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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

georges lautner

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Le Professionnel (Georges Lautner, 1981)

[A nouveau, de véritables morceaux de résolution d’intrigue se sont glissés dans ce qui suit…]

 

Après l’épisode comique du Guignolo, Lautner tourne une troisième fois de suite avec Belmondo. Et cette fois-ci, le sujet est un tantinet plus sérieux.

Jocelyn « Joss » Beaumont (Belmondo, donc) est un agent secret d’élite français abandonné par ses supérieurs alors qu’il devait assassiner le président N’Djala (Pierre Saintons). Condamné au travail forcé, il s’évade et revient en France.

Il revient en France au moment où ce même N’Djala y est en visite officielle. Il entend bien terminer sa mission.

Evidemment, les services secrets sont sur la brèche : comment retrouver un agent rompu à tous les exercices ?

On ne peut pas, c’est un véritable professionnel. D’où le titre.

 

L’affiche est claire : Belmondo tient un revolver et met en joue quelqu’un. On ne rigole plus. Ca va flinguer ! Et d’ailleurs, ça flingue. Dans le village africain tout d’abord. A la fin, bien sûr, quand on règle les comptes. Et entre les deux ? Une chasse à l’homme. Celle de N’Djala pour Beaumont, celle de Beaumont pour les autres. Avec bien sûr issue fatale pour l’un ou pour l’autre, voire les deux. Et là encore l’affiche est claire : un cadavre sous le titre. Celui d’un homme blanc. Beaumont ? Peut-être.

Et si Belmondo tient grandement le haut de l’affiche, Georges Lautner et Michel Audiard sont tous les deux sur le même plan : les dialogues sont donc aussi importants que la mise en scène. Pourrait-il en être autrement avec ces deux-là ?

 

Et question dialogues, nous sommes servis, avec même une double citation (dans la même séquence) des Tontons flingueurs : Beaumont frappe à une porte qui est ouverte par un certain Volfoni (Pierre Vernier)… Je,’y peux rien, ça me fait toujours rire.

La rencontre avec Doris Frederiksen (Marie-Christine Descouard) est tout aussi savoureuse, encore une fois grâce à l’écriture (ciselée) d’Audiard.

Autre élément marquant de ce film : la musique d’Ennio Morricone. Chi Mai est le tube du film : pas une journée sans qu’on l’entende plusieurs fois à la radio (à l’époque), prenant même la première place du Hit-Parade de Jean-Loup Lafont (sur Europe). Et puisqu’on parle de Morricone, on peut parler de Leone : la rencontre ultime entre Beaumont et Rosen (Robert Hossein) n’est pas sans rappeler les westerns du maître…

Bref, un film qui s’écoute aussi (1).

 

Et puis il y a Belmondo.

Pas de cascade cette fois-ci, mais un jeu sérieux avec quelques pointes d’humour (merci Audiard, donc) et un gros flingue. Il est Le Professionnel dans tous les sens du terme, attirant tout l’intérêt du spectateur du début à la fin, quand il s’en va prendre l’hélicoptère.

D’ailleurs, à part pour effet final, je ne comprends pas bien la pertinence de l’envol de cet engin : personne ne monte dedans !

Quoi qu’il en soit, cette fin – tragique – donne toute sa signification au titre : il sait que son sort se décide et qu’il est funeste. Sa recommandation à la même Doris l’atteste. Et si certains spectateurs – j’en ai connus à l’époque – ont été frustrés de voir leur idole succomber (2) au tir de Farges (Bernard-Pierre Donnadieu), cette fin est tout de même logique : que lui restait-il après tout ça ?

 

PS : Pourquoi avoir ajouté un cigarillo dans la bouche de Belmondo sur certaines affiches étrangères ?

 

  1. On m’avait offert le 33 tours !
  2. Ce n’était pas arrivé depuis Borsalino (1970)… Belmondo meurt moins souvent que Delon !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Georges Lautner
Arrêtez les Tambours (Georges Lautner, 1961)

Courdimanche, charmante petite bourgade de Normandie : ses maisons à colombage, son maire débonnaire (Bernard Blier) qui est accessoirement le docteur, ses petites échoppes habitées par des commerçants pittoresques, et son Occupation par l’armée allemande. Parce que nous sommes en juin 1944…

Une nuit, un parachutiste anglais tombe juste à côté. Il se tente de se réfugier chez l’habitant, mais à chaque fois, il est renvoyé de maison en maison : on n’aime pas les Boches, ici, mais on ne va pas non plus se mettre en danger pour un rosbif !

L’Anglais atterrit chez le docteur Leproux qui va non seulement le soigner, mais aussi le cacher. Lui qui ne voulait pas prendre partie dans le conflit est servi : entre les Allemands qui le réquisitionnent pour soigner leurs blessés et les Résistants qui s’arrangent avec lui, le voilà au centre de ce conflit qu’il voulait éviter.

 

Lautner et Blier, c’est une belle collaboration qui a duré plusieurs années, pour notre plus grand plaisir. Et surtout, c’était l’occasion pour Blier de se retrouver tout en haut de l’affiche, ce qui n’arriva pas très souvent. Et comme toujours, il est formidable. Tout en nuance et sobriété, il incarne un personnage victime de l’époque, tiraillé entre son devoir de maire, responsable de ses concitoyens, et ses penchants patriotiques, tout cela venant après son devoir de médecin qui l’amènera à son destin tragique. Parce que c’est malgré tout une tragédie qui nous est proposée ici. Tragédie doublée d’amertume, comme on la retrouvera dans la collaboration suivante entre le réalisateur et son interprète : Le 7ème Juré (1962).

Tragédie aussi par sa structure, avec le moment d’espoir indispensable déclenché par le Débarquement, annoncé par les vers de Verlaine.

 

Parce que le docteur Leproux annonce Grégoire Duval : c’est un bon bourgeois, un tantinet jouisseur – bonne chère et bonne bouteille sont à sa table – et qui ne boude pas son plaisir quand une jeune femme s’offre à lui. Mais ici, l’époque est trouble et troublée, et ses fréquentations ne sont pas du goût de tout le monde, comme en témoignent les différentes réflexions de ses concitoyens qui ne cessent de tourner avec le vent. Bien entendu, la liaison – totalement platonique – entre le médecin officier allemand (Lutz Gabor) et la fille de Leproux (Lucile Saint-Simon) met de l’huile sur le feu et de fausses idées dans la tête de ces mêmes villageois.

 

Avec Arrêtez les Tambours, Georges Lautner réussit le pari de traiter de la guerre avec une belle objectivité. Nous sommes bien loin du tous résistants qui a prévalu longtemps, et la position de Leproux et ses administrés illustre très bien la position d’une très grande partie de l’opinion publique en 1944 : on n’aime pas les Allemands, mais on ne va pas non plus se mouiller. Ou alors quand tout danger sera écarté : ici, on n’ira pas jusqu’à l’épuration, mais certaines réflexions – celles de la veuve (joyeuse, cela va de soi) – laissent présager le pire.

Mais Lautner n’insiste pas sur cet élément, de même qu’il n’y a aucun collaborateur dans toute cette histoire (1). Par contre, le traitement de la guerre est impeccable, Lautner utilisant à bon escient des images d’archives pas toujours bien connues. Et ça un an avant Le Jour le plus long !

Evidemment, le grain de la pellicule n’est pas toujours le même, mais l’utilisation est pertinente et le montage impeccable, alors il n’y a pas de raison de se plaindre.

 

Arrêtez les Tambours n’est que le troisième film de Lautner. Et déjà, c’est un grand réalisateur.

 

PS : encore une histoire de traduction. Mais cette fois-ci, c’est dans l’autre sens. Le titre américain est plutôt étonnant : Women and War (« Les Femmes et la guerre »). Certes, les femmes ont un rôle important, mais c’est tout de même éluder la prestation de Blier. Sans oublier l’affiche (voir ci-dessous) qui accompagnait l’exploitation. A pleurer. De rire, peut-être, mais à pleurer tout de même !

 

  1. Parler de Collaboration, en 1961 était encore très marginal, surtout avec le Préfet de Paris qui était alors en poste et qui s’illustrera dans les mois qui vont suivre (le 17 octobre pour être plus précis…)
Arrêtez les Tambours (Georges Lautner, 1961)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Les Tontons flingueurs (Georges Lautner, 1963)

Il existe une analogie entre le bon vin et Les Tontons flingueurs : tous les deux se conservent très bien et chaque nouvelle dégustation apporte son lot de plaisirs supplémentaires.
Mais à la différence d’un bon vin, le stock des Tontons ne diminue pas une fois consommé. Le film reste intact pour chaque nouvelle séance de visionnage.

 

Bien sûr, ce sont d’abord des dialogues d’Audiard dont on se souvient : jamais le grand Michel n’aura été en verve. Il faut dire que les interprètes sont à la hauteur de leurs répliques, avec en tête Bernard Blier (Raoul Volfoni) qui n’avait pas son pareil pour balancer les répliques de son ami dialoguiste.

 Lino Ventura (Fernand Naudin), quant à lui, passe du côté de la comédie, lui qui jouait déjà les gros durs auparavant se retrouve dans une histoire pas sérieuse pour deux sous mais son passé de truand « sérieux » confirmé va tout d’abord nous faire croire à un film de gangsters habituel. Ce n’est pas sa première prestation chez Audiard, puisqu’on l’avait vu deux ans plus tôt dans Un Taxi pour Tobrouk, où il enchaînait les bons mots dans une atmosphère plus tragique.

Ici, sa première grande réplique – « pourquoi pas de la quinine et un passe-montagne, on croirait vraiment que je pars au Tibet » - ne nous laisse pas encore présager du ton véritablement comique que va prendre le film.

 

Ce ton, d’ailleurs, va mettre du temps à s’imposer, essentiellement quand les premiers bourre-pifs vont tomber (1). Certes, les premières interventions des frères Volfoni (Blier & Jean Lefebvre) nous donnent une indication quant au comique à suivre : le « nervous breakdown » de Lefebvre avec accent français à couper au couteau est absolument savoureux (2).

D’une manière générale, les Volfoni, et surtout Raoul, seront le ressort comique du film, accumulant bons mots et coups de poing dans la figure.

 C’est d’ailleurs cette dernière réplique qui donne tout son sel au film et en fait un témoignage précieux de la France du début des années 1960. Outre ces « crises de nerfs » anglicisées qui fleurissaient sur les lèvres des contemporains, on retrouve dans ce film de nombreux éléments de la vie sociale et politique française, voire certaines références à son histoire récente.

 

Du point de vue social, c’est l’explosion du phénomène jeune qui nous est ici présenté. En effet, depuis quelques années, les jeunes gens sont devenus une cible privilégiée des publicitaires et les adolescents sont – enfin – reconnus dans la société. Europe 1, radio phare de l’époque leur consacre même une émission quotidienne : S-L-C Salut les Copains.

On retrouve ces jeunes pendant la fête donnée par Patricia. Cette « petite dinette au coin du feu » est en fait ce qu’on appelle alors une « surprise-party » avec ses débordements inévitables dus à l’alcool (incursion de Béatrice Delfe dans la scène culte de la cuisine). Cette charmante soirée est l’occasion aussi pour l’équipe de se moquer gentiment de cette jeunesse tellement décalée avec les aînés qui nous intéressent : la musique (formidable) de Michel Magne enchaîne la mélodie habituelle avec des paroles on ne peut plus primaires – « yé yé la la » (ad lib) – pendant que les corps des adolescents se trémoussent en rythme. On retrouvera cette même propension à la danse dans le final de Ne nous fâchons pas.

Nous sommes aussi en pleine société de consommation et on peut remarquer certains éléments qui étaient en train d’envahir les ménages français : le frigo et la télévision. Mais ces deux appareils emblématiques ne sont pas encore totalement démocratisés (le frigo oui, mais pas la télévision) et le fait qu’Antoine Delafoy (Claude Rich) soit d’une bonne famille qu’on devine facilement aisée explique la présence de ce récepteur.

 

Politiquement, c’est le premier mandat du général de Gaulle et la situation algérienne est réglée (en principe) depuis les accords d’Evian l’année précédente.

C’est le Mexicain (Jacques Dumesnil) qui fait référence le premier à De Gaulle à propos de sa succession : « j’aurais pu organiser un referendum. »

C’est par ailleurs Madame Mado (Dominique Davray) qui recadre le paysage politique de ce microcosme pendant la séquence sur la péniche : « Il avait l’esprit de droite. […] Quand tu parlais augmentation ou vacances, il sortait son flingue avant que t'aies fini. Mais il nous a tout de même apporté à tous la sécurité. » N’en concluons tout de même pas que Raoul était de gauche, et de toute façon, ce n’est pas notre propos ici.

Une deuxième allusion au Général est du fait de monsieur Fernand pendant cette même séquence : « […] vous êtes des hommes d’action  je vous ai compris [...] ». Et puisque j’évoquais la Guerre d’Algérie…

 

Le contexte historique enfin.

S’il n’y a aucune référence directe à l’année 1963 (le tournage a eu lieu au début de l’année pour sortir en octobre en Allemagne de l’Ouest), on peut tout de même avancer que le film est contemporain de cette date du fait des éléments exposés ci-dessus.

Les quelques références temporelles ne sont qu’à demi précises, mentionnant des nombres d’années (15 ans, 10 ans) ou une époque particulière (« les années terribles » ; « sous l’Occup’ ») voire un lieu géographique (« Biên Hòa, pas tellement loin de Saïgon »).

Mais malgré tout, une histoire dans l’Histoire se dégage de ces quelques indications.

Tout d’abord on peut dire que le Mexicain a été exilé en 1947-48, les quinze années antérieures dont parle Fernand en début de film. Mais ce sont les déclarations de Maître Folasse (Francis Blanche) et Raoul Volfoni – voir plus haut – qui nous renseignent sur le passé de tout ce beau monde. Pendant l’Occupation, il semble que ces messieurs ont participé activement aux opérations en France.

On peut supposer qu’ils étaient du bon côté et que ça leur a servi un temps : une forme d'amnistie. En effet, Fernand Naudin n’est pas ce qu’on pourrait appeler un tendre et on peut concevoir que son passé de truand était bien chargé. Mais nous apprenons qu’il dirige une société d’engins agricoles tout ce qu’il y a de plus régulière : « Moi aussi j’ai mes affaires, tu comprends ? Et les miennes en plus, elles sont légales. »

On peut alors aisément imaginer que son raccrochage fut obtenu en contrepartie de ses activités patriotiques pendant la guerre. A moins que ce soit suite à la guerre d’Indochine, puisque le futur Vietnam semble connu de ces messieurs.

En effet, Volfoni, quand il mentionne Biên Hòa, nous ramène à cette guerre d’indépendance. Il semble donc que nos héros y aient participé, dans leur jeunesse.

 

Bref (4), si les Tontons flingueurs ont toujours le même succès – populaire parce que question critiques, ce n’était pas vraiment ça à la sortie – c’est bien sûr grâce à l’interprétation magistrale et une réalisation sérieuse sans pour autant s’y prendre trop (au sérieux). Et aussi grâce aux répliques ciselées de Michel Audiard, au sommet de son art. Mais pas seulement.

Si le film continue inlassablement à plaire aux spectateurs français, c’est avant tout parce qu’il fait partie de leur histoire et qu’il leur ressemble.

 

(1)   Léon (Marcel Bernier), le marin prolixe puis Freddy (Henri Cogan).

(2)   [nƐrvusbrƐkdon] (« nervousse braiquedaune » pour ceux qui ne lisent pas l'alphabet phonétique)

(3)   Parlez-vous Franglais d’Etiemble paraîtra l’année suivante.

(4)   Terme pas spécialement adapté après cette tartine...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Michel Audiard, #Policier
Flic ou Voyou (Georges Lautner, 1979)

Avec une pensée pour mon ami Max : 10 ans déjà...

 

Antoine Cerutti (Jean-Paul Belmondo) est de retour à Nice et a l’intention de régler quelques comptes. Il faut dire que sa sœur Rita a été tuée récemment.

Alors il se permet de drôles de pratiques franchement illégales à l’encontre de deux truands notoires : Achille Volfoni (Claude Brosset) et Théo Musard (Georges Géret).

Sauf que Cerutti ne s’appelle pas Cerutti, il s’appelle Stanislas Borowitz et il est commissaire divisionnaire.

 

Belmondo-Lautner-Audiard : le trio gagnant.

Gagnant financièrement parlant, c’est le cas. Par contre, cinématographiquement, on est beaucoup plus loin du compte.

Certes, Belmondo est en pleine forme et enchaîne les bons mots et les cascades – indispensables, bien sûr – tout comme il le fit avec Verneuil dans Peur su la Ville. On y retrouve aussi un Volfoni, et même Venantino Venantini (Mario).

Mais force est de constater que la recette qui fit mouche en 1963 n’a pas été bien respectée : au final, on a une « belmonderie » mal servie par un Audiard qu’on a connu beaucoup plus inspiré.

Les prises de vue sont toujours bien soignées (on est chez Lautner, tout de même !), mais cela ne suffit pas.

Et l’idée de doter ce superflic et super voyou d’une parentèle ne fait qu’alourdir l’intrigue : il semble qu’un père soit tout de même moins vendeur qu’un oncle (1)… Quant aux autres références aux Tontons (2), si elles peuvent faire sourire, elles ne nous avancent pas beaucoup.

 

Et pourtant ça commençait bien :

Un double assassinat dans un motel tenu par Michel Beaune (M. Langlois) et Catherine Lachens (Madame Langlois) avec de drôles d’individus qui viennent nettoyer l’endroit et déplacer ce même assassinat un peu plus loin.

Et la première intervention de Belmondo auprès de ses braves gens (3) est dans la lignée des autres productions Lautner/Audiard. Mais c’est bien peu sur les 107 minutes que dure le film.

 

Sans oublier le couplet réactionnaire sur les criminels qu'on relâche une fois arrêtés : on attendait mieux de cette association. Ce n’est pourtant pas la première fois que Belmondo récite du Audiard, mais il manque ce petit quelque chose qui faisait basculer l’intrigue dans le comique comme ce fut le cas dans d’autres associations entre ces deux messieurs du cinéma français. Alors on me dira que c’était avec d’autres que Lautner, que Bébel clamait du Audiard. Mais ça ne suffit pas : le film ne trouve à aucun moment le ton juste, ne sachant s’il doit être considéré comme une comédie ou comme un polard. Et il ne peut être les deux à la fois.

C’est peut-être là qu’il faut y voir la faiblesse de ce film.

 

Pour le reste, c’est spectaculaire, c’est Belmondo, quoi. Ca détend.

Mais il me semble qu’on pouvait tout de même attendre autre chose de ce trio « gagnant »…

 

  1. Même si les deux se guillotinent aussi bien l’un que l’autre…
  2. Le Terminus des Prétentieux, le bourre-pif dans Venantini…
  3. Doit-on y voir une raison dans l’amitié qui liait Belmondo et Beaune ? Toujours est-il que les deux interventions de Stanislas chez le couple sont, à mon avis, les meilleurs moments du film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Michel Audiard, #Comédie, #Gangsters
Ne nous fâchons pas (Georges Lautner, 1966)

« Mais ils m’ont traité de brute, monsieur le commissaire. »

La séquence d’ouverture du film nous présente trois hommes en piteux état. En face d’eux un commissaire (Serge Sauvion) qui s’adresse à monsieur Antoine Beretto (Lino Ventura), qui les a mis dans cet état.

Le ton est donné, Antoine Beretto est un croisement entre Fernand Naudin et Francis Lagneau.

En effet, il est un ancien truand retiré des voitures qui doit rempiler le temps de régler une dette (d’honneur, même s’il s’agit d’argent). D’un autre côté, il possède quelques qualités de l’agent secret Lagneau si on en croit son descriptif au début des Barbouzes : «  […] Requiem, dit Bazooka, di La Praline, dit Belle châtaigne. »

Bref, nous sommes dans la parodie, et si j’a&joute que les dialogues sont d’Audiard, vous ne pouvez qu’être convaincus.

 

Nous sommes donc trois ans après Les Tontons flingueurs, et Lino retrouve Georges Lautner pour une nouvelle histoire parodique de gangsters. Il retrouve aussi Jean Lefèbvre qui était de l’aventure des Tontons, ainsi que Mireille Darc (Les Barbouzes, 1964). Notons aussi la présence de Michel Constantin qui sera dans Le deuxième Souffle en novembre de cette même année. Pour la musique, Lautner a fait cette fois-ci appel à Bernard Gérard pour la musique, et bien lui en prit car il signer ici une bande originale inspirée avec de nombreux thèmes qui sont repris en fonction des différentes factions en présence (les Britishs et les Français), avec des sonorités qui sont celles du rock anglais de cette même période : on pense aux Who bien sûr, le groupe des Mods, mais aussi à Them (avec Van Morrison) dans la chanson finale Akou, interprétée par Graeme Allwright.

 

Mais même si nous sommes dans une parodie, ce sont avant tout des truands qui règlent leurs affaires. Mais tout irait mieux s’il n’existait pas le grain de sable qui ne fait pas que dérégler la machine, mais la fait s’autodétruire : Léonard Michalon (Jean Lefèbvre).

Tour à tour appelé « le Fléau », « le Choléra » et d’autres joyeusetés dans ce sens.

C’est un être veule et minable, doublé d’un abruti, escroc à la petite semaine dans les milieux hippiques. En clair c’est un emmerdeur de haute volée, au regard de cocker qui lui empêche d’être définitivement éliminé par son protecteur occasionnel, le sieur Beretto ci-dessus mentionné.

 

Bien sûr, on rit des différentes situations dans lesquelles se retrouve Beretto, du fait de la fréquentation de ce drôle de zigoto, et les scénario et dialogues d’Audiard accentuent la différence entre ces deux hommes. Beretto est évidemment le mâle dominant et on attend avec impatience la prochaine baffe que se prendra Michalon après une réplique un tantinet plus poussée que les autres.

Et des baffes, il en prend : il serait plus facile de dire qui des personnages principaux ne lui en met pas une, le Colonel McLean (Tommy Dugan).

 

De plus, comme nous sommes dans un film de gangsters, il faut bien que les armes parlent : dès la première apparition de Michalon, un premier mort apparaît. Puis un autre, puis douze autres ! C’est un festival pyrotechnique pour anéantir les forces du Colonel,  le tout accompagné par la musique rock de quelques Britishs plus ou moins agités.

Parce qu’on n’échappe pas à la critique déguisée de la musique de 1965-66, et surtout de ceux qui évoluent dessus : ce sont des contorsions et des hurlements qui étaient – peut-être – censées faire rire les spectateurs de 1966, mais cela tombe à plat aujourd’hui.

 

Mais ce qui ne tombe jamais à plat dans le film, ce sont les dialogues d’Audiard. Ce sont des répliques magnifiques avec envolée(s) littéraire(s) : la tirade d’introduction du commissaire en est un très bel exemple.

 

Et puis il y a la belle Mireille Darc (Eglantine Michalon), l’élément féminin important, à la répartie aussi cinglante que les hommes qu’elle doit fréquenter :

Beretto : On a toujours tendance à prendre les bruns trapus pour des gangsters mais c’est un préjugé idiot.

Eglantine : J’en connais un autre qui consiste à prendre les grandes blondes pour des imbéciles!

 

Bref, nous sommes en très bonne compagnie, et on aimerait  même en reprendre un petit peu… En attendant de revoir le film !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Jean Gabin, #Michel Audiard
Le Pacha (Georges Lautner, 1968)

Jean Gabin.

Michel Audiard.

Georges Lautner.

Le trio gagnant.

 

En 1968, avant les événements de mai, ces trois-là nous proposent un énième film policier. La gouaille de l’un, les dialogues de l’autre et la mise en scène claire du dernier et c’est dans la boîte.

En plus, les copains (comprenez : les seconds rôles habituels) sont là :

- André Pousse, tout d’abord, qui avait troqué son vélo pour la vie nocturne parisienne avant de se recycler (c’est le cas de le dire) dans le cinéma ;

- Dominique Zardi et son compère Henri Attal, inséparables seconds couteaux (voire troisièmes)

- Sans oublier l’éternel Robert Dalban et son gros pif.

Du côté féminin, c’est plutôt léger : mais si l’actrice se fait rare, ce n’est pas la première venue : Dany Carrel (qui fêtera ses 86 ans cette année) puisque ça fait déjà 15 ans qu’elle fait du cinéma.

 

Mais alors que tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment et rigoler un bon coup, Lautner et son équipe nous proposent un film d’une noirceur peu habituelle chez ce dernier.

Certes, les bons mots sont toujours là (1), mais le ton est froid, terrible, implacable.
Et tout le monde est dans ce ton. Pas de surjeu : Gabin est sobre ; André Pousse est glaçant.

 

Il s’agit d’un véritable film noir. Et violent.

Quinquin (André Pousse) est un tueur terrible, sans aucun scrupule. On est bien loin de Fred l’Elégant dans Les Enfants du Bon Dieu qui sortira six mois plus tard.

Ca flingue à tout va, au pistolet, bien sûr mais aussi à la mitraillette et au bazooka. Bref, Lautner a sorti l’artillerie lourde.

 

Mais il n’y a que l’artillerie qui est lourde. Pour le reste, c’est un film très épuré qui nous est offert. Peu de mots, des décors froids et déserts, voire mortuaires ou mortifères. La nature repose sous une couverture blanche, pendant que Quinquin abat ses complices les uns après les autres. Tout est mort.

Le final se fait dans un lieu mortifère lui aussi : une usine abandonnée, silencieuse et qui ne résonnera que des coups de feu.

Aucune chaleur. Tout est froid. Même l’amitié qui lie Joss (Gabin) et Gouvion (Dalban) est froide. Il n’y a plus d’affection entre eux. Que de l’habitude. « Mais, qu'est-ce que tu veux, c'était mon pote ! » déclare Joss à propos de Gouvion  qui vient de mourir. Et si vengeance il y a, ce n’est pas par désespoir. Non, c’est encore par habitude. Avoir buté son vieux pote est une chose qui ne se fait pas, même si c’était un fabuleux emmerdeur.

 

Et puis il y a la musique. Elle est signée Serge Gainsbourg (2), qui fait une apparition, chantant Requiem pour un Con, associé d’entrée de jeu à la mort de Gouvion. Et cette musique faite pour beaucoup de percussion et d’un peu de guitare est absolument dans le ton du film : épurée et froide.

 

 

(1) « Je pense que le jour où on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner. » (Gabin)

 

« Oh, tu sais, quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. » (Gabin)

 

« Albert, crois moi ! Comme copain d'enfance, c'était pas le grand Meaulnes, fallait se le faire. Il n'a jamais arrêté de m'emmerder. Il a pris son élan à la communale […]  » (Gabin)

 

(2) Rencontre au sommet entre Gabin et Gainsbourg au studio d’enregistrement, deux légendes de deux mondes différents : deux regards qui se croisent, deux hommes qui se jaugent. Une parenthèse qui s’ouvre et se ferme presque immédiatement : quelques secondes de flottement…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Comédie, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Les Barbouzes (Georges Lautner, 1964)

Dans un opéra, pendant l’ouverture, le compositeur expose les thèmes de l’intrigue. Il en va de même ici, Lautner nous présentant les forces en présence ainsi que leurs caractéristiques techniques. Ouverture, donc : Dans un train, des gens s’entretuent : poussée hors du train, poignard, flingue, gaz. Rien que de très banal, quand il s’agit d’espionnage. Ce qui est notable, toutefois, c’est la ressemblance des protagonistes avec les acteurs principaux. Mais le ton est donné, et en plus des agents (très) spéciaux habituels, il y aura des orientaux.

Pour le reste, des espions plus vrais que nature. Des rois du mensonge, de l’assassinat et des bons mots.

 

Francis Lagneau, (« dit Petit Marquis, dit Chérubin, dit Talon rouge, dit Falbala, dit Belles Manières ; mais aussi dit Requiem, dit Bazooka, dit La Praline, dit Belle Châtaigne. ») est un homme simple. Il part en vacances avec sa femme et ses enfants, comme d’habitude, sauf que cette fois-ci, ils devront partir sans lui, service de la France oblige (Lino Ventura). L’abbé Cafarelli, chanoine de renom, spécialiste des arthropodes de la classe des arachnéides (des scorpions, quoi), citoyen helvétique (Bernard Blier). Boris Vassiliev, prolétaire notoire, dit TriNitroToluène (Francis Blanche). Le bon docteur Müller, enfin, célèbre praticien allemand (Charles Millot). Le Commodore O’Brien, enfin, agent américain, grand nageur (Jess Hahn). Et au milieu de tout ce beau monde, la belle Amaranthe, femme d’un magnat décédé, Antoinette Dubois à la ville (Mireille Darc).

 

Tourné à la suite des Tontons flingueurs, on y retrouve beaucoup de monde : en plus des trois têtes d’affiche, on peut reconnaître Philippe Castelli et sa diction traînante de titi parisien (le standardiste à Istanbul…), Jean-Pierre Moutier (le chef de cabinet) et Robert Dalban (le futur retraité).

 

Bien entendu, on s’amuse des péripéties improbables de ces agents à la manque, dont le seul intérêt réside dans les répliques de Michel Audiard. Même si toutefois, on n’atteint pas les sommets des Tontons flingueurs. Tout de même :

« Un chinois vient de tomber de la terrasse, il est mort ! - Du calme mon enfant, un client part, un autre arrive... » (Castelli)

« Enfin écoutez Mme Pauline, faut tout de même voir les choses en face ! La chambre des glaces, le boudoir chinois, les fillettes au salon... dans ma jeunesse ça s'appelait un bordel... - Oh bien sûr, si vous jouez sur les mots ! On leur fait dire c'qu'on veut, aux mots ! » (Ventura & Françoise Giret)

« …la retraite faut la prendre jeune. - Faut surtout la prendre vivant. » (Dalban & André Weber)

« Vous savez, quand un monsieur inconnu ramène chez vous votre mari mort, dynamite la salle de bains et jette les visiteurs par la fenêtre, on prend l'habitude de ne plus s'étonner de grand chose... »

Et bien entendu, l’incontournable « Un barbu, c'est un barbu...Trois barbus, c'est des barbouzes ! » (Ventura)

Alors, accrochez vos ceintures, et en route pour 1 h 47 de plaisir, et « si on vous demande l’heure, du feu, ou le chemin de la mer… - On flingue ! »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Justice

"Qu'est-ce qu'on peut faire le dimanche ?"

Voilà le problème de Grégoire Duval, pharmacien de première classe de la ville de Pontarlier (25).

Le problème, parce qu'il profite de ce dimanche-là pour assassiner une jolie jeune femme qui prenait le soleil, la poitrine nue.

Mais son vrai problème, c'est qu'on a retrouvé l'assassin : l'amant de la jeune femme.

Et en plus, monsieur le pharmacien de première classe en la ville de Pontarlier, malgré son astuce, est choisi pour figurer dans le jury d'assises de cet assassin arrangeant.

Alors, quand on est juré dans le meurtre de sa victime, on se sent obligé d'aider cet accusé improbable.

 

Mis à part cette histoire extra-ordinaire, c'est un film d'acteurs. Il y en a trois, surtout : Bernard Blier, Maurice Biraud, et la regrettée Danièle Delorme.

 

Bernard Blier, tout d'abord, qui tient le film à bout de bras, dirigé de main de maître par Lautner, qui nous montre deux ans avant les Tontons Flingueurs qu'il savait aussi faire du cinéma dramatique.

Bernard Blier, c'est le narrateur froid de ce film. Celui qui n'exprime aucun remord, aucun regret (immédiat), qui semble sans conscience. Celui qui continue de vivre comme avant. Et ce long soliloque post-mortem est servi par une image et des cadrages de Maurice Fellous (disparu aussi cette année) d'une très belle facture.

 

Maurice Biraud, ensuite, le vétérinaire. Le désaxé aurait-on dit, si Huston avait sorti son film un an plus tôt. Le vétérinaire, cet anarchiste alcoolique ("juste assez pour vous supporter") qui ne cesse de provoquer cette société bourgeoise qu'il honnit mais fréquente et dont il est un des membres.

 

Danièle Delorme enfin, l'épouse modèle. Celle qui ne souffrirait le scandale. Celle qui a épousé la cause nuptiale : "eh ouais, tu es ma femme, pour le meilleur et pour le pire." Cette femme qui va étouffer cette affaire définitivement, en sachant aussi qu'elle perdra sa raison d'être : son mari.

 

Un film pas si simple que ça, finalement. Et pas seulement pour l'intrigue. La société dépeinte par ce film est celle d'avant 1968.Le changement arrive. Catherine est "trop jolie, trop libre, trop facile". Et cette société bourgeoise va la tuer. Et c'est le vétérinaire qu'il l'exprime le mieux.

Cette société gaullienne du début de la Vème République. Celle qui sera balayée par le vent de Mai 68. Mais c'est trop tôt dans ce film, et ceux qui aspirent à la liberté sont éliminés. Trop libres.

Et le coupable sera protégé malgré lui et même contre lui. L'honneur est sauf.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Comédie, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Les Tontons flingueurs (George Lautner, 1963)

« Alors, Il dort le gros con ? Ben il dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule. Il va entendre chanter les anges, le gugusse de Montauban. J'vais l'renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux. » (Raoul Volfoni)

 

Je pense que cette réplique est l'une des meilleures du film, et en plus, c'est Bernard Blier qui la dit. Mais les Tontons Flingueurs, c'est aussi un film de son temps : nous sommes en 1962-63. De Gaulle est au pouvoir. (« J'aurai pu aussi organiser un référendum » dit Louis Le Mexicain/Jacques Dumesnil). La guerre d'Algérie est terminée, mais ces gangsters-là ont connu l'Occupation (« [...] pendant les années terribles, sous l'Occup', il butait à tout va. Il a quand même décimé toute une division de panzers. » Me Follasse/Francis Blanche) et la guerre d'Indochine (« Tu sais pas ce qu'il me rappelle ? C't'espèce de drôlerie qu'on buvait dans une petite taule de Bien-Ho-Har, pas tellement loin de Saigon. » Raoul Volfoni).

Peut-on penser que ces truands ont été un jour des patriotes et ont eu une rémission pour acte de Résistance, ce qui expliquerait l'entreprise légale de Fernand Naudin.

 

Les Tontons Flingueurs, c'est l'époque des yéyés et des surprises parties (la musique de Michel Magne est assez caractéristique : paroles -> « yéyé / lala »). Antoine Delafoy (Claude Rich), comme tout Français de l'époque possède une télévision et un frigo électrique. Bref, les Tontons flingueurs permettent d'avoir une idée de la France du début des années 60, et surtout c'est un film qui tient la route (et comment !) par ses acteurs et surtout les répliques de Michel Audiard qui ne sera jamais aussi bon. Même dans Les Barbouzes ou Ne nous fâchons pas).

 

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