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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

gangsters

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gangsters, #Julien Leclercq, #Gilles Lellouche
Gibraltar (Julien Leclercq, 2013)

Marc Duval (Gilles Lellouche) est un type ordinaire, avec ses problèmes ordinaires. Enfin en apparence parce qu’il ne vit pas à Gibraltar sans raison : autrefois, il a obtenu un prêt de 100.000 francs qu’il n’a jamais remboursé…

Mais malgré tout ça, il a des problèmes de trésorerie (un bar et un bateau à rembourser). Il est alors embauché par Redjani Belimane (Tahar « Aznavour » Rahim) pour servir d’aviseur de la douane française : il signale des trafics contre rétribution, c'est-à-dire 10 % des saisies.

Mais la douane anglaise (nous sommes à Gibraltar) entre dans la danse, et comme si cela n’était pas suffisant, un caïd de la drogue, Claudio Lanfredi (Riccardo Scamarcio) le prend sous son aile, faisant de lui un narcotrafiquant d’(envergure internationale.

A ce moment-là, les soucis pécuniaires du début ont des relents de paradis perdu…

Et en plus, c’est d’après une histoire vraie, celle de Marc Fievet, qui fut aviseur pour la douane française avant de se retrouver en prison…

 

Deux ans après L’Assaut, qui racontait la prise d’otages d’un avion en 1994, Julien Leclercq revient avec une autre histoire vraie qui a défrayé la chronique : celle de cet informateur des douanes qui est tombé pour trafic de drogue, abandonné – lâchement ? – par ses commanditaires originels… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Leclercq s’en sort avec les honneurs, réalisant un film qu’on pourrait qualifier d’efficace si ce terme n’était pas teinté d’une certaine violence. Non pas que le film est calme, mais la violence n’y est pas l’élément le plus déterminant. L’intrigue – et l’action – se concentre(nt) sur Duval, et surtout comment il en est arrivé là.

Et le scénario d’Abdel Raouf Dafri se déroule en deux parties séparées par un long flash-back, avant d’arriver à al dernière opération, celle qui va faire tomber ce caïd bien singulier.

 

Et Gilles Lellouche interprète (encore une fois avec talent) magnifiquement le rôle de cet homme contraint à mentir pour vivre, au début, puis survivre, quand les choses se compliquent. Il est un Duval très convaincant, un homme qui risque un doigt dans un engrenage et va y perdre plus que son bras, malgré l’avertissement initial de son mentor… Ce mentor qui est lui aussi dépassé par l’ampleur du lièvre soulevé par celui qui ne devait être qu’un petit informateur.

On suit avec intérêt cette accumulation de mensonges obligés que cet homme bien isolé doit entretenir afin de rester en vie. Et on se demande encore comment il a réussi à survivre à cet incroyable imbroglio. Comme quoi, parfois, la réalité dépasse de loin la fiction !

 

Bien entendu, l’institution en prend pour son grade, surtout avec les derniers intertitres, mais Leclercq aurait tout de même pu préciser que son modèle – dans la réalité – avait tout de même obtenu gain de cause (1) auprès de la justice française.

Mais on ne va pas s’offusquer sur ce détail qui n’empêche pas d’apprécier à sa juste valeur ce film maîtrisé de bout en bout.

Et puis au cinéma, vous savez bien que tout est permis, même d’arranger la vérité

Vérité et cinéma ne vont pas toujours bien ensemble (2), et de toute façon, ce n’est pas ce que l’on recherche quand on va voir un film !

 

  1. Non, il ne meurt pas à la fin !
  2. Sauf chez Clouzot, bien sûr, mais ceci est une autre histoire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet
L'Ennemi public n° 1 (Jean-François Richet, 2008)

« Alors, Mesrine d’un côté, Boulin de l’autre, un partout, la balle au centre ! » (Coluche)

Il faut dire que le matin du 2 novembre 1979, le suicide du second faisait la une en France. Mais pas pour longtemps... comme le prédit Broussard (Olivier « Coquelin » Gourmet).

Nous retrouvons donc Jacques Mesrine (Vincent Cassel, toujours) en 1973, à nouveau en prison et en attente de procès. Ce procès sera sa troisième occasion d’évasion, avant d’être repris par le commissaire Broussard dans une séquence – véridique – haute en couleur.

Et puis la fuite en avant se termine donc le 2 novembre, là où avait commencé la première partie.

 

C’est une suite du même calibre que le film précédent : Vincent Cassel va au-delà de l’interprétation, il est Mesrine. Il a même pris vingt kilogrammes pour avoir le même gabarit que son modèle au moment de sa fin. A ses côtés, quelques personnages plus ou moins pittoresques mais qui amènent tout de même la véritable réalité de Mesrine : il est seul et même dans la mort, Sylvia (Ludivine Sagnier) ne le suit pas.

C’est donc cette cavale sanglante que nous allons vivre dans cette seconde partie. Si le ton est le même, l’histoire a évolué. Mesrine s’est empâté, et surtout, il passe la plus claire partie de son temps en prison. Et comme nous ne sommes plus dans l’USC de Saint-Vincent-de-Paul, peu de choses à montrer. Sauf, bien sûr, la dernière évasion. Plus spectaculaire qu’au Québec, et toujours en pleine lumière !

 

Jean-François Richet termine, à nouveau de main de maître, l’histoire qu’il a commencée à nous proposer un mois plus tôt, restant au plus près de son personnage principal sans toutefois en faire un héros. Même son procès, dans lequel Mesrine veut se mettre le public dans la poche en plaisantant, n’a pas la force que pourra avoir celui de Goldman dans le film homonyme quinze ans plus tard. Pour deux raisons : tout d’abord l’aspect politique de Goldman, alors que Mesrine a tendance à mépriser les politiques, et aussi l’aspect occasionnel de Goldman en tant que truand, alors que « Monsieur Jacques » est un gangster qui s’assume.

Et Richet passe vite dessus, se concentrant plutôt sur ce qu’il va se passer après : la dernière évasion.

 

Attention, Richet nous prévient une deuxième fois en ouverture du film : ce n’est pas la vérité. Seulement une réalité (plausible) concernant son personnage. Parce que s’il a bénéficié de complicités – indispensables – pour pouvoir récupérer des armes dans la prison (c’est quand même la Santé !), il y a peu de chances que ce soit son avocate (Laure Marsac) qui les lui aient apportées…

Qu’importe donc, le spectacle doit continuer (1) et nous assistons donc à une nouvelle séquence d’anthologie (pour Mesrine).

 

Et puis tout se termine là où cela a commencé, avec la séquence d’ouverture plus fournie et surtout avec un seul point de vue à chaque fois : une seule caméra si vous préférez. Et s’il réutilise certains plans, il en ajoute d’autres, en rapport avec la véritable situation de la rue Belliard (où était planqué le truand) : les différentes planques de la police qui le suit pas à pas lors de son dernier jour.

Puis, vient l’exécution attendue. Sans pour autant excuser Mesrine pour « l’ensemble de son œuvre », Richet a tout de même tendance à privilégier l’aspect peine de mort étatique. En effet, alors que la fois précédente, nous en étions restés à la bâche qui se soulève et les mitrailleurs qui apparaissent, cette fois-ci, nous avons droit à la mise à mort brute voire brutale. Et ce qui fait pencher la balance du côté de la peine capitale (sans jugement), c’est le coup de grâce accompli par un policier qui ouvre la portière de Mesrine et lui tire dans la tête.

Là encore, nous sommes au cinéma. Par contre, nous avons tout de même droit à la version Broussard qui annonce qu’on a procédé à une sommation avant de l’abattre. Soit j’ai mal entendu, soit il n’y en a pas…

 

Un dernier mot enfin sur un regret exprimé plus tôt sur ce site (janvier 2022).

Quarante ans avant le film de Richet sortait un autre film de gangsters, sur un autre « ennemi public n° 1 » : La Bande à Bonnot de Philippe Fourastié. Au contraire de son aîné, Richet brosse avec beaucoup de justesse, de profondeur et surtout de pertinence cette époque et ce(s) personnage(s).

 

Magnifique.

 

PS : Un regret toutefois. On ne répond pas à ma question à propos du film précédent. La séquence qui voit Guido-Depardieu & Paul-Lellouche se faire tuer est superflue. C’est juste une sortie de scène, qui n’a plus rien à voir avec le personnage central. Un petit mot de Mesrine aurait peut-être été le bienvenu…

 

  1. "The show must go on", que voulez-vous (comme disent les British) !
2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet, #Gilles Lellouche
L'Instinct de mort (Jean-François Richet, 2008)

2 novembre 1979.

Un homme et sa femme préparent leurs affaires et s’en vont en voiture. Malheureusement, il y a de la circulation et ils sont bloqués derrière un camion. La bâche du camion est levée : ce sont des policiers armés de mitraillettes.

Cet homme, c’est Jacques Mesrine (Vincent Cassel), et sa compagne, c’est Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier).

C’est ce jour-là qu’il est abattu par la police.

Mais ce n’est pas le sujet de ce film : nous remontons vingt ans auparavant, en Algérie, quand le même Mesrine a devancé l’appel : torture, & exécution sont les maîtres mots de cette période. Libéré, il revient à Paris et commence une activité de truand avec son ami Paul (Gilles Lellouche) sous les ordre de Guido (Gérard Depardieu).

Cette activité criminelle l’emmènera en plus de la prison, au Canada où, là encore le travail honnête ne sera pas privilégié…

 

Jean-François Richet nous replonge dans la période Mesrine avec beaucoup de savoir faire. Mais il évite le piège – facile – de faire passer ce dernier pour un héros. Un homme libre, oui, mais pas un héros. Nous allons le suivre pendant (environ) treize années, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais même si on se déplace beaucoup, ce n’est en rien un road-movie. C’est un film de gangsters plutôt réaliste, où les différentes péripéties ne peuvent pas vraiment être considérées comme des exploits. A part, bien sûr, l’évasion –spectaculaire – de l’USC (Unité Spéciale de Correction) de Saint-Vincent-de-Paul, près de Laval (au Québec !).

D’ailleurs, cette évasion permettra à la société canadienne de se rendre compte du (très) mauvais traitement infligé aux détenus, entraînant sa fermeture. Comme quoi, Mesrine aura tout de même été utile à la société…

 

Mais c’est son parcours – pas spécialement atypique – qui nous intéresse, inspiré de l’autobiographie qu’il avait fait paraître deux ans avant sa mort. C’est brutal, comme le fut la vie de cet homme qu’on peut qualifier d’ambigu. Ambigu pour l’admiration qu’ont encore beaucoup de gens pour lui, et la condamnation de son « exécution » (1) par l’Etat français. Parce que ne nous leurrons pas : Mesrine était un gangster extrêmement dangereux qui n’hésitait pas à tuer s’il le fallait.

Il n’empêche : Richet mène son film avec beaucoup de maîtrise et surtout Vincent Cassel interprète un Mesrine plus vrai que nature, n’épargnant pas les aspects plus sombres de sa personnalité, ceux qu’on a tendance à oublier quand on vante ce personnage.

Et encore une fois, Cécile de France nous montre toute l’étendue de son talent en interprétant Jeanne, complice d’alors du grand truand.

 

Et ce qui frappe le plus, c’est la très belle reconstitution de cette période : bien sûr, on revoit certaines voitures inévitables, mais c’est tout le reste qui est intéressant, les cigarettes fumées à longueur de journée – même à l’hôpital – ou encore la bière en bouteille de 25 cl qui émaille le film… Surtout, il y a certains plans où  Vincent Cassel ressemble fortement à son modèle original. Certes, le maquillage est là, mais il y a quelque chose en plus : des attitudes, des regards qui nous replongent dans cette période troublée où on imaginait croiser « l’ennemi public n° 1 » (2), n’importe où, même au bout de sa propre rue…

 

Et si l’histoire n’est pas finie quand le film l’est, une question reste en suspend pour le spectateur : pourquoi avoir fait exécuter Guido & Paul (une séquence insérée dans l’année 1969, sans aucune influence sur ce qu’on voit après) ?

Réponse dans la suite ?

 

NB : Normalement, on ne prononce pas le S dans Mesrine…

 

  1. C’est ainsi qu’on en parle encore dans certains milieux…
  2. C’est d’ailleurs le titre de la deuxième partie…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Guy Ritchie
Arnaques, Crimes et botanique (Lock, Stock and two smoking barrels - Guy Ritchie, 1998)

500.000 livres sterling.

4 copains.

3 cartes de poker.

2 fusils de collection.

1 collecteur de fonds.

 

Eddy (Nick Moran) est un petit arnaqueur, mais avant tout un prodige du poker à trois cartes. Sauf quand un adversaire triche. C’est le cas de Hatchet Harry (P.H. Moriarty – avec un nom pareil, le rôle du méchant est assuré !) qui non seulement lui prend les 100.000 livres qu’il a amenées mais en plus lui prête les 500.000 annoncées. Qu’il va devoir rembourser, sinon…

Avec Tom (Jason Flemyng), Soap (Dexter Fletcher) & Bacon (Jason « Turkish » Statham) il va monter un coup pour pouvoir rembourser ce terrible créancier (1).

Les fusils ? Ce sont ceux que convoite ce même Harry, et pour lequel deux petits malfrats (Victor McGuire & Jake Abrahams) vont cambrioler une grande propriété.

 

Guy Ritchie fait ses premières armes en long métrage, et il faut avouer que c’est parfaitement réussi. C’est très bien fait, l’intrigue est très bien ficelée, les interprètes au niveau de l’enjeu, et en plus, c’est drôle. Bref, vingt-six ans après, on se rend compte que Ritchie faisait déjà du Ritchie (2) !

Déjà, les gangsters ont des noms pittoresques ; déjà le plus redoutable (Harry) possède une lame dans son surnom (3) ; déjà Alan « Bricktop » Ford est là : c’est lui qui nous narre cette aventure improbable. Et surtout, nous découvrons deux autres figures qui seront-elles aussi dans son prochain film : outre Jason Statham, c’est Vinnie « Bullet-tooth » Jones (Chris), dont ce sont les premiers rôles importants. Chris, c’est le collecteur de fonds, l’instrument du Destin.

Et déjà, les gangsters, pour la plus grande partie d’entre eux, sont des minables.

 

Bref, il s’agirait presque d’une répétition de Snatch, mais en beaucoup plus simple. Avec aussi un résultat aussi calamiteux et meurtrier. Mais tellement jouissif !

Ayant déjà parlé ici du film suivant, je risque de me répéter. Tant pis.

Encore une fois, il y a une histoire d’amitié entre petits gangsters anglais. Et du gibier trop gros pour ces mêmes jeunes gens ! Certes Harry n’a pas la méchanceté intrinsèque de Bricktop, mais il n’en demeure pas moins un très rude adversaire. D’ailleurs, à part les quatre et les deux voleurs de fusils, ce sont tous ce qu’on pourrait appeler des pointures du milieu londonien. Des gens dont on n’aimerait pas faire la connaissance, même à un gala de charité !

Et c’est bien sûr le décalage entre le caïd et les autres qui fait tout le sel du film. Déjà (encore une fois) ce sont les minables qui font pencher la balance du mauvais côté (pour Harry & C°) mais avec tout de même une fin un tantinet scorsesienne, puisque ces quatre amis ne vont pas beaucoup évoluer : le seul changement qui va arriver (inévitablement), c’est le déménagement d’Eddy, puisque sa maison est un petit peu encombrée… De cadavres ! [NB : malgré son penchant appuyé pour l’alcool, ces cadavres ne sont pas des bouteilles vides !]

 

Et la botanique ? On la trouve chez une autre bande de copains jardiniers. Enfin pas des jardiniers courants : ils cultivent des plants de ganja qu’ils revendent à prix d’or. Leur rôle dans tout ça ?

Allez voir…

 

Un régal !

 

  1. Il ne s’appelle pas « The Hatchet » (« la Hache ») pour rien…
  2. Evidemment, à l’époque, on ne le savait pas encore !
  3. Le prochain sera Boris « The Blade » Yurinov (Rade Serbedzija).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Gangsters, #Jacques Audiard
Emilia Pérez (Jacques Audiard, 2024)

Ville de Mexico, Mexique.

Au début, il y a Manitas del Monte (Karla Sofia Gascón), truand notoire mexicain, chef de cartel et tutti quanti. Il est marié à la belle Jessi(ca) del Monte (Selena Gomez) et a deux enfants.

Mais depuis l’enfance, un sentiment le tenaille : il est double. Et il en est sûr : il veut être une femme. Mais quand on est Manitas del Monte, il est difficile d’entreprendre un tel changement sans passer inaperçu, règle numéro des chefs de cartel.

Il fait donc appel à une avocate, Rita Moro Castro (Zoe Saldaña), dont la vie n’est pas folichonne et qui a l’impression de végéter, et surtout qui reste dans l’ombre de son patron pour qui elle écrit les plaidoiries.

Rita abat tous les obstacles, et Manitas meurt (officiellement) et devient Emilia Pérez  (Karla Sofia Gascón).

Seulement Manitas/Emilia a oublié un élément dans son équation : ses enfants. Ils lui manquent.

Elle devient alors leur tante et les accueille chez elle avec leur mère. Mais cette tante est très présente. Trop…

Bien sûr, ce résumé ne prend pas en compte la part lumineuse d’Emilia, mais c’était déjà assez compliqué comme ça…

 

Un film qui dérange l’extrême-droite (1) ne peut pas être mauvais… Et celui de Jacques Audiard est bien loin de l’être ! Non seulement, il développe un thème actuel, mais il le fait sur un sujet où on ne l’attendait pas : qui aurait imaginé un chef de cartel, archétype viril dans l’imagination populaire, vouloir devenir une femme ?

Mais là où on l’attendait encore moins, c’est d’avoir fait de ce film un « Musical » (2), avec chorégraphie (obligatoire, évidemment).

Avec, cerise sur le gâteau, une interprète transgenre en la personne de Karla Sofia Gascón, née Carlos. Et c’est ce dernier élément qui donne toute sa force à l’interprétation et l’intrigue.

 

Nous sommes donc dans un drame musical, mais avec tout de même les éléments de ce qui est à la base du genre : la comédie musicale américaine. Et dès le début, Audiard fait référence à cette époque dorée, et en particulier Singin’ in the Rain (la première séquence chantée avec Rita au marché) et bien  sûr l’inévitable Busby Berkeley (vous irez voir vous-même).

Dès le début aussi, Audiard pose son décor et l’élément incontournable du Mexique : les Mariachi. C’est ce que j’appellerais une faute de goût assumée. Un peu comme s’il disait aux spectateurs : « Nous sommes au Mexique. Passons maintenant à l’intrigue et au cœur du sujet ! »

Bref, il évacue les stéréotypes (3) dès le début pour se concentrer sur cette incroyable intrigue.

 

Et ça marche. Ca marche tellement bien qu’on entre pleinement dans cette histoire, portée tout de même par une interprétation à la hauteur de l’enjeu (élevé). Bien sûr, Karla Sofia Gascón est phénoménale, et pas seulement parce qu’elle a subi cette même transformation. Certes, son allure un tantinet hommasse (quand elle enfile son soutien-gorge)  la prédisposait à ce rôle, mais comme je l’ai déjà écrit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas. Parce que si Gascón est éblouissante, c’est aussi parce que celles (surtout) autour d’elles sont au diapason, et en particulier Zoe Saldaña, qui interprète Rita qui est un faux personnage principal, tout en étant indispensable à l’intrigue de premier plan, ce qui justifie sa place tout en haut de la distribution.

 

Et puis nous sommes au cinéma. Alors puisque tout est possible, Audiard s’en donne à cœur joie et filme avec beaucoup de maîtrise cette histoire (improbable ?). Il nous emmène dans le plausible sans tomber dans l’excès, tout en s’amusant. On sourit de certaines situations, et on est même bluffé  avec l’arrivée d’Epifanía (Adriana Paz).

Audiard nous emmène sur une fausse piste incroyable : c’est une vraie fausse piste qui est vraie tout en étant fausse. C’est aussi compliqué que pour les histoires d’agents doubles qui sont triples si ce n’est plus que ça.

Bref, un véritable coup de maître !

 

Toutefois, il est un élément qui se détache radicalement du genre Musical américain, c’est cette idée de rédemption. En effet, en devenant femme Manitas/Emilia change de vie. Mais certains éléments de sa vie d’avant perdurent, liés bien sûr à la violence. Et si elle se lance dans l’humanitaire, ce n’est jamais montré dans une optique salvatrice. Une seule fois, elle exprime une forme de regret de ses exactions passées, mais c’est très fugace. Et même, Emilia este ce qu’elle a toujours été avant : une égocentrique. A l’instar du chef de cartel qu’elle était, elle décide de tout et dirige tout. Même Rita ne peut aller totalement à  son encontre. Et la meilleure illustration de cet état de fait reste la place des enfants, avec la magnifique séquence entre Emilia et son enfant qui ne dort pas encore.

 

Et si, en France, on reste attaché aux termes de « comédie musicale » (terme peu adapté à ce film), on ne peut pas complètement parler de tragédie, même si ça y ressemble beaucoup : la dernière séquence (musicale, ce la va de soi)est là pour le confirmer, avec une bonne surprise pour le public français, doublé d’une grande pertinence.

 

  1. Karla Sofia Gascón a porté plainte contre la nièce de qui vous savez, suite à ses déclarations transphobes.
  2. [mjuːzɪkǝl] comme disent les anglophones.
  3. On pourrait aussi considérer les cartels et le trafic de drogues comme d’autres stéréotypes mexicains…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Robert Wise
Le Coup de l'escalier (Odds against Tomorrow - Robert Wise, 1959)

 

Trois hommes ;

Totalement différents.

Un même but.

L’argent.

Celui de la banque.

A Melton (New York).

Bien entendu, ça se termine mal.

 

Ca se termine, mal, tout d’abord parce que nous sommes en 1959 quand le film sort, et il est encore impensable que des malfrats s’en sortent après un coup pareil, et surtout parce que ce n’est pas le coup en lui-même qui intéresse Robert Wise (et Harry Belafonte qui a fait appel à lui).

Encore une fois (1), un film de braquage qui se termine mal. Et encore une fois, c’est comment on en arrive à cette tragédie annoncée qui est le centre de l’intrigue et le place parmi les plus grands films du genre.

Il faut dire que les trois hommes n’ont absolument rien en commun, normalement :

  • Dave Burke (Ed « N° 10 » Begley) est un ancien policier, chassé après un scandale qui vit dans un (tout) petit appartement) ;
  • Earl Slater (Robert Ryan) est une petite frappe qui est dans une mauvaise passe (2), et vit avec l’argent de sa compagne Lorry (Shelley Winters) ;
  • John Ingram (Harry Belafonte) est chanteur et surtout flambeur, passionné de courses, et fauché comme les blés.

Tous les trois ont besoin de cet argent, et ils devraient – malgré la morale de 1959 – réussir leur coup et partir avec plus de 200.000 dollars (3).

 

Seulement voilà, Slater ne peut pas voir Ingram, et ce malgré tous les efforts de Burke : c’est un sale raciste. On ne le découvre pas tout de suite, même si sa première intervention parlée n’est pas neutre (il prend dans ses bras une petite fille noire). C’est quand Burke va lui présenter en quoi consiste leur coup que cela va se déclarer.

Et ce racisme va progressivement gangrener l’esprit de Slater : il refuse directement de participer, mais acculé, il va accepter, mettant alors en mouvement la fin funeste prévue.

Parce que Wise (et Belafonte) n’ont pas pu coller pleinement à l’histoire originale qui voyait le Blanc et le Noir s’allier, voire devenir amis ! Il faut dire que La Chaîne (The defiant Ones – Stanley Kramer, 1958) venait d’avoir un franc succès l’année précédente et la fin amicale prévue aurait un peu trop rappelé ce film.

 

Alors ils ont choisi de montrer que le racisme est une mauvaise chose, qu’il détruit. Et la destruction est spectaculaire, rappelant par certains aspects la fin de White Heat dix ans plus tôt. Mais surtout, il annonce un autre braquage célèbre qui voit trois hommes différents se rencontrer : Le Cercle rouge. Melville était passionné par ce film, et on peut voir ici pourquoi !

Et les femmes là-dedans ? Comme nous sommes dans un film de gangsters, elles ont surtout un rôle décoratif. Encore que si Burke est un célibataire endurci (il a un chien qui perd ses poils), les deux autres ne sont pas seuls.

Slater a Lorry qui s’occupe (trop à son avis) de lui, mais cette situation d’homme entretenu ne lui sied pas du tout et son acceptation final du coup est aussi une façon d’exprimer sa fierté : après ce coup-là, il va pouvoir s’occuper d’elle, et peut-être même plus…

Quant à Johnny, il y a trois femmes dans sa vie : Ruth (Kim Hamilton), son ex-femme qu’il aime toujours malgré leur séparation ; Kittie (Carmen de Lavallade), une danseuse du club où il chante, et avec qui il passe « du bon temps » ; et la petite Eadie (Lois Thorne), qui n’est autre que la fille qu’il a eue avec Ruth. Et si Ingram accepte le coup de Burke, c’est avant tout pour protéger sa fille et Ruth, que Bacco (Will Kuluva), son créancier qui est aussi un ponte new-yorkais (suivez mon regard), a menacé de toucher s’il ne lui rendait pas ce qu’il lui doit.

 

Mais quel est donc cet escalier dont parle le titre français ?

En VO, on est plutôt dans l’évaluation sur les chances (odds) du lendemain (tomorrow) : avec ce coup, c’est leur vie qui va changer complètement. Finie la misère et les dettes. Et nous arrivons alors à une échelle qui est mentionnée par l’un des protagonistes : ce braquage est une sorte d’échelle sociale pour eux.

A moins que ce soit celle qui mène aux toits des entrepôts de combustibles…

 

  1. Aucun sarcasme dans ces trois mots !
  2. Slater a toujours été dans une mauvaise passe.
  3. En 1959, c’est une sacrée somme !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #Yves Boisset
Un Condé (Yves Boisset, 1970)

« Vous savez qui je suis ?

- Un condé.

- Oui.

- Vous vous ressemblez tous. »

Ce condé, c’est Michel Bouquet, l’inspecteur Favenin. La tenue sombre, gants noirs et nouvelle coupe de cheveux. Mais il n’est pas le seul. Il y a aussi son ami l’inspecteur Barnero (Bernard Fresson). Et ce dernier vient d’être abattu par Villetti (Michel Constantin), qui venait juste de supprimer le truand Tavernier (Francis Cosne), dit « le Mandarin ».

Alors Favenin n’a qu’une idée : venger la mort de son collègue et ami. Et pour cela, il ira jusqu’au bout. Et même au-delà.

 

Décidément, Michel Bouquet est toujours un policier singulier, voire inoubliable. On se souvient bien sûr de l’inspecteur principal Goitreau qui harcelait Gino Strabliggi chez Giovanni (Deux Hommes dans la ville, 1973) ou encore Javert (l’une des meilleures interprétations de l’inspecteur) chez Robert Hossein (Les Misérables, 1982).

Ici, Favenin est un policier ordinaire qui ne fait pas de politique – même si la mort de Tavernier, qui allait se lancer en campagne électorale, n’est pas pour lui déplaire – et surtout qui ne fait pas de différence entre les hommes qu’il doit appréhender : c’est lui qui insiste pour rattraper les meurtriers de Tavernier et qui va, au bout du compte, signer l’arrêt de mort de son ami.

 

Yves Boisset, qui vient de sortir Cran d’Arrêt le 14 janvier précédent remet le couvert en cette même année 1970 : le 5 octobre, après beaucoup de retard, le film sort en salle et fait – étonnamment – un tabac. Il faut dire qu’un personnage haut placé a contribué pleinement et involontairement à faire la promotion du film : Raymond Marcellin. Vous savez, celui qui a créé les voltigeurs, ces policiers à moto qui frappent les manifestants et les passants… Raymond « La Matraque » est scandalisé par le propos du film et fait tout pour le mutiler, voire l’interdire. Bien sûr, certains dialogues ont été supprimés (1) et l’interrogatoire de Rover (Gianni Garko) retourné, mais le propos du film demeure inchangé.

 

Alors Boisset déroule : entre un homme d’affaires véreux qui compte se présenter sous les couleurs de la majorité (gaullienne voire pompidolienne) et qui est un véritable truand et un policier peu consciencieux qui décide de sa « Saint-Barthélemy du mitan » et ne s’embarrasse d’aucun principe allant jusqu’à tuer si nécessaire, le scénario de Claude Veillot, Sandro Continenza et Boisset ne fait pas spécialement dans la dentelle. 1968 est passé par là et l’image de la police est sérieusement écornée. D’autant plus que le rôle du supérieur de Favenin est confié au formidable Adolfo Celi, spécialiste des rôles de méchants et autres faux derches notoires (3). Et question hypocrisie, nous sommes servis : sa première intervention est on ne peut plus significative. Sans oublier sa propension à couvrir indéfectiblement les hommes sous ses ordres : vous avez donc un magnifique serviteur du dénommé Raymond ci-dessus évoqué.

 

Pour le reste de l’interprétation Boisset fait appel à quelques seconds rôles habituels qui remplissent efficacement leur tâche : de Rufus (Raymond Aulnay) à Henri Garcin (Georgy « Beau Sourire ») en passant par Théo Saropo (Lupo) qui malheureusement décédera avant la sortie du film (accident de voiture), ce sont des personnages solides pour cette intrigue musclée.

Et les femmes ? On en dénombre trois. La femme de Barnero (Noëlle Leiris), celle de Favenin (Anne Carrère) et Hélène Gassa (François Fabian). Bien sûr, c’est belle Françoise qui tient le haut de l’affiche de ce rôle de femme prise entre deux feux : la mort de son frère (Pierre Massimi) et l’amour de Dan Rover, qui veut le venger. Elle fait preuve d’un indéniable courage et réussit presque à sauver la partie. Mais le film est noir et ira jusqu’au bout de la noirceur, laissant un condé seul.

Désespérément seul.

 

Bref, Boisset dénonce une certaine police, c’est dans l’ère du temps. Mais ce n’est que la première fois ! Il reviendra très vite avec des sujets plutôt sensibles… Comme quoi, les années 1970 ne sont pas seulement celles de la R 16 (qu’on voit ici en gros plan) ou l’époque où les médecins circulaient en Diane

 

PS : Francis Cosne, « Le Mandarin », est celui qui a cosigné le scénario du film précédent de Boisset…

 

  1. Pas encore de bip comme dans Le Juge Fayard dit « Le Shérif » !
  2. Petit clin d’œil à Michel Audiard, parce que ça me fait plaisir…
  3. L’Homme de Rio, L’Express du colonel von Ryan, Opération Tonnerre… Je continue ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Gangsters, #Western, #Shane Atkinson
LaRoy, Texas (Shane Atkinson, 2023)

Une route, la nuit.

Un homme (Dylan Baker) prend un auto-stoppeur en panne. Ce dernier plaisante en expliquant qu’il pourrait très bien être un déséquilibré. Mais le conducteur retourne la plaisanterie à son avantage, ce qui n’est pas pour rassurer son passager qui préfère descendre.

C’est ce qu’il va faire.

Sauf que le conducteur – Harry – est un véritable tueur. Et le terminus de l’autostoppeur l’est bel et bien… Six pieds sous terre !

Là Harry reçoit un coup de téléphone lui demandant d’aller à LaRoy (Texas) pour un nouveau contrat.

A LaRoy habite Ray (John Magaro), qui apprend que sa femme (Megan Stevenson) lui est infidèle. Alors qu’il décide de se suicider, il est pris pour le tueur à gages…

 

C’est une belle œuvre que ce premier long-métrage de Shane Atkinson, mélangeant allègrement des situations franchement dramatiques, voire tragiques, avec un humour noir décapant. On s’amuse de bout en bout de ces personnages peu reluisants qui se retrouvent embarqués dans des péripéties qui leur échappent – sauf Harry – tandis que les morts s’accumulent (6 en tout).

Mais une des particularités du film est que les différentes mises à mort ne sont pas montrées : on entend les coups de feu et/ou on en voit les effets dévastateurs. Une seule fois, on voit notre tueur abattre un autre homme, mais sans pour autant apercevoir ce dernier !

 

Bien sûr, on pense aux frères Coen et en particulier à Fargo et No Country for old men : Harry est une réminiscence d’Anton Chigurh (No Country) de par sa froideur professionnel et son côté implacable ; les autres protagonistes, quant à eux, ont plutôt le niveau intellectuel de Showalter et Grimsrund (Fargo), et en particulier Skip Roche (Steve Zahn), détective sans licence, raillé par quasiment tous les habitants de cette ville perdue (1), de par sa fonction et surtout son accoutrement. Certes, nous sommes au Texas, mais un cow-boy comme celui-ci relève plus du pied-tendre que du baroudeur.

Autre élément texan : le personnage de LeDoux (Brad Leland), concessionnaire qui, menacé  va s’expliquer avec Skip et Ray le fusil en mains !

Sans oublier l’accueil que réserve Angie (Galadriel Stineman) à Skip et Ray qui viennent l’interroger !

 

Et en plus, Shane Atkinson a donné à son film une dimension western très bienvenue. On y trouve les grands espaces indispensables et c’est bien normal car LaRoy n’étant pas ce qu’on appelle une mégalopole, on se retrouve rapidement hors de la ville. Et c’est aussi un des éléments comiques de ce film : la présentation de la ville nous laisse présager un trou – ce qui est le cas – et pourtant il s’y passe énormément de choses qu’on a l’habitude de trouver dans une (très) grande ville.

Bref, pour accentuer le côté westernien, LaRoy est une petite bourgade qui va devenir le théâtre d’une espèce de coup de balai violent, avec la venue de cet étranger qui déclenche les hostilités.

Avec en séquence (presque) finale, la confrontation – « duel au soleil » – entre les deux personnages principaux : le tueur et sa (très) pâle copie… Le tout dans un plan déjà vu cent fois, mais qui reste malgré tout très pertinent.

 

Je terminerai en parlant de l’aspect fatidique du film. En effet, malgré toutes les péripéties, le Destin est omniprésent et personne ne va lui échapper. D’une part parce que le tueur est son instrument privilégié, et d’autre part parce qu’une partie des protagonistes reste bloqués sur leurs sorts : « c’est mon mari » ou « c’est ma femme » sont des répliques récurrentes chez ceux qui sont trompés par leurs conjoints – Ray, Kayla (Emily Pendergast) ou Midge LeDoux (Darcy Shean) – sans pour autant imaginer changer les choses, et ce malgré les remarques des autres (Skip, Harry…).

 

Bref, tout le monde s’en va plus ou moins confiant vers une fin qui, si elle n’est vraiment prévisible, reste tout de même fort logique. Mais comme Atkinson multiplie les décalages plus ou moins absurdes, on garde le sourire jusqu’au bout.

 

  1. Tellement perdue qu’elle n’existe pas…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Biopic, #Woody Allen
Prends l'Oseille et tire-toi (Take the Money and run - Woody Allen, 1969)

Virgil Starkwell (Woody Allen) est un braqueur de banques. Un vrai. Mais pas vraiment un dur. Et surtout il est très maladroit ce qui ne lui permet pas de vivre de son métier (d’un autre côté, c’est tant mieux).

Et puis il rencontre Louise (Janet Margolin) et c’est le grand amour. Mais à encore, la vie n’est pas rêvée et avec la naissance d’un enfant, c’est encore plus compliqué. Virgil prend la seule décision qui restait : il va reprendre son activité criminelle.

 

Après avoir détourné un film japonais en y greffant ses propres images et en remaniant complètement l’histoire (What’s up, Tiger Lily?), Woody Allen passe à la mise en scène totale, en plus du scénario (coécrit avec Mickey Rose). Et le résultat est efficace : on rit du début à la fin, confirmant le potentiel comique de ce « jeune » réalisateur. Bien sûr, c’est avant tout un comique burlesque qui nous est offert ici, les maladresses de Virgil étant irrésistibles, et d’une manière générale, c’est avant tout un hommage au cinéma comique américain qui nous est offert. Et on pense aussi bien au muet qu’au parlant.

On revoit Keaton, ou Lloyd et même un plan qui fait directement référence au Lumières de la Ville quand Virgil sort le soir avec Louise : une histoire de monte-charge… Et quand on voit les parents de Virgil (Ethel Sokolow & Henry Leff), c’est à Groucho Marx qu’on pense (1).

 

Mais les hommages ne s’arrêtent pas là. Alors qu’on doit assister à une mise en abyme dans le cadre d’un braquage, un certain Fritz (Marcel Hillaire) fait son apparition : c’est un gangster lui aussi mais il a eu son heure de gloire pendant la période muette. Ce personnage, non seulement parle allemand (Marcel Hillaire était allemand), mais ressemble à s’y méprendre à Fritz Lang (d’où son prénom, évidemment !).

Et puisqu’on en est aux hommages, on a aussi droit à la scène de plage qui n’est pas sans rappeler une Palme d’Or française de en 1966… Et là encore, la maladresse de Virgil fait toute la différence.

 

Malgré tout, on sent que Woody Allen n’est pas encore tout à fait à l’aise. Parfois, les prises de vue sont un peu brouillonnes et le montage peut laisser à désirer. Allen essaie différents plans, différentes techniques… Mais surtout, le film n’est pas présenté vraiment comme un film. C’est plutôt une émission de télévision qui retrace la vie de Virgil, mélangeant quelques éléments autobiographiques de Woody Allen (date de naissance, photos) et un aspect documentaire avec interview de gens qui l’ont croisé pendant ses années de délinquance, avec toujours en voix off celle de Jackson Beck, narrateur infatigable qui égrène les différents éléments de cette vie de turpitudes.

Avec un gag récurrent (« running gag », comme ils disent à New York) autant qu’emblématique : les lunettes du réalisateur-acteur.

 

Alors oui, c’est très drôle, c’est réjouissant, et en plus, c’est quand même bien fait. Alors ne boudons pas notre plaisir : Take the Money and run est le premier d’une série marquée par le burlesque, qui va augmenter en puissance jusqu’au formidable Love & Death (1975).

Attention toutefois, la tendance au bavardage qui va se développer plus tard est déjà là…

Qu’importe, on savoure ce premier vrai film comme il se doit : avec gourmandise !

 

  1. Je ne vous explique pas, voyez le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Gangsters, #Martin Scorsese, #Robert de Niro
Killers of the Flower Moon (Martin Scorsese, 2023)

Phénoménal.

Scorsese nous revient avec une nouvelle histoire sombre, émaillée de morts pas toujours très naturelles, et surtout ses deux acteurs fétiches : Robert DeNiro (Bill « King » Hale) et Leonardo DiCaprio (Ernest Burkhart).

Et surtout la formidable Lily Gladstone (Mollie Brown ép. Burkhart).

Mais reprenons.

 

[Je vous conseille de voir le film avant de lire ce qui suit, bicôze il n’y aura plus beaucoup de surprise : mais qu’importe, le film est tellement magnifique…]

 

Fraîchement démobilisé après la première Guerre Mondiale et survivant à la Grippe Espagnole, Ernest Burkhart débarque à Fairfax (Oklahoma) pour travailler avec son oncle, Bill « King » Hale. Ce dernier est l’un des soutiens les plus importants des Indiens Osages : après avoir été chassés toujours plus à l’Ouest, ils se sont établis en Oklahoma et y ont découvert du pétrole, devenant immensément riches, et donc la proie privilégiée des convoitises.

L’Oklahoma semble l’état rêvé : on y pratique des mariages mixtes (Indiennes & Blancs), et tout le monde s’entend très bien. Sauf que les Indiennes ont tendance à mourir prématurément sans qu’on s’étende beaucoup sur les causes de ces décès. Et bien sûr, les maris – blancs – héritent de leurs parts…

Alors qu’il travaille comme chauffeur de taxi, Ernest rencontre Mollie Brown et tombe amoureux. Il va même l’épouser, malgré la maladie : elle est atteinte de diabète, et en plus ses sœurs meurent l’une après l’autre… Et pas spécialement naturellement.

 

C’est absolument remarquable. Scorsese est à son plus haut ni veau, réalisant, en plus d’un film superbe, une véritable synthèse de son œuvre, allant même jusqu’à y apparaître un petit peu plus que d’habitude. Et la présence du duo vedette n’y est pas non plus pour rien. En utilisant ces deux monstres, Scorsese mélange son passé et son présent avec deux des acteurs qui ont su le mieux évoluer dans son univers cinématographique. Et la présence de Lily Gladstone pourrait presque envisager son avenir s’il n’avait déjà 81 ans… (1)

Avec ce film, une nouveauté tout de même : d’une certaine façon, Scorsese intègre des éléments du western qu’il mêle avec un univers plus fréquent chez lui, les gangsters.

Western parce que nous retrouvons les grands espaces et une lutte entre le Bien (les Osages) et le Mal (les Blancs). Et si nous n’avons pas un duel aux revolvers au soleil (levant ou couchant), nous en avons tout de même un entre les deux hommes dont un seul sortira vainqueur.

Et comme nous sommes chez Scorsese, ne vous attendez pas à une fin glorieuse pour le héros : il ne terminera pas plus haut qu’il n’était au départ.

 

La première force du film, c’est avant tout son intrigue : une histoire authentique avec un peuple indien opprimé, trompé, voire éliminé. Et des Blancs d’une incroyable méchanceté, mais toujours à la manière de Scorsese : avec beaucoup de religion et de famille. Ce dernier élément étant le moteur de Hale qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Et ses pratiques n’ont rien à envier à celle de Paulie (Paul Sorvino) & C° dans Goodfellas. Et si Joe Pesci n’est pas là – l’âge, que voulez-vous – Scott Shepherd (Byron Burkhart) est un substitut plus qu’honorable, la frénésie en moins, cela va de soi.

De plus, Scorsese insiste sur l’inexorabilité du sort des Osages, montrant le chemin de fer qui amène toujours plus de Blancs qui viennent travailler dans les concessions dont les propriétaires ont tendance à pâlir… Ceci couplé avec une utilisation intelligente du temps : en tant qu’immense cinéphile, il va utiliser le cinéma de Fairfax pour montrer le temps qui passe. Les premiers films d’actualité qu’on voit sont bien sûr muets puis tout d’un coup, des paroles se font entendre : nous sommes après 1927.

Et cette utilisation du cinéma permet aussi une première transition brillante : les actus montrées sur l’écran du cinéma laissent place naturellement à la réalité de l’intrigue, et quand Ernest est identifié par les spectateurs (tout le monde connaît Leonardo, ou presque), la couleur s’installe en même temps.

On va retrouver plusieurs de ces magnifiques transitions tout au long du film : saluons au passage le travail de montage de Thelma Schoonmaker.

Soulignons aussi le travail de Rodrigo Prieto derrière la caméra : c’est superbe, en particulier l’incendie accidentel du champ de pétrole de Hale.

 

Quant à l’interprétation, elle est à un très très haut niveau, en particulier (comme déjà dit) Lily Gladstone qui donne une authenticité _incroyable à cette femme torturée par ces Blancs sans scrupule. Là encore, on mettra en exergue sa dernière rencontre avec DiCaprio, où son visage est tout.

Bien sûr, DeNiro est impeccable mais pas au sens premier du terme : il est un salaud magnifique doublé d’un hypocrite talentueux. Je rejoins l’avis de mon ami Jean B. qui me disait que les acteurs, en vieillissant, rejoignent le côté obscur. C’est le cas ici de DeNiro, mais c’est aussi un début pour Leonardo qui reste tout de même plus une victime – de la rouerie de son oncle – qu’un véritable bourreau. Encore que…Le problème d’Ernest, c’est que c’est avant tout un imbécile facilement influençable et manipulable. Il y a dans ce personnage autant d’intelligence que chez Travis Bile (Robert DeNiro, tiens, tiens…) dans Taxi Driver, même si le contexte est différent.

 

Et puisqu’on en est aux références, une petite dernière : Raging Bull. Je ne vous dis pas où. Vous chercherez, et bien entendu trouverez !

 

PS : vous avez remarqué que le générique de fin ne comporte aucune musique, seulement des sons naturels. Et parmi eux, un rappel de ce que nous avons vu...

 

  1. Ne nous emballons pas : Eastwood a 93 ans et il n’a pas encore sorti son dernier film (attention, il arrive bientôt !) : 12 ans, l’espoir reste donc permis !
William « King » Hale (1874-1962)

William « King » Hale (1874-1962)

Ernest Burkhart (1892-1986)

Ernest Burkhart (1892-1986)

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