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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Roy Calnek
Ten Nights in a barroom (Roy Calnek, 1926)

Joe Morgan (Charles Gilpin) est maire. Mais ce n’est pas arrivé comme ça : sa vie fut très difficile et marquée par le malheur.

Dépossédé de son moulin, il sombre dans l’alcoolisme. Au cours d’une bagarre, sa fille Fannie (Myra Burwell) est mortellement blessée par un tesson de bouteille.
C’est le déclic qui va le ramener sur le droit chemin et qui lui permettra d’accéder à la fonction énoncée ci-dessus.

 

Quand le film sort, nous sommes en plein cœur de la Prohibition. Et comme le dit mon ami le professeur Allen John, cette interdiction absolue d’alcool n’est pas des plus efficaces. Et pourtant, ce film très honnête de Roy Calnek en rajoute une couche sur les dangers de ce poison : outre la violence de son personnage principal, nous assistons à l’intervention d’une foule vindicative qui va mettre le feu au débit de boisson local.

Bien entendu, du fait du contexte, l’histoire que nous voyons défiler se situe dans le passé (un peu plus de sept ans, donc), ce qui permet d’aborder ce sujet sans crainte d’une quelconque censure. De toute façon, l’intrigue s’inspire d’un roman édifiant de Timothy Shay Arthur qui met en garde contre ce fléau qu’est l’alcoolisme.

 

Ce n’est pas la première fois que ce roman est adapté au cinéma (1), mais la particularité de ce film est que l’interprétation est entièrement constituée de personnes noires. Malheureusement, ce film ne fut pas un succès et le studio indépendant Colored Players of Philadelphia s’en ressentira : encore deux films et il disparaîtra définitivement (2).

Ce qui est bien dommage parce que c’était (en plus des films d’Oscar Micheaux) une belle occasion pour les interprètes noirs de jouer autre chose que des rôles utilitaires et/ou domestiques. (3) Les Etats-Unis étaient peut-être le « Pays de la Liberté », mais certainement pas celui de l’Egalité…

 

Reste un film très soigné qui illustre très bien son propos, interprété par des acteurs à la hauteur de l’enjeu : si Charles Gilpin est magnifique, la jeune Myra Burwell tire superbement son épingle du jeu, interprétant cette victime expiatoire (pour Morgan) qui fera grandir ce héros singulier.

Eh oui, toujours cette bonne vieille rédemption…

 

  1. Cinq fois entre 1910 et 1931 !
  2. En tout 4 films sortiront de ce studio. Celui-ci est le second.
  3. Rappel : c’est pour son rôle dans Gone with the Wind que la grande Hattie McDaniel a obtenu un Oscar, devenant la première personne de couleur a être récompensée. C’était en 1940 soit près de quinze ans après ce film. Son rôle ? La servante d’une jeune femme capricieuse.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Fred Niblo, #Greta Garbo
La Tentatrice (The Temptress - Fred Niblo, 1926)

Manuel Robledo (Antonio Moreno), ingénieur en Argentine, est de passage à Paris. Lors d’un bal masqué, il rencontre une superbe femme dont il tombe éperdument amoureux. Et cet amour est partagé. Le lendemain, visitant son ami le marquis de Torre Bianca (Armand Kaliz), il fait la connaissance de la femme de ce dernier, Elena (Greta Garbo).

Bien entendu, c’est la femme qu’il a rencontrée la veille.

Cette dernière sera fustigée lors d’un dîner d’adieu du riche Fontenoy (Marc McDermott), la traitant de tentatrice pour avoir abusé de sa fortune.

Robledo repart alors en Argentine terminer son chantier, fuyant aussi cette femme qui semble amener le malheur et dont les intentions ne lui semblent pas honnêtes.

Quelques temps plus tard le marquis et sa femme débarquent chez Robledo, fuyant le scandale à Paris.

 

Deuxième film hollywoodien de Garbo, c’est aussi le premier de trois avec Fred Niblo, qui sort d’un extraordinaire Ben Hur. A nouveau, derrière la caméra, on trouve William H. Daniels qui la cadrera magnifiquement (ce sera le cas à chaque fois), assisté ici de Tony Gaudio). Au trio masculin annoncé plus haut s’ajoute Roy D’Arcy (Manos Duras), un bandit de grand chemin aux yeux incroyablement bleus. Bref, nous sommes en très bonne compagnie (2), et c’est ce qui compte.

Par contre, Dorothy Farnum (qui a signé le scénario) n’est pas tendre avec la sublime Garbo : Elena est (très) rapidement traitée de « tentatrice » par Fontenoy, ce qui va entacher son personnage définitivement et lui refusera un quelconque bonheur.

 

Oui, elle aime passionnément Robledo comme elle le lui annonce au début, et d’une certaine façon, c’est une femme libre d’aimer qui elle veut, même si elle est mariée. Il suffit pour s’en convaincre de voir le marquis se comporter avec sa servante, l’embrassant sans vergogne alors que sa femme est à l’étage. De même, si Elena a « tenté » Fontenoy, c’est avant tout parce que ce dernier l’a jetée dans ses bras, espérant certaines retombées (sonnantes et trébuchantes) de cette relation. Ce sont d’ailleurs les divers cadeaux du défunt qui vont leur permettre de fuir le scandale… Mais malgré cet exil, le destin veillera à précipiter la chute de cette femme : les morts vont continuer à s’entasser autour d’elle.

 

Et ce genre de personnage maudit va accompagner Garbo dans plusieurs films, comme si sa beauté était synonyme de Mal : combien de rôles a-t-elle interprétés qui ne faisaient pas vraiment honneur aux femmes, la rabaissant irrémédiablement ? Son film suivant (présenté deux mois plus tard) est des plus éloquents : La Chair et le diable, où elle personnifie, bien sûr, le diable…

Et pourtant, quelle injustice frappe cette femme ! Un dialogue (par intertitres interposés) plaide pour elle et montre très bien que le problème, ce n’est pas elle, mais bien les hommes qui l’entourent :

« Mon mari… m’a vendue… A Fontenoy. (My husband – – sold me – – to Fontenoy)

   - Des hommes sont morts pour vous… ont abandonné leur travail et leur honneur… pour vous ! (Men have died for you – forsaken work and honor – for you!)

   - Pas pour moi… mais pour mon corps ! Pas pour mon bonheur, mais pour le leur. (Not for me – but for my body! Not for my happiness, but for theirs!)

 

Donc, quand elle annonce à Robledo (lors de leur première rencontre) qu’elle est libre de l’aimer, ce n’est pas vraiment un mensonge. Mais nous sommes en 1926 quand le film sort, et une telle attitude est inadmissible pour l’opinion publique et surtout la Motion Pictures Producers and Distributors Association qui pondra moins de 10 ans plus tard le célèbre Code Hays. Alors Elena est destinée à la déchéance : elle ne meurt pas cette fois-ci, mais son sort est tout de même peu enviable, même filmée par Daniels.

Heureusement, la vision des femmes au cinéma a changé (3), même si l’association femme fatale/Mal a longtemps perduré.

Mais que ce fut long !

 

  1. Marc McDermott est un (petit) peu le Sean Bean de l’époque : ici encore, il meurt (bien) avant la fin du film.
  2. En prime, nous avons l’immense Lionel Barrymore (Canterac, une sorte d’exilé fiscal…).
  3. Ce n’est pas encore le cas partout, hélas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jerzy Skolimowski
Le Bateau-phare (The Lightship - Jerzy Skolimowski, 1985)

Le capitaine Miller (Klaus Maria Brandauer) est le maître à bord d’un bateau-phare qui mouille au large des côtes de Norfolk (Virginie). Inlassablement, il empêche les autres navires de venir s’échouer sur les récifs. UN jour, une chaloupe est repérée. A son bord, trois hommes : le docteur Caspary (Robert Duvall) et les frères Waxler, Eugene (William Forsythe) et Eddie (Arliss Howard).

Ces trois hommes sont tout sauf amicaux : ils vont prendre en main le bateau, menaçant tous ses occupants de leurs armes.

C’est cette situation qui va caractériser les retrouvailles de Miller et son fils Alex (Michael Lyndon), qui lui a été remis par la police.

 

Jerzy Skolimowski est alors en exil aux Etats-Unis quand il tourne ce film, après un passage en Grande-Bretagne, et c’est une nouvelle expérience de huis clos qu’il nous propose ici : à partir du moment où Alex (le narrateur) va monter sur le bateau de son père, il n’y aura plus d’autre lieu envisagé. Tout va se dérouler en mer : donc ce ne sera pas un huis clos étouffant, encore que la promiscuité sur un bateau au large est une réalité. Mais pas celle du film.

Par contre, Skolimowski va progressivement mettre en place et développer une tension qui ne va se résoudre qu’une fois les dés jetés et la « prise d’otages » terminée : il est évident qu’une telle situation ne peut pas tourner à l’avantage des trois méchants.

 

Et cette tension est bien sûr nourrie par la rencontre au sommet entre Robert Duvall et Klaus-Maria Brandauer, acteurs la plupart du temps secondaires mais qui montrent ici toute l’étendue de leur talent. D’un côté un homme intègre, victime de ses origines (1), et qui porte un lourd passé pendant le conflit précédent. De l’autre un monsieur portant chapeau blanc (panama) et fine moustache, exhibant une forme d’éducation sophistiquée, mais qui n’est rien d’autre qu’un bandit, assisté de deux abrutis à la gâchette facile.

 

Et au milieu, on trouve donc Alex qui se retrouve tiraillé entre ce père qu’il n’aime pas vraiment et ce faux aristocrate fascinant. Mais cette fascination ne va pas durer : il sait que ces trois hommes ne sont pas ceux qu’il faut suivre. Et si son père n’est pas le héros qu’il aurait pu souhaiter, il ne va tout de même pas basculer vers ces truands. Surtout quand il apprend quel est ce terrible passé que son père porte en lui.

 

ATTENTION : LA SUITE REVELE DES ELEMENTS DE RESOLUTION DE L’INTRIGUE !

 

Et c’est aussi avec cette révélation que le film va basculer du côté américain : Skolimowski introduit cet ingrédient (presque) indispensable qu’est la rédemption. En effet, il y a cette idée de salut qui va poindre et s’imposer, pour le père et pour le fils : celui de l’un amenant celui de l’autre, dans la plus pure tradition hollywoodienne.

Mais sans pour autant quelque dimension pathétique ou larmoyante : c’est en sauvant son fils qu’il va enfin lui montrer qu’il est son père et être accepté comme tel par ce fils si différent (au final pas tant que çà). Mais ce sera sa dernière intervention et il mourra dans les bras de ce fils qu’il aimait.

 

J’oubliais : le jeune Michael Lyndon, dont ce sont les débuts, n’est autre que Michal Skolimowski, le fils de Jerzy.

 

  1. Miller est d’origine allemande ce qui n’a pas dû toujours être un atout une dizaine d’années plus tôt, pendant la seconde guerre mondiale (nous sommes dix ans après).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #M. Night Shyamalan
Incassable (Unbreakable - M. Night Shyamalan, 2000)

Elijah Price (Samuel L. Jackson) a la maladie des os de verre : un léger choc et ses os se cassent. Sa naissance fut un véritable traumatisme, le médecin n’ayant jamais vu ça. Malgré tout, il va grandir et devenir quelqu’un : il dirige la galerie d’art Limited Edition, spécialisée dans les dessins originaux des comics américains, essentiellement ceux des superhéros.

Un jour, il apprend qu’un train a déraillé, faisant un nombre considérable de victimes, sauf une personne : David Dunne (Bruce Willis), ressorti absolument indemne d’un accident fatal pour n’importe qui de normal.

Parce que David est différent : il n’a jamais été malade ni n’a été d’une manière que ce soit blessé. Même dans un accident de voiture qui l’a conduit a cessé son activité sportive (de haut niveau), il n’a jamais rien eu.

Price en est convaincu, il sont connectés lui qui a les os fragiles et David qui est indestructible. Comme les deux faces d’une même pièce. Différent mais tout de même très proches.

 

Alors que la déferlante Marvel (et celle DC Comics) n’a pas encore touché le cinéma américain, M. Night Shyamalan nous propose ici une histoire de superhéros très singulière. Singulière parce que David Dunne, malgré son « super pouvoir » est quelqu’un d’absolument normal : il travaille à la sécurité pour un stade et hormis les deux accidents mentionnés plus haut, rien de bien extraordinaire ne lui est arrivé. Il est marié à la belle Audrey (Robin Wright) et a un fils Joseph (Spencer Treat Clark) avec qui une complicité est en train de se mettre en place. Mais il y a Prince qui remet en cause fondamentalement cette vie – médiocre – bien réglée. IL est clair que sa théorie tient la route, surtout quand on sait comment elle évolue.

 

Mais c’est cet aspect ordinaire du personnage de Dunne qui fait tout l’intérêt du film, faisant évoluer son « héros » du scepticisme à l’engagement, ressentant les différentes personnes qu’il côtoie et surtout qui entrent en contact avec lui. Un simple effleurement et David lit dans leur vie – criminelle – passée ce que chacun essaie (toujours) de dissimuler. C’est bien pratique pour identifier un criminel. Mais comme David n’est aucunement un policier, cela reste au niveau justicier, sans réel pouvoir légal ni légitime. Et Night Shyamalan se cantonne à cet aspect spectateur de son personnage, ne lui laissant jamais se mesurer aux « méchants » qu’il a pu (res)sentir pendant ses expériences.

 

Nous sommes très loin d’un Batman ou d’un Superman avec David : il n’intervient qu’une fois le forfait accompli, sauvant ce qui peut encore l’être, mais à aucun moment il ne va prendre l’initiative contre un quelconque méchant plus ou moins patenté. Alors, malgré la présence de Bruce Willis, aucune séquence choc plus ou moins violente : seulement des personnages en quête de leur bonheur – surtout David avec ses histoires familiales – et qui essaient de donner un sens à leur vie – surtout Price.

 

Un univers de superhéros quasiment ordinaires. Ca change.

Enfin, ça changeait : c’était il y a plus de vingt ans…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Clint Eastwood
Gran Torino (Clint Eastwood, 2008)

Walter «  Walt » Kowalski (Clint Eastwood) est un vieil homme qui vient de perdre sa femme. Seul, il l’est d’autant plus que son quartier est de plus en plus fréquenté par les Hmongs, une peuplade d’Asie. Et ça, pour Walt, c’est assez insupportable : jeune, il a participé à la Guerre de Corée, avec les souvenirs qu’il en a gardés et qui le hantent depuis.

Mais quand une bande de jeunes voyous commencent à embêter ses voisins, il ne réfléchit pas longtemps et passe à l’action.

Dès lors, ce sera à la vie et à la mort entre ses nouveaux amis et lui : à leur vie et à sa mort.

 

La première vision qu’on a de Walter n’est certainement pas à son avantage. Et comme le remarque sa belle-fille Karen (Geraldine Hughes), il aurait pu faire un effort pour la mort de sa femme. Mais comme beaucoup de personnages de Clint Eastwood, Walt est un homme entier. Il ne fait pas toujours dans la discrétion ni la subtilité, mais reste malgré tout un personnage encore une fois très attachant. Mais ce n’était pas gagné.
On retrouve quelques ingrédients « déjà vus » et qui reviennent fréquemment chez ses personnages : Walt est raciste et réactionnaire et vit dans le passé. Il y a une part de Tom Highway (Heartbreak Ridge) dans cet homme qui ne vit que par le conflit qu’il a enduré près de soixante ans plus tôt ; mais aussi il annonce Earl Stone (The Mule) dans sa vie solitaire. On se demande même comment pouvait bien se passer la vie pour cette épouse qu’il vient d’enterrer aux côtés d’un tel personnage.

 

Et encore une fois, avec la famille, ce n’est pas vraiment ça. Et la réplique qui résume le mieux sa vie, il la prononce alors qu’il a été invité par sa voisine Sue (Abney Her) à manger chez elle : « j’ai plus de choses en commun avec ces niakoués (1) qu’avec ma propre famille de gâtés. »

Et bien, sûr, encore une fois, il va essayer de rattraper ce qu’il a fait ou ce qu’il n’a pas fait. Parce que, vous deviez vous en douter, la rédemption est là ! L’emménagement de ces Hmongs près de chez lui est de prime abord – et surtout pour lui – une mauvaise chose : il habite ici depuis toujours, dans un quartier catholique dominé par des Américains d’origine polonaise. Mais la vie a fait que tous ceux qu’il a connus ont déménagé ou sont morts et que son quartier a perdu de sa valeur, devenant un lieu d’accueil pour des gens moins fortunés : la maison habitée par les Lor est en piteux état et les appareils ménagers sont en fin de vie.

Et du fait de son passé (auquel il se réfère à tout bout de champ), cet emménagement est tout de même une bonne chose : il va pouvoir, à travers ses nouveaux voisins, se racheter.


Et ce rachat prend deux aspects : dans un premier temps, il va apprendre à connaître ses voisins et à les apprécier, ce qui amènera la réplique susmentionnée. Mais cela ne s’arrêtera pas là : c’est aussi pour eux qu’il va entreprendre la véritable démarche de rédemption, mettant ses affaires en ordre avant la confrontation finale avec le gang. Parce qu’il ne fait aucun doute qu’il ne reviendra pas de cette confrontation inévitable.

Et cette dernière rencontre a un côté duel final de western, quand le héros s’en va nettoyer la ville de ses desperados : seul devant les voyous, il prend la dernière cigarette avant l’explication finale.

Et si l’issue n’a rien à voir avec la trilogie de l’Homme sans nom, Eastwood nous gratifie tout de même du héros qui s’en va vers le soleil couchant (ou presque). Sauf que ce n’est pas celui qui était attendu. Et il n’est pas à cheval.

Il conduit une Ford Gran Torino 1972.

 

  1. « I got more in common with these gooks than I do my own spoilt family. » J’avais annoncé qu’il était raciste.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Nicholas Ray
La Fureur de vivre (Rebel without a Cause - Nicholas Ray, 1955)

Quand le film est présenté à New York, le 26 octobre 1955, James Dean est mort depuis presque un mois (30 septembre), tué dans un accident d’automobile. Cette mort va évidemment se rappeler au souvenir des spectateurs quand Jim Stark (James Dean, donc) et Buzz Gunderson (Corey Allen) s’élanceront vers la falaise, dans la très célèbre séquence de chickie-run qui verra la mort du même Buzz, incapable de sortir de la voiture.

Six mois après avoir été Trask, il est donc Stark (notez l’anagramme), le rôle qui le propulsera définitivement au firmament, faisant de lui un modèle pour de nombreuses générations de jeunes gens, tous se retrouvant dans ce personnage (encore une fois) tourmenté.

Mais reprenons.

 

Jim vient d’arriver à Los Angeles après de nombreux déménagements. Son père (Jim Backus) et sa mère (Ann Doran) espèrent que ce sera la dernière fois. Mais dès le premier jour d’école, il rencontre Buzz Gunderson avec qui il va se mesurer.

Mais il rencontre aussi deux autres jeunes gens : Judy  (Natalie Wood) et John « Plato » Crawford, aussi perdus et révoltés que lui.

Après la mort de Buzz, ils se retrouvent tous les trois dans une villa abandonnée ; seuls au monde. Libres. Heureux.

Mais pas longtemps.

 

Encore une fois, on peut se fâcher contre le(s) traducteur(s) : de « rebelle sans cause (1) » on passe à cette fureur de vivre. Or je ne suis pas beaucoup convaincu que ces différents personnages tiennent furieusement à la vie. Mais une chose est sûre : le titre français est tout de même beaucoup plus accrocheur.

Parce que ce qui semble plus attirer ces jeunes personnes, c’est plutôt la destruction, et bien sûr, la mort.

Et le trio vedette nous est présenté ainsi :

  • Jim (celui qu’on voit le premier) est ivre sur la voie publique, réconfortant un singe mécanique à cymbales ;
  • Plato a été arrêté pour avoir tué des chiots à coups de pistolet (celui dans le tiroir de la chambre de sa mère) ;
  • Judy est là pour vagabondage après avoir quitté sa maison, portant un grand manteau rouge (2).

Mais c’est surtout avec le rencontre (confrontation) de Buzz que l’intrigue se précise : il y aura un duel entre ces deux garçons. Le duel commence au couteau mais se termine au bord de la falaise (pour l’un)  et en bas (pour l’autre). Et cette course (ô combien stupide) est précédée par un court échange entre ces deux « ennemis » qui au final ne le sont pas : à l’écart des autres, ils échangent amicalement, et Buzz reconnaît même que Jim est sympathique. Mais sa dernière intervention scelle définitivement le destin mortifère de leur relation : alors que Jim lui demande pour faire ce défi stupide, il lui répond qu’il faut bien faire quelque chose.

Et mourir semble donc une de ces choses à faire.

Cette dernière assertion est surtout confirmée par l’attitude de Judy après la mort de Buzz, son petit ami jusqu’alors. Pas une seule fois elle ne pleure la disparition du jeune garçon, ni ne semble regretter sa disparition. Au contraire, elle part avec celui qui survit, espérant une nouvelle fois un peu de bonheur dans cette vie compliquée.

 

Et c’est justement cette vie compliquée qui fait tout le sel du film. Et les trois interprètes (entre autres) jouent avec justesse cette adolescence en constante opposition au monde des adultes, ne comprenant plus les changements qui se sont opérés : sur eux tout d’abord qui ont grandi et ont vu des modifications morphologiques importantes, et aussi sur l’attitude des adultes – leurs parents – par rapport à eux. Jim se rend compte et dénonce l’ascendant de sa mère sur son père, pendant que Judy regrette que son père (William Hopper) ne lui fasse plus un baiser quand il rentre. Quant à Plato, la seule adulte qui vit avec lui est une servante (Marietta Canty).

 

Et Nicholas Ray réussit surtout à brosser un tableau de l’adolescence qui, si elle se situe ici au cœur des années 1950, reste universelle. De tout temps (surtout depuis le XXème siècle) les adolescents ont eu du mal à se situer dans la société, regardant sans cesse vers le haut – devenir « grands », le monde des adultes – et vers le bas – l’enfance, l’innocence et l’absence de responsabilités. Et la séquence qui voit le trio investir la maison abandonnée en est une très belle illustration : arrivés là Jim & Judy se prêtent à imiter les adultes qui visitent une maison en vue de l’habiter, sous la conduite de Plato, agent immobilier, avant de jouer comme seuls savent jouer des enfants autour de la piscine (vide). Pour ensuite se retrouver tous les trois autour d’un divan, composant alors leur famille idéale, celle qu’on se choisit : Judy & Jim les parents, et Plato leur enfant.

Bien sûr, le jeu des trois interprètes est d’une très grande justesse, avec une mention spéciale pour James Dean qui, lui, a déjà passé la vingtaine quand les deux autres sont de l’âge de leur personnage.

 

Un mot (3) encore sur les différents aspects techniques du film : le jeu des éclairages est d’une grande importance, ainsi que certains cadrages qui accompagnent avec beaucoup de justesse (encore une fois) l’intrigue : à certains moments de déséquilibre, la caméra se penche, accentuant le moment tragique (évidemment) qui arrive.

Je terminerai enfin par la prémonition du film, celle qu’on recherche toujours un peu dans cette tragédie annoncée. Après la séance au planétarium, Plato, impressionné demande à Jim si la fin du monde aura lieu la nuit. Il répond alors qu’elle se déroulera à l’aube.

Et quand Plato est emmené par les ambulanciers après avoir été abattu par un policier, l’aube se lève : c’est sa fin du monde.

 

  1. Motif, motivation.
  2. D’où une confusion des policiers, personnages peu enclins à l’imagination…
  3. Rapide, rassurez-vous.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #Drame, #Irvin Willat
Sublime Infamie (Behind the Door - Irvin Willat, 1919)

Le capitaine Krug (Hobart Bosworth) a quitté la mer pour s’installer comme taxidermiste à Bartlett (Maine). Pourquoi ? Il est amoureux de la belle Alice Morse (Jane Novak), la fille du potentat local (J.P. Lockney), banquier de son état. Ce dernier refuse cette union et va profiter d’un élément important pour se débarrasser de cet homme encombrant : la déclaration de guerre (nous sommes en 1917).

En effet, Krug étant un nom allemand, les habitants de Bartlett ont rapidement effectué le raccourci que Krug est un Hun et qu’il faut s’en débarrasser.

Mais la bravoure de Krug, une fois démontrée, empêche un lynchage en règle et ce dernier, accompagné d’autres, va partir combattre les « vrais » Allemands.

 

Encore une fois, les traducteurs français se sont surpassés ! Au-delà de la dichotomie, c’est l’aspect racoleur que je réprouve : le titre original (Derrière la Porte) donnait une dimension mystérieuse autant que prémonitoire à cet accessoire indispensable. Parce que des portes, il y en a dans ce superbe film d’Irvin Willat.

  • celle qui protège Krug de ces concitoyens en colère ;
  • celle qui voit Alice pénétrer dans son atelier ;
  • celle qui cache cette dernière dans le bâtiment militaire ;
  • celle que referme l’infâme commandant de sous-marin allemand (Wallace Beery), abandonnant Krug à un sort cruel…

J’arrête là cette énumération exhaustive sans toutefois oublier celle qui donne son titre (original et français) au film, sommet de l’horreur (1) cinématographique en 1919 !

 

La date de sortie du film a son importance parce que Willat situe son film dans le futur : nous sommes en 1925. Il s’agit donc d’un grand flash-back où nous comprenons pourquoi son retour : six ans se sont écoulés (dans le film comme dans la vraie vie) et la boutique de taxidermie est devenue la cible des jets de pierres des enfants. Bien sûr, c’est cette « sublime infamie » qui est la cause de cette déchéance.

Et si le date annoncée en ouverture paraissait étonnante pour un film de 19, la résolution de l’intrigue (ce qui est derrière la porte) nous explique pourquoi Krug revient « seulement » de la guerre à cette date tardive, de même que le dialogue (muet, cela va de soi, mais sans intertitre explicatif) avec les enfants qui vont malgré sa présence casser un des rares carreaux encore fixé.

 

Avec ce film, Irvin Willat – réalisateur oublié aujourd’hui – nous démontre qu’il savait faire des films et celui-ci possède de véritables atouts esthétiques dignes des plus grands maîtres du cinéma. Les différentes prises de vue de Blount & Taylor sont admirables, soulignées par une utilisation pertinente de la lumière (et donc de l’ombre) : la résolution de cette infamie sera d’ailleurs la projection d’une ombre sur cette ultime porte, la suggestion amenée par l’intertitre suivant faisant le reste. On notera aussi le très bel éclairage qui accompagne le retour de Krug dans son atelier, accentué par la teinte donnée à la pellicule qui baigne les différentes séquences du film.

 

Et si le film est superbe, c’est aussi grâce à sa distribution et surtout l’interprétation impeccable d’Hobart Bosworth. Son regard clair est exploité avec beaucoup de pertinence : alternant la douceur et la dureté, il rend ce personnage plus complexe que prévu. Et la confrontation avec Wallace Beery le voit modifier sans cesse ce regard, passant de la bienveillance à la colère avec beaucoup de bonheur, sans tomber dans l’excès, accentué par des plans de coupe qui trahissent les véritables sentiments que lui inspire le véritable personnage infâme du film.

 

Un film à (re)découvrir : une de ces pépites dont le cinéma muet – un tantinet méprisé parce que muet (2) – est riche, démontrant – une fois de plus – qu’il ne se réduisait pas à des coups de pied au derrière et/ou des tartes à la crème (3).

 

 

  1. Suggérée, bien sûr !
  2. Et en plus, c’est en noir et blanc !
  3. Cela ne m’empêche pas de bien aimer aussi cet aspect burlesque. Rappel : « Un coup de pied, quand il est bien donné, peut faire rire le monde entier » (Jacques Prévert).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #John Huston, #Marlon Brando
Reflets dans un Œil d'or (Reflections in a golden Eye - John Huston, 1967)

« Il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis. » (Carson McCullers)

Cette phrase qui ouvre (et ferme) le film annonce bien sûr la résolution : il y aura un mort avant la fin. Reste à savoir qui. On en a bien une idée, mais il faudra attendre le dernier moment pour qu’elle soit – ou non – confirmée.

Sur une base militaire du Sud des Etats-Unis, le major Penderton (Marlon Brando) et son épouse Leonora (Liz Taylor) vivent une vie tranquille à l’écart des soldats. Lui, homosexuel inassumé apprécie le contact viril de ses hommes, même si on ressent comme une dose de sadisme quand il les reprend.
Elle, insatisfaite, trouve du plaisir auprès de son voisin Langdon (Brian Keith) avec qui elle fait de longues chevauchées dans la campagne environnante (et pas que).

Et à observer tout ce petit monde, le soldat Williams (Robert Forster), attiré par Leonora, attirant pour Penderton.

 

La phrase initiale est donc le moteur de cette intrigue particulière où les apparences sont évidemment trompeuses. Personne n’est normal dans cette histoire : entre la sexualité refoulée de Penderton et celle totalement épanouie (et adultère) de sa femme, les visions de celle de Langdon (Julie Harris) et leur serviteur ambigu Anacleto (Zorro David), un sentiment de malaise se met à sourdre et à augmenter au fur et à mesure que l’intrigue se développe et que le meurtre annoncé approche.

Et Huston, par l’intermédiaire de la caméra d’Aldo Tonti (et celle d’Oswald Morris) va se positionner au plus près de cette folie, et surtout de ce qui devrait mieux la figurer : l’œil.

 

Les yeux sont primordiaux tout au long de cette histoire plutôt sordide, étouffante comme la période qui annonce l’orage : cet orage va d’ailleurs éclater, accentuant le paroxysme de la folie finale.

Ce sont les yeux de Williams surtout que nous suivons, témoin dans l’ombre des rapports ambigus entre Penderton et sa femme.

Mais ce sont aussi ceux d’Alice (Julie Harris est magnifique dans ce rôle), hallucinés (les yeux) ou hallucinée (elle-même), qui se demande si Williams est vraiment là, à regarder ou pénétrer chez les Penderton.

 

C’est d’ailleurs Alice le personnage le plus complexe de cette histoire. C’est la folle de service, l’hallucinée que son mari doit supporter – surtout après la mort de leur petite fille renversée par une voiture – et qu’il fuit dans les bras de Leonora. Mais Alice, malgré cela et surtout les apparences – quand elle annonce à Penderton que sa femme le trompe avec son mari – est peut-être le personnage le plus sain de l’intrigue : perdue dans son chagrin entretenu par Anacleto (récit du rêve), elle voit ce qu’il se passe réellement mais comme tout le reste est fou, ses visions deviennent – pour elle-même – une nouvelle preuve de sa folie apparente.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, le meurtre annoncé va faire sombrer le film définitivement dans la folie, illustrée par les derniers cadrages allant du meurtrier à la victime et au témoin (1) et revenant vers l’un ou l’autre jusqu’au fondu au noir final.

A nouveau Huston s’intéresse à un microcosme de personnages singuliers, six ans après Les Désaxés (2) qui montrait des inadaptés au monde moderne. Ici, les personnages semblent adaptés à leur monde, mais c’est leur esprit qui est détraqué, ou peut-on dire, désaxé.

 

  1. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous dire qui a tué qui. Ce n’est pas une enquête policière, mais on peut laisser une part de mystère.
  2. C’est Montgomery Clift qui aurait dû interpréter Penderton. Il mourut peu avant le tournage. Et puisqu’on en est aux morts : Carson McCullers décéda moins de deux semaines avant la première.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pedro Almodovar
Matador (Pedro Almodovar, 1986)

Le matador, c’est Diego Montez (Nacho Martinez), ancienne gloire des arènes, malheureusement (pour lui) encorné et infirme, seulement capable maintenant de dispenser des cours de tauromachie à de jeunes élèves. Parmi eux, Ángel Gimenez (Antonio Banderas), qui l’admire par-dessus tout. Il va même jusqu’à violer Eva (Eva Cobo), la petite amie de Diego, un soir d’orage.

Angel ne supporte pas ce qu’il a fait et va se dénoncer à la police. Il va alors tout avouer : le viol, mais aussi les assassinats d’anciens élèves de Diego : deux hommes et deux femmes. Emprisonné, il est défendu par Maria Cardenal (Assumpta Serna). Elle ne peut qu’être convaincue de l’innocence de son client : c’est elle qui a tué les deux jeunes hommes.

Quant aux deux femmes…

 

Tout commence par un homme qui se masturbe. Devant des images alliant le sexe à la violence. Le ton est donné : il en sera de même pendant tout le film. La violence et le sexe vont se mêler intimement pendant les 110 minutes que dure le film, avec un sens de l’esthétisme assez particulier qu’on retrouve toujours chez Almodovar. Et encore une fois, les femmes y ont un rôle prédominant, surtout bien sûr Maria Cardenal.

Mais elle n’est pas la seule femme forte du film : les deux mères (1) qu’on y croise – celle d’Ángel (Julieta Serrano) et celle d’Eva (Chus Lampreave) – ont-elles aussi, chacune à sa façon une grande force de caractère.

D’un côté on trouve une mère (très) religieuse – Berta –, n’hésitant pas à porter le cilice. Une mère castratrice pour ce pauvre Ángel, qui peut aussi expliquer le viol lamentable annoncé.  De l’autre, Pilar, en remontre aux policiers venus interroger sa fille, et continue jusqu’au commissariat où la jeune femme est confrontée à son violeur.

 

Et tout cela avec pour toile de fond la tauromachie : le rapport entre l’acte sexuel et l’acte meurtrier du matador prenant toute sa dimension dans cette intrigue sanglante. Et le rouge est omniprésent alors que l’intrigue s’enfonce de plus vers son issue fatale. Les lèvres, tout d’abord, rehaussés de rouge à lèvre qui n’aura jamais aussi bien porté son nom : c’est grâce à lui que Maria met en évidence là où aura lieu l’estocade sur son partenaire occasionnel. Doit-on voir dans la marque qu’il faut atteindre une réminiscence du vêtement de Siegfried ? Almodovar aimant tellement les références cinématographiques…

D’ailleurs, une autre référence s’expose franchement quand Maria et Diego (qui l’a suivie) se retrouvent au cinéma : Duel au Soleil. L’extrait proposé voit Luke et Pearl traqués jusqu’à la mort, séquence prémonitoire du propre sort de ce couple bien singulier. Déjà, là, le rouge était la couleur prédominante.

 

Bref, un film hallucinant et un tantinet halluciné, surtout le personnage d’Ángel, révélant le jeune Antonio Banderas qui fera un bout de chemin avec Almodovar (2). Son rôle de voyeur plus ou moins conscient – il zyeute sa voisine (Eva) avant de tenter de la violer et a des apparitions concernant les différents meurtres commis, ceux dont il s’accuse – donne au film une dimension particulière, amenant même un certain malaise chez le spectateur.
Alors ce n’est peut-être pas son meilleur film (personnellement, je préfère Tacones Lejanos), mais on y trouve cet univers visuel et moral, qu’il développera dans ses films suivants.

 

  1. Et la mère, chez Almodovar n’est jamais un petit rôle.
  2. Il était déjà présent dans Laberinto de pasiones quatre ans plus tôt.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Ernst Lubitsch
Les Yeux de la momie (Die Augen der Mumie Ma - Ernst Lubitsch, 1918)

Le Caire, 191…

Les riches Européens visitent les hauts lieux somptueux des pharaons. Un site parmi eux intrigue particulièrement : la tombe de la reine Ma. On dit que les yeux de la momie sont vivants : un homme en est revenu la raison irrémédiablement détraquée.

Le jeune artiste Albert Wendland (Harry Liedtke) se rend sur place et découvre la supercherie: c’est l’infâme Radu (Emil Jannings) qui exploite la jeune femme Ma (Pola Negri), la faisant passer pour une momie.

Wendland délivre la jeune femme et l’emmène en Europe. Radu, moribond, est secouru par le prince Hohenfels (Max Laurence), et le prend à son service, en Europe lui aussi. Dans la même ville que Wendland.

Mais Radu a juré qu’il tuerait Ma qui l’a trahi.

 

Rendez-vous compte : Lubitsch, Jannings & Negri sur une même affiche. Sauf que Lubitsch n’est pas encore Lubitsch (1), bien que Jannings est déjà celui que nous apprécions, même s’il a une certaine tendance (voire une tendance certaine) à en faire un peu trop. Mais on ne peut pas lui en vouloir, on concevait le cinéma un peu comme ça à l’époque.

Autre signe des temps : la part exotique de l’intrigue qui se passe en Egypte. Une Egypte de studio, cela va sans dire.

 

Certes, ce n’est pas du grand Lubitsch qui nous est proposé ici, et si Jannings est déjà un méchant patenté et formidable, on ne peut que voir les défauts de cette production : le maquillage noir (2) de Jannings s’arrête aux bord des épaules et aux poignets, révélant ses jambes blanches ; la dague de ce même Radu est frappée d’ubiquité…

Et je ne parle pas d’Osiris !

 

Mais malgré tout, on a plaisir à regarder cette histoire aussi noire que l’âme de Radu, même si elle ne se termine pas comme on aurait pu le croire : Lubitsch n’a pas encore été appelé à Hollywood, ni Jannings d’ailleurs. Mais le potentiel est là chez ces deux grands, et ce malgré le bricolage ambiant. Surtout que le titre (qui lui n’a pas été bricolé à la traduction) nous promettait une intrigue plus mystérieuse voire d’épouvante…

Mais non.

Il faudra attendre Karl Freund (encore un Allemand) pour savourer toute la dimension maléfique de la momie.

 

  1. Ce prince de la comédie que nous connaissons aussi pour sa fameuse « touche » (« the Lubitsch touch »).
  2. Radu est un personnage noir au propre comme au figuré

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