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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

gilles lellouche

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gangsters, #Julien Leclercq, #Gilles Lellouche
Gibraltar (Julien Leclercq, 2013)

Marc Duval (Gilles Lellouche) est un type ordinaire, avec ses problèmes ordinaires. Enfin en apparence parce qu’il ne vit pas à Gibraltar sans raison : autrefois, il a obtenu un prêt de 100.000 francs qu’il n’a jamais remboursé…

Mais malgré tout ça, il a des problèmes de trésorerie (un bar et un bateau à rembourser). Il est alors embauché par Redjani Belimane (Tahar « Aznavour » Rahim) pour servir d’aviseur de la douane française : il signale des trafics contre rétribution, c'est-à-dire 10 % des saisies.

Mais la douane anglaise (nous sommes à Gibraltar) entre dans la danse, et comme si cela n’était pas suffisant, un caïd de la drogue, Claudio Lanfredi (Riccardo Scamarcio) le prend sous son aile, faisant de lui un narcotrafiquant d’(envergure internationale.

A ce moment-là, les soucis pécuniaires du début ont des relents de paradis perdu…

Et en plus, c’est d’après une histoire vraie, celle de Marc Fievet, qui fut aviseur pour la douane française avant de se retrouver en prison…

 

Deux ans après L’Assaut, qui racontait la prise d’otages d’un avion en 1994, Julien Leclercq revient avec une autre histoire vraie qui a défrayé la chronique : celle de cet informateur des douanes qui est tombé pour trafic de drogue, abandonné – lâchement ? – par ses commanditaires originels… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Leclercq s’en sort avec les honneurs, réalisant un film qu’on pourrait qualifier d’efficace si ce terme n’était pas teinté d’une certaine violence. Non pas que le film est calme, mais la violence n’y est pas l’élément le plus déterminant. L’intrigue – et l’action – se concentre(nt) sur Duval, et surtout comment il en est arrivé là.

Et le scénario d’Abdel Raouf Dafri se déroule en deux parties séparées par un long flash-back, avant d’arriver à al dernière opération, celle qui va faire tomber ce caïd bien singulier.

 

Et Gilles Lellouche interprète (encore une fois avec talent) magnifiquement le rôle de cet homme contraint à mentir pour vivre, au début, puis survivre, quand les choses se compliquent. Il est un Duval très convaincant, un homme qui risque un doigt dans un engrenage et va y perdre plus que son bras, malgré l’avertissement initial de son mentor… Ce mentor qui est lui aussi dépassé par l’ampleur du lièvre soulevé par celui qui ne devait être qu’un petit informateur.

On suit avec intérêt cette accumulation de mensonges obligés que cet homme bien isolé doit entretenir afin de rester en vie. Et on se demande encore comment il a réussi à survivre à cet incroyable imbroglio. Comme quoi, parfois, la réalité dépasse de loin la fiction !

 

Bien entendu, l’institution en prend pour son grade, surtout avec les derniers intertitres, mais Leclercq aurait tout de même pu préciser que son modèle – dans la réalité – avait tout de même obtenu gain de cause (1) auprès de la justice française.

Mais on ne va pas s’offusquer sur ce détail qui n’empêche pas d’apprécier à sa juste valeur ce film maîtrisé de bout en bout.

Et puis au cinéma, vous savez bien que tout est permis, même d’arranger la vérité

Vérité et cinéma ne vont pas toujours bien ensemble (2), et de toute façon, ce n’est pas ce que l’on recherche quand on va voir un film !

 

  1. Non, il ne meurt pas à la fin !
  2. Sauf chez Clouzot, bien sûr, mais ceci est une autre histoire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet, #Gilles Lellouche
L'Instinct de mort (Jean-François Richet, 2008)

2 novembre 1979.

Un homme et sa femme préparent leurs affaires et s’en vont en voiture. Malheureusement, il y a de la circulation et ils sont bloqués derrière un camion. La bâche du camion est levée : ce sont des policiers armés de mitraillettes.

Cet homme, c’est Jacques Mesrine (Vincent Cassel), et sa compagne, c’est Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier).

C’est ce jour-là qu’il est abattu par la police.

Mais ce n’est pas le sujet de ce film : nous remontons vingt ans auparavant, en Algérie, quand le même Mesrine a devancé l’appel : torture, & exécution sont les maîtres mots de cette période. Libéré, il revient à Paris et commence une activité de truand avec son ami Paul (Gilles Lellouche) sous les ordre de Guido (Gérard Depardieu).

Cette activité criminelle l’emmènera en plus de la prison, au Canada où, là encore le travail honnête ne sera pas privilégié…

 

Jean-François Richet nous replonge dans la période Mesrine avec beaucoup de savoir faire. Mais il évite le piège – facile – de faire passer ce dernier pour un héros. Un homme libre, oui, mais pas un héros. Nous allons le suivre pendant (environ) treize années, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais même si on se déplace beaucoup, ce n’est en rien un road-movie. C’est un film de gangsters plutôt réaliste, où les différentes péripéties ne peuvent pas vraiment être considérées comme des exploits. A part, bien sûr, l’évasion –spectaculaire – de l’USC (Unité Spéciale de Correction) de Saint-Vincent-de-Paul, près de Laval (au Québec !).

D’ailleurs, cette évasion permettra à la société canadienne de se rendre compte du (très) mauvais traitement infligé aux détenus, entraînant sa fermeture. Comme quoi, Mesrine aura tout de même été utile à la société…

 

Mais c’est son parcours – pas spécialement atypique – qui nous intéresse, inspiré de l’autobiographie qu’il avait fait paraître deux ans avant sa mort. C’est brutal, comme le fut la vie de cet homme qu’on peut qualifier d’ambigu. Ambigu pour l’admiration qu’ont encore beaucoup de gens pour lui, et la condamnation de son « exécution » (1) par l’Etat français. Parce que ne nous leurrons pas : Mesrine était un gangster extrêmement dangereux qui n’hésitait pas à tuer s’il le fallait.

Il n’empêche : Richet mène son film avec beaucoup de maîtrise et surtout Vincent Cassel interprète un Mesrine plus vrai que nature, n’épargnant pas les aspects plus sombres de sa personnalité, ceux qu’on a tendance à oublier quand on vante ce personnage.

Et encore une fois, Cécile de France nous montre toute l’étendue de son talent en interprétant Jeanne, complice d’alors du grand truand.

 

Et ce qui frappe le plus, c’est la très belle reconstitution de cette période : bien sûr, on revoit certaines voitures inévitables, mais c’est tout le reste qui est intéressant, les cigarettes fumées à longueur de journée – même à l’hôpital – ou encore la bière en bouteille de 25 cl qui émaille le film… Surtout, il y a certains plans où  Vincent Cassel ressemble fortement à son modèle original. Certes, le maquillage est là, mais il y a quelque chose en plus : des attitudes, des regards qui nous replongent dans cette période troublée où on imaginait croiser « l’ennemi public n° 1 » (2), n’importe où, même au bout de sa propre rue…

 

Et si l’histoire n’est pas finie quand le film l’est, une question reste en suspend pour le spectateur : pourquoi avoir fait exécuter Guido & Paul (une séquence insérée dans l’année 1969, sans aucune influence sur ce qu’on voit après) ?

Réponse dans la suite ?

 

NB : Normalement, on ne prononce pas le S dans Mesrine…

 

  1. C’est ainsi qu’on en parle encore dans certains milieux…
  2. C’est d’ailleurs le titre de la deuxième partie…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gilles Lellouche
L'Amour ouf (Gilles Lellouche, 2024)

Un soir (une nuit ?) de 1999 (2000 ? Après ?), une bande de jeunes part en virée en Mercedes. Chacun a son arme. C’est du sérieux. Les voitures sortent de la ville. Le téléphone sonne.

C’est le point de basculement du film.

Déjà ? Oui.

 

« L’amour ouf » du film, c’est celui de Jacqueline « Jackie » (Mallory Wanecque puis Adèle Exarchopoulos) et Clotaire (Malik Frikah puis François « D’Artagnan » Civil). Deux ados que rien ne réunissait : si Jackie a été virée d’un bahut catho pour insolence, elle n’en est pas moins très scolaire ; Clotaire, lui, à l’instar de celui du Petit Nicolas, est un mauvais élève et s’est déscolarisé pour ne pas aller en CPPN (1).

Mais ça passe. Ils sont attirés l’un vers l’autre. Et Jacqueline est moins scolaire, Clotaire plus civilisé. Ils sont amoureux. Mais Clotaire tombe irrémédiablement dans la délinquance, avec la case prison inévitable. Jackie n’étudie plus.

10 ans passent et ces dix années ont été perdues pour tous les deux.

Vont-ils se retrouver et s’aimer ?

 

Je ne répondrai pas à la question (directement), mais si vous voulez une réponse immédiate, allez sur wikipédia, il y a toute l’intrigue. Et ça va être difficile de ne pas en dévoiler quelques pans… Voilà, vous êtes prévenu(e)s.

 

Lellouche (Gilles, pas Pierre, heureusement) nous revient derrière la caméra, avec à nouveau une histoire un tantinet intimiste, mais bien loin de sa comédie précédente. On y retrouve tout de même quelques similitudes, avec la relation entre un père (Alain Chabat, formidable) et sa fille, et surtout la place prépondérante de la musique dans l’intrigue, devenant presque un personnage à part entière. Et tout y passe, des années 1970 (Deep Purple) aux années 1990 (Daft Punk), avec bien entendu Forest de Cure qui reste « leur chanson », comme disent les Anglo-saxons.

 

Mais surtout Gilles Lellouche surprend. Après la comédie douce-amère du Grand Bain, il s’agit cette fois-ci d’une tragédie annoncée puisque dès les cinq premières minutes, le personnage principal meurt. Violemment. Et le point de rupture annoncé ci-dessus amène un traitement de l’image un tantinet déstabilisant. En effet, le flashback qui suit commence par un plan qu’on pourrait juger anormal : ce n’est pas un cadrage classique puisque c’est un Clotaire de huit ans (Louis Raison) qui embête son grand frère (Lenny Castelein) vu à l’envers. Et le fait de tourner (retourner) l’image va se répéter plusieurs fois, comme s’il voulait bien nous signifier que ce qu’il se passe n’est pas normal. En effet, n’oublions pas que Clotaire est mort ou sur le point de l’être.

 

Pourquoi sur le point ? Parce que, et c’est le Lionel vieux (Jean-Pascal Zadi) qui l’exprime le mieux, en mourant, Clotaire voit défiler sa vie. Sa vie de délinquance de plus en plus marquée jusqu’au coup de téléphone fatidique susmentionné. A partir de ce moment – revu, donc – le fil de l’histoire se rompt et nous entrons dans une intrigue parallèle (2) qui voit ce qui ressemble à une fin heureuse. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, le générique de fin contredit cette fausse fin : sur fond noir (de mort) se déroule la liste attendue écrite en rouge (sang). Il n’y a plus de doute possible : cet amour est irréversiblement mort avec Clotaire, dans ce qui ressemble à un entrepôt, d’une balle dans la tête. Inévitablement.

Et c’est peut-être parce que Lellouche est un spécialiste de la comédie qu’il voudrait nous faire croire à cette fausse fin…

 

Si François Civil et Adèle Exarchopoulos sont très bons tous les deux, ce sont, pour ma part, les deux ados que j’ai le plus appréciés. Ils interprètent avec beaucoup de justesse ces premières amours adolescentes complètement « ouf » (oufs ?). Et leur réapparition dans le cadre de la seconde éclipse de soleil (11 août 1999 ?) renforce ces amours perdues.

 

PS : j’aime beaucoup le traitement qui est fait de la mère de Jackie (Mélissandre Fortumeau). On ne la voit que très peu et pendant une brève séquence, celle de sa mort. Tout d’abord elle a la tête coupée (par le cadrage !), puis son visage se devine à travers la vitre de la voiture ainsi qu’à travers le pare-brise, flouté. Comme pour montrer que tout ça s’est passé il y a longtemps et que Jackie commence à oublier son visage avec le temps qui passe.

Habile.

 

PPS : Avez-vous remarqué le clin d’œil à West Side Story ? Et celui à Audiard (Faut pas prendre les Enfants du bon Dieu pour des canards sauvages) ?

 

  1. Classe Pré-Professionnelle de Niveau : on dirait (peut-être) SEGPA aujourd’hui. Tu peux me confirmer ça, Sophie ?
  2. Rappelez-vous ce qu’explique Doc à Marty dans Retour vers le Futur II : à partir du moment où un événement du passé est modifié, nous sommes sur une nouvelle ligne de vie, parallèle à la première.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Cédric Jimenez, #Gilles Lellouche
BAC Nord (Cédric Jimenez, 2020)

Greg Cerva (Gilles Lellouche) est incarcéré. Jusque là, rien de bien spectaculaire. Ca le devient quand on sait que ce même Cerva est policier. Brigadier, même. IL travaille en équipe avec Yass (Karim Leklou) et Antoine (François « D’Artagnan » Civil) à la BAC Nord (d’où le titre). Ce sont de bons flics, sauf que la hiérarchie en a marre de la casse : à chaque intervention dans une cité, ils sont insultés et surtout agressés, leur(s) voiture(s) portant les marques de la violence générée. Et ça coûte cher.

Mais finalement, le préfet décide d’une opération de prestige et c’est Cerva qui va s’en occuper, sous couvert de sa hiérarchie.

Enfin jusqu’à un certain point…

 

« Faudra que je vous raconte un jour tout ce que j’ai été obligé d’inventer pour pouvoir faire normalement mon boulot de flic. » C’est Verjeat (Lino Ventura) dans Adieu Poulet (Pierre Granier-Deferre, 1975) qui parle. Et ce qu’on peu dire des méthodes de Cerva, c’est qu’elles ont un petit goût de déjà entendu…

Parce que pour faire son métier, Cerva n’est pas toujours regardant, tout comme ses deux collègues. Mais ils savent s’arrêter à temps, ne franchissant pas la limite de la corruption. Et le film de Cédric Jimenez montre très bien le non franchissement de cette frontière pourtant ténue. Il filme des flics ordinaires, dans des situations quotidiennes qui leurs sont routinières : ils font leur boulot et c’est tout. Et le basculement aura lieu quand le préfet va vouloir faire un coup de com’.

 

Alors oui, ils vont franchir un peu plus la ligne, mais pour quels résultats ? Ces résultats viennent en deux temps : l’opération avec sa mise en place puis les conséquences qui vont déborder largement au-delà des quartiers nord de Marseille.

On notera la très bonne utilisation des archives en rapport à cette affaire de 2012, mais surtout, on appréciera les prestations du trio vedette, avec surtout un Gilles Lellouche formidable (encore une fois), dans le rôle de ce flic désabusé, dont la vie personnelle semble vide une fois qu’il se retrouve seul chez lui. Les deux autres policiers ont quelqu’un qui les attend : pour Yass, c’est Nora (Adèle Exarchopoulos) qui est enceinte et va bientôt accoucher, et pour Antoine, c’est son chien. Pour Greg, on ne sait rien. Ou alors un paquet de cigarettes. On comprend mieux alors son engagement dans la police et surtout sa désillusion.

 

Et bien sûr, quand les choses vont se compliquer, ces trois policiers vont se sentir bien seuls face à l’IGPN (1) et son inspecteur (Jean-Yves Berteloot) : une solitude qui n’est pas sans rappeler celle d’autres fonctionnaires face à leur hiérarchie… D’autant plus qu’on utilise la célèbre expression « pas de vague » qui nous ramène bien sûr à l’actualité de ces derniers.

Et ce qu’on peut dire de ce film, c’est qu’il nous a présenté une vision plutôt réaliste de ce métier, n’évitant hélas pas les récupérations nauséabondes habituelles. Et si on doit rapprocher le film de Jimenez, c’est Polisse (Maïwen, 2011) qui vient en tête tant le réalisme est présent dans cette intrigue. D’ailleurs, nous avons droit très souvent à une caméra au cœur de l’action, sur l’épaule ou non, ce qui accentue beaucoup le travail de ces hommes.

 

Bref, un film solide et bien ficelé, mené tambour battant sans pour autant faire tourner la tête, et surtout un Cédric Jimenez qui ne refait pas ses erreurs du film précédent et reste au plus prêt de son sujet. C’est bien filmé, et toujours près de l’action, ne laissant – cette fois-ci – aucune zone d’ombre dans cette histoire pas si simple que ça.

Comme quoi, la police, ce ne sont pas toujours des hommes qui matraquent des manifestants…

 

  1. Inspection Générale de la Police Nationale.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Comédie dramatique, #Jeanne Herry, #Gilles Lellouche
Je verrai toujours vos visages (Jeanne Herry, 2023)

 « Je verrai toujours vos visages. »

Cette phrase est prononcée par Nassim (Dali Benssalah), à la fin d’un processus de cinq semaines qui l’a amené, lui, petit braqueur un tantinet violent, à rencontrer des victimes d’agressions qui, si elles ne sont pas de son fait, possèdent beaucoup de similitudes avec les siennes.

Depuis presque dix ans (2014) a été mise en place une nouvelle approche de la justice en France : la justice restaurative (ou réparatrice), qui voit s’affronter des victimes et des criminels dans un but de mieux comprendre les enjeux d’une agression et les impacts qu’elle laisse chez ceux qu’elle a détruits.

Ici, trois victimes – Nawelle (Leila Bekhti), Sabine (Miou-Miou) et Grégoire (Gilles Lellouche) sont venues rencontrer trois petits délinquants – Nassim, donc, Issa (Birane Ba) et Thomas (Fred Testot) – pour cinq séances d’échanges afin de comprendre d’un côté l’impact des agressions sur leurs victimes, et de l’autre pourquoi ces agressions.

Le tout encadré par des médiateurs formés à mettre en place un environnement propice à un échange constructif, voire bien entendu réparateur.

 

Décidément, cette nouvelle année (m’)apporte son lot de films intéressants, voire magistraux !

Jeanne Herry réussit ici un beau tour de force : montrer les bien faits de cette nouvelle forme de justice, sans pour autant tomber dans un optimisme béat ou un voyeurisme sordide : les histoires criminelles possèdent un aspect sensationnel dont se repaissent certaines personnes de façon parfois assez malsaine. Ici, rien de tout cela : tout est dit mais avec beaucoup de subtilité, ce qui n’empêcha pas certaines séquences d’être plus éprouvantes que d’autres. En effet, en parallèle de ce groupe de discussion se prépare l’entrevue entre une jeune femme – Chloé (Adèle Exarchopoulos) – et son violeur qui n’est autre que son grand frère (Raphaël Quenard). Là encore, une situation qu’on peut aisément qualifier de « glauque », et qui est rendue avec beaucoup de subtilité, portée par des interprètes à la hauteur de l’enjeu.

 

D’une manière générale, l’interprétation est la clé du film et lui donne tout son intérêt, présentant une autre façon de voir la justice à un public qui n’est pas obligatoirement au fait de cette nouvelle pratique. Et le fait que Jeanne Herry ait d’abord été actrice fait beaucoup pour la qualité de cette interprétation : je l’ai déjà écrit ici, il existe une générosité chez les acteurs qui sont passés de l’autre côté de la caméra qu’on ne retrouve pas toujours chez les réalisateurs purs et durs. C’est donc le cas ici, les différents personnages sont bien définis et superbement campés, donnant une atmosphère authentique à ces deux rencontres.

 

Bien sûr, on retrouve différents éléments qu’on était en droit d’attendre comme la haine des victimes par rapport à ceux qu’elles ont la possibilité de croiser, et qui vont d’une certaine manière « prendre pour les autres », un transfert s’effectuant naturellement pour ces personnes traumatisées qui ont une chance s’exprimer sur leur ressenti à d’autres qui se sont retrouvés dans le camp d’en face. Et la force de l’interprétation, c’est l’adéquation entre la parole et l’attitude, les visages reflétant avec beaucoup de conviction les enjeux du débat et l’état de réflexion des différents personnages. Il n’y a pas beaucoup de fuite, les rares essais d’esquive des délinquants étant révélés et battus en brèche par ceux qui sont venus pour essayer de comprendre ce qu’il se passe dans la tête de leurs agresseurs.

 

De plus, le film montre aussi les efforts fournis par ceux qui mettent en place ces rencontres, les CPIP (1) : leur travail de médiation en amont, leurs réflexions, leur implication dans les différents dossiers traités… Avec en toile de fond l’Institution (2), représentée par Paul (Denis Podalydès) qui en est encore dans ses balbutiements et ne peut se permettre la moindre erreur. Et là aussi, l’intérêt général a tendance à gommer les différents intérêts particuliers exprimés ici par l’une des CPIP, Judith (Elodie Bouchez) : on retrouve, dans une certaine mesure le décalage entre la théorie et la pratique, d’autant plus grand qu’on traite ici de l’humain qui, immanquablement est imprévisible.

 

On comprend alors, en sortant de la projection, pourquoi « la justice restaurative » est un sport de combat ! »

 

  1. Conseillers Pénitentiaires d’Insertion et de Probation
  2. Le SPIP (S pour Service)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alfred Lot, #Michel Blanc, #Comédie, #Gilles Lellouche
Une petite Zone de turbulences (Alfred Lot, 2009)

 

C’est Jean-Paul Muret (Michel Blanc) qui traverse cette « petite zone de turbulences ».

Il faut dire qu’il y a de quoi.

Alors qu’il est jeune retraité, il s’aperçoit qu’il a une tache rouge dans le dos. Après une visite rassurante chez le médecin, il commence à gamberger et s’invente un cancer.

Jusque là, rien que de très normal (pour lui).

Mais s’ajoute à cela que sa fille Cathy (Mélanie Doutey) va se marier avec Philippe Faure (Gilles Lellouche), un patron d’une boîte de surveillance surnommé bac -6 par son futur beau-frère Mathieu (Cyril Descours), lui-même homosexuel qui a un petit peu de mal à assumer.

Ajoutez à cela Anne Muret (Miou-Miou) qui a une aventure extraconjugale et vous obtenez une comédie un tantinet acide mais tout de même très généreuse.

 

Il faut dire que si Alfred Lot assure la réalisation, le scénario adapté du roman de Philippe Haddon (A Spot of matter), ainsi que les dialogues sont de Michel Blanc, alors on se sent en territoire connu. Et sur certains points, on retrouve dans Jean-Paul le côté hypocondriaque de Denis (Marche à l’Ombre), avec ses excès comiques, le statut de SDF en moins.

Mais surtout, on se rend compte rapidement que cette zone de turbulences concerne aussi les autres membres de sa famille : Cathy qui veut se marier n’est pas toujours bien claire avec Philippe ; Matthieu a du mal à assumer pleinement sa relation avec Olivier (Yannick Renier) ; et la personnalité de Philippe ne convient pas à tout le monde (sauf Cathy).

 

Cette petite zone tout compte fait, n’est pas si petite que ça puisqu’on atteint rapidement un sommet de turbulences qu’Alfred Lot va tranquillement faire redescendre pour arriver à la fin heureuse attendue.

Evidemment, c’est Jean-Paul qui est le centre de l’attention : il faut dire que ses idées fixes amènent des situations des plus extrêmes, amenant presque un bain de sang, son ablation personnelle de la hanche n’étant pas très concluante.
 

Car Jean-Paul est un personnage aux tendances dépressives, le titre devenant très vite lui aussi une litote.

Et l’affiche qui montre une brique sur le point de lui tomber sur la tête est une très bonne illustration de ce qu’il se passe. Mais cette brique ne reste pas longtemps en suspend, et surtout, elle va déclencher un mini cataclysme dans cette bonne famille bourgeoise des Yvelines (immatriculation de la voiture).

 

De plus, les situations trouvent de temps en temps un écho ultérieur : la phrase « sauf erreur grossière de ma part » qui amène une image qui elle-même se retrouvera un peu plus tard, accentuant le désespoir de Jean-Paul quant à sa santé. Une autre image se rappelle à son souvenir quand il est en train de remuer du ciment, mais je ne vous en dis pas plus.

 

Bref, c’est une accumulation de petits tracas à un moment déborde sur les autres et amène un point de rupture qui, heureusement n’est pas franchi.

Et c’est tout à fait normal : nous sommes dans une comédie. Pour que tout se termine bien, il faut que cela aille mal !

Alors on savoure cette histoire de rien du tout. On la savoure comme on le fait toujours avec les histoires de Michel Blanc : à partir de trois fois rien, il nous propose une intrigue solide avec des personnages légèrement outranciers (mais pourrait-il en être autrement ?), dans un schéma des plus classiques, servi par des interprètes qui s’amusent presque autant que les spectateurs. Alors on rit. On rit de cette histoire tout compte fait dérisoire, d’un homme qui est à un tournant de sa vie : la retraite.

 

Parce qu’en fin de compte, il n’a rien : tout juste un peu d’eczéma. Alors, un peu de cortisone et hop ! C’est passé…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gilles Lellouche
Le grand Bain (Gilles Lellouche, 2018)

Il y a dans le cinéma français une tradition de films de copains qui remonte à un certain temps : l’un des plus beaux est certainement La belle Equipe de Duvivier, et Yves Robert nous gratifia d’une série de films sur le même thème avec en point d’orgues les quadra de Un Eléphant ça trompe énormément et sa suite.

Le film de Lellouche se situe dans cette même mouvance où le rire se mêle à l’émotion quand ce n’est pas le contraire.

 

Ils sont six hommes, avec une femme, puis sept, et puis une autre femme arrive, et puis finalement un huitième vient compléter l’équipe.

Parce que c’est avant tout une équipe. Ce ne sont pas des « bras cassés » mais ils n’en sont tout de même pas loin : chacun ses problèmes, ses névroses et sa dépression.

Un chef d’entreprise, un pompier, un vendeur de meubles laids, un factotum de piscine qui ne sert qu’à ranger les bouées…

C’est une formidable équipe de solitaires.

Et ces solitaires vont se retrouver pour un pari absolument insensé : participer au championnat du monde de natation synchronisée… Masculine ! (1)

Mais c’est parce que ce rêve est complètement fou voire improbable que ça marche.

 

En plus d’être un film de copain, c’est un film d’acteur(s) : on y retrouve quelques noms de quinquas du cinéma français et francophone (Benoît Poelvoorde), voire un sexa (Jean-Hughes Anglade).

Et à la direction, on retrouve un autre acteur – Gilles Lellouche – qui dirige avec aisance sa bande de nageurs.

C’est – enfin – le premier film de Lellouche tout seul et on comprend ses commentaires enthousiastes quant à sa direction : chacun a sa place, certains en ont une lus grande que les autres, mais on arrive alors à un équilibre entre ces différents hommes qui n’ont certes pas le profil attendu dans une telle discipline.

 

Et puis, il y a les femmes. Les deux coachs (comme on dit) – Delphine (Virginie Efira) et Amanda (Leïla Bekhi) – deux femmes complémentaires et anciennes amies jusqu’à l’accident qui a brisé leurs vie : l’une en fauteuil qui ne peut plus nager comme avant et l’autre obligée d’abandonner car ayant perdu son alter ego.

Ces deux femmes sont absolument différentes : dans leur savoir faire et surtout dans leur savoir être : si Delphine est calme et toujours à l’écoute de ses garçons, Amanda est le sergent instructeur qu’il fallait à cette bande de vieux dépressifs.

Il y a dans Amanda toute la rage de ne plus pouvoir évoluer dans l’eau comme avant et cette rage est encore plus forte avec ces hommes qui ne réalisent pas la chance qu’ils ont de pouvoir nager en rythme. Et surtout, Amanda est peut-être la personne la plus saine du groupe, cachant ses faiblesses derrière une violence verbale exacerbée : véritable défouloir contre l’injustice de la vie qui l’a laissée en fauteuil.

 

Et les autres ? Elles sont trois : une mère (Claire Nadeau) une femme (Marina Foïs) et une fille (Noée Abita).

Elles représentent les générations du film :

La mère de Laurent (Guillaume Canet), abandonnée dans une maison de retraite de type « Thoiry » (2), mais surtout atteinte de troubles psychiques la faisant passer de l’amour à la haine, ce qui explique son abandon, par un fils qui ne peut pas assumer cette parentalité brutale voire violente. C’est le nœud du problème de Laurent, celui qu’il doit dénouer afin d’être en paix.

La femme de Bertrand (Mathieu Amalric), véritable pilier du foyer, malheureuse de voir son « mec » déprimer mais qui reste neutre par rapport à sa maladie : jamais elle ne critique son apathie ou ne le plaint de son état. Et il y a chez Marina Foïs la justesse qu’il fallait à ce personnage sans cesse en équilibre et surtout équilibrée dans la lente dérive chronique de Bertrand.

Et la dernière, Lola, la fille de Simon, le raté. Musicien raté, chanteur ringard, père pas vraiment à la hauteur. Et Lola, qui l’aime quand même, malgré tout ça, même si c’est difficile. C’est peut-être pour elle que c’est le plus difficile, parce qu’elle n’est pas aussi armée que peuvent l’être les autres femmes, et surtout, c’est difficile d’assumer un tel père.

 

Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une comédie et si les dépressifs sont rarement drôles, ici nous avons Benoît Poelvoorde et Philippe Katerine. Ce sont deux gros nases, chacun dans son style, mais tout de même attachants, surtout Philippe Katerine.

Il faut dire aussi que Benoît Poelvoorde est encore une fois magnifique, alors pas besoin d’en rajouter…

A eux deux, et de façon totalement différente, ils sortent le film de ce qui aurait pu être une nouvelle histoire larmoyante (avec ou sans mouchoir, malgré la présence de Guillaume Canet) pour lui donner une dimension comique qui s’inscrit dans la durée (3). Certes, le cinéma français (qui se prononce comme le béret de Pierre Prévert, si vous voyez de qui je veux parler) n’aime pas beaucoup les succès comiques et préfère souvent s’émerveiller devant un Godard ou pire encore un Rohmer.

 

En ce qui me concerne – et vous avez le droit de ne pas m’approuver – je persiste : quand on assiste à une belle comédie enlevée, il ne faut surtout pas bouder son plaisir.

 

  1. Et le gagner : puisqu’on en est à rêver, autant aller jusqu’au bout.
  2. Incompréhensible sans voir le film.
  3. Le succès du film une dizaine de jours après sa sortie semble me donner raison.

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