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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

frank capra

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Comédie, #Frank Capra
La Blonde platine (Platinum Blond - Frank Capra, 1931)

Cette « Blonde platine », c’est bien sûr Jean Harlow (Ann Schuyler), révélée par Hell’s Angels, et qui nous montre qu’elle est aussi à l’aise dans le registre comique. Il faut dire que le réalisateur n’est pas n’importe qui, même si ses personnages ont toujours la tendance à faire un tantinet n’importe quoi !

 

Stewart « Stew » Smith (Robert Williams) est un journaliste pipole, et pour son métier, il pénètre chez les Schuyler, cible de ragots. Pire : de rumeurs ! Le fils (Don Dillaway) a eu une aventure avec « une de ces femmes » et cette dernière monnaye ses lettres d’amour.

Mais si Stew est à l’affût des scoops – croustillants, cela va de soi – il n’en demeure pas moins quelqu’un d’intègre et va subtiliser ces lettres pour les rendre à leur destinateur.

Mais en rencontrant cette famille de la haute, il remarque la fille de la maison, Ann : une magnifique jeune fille à la chevelure blonde platine, comme on en faisait à cette époque.

C’est le coup de foudre : ils se marient, au grand dam de Gallagher, collègue de Stew.

Petite précision : Gallagher est une autre très belle jeune femme, puisque c’est Loretta Young qui l’interprète…

 

C’est encore un film de presse que Capra réalise ici, mais selon un angle différent cde ce que nous avons l’habitude de voir : le journaliste que nous suivons se fait piéger par la jolie jeune femme fatale, devenant lui-même le sujet des colonnes qu’il avait l’habitude d’écrire. Quoi qu’il en soit, Capra s’en sort, encore une fois, à merveille et nous amuse avec une intrigue qui se situe en pleine dépression, comme il nous le rappelle quand Smith offre ses fixe-chaussettes à un clochard. Parce que ce film est, derrière la comédie, une satire de ces milieux riches qui ne font que dépenser pendant que d’autres gagnent peu – quand ils gagnent quelque chose.

Et les thèmes, outre le film de presse en lui-même, seront repris dans les films qui vont suivre, en particuliers dans cette décennie qui vient de commencer.

 

Stewart Smith a la dignité et la fierté de John Doe, matinées de l’humilité de Longfellow Deeds, mais a la tête sur les épaules et tel Son homonyme de 1939 (Jefferson), il va se rendre compte de la situation et inverser la tendance.

Certes, il a été enfermé dans une cage dorée, mais il a les moyens d’en sortir. Et ce qui va précipiter cette sortie, c’est évidemment quand le film va devenir complètement capraesque (1) et atteindre le degré nécessaire qui fait la marque de son auteur (2) : Stewart a invité Gallagher à venir boire un coup chez lui : elle vient accompagnée, comme prévu, mais son compagnon a invité quelqu’un qui en a invité un autre (etc.).

S’ensuit un magnifique chaos qui n’est pas sans rappeler la maison des Vanderhof quand elle doit déménager ou n’importe quand d’ailleurs…

Bien entendu, cette fête improvisée est absolument illégale puisque le Volstead Act est toujours en vigueur : on y boit plus que de raison, et en particulier Smythe (Halliwell Hobbes) qui, comme son nom l’indique, est un majordome anglais, que l’arrivée d’un personnage aussi peu conformiste que Stew dans cette maison (d’arrêt) va un brin dérider.

 

Bien entendu, on ne peut oublier Jean Harlow (20 ans !) et son allure moderne mais elle est tout de même – à mon humble avis – supplantée par Loretta Young, sa cadette de deux ans ! Il y a un aspect naturel dans la beauté de la Brune (Loretta) qui détone par rapport à l’allure guindée de la Blonde (Jean). De plus, les yeux clairs l’emportent définitivement chez Young.

N’oublions pas non plus le microcosme capraesque (3) qui s’exprime indifféremment selon les origines : si les amis de Stew ne sont pas tous très distingués, la famille Schuyler elle, l’es un peu trop, ce qui amène certaines situations comiques – souvent muettes, d’ailleurs – qui valent le détour.

Bref, Capra continue de monter en puissance maintenant que le parlant s’est définitivement installé et il pose les jalons de ses chefs-d’œuvre futurs.

Malheureusement pour nous, spectateurs, Robert Williams mourra une dizaine de jours après la présentation du film, comme Rudolf Valentino, d’une péritonite…

Quant à Jean Harlow…Mais ceci est une autre histoire, cela va de soi !

 

  1. Je sais, ce terme n’existe pas (encore), mais si nous sommes (très) nombreux à l’utiliser, il rentrera peut-être dans les lexiques. Vous pourrez alors me dire merci !*
  2. La Capra Touch, puisque la Lubitsch Touch existe bien !
  3. Vous ne pourrez pas dire que je ne fais pas d’effort !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
L'Homme de la rue (Meet John Doe - Frank Capra, 1941)

John Doe, c’est le nom qu’on donne à une personne non identifiée aux Etats-Unis, en général un homme mort (1).

John Doe, c’est ici le nom que choisit Ann Mitchell (Barbara Stanwick), pour signer un article anonyme dénonçant les dérives de la société : il a décidé de se suicider la nuit de noël par contestation de cet état de fait.

Mais reprenons.

Le journal The Bulletin a été racheté et on y fait le ménage. Parmi les licenciés se trouve donc Ann Mitchell. Avant de partir, elle lance une bombe journalistique : la lettre du fameux John Doe. Non seulement c’est une révélation, mais le public veut rencontrer ce personnage. Le New Bulletin va organiser un casting et choisir « Long » John Willoughby (Gary Cooper) pour incarner ce laissé pour compte.

Et en acceptant, Willoughby met le doigt dans un engrenage : la supercherie se met en branle.

 

Décidément, Frank Capra n’aimait pas l’administration Roosevelt (2). Encore une fois, il revient sur l’état de l’Union (comme on dit, là-bas) et en dresse un tableau peu flatteur : une myriades d’abandonnés pendant qu’une poignée se remplit les poches… Et à nouveau, Capra prend le parti des petits contre ces mêmes gros, représentés par D.B. Norton (Edward Arnold) : Norton n’est pas le philanthrope qu’il voudrait faire croire, comme le montre la résolution de l’intrigue (3). Et Ce John Doe est de la même trempe que Smith (James Stewart), mais sans les mêmes moyens (blocage parlementaire). Et on retrouve cette idée de l’individu contre la société qui baigne de nombreux films du réalisateur.

 

Autre thème récurrent chez Capra, la presse. Et le film commence plutôt abruptement : le journal a été repris et sa ligne éditoriale va changer. Et Capra ne fait pas dans le détail pour le montrer puisque la première chose qui est effacée du mur est « liberté de la presse ». Et comme dans Mr. Deeds goes to town, on retrouve l’aspect manipulateur de cette presse sur un individu. Et encore une fois, c’est Gary Cooper qui interprète cet individu utilisé par des gens sans beaucoup de scrupules. Cet apparentement est renforcé par la présence de John Riskin, autre collaborateur de Capra au scénario. Mais alors que la journaliste (Jean Arthur) de M. Deeds est malhonnête avec son olibrius, ici, il y a un fonds d’honnêteté chez Ann Mitchell : elle croit vraiment à ce qu’elle écrit et son soutien à John Doe et son mouvement est sincère.

 

Et bien sûr, pour que le film marche vraiment, il faut un méchant à la hauteur : Edward Arnold est – encore une fois – un personnage franchement ignoble comme le montre sa dernière manœuvre à la Convention des John Doe. Sa dernière démarche est tout de même honnête, même si elle n’a plus vraiment d’importance : la messe est dite, il va s’en sortir !

Mais le dernier  mot reste tout de même aux petits, avec ce même optimisme qui caractérise ce réalisateur.

Toutefois, Capra enfonce le clou contre Norton et sa clique en faisant mentionner l’idée d’« ordre nouveau » quant à leur position politique : n’oublions pas que dans le même temps, la guerre en Europe voit s’affronter la démocratie et les tenants de cet « ordre nouveau ».

 

Quoi qu’il en soit, Capra signe ici son dernier film avant d’être employé au service de propagande de l’Armée des Etats-Unis. Il ne reviendra que trois ans plus tard – une fois que la Victoire sera en bonne voie – au cinéma et encore pour une pièce filmée (mais savoureuse).

On y retrouve, en plus des éléments énoncés plus haut, le microcosme composé de ses personnages étonnants, dont beaucoup sont interprétés par quelques vieilles gloires et autres seconds rôles truculents. Parmi eux, J. Farrell McDonald (Smithers) pour ne citer que lui.

Sans oublier Walter Brennan (Le Colonel), pas encore vieux, mais déjà ronchon !

Bref, un autre film à la Capra comme je les aime.

J’espère que c’est aussi votre cas !

 

  1. Pour les femmes on dit « Jane Doe ».
  2. Roosevelt vient d’être réélu (novembre 1940, investiture moins de 2 mois avant la sortie du film) pour la deuxième fois. Et ce n’est pas la dernière…
  3. Nous, spectateurs, le savons bien avant, et de toute façon, comme c’est Edward Arnold qui interprète ce personnage répugnant, on s’en doutait un peu dès le début (cf. Mr. Smith goes to Washington)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Milliardaire pour un Jour (Pocketful of Miracles - Frank Capra, 1961)

Comment faire du neuf avec du vieux (et je ne parle pas de l’âge de Bette Davis) ? Vous prenez un film qui a bien réussi. Vous embauchez quelques valeurs sûres. Vous le tournez en couleurs et le tour est joué.

Enfin ce résumé est un tantinet sommaire : nous parlons ici de l’immense Frank Capra qui tire sa révérence au grand écran.

 

Nous sommes donc toujours pendant la grande Dépression (on assiste d’ailleurs à l’abolition du Volestead Act qui interdisait l’alcool), toujours à New York où Apple Annie (Bette Davis, donc) vend ses pommes à la sauvette, et en particulier à Dave the Dude (Glenn Ford) qui leur voit un signe de bonne fortune. Louise (Ann Margaret) doit toujours venir la visiter avant son mariage avec dom Carlos (Peter Mann), fils du comte Romero (Arthur O’Connell). Il est toujours aidé par Queenie Martin (Hope Lange) et son homme de main Joy Boy (Peter Falk) et le miracle annoncé dans le titre original a toujours lieu.

 

Mais quel est donc l’intérêt de refaire le même film ? Justement, c’est de ne pas le refaire. Et Capra réussit son pari, modifiant un élément essentiel par rapport au modèle : le point de vue. Alors que le film de 1933 se concentrait sur Apple Annie, ici, c’est Dave the Dude qui est le centre de l’intrigue. Capra et ses complices (Hal Kanter & Harry Tugend) vont étoffer ce personnage trouble, truand sans arme mais tout aussi efficace que les autres. Avec ce resserrement sur Dave est créé un passé avec Queenie qui se trouve ici être la fille d’un ancien collaborateur et créancier du Dude. C’est même lui qui va l’embaucher pour qu’elle règle les dettes de son père, et bien sûr plus puisque affinités…

 

Bien sûr, on retrouve le microcosme cher à Capra qui entoure ses personnages principaux : les mendiants autour d’Annie (parmi eux, on reconnaît Angelo Rossito : normal, c’est un film MGM) ainsi que ses voisins qui apprécient la musique qu’elle fait jouer à son vieux gramophone pendant qu’elle écrit à sa fille ; les truands et filles légères autour de Dave, pas plus évolués 28 ans plus tard !

Parmi eux, on remarque (comment ne pas faire autrement ?) surtout Peter Falk qui a repris le rôle de Happy (Ned Sparks) et dont le nom n’est toujours pas en accord avec son visage (1).

 

Et Capra va donc refaire son film, accentuant certains passages et en abandonnant d’autres : les explications finales du Dude aux autorités sont abrégées (2) ; la transformation d’Annie en grande dame voit l’équipe chargée du « ravalement » sortir absolument épuisée…

Et puis il y a Bette Davis (3). Et c’est peut-être là le maillon faible du film : c’était (et on le voit ici aussi) une actrice phénoménale, et sa prestation en Annie est presque trop bien pour être vraie. Alors que May Robson était une Apple Annie initiale tout à fait crédible dans sa misère comme dans sa splendeur passagère, Bette Davis reste, du début à la fin, Bette Davis.

Attention, je ne dis pas qu’elle joue mal, certainement pas. Mais elle n’a pas la prestance de May Robson, dont le physique se prêtait plus à ce rôle de grande dame occasionnelle.

 

Mais qu’importe, le film reste un bel adieu au cinéma (4), où le charme et le miracle fonctionnent toujours de la même façon. Capra sera resté jusqu’au bout l’un des plus grands cinéastes de comédie de Hollywood. Et soixante ans après, il l’est toujours.

 

  1. « Joy Boy » : le Garçon de la Joie
  2. On part du principe que le spectateur connaît l’issue de l’intrigue.
  3. Je l’adore !
  4. Capra se tournera vers la télévision, malgré un dernier projet avorté.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Grande Dame d'un jour (Lady for a Day - Frank Capra, 1933)

Annie (May Robson) vit à New York. Elle a une fille (Jean Parker) qui vit en Espagne et qui va bientôt venir la visiter : elle doit se marier avec le vicomte Carlos (Barry Norton). Depuis le temps que Louise (la fille d’Annie) lui raconte les épisodes de sa vie fastueuse, le comte Romero (Walter Connolly), père de Carlos, veut rencontrer cette grande dame.

Seulement voilà : Annie vit de la vente de ses pommes qu’elle propose à la sauvette sur les grandes artères de la Grosse Pomme… Et si elle envoie des lettres à l’en-tête d’un hôtel luxueux, c’est parce qu’elle a un ai qui y travaille.

Heureusement, elle peut compter sur Dave « The Dude » (Warren William), truand notoire au grand cœur, auquel les pommes d’Annie ont toujours porté chance.

Sur lui et aussi sur Frank Capra…

 

« Vous croyez aux contes de fées j’espère ? »

Cette réplique que le Dude adresse au commissaire (Wallis Clark) résume très bien le ton du film : il s’agit d’un conte de fées moderne, où les fées se sont transformées en voyous au grand cœur. Tout est bon pour permettre à Apple Annie de ne pas perdre la face. Et il n’est pas totalement étonnant de voir un bandit à l’œuvre : la tendance en 1933 est au changement d’attitude par rapport aux gangsters, plus question de les admirer pour leurs prouesses criminelles, et le code Hays va enfoncer le clou. Mais en attendant, on trouve toujours quelques truands gentils dans le cinéma hollywoodien : à aucun moment d’ailleurs, on ne verra une quelconque exaction du Dude (1), sa réputation parle pour lui.

 

Et Capra, aidé par le scénario de Robert Riskin (c’est le second film d’une collaboration qui se révèlera très fructueuse), qui n’en est pas à son coup d’essai déroule : c’est un microcosme de petites gens qui peuple son film et lui donne une truculence attachante. On retrouve la solidarité indispensable qui baigne les films de Capra : ce sont les gens comme Annie qui vont démarcher le Dude pour qu’il intervienne. Ces gens sont bien loin de ceux de la Haute qu’on pourra apercevoir dans la dernière partie du film : des mendiants plus ou moins handicapés (aveugles, cul-de-jatte…), mais aussi les voisins de la vieille femme qui apprécient pleinement chaque fois qu’elle passe un disque sur son gramophone… Les laissés pour compte de la vie. Ce n’est pas encore la faune bigarrée de You can’t take it with you, mais on n’en est pas loin.

 

Et Capra s’amuse avec ses truands : outre Happy McGuire (Ned Sparks) qui ne sourit à aucun moment (2), c’est une brochettes de personnages frustes, incapables de retenir deux lignes de texte pour donner une bonne impression à une réception arrangée pour mettre en valeur la « grande dame d’un jour ». Sans oublier le « juge » Henry G. Blake (Guy Kibbee) dont le prétoire n’est rien d’autre qu’une salle de billard. Et au milieu de tout ce petit monde, on trouve un Dude qui doit batailler ferme pour arriver à quelque chose. Surtout avec la police qui va faire s’écrouler son projet : arrêté, il ne peut aller avec sa clique à la réception.

 

Mais c’est toujours quand on atteint le point culminant de la tragédie qu’on reconnaît un grand réalisateur de comédies. Et on en arrive à la réplique énoncée ci-dessus : nous sommes dans un conte de fées. Et la magie opère, relevant alors du miracle : la réception d’Annie est sauvée au moment où tout semblait désespéré. Au cinéma, n’oublions jamais que tout est possible.

 

Et puisqu’on parle de miracle, en 1961 Capra sortira une nouvelle version de cette Grande Dame d’un jour (on n’est jamais si bien servi que par soi même…), dont le titre original s’intitule tout naturellement Une Poche pleine de miracles (3)…

Mais ceci est, encore une fois, une autre histoire qui n’est pas une autre histoire…

 

  1. Certes, les journalistes sont mis au secret sur son ordre, mais c’est pour une bonne cause…
  2. « Happy » signifie heureux…
  3. Pocketful of miracles

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Arsenic et vieilles Dentelles (Arsenic and old Lace - Frank Capra, 1944)

« Des cadavres dans la cave ».

Tel était le titre de travail de Joseph Kesselring avant qu’il n’en change : ces deux éléments appartenant aux deux vieilles dames qui ont accumulé ces mêmes cadavres : Martha (Jean Adair) et Abigail « Abby » (Josephine Hull) Brewster.

Ce sont deux vieilles dames très dignes, très appréciés dans leur quartier pour leur gentillesse et leur humanité : cette même humanité qui, poussée à l’extrême les porte à empoisonner leurs contemporains afin de soulager (définitivement) leurs souffrances.

Et bien sûr, si leur neveu Mortimer (Cary Grant) n’avait pas ouvert le coffre sous la fenêtre, il n’aurait pas découvert Mr Hoskins, déclenchant cette comédie débridée de haute volée.

 

Avec cette comédie, Frank Capra s’impose encore plus comme l’un des plus grands cinéastes comiques de Hollywood, réussissant à filmer une pièce de théâtre comme peu ont pu le réussir : certes, le huis clos et l’unité de lieu sont respectés, mais Capra saupoudre ses plans de quelques extérieurs qui aèrent l’intrigue, amenant une sous-intrigue avec le chauffeur de taxi (Garry Owen) qui, lui aussi, a tendance à devenir aussi fou que son client.

Il faut dire qu’il a à sa disposition une distribution hors pair dont les deux tantes et leur frère Teddy (John Alexander) qui sont interprétés par celles et ceux qui ont créé la pièce en 1941 (1).

Et malgré les difficultés dues à Cary Grant – il n’aimait pas ce film, se trouvant un peu trop excessif – Capra déroule pour notre plus grand plaisir.

 

L’intrigue bien sûr, est le premier élément comique : comment imaginer deux aussi charmantes petites vieilles assassiner aussi froidement leurs victimes, même pour des raisons « humanitaires » ?

La présence de Cary Grant est le deuxième atout : son jeu et surtout son visage sont des ressorts comiques que Capra use avec beaucoup de bonheur, donnant à cette comédie des éléments qu’on a plus l’habitude de trouver dans le cinéma muet : Grant a la tête de l’emploi. Il allie une allure très british et donc un tantinet réservée à la frénésie comique de Capra pour notre plus grand bonheur.

Il surjoue certes, mais pour les besoins de l’intrigue qui veut que plus c’est gros et plus ça passe.

 

En face de Mortimer/Grant, on trouve un duo improbable mais irrésistible : Raymond Massey (Jonathan Brewster), et Peter Lorre (Dr. Einstein). D’un côté un criminel de haut vol mâtiné d’un psychotique extrêmement dangereux et de l’autre un docteur minable, alcoolique et influençable (surtout sous l’effet de l’alcool). Le patronyme célèbre de ce dernier n’a d’égal que son état physique lamentable : si Jonathan a un visage qui ressemble à celui de Boris Karloff dans Frankenstein n’est en aucun cas (et à double titre) un hasard : Einstein reconnaît d’ailleurs l’influence du film de Whale dans son travail.

Mais si c’est à double titre, c’est aussi parce que celui qui a créé le rôle de Jonathan : le frère psychopathe de Mortimer, n’est autre que l’acteur transformiste célèbre ! Les différentes références au grand Boris prennent alors tout leur sel dans cette comédie dans laquelle il ne put malheureusement pas participer (2).

 

Vous l’avez donc compris – si vous n’avez pas encore vu le film (3) – c’est un sommet du théâtre filmé qui nous est ici proposé : sommet par l’intrigue et les interprètes mais surtout parce que Capra arrive à nous faire oublier qu’il s’agit ici d’une pièce de théâtre, tant sa science de la caméra nous propose ce que le théâtre ne peut pas : mettre l’accent sur les éléments les plus importants, jouant sur les éclairages mêlant une soirée d’automne et l’actualité – halloween et ses connotations surnaturelles – pour donner en prime une parodie de film d’épouvante où l’énormité criminelle devient alors le principal élément comique, celui autour duquel se bâtit le film pour notre plus grande joie.

 

  1. A ce propos : le film fut tourné en 1941, soit la même année que la production de la pièce au Fulton Theater (Lancaster, Pa.). La Warner s’entendit alors avec les producteurs de la pièce pour ne pas sortir le film avant la fin des représentations.
  2. Si Jean Adair, Jopsephine Hull et John Alexander eurent la permission de s’absenter pendant le tournage pour Capra, il n’en fut pas de même pour Boris Karloff que la production refusa de prêter à Capra : qui mieux que Boris Karloff peut interpréter un personnage qui ressemble à Boris Karloff ?
  3. N’attendez plus : voyez-le !!!

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Capra, #Presse
The Power of the press (Frank Capra, 1928)

Il y a aux Etats-Unis un thème Qui revient très souvent dans le cinéma : la presse. On retrouve ce sujet dans de nombreux films, que ce soit au temps du muet comme ce film, ou beaucoup plus récemment avec le magnifique Pentagon Papers.

Capra, qui signe ici un de ses derniers films muets a plus d’une fois décrit ce medium, racontant de nombreuses histoires ayant pour personnages des journalistes.

S’agit-il ici du premier film de ce genre ? Peu importe. Il se trouve que Capra réussit un beau film, illustrant magnifiquement ce pouvoir de la presse (1) : que ce soit pour informer et mettre au jour des affaires importantes, mais aussi pour dénigrer certaines personnes sous prétexte que « l’information doit paraître ! »

 

Nous sommes à New York, au Times, et Clem Rogers (Douglas Fairbanks Jr., le fils de) végète entre les bulletins météo et les enterrements. Alors quand le rédac’ chef (Robert Edeson) l’envoie – faute de pointure à disposition – enquêter sur le meurtre du District Attorney Nye (Charles Clary), non seulement il dégotte un scoop, mais en plus il fait la une du nouveau journal.

Sauf que la jeune femme qui est mise en cause est la fille d’un candidat à la mairie et que cette jeune femme – Jane Atwill (Jobyna Ralston – était juste au mauvais endroit et au mauvais moment. Encore que…

 

Avec ce film, Capra prend un peu de distance avec la comédie slapstick qu’il a pu développer avec  Harry Langdon et évoque ici un sujet tout à fait sérieux. On a d’ailleurs droit à la chaîne des différentes étapes de parution d’un quotidien, de la machine à écrire du journaliste jusqu’à la parution en kiosque (2). On retrouve alors ce qui fascine toujours les yeux des profanes : comment les pages sont imprimées et tout ce qui suit.

 

Mais nous sommes au cinéma et rapidement l’intrigue reprend le dessus sur le documentaire et on assiste alors à une quête de la vérité, la base du travail d’un journaliste.

A cela s’ajoute une belle bande de scélérats menés par l’autre candidat à la mairie – l’infâme Robert Blake (Philo McCullough) – et secondé par son homme de main Van (Wheeler Oakman) qui n’hésite pas à tuer quand cela est nécessaire.

La fin est donc une séquence au suspense haletant : entre Van qui veut tuer Clem et Marie (Mildred Harris) qui va tout balancer sur son patron et lui-même, et la poursuite en voiture, c’est un final magnifique, bien qu’on ait perdu un petit bout de pellicule (3).

En effet, la poursuite est menée tambour battant avec des plans audacieux qui montrent le point de vue des différents protagonistes – celui de Marie alors qu’elle tente tant bien que mal de rester sur la route, longeant des précipices est impressionnant – sans oublier les caméras qui furent embarquées sur les véhicules ce qui évite alors les raccords hasardeux de l’incrustation.

 

A un moment tout de même, on peut découvrir le pot-aux-roses. C’est bien Douglas Jr. qui conduit, mais sa vitesse est on ne peut plus raisonnable : le décor sur son côté gauche (le droit pour nous) ne défile pas à la même vitesse que quand on voit les véhicules se poursuivre.

Certes on a mieux fait depuis en poursuite réelle (Bullitt, The French Connection…), mais tout de même, Capra filme tout cela avec beaucoup de talent.

Mais puisque c’est Capra, on n’était obligé d’avoir quelques éléments comiques : la rivalité entre Clem et le reporter chevronné Bill Johnson (Dell Henderson) est une mine de gags visuels très drôles.

 

Au final, nous avons un film très intéressant, de par son témoignage historique sur le fonctionnement du Times en 1928, et une distribution pertinente avec toutefois une petite déception : Jobyna Ralston aurait très certainement pu être un peu plus mise en valeur (4).

Si Douglas Jr. ne saute ni ne bondit pas comme son père, il est tout de même capable d’emporter la sympathie des spectateurs, montrant qu’il n’est pas seulement le fils de son père.

 

Encore une pépite de la fin du muet et surtout d’un réalisateur qui va s’épanouir dans la décennie suivante, proposant des comédies qui portent la « Capra’s touch » qui nous fait sortir d’une projection avec le sourire…

 

 

PS : message personnel au professeur Allen John : est-ce Douglas Sr. qu’on peut apercevoir parmi les photos glanées par Nye ?

 

  1. La traduction du titre.
  2. On est aux Etats-Unis donc ce ne sont pas des « kiosques » comme à Paris mais plutôt des étalages.
  3. Ca arrive, des fois…
  4. J’avoue aussi que j’ai un faible pour cette actrice…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Capra, #Bessie Love
Bessie à Broadway (The matinee Idol - Frank Capra, 1928)

Don Wilson (Johnnie Walker) est une star de Broadway : c’est un chanteur au visage noir maquillé que les femmes poursuivent de leurs lettres enflammées.

Un jour que Don est en weekend, il fait la connaissance de la troupe des Bolivar.

Suite à un quiproquo, il se retrouve engagé dans la troupe par Ginger Bolivar (Bessie Love), la fille du grand Jasper J. Bolivar (Lionel Belmore), acteur et dramaturge dont les faits d’armes remontent au temps où il joua avec Booth (John Wilkes, bien sûr).

Don est alors embarqué dans un spectacle ringard où les effets sont tellement minables qu’ils en deviennent risibles.

C’est pour cette raison que la troupe est engagée à Broadway par Arnold Wingate (Ernest Hilliard), un découvreur de talent.

Bien entendu, la pièce se révèle aussi minable à New York, mais de ce fait, elle devient un triomphe, les spectateurs assistants à un spectacle très drôle !

 

Bien entendu, tout ça c’est pour rire. Et ça fonctionne. Capra est un magicien qui arrive à nous faire rire « et dans la même seconde nous arrache un soupir d’émotion.

Il faut dire qu’il a çà sa disposition la magnifique Bessie Love, l’une des plus grandes actrices du muet, passant du registre comique au tragique sans problème ni hésitation : une actrice complète, en somme.

Il faut dire qu’elle est à chaque fois à l’aise, sans compter le propos un tantinet léger du film qui la met encore plus en valeur.

 

Ginger Bolivar est une héroïne du monde de Capra. C’est une jeune femme déterminée et forte : si son père donne son nom et ses œuvres à sa troupe, c’est avant tout elle qui commande, et d’une main de fer. Elle ne se laisse pas démonter par un bellâtre de passage, fût-il Don Wilson lui-même. Et ça tombe bien, puisque c’est lui ! Mais c’eût été le pape lui-même, son attitude resterait la même : c’est elle qui dirige et il faut se plier à sa volonté.

On retrouve dans cette héroïne ce qui fera le sel des suivantes, de Claudette Colbert à Barbara Stanwyck, pour ne nommer qu’elles.

En plus de la volonté, on retrouve une candeur et une naïveté propres à de nombreux personnages masculins de Capra : de Longfellow Deeds à John Doe ou encore George Bailey. Ce sont des idéalistes qui ne se rendent pas compte tout de suite de la méchanceté des grandes villes et n’en ont que plus de mal quand ils s’aperçoivent du rôle qu’on a voulu leur faire jouer.

Et Ginger Bolivar synthétisent ces deux types de personnages (féminin et masculin), le tout agrémenté d’un sex-appeal évident (et d’une pointe de coquinerie…) pour notre immense plaisir.

Comment ne pas tomber amoureux d’une telle héroïne qui allie la beauté à la force tout en restant fabuleusement romantique…

 

En face d’elle, on trouve un Johnnie Walker tout à fait dans le ton de cette comédie, sa prestation de chanteur à visage noir en rappelant un autre qui vient d’exploser l’année précédente : Al Jolson. On ne peut que penser au Chanteur de Jazz quand on voit Johnnie Walker imiter Jolson, voire le surpasser. Il faut dire qu’il était encore de bon ton de se moquer du cinéma parlant, avant qu’il ne se retourne contre ses détracteurs, dont Johnnie Walker faisait partie : après son avènement, Walker ne fera plus que de petites apparitions, sa voix n’ayant pas été retenue comme convenable, à tort ou à raison (1).

 

Reste un film longtemps perdu qui fut retrouvé et restauré et remonté, accompagné d’une entraînante musique de Robert Israel, autre grand compositeur de restaurations. Et c’eût été dommage de passer à côté de cette comédie qui n’est pas sans annoncer Chantons sous la Pluie : il y a une analogie entre la troupe des Bolivar et le cinéma muet, cet art parfois grandiloquent et qui est gentiment moqué dans le film de Donen et Kelly. Tous deux sont inadapté dans une nouvelle ère moderne qui  balaie tout et tous sur son passage.

 

Et en plus : c’est très drôle !

 

 

(1) Les ingénieurs du son étant tout puissants entre 1927 et 1930, certains acteurs eurent leur carrière brisée, victimes – parfois – du bon vouloir de ces personnes. Ce fut le cas pour John Gilbert, encore que ce dernier avait un ennemi mortel (terme peu galvaudé dans ce cas précis) en Louis B. Mayer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Capra, #James Stewart
Mr Smith au Sénat (Mr Smith goes to Washington - Frank Capra, 1939)

Attention : film (très) américain.

Il s’agit de l’un des films les plus américains qui soient puisque nous pénétrons avec  Jefferson Smith (James Stewart, toujours formidable) dans les arcanes du système politique américain.

En effet, si Mr Smith va à Washington, c’est parce qu’il a été désigné sénateur en remplacement d’un autre qui est mort. Alors évidemment, n’ayant jamais quitté sa campagne, il est la proie rêvée des journalistes qui ne se privent pas pour se moquer de lui.

Il faut dire que sa désignation n’est pas innocente : le sénateur Paine (Claude Rains), son partenaire de l’état, voit en lui un faire valoir inoffensif.

Mais, vous vous en doutez, Smith ne va pas se laisser faire.

 

Jefferson Smith, c’est avant tout ce qu’on pourrait appeler un Américain moyen. Son nom est le nom le plus commun qu’il soit et son prénom, Jefferson, fait tout de suite référence à Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique : c’est ce dernier qui est considéré comme le rédacteur de la Constitution. Et le fait que notre Jefferson écrive un projet de loi n’est donc pas innocent. De plus, comme son glorieux modèle, c’est un écrit qui aura des répercussions. Quant à son patronyme – Smith – il n’est pas sans rappeler un certain Joseph Smith, arrivé avec le Mayflower… Celui avec Poca Hontas, vous savez ? Encore une ascendance prestigieuse et aussi fondatrice.
Il y a d’ailleurs une analogie entre l’arrivée de Jefferson Smith au Sénat, jeune politicien en bute à une assemblée hostile et l’arrivée des Pères Pèlerins – et donc Joseph Smith – dans une nature et un hiver hostiles en 1620…

 

Smith est un cousin dérivé de Longfellow Deeds (1) : comme lui, il est naïf, mais pur, honnête. Il annonce aussi George Bailey (2), par sa force de caractère qui le fait tenir dans l’adversité. Et comme Deeds, il est le porte-parole de Capra, mais cette fois-ci dans le domaine politique.

Smith est le véritable représentant du peuple : il est pur, il est honnête… Il est vrai. Il dit ce qu’il croit et il croit ce qu'il dit. Sa première émotion en arrivant à Washington, c’est le Capitole, siège du Sénat, qui la lui donne, plus que les jolies jeunes filles qui sont venues l’accueillir. Et son premier réflexe, c’est de visiter la capitale, passant dans chaque haut lieu de l’histoire américaine, dans une séquence où sont superposées les monuments, les Cloches de la Liberté, et bien entendu, le drapeau américain (Star-Spangled Banner), avec la musique appropriée (qui n’est donc pas toujours de Dimitri Tiomkin)… Avec une préférence pour le Mémorial d’Abraham Lincoln, dans lequel on peut trouver la célèbre Gettysburg Address mentionnant « […] le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple […]. »

 

Mais malgré les bons sentiments et cette fois indéfectible en la Constitution, Smith est une cible. Une cible des journalistes tout d’abord, qui s’amusent de ce pantin – semble-t-il – à la botte des hommes d’affaires. Mais ces hommes d’affaire se rendent vite compte que Smith n’est pas de leur côté comme ils avaient pu l’envisager. Il devient donc leur nouvelle cible, alors que dans le même temps, il commence à gagner la sympathie des mêmes journalistes, dont Diz Moore (Thomas Mitchell, qui retrouve Capra et retournera avec lui et James Stewart (2)), un personnage plutôt habituel pour Mitchell : c’est un journaliste consciencieux mais surtout porté sur la bouteille…

 

Ses ennemis sont de deux sortes : financière avec l’infâme Jim Taylor (Edward Arnold, de retour chez Capra lui aussi(3)), magnat de la presse et autres domaines (je n’ai pas dit que c’était W.R. Hearst…) et son complice Chick McGann (Eugene Pallette dans un rôle presque complètement sérieux…) ; et politique avec le sénateur Paine – tout de suite, on pense à « pain » [pein] = douleur – un homme qui fut autrefois intègre, mais s’est compromis avec  Taylor.

Et si Paine a encore une conscience, on sait tout de suite qu’il n’en est rien de Taylor, infâme du début à la fin du film.

 

Mais heureusement, Smith compte des alliés : les enfants tout d’abord, puisqu’il dirige une association de Boy Rangers dans sa ville et voudrait élargir l’expérience au pays tout entier ; le président du Sénat, qui s’amuse comme tout le monde de Smith quand il arrive puis avec admiration (et jubilation) quand Smith défend sa cause ; Saunders (Jean Arthur) enfin, qui succombe progressivement au charme de ce jeune sénateur vierge de toute corruption (c’est leur deuxième collaboration ensemble avec Capra (3)).

 

On retrouve encore une fois, dans cette comédie de politique-fiction les mêmes positions de Capra que dans ses films précédents, avec cette fois une critique beaucoup moins déguisée du gouvernement démocrate alors en charge à Washington. Bien entendu, les membres du Sénat on trouvé cette comédie un tantinet saumâtre…


Mais surtout, si cette comédie a été un tel succès, c’est avant tout grâce à l’interprétation magistrale de James Stewart, dans un rôle taillé sur mesure : un jeune homme américain dans lequel se retrouvent tous ceux qui habitent ce grand pays, qui se bat pour le grand idéal de ce pays : la Liberté. Il est un Smith convaincant, dans l’enthousiasme et surtout dans le désespoir, lâchant ses dernières forces dans un combat qui semble perdu d’avance.

 

Pas étonnant qu’ensuite, Frank Capra, chantre de l’Amérique, ait participé au service des Transmissions de l’US Army pendant la deuxième guerre mondiale, réalisant la série Why we fight.
 

 

(1) L’extravagant Mr Deeds

 

(2) La Vie est belle

 

(3) Vous ne l’emporterez pas avec vous

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
L'extravagant Mr Deeds (Mr Deeds goes to Town - Frank Capra, 1936)

Longfellow* Deeds (Gary Cooper) vit dans une petite ville américaine, jouant du tuba dans la fanfare municipale. Une bonne petite vie, à l’écart des turpitudes et du rythme infernal de la ville.

Sauf que son oncle – richissime – décède dans un accident de voiture.
Et c’est lui qui hérite : 20 millions de dollars.

Que faire d’une telle fortune, quand on n’en a pas spécialement besoin ?

 

Frank Capra est le cinéaste des petites gens, des gens ordinaires. Après les aventures de la riche héritière et du journaliste (New York – Miami), Capra délaisse – d’une certaine façon – la Haute pour se pencher sur ceux qui auraient pu être leurs compagnons de voyages.

Deeds en fait partie. Il n’a rien d’extraordinaire si ce n’est qu’il joue du tuba – ce n’est pas un instrument passe-partout – alors quand cette fortune lui tombe du ciel, il est bien embêté et n’a de cesse de vouloir s’en débarrasser. Et comme c’est un homme foncièrement bon, il ne peut que la distribuer à ceux qui en ont un réel besoin : « les petits, les sans-grade… Bref, les victimes de la grande Dépression de 1929.

Et si Deeds les aide, c’est avant tout parce qu’il est le porte-parole de Capra.

En effet, ce dernier ne portait pas beaucoup dans son cœur l’administration démocrate du président Roosevelt. Deeds se pose contre le système établi – l’administration Roosevelt – comme le fera ensuite le vieux Vanderhof (Vous ne l’emporterez pas avec vous) ou encore Jefferson Smith (Mr Smith au Sénat), se battant contre cet argent qui corrompt et divise les gens. Et l’audience devant le juge (H. B. Warner, toujours présent) et la plus révélatrice de l’opinion du metteur en scène. Les avocats ne sont plus seulement les représentants de leurs clients (Jameson Thomas & Mayo Methot), mais bien rattachés (assimilés ?) à cette administration que Capra n’aime pas.

 

Il y a chez Deeds la même lueur dans ses yeux que celle de George Bailey (La Vie est belle) : aider les gens parce qu’on les aime, au lieu d’essayer de leur faire mal comme c’est le cas dans le New York de Deeds.

Mais Deeds, c’est aussi l’âme de l’Amérique que Capra aime par-dessus tout. Pourquoi Deeds accepte-t-il de venir à New York ? Pour voir la tombe de Grant et la Statue de la Liberté. Ses intentions sont les meilleures. Mais il est dans un monde de requins où chacun essaie de marcher sur les autres pour réussir.

On retrouve dans le projet de Deeds le même idéal communautaire que celui de ces deux autres héros. On retrouve d’ailleurs cette même idée dans Notre Pain quotidien, sorti deux ans plus tôt.

 

Et qu’on soit d’accord ou non avec les idées de Capra, on se sent tout de même obligé de suivre Deeds. C’est un idéaliste, un utopiste, mais c’est avant tout un homme de bon sens voire tout simplement bon. Ses plaisirs sont simples, à la portée de chaque spectateur qui vient, en cette période troublée des Etats-Unis, se divertir et peut-être aussi chercher une parcelle de bonheur. Tous ces paysans que Deeds veut aider, ce sont pour la plupart ces mêmes spectateurs qui viennent suivre son histoire et se prêter à rêver d’un monde meilleur. Et Capra leur dit que c’est possible, et tout comme nous, beaucoup sont ressortis du film avec une esquisse de sourire aux lèvres, très certainement.

 

Et c’est là qu’est le grand talent de Capra : réussir à faire sourire et rêver ses spectateurs avec des histoires simples, avec des gens ordinaires, auxquels les spectateurs peuvent aisément s’identifier.

Et puis il y a Gary Cooper, un grand échalas encore un tantinet adolescent, et qui s’émerveille de tout, parce qu’il le faut aussi pour supporter la vie. Et il a avec lui deux alliés magnifiques : la belle Babe Bennett (Jean Arthur, qui reviendra tourner avec Capra), celle qui ne peut que tomber amoureuse d’un tel personnage ; et Cobb (le trop méconnu Lionel Stander** qui joua autre chose qu’un serviteur de couple riche pour la télévision), journaliste reclassé dans la protection de l’image de son patron, et qui soutient cet homme apparemment extravagant (d’où le titre français) mais qui est, au bout du compte, un véritable humain, sinon le seul.

 

Et le tout avec l'humour habituel de Capra, tout en subtilité…

 

 

* appellation onomastique s’il en est…

 

** Une personnalité inscrite sur la liste noire de l’HUAC jusqu’à sa dissolution ne saurait être complètement mauvaise…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
New York - Miami (It happened one Night - Frank Capra, 1934)com

Vingt-septième minute du film : Peter Warne (Clark Gable) retire sa chemise. Il n’a pas de maillot de corps.

Dès cet instant, les fabricants de sous-vêtements pour hommes vont voir leurs chiffres d’affaire s’effondrer. Certains vont même essayer de poursuivre les studios Columbia. Tout ça parce que l’enlever prenait trop de temps par rapport à ses répliques…

Mais ça, c’était avant. Au temps où le cinéma était un loisir rare et cher, au temps où les passagers d’un bus fumaient le cigare, alors que les spectateurs des salles obscures se contentaient de simples cigarettes…

Bref, c’était avant.

 

Je passerai vite sur la traduction du titre original – It happened one night (Ca s’est passé une nuit*…) – sans relever l’indigence de la traduction, en vous soumettant tout de même une question : la traducteur a-t-il vu le film ou au moins lu le résumé de l’intrigue ?

Car si l’action se situe entre New York et Miami, le voyage entrepris commence bel et bien à Miami.

C’est dans cette ville que la belle héritière Ellen Andrews (Claudette Colbert), suffisante comme seule sait l’être une jeune héritière, a quitté son père (Walter Connolly, un habitué des films de Capra) pour s’en aller rejoindre celui qu’elle a épousé en cachette : Westley King (Jameson Thomas), un coureur de dot qui a pour autre talent de piloter des engins volants…
Elle se retrouve dans un car – conduit par Ward Bond – en même temps que Peter Warne, journaliste en rupture de ban avec son patron (en clair : ce dernier l’a viré), et doit partager la même banquette.

 

C’est un road movie où deux personnages très différents – une jeune aristocrate suffisante et un journaliste border line assez suffisant lui aussi – vont finir ensemble, quoi qu’il se passe.

Mais c’est justement le comment de cette fin heureuse annoncée qui est magnifiquement filmé par Capra. Tous les deux ont des caractères forts, mais malgré tout, ils ne pourront que difficilement se passer l’un de l’autre.

Et surtout, c’est la nuit que se passent les péripéties les plus importantes (d’où le titre original !) :

  • c’est la première nuit qu’elle s’endort contre lui, se réveillant presque dans ses bras ;
  • c’est la première nuit qu’ils passent ensemble dans un bungalow qui amène le Mur de Jéricho ;
  • c’est la nuit qu’ils prennent la tangente pour échapper aux recherches de la jeune femme par son père inquiet ;
  • c’est enfin la dernière nuit que ce mur s’effondre, au son de la trompette (cf. Livre de Josué, chapitre 6).

Cette dernière nuit fit d’ailleurs couler beaucoup d’encre, surtout chez les bigots, et amène peut-être la réponse sur cette fameuse nuit où quelque chose s’est passé…

 

Le reste, c’est du pur Capra. On retrouve une communauté qui prend du bon temps ensemble : à tour de rôle les voyageurs chantent les couplets de la chanson à succès de cette année-là, The Man with the flying trapeze (que les amateurs de Spike Jones connaissent bien), avant de reprendre tous en chœur le refrain. On retrouve aussi la distance entre les deux personnages, du fait des convenances, distance qu’on retrouve dans La Vie est belle entre Peter Bailey et Mary Hatch. Avec en plus, une véritable séparation (le Mur de Jéricho).


Et puis il y a le duo vedette Colbert-Gable. Alors que le tournage fut plutôt exécrable et que Claudette fut heureuse d’en finir, à aucun moment on ne sent une quelconque tension. C’est un duo qui fonctionne magnifiquement d’un bout à l’autre, avec en point d’orgue la scène dans le bungalow à l’arrivée des détectives.

 

Petit détail enfin : Ellen, abandonnée (le croit-elle) par Peter est chassée du motel et se rend à la police pour appeler son père. Quand ce dernier vient la chercher, la presse est là pour immortalisé ce grand moment de romance : elle va retrouver son mari (qu’elle a épousé contre l’avis paternel). Mais si cette histoire semble connaître une fin heureuse, le visage contrit de Claudette Colbert nous fait penser à une criminelle quittant le poste de police pour aller en prison… Mais n’est-ce pas le cas ?

 

Et, encore une fois, le film terminé, les spectateurs s’en vont avec un sourire**…

Ca valait bien 5 Oscars…

 

 

          * « Quelle nuit ? » ou « Quelle nuit ! » ?

 

          ** N’oublions pas tout de même l’irruption de la réalité de l’Amérique des années 1930 et les ravages de la crise auprès des petites gens : une mère, qui effectue ce voyage (de la dernière chance ?) avec son fils, s’évanouit, n’ayant plus d’argent pour pouvoir acheter de quoi  manger…


 

 

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