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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

gerard philipe

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Luis Buñuel, #Gérard Philipe
La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel, 1959)

Quelle année singulière que 1959 !

Si elle a commencé par l’arrivée au pouvoir des Barbudos de Castro, elle se conclut pour Boris Vian (23 juin) et Gérard Philipe (25 novembre).

Heureusement, il nous reste les livres du premier (et ses chansons, articles, etc.) et les films du second. D’ailleurs 1959 nous apporte une belle moisson de cinéma (North by Northwest, Rio Bravo, Ben Hur…), et même une Nouvelle Vague…

 

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le dernier film de cet acteur mythique qu’était Gérard Philipe, présenté dix jours après son trépas. Et, si Buñuel aurait aimé faire autre chose avec cet immense acteur, il aurait certainement pu faire pire !

L’île de Ojeda est célèbre pour son abbaye et son centre pénitentiaire, dans lequel on envoie sans distinction prisonniers de droits communs et prisonniers politique. Heureusement, pour ces derniers, il y a le secrétaire du gouverneur (et directeur de la prison), Ramòn Vasquez (Gérard Philipe, donc). C’est un idéaliste qui n’est pas toujours en accord avec le gouvernement et tente, à sa façon d’alléger les souffrances de ceux qui sont ici injustement. Quand le gouverneur Vargas (Miguel Angel Ferriz) est abattu par un opposant au régime, Vasquez prend le relais, mais trop peu de temps : arrive Alejandro Gual (Jean Servais) qui compte tout reprendre d’une main de fer, jusqu’à la femme de l’ex-gouverneur, Ines (Maria Felix). Mais cette dernière est aussi la maîtresse de Vasquez…

 

Nous sommes bien loin du Buñuel surréaliste dans cette sombre intrigue politique. Mais malgré cela, le film s’apprécie sans modération, servi par une distribution – essentiellement étrangère certes – mais à la hauteur de l’enjeu. Bien sûr, le rôle convient parfaitement à Philipe, lui-même homme de gauche très engagé et les valeurs portées par son héros lui correspondent totalement. Jusqu’à un certain point : si Philipe défendait des idées généreuses, il ne vivait pas dans une dictature comme c’est le cas de son personnage.

Sa réussite (celle de Ramòn, bien sûr) passe par quelques « coups de canifs » dans son éthique personnelle, indispensable pour se maintenir.

Mais Buñuel et Philipe s’en sortent tout de même avec ce personnage au départ un tantinet équivoque : il déchire le papier (1).

 

Cette intrigue politique est accentuée voire magnifiée par l’histoire d’amour entre Ramòn et Inès, dans laquelle vient s’immiscer Gual. Et Buñuel réussit, avec ce personnage, un méchant de toute beauté, interprété par un Jean Servais au plus haut niveau. Il donne donc raison à Hitchcock et aide, à son tour, à rendre ce film inoubliable : on ne peut que haïr un tel personnage !

De son côté, Maria Felix est superbe, et pas seulement physiquement. Son personnage allie l’humiliation à l’immoralité avec beaucoup de talent, et son regard noir l’est encore plus que le film n’est pas tourné en couleurs !

Même Gual se laisse prendre par son charme, précipitant le film dans la tragédie !

Parce que tout est tragique ici. Non seulement l’amour qui lie Ines et Ramòn, mais aussi le sort des Iliens, jouets aux mains des puissants.

Il ne reste plus grand-chose aux impuissants, que sont les deux amants autant que les prisonniers, et on ne peut que déplorer le gâchis occasionné par la montée de fièvre annoncée par le titre.

 

Décidément, que Gérard Philipe était grand…

 

  1. Il faut avoir vu le film pour comprendre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guerre, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Diable au corps (Claude Autant-Lara, 1947)

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. » (Arthur Rimbaud)

17 ans, c’est l’âge de François Jaubert (Gérard Philipe), en cette année 1917 qui voit Nivelle mener une grande offensive (inutile). C’est donc la Guerre et le lycée de François abrite aussi un hôpital. Dans cet hôpital officie Marthe (Micheline Presle, 101 ans le 22 août dernier), sur la demande de sa mère (Denise « Poupette » Grey).

Ils se rencontrent. Deux fois. Ils s’aiment. Pour toujours.

Sauf que Marthe est fiancée. A un Poilu (Jean Lara).

Et malgré son mariage avec ce soldat toujours absent, elle continue d’aimer François, le recevant à la nuit tombée chez elle.

 

Bien sûr, Gérard Philipe n’a pas 17 ans, mais c’était son âge quand la guerre a éclaté, tout comme Micheline Presle, alors cette histoire de jeunes gens pendant la guerre, cela aurait pu vraiment être la leur. On retrouve dans ces deux personnages l’insouciance de la jeunesse, ainsi que le sentiment d’amour éternel qui caractérise cette période (1). Et comme son aîné (1), cet amour est tragique : pas question qu’il survive (l’amour) à la période. En effet, qu’on soit en 1917, en 1923 (quand sort le livre de Raymond Radiguet) ou 30 ans après (quand le film sort sur les écrans), il est inconcevable de célébrer l’adultère : non seulement elle est mariée, mais en plus son mari est sur le Front ! Bref, ce sera tout une histoire, la sortie de ce film, qui consacre deux jeunes interprètes : Gérard Philipe et Micheline Presle.

Et c’est vrai qu’ils sont magnifiques, tous les deux. Elle, très belle, avec ses grands yeux tristes, et lui, adolescent éternel.

 

Et Claude Autant-Lara, qui n’est plus un novice dans le métier, dirige avec beaucoup de brio ce couple qui va à contre-courant de la morale de l’époque (celle que vous voulez : 1917, 1923 ou 1947). Mais pas seulement eux. Le personnage du père de François (Jean Debucourt) n’est pas si obtus qu’on pourrait le penser, un tantinet tiraillé par la morale et le bien-être de son fils. C’est très certainement le personnage le plus proche de François, plus certainement que son ami René (Michel François qui, lui, a l’âge de son rôle !). Par contre, le personnage le plus ambigu est celui de la mère de Marthe : Denise Grey interprète ici une femme qui semble veuve et ne voit pas d’un bon œil l’apparition de ce jeune homme si séduisant. Et son ambiguïté tient dans le fait qu’elle sait que sa fille couche avec François et surtout ne fait rien pour les séparer tant que le troisième homme est à la guerre (2).

Et la morale de cette époque va surtout être illustrée par le couple de logeurs de Marthe (et son mari : ce sont deux de ces petites gens que Gabin-Grandgil fustigera dans l’inoubliable Traversée de Paris presque dix ans plus tard. Il faut dire qu’ils sont caractéristiques : entre elle (Jeanne Pérez), commère inévitable du fait de sa position (concierge), et lui avec son casque colonial, on sent tout de suite que la médisance va voler bas, ce qui est, bien entendu, le cas.

 

Et puis il y a la guerre qui est omniprésente, bien qu’on n’en voie aucune phase. Et le fait de commencer l’intrigue par la fin de cette guerre est une formidable idée : pendant que canon tonne et que le tocsin résonne, saluant les premiers instant de l’Armistice, avec les scènes de liesse de la population, un cortège se met en route vers l’église, accompagnant un cercueil marqué de la lettre L comme Lacombe (3).

François va bien sûr suivre ce cortège, mais de loin, continuant a égrener ses souvenirs : trois longs flash-back vont donc nous conter cette histoire – tragique.

 

Et cette opposition entre la joie de la victoire et la douleur de la mort va se poursuivre à chaque fois que nous reviendrons au 11 novembre, dans l’église ou ailleurs : alors que la cérémonie revêt un caractère très solennel, on entend toujours sonner le tocsin et les personnes qui ne sont pas vraiment proches de la personne qu’on enterre n’ont pas spécialement l’attitude adéquate pour des obsèques. ON peut d’ailleurs imaginer aisément que ces mêmes personnes représentent la morale de cette époque et que la liaison entre Marthe et François les aurait fait réagir assez véhémentement.

De plus, pendant que la cérémonie se déroule, le sacristain (Albert Rémy) installe les drapeaux des vainqueurs aux piliers de l’église, totalement étranger à ce qu’il se passe alors.

Et si vous n’avez pas vu le film, je vous laisse savourer sa dernière réplique à l’adresse de François. Un bijou de Jean Aurenche et Pierre Bost (et Autant-Lara, bien évidemment), comme plusieurs autres répliques qui émaillent le film.

 

Saurez-vous reconnaître Jacques Tati ? On l’aperçoit trois fois en quelques minutes.

 

  1. On n’a rien inventé depuis Roméo & Juliette
  2. La bonne sœur de l’hôpital (Marthe Mellot) non plus, même si on voit très bien qu’elle désapprouve !
  3. Le mari de Marthe s’appelle Jacques Lacombe.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Joueur (Claude Autant-Lara, 1958)

« Heureux au jeu, malheureux en amour ».

Encore une fois, le dicton se réalise pour Alexeï Ivanovitch (Gérard Philipe).

Pourtant, rien ne laissait présager une telle issue malheureuse.

Reprenons.

Alexeï Ivanovitch est le précepteur des petits-enfants (?) du général Zagorianski (Bernard Blier). Ce dernier s’est rendu à Baden-Baden, mais certainement pas pour y prendre les eaux : il y a une roulette très courue, et comme il est criblé de dettes et que sa vieille tante Antonia (Françoise Rosay) ne veut pas mourir (et lui léguer sa fortune), il essaie de s’y refaire. Sans y parvenir, bien entendu. Et évidemment la tante Antonia arrive à Baden-Baden.

Alors qu’elle inspecte le casino à la recherche de son neveu, elle est subitement prise de la fièvre du jeu et y perd tout.

C’est alors au tour d’Alexeï de prendre place autour de la table : il gagne, il gagne, il gagne…

 

Il n’y a pas que le général de Gaulle qui a ses entrées dans cette ville thermale puisque le grand Fédor (1) y a lui-même passé du temps et laissé des sommes colossales, et pas dans les soins, comme vous vous en doutez. Mais du roman, si les grandes lignes sont toujours présentes, l’issue et l’intrigue en sont plutôt éloignées. Mais qu’importe, nous sommes au cinéma : tout est donc possible. Et comme il y a Gérard Philipe, on ne va pas bouder son plaisir. De plus, la présence de Rosay et Blier nous assure un spectacle de qualité, même si on peut préférer d’autres réalisations ou performances d’Autant-Lara et des différents interprètes.

Le conflit opposant la tante et le général est un des meilleurs atouts du film, la vieille dame n’étant pas la mourante attendue, tandis que ce général a tout de celui de la Comtesse de Ségur (2) : Blier est bien évidemment dans son élément.

Quant à Gérard Philipe, il est un Alexeï de haute volée (qui en aurait douté ?) et donne vie à ce personnage, véritable héros dostoïevskien, avec toute la fougue et l’idéalisme de la jeunesse, un véritable cousin de Raskolnikov (3).

 

Mais – il y a toujours un mais – je regrette toutefois le manque d’intensité du film par rapport au livre, dans les moments de jeu. Si la première phase qui voit la vieille tante miser inlassablement sur le zéro est très réussie, celle qui voit Alexeï jouer pour son compte est relativement plate, alors qu’elle possède une force incroyable quand Fédor la couche sur papier. Il y a un côté machinal dans la réussite du personnage qui détone complètement : où est passée l’excitation mêlée de frénésie qui nous tenait en haleine ?

Certes, il est très excité de gagner, mais il manque l’aspect fébrile qui fait toute la force du (court) roman.

Quoi qu’il en soit, on prend plaisir à regarder cette « comédie » dramatique qui a beaucoup d’éléments du drame et qui n’est pas spécialement comique. Et la présence de seconds rôles émaillant le film n’est pas non plus pour déplaire : Alice Sapritch, bien sûr puisqu’elle est annoncée, mais aussi Piéral, Jacques Marin ou encore Daniel Emilfork font des apparitions très remarquées…

 

Alors on se laisse emporter par la fièvre (légère) du jeu et on apprécie ce film qui fut l’un des derniers de Gérard Philipe (encore trois à venir…). Hélas.

 

  1. Dostoïevski !
  2. Dourakine : « dourak » signifie imbécile en russe.
  3. Le roman est paru pendant l’écriture de Crime et Châtiment.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gérard Philipe, #Joris Ivens
Les aventures de Till l'Espiègle (Gérard Philipe & Joris Ivens, 1956)

Till (Gérard Philipe) est un jeune homme plein de ressources, bien entendu un tantinet oisif, pour qui toutes les femmes sont des fiancées.
Mais quand l’armée d’occupation (l’Espagne) brûle son père (Fernand Ledoux) pour rébellion, il décide de rejoindre la résistance.

Aidé de son fidèle Lamme (Jean Carmet), il va aider à soulever les Province pour aider le prince d’Orange (Wilhelm Koch-Hooge) à chasser les envahisseurs.

 

Plus jeune (beaucoup), Till était pour moi un personnage de comédie qui se régalait de son pain en humant l’odeur d’un poulet rôti. Avec Gérard Philippe (aidé de Joris Ivens),  ce jeune homme est plus une figure de la résistance flamande à l’occupation espagnole, bien loin de cette image un tantinet naïve. Et c’est tout de même Philipe qui est dans le vrai, reprenant l’adaptation flamande de Charles De Coster qui en fait un héros de cette résistance anti-espagnole (1).

Mais comme Gérard Philipe est (pour la seule fois de sa vie) aux commandes, on retrouve tout de même cette espièglerie qui a toujours qualifié son personnage.

 

Parce que, encore une fois, c’est un film d’acteur, où Gérard Philipe, grand patron, se fait plaisir dans un rôle sur mesure : non seulement Till est un personnage de son registre, mais en tant qu’homme de gauche, il ne pouvait que se reconnaître dans cet homme qui résiste à un envahisseur.

Et ça fonctionne. On passe  un bon moment à suivre cette série d’aventures où le burlesque a sa part et où la résistance est avant tout pour de rire, malgré les représailles terribles de l’armée d’occupation (roue, pendaison).

 

Mais Gérard Philipe n’était pas un réalisateur, et malgré tout, cela se ressent dans le film  et la générosité – inévitable quand un acteur passe derrière la caméra – a ses limites : le film est plaisant mais n’atteint pas des sommets.

Gérard Philipe se fait plaisir, le spectateur aussi, est c’est là qu’est le plus important : le cinéma est là (aussi) pour nous évader. Mais Till n’est pas Fanfan, et Gérard Philipe n’est pas Charles Laughton : son seul film, plaisant, reste un divertissement anecdotique.

Pas plus.

 

  1. Les pays limitrophes qui ont résisté contre l’Allemagne ne peuvent que souscrire à cette résistance contre un pays qui n’a même pas de frontière commune avec leur territoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #René Clément, #Gérard Philipe
Monsieur Ripois (René Clément, 1954)

André Ripois (Gérard Philipe) vit à Londres. Quand il ne travaille pas, il arpente les trottoirs londoniens à la recherche de l’amour. Mais à trop le chercher, il ne trouve rien, si ce n’est des aventures avec des femmes bien différentes.

Et puis il la trouve : elle s’appelle Patricia (Natasha Parry), elle est jeune, elle est belle, elle est différente, et il tombe sous son charme.

Seulement voilà : c’est le jour de son mariage avec Catherine (Valerie Hobson).

 

René Clément, Gérard Philipe et Raymond Queneau sur une même affiche ! On peut trouver pire. Et on n’est pas déçu, surtout devant la formidable prestation de l’acteur, entre comédie et tragédie, pour une errance fabuleuse, et pas seulement dans les rues de Londres.

Georges Sadoul parle de Ripois comme d’un « infirme du cœur » et, si je ne suis pas souvent d’accord avec ce monsieur, je trouve tout de même que c’est une très bonne description de ce jeune homme perdu dans une ville étrangère comme dans son propre monde intérieur.

Parce que Ripois est malade. Malade d’amour comme d’autres sont malades du cœur, et cette comparaison est des plus pertinentes dans le cas de ce jeune homme : chronique et malheureusement irrémédiable, il en souffrira jusqu’au bout. Douce souffrance, non ?

 

René Clément, qui sort du très beau Jeux interdits, se tourne cette fois-ci vers les adultes, nous présentant un personnage volage et sans cesse attiré par un jupon, comme en témoigne la sortie du bureau qui le voit suivre les femmes. Quand nous faisons sa connaissance, il est déjà marié et bien entendu, ce mariage bat de l’aile puisque son épouse envisage de divorcer. Il faut dire que la cour assidue que fait André à la belle Patricia y est pour beaucoup. Mais s’il n’y avait que Patricia… On sent qu’elles furent nombreuses toutes celles qui lui firent facilement tourner la tête (1), et que c’est par lassitude qu’elle se décide enfin à clore ce mariage.

 

Mais paradoxalement, c’est cette dernière femme – Pat – qui semble la bonne, celle qu’il attendait après l’avoir vainement cherchée. La preuve ? Il lui raconte sa vie anglaise sans rien dissimuler de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a pensé, de ce qu’il a fait. Et c’est terrible tout ce qu’il se passe pour ce jeune homme qui va lentement descendre jusqu’à finir à la rue avant bien sûr de remonter la pente pour épouser l’héritière (Catherine).

C’est d’ailleurs dans la période vagabonde que Gérard Philipe est formidable, bien loin de ses rôles éclatants que j’ai déjà mentionnés ici. Et la rencontre avec Marcelle (Germaine Montero) marque le niveau le plus bas de cette déchéance : « peut-on tomber plus bas que dans les bras d’une prostituée ? » semble-t-il se dire.

 

Mais peut-on croire un tel personnage, même après une confession aussi complète ? Patricia se fait son idée, tout comme le spectateur et il semble qu’on arrive à la même conclusion. Mais le destin veille et la conclusion du film n’est pas sans rappeler le titre du roman dont est tiré le scénario : Monsieur Ripois et la Nemesis (2). Parce que sa Nemesis (ce n’est pas une des femmes !) va frapper, impitoyable mais juste, pour nous offrir une fin moins tragique que celle du roman, mais tout de même peu reluisante, voire un tantinet grinçante.

 

Par contre, si on avait laissé les Anglais s’exprimer pleinement dans leur langue plutôt que d’avoir recours à une francisation systématique des dialogues (3), le film n’en aurait certainement pas souffert. Bien au contraire : Yves Allégret avait bien réussi avec l’espagnol dans Les Orgueilleux l’année précédente, avec le même Gérard Philipe…

 

PS : on savourera avec plaisir les titres des ouvrages qui constituent la (petite) bibliothèque de ce « professeur de littérature » bien particulier…

 

  1. D’autant plus facilement qu’il ne semble vivre que pour ça.
  2. Louis Hémon, 1950 (roman posthume).
  3. Je n’ai pas parlé de doublage, notez bien.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Cape & épée, #Christian-Jaque, #Gérard Philipe
Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952)

Ca bondit, ça chevauche, ça brette, ça douglasfairbankse presque ! Mais ce n’est pas Douglas Fairbanks, ce dernier étant mort treize ans plus tôt.

Non, c’est le grand Gérard Philipe – par la taille et le talent – qui interprète ce personnage légendaire, imaginé par le chansonnier Emile Debraux en 1819.

 

Nous sommes en pleine Guerre de 7 ans, Louis XV (Marcel Herrand) est roi de France et Fanfan court la gueuze : un mariage arrangé le fait s’enrôler dans les armées royales qui le mèneront à la gloire et l’amour avec la belle Adeline (Gina Lollobrigida).

Dès lors Fanfan va accomplir son destin (heureux) comme le lui a faussement prédit cette même belle Adeline.

Tout comme la chanson originelle, tout ceci n’est pas sérieux : le narrateur (Jean Debucourt), servi par les savoureux dialogues d’Henri Jeanson, accentuant l’aspect comique du film.

Et surtout, soixante-sept ans après sa sortie, le charme agit toujours.

 

Il faut dire que la présence de Gérard Philipe y est pour beaucoup : délaissant un temps les planches du Théâtre National Populaire, il  nous livre ici une interprétation haute en couleur (1) de Fanfan, qui restera – malgré Vincent Pérez et Penélope Cruz – la version de référence.

A ces côtés, on retrouve quelques visages connus dont bien sûr Noël Roquevert (Fier-à-Bras), éternel second rôle du cinéma français, et pour une fois sans moustache !

Et pour les femmes, les trois principales actrices – outre la belle Gina, on retrouve Geneviève Page (La Pompadour) et Sylvie Pelayo (Madame Henriette), elles sont aussi belles que talentueuses, même si Sylvie Pelayo a un rôle plutôt décoratif.

 

L’autre élément comique du film concerne l’armée, tournée en ridicule (n’oublions pas qu’en 1952, l’armée française est engoncée dans le conflit indochinois) pour le plaisir du spectateur.

Fier-à-Bras est un archétype de sergent aux méthodes aussi absurdes qu’inutiles, ce que comprend rapidement Fanfan, abandonnant les exercices imbéciles qui contente l’esprit un tantinet sadique qu’on retrouve chez le genre de sous-officiers représentés par Fier-à-Bras.

De plus, la présence de la femme (Georgette Anys) de Tranche-Montagne (Olivier Hussenot), une de ces cantinières qui accompagnaient les armées, et ses huit enfants, ajoute à la drôlerie, constituant une famille bien singulière pour Fanfan.

 

Il y a dans ce Fanfan un parfum nostalgique pour le spectateur que je suis (et que beaucoup d’autres sont), mais surtout le plaisir de retrouver Gérard Philipe, jeune premier éternel et disparu beaucoup trop tôt, il y a maintenant soixante ans.

De plus, cela nous ramène à une époque où un film en noir et blanc ne rebutait pas encore les (télé)spectateurs

On peut même regretter qu’avec la mort (foudroyante) de ce grand monsieur il n’ait pu interpréter d’autres rôles emblématiques du cinéma de capes et d’épées français : les différents assauts qu’on peut voir ici en laissant présager d’autres qui se déroulèrent dans la décennie suivante.

 

Nous reste alors son sourire un tantinet ironique et sa voix claire, et son destin tragique qui en fit une sorte de James Dean français (du point de vue du destin s'entend), longtemps admiré (avec raison) des jeunes filles françaises.

 

(1) Il était donc inutile d’en sortir une version colorisée (berk !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #René Clair, #Gérard Philipe
La Beauté du diable (René Clair, 1950)

René Clair est un vrai magicien. En plus de nous offrir  de beaux films, il change de changer les tragédies en comédies !

Prenons la légende de Faust : ce vieil homme qui vend son âme au diable pour goûter à la jeunesse. A la fin, il est irrémédiablement damné, un pacte étant un pacte.

 

Or ici, pas du tout. Faust (Gérard Philipe) s’en tire. Il s’en va vivre un grand amour avec Marguerite (Nicole Besnard). Alors que reste-t-il de la légende ?

Une bonne partie. Ici, le diable, c’est toujours Méphistophélès (Michel Simon), mais ce n’est pas si simple : Michel Simon interprète Méphisto, mais aussi Faust âgé, et le contraire pour Gérard Philippe. Vous me suivez ?

Faust est un savant, un peu alchimiste, mais respecté de tous.

Quant à Marguerite, elle est jeune et belle, mais… Elle n’a pas la blondeur requise : c’est une bohémienne qui va de ville en ville montrer des tours de dressage et dire la bonne aventure.


L’irruption de Méphisto dans ce petit monde amène des situations plutôt comiques, dues surtout à la prestation de Michel Simon. Bien entendu, il a parfois tendance à faire du Michel Simon (ses adresses à Lucifer en sont un bon exemple) et à outrer son jeu. Mais pour les reste, c’est un Méphisto un peu espiègle et très roué qu’il nous joue : omnipotent et omniprésent, il s’amuse des situations et nous partage sa gaieté.

 Quant à Gérard Philipe, il est un Faust qui s’émerveille face à cette jeunesse retrouvée. Mais son attitude change progressivement avec la découverte de ce bonheur qu’il avait longtemps ignoré. Et finalement, une fois le pacte signé, Faust sombre peu à peu dans l’amertume. Parce qu’une fois le contrat établi, Faust se rend compte qu’il vient de passer à côté du bonheur une deuxième fois : la première fois quand il était jeune et qu’il préféra étudier ; la seconde, une fois la jeunesse retrouvée, en voulant toujours plus de félicité.

 

En plus de l’amertume, c’est la solitude qui baigne ce film. La solitude de Faust vieux, aux portes de la mort (on meurt seul, c’est bien connu), mais aussi du Faust jeune, damné en puissance, qui ne peut rien offrir à celle(s) qu’il aime. Faust erre, seul, sans logis, sans ami

Mais la solitude, c’est ce qui l’attend aussi dans l’avenir que lui révèle Méphisto. A quoi servent la puissance et la gloire sur un champ de ruines ?

La solitude touche aussi Marguerite, emprisonnée, mais ne dure pas.

Et c’est finalement Méphisto qui fera les frais de cette solitude : lâché par son maître, il est abandonné aux hommes, pires que les tourments de l’enfer...

 

L’association de ces deux acteurs est le socle du film. D’un côté un jeune acteur (à peine 27 ans pendant le tournage), beau et séduisant. De l’autre un acteur mûr (le double de l’âge du premier) et qui ne s’est jamais leurré sur son physique. Et en plus, avec une voix éraillée. Bref, deux extrêmes se rencontrent et nous donnent un spectacle à la hauteur de nos espérances, et tant pis si la légende n’est pas respectée.

 

Et puis, peut-on imaginer, chez René Clair, un film qui se termine mal ?*

 

 

* Oui, je sais, les grandes Manœuvres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #René Clair, #Gérard Philipe
Les Belles de nuit (René Clair, 1952)

Une fenêtre allumée.

Une mélodie au piano.

Des amoureux qui passent et s'arrêtent pour écouter.

C'est Claude (Gérard Philipe) qui joue.

Claude est professeur de solfège et de piano.

Mais c'est avant tout un grand rêveur : comme la vie ne lui sourit pas beaucoup, il s'évade dans les rêves. Il remonte le temps, quand « c'était mieux avant ».
C'est là qu'il les rencontrent, les belles de nuit...

 

René Clair et Gérard Philipe se retrouvent deux ans après La Beauté du Diable. Cette fois-ci, c'est une comédie plutôt musicale. Ici, tout n'est qu'illusion (ou presque). Normal, nous sommes dans les rêves de Claude qui s'échappe d'une vie morose dans des rêves toujours plus fous, toujours plus amoureux. Bien entendu, les personnages de ses rêves sont ceux de sa vraie vie quotidienne, reprenant qui un statut, qui une attitude déjà vue. Et toujours ce même leitmotiv : « c'était mieux avant » (refrain connu !), lancé par le même vieux ronchon (Pierre Palau).
Alors nous partons voir avec Claude en quoi c'était tellement mieux, avant. La Belle Epoque, 1830, la Révolution, le règne de Louis XIII, tels sont les périodes visitées, pour en arriver à ce que nous savions tous déjà : chaque époque a ses bons et ses mauvais côtés. Il suffit juste de s'y faire.

Gérard Philipe est - comme toujours - merveilleux. Claude nous rappelle le Faust jeune qu'il interpréta deux ans plus tôt, mais avec une petite nuance de désespoir qui - c'est une comédie - va lentement s'estomper. Et puis les belles de nuit portent bien leur nom : Magali de Vendeuil, Martine Carol et la bombe italienne Gina Lollobrigida sont superbes. Et les formes de cette dernière aussi !

Alors qu'importe les décors en carton-pâte, pourvu qu'on ait le plaisir. Le plaisir d'assister à une histoire heureuse comme savait les faire René Clair. Et le plaisir de retrouver quelques visages connus : ces acteurs qui firent les beaux jours des seconds rôles du cinéma français : Raymond Cordy, Raymond Bussières, Albert Michel...

Alors laissez-vous faire : plongez dans ce Paris 1900, où le directeur de l'Opéra Garnier (Paolo Stoppa) ne s'exprime qu'en chantant ; admirez cette future Algérie française des 1001 nuits où Leïla (Gina) remplace Shéhérazade ; allez construire la République de demain avec le citoyen Claude, révolutionnaire par amour...

 

Un délice...

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