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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

fantastique

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #George Miller
Trois mille Ans à t'attendre (Three thousand Years of longing - George Miller, 2022)

Alithea (Tilda Swinton) est narratologue depuis de nombreuses : elle étudie spécialement les contes, qu’ils soient de fées, des Mille et une Nuits ou d’ailleurs. En déplacement à Istanbul pour une conférence, elle achète un flacon rayé qui semble l’interpeller.

Et ce flacon renferme un occupant fort singulier : un djinn (Idris Elba).

Et comme toujours dans ces cas-là, il lui propose trois vœux, faute de quoi, il retournera inévitablement dans sa prison, jusqu’à une prochaine tentative…

Bien entendu, trois vœux à exaucer, c’(est très tentant. Mais quand on est une spécialiste des contes, la circonspection est de mise.

S’ensuit alors un drôle de huis clos, entrecoupé de l’histoire de ce djinn, commencée voilà près de trois mille ans…

 

George Miller est un cinéaste à part, dans la su(pe)r production cinématographique. En effet, en quarante-cinq ans d’activités, il n’a réalisé que 11 longs métrages (1), dominés par sa saga fétiche (?), Mad Max (cinq films !).

Déjà à la fin des années 1990 et dans la décennie suivante (et même 2011), on le découvrait dans des films animaliers fort éloignés de la violence déchaînée du monde de Max Rockatansky). Et entre les deux derniers opus de cette saga, il nous propose encore une perle à contre-courant de ses habitudes. On imagine très bien John Cleese dans le Monty Python ‘s Flying Circus présenter le film lors de la première comme il l’a fait de nombreuses fois dans l’émission (culte) : « Et maintenant quelque chose de complètement différent. » (2)

 

Nous voici donc plongé dans un univers duel, celui de la réalité et celui du merveilleux mais avec un lien tangible quoique fort discutable en tant que tel : le djinn. En effet, c’est le personnage qu’on qualifie d’office d’imaginaire qui va relier son monde à celui d’Alithea (le nôtre, quoi) pour arriver à ses fins : sa libération.

Et quel monde. Miller nous plonge totalement dans l’univers de ce qui ressemble aux Mille et une Nuits avec ravissement, tout en maintenant une dose de vraisemblance, utilisant des personnages (plus ou moins) réels, de la Reine de Saba (Aamito Lagum, magnifique…) et son roi Salomon (Nicolas Mouawad) à Soliman le Magnifique (Lachy Hulme) et son fils Mustafa (Matteo Bocelli). Parce que ce djinn improbable a eu – et a donc toujours – une réalité dans notre monde : Mustafa a bel et bien été étranglé par une corde à arc !

 

Et au-delà des liens – ténus – entre la réalité et la fiction (3), c’est la présentation de ces deux mondes qui nous importe (nous emporte ?) le plus et nous enchante. Le monde d’Alithea nous est on ne peut plus familier, alors quand des djinns (il y en a deux autres) surviennent, ils se démarquent totalement, nimbés ou non d’un halo d’étrangeté (dans la salle de conférence surtout).

Par contre, le monde du djinn est par essence merveilleux et dès la première évocation, on voit (et ressent) tout de suite la différence d’avec notre réalité. Outre l’aura qui entoure ce même djinn, c’est la qualité de l’image qui nous transporte. A l’instar de The Fall de Tersam Singh (2006), les images qui nous sont proposées ont une qualité supérieure, accentuant l’aspect merveilleux de cet univers qu’on qualifierait aujourd’hui de « réalité augmentée ».

 

Et puis il y a le duo vedette, impressionnant de professionnalisme et donc de justesse. Tilda Swinton est, comme toujours, formidable, et Idris Elba joue à son (haut) niveau, donnant une dimension surréaliste à ce huis clos particulier. Parce que seule leur dernière séquence se déroule en extérieur, une fois que l’intrigue est réalisée, une sorte d’épilogue comme on en trouve à la fin des contes : « ils vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours », a-t-on l’habitude de lire, et si le film ne va pas jusque là, il ne l’interdit pas…

Et ce qui est le plus fantastique (dans tous les sens du terme, bien évidemment), c’est cette espèce de contradiction entre l’aspect merveilleux du djinn et le pragmatisme de la narratologue. Alithea, au contraire des victimes (4) précédentes, est toujours consciente de la gravité de ce triple choix, reculant jusqu’à l’extrême limite le moment où elle dira « je souhaite… » (“I wish”…).

Et malgré tout, c’est cette personne rationnelle qui va résoudre l’intrigue, amenant la transfiguration (merci Vladimir Propp) du génie et le libérer définitivement…

 

PS : J’ai utilisé le terme surréaliste à dessein à propos de ce huis clos. En effet, tout comme le mouvement issu du dadaïsme, c’est essentiellement d’amour (fou ?) et de rêves qu’il est constitué.

 

  1. Complets : il a participé à La quatrième Dimension en 1983) pour un segment.
  2. “And now for something completely different.”
  3. D’autant plus ténus que nous sommes au cinéma où, nous le savons bien, la réalité est celle du film et rien d’autre : tout est possible !
  4. Qu’elles l’aient voulu ou non, les personnes à qui on a donné le pouvoir des trois vœux en ont été leur propre victime !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Fantastique, #Michel Hazanavicius
Le Prince oublié (Michel Hazanavicius, 2020)

Raté (?)…

Au bout de quatre semaines et avec un peu plus de 900.000 entrées (921.200), le film est retiré des salles le 10 mars 2020. De toute façon, une semaine après, plus personne ne serait allé le voir, COVID oblige…

Certes, Michel Hazanavicius a fait de meilleurs films, mais il y a dans celui un charme particulier qui aurait mérité un meilleur accueil.

 

Djibi (Omar Sy) a perdu sa femme (Eye Haïdara) et vit avec sa petite fille (Keyla Fala puis Sarah Gaye). Avant qu’elle s’endorme, il lui raconte toujours une histoire : celle d’un prince (Omar Sy) qui combat sempiternellement l’infâme Pritprout (François Damiens) pour délivrer la Princesse Sofia. Mais Sofia grandit, et les histoires merveilleuses de prince la lassent : elle en a rencontré un vrai au collège, Max (Néotis Ronzon). L’ancien prince commence peu à peu à être oublié, relégué tout d’abord en seconde zone avant l’étape ultime : les oubliettes.

 

Bien entendu, Bérénice Bejo est là, mais pour une fois, elle n’interprète pas le personnage féminin principal : c’est bien Sofia qui attire toute l’attention, et autour de laquelle se développe l’intrigue. Et évidemment, le prince Djibi est son pendant masculin.

Et Hazanavicius développe un univers enfantin très réussi : celui d’un immense studio de cinéma dans lequel évoluent les personnages colorés des rêves. Normal, les rêves, c’est le cinéma du sommeil. On y rencontre des personnages mais aussi des régisseurs qui convoquent les protagonistes d’une nouvelle histoire, gardée par deux immenses portes farouchement gardées. Jusqu’à un régisseur lumière qui va allumer ce monde étonnant en levant levier (bien sûr !).

 

Mais, et c’est certainement là où le bât blesse, si on s’amuse de ce monde plus ou moins original, on a du mal à se situer dans cette confusion des mondes : le merveilleux et le réaliste ne font pas toujours bon ménage. Et encore une fois, une bonne intention n’est pas une raison suffisante pour un bon film.

Alors on suit avec (quand même) un certain plaisir cette histoire singulière, mais on a tout de même du mal à y croire. Et même Pritprout, le Méchant estampillé, ne l’est pas vraiment puisqu’on arrive à une entraide avec le Prince. Et c'est toujours très difficile de détester François Damiens !

 

Dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Desmond Davis, #Ray Harryhausen
Le Choc des titans (Clash of the Titans - Desmond Davis, 1981)

Avec Le Choc des titans, c’est un grand nom du cinéma qui met fin à une carrière spectaculaire : Ray(mond) Frederick Harryhausen. Et avec ce film, c’est un peu un retour aux sources qu’il effectue, créant une dernière fois des effets spéciaux en « stop motion » pour un sujet touchant à la mythologie grecque.

On se souvient bien sûr de Jason et les Argonautes e le combat contre les squelettes, alors bien entendu, on ne peut qu’y penser ici : à nouveau des dieux et des hommes  évoluent dans un univers merveilleux où la place des premiers est en train de vaciller, comme le prédit Zeus (Laurence Olivier).

 

Persée (Harry Hamlin) est envoyé malgré lui dans le royaume de Joppa par la déesse Thétis (Maggie Smith), en réponse à al malédiction lancée par ce même Zeus contre son propre fils, Calibos (Neil McCarthy). Il y rencontre alors la (très) belle Andromède (Judi Bowker), alors victime d’une malédiction prononcée par ce même Calibos.

Heureusement, le beau Persée va vaincre la malédiction. Mais ce serait trop facile : Andromède est alors promise au Kraken, dernier Titan épargné par les dieux lors de leur combat ancestral (1).

Le seul moyen de vaincre ce terrible monstre : le regard pétrifiant de la gorgone Méduse. Mais pour cela, il faudra affronter une série de redoutables adversaires et éviter un tête-à-tête prolongé avec cette (ex-) charmante femme.

Là encore, Persée sortira vainqueur. (2).

 

Bien sûr, c’est avant tout pour et par les effets spéciaux de Harryhausen que ce film conserve un statut particulier. Nous replongeons dans le monde de ces séries B américaines où les prouesses techniques palliaient le manque de stars reconnues. Et on n’est( (presque) pas déçu !Enfin, un petit peu maintenant que les effets spéciaux ont fait un bond gigantesque avec l’arrivée du numérique.

Mais déjà quand sort le film, on peut remarquer que le produit s’essouffle : si les créatures mythologiques sont impressionnantes, leur incrustation dans la pellicule n’est pas toujours phénoménale. De même que certaines surimpressions qui laissent franchement à désirer : la libération du Kraken par Poséidon( Jack Gwillim) en est une belle illustration. Si la présentation de ce dernier qui observe avec inquiétude le monstre sortir est très bien rendue, on ne p)eut pas en dire de même pour le plan d’ensemble qui le voit (Poséidon) manier le levier d’ouverture de la grille :non seulement elle se détache trop du plan sous-marin, mais en plus elle n’est pas stable !

 

Par contre, les différentes séquences qui concernent le travail de Harryhausen sont toujours aussi impressionnantes : le combat contre les scorpions géants ou encore contre Méduse sont superbes, et Desmond Davis y ajoute ce qu’il faut de tension pour nous faire oublier les – quelques – approximations techniques sus mentionnées.

Et puis le méchant – indispensable – est franchement réussi : l’aspect difforme de Calibos rehaussé par son maquillage est absolument terrifiant et engendre naturellement l’aversion.

Quant au duo vedette, même près de 45 ans après, je trouve que Judi Bowker est l’une des plus belles interprètes que j’ai pu voir au cinéma.

 

Je terminerai en revenant sur la disparition programmée des dieux antiques évoquée par Zeus lui-même. Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est ce choix délibéré pour interpréter ces entités supérieures imaginaires. Alors que Laurence Olivier et Jack Gwillim ont déjà passé les soixante-dix printemps, la moyenne d’âge des autres immortels reste tout de même élevée si on excepte Susan Fleetwood (Athéna) qui a presque 37 ans quand sort le film : Claire Bloom (Héra), 50 ans ; Maggie Smith, 47 ; Pat Roach (Héphaïstos), pareil ; et Ursula « Honey » Andress (Vénus) 45 ans.

Bref, les dieux ont vieilli, alors pas étonnant qu’ils sont appelés à disparaître…

 

  1. Voir n’importe quel ouvrage sur la mythologie grecque.
  2. Oui, je sais, je raconte la fin. Mais encore une fois, pas besoin d’être grand druide pour s’en douter. De plus, la référence précédente (1) vous le confirmera…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Terry Gilliam
L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Doctor Parnassus - Terry Gilliam, 2009)

Le docteur Parnassus (Christopher Plummer) est un vieil homme (mille ans, paraît-il) qui parcourt l’Angleterre avec son show ambulant : l’Imaginarium. Des décors des personnages intrigants et un miroir qui s’ouvre. Où ? Vers sa propre imagination, stimulée par le docteur, un ancien moine, gardien des histoires.

IL déambule avec Valentina (Lily Cole) sa fille, Percy (Verne « Mini Me » Troyer) un nain et Anton (Andrew Garfield), ce dernier assurant le boniment. Un soir, ils décrochent un pendu sous un pont. C’est un amnésique qui s’appelle en fait Tony (Heath Ledger).

L’apparition de ce personnage énigmatique coïncide avec les 16 ans de Valentina : à cette date, Mr. Nick (Tom Waits) - le diable – viendra réclamer la jeune fille (femme ?), seule condition d’un pacte passé avec Parnassus.

 

Comme il le présente au début, Terry Gilliam signe ici un film synthèse de tout son travail, retrouvant pour l’occasion son vieux complice Charles McKeown (qui peut être reconnu parmi les spectateurs si on est très attentif). Bien sûr, on y retrouve l’atmosphère onirique qui baigne tous ses films, mais avec une utilisation des effets numériques qui les rend encore plus extraordinaires. Les différentes séquences qui se passent à travers le miroir sont de magnifiques compromis entre le numérique et le réel, empreints du style pictural du réalisateur qu’on avait découvert avec Monty Python’s Flying Circus : beaucoup de couleurs et de rondeurs.

Mais on y retrouve aussi certains éléments de films comme Les Aventures du Baron de Munchausen surtout pour ces mêmes décors et les costumes. Le personnage de Valentina, sur certains points rappelle même Uma Thurman : sa composition dénudée (1) rappelle l’apparition de Vénus et ses cheveux, là encore cachent ses appas. Et ce n’est Vénus que nous voyons mais un autre femme tout aussi mythique : Eve (il y a une pomme juste devant elle. Voir ci-dessous).

 

Et Parnassus lui-même n’est pas très éloigné de Munchausen: tous les deux proposent à leur auditoire un spectacle extraordinaire qui va modifier le monde qui les entoure. Mais il y a chez Parnassus une dimension théologique totalement absente chez son aîné. La compétition entre Nick et lui rappelle celle entre Dieu et le Diable, mais dans une acception particulière : Nick n’est pas un individu monstrueux comme on en trouve dans certaines gravures médiévales. Il ressemble plus à un homme distingué, même si ses marchés sont toujours de la même teneure : récupérer un maximum d’âmes.

Et Parnassus, de par son apparence devient alors Dieu, celui qui sauve les âmes du Malin (ce qu’est Nick, dans tous les sens du terme).

 

Et au milieu de cette lutte éternelle, on trouve donc ce Tony qui apparaît comme par enchantement, dès que Parnassus retourne le Pendu de son jeu de tarots. Mais Tony est un électron libre, relié à aucun des deux même s’il se raccroche à Parnassus par opportunisme. Et son apparition amène une nouvelle dualité dans le film : Tony, le diminutif d’Anthony est le même prénom que l’autre jeune homme de l’Imaginarium, Anton. Et cette dualité concerne surtout Valentina qui se retrouve face à un dilemme. Ces deux hommes l’attirent : Anton représente un amour sûr et de la stabilité alors que Tony est plus aventureux, véritable rejeton de cet Imaginarium. Et ses différentes incursions dans ce(s) monde(s) onirique(s) le voient à chaque fois très à l’aise, voire épanoui.

 

Malheureusement, ces différentes incursions ne sont pas réalisées avec Heath Ledger, l’acteur étant décédé en cours de tournage. Et quel dommage : Non pas que ses successeurs soient mauvais, mais on aurait aimé le » voir évoluer lui-même dans ces mondes semi imaginaires. Il faut dire qu’encore une fois, la prestation de Ledger est formidable, montrant à nouveau un personnage complexe, admirablement intégré dans cette histoire fantastique (2).

Alors l’hommage final de Gilliam et de toute la production n’en prend que toute sa dimension, une fois le rideau baissé et que se lancent les crédits de fin.

 

Du Gilliam, encore plus beau que du Gilliam.

 

PS : On notera la présence – furtive – de Peter Stormare dans le rôle du Président qui n’est pas sans rappeler Franklin Roosevelt.

 

  1. Rassurez-vous, là encore, pas de quoi se rincer l’œil.
  2. Dans tous les sens du terme !
L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Doctor Parnassus - Terry Gilliam, 2009)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Julien Duvivier
Le Golem (Julien Duvivier, 1936)

Prague, 1610.

Le rabbin Loew est mort, mais les Juifs sont toujours victimes de répressions impériales dirigées par le chancelier Lang (Roger Karl), un converti, pendant que l’empereur Rodolphe (Harry Baur) lutine, surtout la comtesse Strada (Germaine Aussey).

Mais si le rabbin est mort, sa créature, le Golem (Ferdinand Hart), est toujours présente, à l’abri de tous, dans la synagogue.

Cette créature fait peur à ce même empereur qui veut la détruire. Mais la prophétie de Loew est claire : il doit revenir apporter la justice pour tous (et surtout les Juifs).

 

Si Julien Duvivier était un chroniqueur acerbe et juste de son époque, ses escapades temporelles n’ont pas la même sagacité. Ce Golem, sorte de fausse suite juive de son Golgotha où un nouveau personnage s’élève du peuple pour combattre les injustices. Bon, c’est un peu tiré par les cheveux, mais l’analogie est tout de même là.
Par contre, ce qui n’est pas là, c’est la dimension fantastique qui accompagne le personnage et dont j’ai déjà parlé ici avec le film de Paul Wegener (1).

 

Certes, Duvivier n’est plus un débutant au cinéma, et on trouve de ci de là des éléments réjouissants comme l’utilisation des ombres sur les murs, mais le grand Julien n’était pas un cinéaste allemand et ça se voit tout de suite. Si ses personnages n’ont pas la bassesse habituelle, ils n’en demeurent pas moins bien français, et Harry Baur, malgré tout le talent qu’il avait, passe difficilement pour un souverain tchèque, aussi fou soit-il. Par contre, sa prestation, un tantinet outrancière met bien en évidence la folie de son personnage, mais cela ne va pas plus loin.

 

Et puisqu’on en est à l’interprétation, on sent une atmosphère très empesée dans ces différents personnages qui déclament parfois plus qu’ils ne jouent. Et cette grandiloquence a tendance à émousser l’intérêt du spectateur (en tout cas, c’était comme ça pour moi).

Encore une fois je rejoins mon ami le professeur Allen John quand il regrette que le cinéma français n’était pas capable de développer un cinéma fantastique sérieux à cette époque (et depuis ?).

Et au final, on a un film qui se laisse regarder, mais sans plus, ce qui est décevant de la part de Julien Duvivier. Heureusement que cette même année, il a sorti La belle Equipe (2). Ca compense.

 

Un telle suite se justifiait-elle ? Bien sûr que non. (3)

 

  1. Celui de 1920, bicôze celui de 1915 n’est plus visible (il ne reste que la deuxième bobine, et encore…).
  2. Aimos qui y interprète Tintin est là aussi : il est Toussaint, le serviteur d’un camelot français (Roger Duchesne).
  3. C’est d’abord une pièce de théâtre créée en 1931. Cela n’empêche pas que ce n’était pas nécessaire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fantastique, #Paul Wegener, #Carl Boese, #Karl Freund
Le Golem (Der Golem, wie er in die Welt kam - Paul Wegener & Carl Boese, 1920)

Le rabbin Loew (Albert Steinrück) est aussi un mage. Ayant vu dans les étoiles que les Juifs allaient vivre des choses terribles, il décide de créer une défense contre ces malheurs à venir : une créature faite à partir de l’argile, le Golem (Paul Wegener).

Et l’empereur Ludwig (Otto Gebühr) lui donne raison, promulguant un décret anti-juif encore plus sévère, se basant sur les sempiternels reproches qu’on fait à ce peuple.

Loew décide alors de créer une défense contre ces malheurs à venir : une créature faite à partir de l’argile, le Golem (Paul Wegener).

Mais ce Golem est avant tout un serviteur pour son maître, jusqu’à ce que la fille de Loew, la belle Miriam (Lyda Salmonova) s’éprenne d’un des chevaliers du palais, le beau Florian (Lothar Müthel). Jaloux, rabbi Famulus (Ernst Deutsch) va lancer le Golem contre cet homme, mais la créature va lui échapper et semer la désolation sur son passage.

 

Je vous prie tout d’abord de m’excuser pour ce résumé un tantinet longuet mais surtout qui insiste essentiellement sur la fin du film : en effet, seules les dix dernières minutes voient le Golem semer le désordre : le reste du film nous montre essentiellement comment Rabbi Loew fabrique sa créature et ce qu’il en fait : un être docile cantonné aux travaux domestiques.

Mais le déséquilibre va venir de la jeune femme – l’une des rares du film mais surtout le seul rôle féminin important – qui enfreint la loi de la communauté pour coucher &avec l’étranger, celui quine vit pas dans le ghetto. Parce que tout reste dans le ghetto, à la différence de ce que fera Duvivier une quinzaine d’années plus tard. Et même une fois la menace éliminée, les portes de ce même ghetto se refermeront, laissant les Juifs dans leur isolement plus ou moins forcé.

 

Il me paraît évident que le film de Wegener a inspiré d’autres cinéastes. Duvivier, bien sûr puisque son Golem va reprendre en partie certains éléments du film, mais on retrouve aussi quelques aspects qui se retrouveront dans le Frankenstein de James Whale. En effet, ici aussi, il s’agit de créer la vie à partir de rien, mais alors que Frankenstein utilisait la science à sa disposition, Loew utilise la magie, et qu’on le veuille ou non, sa méthode est tout de même plus efficace.

Comme l’indiquait le sous-titre du roman de Mary Shelley (1), il y a une part divine dans Loew tout comme dans Frankenstein : dans les deux cas, seul Dieu est autorisé à donner la vie et celui qui va à l’encontre de cette règle de base s’expose à des ennuis, et surtout la perte de contrôle de la créature. Mais le cas de Loew est plus du ressort théologique que celui du docteur : Loew est rabbin et, à l’instar de son Dieu, il crée à partir de l’argile, tout comme Dieu a créé Adam dans la Genèse.

Et l’analogie avec Whale s’exprime surtout par certaines séquences à la résolution différentes : la maison en feu annonce le moulin, et l’enfant qui arrête le monstre annonce la petite fille au bord de l’eau.

 

Mais surtout, on retrouve dans ce film le savoir faire allemand. Les décors sont torturés comme dans les films de la même époque : Le Cabinet du Dr. Caligari (Robert Wiene, 1919), bien sûr, mais en plus réalistes, et plutôt Les trois Lumières (Fritz Lang) qui sort la même année et dont l’intrigue est plus contemporaine de celle-ci.

Par contre, Wegener prend un peu trop son temps, délayant certaines séquences en n’allant pas directement à l’essentiel. Mais une fois le Golem créé et animé, le film prend toute sa dimension fantastique : Wegener, sous ses oripeaux sombres de statue est un Golem terrifiant, mélange de cruauté et de douceur. De douceur parce » que s’il traîne Miriam par les cheveux, c’est avec une certaine délicatesse qu’il la dépose indemne sur une pierre.

Et si Karl Freund collabore au film, sa caméra reste tout de même bien statique : mais avec Wegener et Guido Seeber  (l’autre opérateur) ils vont tout de même utiliser avec intelligence différents caches et autres surimpressions pour créer cette ambiance particulière d’épouvante.

 

A voir.

 

PS : une créature qui ne vit que par l’action d’une étoile au milieu de son torse ? Bon sang mais c’est bien sûr : c’est Ironman ! Tiens, non.

 

  1. Le Prométhée moderne

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Stephen Sommers
La Momie (The Mummy - Stephen Sommers, 1999)

Il n’est jamais bon de réveiller une momie qui sommeille. Surtout celle d’Imhotep (Arnold Vosloo), grand prêtre coupable d’avoir aimé Anck-Su-Namun (Patricia Velásquez) la femme de Pharaon (Aharon Ipalé), et d’avoir, avec elle, tué ce dernier. Enterré vivant (ou plutôt momifié vivant, il fut, tout comme son aimée, maudit par ceux qui l’ont condamné et oublié dans un tombeau à Hamunaptra.

C’est donc ce déplaisant personnage qui vient d’être réveillé en 1926 – en pleine saison archéologique égyptienne – et qui va tenter de se reconstituer et réveiller la femme qu’il aime, dont il retrouve les traits dans la jeune égyptologue anglaise Evelyn Carnahan (Rachel Weisz). Mais le beau et ténébreux Rick O’Connell (Brendan Fraser) veille sur elle, tut comme son frère Jonathan (John Hannah).

 

Bien sûr il s’agit du remake de l’excellent The Mummy (1932), et quel que soit le talent de Stephen Sommers, il est difficile de passer après un génie de l’image du calibre de Karl Freund. De même, difficile pour Arnold Vosloo de succéder à Boris Karloff.

Certes, les effets spéciaux numériques (encore un tantinet balbutiants) sont impressionnants, et en particulier cette momie décharnée qui laisse passer le jour à travers ce qui reste de son corps, mais malgré tout, je préfère  - et de loin – le film original. La débauche d’effets spéciaux enlève l’aspect inquiétant dû aux éclairages et aux cadrages du film de 1932.

Et la profusion finale de ces mêmes effets spéciaux lors de la destruction du tombeau atteint ses limites : cette destruction perd de son aspect spectaculaire recherché pour n’être pas mieux rendue qu’une quelconque destruction dans un film de la décennie ci-dessus mentionnée.

Dommage.

Dommage aussi de ne pas avoir conservé la personnalité double Evelyn/Anck-Su-Namun du film original qui ajoutait une dimension plus humaine à cette momie maudite.

 

Deux ans plus tard, Sommers et une grande partie de la distribution originale se sont attaqués à une suite (presque) inévitable du fait du succès du premier film. Si une suite n’est pas souvent judicieuse, ici, elle est quasiment vouée à l’échec : le premier opus ne remplissant pas toutes les garanties d’un film exceptionnel. Je n’en parlerai donc pas. Aujourd’hui.

Quant à ce remake, son essence même en dicte les limites : annoncé à grand son de trompette comme le remake du film de Freund, il n’en est qu’une pâle copie et n’atteint jamais la dimension de l’original.

Ca se laisse voir. Oui. Mais pas plus.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Bryan Singer
Jack le Tueur de géants (Jack the giant Slayer - Bryan Singer, 2013)

Un grand benêt pas si bête que ça : Jack (Nicholas Hoult).

Une belle princesse intrépide : Isabella (Eleanor Tomlinson).

Un roi juste mais dont le jugement s’égare parfois : Brahmwell (Ian « Waleran » McShane).

Un garde courageux comme tout et dévoué à la princesse : Elmont (Ewan McGregor).

Un méchant très réussi : Roderick (Stanley Tucci).

Et bien sûr, toute une armée de géants, prête à fondre sur le royaume d’Albion et surtout sa capitale : Cloister.

Et tout ça grâce à (ou à cause) des haricots magiques que Jacques a échangé contre un cheval !

 

Si Bryan Singer est américain, il est bien l’une des rares célébrités qui ont participé à ce film à l’être, accompagné seulement par Stanley Tucci : tous les autres viennent de Grande-Bretagne, ce qui donne un élan et une teinte très british au film. Jusqu’aux pointes d’humour qui sont du même acabit, distillé par des répliques énoncées avec cet accent subtil de nos amis d’outre-Manche, tellement plus sophistiqué que nos autres amis (1) d’outre-Atlantique.

Jusqu’à l’intrigue elle-même qui est d’origine anglaise, mêlant deux contes traditionnelles : jack le Tueur de géants et Jack et le Haricot magique. C’est d’ailleurs plus cette deuxième histoire qui prédomine sur l’autre du fait de la présence des graines de haricots.

 

Alors bien sûr, on se dit qu’il s’agit d’un conte pour enfants. Mais si on raconte cette histoire aux petits, on évite d’y mêler les images de ce film, afin d’être assuré que ces mêmes enfants vont dormir (2). Parce que derrière la caméra, outre Newton Thomas Sigel (le chef-opérateur), on trouve Bryan Singer qui n’a mas la particularité de faire du cinéma pour enfants. Ou alors, pour de grands enfants !

Certes, on retrouve ici le merveilleux propre aux contes traditionnels mais dès l’apparition des géants, on comprend rapidement que nous ne sommes pas chez Steven Spielberg. Les géants, en plus d’être affreux (3) et un tantinet idiots, sont des personnages frustes et violents, n’hésitant pas à se nourrir des humains qui passent à leur portée, sans toujours attendre de les préparer et les cuire. Et cela vaut mieux pour eux (les géants) parce que quand l’un d’eux prépare Elmont en friand, nous avons la justification du titre du film : Jack tue son premier géant.

 

On sent que Singer s’est bien amusé avec cette adaptation (très) personnelle des deux contes. Il faut dire que ses interprètes contribuent beaucoup à la bonne impression que fait ce film, où quoi qu’il puisse arriver, nous savons de toute façon que cela se terminera bien. Et ce malgré les exactions toujours plus graves commises par Roderick et son âme damnée, Wicke (Ewen « Spud » Bremner). Rassurez-vous, comme toujours dans ce genre d’histoire, les méchants sont châtiés. Mais ce n’est pas à ce moment que le film se termine. En effet, Singer, avec la complicité de Christopher McQuarrie, Mark Bomback et Darren Lemke (les scénaristes), nous emmène dans une intrigue de pouvoir qui n’est pas sans rappeler Le Seigneur des Anneaux : une couronne (unique, bien sûr) qui commande aux géants.

 

Au final, nous avons un film bien léché qui, s’il emprunte au Seigneur des Anneaux, n’en demeure pas moins différent de la trilogie de Peter Jackson. Avec ce « medley » des deux contes traditionnels, Bryan Singer nous ramène aux contes de notre enfance, avec certains détails qui ont été édulcorés pour permettre aux mêmes enfants de rêver sans que cela vire au cauchemar. De plus, il ajoute un ingrédient qui a tendance à faire défaut à ces mêmes contes et qui s’y révèle indispensable ici : l’humour.

 

  1. Il semble qu’ils le soient redevenus depuis début novembre 2020…
  2. En général, c’est « une histoire et après on dort ! »
  3. C’est notre point de vue : l’un d’eux trouve la princesse très laide…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Fantastique, #Disney, #Tim Burton, #Danny de Vito
Dumbo (Tim Burton, 2019)

Petit, comme beaucoup, j’avais appris le poème de Robert Desnos, La Fourmi :

« Une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête,

Ça n’existe pas, ça n’existe pas. […] »

Ce poème, après une liste de choses semble-t-il impossibles se termine par un dernier vers rempli d’espoir : « Et pourquoi pas ? »

Ici, on pourrait facilement paraphraser le grand Robert en énonçant :

« Un éléphant qui vole avec l’aide de ses oreilles,

Ca n’existe pas, ça n’existe pas !

Et pourquoi pas ? »

 

C’est le parti qu’avaient pris Disney en 1941 quand le petit éléphanteau (pléonasme ?) était apparu sur les écrans grâce aux pattes magiques de John P. Miller, Martin Provensen, John Walbridge, James Bodrero, Maurice Noble & Elmer Plummer (1).

Et c’est ce qu’a confirmé Tim Burton à son tour en réalisant ce très beau film mélangeant images de synthèse et prises de vues réelles, exclusivement coloré (2), porté par la musique enchanteresse de Danny Elfman (3).

 

C’est à nouveau une histoire hautement improbable que Burton filme ici, mais avec le savoir-faire qu’on lui connaît – mais qui n’a pas toujours été au rendez-vous par le passé, hélas – et la dose indispensable de réalisme qui nous fait accroire finalement que « pourquoi pas ? »

Bien entendu, on pense à Big Fish, qui se passe lui aussi dans un cirque et cela est renforcé par la présence de Danny de Vito (Maximilian Medici) à nouveau directeur de ce petit monde.

Et avec Danny de Vito, ce sont d’anciennes connaissances du monde de Burton qu’on retrouve tout au long du film : Eva Green (Collette Marchant), Michael Keaton (V.A. Vandervere), Alan Arkin (J. Griffin Remington) n’en sont pas à leur première collaboration avec le réalisateur.

 

Dumbo se situe dans une tendance Disney à adapter ses dessins animés en images réelles : après La Belle et la Bête ou encore Le Livre de la jungle, c’est au tour de ce « grand classique » d’être adapté avec les limites habituelles. Comme le disait Tex Avery, on peut tout se permettre dans un dessin animé. Beaucoup moins dans un film en images « réelles ». Et Tim Burton nous prouve que les deux peuvent s’accorder et donner un très beau résultat. Certes, la part merveilleuse subsistant concerne le vol de l’éléphanteau. Faire parler les animaux aurait été complètement incongru et n’aurait pas eu l’effet escompté : on n’aurait pas pu vraiment y croire. Il reste toutefois quelques emprunts au film de 1941 comme l’œil de la mère à travers la fenêtre du wagon ou la séquence entre Dumbo et cette même Jumbo avec leur échange de caresses de trompes (4).

Mais comme on ne pouvait adapter totalement le film de 1941, il a fallu créer de nouveaux personnages : les enfants sont à l’honneur – Disney oblige – mais et surtout ce sont de véritables méchants qui apparaissent, ingrédients indispensables à la réussite d’un film.

 

Le premier, c’est Rufus Sorghum (Phil Zimmerman), un homme de cirque au fouet facile et qui voit – justement – sa méchanceté se retourner contre lui. Mais c’est son caractère mauvais qui va entraîner l’intrigue principale du film : Dumbo ne va voler qu’à la condition d’être réuni avec sa mère une fois le cirque renfloué.

L’autre, c’est V.A. Vandervere qui confirme le passage du côté obscur de Michael Keaton après Spider-Man : Home coming.  A nouveau, on a une illustration de la théorie qui veut que les acteurs américains passent de l’autre côté (le côté sombre !) en vieillissant.

Et pour notre plus grand plaisir, Keaton est à la hauteur (pouvait-il en être autrement ?), devenant un autre méchant qu’on aime détester.

 

Avec Dumbo, Burton confirme son retour au premier plan qui avait été amorcé avec Big Eyes et conforté par Miss Peregrin’s Home for peculiar children, sortant de son univers sombre et gothique qui fit sa réputation (5). ON y respire plus librement, sans pour autant y perdre du point de vue merveilleux.

Tant mieux (pour nous !).

 

PS : n’y a-t-il que moi qui trouve que la mère des enfants qu’on peut voir sur une photo ressemble (beaucoup !) à Thandie Newton, la mère de Nico Parker ?

 

  1. Choisissez le bon. Une suggestion, professeur Allen John ?
  2. Aucun costume seulement noir et blanc !
  3. Toujours fidèle au rendez-vous.
  4. Pas terrible comme expression…
  5. Merci professeur Allen John.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fantastique, #Tim Burton
Edward aux Mains d'argent (Edward Scissorhands - Tim Burton, 1990)

Pourquoi la neige tombe-t-elle ?

C’est à cette réponse que va répondre la vieille Kim (Winona Ryder) à sa petite-fille qui ne veut pas dormir sans une histoire.

Une histoire, elle va en entendre une. Et quelle histoire !

Celle d’Edward (Johnny Depp), un jeune garçon créé par un vieil inventeur (Vincent Price) qui a pour main des lames ce qui explique le titre original (1) traduit plus poétiquement en français (2).

Bien sûr, Edward est extrêmement adroit de ces mains tranchantes et le prouve autour de lui en modelant les buissons des jardins et les coiffures des dames voire des chiens.

Mais Edward n’est pas adapté à ce monde stéréotypé très américain et très propre, lui qui vivait dans un vieux manoir de style Universal dans années 1930s…

 

Le parallèle avec la Universal dans les années 1930s n’est pas anodin. Dans les années 1930s, les studios Universal ont sorti quelques films fantastiques mâtinés d’horreur qui sont toujours cités en exemple près de 90 ans plus tard. Et en voyant Edward, je pense surtout à celui qui a inauguré cette série : Frankenstein.

Et la première vision que nous avons de ce manoir tranche complètement avec la ville américaine qui nous est proposée : tout y est bien propre et bien soigné, les gazons ont la hauteur d’herbe réglementaire et les maisons ont chacune une couleur différente de sa voisine, tout en restant dans des coloris doux.

Alors quand Edward pénètre dans ce milieu propret et bien équilibré – chacun a/à sa place – on sait que ça ne va pas bien se passer. Le premier indice est le plus flagrant : Edward est habillé de cuir noir, tranchant avec la vêture colorée (un brin pastel) des autres protagonistes.

 

Pourtant, comme dans toute tragédie, tout commence bien pour lui : il est accueilli par chaleureusement Peggy Boggs (Dianne Wiest) et son mari Bill (Alan Arkin) ainsi que leur fils Kevin (Robert Oliveri). Le voisinage est lui aussi très enthousiaste de découvrir ce jeune homme aux mains magiques, et surtout les femmes qui n’ont pas grand-chose à faire de leur journée.

Mais quand Harry va résister aux avances de Joyce Monroe (Kathy Baker), la situation va progressivement se dégrader. C’est d’ailleurs un des parallèles qu’on peut observer avec Frankenstein : tout comme le monstre du docteur, Edward s’échappe et tout se met à mal tourner.

Mais alors que le monstre de Mary Shelley est la cause directe du mal, Edward en est la première victime, et il en va ainsi (presque) tout le temps : la créature interprétée par Johnny Depp est le négatif de celle jouée par Boris Karloff. Tous deux ont la même naïveté envers le monde extérieur et aucun des deux n’est « achevé ». En effet, Edward n’a pas reçu les mains promises, ni la créature le cerveau adéquat.

 

Et puis il y a Winona. Révélée par un précédent film du même Tim Burton (Beetlejuice, 1988), elle est une Kim Boggs magnifique, révulsée par l’apparition d’Edward (3), mais qui va progressivement (là aussi) apprendre à l’apprécier, jusqu’à l’aimer. On retrouve ici une nouvelle référence fantastique : Kim n’est ni plus ni moins que la Belle qui tombe amoureuse de la Bête Edward, comme chez Mme Leprince de Beaumont.

Mais alors que La Belle et la Bête se termine bien, je vous ai annoncé que nous sommes dans une tragédie – douce, certes – et le final avec les habitants de ce quartier modèle(s) n’est pas sans rappeler celui du film de James Whale.

 

Un petit mot pour finir sur le temps de l’intrigue. A aucun moment  Tim Burton ne marque franchement son film dans le temps. Les habillements des différents habitants du quartier ainsi que leurs coiffures ou encore leurs matériel et accessoires nous emmènent dans les années 1960s, celles avant 1968.

Mais de nombreux détails vont à l’encontre de cette datation. Les couleurs chamarrées des maisons ou des voitures, les nouvelles coupes de cheveux créées par Edward nous en éloignent. De même que le van des jeunes gens qui traînent avec Kim n’a pas grand-chose à voir avec cette supposée période.

 

Mais qu’importe, ce qui compte le plus, c’est la magie qui émane de ce film, cette histoire d’amour impossible et donc très beau, avec une petite pointe d’ironie qui adoucit le côté tragique (3), le tout soutenu par la très belle musique de Danny Elfman.

C’est à nouveau un très beau film sur la différence, mal acceptée encore une fois, et qui se transformerait presque en conte merveilleux si Edward accédait à la normalité. Mais de ce cas, y aurait-il cette magie ?

 

PS : c’est la dernière fois que nous voyons Vincent Price au cinéma. Sa prochaine et ultime contribution ne concernera que sa voix. Et quand quelque chose se termine, une autre commence : c’est la première collaboration de Tim Burton avec Johnny Depp (7 à ce jour).

 

  1. « Edward aux Mains de ciseaux »
  2. Pas si mal tout compte fait.
  3. Quand on n’est pas prévenue, c’est un peu normal de paniquer en trouvant quelqu’un dans son lit, surtout avec des lames à la place des mains…
  4. Le retour des maris le soir ou leur départ le matin…

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