, mais c’est aussi Nawal allongée par terre après avoir été violée : dépenaillée, se tenant le bas-ventre et surtout se retenant de pleurer pour ne pas contenter son bourreau.

 

Mais alors pourquoi ce pluriel dans le titre ?

A vous de vous faire une idée.

La mienne est faite, et je ne veux surtout pas vous influencer…

 

  1. Il lui faudra trois ans avant de revenir sur les écrans pour son film suivant
Souha Bechara

Souha Bechara

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Peter Bogdanovich
La dernière Séance (The last picture Show - Peter Bogdanovich, 1971)

Bien sûr, si des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans les mots qui suivent, vous aurez été prévenu·e·s…

 

Anarene, Texas, 1951.

On s’ennuie ferme dans cette bourgade texane, quand on est jeune. C’est le cas de Sonny Crawford (Timothy « Johnny » Bottoms), qui suit les cours du lycée et arrondit ses fins de mois au chantier pétrolier. C’est aussi le cas de Duane (Jeff « El Duderino » Bridges) qui a un avantage sur son (meilleur) ami : il sort avec la belle Jacy Farrow (Cybill Shepherd), et ça a l’air franchement sérieux.

Mais on sent qu’il manque quelque chose à ces adulescents. Un peu d’aventure, de fantaisie, de… Ce que vous voulez !

Que reste-t-il alors à ces jeunes gens ? La guerre (de Corée) ou la vie plus ou moins stéréotypée de leurs parents… Sans véritablement de variante possible.

 

Cette dernière séance, c’est celle du cinéma d’Anarene, après une séance de Red River (Howard Hawks, 1948), même pas un film de l’année, c’est vous dire la misère dans laquelle est tombé ce lieu culturel : quand le film commence, c’est Father of the Bride (Vincente Minelli, 1950), vite remplacé par Winchester ’73 (Anthony Mann, 1950), de la même époque.

Mais ce qui saute aux yeux de cette époque, c’est le désœuvrement. Et Peter Bogdanovitch rend très bien compte de cette période à travers ces (ses) trois héros (qui n’en sont pas).

Mais la grande différence, c’est qu’entre 1951 et la sortie du film, la révolution sexuelle est passée par là, et on ne se gêne plus pour montrer les corps (féminins, surtout) dans leur simple natureté. Pour les hommes, c’est encore un peu tôt semble-t-il… Toujours est-il que la belle Jacy est attirée par ces riches (plus ou moins) oisifs qui se baignent nues dans la piscine, s’affranchissant des conventions, ce que Duane n’est pas capable de faire.

 

Mais malheureusement pour elle, elle sera rattrapée par son époque, et si elle ne finit pas avec Duane – qui part en Corée – elle n’en finit pas moins avec Sonny, et ce n’est pas faute d’avoir essayé !

Rien d’étonnant cela : jamais il ne remettent en cause ou en question leur vie. Ils ferons comme leurs parents avant eux (etc.), comme le montrent les deux interventions de l’hymne du lycée : la première est spontanée, dans la voiture de Jacy, et chacun semble y trouver son contentement. La seconde, c’est quand la nouvelle équipe se prépare au match d’ouverture de la saison. Sonny, même s’il a quitté l’école ne peut s’empêcher de le chanter. Par réflexe plus qu’autre chose.

Parce qu’on sent que ces jeunes personnes étouffent. A l’instar des jeunes Anglais dans les premières années Thatcher (1), peu d’opportunités s’offrent à eux : la guerre ou le conformisme (le chômage pour le héros de Loach). Mais quand Bogdanovitch nous décrit cette situation, il n’est pas tellement loin de celle qu’on attend des jeunes gens vingt ans plus tard : le même conformisme un tantinet consumériste ou la guerre, celle du Viêt-Nam.

 

Et Bogdanovitch ne donne aucune solution. Il laisse ses personnages à leur – triste ? – sort, mais ont-ils le choix ? La seule opportunité qui s’offre à eux, c’est le rêve : celui de croire qu’on peut être heureux malgré le poids familial. Une véritable chimère pour ces jeunes gens coincés : trop jeunes pour avoir fait la Guerre (41-45), et trop jeune pour attendre le milieu des années 1960 : quand elles arriveront, ce sera trop tard.

Pour eux. Pas pour leurs enfants.

Enfin j’espère…

 

  1. Cf. Looks and Smiles  (Ken Loach, 1981)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Darren Aronofsky
The Whale (Darren Aronofsky, 2022)

Attention, cet article a tendance à révéler quelques éléments-clés de l’intrigue…

 

La baleine du titre, c’est Charlie (Brendan Fraser). Il est, comme son surnom l’indique, énorme. Il dispense des cours d’expression écrite par internet pour des étudiants qui ne connaissent que sa voix.

Seulement voilà, Charlie est arrivé à une impasse : il lui reste une semaine à vivre. C’est peu pour rattraper une vie et gagner son salut, surtout quand on a abandonné sa famille – sa femme Mary (Samantha Morton) et surtout sa fille Ellie (Sadie Sink) – pour un de ses étudiants, qui est mort depuis : c’est suite à cette perte que les choses se sont emballées et que Charlie est devenu ainsi.

 

Décidément, 2023 (en France, le film est sorti le 8 mars !) aura été riche en films de qualité. Parce que ce dernier film de Darren Aronofsky est absolument fabuleux. Certes, le maquillage (avec les prothèses) de Judy Chin et son équipe fait beaucoup pour l’aspect spectaculaire, mais l’arrivée du numérique dans les années 1990 nous rappelle que les images ne suffisent pas. Et l’interprétation de Brendan Fraser est tout bonnement phénoménale, aussi impressionnante que son apparence. Il est époustouflant de justesse, interprétant un homme fini, plus ou moins malgré lui, mais conserve par-dessus tout un optimisme que certaine juge horripilant. Sa seule quête, c’est la vérité, l’honnêteté. C’est cela qui le fait survivre et rien d’autre, plaçant au-dessus de tout un texte d’une authenticité absolue (pour lui), pour des raisons que le spectateur mettra du temps à comprendre (1).

 

Et encore une fois, si l’interprétation de Brendan Fraser est extraordinaire, c’est aussi parce qu’il est entouré d’interprètes à la hauteur. Hong Chau (Liz), tout d’abord, qui est le véritable lien entre tous les personnages, présents ou passés, amie fidèle qui se désole de voir cet homme condamné. Mais c’est surtout les rapports (affrontements) entre Charlie et Ellie qui donnent au film sa dimension. Ces deux protagonistes ne peuvent pas être plus dissemblables et pourtant ils sont pareils, et ne pouvaient que se retrouver ensemble, inéluctablement. Ce sont à chaque fois des moments forts où affleure l’amour : celui d’une fille pour un père qu’elle a perdu, celui d’un père pour une fille qu’il a abandonné.

Entre eux deux se tient la mère, l’ex-femme. Et là encore, nous assistons à une belle performance parce que les deux autres membres de cette famille singulière prenant tellement de place, il était difficile de trouver la sienne. Et Samantha Morton y arrive pleinement, nous offrant en même temps lune des plus belles séquences du film, quand elle écoute la respiration « sifflante » de Charlie. Il reste encore un tout petit bout d’amour entre eux, qu’ils le veuillent ou non. La preuve : Ellie.

 

Et comme nous sommes dans le cinéma américain, pas besoin de chercher bien loin l’inévitable rédemption : elle baigne la vie de Charlie qui, sachant qu’il va mourir, ne recherche pas un quelconque salut religieux – comme le lui propose Thomas (Ty Simpkins, impeccable lui aussi) – mais cette rédemption universelle qui veut qu’une vie n’aura pas servi à rien. Et vous imaginez bien que ce sera& le cas, mais de quelle façon !

C’est un autre grand moment du film qui voit Charlie obtenir in fine ce salut tant espéré, salut qui passe aussi par quelque chose que va (enfin) prononcer Ellie et que nous attendons depuis longtemps.

Et cette séquence est admirablement amenée par Aronofsky et son équipe : la pluie a cessé et Ellie va lire le texte qui fait tant de bien à celui qui est – malgré tout – son père. Et Matthew Libatique filme en contre-jour afin de donner à cet instant – de grâce – une dimension ésotérique voire angélique. C’est une nouvelle Annonciation : Ellie (par la force des choses) devient l’ange annonciateur de la mort de Charlie, et comme l’Annonciation précédente (2), c’est aussi un moment de bonheur.

 

Un film inoubliable.

 

  1. C’est voulu. Je n’en dirai pas plus.
  2. Luc 1 : 26-38

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guerre, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Diable au corps (Claude Autant-Lara, 1947)

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. » (Arthur Rimbaud)

17 ans, c’est l’âge de François Jaubert (Gérard Philipe), en cette année 1917 qui voit Nivelle mener une grande offensive (inutile). C’est donc la Guerre et le lycée de François abrite aussi un hôpital. Dans cet hôpital officie Marthe (Micheline Presle, 101 ans le 22 août dernier), sur la demande de sa mère (Denise « Poupette » Grey).

Ils se rencontrent. Deux fois. Ils s’aiment. Pour toujours.

Sauf que Marthe est fiancée. A un Poilu (Jean Lara).

Et malgré son mariage avec ce soldat toujours absent, elle continue d’aimer François, le recevant à la nuit tombée chez elle.

 

Bien sûr, Gérard Philipe n’a pas 17 ans, mais c’était son âge quand la guerre a éclaté, tout comme Micheline Presle, alors cette histoire de jeunes gens pendant la guerre, cela aurait pu vraiment être la leur. On retrouve dans ces deux personnages l’insouciance de la jeunesse, ainsi que le sentiment d’amour éternel qui caractérise cette période (1). Et comme son aîné (1), cet amour est tragique : pas question qu’il survive (l’amour) à la période. En effet, qu’on soit en 1917, en 1923 (quand sort le livre de Raymond Radiguet) ou 30 ans après (quand le film sort sur les écrans), il est inconcevable de célébrer l’adultère : non seulement elle est mariée, mais en plus son mari est sur le Front ! Bref, ce sera tout une histoire, la sortie de ce film, qui consacre deux jeunes interprètes : Gérard Philipe et Micheline Presle.

Et c’est vrai qu’ils sont magnifiques, tous les deux. Elle, très belle, avec ses grands yeux tristes, et lui, adolescent éternel.

 

Et Claude Autant-Lara, qui n’est plus un novice dans le métier, dirige avec beaucoup de brio ce couple qui va à contre-courant de la morale de l’époque (celle que vous voulez : 1917, 1923 ou 1947). Mais pas seulement eux. Le personnage du père de François (Jean Debucourt) n’est pas si obtus qu’on pourrait le penser, un tantinet tiraillé par la morale et le bien-être de son fils. C’est très certainement le personnage le plus proche de François, plus certainement que son ami René (Michel François qui, lui, a l’âge de son rôle !). Par contre, le personnage le plus ambigu est celui de la mère de Marthe : Denise Grey interprète ici une femme qui semble veuve et ne voit pas d’un bon œil l’apparition de ce jeune homme si séduisant. Et son ambiguïté tient dans le fait qu’elle sait que sa fille couche avec François et surtout ne fait rien pour les séparer tant que le troisième homme est à la guerre (2).

Et la morale de cette époque va surtout être illustrée par le couple de logeurs de Marthe (et son mari : ce sont deux de ces petites gens que Gabin-Grandgil fustigera dans l’inoubliable Traversée de Paris presque dix ans plus tard. Il faut dire qu’ils sont caractéristiques : entre elle (Jeanne Pérez), commère inévitable du fait de sa position (concierge), et lui avec son casque colonial, on sent tout de suite que la médisance va voler bas, ce qui est, bien entendu, le cas.

 

Et puis il y a la guerre qui est omniprésente, bien qu’on n’en voie aucune phase. Et le fait de commencer l’intrigue par la fin de cette guerre est une formidable idée : pendant que canon tonne et que le tocsin résonne, saluant les premiers instant de l’Armistice, avec les scènes de liesse de la population, un cortège se met en route vers l’église, accompagnant un cercueil marqué de la lettre L comme Lacombe (3).

François va bien sûr suivre ce cortège, mais de loin, continuant a égrener ses souvenirs : trois longs flash-back vont donc nous conter cette histoire – tragique.

 

Et cette opposition entre la joie de la victoire et la douleur de la mort va se poursuivre à chaque fois que nous reviendrons au 11 novembre, dans l’église ou ailleurs : alors que la cérémonie revêt un caractère très solennel, on entend toujours sonner le tocsin et les personnes qui ne sont pas vraiment proches de la personne qu’on enterre n’ont pas spécialement l’attitude adéquate pour des obsèques. ON peut d’ailleurs imaginer aisément que ces mêmes personnes représentent la morale de cette époque et que la liaison entre Marthe et François les aurait fait réagir assez véhémentement.

De plus, pendant que la cérémonie se déroule, le sacristain (Albert Rémy) installe les drapeaux des vainqueurs aux piliers de l’église, totalement étranger à ce qu’il se passe alors.

Et si vous n’avez pas vu le film, je vous laisse savourer sa dernière réplique à l’adresse de François. Un bijou de Jean Aurenche et Pierre Bost (et Autant-Lara, bien évidemment), comme plusieurs autres répliques qui émaillent le film.

 

Saurez-vous reconnaître Jacques Tati ? On l’aperçoit trois fois en quelques minutes.

 

  1. On n’a rien inventé depuis Roméo & Juliette
  2. La bonne sœur de l’hôpital (Marthe Mellot) non plus, même si on voit très bien qu’elle désapprouve !
  3. Le mari de Marthe s’appelle Jacques Lacombe.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Joueur (Claude Autant-Lara, 1958)

« Heureux au jeu, malheureux en amour ».

Encore une fois, le dicton se réalise pour Alexeï Ivanovitch (Gérard Philipe).

Pourtant, rien ne laissait présager une telle issue malheureuse.

Reprenons.

Alexeï Ivanovitch est le précepteur des petits-enfants (?) du général Zagorianski (Bernard Blier). Ce dernier s’est rendu à Baden-Baden, mais certainement pas pour y prendre les eaux : il y a une roulette très courue, et comme il est criblé de dettes et que sa vieille tante Antonia (Françoise Rosay) ne veut pas mourir (et lui léguer sa fortune), il essaie de s’y refaire. Sans y parvenir, bien entendu. Et évidemment la tante Antonia arrive à Baden-Baden.

Alors qu’elle inspecte le casino à la recherche de son neveu, elle est subitement prise de la fièvre du jeu et y perd tout.

C’est alors au tour d’Alexeï de prendre place autour de la table : il gagne, il gagne, il gagne…

 

Il n’y a pas que le général de Gaulle qui a ses entrées dans cette ville thermale puisque le grand Fédor (1) y a lui-même passé du temps et laissé des sommes colossales, et pas dans les soins, comme vous vous en doutez. Mais du roman, si les grandes lignes sont toujours présentes, l’issue et l’intrigue en sont plutôt éloignées. Mais qu’importe, nous sommes au cinéma : tout est donc possible. Et comme il y a Gérard Philipe, on ne va pas bouder son plaisir. De plus, la présence de Rosay et Blier nous assure un spectacle de qualité, même si on peut préférer d’autres réalisations ou performances d’Autant-Lara et des différents interprètes.

Le conflit opposant la tante et le général est un des meilleurs atouts du film, la vieille dame n’étant pas la mourante attendue, tandis que ce général a tout de celui de la Comtesse de Ségur (2) : Blier est bien évidemment dans son élément.

Quant à Gérard Philipe, il est un Alexeï de haute volée (qui en aurait douté ?) et donne vie à ce personnage, véritable héros dostoïevskien, avec toute la fougue et l’idéalisme de la jeunesse, un véritable cousin de Raskolnikov (3).

 

Mais – il y a toujours un mais – je regrette toutefois le manque d’intensité du film par rapport au livre, dans les moments de jeu. Si la première phase qui voit la vieille tante miser inlassablement sur le zéro est très réussie, celle qui voit Alexeï jouer pour son compte est relativement plate, alors qu’elle possède une force incroyable quand Fédor la couche sur papier. Il y a un côté machinal dans la réussite du personnage qui détone complètement : où est passée l’excitation mêlée de frénésie qui nous tenait en haleine ?

Certes, il est très excité de gagner, mais il manque l’aspect fébrile qui fait toute la force du (court) roman.

Quoi qu’il en soit, on prend plaisir à regarder cette « comédie » dramatique qui a beaucoup d’éléments du drame et qui n’est pas spécialement comique. Et la présence de seconds rôles émaillant le film n’est pas non plus pour déplaire : Alice Sapritch, bien sûr puisqu’elle est annoncée, mais aussi Piéral, Jacques Marin ou encore Daniel Emilfork font des apparitions très remarquées…

 

Alors on se laisse emporter par la fièvre (légère) du jeu et on apprécie ce film qui fut l’un des derniers de Gérard Philipe (encore trois à venir…). Hélas.

 

  1. Dostoïevski !
  2. Dourakine : « dourak » signifie imbécile en russe.
  3. Le roman est paru pendant l’écriture de Crime et Châtiment.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Justine Triet
Anatomie d'une Chute (Justine Triet, 2023)

Si une Palme d’Or, tout comme un Oscar, n’est pas toujours une récompense justifiée (1), celle de Justine Triet l’est pleinement !

C’est un film époustouflant voire bouleversant tant le propos et l’interprétation sont d’une justesse incroyable, le tout mâtiné d’une grande maîtrise technique, ce qui ne gâche rien.

Mais reprenons.

 

Quand Daniel (Milo Machado Graner) rentre d’une promenade avec Snoop son chien (Messi), il découvre une forme allongée par terre, entourée d’une autre rouge. C’est Samuel (Samuel Theis), son père, qui gît là, mort.

Il appelle sa mère, Sandra (Sandra Hüller) qui ne peut que constater le désastre et appeler – inutilement – les secours.

Il semble que c’est un suicide, mais certains éléments laissent à penser que Samuel n’est peut-être pas tombé accidentellement.

Sandra se retrouve alors jugée pour homicide volontaire sur son mari.

 

Bien sûr, on pense à Otto Preminger et son formidable Autopsie d’un Meurtre (Anatomy of a Murder, 1959), au vu de cette intrigue judiciaire, et pas seulement pour le nom. Mais alors que le réalisateur autrichien racontait le jugement d’un meurtre avéré, Justine Triet, qui a aussi coécrit le scénario avec Arthur Harari, nous montre le jugement d’une possibilité de meurtre. Mais à nouveau, c’est une femme qui est accusée, ici d’avoir frappé et poussé son mari dans le vide.

Mais là s’arrête le parallèle puisque c’est surtout l’avocat (James Stewart) qui est suivi dans le film de Preminger, ici c’est surtout Sandra et son fils qui sont le centre de l’attention. L’avocat (Swann Arlaud), ici, n’a pas de vie personnelle sauf les quelques bribes qu’il rappelle à Sandra qu’il connaît depuis longtemps : il reste exclusivement cantonné à sa profession, et ce malgré le lien fort qui l’unit à cette femme.

 

Et Justine Triet prend le temps pour mettre en place son intrigue, et ce malgré la découverte plutôt rapide du mort. Mais cette exposition succincte est tout de même bien amenée puisqu’on est capable dès la première intervention policière d’avoir une idée de ce qu’il s’est passé. Et cette idée va être exploitée avec beaucoup de justesse : qu’on croit Sandra coupable ou innocente de ce qui lui est reproché, jusqu’au verdict final qui sera annoncé à la télévision (oui, nous sommes au cinéma) on ne pourra pas savoir ce qu’il en est. Et j’aurai tendance à dire, même après ! Mais ça, c’est plus personnel. Toujours est-il que la personne qui m’accompagnait était d’accord pour dire qu’il y avait un débat possible après. Débat que nous avons un tantinet commencé…

 

La grande force du film, c’est bien sûr l’interprétation. Sandra Hüller est magnifique dans le rôle de cette femme qui se bat pour prouver son innocence. Outre le ton – très juste, donc – elle nous montre sa capacité physique à exprimer ses différentes émotions, passant parfois de l’une à l’autre sans transition. A ses côtés, le jeune Milo Machado Graner est un Daniel phénoménal : mal voyant, on assiste avec lui aux différentes phases du procès, et ce malgré la réticence de la juge qui considère que ce n’est pas un lieu pour un enfant. Et surtout, on ressent les mêmes émotions que lui : sa mère est accusée d’avoir tué son père. SI ce n’est pas oedipien, c’est tout de même bien proche ! Et Daniel en plus d’être un enfant très fort psychologiquement, est d’une très grande intelligence, en remontrant même à certains adultes de cet entourage judiciaire.

D’ailleurs, les deux principaux protagonistes judiciaires, l’avocat général (Antoine Reinartz) et celui de Sandra se livrent à une joute oratoire en plusieurs reprises, là encore d’une très grande justesse. Il y a une forte dose d’authenticité dans ce procès qui nous change complètement de ce que nous avons l’habitude devoir dans les films américains. Et quand les avocats interviennent, l’hilarité récurrente qu’on retrouve aussi chez Preminger n’a que très peu de place ici. Et aucun effet de manche ! On reste concentré jusqu’au bout sur les débats et le sens des mots : de toute façon, on ne peut rien faire d’autre puisqu’il n’y a aucun témoin de cette chute !

 

Je terminerai en parlant de la façon de montrer cette affaire judiciaire. IL est important de souligner le travail conjoint de prises de vue et de montage qui donnent çà ce film une autre force qui, jointe aux autres oblige de lui décerner la Palme d’Or. Le rythme du montage est très pertinent et le jeu sur les différents points de vue, s’il peut parfois décontenancer (2), l’est tout autant : entre ce que voient Sandra et/ou son fils, les cadrages de la police judiciaire ou de la télévision, on aurait pu s’étourdir de cette profusion.

Il n’en est rien. Justine Triet mène son film d’une main de maître et on ne peut que l’en féliciter.

Tout comme pour sa Palme d’Or !

 

  1. Non, je ne citerai pas de nom !
  2. Parfois on se demande quand même : « pourquoi ce point de vue ? »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Dennis Gansel
La Vague (Die Welle - Dennis Gansel, 2008)

« Essayez la dictature, et vous verrez ! » (E. Macron, 23-01-2020)

 

C’est la semaine politique au lycée Marie Curie ! Pendant une semaine, les professeurs vont parler de différents systèmes politiques aux élèves, afin de leur faire prendre conscience les bienfaits de la démocratie.
Rainer Wenger (Jürgen Vogel), professeur d’EPS et de politique a prévu de faire cours sur l’anarchie, son domaine de prédilection. Seulement voilà, cette leçon a été confiée au professeur Wieland (Hubert Mulzer), un professeur un tantinet plus modéré (euphémisme). Rainer doit donc s’occuper de l’autocratie.

Bien sûr, derrière l’autocratie, les jeunes Allemands pensent au nazisme et à Hitler et commencent par rejeter ce cours qu’ils considèrent « culpabilisateur ».

Qu’à cela ne tienne, Rainer va leur proposer un jeu de rôles : il est leur leader et ils vont vivre une expérience afin d’améliorer leurs conditions de travail et surtout leurs relations dans la classe.

Bien sûr, « tout nouveau tout beau », alors ça fonctionne. Mais quand certains refusent une règle, ils sont virés du cours…

Et ça, ce n’est que le début.

 

Peut-être, tout comme moi, avez-vous lu La Vague (The Wave) de Todd Strasser (1981) adapté du téléfilm du même nom lui-même adapté de l’expérience menée en 1967 au lycée Cuberley de Californie par le professeur Ron Jones. Dans ce cas, vous serez peut-être d’accord avec moi pour dire que cette nouvelle adaptation est encore plus forte que ce roman. En effet, avec ce film, non seulement Dennis Gansel actualise le propos mais surtout le transpose là où est né le nazisme. Et le résultat de l’expérience de Wenger est on ne peut plus parlant : oui, une dictature nazie peut revenir. Mais là où il rejoint l’expérience de Jones, c’est que cette transposition peut être exportée n’importe où dans le monde dans chacune des différentes démocraties qui existent avec le même résultat. Hélas.

 

Et Dennis Gansel (aidé de Peter Thorwarth, co-scénariste) réussit pleinement sa démonstration, montrant que ces jeunes, conscients du passé de leur pays et vigilants à ne pas réitérer les mêmes erreurs, vont tout de même retomber dans les mêmes ornières que leurs aînés, progressivement, insidieusement, sans véritable coup de force de la part de leur leader : ils ont accepté à l’unanimité sa direction. Oui, comme Hitler, il est arrivé légitimement au pouvoir.

Et ce qui fait la force de ce film, outre son propos, c’est aussi la justesse des différents élèves : chacun est défini succinctement mais précisément et va induire on comportement dans cette expérience de fascisme moderne. Et le réalisme de cette expérience va jusqu’à utiliser un uniforme : une chemise blanche. Bien sûr, cette chemise n’est pas noire mais cette opposition chromatique ne peut pas nous faire oublier celles de Mussolini. Et Gansel va encore plus loin puisqu’il prend le temps de nous montrer une dernière fois Rainer s’habiller pour le dernier « meeting » : sa calvitie avancée et sa posture nous rappellent fortement le Duce. L’aspect prognathe en moins.

 

Et si le leader (1) est bien réussi, la présence des jeunes acteurs qui l’entourent est primordiale. Non seulement ils jouent au même niveau que Vogel, mais en plus, le scénario donne à chacun de leurs personnages ses propres dispositions pour entrer dans un mouvement fasciste. Entre Tim (Frederick Lau), geek solitaire un peu bêta qui cherche à s’intégrer dans un groupe et les autres élèves qui cherchent une existence, Gansel a su retransmettre ce besoin de reconnaissance qui fut le terreau du nazisme. On est absolument « bluffé » par ces personnages qui illustrent admirablement le propos. Sans oublier les regroupements occasionnels qui ressemblent aux intimidations violentes des SA au début des années 1930.

De même l’utilisation du water-polo comme sport d’une partie des élèves est on ne peut plus pertinente. Alors qu’on aurait pu avoir un match de foot, milieu propice à l’avènement du fascisme (2), Gansel et Thorwarth choisissent ce sport aquatique en référence à une tragédie issue de la dictature : la rencontre entre l’équipe de Hongrie et celle de l’URSS à Melbourne le 12 décembre 1956 qu’on peut résumer simplement par « du sang dans la piscine ».

 

Le tout accentué par les couleurs qui baignent ce mouvement : outre le blanc, on retrouve le rouge et le noir dans les logos disséminés sur la ville (Berlin). Les trois couleurs du drapeau nazi.

Et puisque nous en sommes aux couleurs, on notera celle que va porter une des élèves qui va entrer en résistance : alors que tous ses camarades ont accepté de porter une chemise blanche comme le leur a demandé Wenger, elle est la seule à porter une autre couleur, le rouge. Son choix est présenté comme arbitraire, comme si c’était le premier tee-shirt qui s’était présenté à elle. Mais quand on sait ce que les nazis (et affiliés) réservaient comme sort aux « rouges », on comprend pourquoi elle n’est pas en bleu ou jaune (ou autre).

 

Bref, le film, comme l’expérience de Vogel est une magnifique démonstration du danger fasciste qui se développe autour de nous.

En 2008 quand le film est sorti, tout comme aujourd’hui.

 

  1. Je n’ose parler de « Führer » !
  2. J’aime bien le foot ! Si, si !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guillermo del Toro
Nightmare Alley (Guillermo del Toro, 2021)

[Encore une fois, des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce que vous allez (peut-être) lire : continuez à vos risques et périls si vous n’avez pas encore vu ce formidable film !]

 

1939.

Pendant que l’Europe prépare sa Deuxième Guerre Mondiale, Stanton Carlisle (Bradley Cooper) incinère son père qui vient de mourir. Puis, il prend le bus et en descend au terminus, au milieu de nulle part. Enfin pas exactement puisqu’on y trouve une foire avec tous les phénomènes qui font recette, de l’homme-animal (Paul Anderson) à Molly (Rooney Mara) la femme électrocutée, en passant par Bruno (Ron « Hellboy » Perlman) l’hercule et la Zeena (Toni Collette) devineresse.

1941.

Alors que l’Amérique se prépare à entrer en guerre, Stanton triomphe dans un numéro de mentaliste, secondé par Molly – ex-femme électrocutée -. Il fait alors la rencontre de Lilith Ritter, psychanalyste trouble, et va prendre une décision – fâcheuse, évidemment – qui va précipiter sa chute pourtant annoncée par Zeena.

 

Vous prenez le savoir faire de Guillermo del Toro, vous lui ajoutez une pléiade de noms prestigieux et vous obtenez un film d’ambiance (encore une fois) de très grande facture, où le surnaturel a encore une fois sa place, mais cette fois-ci sans l’aspect fantastico-merveilleux auquel nous étions habitués.

En effet, si le paranormal est au centre de l’intrigue, c’est surtout parce que Stanton Carlisle n’est rien d’autre qu’un charlatan qui ne fait illusion qu’auprès des crédules : des gens brisés par la perte d’un proche et que ce faux mage ferait revivre bien opportunément.

Mais, encore une fois chez del Toro, la mort rattrape ce singulier héros avec des conséquences hautement graves.

 

Bien sûr, Bradley Cooper est épatant dans ce rôle ambigu d’arriviste et son interprétation est à ce point convaincante qu’on en vient à se poser des questions sur sa clairvoyance : où commence la manipulation et où s’arrête-t-elle (si elle s’arrête) ? Et ce malgré les explications que nous avons eues au préalable quand Pete (David Straithairn) et Zeena lui ont expliqué les ficelles du spectacle.

A ses côtés, on a plaisir à retrouver la formidable Rooney Mara, manipulée elle aussi par cet homme au passé trouble (on aura toutes les explications nécessaires, rassurez-vous), ainsi que le formidable Ron Perlman, et on s’étonnepresque de l’absence de Doug Jones parmi ces personnages hautement atypiques.

 

De même, alors que Guillermo del Toro a cité une liste de films qui l’ont inspiré pour celui-ci, on s’étonne de ne pas trouver Freaks : était-ce trop évident pour ne pas le mentionner ? Toujours est-il qu’outre le milieu du spectacle des monstres et autres curiosités, on y retrouve deux personnages échappés du monde de Browning : une des deux sœurs Pinhead (Tête d’épingle) au début, ainsi que Kookoo dans les derniers plans. Autre personnage inspiré par le monde particulier et qu’on retrouve chez Browning, une femme araignée qui rappelle celle de The Show.

 

Bref, Guillermo del Toro, encore une fois, nous offre un superbe spectacle, dirigeant avec maestria des interprètes à la hauteur de l’événement et ce malgré les contingences sanitaires (une interruption due à la pandémie de COVID-19, comme c’est étonnant…) pas spécialement arrangeante quand on sait la somme impressionnante de travail et de personnels nécessaires pour un tel film, sans parler de la post-production.

Pour la reconstitution de la période concernée, les teintes utilisées (plutôt sombres) sont en parfaite adéquation : on y retrouve une atmosphère sordide de pauvreté, de bas-fond et de cauchemar que l’on associe naturellement à cette période de crise économique  sur la fin. En effet, la crise de 1929 s’achèvera véritablement avec l’entrée en guerre : rien de tel qu’une bonne guerre pour relancer l’économie ! Hum. Passons.

 

Quant au dernier plan, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à celui de City Lights, le rire de Stanton Carlisle évoquant pour moi le sourire du vagabond, rempli du même désespoir de quelqu’un qui sait que, de toute façon, une fin heureuse n’est pas possible.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Biopic, #Uli Edel
La Bande à Baader (Der Baader Meihof Komplex - Uli Edel, 2008)

18 octobre 1977.

Andreas Baader (Moritz Bleibtreu), Gudrun Ensslin (Johanna Wokalek), Jan-Carl Raspe (Niels Bruno Schmidt) sont retrouvés morts dans leur cellule de la prison de Stammheim. Irmgard Möller (Annika Kuèhl) quant à elle, baigne dans son sang : elle a raté son suicide. Un peu avant (le 9 mai 1976), c’était Ulrike Meinhof (Martina Gedeck) qui avait mis fin à sa vie dans cette même prison.

C’en est terminé de la « Bande à Baader »comme l’ont surnommée les médias. Mais la Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion) va continuer pendant encore une vingtaine d’années avant de s’auto-dissoudre le 20 avril 1998.

 

Percutant.

Avec ce film très spectaculaire, Uli Edel nous démontre que le cinéma allemand n’a rien à envier aux Américains quand il s’agit de se tourner vers son passé récent douloureux. Comme nombre de pays en 1967, la RFA est engoncée dans ce monde ancien qui sera balayé l’année suivante. Et la visite du Shah à Berlin est le déclencheur qui va amener des jeunes gens révoltés par les pratiques d’un autre âge d’un gouvernement qui n’a pas su évoluer avec son peuple. Et entre nous, l’attitude passive puis très active de la police berlinoise n’a rien à envier à celle qui sévira à Paris l’année suivante. Ni à celle qu’on peut voir de temps en temps de nos jours, et pas seulement à Paris.

 

Mais la violence n’est pas seulement policière puisque Baader et sa bande vont en faire un usage exclusif jusqu’à l’arrestation totale des membres de cette première génération. Oui, on peut parler de terrorisme et certainement pas d’actes de déséquilibrés. Certes, Baader n’est pas présenté comme un héros romantique, et ses positions ne sont pas toujours très progressistes. Et l’autre atout de ce film est de ne pas réduire ce groupuscule à la seule figure de cet homme. Le titre original Der Baader Meinhof Komplex nous rappelle qu’il y avait des femmes (très) engagées dans cette aventure meurtrière. La personnalité d’Ulrike Meinhof est centrale pendant la plus grande partie du film, et c’est même elle qui l’ouvre, en famille au bord de la mer.  Nous allons alors assister à la destruction de ce schéma familial traditionnel, motivée par un engagement politique des plus radicaux dont la seule issue possible est bien entendu la mort. Ulrike, en s’engageant dans cette lutte ne fait rien d’autre que suivre les autres jeunes gens de cette époque qui rejettent cette société traditionnelle (et sclérosée) qui leur est proposée. Bien sûr, son engagement est extrémiste, tout comme les positions défendues par ce « complexe ».

 

Face à cette organisation terroriste, Uli Edel met en place une (très) petite cellule de lutte (qui va s’étoffer avec le temps menée par Horst Herold (Bruno Ganz). Cette organisation composée de représentants de cette ancienne conception réactionnaire du monde va réussir à neutraliser ces figures légendaires. Et Bruno Ganz est encore une fois remarquable dans le rôle de cet homme qui cherche à comprendre les motivations de ces jeunes gens. Il est d’ailleurs bien seul dans cette quête de sens : certains vont même jusqu’à penser qu’il justifie les actions des terroristes !

 

Bref, un film indispensable pour essayer de comprendre la situation de l’Allemagne des années 1970. Un nouveau paradoxe dans ce pays qui a vu dans le même temps une politique de Détente (die Spannung) chère à Willy Brandt à un niveau international alors que la situation intérieure se cristallisait.

Et si la violence tient une place importante, elle n’est qu’un reflet de ce qu’il se passait réellement à cette période. Et la force du film d’Edel est la façon de mixer adroitement les images d’archives à son film, rappelant que même si nous sommes au cinéma, c’est avant tout réalité qui nous est montrée.

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