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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

fred c. newmeyer

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Harold Lloyd, #Comédie
Girl Shy (Fred C. Newmeyer & Sam Taylor, 1924)

Avant toute chose, je tiens à faire une mise au point. Si vous êtes un des habitués de ce blog, vous devez connaître ma crispation à propos des traductions françaises des titres de films étrangers, et surtout des films comiques américains. Avec Girl Shy, j’ai un sentiment que nous ne sommes pas loin de toucher le fond. En effet, la « traduction » qui en fut faite est des plus minables qui soit (1).

En effet, prenant prétexte d’un handicap – temporaire – du héros le film sortit avec cette abomination que je refuse de citer ici (2).

On sent dans ce titre une  forme larvée de dénigrement qui peut s’expliquer par la tendance à considérer les films comiques comme des amusements bons pour le vulgum pecus, tandis qu’une certaine catégorie ne s’émouvrait que sur des sujets plus sérieux.

Et penser cela de Girl Shy, c’est faire une « grosse erreur » (traduction un tantinet plate : cf. Last Action Hero).

 

En effet, encore une fois, Harold Lloyd – aidé entre autres de Fred C. Niemeyer et Sam Taylor – nous offre une comédie des plus subtile, dont le héros prénommé Harold (comme c’est bizarre…) se retrouve dans une situation tragique et réussit tout de même à nous faire rire.

Harold donc est timide avec les filles (d’où le titre original). Pourtant cela ne l’empêche pas de proposer à un éditeur un manuscrit dans lequel il tente d’aider les jeunes gens à séduire les jeunes filles.

 

De ce paradoxe naît un nombre incalculable de gags : dans son livre tout comme dans sa vie.

La création littéraire nous permet d’assister à quelques-unes de ces supposées conquêtes : une vamp qui rappelle Theda Bara (Nola Luxford) ou encore une flapper qui a plus que quelque chose de Clara Bow (Judy King). Pas un seul instant nous ne prenons au sérieux ce qu’il écrit.

Pendant ce temps, dans la vraie vie, il est tailleur et ne peut s’empêcher de bégayer dès qu’il doit s’adresser à une femme (jeune ou plus âgée).

 

Et puis il y a la rencontre : la jeune Mary Buckingham (Jobyna Ralston), riche héritière courtisée par le méchant du film : Ronald DeVore (Charlton Griffin). Bien sûr, le spectateur francophone comprend tout de suite, à la lecture de son nom que ce n’est pas un personnage recommandable (loin de là).Pourtant il va presque réussir à se marier avec Mary !

Et c’est là que se situe le tour de force du film : alors qu’il venait voir l’éditeur à propos de son livre, les secrétaires vont se moquer de lui et de son livre – qu’elles ont lu – avec force éclats de rire – amenant une déprime sévère chez Harold qui lui fera mentir à Mary, honteux d’être un écrivain raté.

Il s’agit de l’un des moments les plus tragiques que j’ai vus dans les films de Lloyd. ON y sent un désespoir tangible, sa conduite – défensive – envers Mary amène un degré d’émotion qui sera entretenu le plus longtemps possible, voire jusqu’à la cérémonie pour Mary pendant que son « ex » tentera le tout pour le tout pour la regagner.

 

Nous assisterons alors à l’une de ses plus belles courses, contre le temps comme plus tard dans Speedy, mais avec une utilisation de divers moyens de locomotion sauf l’avion et le vélo (3), amenant une tension de plus en plus forte afin d’amener une résolution optimale de l’intrigue.

C’est dans ce film qu’on peut voir Harold à l’arrière d’un camion de pompier essayer d’y rester en attrapant le tuyau qui se dévide à mesure qu’il tombe vers l’arrière, jusqu’à la chute inévitable… Formidable !

 

Et puis il y a Jobyna. Non seulement elle était très belle, mais en plus elle s’intégrait superbement dans l’univers de Lloyd. Ce n’est pas un hasard si elle partagea plus d’une fois la vedette avec lui. Ici, Mary est le révélateur pour Harold : en sa compagnie, il est audacieux (il réussit à sauver son petit chien) et il arrive à parler sans hésiter de son livre, ni surtout à l’ennuyer par son récit.

Lors de leur retrouvailles, nous assistons – encore une fois – à un grand moment d’émotion : il est sur une barque, sous un petit pont, en train de pêcher un peu, mais surtout rêver, contemplant avec amour une boîte de biscuits pour chien (4) pendant qu’elle, immobile sur ce même pont chérit la boîte de crackers qu’il lui avait achetée dans le train, son reflet apparaissant sur la surface de l’eau. Mais comme Harold rêve, il ne se rend pas compte qu’elle est vraiment là.

 

Girl Shy est, à mon humble avis, l’un des meilleurs films de Lloyd, mélangeant habilement tragédie et comédie, arrivant à faire rire dans les moments tragiques, et à émouvoir dans les moments comiques.

Fabuleux.

 

 

  1. Même Along came Jones est mieux traduit que ce film. Encore que… Peut-être pas Along came Jones.
  2. Encore une fois j’en fais trop : Ca t’la coupe.
  3. Ce dernier véhicule sera tout de même présent puisqu’un enfant passe près de lui en tricycle.
  4. La scène du biscuit est encore un beau moment comique, qui rappelle d’une certaine façon les bonbons de Grandma’s Boy)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Comédie
Une riche Famille (Hot Water - Fred C. Newmeyer & Sam Taylor, 1924)

Si le titre français tient en partie compte de l’intrigue, il faut aller chercher dans le titre original le véritable thème du film : Hot Water.

Il n’est pas question d’eau chaude, mais de l’expression « to be in hot water » qui signifie être dans le pétrin.

Et pour y être, Hubby (Harold Lloyd) y est, et profondément.

Mais reprenons.

 

Jeune célibataire, il s’étonne que ses amis se marient, conscient que jamais il ne cèdera à un quelconque regard langoureux. Bien entendu, c’est u ne fois qu’il l’a dit qu’il croise sur son chemin une belle jeune femme (Jobyna Ralston) qu’il  va bien sûr épouser.

Et comme toujours dans ces cas-là, la belle jeune femme a une famille. Et si cette famille n’est pas spécialement riche comme le suggère le titre français, elle vaut tout de même son pesant d’or : une belle-mère présidente d’un club de dames patronnesses (Josephine Crowell) ; un beau-frère adulte (Charles Stevenson) qui a un tel poil dans la main qu’il s’en sert de canne ; et un autre (Mickey McBean), très jeune, qu’il est préférable de tenir à l’œil sinon au bout d’une laisse.

Ces bonnes débarquent chez les jeunes mariés le jour où est livrée la voiture qu’Harold a achetée…

 

Après une exposition rapide qui amène le mariage, le film se divise en trois parties : la première voit Harold gagner une dinde à la loterie du marché et la ramener chez lui par le tramway ; la seconde voit une promenade automobile qui tourne rapidement à la catastrophe ; et la dernière qui voit tout ce petit monde à la maison après la destruction de la voiture.

Si ces trois parties vous semblent apposées, il ne faut absolument pas vous y fier.

Certes, les deux premières sont l’occasion d’une série de gags visuels très savoureux, elles sont indispensables au bon déroulement de la troisième.

 

Car si Harold se retrouve dans « l’eau chaude », c’est bien entendu en plongeant la tête la première, mais la sortie est tout de même au bout, après cette troisième partie qui utilise les différents événements des parties précédentes dans un quiproquo absolument génial.

La dinde et la voiture (très) accidentée vont y jouer un rôle des plus savoureux (1) : alors qu’Harold pense avoir tué sa belle-mère d’une overdose de chloroforme, différentes interventions de policiers – en rapport avec ce qu’il s’est passé avant, donc – vont faire accroire à notre héros qu’il va bientôt se retrouver en prison, voire sur l’échafaud !

 

Bref, nous sommes dans du très grand Harold Lloyd où le comique est omniprésent en gestes, en situations voire en paroles (les intertitres sont eux aussi source de gags), amenant des situations de plus en plus élaborées et de plus en plus drôles, continuant la régulière progression du cinéma comique hors des ressorts du slapstick vers un comique beaucoup plus fin prenant en compte les aspects psychologiques des personnages, tout en restant dans des cadres stéréotypés indispensables : la belle-mère est un exemple quasiment incontournable de ces stéréotypes.

Ici, Harold veut se débarrasser de sa belle-famille (la mère en priorité, cela va sans dire) : son voisin lui conseille de ne pas l’affronter à jeune et donc de boire une bonne rasade d’alcool (2).

Ce conseil, risqué tout de même quand on sait que la vieille dame a prononcé un discours important, va quand même porter ses fruits (3), et l’absorption de ce liquide prohibé est même indispensable à la fin heureuse attendue.

 

Après, si vous voulez savoir comment, je vous laisse découvrir…

 

  1. Quel régal, décidément…
  2. N’oubliez pas que le Volstead Act est en application depuis cinq ans et va se poursuivre neuf ans encore…
  3. Normal, dans une comédie, tout se termine bien. Pour le héros.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Harold Lloyd
Vive le Sport ! (The Freshman - Fred C. Newmeyer, Sam Taylor - 1925)

Harold Lamb (Harold Lloyd) veut aller à l’université.

Il faut dire que le héros de son film préféré y fait ses débuts, et Harold ne rêve que de l’imiter voire d’en être la nouvelle mascotte.
Et pour ce qui est d’être une mascotte, c’est très bien réussi. Mais pas vraiment comme il l’attendait : il est la risée des étudiants, sans même s’en rendre compte.

Plus dure sera la chute.

 

Deux ans avant Keaton, Lloyd emmène son personnage dans une grande école : l’université.

Et toujours avant lui, c’est par le sport qu’il compte briller. Mais si Buster veut épater une jeune femme, Harold, lui ne veut rien moins que séduire l’université entière.

On retrouve alors le jeune homme naïf qui nous fait toujours autant rire. Parce que son comique, supposé naïf, demande une plus grande attention afin de déclencher les rires du publiques : faire rire tout en faisant semblant de ne pas faire exprès de faire rire, l’une des formes de comiques les plus répandues au temps du muet, du fait de l’absence de paroles entendues.

 

Et c’est un véritable festival, accentué par le décalage entre ce qu’il pense et ce qu’il se passe réellement. Mais plus le film avance et plus le décalage se fait, jusqu’au moment inévitable de la retombée sur terre.

Mais cette désillusion est atténuée par l’amour qui naît entre Peggy (Jobyna Ralston),  la réceptionniste de l’hôtel, et lui. C’est d’ailleurs dès la deuxième séquence qu’on sait, en tant que spectateurs que ces deux-là finiront ensemble. Leur rencontre, base d’un quiproquo, se révèle être une très belle scène d’amour de cinéma.

Il faut dire que le tandem Lloyd-Ralston est très efficace. C’est déjà leur troisième film ensemble (le quatrième si on compte Et puis ça va où la belle Jobyna ne fait qu’une apparition), et il y en aura deux autres dont le superbe Kid Brother.

Le duo fonctionne admirablement, Peggy donnant des ailes au jeune candide afin qu’il se révèle tel qu’il est.

 

Le film fonctionne admirablement : Fred C. Newmeyer et Sam Taylor – encore eux – sont aux commandes et la mécanique est bien huilée.

C’est une succession de situations toutes plus drôles les unes que les autres, étirant, comme d’habitude, un gag jusqu’au bout : le bal où le complet d’Harold part en lambeau est magnifique de trouvailles pour ne pas montrer (aux autres) l’état de plus en plus lamentable de sa tenue de soirée.

 

Quant au sport dont parle le titre français*, c’est, bien entendu, le football (américain). On assiste alors à un match – toujours improbable, et c’est aussi pour ça que le comique fonctionne – où le blanc-bec* va se révéler : malgré lui dans un premier temps, puis volontairement avec en prime le gag du cordon du ballon.

Il s’agit de l’un des plus beaux matches de football du Cinéma (décidément, que de grandeur dans ce film), avec bien sûr celui de M*A*S*H*, 45 ans plus tard…

 

Un film qu’il est urgent de (re)découvrir !

 

 

* Le titre original – The Freshman – signifie le blanc-bec ou le bleu, le nouveau. Bref, cela n’a rien à voir directement avec le sport. De plus, si c’est le sport qui va le révéler aux autres, c’est avant tout parce que le reste n’a pas fonctionné et que c’était la dernière possibilité.

Décidément, les traducteurs de cinéma et moi ne sommes pas souvent d’accord…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd, #Fred C. Newmeyer
Et puis ça va (Dr. Jack - Fred C. Newmeyer, 1922)

Le docteur Jack (Harold Lloyd) du titre original en est un autre (d’original) : plutôt que de traiter ses patients avec des prescriptions longues comme le bras, il contribue à les rendre heureux. Et ça marche. Sauf pour ses finances.

Et un jour, il rencontre une pauvre petite fille souffreteuse (Mildred Davis) qu’une espèce de charlatan au nom germanisant, le docteur Ludwig von Saulsbourg (Eric Mayne), gave de médicaments et de soins, approuvé par le père même de cette jeune femme (John T. Prince).

Mais ce dont elle a surtout besoin, c’est de l’excitation de la vie…

Le Dr. Jack a trouvé un remède…

 

On retrouve le couple Lloyd-Davis, un an avant leur mariage. Et encore une fois, ils vont tomber dans les bras l’un de l’autre. Mais de quelle façon !

Rapidement, on prend la mesure du Dr. Jack et de ses traitements miracles, une occasion de s’amuser de ces faux malades qui recouvrent immédiatement la santé parce qu’il faut une chose qu’ils aiment. C’est aussi l’occasion de voir les jeunes Jackie Condon ainsi que Mickey Daniels et ses taches de rousseur caractéristiques (et son père Richard) qui participent à la même période à la série Our Gang de Hal Roach (qui est ici un des scénaristes). Bref, nous sommes en famille, et certains plus que d’autres ou vont l’être très bientôt.

 

Alors que Jack et la jeune femme ne se connaissent pas, on remarque tout de suite une complicité entre eux dès leur rencontre. Si Lloyd est souvent timide et maladroit dans son attitude en présence d’une jolie femme, il en va tout autrement ici. Est-ce le fait d’être un docteur reconnu dans son village ? Toujours est-il qu’il joue au maladroit, au détriment, à chaque fois, du docteur von Saulsbourg. Ce dernier est celui qu’on peut identifier comme le méchant de l’histoire. Même si ce terme est un peu fort pour un homme qui est avant tout un charlatan, singeant des pratiques qui ont cours en Europe plutôt centrale. Son patronyme rappelant la ville de Salzbourg (Autriche) et son apparence, une belle barbe bien taillée, rappelant sans conteste un praticien viennois amateur de cigares (vous voyez de qui je veux parler)…

 

La plus grande partie du comique du film tire partie de cette opposition entre deux pratiques de la médecine assez opposées. Et la grande habileté des scénaristes (Sam Taylor et Jean Havez en plus de Roach) est d’inverser les rôles des deux médecins.

Je m’explique.

Alors que von Saulsbourg ressemble à une caricature de Freud, il est un médecin qui soigne essentiellement le corps. De fort mauvaise façon, d’ailleurs, à grands coups de médicaments, potions et autres comprimés, poudres (etc.) : une véritable pharmacie ambulante...

Jack, pour sa part, va soigner avant tout l’esprit de ses patients : il détourne leur attention, leur faisant alors oublier les symptômes douloureux dont ils se plaignaient.

Paradoxal, non ?

 

L’autre élément comique vient du fou meurtrier évadé, que Jack va simuler afin de soigner sa nouvelle et belle jeune patiente. Une perruque noire, de fausses dents de vampire et une grande cape suffiront. Accoutré ainsi, semant la peur autour de lui, il n’est pas sans rappeler un autre monstre (terme on ne peut plus adapté…) : John Barrymore dans Dr. Jekyll & Mr Hyde.

 

PS : encore une fois, le titre français est inutilement compliqué. Il n’était nul besoin de faire une phrase plus ou moins accrocheuse, la présence seule de Lloyd assurait le succès du film.

Tant pis.

 

PPS : bien que non crédité, Sam Taylor participa aussi à la réalisation

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Harold Lloyd, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Muet, #Comédie
Monte là-dessus ! (Safety Last! - Sam Taylor, Fred C. Newmeyer, 1923)

Un jeune homme, Harold (Lloyd), derrière des barreaux, dit adieu à sa fiancée Mildred (Davis).

Derrière lui, une potence avec une corde.

Il est prêt pour le long voyage.

En effet, il va prendre le train, et la potence n'est autre qu'un relai de poste pour le machiniste.

Dès la première séquence, le ton est donné qui prévaudra pour tout le film : la vérité est ailleurs.

Le film n'est qu'une succession de mensonges : le spectateur en est la première victime, puis ce sont la bien aimée de Harold et les gens qui travaillent avec Harold au magasin, directeur inclus.

Harold fait croire à sa logeuse qu'il est absent, se fait passer pour un mannequin d'exposition, et surtout se fait passer pour un homme fortuné qui a réussi dans la grande ville auprès de sa fiancée.

Alors évidemment, quand elle décide de lui rendre une visite surprise, les choses se gâtent.

Mais comme il n'est plus à un mensonge près...

 

On retrouve le trio Hal Roach, Sam Taylor et Jean C. Havez pour l'une des comédies les plus célèbres avec Harold Lloyd, si ce n'est la plus connue.

Elle est célèbre pour la scène - devenue culte - du jeune homme accroché à l'aiguille d'une horloge murale, en haut du Bolton Building. Elle se situe dans une séquence où Harold se fait passer pour un monte-en-l'air escaladeur de buildings comme on en trouvait à cette époque aux Etats-Unis, un de ces aventuriers des temps modernes qui voulaient faire parler d'eux en prenant des risques insensés.
Et pourtant, cette séquence arrive seulement à la fin du film, pendant les vingt dernières minutes.

Avant cela, on s'en sera donné à cœur joie dans le magasin en suivant Harold se dépêtrer

- d'une bande de mégères venues le harceler à son rayon - textiles - s'arrachant sa présence pour obtenir satisfaction dans leur commande ;

- de sa fiancée venue lui rendre visite, et donc se faire passer pour ce qu'il n'est pas auprès d'elle comme des autres employés !

Les scènes dans le magasin sont toutes plus drôles les unes que les autres, Harold jonglant entre sa fiancée, ses clientes et ses collègues pour notre plus grand bonheur.

Mais bien entendu, c'est tout de même la séquence d'escalade qui marque le plus. Il s'agissait d'un mensonge supplémentaire : se faire passer pour l'escaladeur - en fait son meilleur ami (Bill Strother) - et échanger avec cet ami en cours d'ascension, sans que personne ne s'en aperçoive.

Mais il faut bien que le menteur soit pris à son propre piège. Et c'est bien Harold qui va grimper tous les étages, sous les yeux de la foule ébahie, ainsi que ceux de Mildred, effrayée de le voir prendre tant de risques.

Quels risques, d'ailleurs ? Tomber ? Pas de si haut que ça, si on en croit le documentaire The third Genius (1989) de Kevin Brownlow et David Gill : tout a été fait en studio. Mais c'est là qu'est le sublime : ça ne se voit pas (sauf si on connaît les trucs, et même dans ce cas). C'est magnifique ! Cela n'aurait tout de même pas empêché Harold Lloyd de se casser un membre en cas de chute, tout de même. Et en plus, il avait déjà perdu deux doigts sur un autre film !

En plus d'être le film le plus connu de Harold Lloyd, c'est aussi celui qui verra sa dernière collaboration avec Mildred Davis. Maintenant qu'ils sont mariés, elle ne tournera plus (sauf en 1927 : Too many Crooks, son vrai dernier film).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Harold Lloyd, #Comédie
Faut pas s'en faire (Why worry - Fred C. Newmeyer - Sam Taylor, 1923)

Harold van Pelham (Harold Lloyd) est un hypocondriaque. Pire que ça, est un riche hypocondriaque. Encore pire : c'est un riche hypocondriaque oisif. Avec ses riches amis oisifs, ils se retrouvent dans un club où on ne fait rien, mais ensemble.

Mais comme Harold ne va pas bien, son médecin lui prescrit un séjour dans l'île Paradiso, en plein océan pacifique.

Sur cette île, l'occupation première est la sieste. La seconde, le repos.

Mais c'est sans compter sur James Blake (Jim Mason). Blake est un renégat américain établi sur cette île. Le regard en coin, la moustache fine, bref, une belle tête de méchant, sournois à souhait. Il dirige une partie de l'île à l'aide d'une poignée de révolutionnaires d'opérette, dirigé par un autre méchant - risible, vraiment - Herculeo (Leo White).

On a beau être en plein Pacifique, tous les gens à la solde de Blake portent un sombrero et une moustache, plus ou moins fournie...

C'est un vendredi 13 que Harold, son valet et son infirmière (il est malade, vous comprenez) débarquent sur l'île Paradiso. C'est aussi ce jour qu'ont choisi les rebelles pour fomenter un coup d'état.

 

Il y a dans ce coup d'état manqué un parallèle évident avec ce qui s'est passé (et ce qui se passe encore) au Mexique dans les années 1910-1930. En effet, la Révolution a beau s'être terminée en 1917, les troubles ont continué pendant de nombreuses années. Quand le film sort (début septembre 1923), Pancho Villa a été tué moins de deux mois plus tôt.

Et finalement, la situation (délocalisée, mais nous ne sommes pas dupes) décrite dans le film n'est pas si loin que ça de la réalité mexicaine.

Heureusement, nous sommes dans une comédie. Face à tous ces guérilleros moustachus, Harold Lloyd se débat comme un beau diable, épaulé par un colosse, qui s'appelle d'ailleurs Colosso (John Aasen).
Mais si Colosso est au fait de la situation ilienne, Harold, lui, n'est rien qu'un riche égoïste dérangé dans son petit confort et son traitement médicamenteux.

- Son valet est molesté par les rebelles ? Il lui reproche sa tenue loin d'être nette ;

- les soldats tirent au canon ? Il les empêche, leur arguant qu'il est venu sur cette île pour se reposer et se soigner.

Pour le reste, il évolue au milieu de la violence sans en avoir conscience, imaginant que les gens qu'ils voit gésir un peu partout sont en pleine sieste.

 

Mais quand ces mêmes soldats s'en prennent à son infirmière (Jobyna Ralston), il n'hésite plus et part à l'assaut de ces méchants... Parce qu'il est a-mou-reux ! Il est subjugué, conquis, idiot... Plus elle le dispute, plus il est heureux... Cela donne un autre souffle au film et surtout à sa personnalité. Il prend conscience de l'état d'insurrection, et en oublie - enfin - son hypocondrie. Et c'est tant mieux pour nous, car cela amène encore d'autres gags. Parce que ce film, comme toujours chez Lloyd, est une accumulation de situations burlesques. On part d'une situation convenue pour lui - un riche jeune homme oisif (comme d'habitude) - et on arrive à un point culminant où ce même jeune homme tient tête (presque) seul à une armée. Mais cette accumulation comique ne pourrait être aussi réussie sans la présence du gigantesque John Aasen, véritable bras armé de van Pelham. L'épisode de la dent à arracher étant un des sommets comiques du film. L'autre grand moment, est la lutte finale contre les deux méchants, puis le reste de l'armée, avec effets spéciaux « normaux »... Bref, du grand art.

 

Hélas, ça ne dure que soixante-trois minutes... On en voudrait plus.

Mais quand on aime, on ne compte pas.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd, #Fred C. Newmeyer, #Comédie

Un an avant Grandma’s Boy, on trouvait déjà la même équipe : Fred C. Newmeyer à la réalisation, Hal Roach à la production et au scénario, et bien entendu Harold Lloyd comme interprète principal.

Il y avait déjà aussi Mildred Davis qui jouait la jeune fille à marier (avant que Lloyd l’épouse réellement en 1924 !), et Dick Sutherland comme l’infâme sultan qui veut la femme pour lui.

Le titre original est plus près de l’intrigue : un homme devenu marin. En effet, le personnage de Lloyd, de riche dandy oisif insupportable, devient un marin courageux pour la femme qu’il aime.

Mais le résumé de l’intrigue sur un intertitre au début du film est plus parlant : « un garçon américain est amoureux d’une fille américaine. Et c’est parti ! »

Cela nous montre bien que le but du film est de s’amuser. Peu importe le sujet.

Et ça marche : coups de pieds aux fesses, portes qui claquent, chutes diverses… Et Harold Lloyd. Il est toujours aussi merveilleux, en jeune homme timide mais résolu.

Le couple Roach-Lloyd continue de fonctionner à merveille pour notre plus grand plaisir.

De plus, les seconds rôles – Noah Young en faire valoir, et Dick Sutherland aux yeux haineux exorbités – sont formidables.

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