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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

gilles grangier

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gilles Grangier, #Jean Gabin, #Gangsters
Le Rouge est mis (Gilles Grangier, 1957)

Le Gang des Tractions avant, qui sévissait juste après la fin de la deuxième guerre mondiale a toujours inspiré les scénaristes et les réalisateurs.

Il en va ainsi de ce film qui présente des similitudes avec le gang susnommé.

La façon d’opérer, tout d’abord : à chaque fois, c’est une attaque à mains armées qui s’effectue en plein jour et qui termine (trop) souvent par des morts.

Ici, nous assistons à l’essoufflement du gang et même à la mort de l’un d’entre eux pendant un braquage de fourgon postal.

Certaines réminiscences onomastiques aussi : Louis comme Quérard dit « p’tit Louis le Nantais », Raymond comme Naudy dit « Le Toulousain » ; quant à Pepito dit « Le Gitan », voir à ce sujet Le Gitan (1975).

 

Mais reprenons.

Louis Bertain (Jean Gabin), Pepito dit « Le Gitan » (Lino Ventura), Frédo (Paul Frankeur) et Raymond dit Le Matelot (Jean Bérard) forment une équipe redoutable de braqueurs dans la région parisienne, n’hésitant pas à tuer si le besoin s’en ressent.

Dans le même temps, le frère de Louis, Pierre (Marcel Bozzuffi) rend visite à sa fiancée la belle Hélène (Annie Girardot), qui ne semble pas une personne vraiment digne de confiance.

Un soir, Pierre débarque chez sa mère trop tôt et surprend des bribes de conversations entre Louis et Pepito.

Non seulement le coup va rater, mais le gang va être balancé. Pepito pense que c’est Pierre qui a parlé.

 

Nous sommes ici dans la lignée de films de gangsters typiquement français des années 1950 où Gabin, qui ne pouvait plus jouer les jeunes premiers (1), et relançait sa carrière avec des rôles de personnages âgé »s mais volontaires : le patron. Et ici, il est ce patron de gang, un truand de la vieille époque et qui ne s’allongera jamais devant les flics.

A ses côtés, on retrouve Lino Ventura et Paul Frankeur qui en sont déjà à trois films ensemble (outre Le Grisbi, ils sont dans Razzia sur la Chnouf) ainsi que Michel Audiard au scénario (avec Gilles Grangier et Auguste Le Breton). Bref, c’est une bande de copains qui travaillent ensemble (2).

Alors évidemment, tout fonctionne comme il faut : Gabin est impérial, Lino est encore une fois terrible et franchement méchant, quant à Frankeur, il manque l’assurance des deux films précédents à ce personnage plus ou moins rangé.

 

La différence ici tient à la présence de la mère Bertain (Gina Niclos) : pour une fois, le truand a une famille et même une mère. Mais ce n’est pas comme celle de Cody Jarrett (James Cagney) dans White Heat : elle regrette beaucoup que son deuxième fils (Pierre) ait été en prison quand il était plus jeune, et pas question d’approuver les manières de son aîné pour autant. Encore que, l’évasion de la Tour Pointue (3) lui fait esquisser un sourire.

Et la présence de cette mère amène une scène extrêmement rare dans la filmographie de Jean Gabin : elle le gifle pour en avoir fait de même à son frère !

 

Grangier nous fait découvrir ici une bande terrible, et si Pepito/Ventura est un personnage méchant, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la sympathie pour Louis/Gabin. Mais l’époque étant ce qu’elle était, de tels malfrats ne pouvaient pas s’en sortir. Et si Gabin/Max le Menteur (1) avait réussi à sauver sa tête, il en va tout autrement ici : il ne survit pas à la fin, ce qui n’est pas arrivé bien souvent dans cette période.

Et d’une certaine manière sa mort le rachèterait : on parlerait même de « rédemption » si le film était américain.

Mais heureusement – pour l’époque – les méchants ne s’en tirent pas et force reste à la loi et la morale.

 

PS : on retrouvera le personnage de Pepito dit le Gitan près de vingt ans plus tard : ce sera Alain Delon qui l’interprètera (voir plus haut). Comme quoi l’aura du Gang des Tractions avant a eu la vie longue.

 

  1. Dans Touchez pas au Grisbi, Max explique à Riton qu’ils ont vieilli. Ce qu’il dit est toujours d’actualité ici.
  2. La séquence chez Mimile (Georges Peignot) voit une équipe de cyclistes passer : un clin d’œil à cette bande de copains.
  3. 36, quai des Orfèvres

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gilles Grangier, #Jean Gabin, #Michel Audiard
Le Cave se rebiffe (Gilles Grangier, 1961)

Max le Menteur est de retour. Mais il a changé de nom : il s’appelle cette fois-ci Ferdinand Maréchal (Jean Gabin). Il a abandonné ses cactus pour une histoire de fausse monnaie que lui a proposé son ami Charles Lepicard (Bernard Blier), ancien tenancier de maison close, au chômage depuis mars 1951, grâce aux bons offices de Madame Marthe Richard.

Il faut dire qu’ils ont à disposition un cador de la gravure, Robert Mideau (Maurice Biraud), dont la femme Solange (Martine Carol) a été levée par le sieur Eric (Franck Villard), lui-même une sommité dans son genre, si on en croit Gabin-Maréchal.

 

Bref, nous sommes à nouveau dans l’univers d’Albert Simonin, huit ans après Touchez pas au Grisbi. Mais si ce dernier film avait un ton réaliste et dramatique, on est ici dans une véritable comédie, orchestrée par un Gilles Grangier qui retrouve l’un de ses acteurs fétiches : Gabin. Le tout est servi par des dialogues de Michel Audiard de toute beauté, son art montant en puissance avant de s’épanouir deux ans plus tard avec Les Tontons flingueurs. Mais nous n’en sommes pas encore là.

 

Là encore, Gabin interprète un gangster sur le retour, qui vient effectuer un dernier baroud d’honneur. Mais si Max de Touchez pas au Grisbi joue de malchance, il n’en va pas de même pour maréchal, quoi qu’en dise le générique de fin. Oui, ce générique s’empresse de condamner l’histoire qu’on vient de voir, rappelant les cadres juridiques de cette malhonnête affaire. Mais nous savons bien que les extraditions du Venezuela (Maréchal arrive de Caracas) vers la France étaient plutôt rares… Mais qu’importe, il fallait respecter la morale (1968, c’était 7 ans après).

 

Ce film fut un succès malgré certains critiques désapprouvant ce « cinéma à Papa », mais la postérité leur donna tort : ce film, surtout grâce à ses dialogues, est maintenant considéré comme un classique de la comédie policière. Il faut dire aussi que la distribution est prestigieuse. Outre les gens cités précédemment, on trouve aussi deux rescapés du Corbeau de Clouzot : Antoine Balpétré, en homme d’affaires véreux, et l’inimitable Ginette Leclerc absolument magnifique en mère maquerelle au chômage.

 

Et pour l’une des scènes les plus belles du film, nostalgique à souhait : Françoise Rosay. Madame Pauline, sous couvert d’un commerce de fleurs et plumes, est une receleuse de papier monnaie qu’elle propose à des prix imbattables, étant l’une des seules à le faire… Maréchal vient la trouver et nous avons alors droit à une évocation du milieu d’antan qui n’est pas piquée des hannetons. C’est un véritable plaisir de l’entendre discuter avec Gabin des différentes disparitions des uns et des autres, naturellement, comme si une mort par balles était une chose banale, voire normale. Mais dans ce milieu, elle l’est. Et ces souvenirs pittoresques ne l’empêchant pourtant pas de verser une larme pour l’un des morts : le seul qui fut terrassé par une cirrhose ! Cette scène se conclut sur un dialogue magnifique :

Pauline : À quoi je le reconnaîtrais ?
Le Dabe : Un beau brun, avec des petites bacchantes, grand, l'air con !
Pauline : Ça court les rues, les grands cons !
Le Dabe : Ouais ! Mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres !

[je vous laisse aller (re)voir la suite quand le « grand con » vient prendre livraison]

 

Un classique, oui, qu’on ne se lasse pas de revoir.

Pour les dialogues d’Audiard, la gouaille de Gabin et aussi pour Blier !

 

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