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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Oliver Hermanus
Vivre (Living - Oliver Hermanus, 2022)

Que cela soit clair tout de suite : non, je n’ai pas vu le film de Kurosawa (Ikiru, 1952) (1) dont est tiré ce remake magnifique d’Oliver Hermanus. Bien entendu, je n’ai qu’une envie maintenant : le voir ! Mais ceci sera une autre histoire.

 

[Attention, des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce qui suit…]

 

Londres, juillet 1953.

Pendant que d’aucuns préparent leur vacances (à Bournemouth, par exemple), Mr. Williams (Bill Nighy) se rend chez son docteur.

Monsieur Williams est un fonctionnaire de la mairie qui dirige un service dont la principale activité semble être de faire durer les projets, les écartant résolument afin de s’en occuper plus tard. Comme le dit Miss Harris (Aimee Lou Wood), plus la pile de dossiers sur votre bureau est importante et plus vous êtes un fonctionnaire productif.

Mais cette visite chez le docteur est différente des autres : le résultat des analyses est sans conteste, Mr. Williams est atteint d’un cancer en phase terminale. Il en lui reste que six mois à vivre. Huit ou neuf tout au plus.

Alors Mr. Williams va changer…

 

Et quel changement: c’est là tout le sel du film, qui voit cet être somme toute insignifiant donner un véritable sens à sa vie. C’est toujours pareil, me direz-vous, quand on sent sa fin proche, on a envie d’employer au mieux ces derniers instants. Encore que… La tentation d’en profiter une dernière fois est là, bien sûr, avec cette séquence qui le voit (à son tour) à Bournemouth, lieu de villégiature de la classe moyenne anglaise (entre autres) dans ce début des années 1950. Mais cette envie de s’amuser (2) va tourner court : tout d’abord, Williams a passé l’âge de ce genre de choses, mais aussi son interprétation de The rowan Tree dans un pub/cabaret le renvoie à son passé, avec sa femme qu’il a perdue si jeune. On sent poindre tout son désespoir quand il interrompt sa chanson : oubli des paroles ? Impossibilité de la mener au bout ? La fin du film répondra à cette question.

Si cette expérience est plutôt malheureuse, elle n’en demeure pas le déclencheur du véritable changement de vie que va opérer Williams : ça commence par un chapeau qui détone par rapport à celui qu’il portait auparavant (un melon, cela va de soi), puis c’est au tour de son travail qu’il va abandonner le temps de se reprendre, comme une courte dépression qui l’empêche de fouler à nouveau l’espace de son bureau. Mais une fois que sa résolution est prise, il va se décider : vivre pleinement ce qu’il connaît le plus, son travail.

 

Hermanus, dès la séquence d’introduction – un film d’archives (en couleur) un tantinet dépoussiéré de cette époque où la guerre est encore un souvenir fort – nous met dans le bain. Le format choisi pour ce film (1.48 : 1) n’est d’ailleurs pas anodin, il rappelle ceux de la période évoquée, bien loin des résolutions extra larges qui constituent la majorité des films actuels. Et la reconstitution qui va avec est de toute beauté. On suit avec délectation les pérégrinations de ce jeune employé de la mairie de Londres, Wakeling (Alex Sharp) qui débarque dans ce service en pleine mutation (3) : il voit le fonctionnement avant le changement de Williams et une fois ce dernier parti.

Parce que l’une des forces de la narration de Hermanus, c’est de ne pas avoir terminé son film sur la mort – annoncée, donc – de son personnage principal : après sa mort, son influence – toute relative selon ses propres mots – se fait toujours sentir dans ce qu’il a fait pour remplir sa vie (ou tout du moins ses derniers six mois).

 

Et Hermanus illustre très bien le principe qui voit sa vie décliner alors que son engagement se renforce, comme s’il ne dépendait plus que de cet ultime projet pour exister. Mais cette idée de rattraper le temps perdu – vieille chimère qui nous prend tous à un moment ou à un autre – se produit à la suite d’une double rupture : le changement d’attitude de Williams et surtout sa mort brutale – dans sa présentation – après avoir décidé d’agir.

Mais cette brusquerie – sa disparition semble nous empêcher de voir ce qu’il a fait une fois au parti – se fait malgré tout en douceur, le temps d’un travelling avant qui se termine sur la photo de Williams, celle qui est posée sur son cercueil. Cette photo est superbement amenée parce que même si on sait que c’est Williams qui repose devant nous, il nous faudra attendre les dernières secondes pour en être sûr : la netteté s’affinant à mesure que nous approchons, jusqu’au couperet que représente cette photo sans plus aucune contestation : Williams est mort.

Et c’est au moment où nous avons donc la preuve qu’il est mort qu’il devient vivant et que le titre du film prend toute sa dimension.

 

Bien sûr, le film de Hermanus repose aussi sur une interprétation irréprochable, Bill Nighy en tête. Il est un Williams magnifique, véritable produit de l’establishment britannique, flegmatique à souhait, mais dont la prise de conscience de sa fin proche va réveiller son instinct de survie. Et cet instinct va surtout se retrouver dans son visage qui, s’il reste (la plupart du temps) impassible n’en est pas moins remplie de cette vie qui lui aurait fait défaut tout ce temps. De plus, sa voix feutrée, à peine plus élevée qu’un murmure fait toute sa force (4) : son autorité et sa réserve, tout comme sa détermination.

Bien sûr, ceux qui l’accompagnent dans ce film – Aimee Lou Wood, Alex Sharp, Adrian Rawlins (Middleton), pour ne citer qu’eux – se hissent au même niveau d’excellence, faisant de ce film un remake qui, je pense, n’a rien à envier à son original.

 

[Il y a un parallèle troublant entre le personnage de Wakeling et celui de Joe Lampton (5), à propos de l’attitude de ce dernier dans le roman : le surnom que Miss Harris donne à Williams n’y est pas étranger. On notera aussi dans cette même idée le vœu que Middleton exprime après la mort de son chef de service : une fois sa place prise, il n’en sera plus rien, et tout rentrera dans l’ordre, ou plutôt le train-train quotidien de ce service. Et même Wakeling s’y résoudra.]

 

  1. C'est fait ! (4-4-2024)
  2. Est-ce que profiter de la vie c’est s’amuser ? Cela semble être en partie la façon de penser du jeune homme qui l’accompagne (Tom Burke).
  3. Encore que…
  4. D’où l’intérêt de voir le film en VO !
  5. Les Chemins de la Haute Ville (Room at the Top – John Braine, 1957)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Mathieu Vadepied
Tirailleurs (Mathieu Vadepied, 2022)

Pourquoi doit-on toujours attendre aussi longtemps un film présenté à Cannes : Tirailleurs a été projeté le 18 mai 2022 et ce n’est que le 4 janvier de l’année suivante qu’on peut enfin le voir !

Et pour le voir, ça valait tout de même le coup d’attendre : cela faisait plus de 15 ans (1) qu’on n’avait pas eu une autre version de la Guerre - j’entends différente de celle des livres d’histoires édités dans la métropole.

 

1917, quelque part au Sénégal.

Bakary Diallo (Omar Sy) vit paisiblement avec sa famille et il s’occupe de son troupeau avec son fils Thierno (Alassane Diong), jusqu’au jour où les Blancs se rappellent à leur souvenir, et en particulier la France qui a besoin de chair à canons pour son front des Ardennes. Thierno est malheureusement attrapé et enrôlé. Bakary décide alors de lui venir en aide et s’engage volontairement, pour rester près de son fils.

Et il y restera jusqu’au bout, comme le père qu’il est : il doit protéger son fils coûte que coûte.

 

Si la Guerre fut un déracinement pour les soldats de Bretagne, Auvergne (etc.), que dire de ces Sénégalais enrôles de force pour défendre « Maman Patrie » ? Parce qu’ils ne sont pas vraiment partis la fleur au fusil, eux…

Mais il est alors impossible de faire marche arrière deux solutions s’offrent à eux pour en sortir : la fin du conflit (hasardeuse) ou la désertion. C’est cette dernière que choisit Bakary : normal, ce conflit ne le concerne en rien et il n’est là que pour ramener son fils. De son côté, ce même fils n’a pas la même opinion : certes, son père reste son père mais des responsabilités lui sont confiées et malgré la présence de son père, cette guerre va le sortir violemment de l’enfance. Comme il le lui dit : les enfants ne tuent pas des gens.

 

[Attention : la résolution de l’intrigue va être en partie révélée. Vous pouvez encore partir et revenir quand vous aurez vu le film (si vous le désirez). Autrement, vous continuez à vos risques et périls…]

 

Dans ce film, 1917 est une longue parenthèse entre la découverte d’un cadavre et la mise en bière des os retrouvés. Et c’est, bien sûr la situation de guerre qui reste centrale pour le décor parce que ‘accent est mis sur la relation entre un père et son fils, et pas seulement en ce qui concerne les deux Sénégalais. Et cette relation va évoluer vite, trop vite bien sûr pour Bakary, mais le contexte oblige à cette évolution rapide : la guerre transforme voire transfigure les hommes et ceux qui en reviennent ne sont plus les mêmes. C’est pareil ici : et le lieutenant Chambreau (Jonas Bloquet) va précipiter les événements entre le père et le fils en nommant caporal le jeune homme. Son père va devoir lui obéir, malgré sa position. C’est une nouvelle raison qui va amener Bakary à fuir – avec son fils – ce lieu terrible.

 

Mais la fuite n’a jamais été une solution, et on s’en rendra compte dans les dernières séquences : les « étranges fruits » qui se balancent… Et c’est en restant que Bakary va se réaliser pleinement : en sauvant son fils d’une mort certaine, il va trouver la sienne (2), « aux champs d’honneur » comme ils disent.

L’éloge funèbre qui suit est une séquence-clé du film : le général Chambreau (François Chattot) rend hommage au lieutenant du même nom qui est tombé, lui aussi. Mais aucune émotion, aucun chagrin pour cet homme qui enterre son fils. Alors que dans le même temps, le fils Diallo pleure un père qui ne sera pas honoré, son corps restant pourrir sur le champ de bataille. IL y a dans cette séquence une émotion palpable ainsi qu’un échange incongru : l’hommage funèbre du général à son fils n’a même pas une connotation personnelle et elle peut donc s’appliquer aisément à Bakary.

Si la vision de la guerre n’est pas spectaculaire, il y a (au moins) deux raisons : la relation père fils est le nœud de l’intrigue, mais aussi parce que la guerre n’est spectaculaire qu’au cinéma… C’est une guerre ordinaire, avec des morts qui s’entassent, qu’on entasse… Et tout ça pour avoir droit à un discours lénifiant et creux qui était de mise à l’époque : « si vous vous battez bien, vous serez des citoyens français. » Parce que ces braves tirailleurs restaient sénégalais, ils n’étaient français qu’une fois morts. Et encore…

 

Alors la pirouette finale (dernière séquence) est un magnifique pied de nez à cette « patrie » qui n’acceptait les autres (ceux des colonies) que s’ils voulaient bien mourir pour elle…

 

  1. Indigènes (Rachid Bouchareb, 2006)
  2. J'avais prévenu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Paul Schrader
The card Counter (Paul Schrader, 2021)

William Tell (Oscar Isaac) – c’est bien sûr un pseudonyme – est, comme l’indique le titre (1), un joueur : black jack et poker n’ont aucun secret pour lui. Pendant une de ses virées au casino, il fait la connaissance de Cirk Baufort (Tye « Cyclops » Sheridan) : le père du jeune homme ont un passé commun. Et ce passé est tout sauf reluisant : ils étaient interrogateurs à Abou Ghraib (Irak). En clair, ils ont torturé sans vergogne ni limite de nombreux prisonniers irakiens.

Mais ils ont été rattrapés par ces exactions : Tell a passé huit ans et demi en prison militaire. Pendant que leurs supérieurs s’en tiraient sans égratignure.

Et c’est là qu’intervient véritablement Cirk (2) : il propose à Tell de séquestrer, torturer et tuer l’un des pires supérieurs du lieu : John « Gordo » Rogers (Willem Dafoe).

Tell n’est pas très enthousiaste et propose à Cirk une tournée des casinos. Mais ce projet reste bien ancré dans la tête du jeune homme.

 

Pas étonnant que Martin Scorsese ait participé à la production du film : non seulement Paul Schrader lui avait écrit le scénario de Taxi Driver, mais en plus, ce William Tell est un héros très scorsesien : ne vous attendez pas à une quelconque élévation, ou alors elle ne peut être que temporaire et il retournera d’où il vient.

Tell est un homme seul, hanté par son passé de bourreau : il en rêve la nuit, bien sûr, mais ses souvenirs surgissent aussi le jour, surtout depuis l’apparition du jeune.

Et Oscar Isaac est impeccable dans ce personnage torturé (à son tour !), aux yeux tristes, bien loin de Poe Dameron (Starwars, troisième cycle) : sous ses dehors plutôt sympathiques se cache cet affreux personnage qu’il fut et qu’il essaie tant bien que mal d’exorciser.

Bien entendu, il n’y arrive pas complètement et sa proposition à Cirk est des plus glaçantes : en peu de mots et surtout grâce à une attitude accentuée par ce même regard (moins) triste, il nous montre qu’il reste toujours cet être abject qu’il pensait avoir laissé en prison.

 

ATTENTION la suite risque de révéler la résolution de l’intrigue.

Continuez à vos risques et périls !

 

Mais Schrader lui donne une chance : la rédemption. Et cette rédemption va passer par deux personnes : Cirk, bien sûr, qui lui offrira la possibilité de se venger (acceptera-t-il ?) ; et La Linda (formidable Tiffany Hadish), avec qui il retrouvera un peu de son amour propre, et même d’amour tout court.

Mais comme annoncé plus haut, il ne faut pas s’attendre à une fin heureuse : il retournera en prison pour la même raison que la première fois, torture ayant entraîné la mort.

Et Paul Schrader va filmer la séquence, d’une façon remarquable – à mon avis – restant dans la pièce que les deux protagonistes viennent de quitter, n’accompagnant les _images que des sons qui sortent de la pièce où a lieu le supplice.

Cette dernière séquence (avant la finale qui se veut un peu emplie d’espoir) fait écho au film de Scorsese susnommé : mais alors que nous suivons Travis Bickle (Robert de Niro jusqu’au bout de sa nuit, nous restons donc ici sur le pas de la porte, laissant la violence hors champ.

Cette analogie avec le héros de T. D. ne s’arrête pas là : tout comme Bickle, Tell est poursuivi par son passé militaire.

 

Mais malgré tout ça, je garde ma préférence pour le grand Martin. Le scénario n’est pas tout et parfois, la façon de filmer de Schrader est un tantinet lente, s’attardant un petit peu trop sur certains détails.

Mais qu’importe, le film se laisse regarder sans déplaisir, et on notera que l’ouverture du film se fait à l’ancienne, avec le générique principal avant que tout commence.

 

  1. Le compteur de cartes.
  2. Ca se prononce « Kirk », mais avec un C.
  3. La facilité aurait été de livrer crûment cette mise à mort

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Paul Haggis, #Tommy Lee Jones
Dans la Vallée d'Elah (In the Valley of Elah - Paul Haggis, 2007)

On peut –on doit même – remercier Clint Eastwood qui a permis à Paul Haggis de réaliser ce film !

En effet, le pari n’était pas gagné : non seulement, nous sommes dans un passé proche, mais en plus, il égratigne l’armée américaine avec beaucoup de style.

 

Mike « Doc » Deerfield (Jonathan Tucker), qui revient d’Irak (nous sommes en 2004) ne s’est pas présenté après sa permission. Son père, Hank (Tommy Lee Jones) tient à le retrouver avant l’armée afin de lui éviter quelques ennuis.

Il va bien le retrouver, mais en morceaux brûlés : Mike a été tué et dépecé.

Aidé d’Emily Sanders (Charlize Theron), il va chercher – et découvrir – les causes de cette mort brutale, en lien (forcément) avec ce qu’il s’est passé en Irak.

 

Si Eastwood a en plus refusé le rôle de Hank, on ne peut que se réjouir du choix (proposé par ce dernier) de prendre Tommy Lee Jones : encore une fois, il est formidable, interprétant un ancien militaire (de la police du même nom) très américain, un tantinet raciste, et surtout garant des valeurs patriotiques de son pays. La séquence qui le voit remettre le drapeau dans le bon sens illustre magnifiquement l’état d’esprit dans lequel il commence cette douloureuse expérience : le drapeau a été donc hissé à l’envers par un fonctionnaire d’origine latino, qu’il va sermonner à propos du symbole véhiculé par sa bévue. On sent déjà poindre une forme de mépris par rapport à cet « étranger » : ce mépris ira jusqu’au paroxysme qui le verra s’en prendre à un autre de ces étrangers, un militaire cette fois-ci (Victor Wolf).

 

Mais son talent s’exprime ici surtout par rapport à la situation qui insinue de plus en plus le doute dans son esprit et surtout remet en cause ce qu’il a servi pendant de nombreuses années avant que ses deux fils prennent sa relève. Parce que si Deerfield est un militaire, il n’en demeure pas moins quelqu’un de très intuitif et déductif, aidant plus ou moins habilement la jeune policière. Il y a, en plus de la rigueur militaire de son personnage, une forme légère d’autisme qui va se révéler à nous par touches successives : ses rapports avec son épouse (Susan Sarandon, que j’aurais aimé voir plus) ou d’autres personnes ne sont jamais sereines ni naturelles. On notera aussi un léger balancement de son corps pendant une contrariété (-le film en est plein, de contrariétés : la première, le meurtre de son fils !).

Et encore une fois, c’est vers ses partenaires qu’il faut se tourner pour expliquer le talent de Jones : outre Charlize Theron qui fait jeu égal avec lui, on appréciera les différents protagonistes de cette intrigue militaire et criminelle, et on aura plaisir à retrouver quelques têtes connues dans des rôles subalternes – James Franco (Dan Carnelli), Josh Brolin (le chef Buchwald) ou encore Frances Fisher (Evie), dans un rôle plutôt inattendu.

 

Par contre, le talent de Paul Haggis – réalisateur peu prolifique (seulement 5 longs métrages), c’est – comme savent très bien le faire les Américains – de traiter d’un sujet qu’on peut qualifier d’actualité tant ce qu’il raconte est proche du moment où les faits (il s’agit d’une adaptation d’un fait divers) se sont déroulés. En plus de l’intrigue criminelle, le syndrome post-traumatique de la guerre est le véritable enjeu du film : ces jeunes militaires que nous voyons sont autant des victimes de cette situation que ceux qu’ils ont tués. Mais demeure tout de même le fait que les militaires ne sont pas tous bien intelligents. Et le fils Deerfield n’échappe pas à la règle, ce qui lui vaut son surnom, « Doc ».

 

AU final, c’est une belle condamnation de la guerre qui nous est présentée ici, interprétée avec justesse par les différentes personnes qui le peuplent, où transparaît une profonde tristesse qui ne s’exprime pas de la même façon par tous. Si la mère de Mike est effondrée, c’est avant tout parce que c’est le deuxième enfant que l’armée lui prend, alors que la tristesse de Hank mêle subtilement la mort du fils avec la désillusion qu’amène cette ultime enquête pour lui. Pour Emily, c’est une autre enquête ratée qui surgit dans ce contexte tendu. Pour les autres militaires du bataillon de Mike, c’est encore autre chose : une tristesse très bien portée par Penning (Wes Chatham), à la limite des larmes, sans jamais céder à cette émotion prégnante (1).

Et tout cela sans pour autant basculer dans le pathétique : le portrait de ces jeunes militaires n’appelant aucune pitié chez le spectateur.

 

Quant à la vallée d’Elah, vous irez lire le chapitre 17  du Premier Livre de Samuel, pour savoir à quoi elle fait référence, si vous n’avez pas l’occasion de voir le film…

 

  1. C’est bien connu : les militaires, ça ne pleure pas !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Darren Aronovsky
Black Swan (Darren Aronovsky, 2010)

Décidément, que de drames avec la danse classique. Outre le ballet dont il est question ici, c’est, soixante-deux ans après The red Shoes (Michael Powell & Emeric Pressberger, 1948), c’est à nouveau une tragédie qui nous est proposée ici, menée avec brio par la superbe Natalie Portman (1).

 

Nina Sayers (Natalie Portman, donc) est danseuse de ballet au Concert Hall de New York. Le chorégraphe Thomas Leroy (Vincent Cassel) veut dépoussiérer le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, se séparant de son étoile vieillissante (Winona Ryder), et choisissant une nouvelle tête pour le public : c’est bien sûr Nina qui est choisie.

Malheureusement, Nina, bien que parfaite en cygne blanc n’arrive pas à atteindre le niveau voulu pour le cygne noir (2), autre versant de son personnage. Les conseils et imprécations de Thomas n’y font rien : Nina reste un cygne blanc, échouant à passer du côté sombre (3)

Parmi le corps de ballet vient d’arriver la troublante Lily (Mila Kunis), jeune danseuse douée et libérée : véritable cygne noir du spectacle ?

 

Au risque de me répéter, je signale que la danse classique et moi, ça n’a pas souvent fait bon ménage (4), mais quand c’est filmé ainsi, on en oublie tout et on entre pleinement dans cette tragédie un tantinet fantastique, où cette jeune femme qui obtient une forme de consécration va sombrer dans un délire mortifère. Et comme c’est bien filmé, cette tragédie devient féerie – noire – amplifiée par la formidable musique de Tchaïkovski (et Clint Mansell qui assure quelques belles variations sur les thèmes du maître russe).

 

Mais bien entendu, c’est la performance de Natalie Portman qui transparaît le plus, véritable prouesse physique qui fut – justement – récompensée.

Elle est une Nina tourmentée et à la limite (?) de la folie, puisant son inspiration dans ce qu’il se passe (ou non) autour d’elle. Mais encore une fois, une actrice principale n’est rien sans les seconds rôles s’ils ne sont pas à la hauteur. Et Darren Aronovsky s’entoure de quelques pointures qui transcendent son film : danseuses et danseurs de haut vol et Vincent Cassel en directeur de ballet, lui qui a une formation de danseur ajoutent une dimension authentique à cette intrigue fantastico-tragique. De son côté, Barbara Hershey est une mère formidable, de celle qu’on a envie de ne pas avoir quand on se destine à une carrière artistique : étouffante est le qualificatif qui lui sied le mieux… Bref, une mère.

 

Bien sûr, on ne peut pas passer à côté des aspects sexuels de l’intrigue qui nourrissent les hésitations de Nina sur l’aspect sombre de son personnage, et si on peut considérer qu’il y aurait de la complaisance, ce serait minimiser l’impact du sexe dans la vie et surtout chez cette jeune femme qui ne semble pas vraiment avoir connu l’amour avant ce rôle. Pour cela, il suffit de voir sa chambre pour s’en rendre compte : elle n’a certainement jamais connu l’amour et quand elle annonce à Thomas qu’elle n’est plus vierge, on peut légitimement en douter. Il suffit devoir les difficultés qu’elle à « se toucher »comme lui avait préconisé le même Thomas.

 

Et tout ça pour en arriver à une performance hors du commun lors du final (du film et du ballet), motivée par tout ce que nous avons vu avant, et clôturée par une résolution – prévisible, certes, je vous l’ai annoncée plus haut – mêlant réalisme et mysticisme – véritable illustration de ce qu’a pu vivre Nina pendant toute cette période.

 

Magnifique.

 

  1. N’oublions pas Sarah Lane qui double la belle Natalie dans les parties dansées.
  2. D’où le titre.
  3. N’oublions pas que c’est Natalie « Padmé » Portman !
  4. La danse en règle général, d’ailleurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Prison, #Drame, #Jean Becker, #José Giovanni
Un nommé La Rocca (Jean Becker, 1961)

Roberto La Rocca (Jean-Paul Belmondo) vient d’arriver à Marseille. Malgré son allure de jeune homme, c’est un dur : il a la gâchette facile, mais surtout rapide comme l’a constaté à ses dépens le caïd du lieu, Villanova (Nico). Bien qu’il reprenne les affaires de ce dernier, il n’est venu à Marseille qu’avec une seule intention : faire sortir son ami Xavier Adé (Pierre Vaneck) de prison.

Mais la présence de déserteurs américains qui tentent de monter une entreprise de racket, dans cette France d’après-guerre va compliquer les choses : La Rocca se retrouve à son tour incarcéré. Pour sortir, trois solutions :

  • Attendre la fin de la peine ;
  • S’évader ;
  • Participer au déminage de la côte en vue d’une remise de peine.

C’est la troisième option que choisiront La Rocca et Adé.

 

Jean Becker (le fils de Jacques) signe ici son premier long métrage et il met un certain nombre d’atouts de son côté. Le premier, c’est la révélation de la nouvelle vague : Jean-Paul Belmondo. Le second, c’est un écrivain/ dialoguiste qui monte (sa troisième participation directe à un film) et qui passera plus tard derrière la caméra, José Giovanni.

Alors comme Giovanni est là, on peut s’attendre à une intrigue virile où ces hommes sont des gangsters, mais avec de l’honneur. Et ce nommé « La Rocca » est tout cela à la fois, interprété par un Belmondo qui le rend d’emblée sympathique.

Et comme c’est Jean Becker, nous sommes bien loin de l’incontournable Paris des truands. Mais rassurez-vous, ces derniers n’ont rien à leur envier, les pratiques criminelles étant toujours les mêmes : celui qui l’emporte est celui qui défouraille le mieux !

Et comme nous sommes avant 1968, la morale l’emporte : les truands n’en sortiront pas indemnes, physiquement comme moralement.

 

Outre l’aspect autobiographique – José Giovanni a vécu cette période (1) – c’est la distribution qui attire notre attention, et surtout ceux qui entourent Belmondo et Vaneck : on y reconnaît de nombreuses têtes qui vont émailler le cinéma français dans les trois décennies suivantes, à des degrés différents d’apparition, dont l’éternel Dominique Zardi, ici avec des cheveux !

Mais malgré tout, le film reste mineur. Et c’est très certainement dû à cette intrigue inspirée du roman (2) de Giovanni : trop de péripéties et personnages hauts en couleurs. Becker essaie de montrer un maximum de choses mais du fait du format (1 h 41), il ne va pas jusqu’au bout des différents épisodes ni ne donne assez d’épaisseurs à ces marginaux qui auraient alors pu se révéler pas si mauvais que ça.

Et cela nous laisse un goût d’inachevé jusque dans le plan final : il manque un épilogue à cette histoire malheureuse.

 

Par contre, Becker réussit pleinement la séquence du déminage, alternant (les plans d’ensemble et les très gros plans sur les visages angoissés de cette singulière « chair à canon » que sont ces démineurs occasionnels. La peur et la tension sont palpables, accentuées par les inévitables explosions.

 

Giovanni lui-même ne sera pas satisfait du résultat, réalisant à son tour sa propre adaptation de son roman : La Scoumoune (1972). Il s’entourera en particulier du même Belmondo et de celui qui interprète ici le chef des gangsters Américains, Michel Constantin.

Vous vous en doutez : ceci est (presque) une autre histoire…

 

  1. Il fut emprisonné et même condamné à mort, parce qu’il était lui-même un de ces truands dont il parle.
  2. L’Excommunié (1958)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #David Robert Mitchell
Under the silver Lake (David Robert Mitchell, 2018)

Ce « Silver Lake » dont il est question, c’est le réservoir de Los Angeles, à deux pas d’Hollywood, dénominateur commun du film, de par son emplacement et ses nombreuses références.

Mais qu’y a-t-il donc sous ce lac d’argent qui fait courir Sam (Andrew « Spider-Man » Garfield), à la recherche de Sarah (Riley Keough) une jeune femme croisée une seule fois et dont il est fatalement tombé amoureux, et qu’il devait retrouver avant qu’elle ne disparaisse ?

La réponse viendra, mais d’une manière inattendue, laissant le spectateur autant que Sam dans une attitude mêlant la fatalité et la perplexité : ce voyage était-il vraiment nécessaire ?

 

Parce qu’il s’agit avant tout d’une odyssée plus ou moins intérieure tant le réalisateur ne nous donne pas toutes les clés de son intrigue. Très peu de repères de temps, encore moins de repères d’action : on ne sait jamais si ce que nous voyons est vrai ou issu de l’imagination (féconde) de Sam. Même ce qui nous semble acquis est remis en cause par ce qui va suivre (la couverture du Playboy que Sam aurait volé à son père).

Reste donc ce voyage dans l’une des villes les plus célèbres au monde et les références inévitables : Rear Window (Sam espionne ses voisines à la jumelles, surtout celle qui se promène les seins à l’air (Wendy Vanden Heuvel) et bien sûr Sarah que la tenue de bain ne laisse pas indifférent.

C’est aussi Citizen Kane, avec ce compositeur isolé (Jeremy Bob), dont la maison (le palais ?) renferme de très nombreux objets d’art (musicaux, cela va de soi), et bien sûr le Seventh Heaven de Frank Borzage, nous permettant de revoir la formidable Janet Gaynor, référence prédominante du film (au moins trois éléments). J’oubliais Comment épouser un Millionnaire avec le trio féminin (Bacall, Grable & Monroe), trio qui se répétera à l’envi tout au long du film (1).

 

Mais, et c’est à mon avis le plus gênant, ce film est difficilement compréhensible (je ne suis pas une lumière, certes, mais tout de même !) : doit-on y chercher, à l’instar de Sam, des détails nous ouvrant sur autre chose ? Certains le pensent. Pour ma part, cet aspect théorie du complot a tendance à me lasser, même si – c’est normal, nous sommes au cinéma – Sam arrive à quelque chose : il y a un message caché dans ce qu’il voit et entend.

Mais avec un sceptique comme moi, ça ne prend que difficilement.

 

Au final, de belles images et des interprètes convaincants et justes, avec en tête Andrew Garfield qui n’hésite pas à casser son image de Spider-Man (encore une fois) pour le rôle de ce zonard friand de sexe (avec une partenaire ou tout seul), assumant les différents clins d’œil dont celui concernant son personnage de chez Marvel (2). Mais est-ce bien suffisant ?

 

Inclassable.

A voir.

Ou pas.

 

  1. Les trois escort girls, les choristes de Jesus (Luke Baines), les trois femmes avec dans la cabane…
  2. Que je vous laisse découvrir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Robert Wise
West Side Story (Robert Wise, 1961)

Etonnamment, ce texte s'était « perdu dans le tri » et aurait dû être publié l'an passé. Soit bien avant  le film de Spielberg...

 

Plus de 60 ans se sont écoulés depuis la sortie du film, et ce dernier garde toujours sa force intacte. Robert Wise aidé de Jerome Robbins dirige cette tragédie avec brio, modernisant comme c’était prévu la pièce de Shakespeare.

La musique de Leonard Bernstein n’a pas pris une ride, enchaînant ce qui sont des classiques plus de soixante ans après la présentation à Broadway (1957).

On vibre toujours autant à cette histoire d’amour impossible entre deux jeunes gens qui ne sont pas de la même « espèce » (1).

On frémit devant cette violence annoncée et on se dit que la vie n’est pas juste et qu’il aurait suffi d’un tout petit coup de pouce du Destin dans l’autre sens pour que cette histoire se termine bien.

Parce qu’elle se termine mal. Très mal. Et les plus pessimistes – dont il m’arrive de faire partie – diront que cette histoire, sur le fond n’est pas près de se finir.

 

Leonard Bernstein (musique) et  Stephen Sondheim (paroles) – sur un livret d’Arthur Laurents – ont su adapter cette histoire d’amour absolue, remplaçant les deux familles par deux gangs issus de l’immigration : les Jets et les Sharks.

La différence qu’il existe entre eux ? La couleur tout d’abord, et la période d’arrivée aux Etats-Unis.

Et les Sharks, d’origine portoricaine ont le désavantage d’être plus foncés et arrivés récemment.

Parce que les Jets, eux aussi, ne sont pas ce qu’on peut appeler des Américains « pur souche », pour reprendre une expression nauséabonde qui est malheureusement toujours d’actualité. Ils sont arrivés – ou plutôt, leurs ancêtres – bien avant, s’intégrant petit à petit dans ce grand pays de la Liberté…

En effet, Tony (Richard Beymer) est d’origine polonaise et s’appelle en réalité Anton, Action a des ascendants italiens, d’autres irlandais…

Ils forment tous ce creuset (2) dans lequel se mélangent ceux qui sont venus en quête d’une meilleure vie, loin des persécutions et de la misère.

Mais tous ces ados n’ont pas connu cette misère que leurs parents ont dû fuir, et maintenant se comportent comme tous les autres, ceux arrivés avant eux, voire ceux qui ont fondé ce pays.

Pire, ils se décident supérieurs à ceux qui leur sont différents.

Ce sont avant tout des ados qui comme leurs aînés, s’expriment par cette violence et ce désir de domination. Ils ne sont pas loin de Johnny Strabler (Marlon Brando) dans The wild One (1953) ou évidemment Jim Stark (James Dean) (3). Eux aussi avaient cette même haine qui les animait, comme elle anime les ados aujourd’hui. Malheureusement encore, ce sera la même chose demain.

Mais heureusement, au milieu de ce monde de violence et de haine, il y a Maria (Natalie Wood) et Tony. Tony est un ancien Jet, et Maria la sœur de Bernardo (George Chakiris), le chef des Sharks.

Et puisque tout les sépare, ils vont se trouver, s’aimer, et rêver qu’il existe quelque part un endroit pour eux (4).

Mais comme pour leurs prédécesseurs shakespeariens, il n’en est rien, la mort est au bout du chemin.

 

Autant vous le dire tout de suite, je ne peux pas regarder ce film sans finir les larmes aux yeux tellement l’histoire, la musique et les interprètes sont prenants. J’ai beau avoir passé des heures à écouter la BO du film, quand Maria (Marni Nixon) et Tony (Jimmy Bryant) chantent Tonight (fin de la première partie), j’ai des frissons. Rien que d’en parler, ça me reprend.

Il faut dire qu’il s’agit peut-être du plus grand film musical qui ait été tourné.

Mais il n’y a pas que la musique. Il y a la danse qui a une place très importante et qui est absolument magnifique. Au premier abord, cela peut paraître étonnant de voir des ados qui jouent aux durs en train de danser, mais très rapidement on entre dans cet univers où la danse est une autre façon d’exprimer la violence qui est en eux.

Et le travail chorégraphique de Jerome Robbins, après la scène de Broadway, s’accorde parfaitement avec les différents points de vue dirigés par Wise et photographiés par Daniel L. Fapp. Sans oublier non plus les montages visuel (Thomas Standford) et sonore (Gilbert D. Marchant) qui donnent au film son rythme (5).

 

Parce que les plans et les différents filtres utilisés sont là encore en totale adéquation avec l’histoire.

La rencontre de Maria et Tony, pendant le bal est on ne peut plus pertinente. Tony aperçoit Maria qui en fait de même et tout autour est flou, seuls eux deux existent : c’est normal, « les amoureux sont seuls au monde », comme dans le film de Decoin (1948).

En plus, la musique ralentit qui leur permet de faire quelques pas de danse avant de s’étreindre. Le temps semble s’être arrêté. Jusqu’au moment où la musique accélère et la réalité les rattrape, les séparant.

Autre élément visuel important, la couleur : le bleu de Maria, qui lui donne une allure de Madone et qui se transformera malheureusement en Mater Dolorosa.

Et le rouge surtout, symbole du sang, messager la mort. Pas étonnant donc que Bernardo soit en rouge.

Tout comme la partie Quintet, chantée par tous les protagonistes, en groupes – Jets et Sharks – ou en individuels – Maria, Tony, Anita – et annonçant les événements de la nuit. Wise a choisi un filtre rouge des plus agressifs, se reflétant sur les lieux et surtout sur les visages, même celui d’Anita.

 

Et puis il y a la fin. Cette fin en demi-teinte, où finalement personne n’est sauvé. Les Jets et les Sharks repartent, emportant le corps de Tony, réassemblés temporairement par cette mort encore plus terrible que celles de Bernardo et Riff (Russ Tamblyn), parce que voulue.

C’est une sorte d’union sacrée qui fait s’en aller les jeunes gens, mais on sait que cette union n’aura qu’un temps et que finalement, ça recommencera. Peut-être pas dans le West Side, il suffit de regarder autour de nous pour comprendre que ça ne s’est jamais arrêté.

Hélas.

 

  1. « stick to your own kind », chante Anita à Maria (deuxième partie).
  2. Le fameux Melting-pot.
  3. James Dean était pressenti pour le rôle de Tony à Broadway, mais il mourut avant les auditions. A noter la présence (déjà) de Natalie Wood à ses côtés dans le film de Nicholas Ray.
  4. There’s a Place for us (deuxième partie) chanté par Maria et Tony.
  5. Terme on ne peut plus adéquat.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Steven Spielberg
West Side Story (Steven Spielberg, 2021)

Soixante ans se sont écoulés, et l’histoire n’a pas pris une ride. C’était déjà le cas en 1961 d’ailleurs, quand Wise a sorti son propre film : le thème de Roméo & Juliette (publié en 1597 d’après une histoire encore plus ancienne…) reste indémodable : cet amour fou qui se termine (très) mal continue d’émouvoir les spectateurs, dont votre serviteur (1).

Donc, dans le New York de la fin des années1950, deux bandes rivales se disputent le territoire du West Side (2) : les Jets et les Sharks. La seule différence entre ces deux bandes rivales : la couleur de la peau. En effet, les Sharks ont le teint plus halé puisqu’ils viennent de Porto Rico. Les autres ont le teint plus clair, puisqu’ils descendent pour la plupart des colons européens : mais tous ont un véritable point en commun : ils ne sont pas les véritables indigènes de ce grand pays.

A côté de ces deux bandes de voyous qui passent leur temps à se chercher, se développe un amour entre une fille de Porto Rico – Maria (Rachel Zegler) – et un de ces descendants de colons blancs – Anton « Tony » (Ansel Egort).

Mais bien sûr, cet amour n’est pas possible.

 

La première question qui me vint à l’esprit quand le film est sorti fut la suivante : un tel film était-il nécessaire ? Même si c’est Spielberg… Bien sûr que non (3), mais on en va pas bouder son plaisir pour autant ! Parce que ce film, s’il n’est pas « nécessaire », reste tout de même un très beau moment de cinéma comme sait (toujours ou presque) le faire Steven Spielberg. Certes, on n’imagine pas une issue différentes de l’intrigue, et donc pour une fois, cela se termine mal (4), et puisque l’intrigue est rebattue, encore une fois, c’est la façon de faire qui prime. Et là, on est servi !

 

Suivant la pratique actuelle qui veut que tous les écrits viennent en fin de film, Spielberg entre tout de suite dans le sujet, évitant l’Ouverture initialement prévue, celle qui annonçait clairement les différents thèmes qu’on allait trouver tout au long de l’histoire. C’est un quartier désolé qui nous est montré, attaqué par les boules de chantier qui détruisent ce qui furent des taudis, en attendant l’expulsion totale des différents habitants afin de créer un nouveau West Side, plus conforme à l’air du temps. Alors les bisbilles entre les deux bandes rivales semblent tout à coup bien mesquines : si un des deux clans l’emporte, des toute façon, ils seront tous envoyés ailleurs…

 

Mais c’est cet aspect bien petit par rapport à cette immense ville en mutation qui va donner cette dimension grandiose à cet amour tragique : certes, ces deux jeunes gens ne pèsent pas bien lourd face à cette transformation, mais le seul fait qu’ils existent les rend uniques et de ce fait dignes d’attention.

Et Spielberg réussit là où Wise s’était arrêté : ses acteurs ont une apparence plus jeune, comme si Spielberg avait restauré cette histoire, lui redonnant toute la jeunesse des protagonistes (5), bien qu’Ansel Elgort soit plus âgé que Richard Beymer quand il a interprété Tony en 1961 ! Et cela peut s’expliquer par un élément « signe des temps » :les jeunes gens de 1960 étaient plus mûrs que ceux de 2020. Et puis n’oublions pas non plus les effets du maquillage conjugués à ceux du numérique.

 

Et au final, ce nouveau West Side Story est une très belle surprise :non seulement Spielberg nous confirme qu’il est un très grand réalisateur, mais surtout, il donne une teinte colorée et brillante qui rehausse cette intrigue sombre, donnant, malgré l’artificialité des pas de danse un certain réalisme qui s’exprime dans les différentes séquences de violence : il réussit la synthèse adéquate entre les ballets de Wise et ceux de Kubrick dans Orange Mécanique ! (Musique : la Pile voleuse).

Et tout cela avec une profusion de couleurs qui teintent chaque moment du film : entre les tenues des protagonistes, les tentures ou même les projections solaires des vitraux, tout donne un aspect plus chatoyant que dans le premier film. A cela s’ajoute un jeu de lumières pertinent où c’est la multiplication des sources lumineuses qui accentue le grandiose de cette petite histoire, illustrant avec beaucoup de subtilité les paroles de Tonight, la chanson de la scène du balcon :

      « Tonight, tonight, the world is full of light (Ce soir, ce soir, le monde est rempli de lumières)

         with suns and moons all over the place. » (avec partout des soleils et des lunes)

Même la séquence de combat qui voit Mercutio (Riff – Mike Faist) être tué par Thibault (Bernardo – David Alvarez), lui-même tué par Roméo (Tony) reste lumineuse, et ce malgré les lumière éteintes (pour faire plus discret).

 

Et bien sûr, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Les différents interprètes sont des artistes complets : ils jouent, ils dansent et ils chantent (6). Même Rita Moreno (Valentina) peut enfin faire entendre sa voix. Elle qui fut une inoubliable Anita nous démontre pourquoi on ne pouvait pas l’entendre chanter en 1961 : sa tessiture est trop haute !

Et puisqu’on parle d’Anita, elle est ici interprétée avec brio par Ariana de Bose, formidable en tout point dans ce rôle difficile parce que déjà interprété avec beaucoup de brio…

Et si Ansel Elgort est un Tony un peu plus dégourdi que ne l’était Beymer, on notera la très belle prestation (encore une) de Rachel Zegler encore plus Maria que ne l’était l’irrésistible Natalie Wood (c’est dire !).

 

Alors oui, précipitez-vous sur cette nouvelle version, pour toutes ces qualités visuelles, mais aussi pour la musique éternelle de Leonard Bernstein !

 

  1. Je n’arrive pas à ne pas verser une larme à la fin. C’est mon côté midinette…
  2. Ce n’est pas loin de chez Aloysius Pendergast.
  3. Poser la question, c’est déjà y répondre.
  4. Ca reste rare, chez Spielberg, une fin tragique.
  5. Roméo & Juliette sont des adolescents, ne l’oublions pas.
  6. Natalie Wood (Maria) et Richard Beymer étaient doublés (7).
  7. J’espère que vous ne vous lassez pas des notes de bas de page…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Denys de la Patellière
Retour de Manivelle (Denys de laPatellière, 1957)

Robert Montillon (Daniel Gélin), jeune homme « disponible » empêche l’homme d’affaire Eric Fréminger (Peter van Eyck), ivre, de se faire écraser. Entre eux deux se crée un lien : Eric propose à Robert d’être son « secrétaire ».

La vie de Robert vient de basculer.

Très peu de temps après, Eric annonce à son épouse Hélène (Michèle Morgan) qu’il va se suicider et qu’elle va toucher le gros lot de l’assurance-vie. Sauf que cette même assurance-vie a une clause rédhibitoire : le suicide est exclus pour toucher le jackpot.

Il va falloir maquiller cela en meurtre.

 

Pendant que la Nouvelle Vague (hum !) s’installe (1), le « cinéma de papa » continue de bien se porter, mettant en vedettes des valeurs sûres (Morgan, Gélin, Blier) dans une intrigue empruntée à James Hadley Chase qui ne manque ni de subtilité ni de piquant. On retient bien sûr l’aspect amoral du challenge que doivent relever Hélène et Robert : faire passer un suicide pour un meurtre n’est pas une mince affaire, surtout quand on se fait prendre.

Parce que bien sûr, ça ne peut pas marcher : nous sommes encore dans les années 1950 et il n’est certainement pas question de faire réussir un tel projet.

 

Et c’est aussi là tout l’intérêt du film : comment vont-ils se faire prendre ? J’espère ne rien révéler d’important en l’écrivant, le titre me semblait tout à fait éloquent : si l’appât du gain – les 300.000.000 de Francs (toujours plus impressionnant en chiffres !) de l’assurance-vie – est somme toute naturel, il y aura obligatoirement un prix à payer qui se traduit par ce « retour de manivelle ». Et croyez-moi, il est à la hauteur des espérances du spectateur.

Et à l’instar du Taxi pour Tobrouk qu’il réalisera quatre ans plus tard, Denys de la Patellière émaille son film à tendance sérieuse d’un humour de bon aloi, accentué par le « retour de manivelle » (encore lui), basculement final qui scelle définitivement les différents destins (2).

 

Avec ce film, Denys de la Patellière commence véritablement à se faire un nom dans le cinéma français : son film est un succès (mérité), interprété par un duo de qualité. Michèle Morgan se retrouve dans un rôle un tantinet décalé par rapport à ce qu’on a connu auparavant, bien loin de la jeune Nelly du Quai des Brumes qui l’avait révélée. Rassurez-vous, elle possède toujours, vingt ans après, le même pouvoir de séduction, mais elle possède une autre dimension qu’on ne devinait pas alors. Normal, elle a mûri. Daniel Gélin, de son côté, est le héros chasien par excellence : il interprète avec beaucoup de justesse ce personnage sans le sou qui se retrouve mêlé à une histoire de cadavre sans l’avoir cherché.

Et puis il y a Blier : il est le commissaire important qui va résoudre l’affaire. Enfin, c’est sa version : le spectateur sait lui, ce qu’il s’est vraiment passé et se moque bien des déductions de ce policier somme toute ridicule, pour qui les évidences sont des preuves.

 

Bref, on s’amuse, on a plaisir à suivre cette intrigue – improbable, nous sommes au cinéma que diable ! – menée de main de maître avec un souci du détail que ne renierait pas Hitchcock (la prise de courant), jouant aussi avec l’éclairage de façon pertinente.

Bref, du cinéma comme je l’aime.

Et quand le film se termine, une question me vient tout naturellement : les gesticulations de quelques critiques de cinéma plus ou moins frustrés étaient-elles vraiment nécessaires ? (3)

 

J’allais oublier : ce sont les débuts de Michèle « Angélique » Mercier (Jeanne). Et d’ailleurs Michel Audiard la gâte :

Robert : vous êtes jeune et jolie, je ne suis sûrement pas le premier à vous le dire.

Jeanne : On me le dit à chaque coup.
Robert : Ah !

Jeanne : Je veux dire à chaque fois.

 

  1. Le film sort en août et Françoise Giroud parlera de ce mouvement en octobre.
  2. Ne comptez pas sur moi pour vous révéler quoi que ce soit.
  3. Oui, j’ai beaucoup de mal avec la Nouvelle Vague qui est au cinéma ce que la Nouvelle Cuisine est à cet autre art : c’est peut-être beau et fin, mais à l’arrivée, on retourne vers des valeurs sûres et plus consistantes.

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