Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

henri verneuil

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Henri Verneuil
I comme Icare (Henri Verneuil, 1979)

22 mai 1977. Le président Jary (Gabriel Cattand) est acclamé par une foule en liesse à son passage en auto. Et quand il s’arrête pour saluer cette même foule, il est abattu. Par Karl Eric Daslow (Didier Sauvegrain), un tireur isolé. Enfin ça, c’est ce que conclut le rapport Heiniger (Michel Etcheverry) un an après. Mais au moment de le signer, le procureur Henri Volney (Yves Montand) remet en cause ces conclusions : il va devoir reprendre l’enquête à zéro afin d’essayer de trouver la vérité sur cet assassinat pas si simple que ça.

Seulement voilà : les témoins capitaux ont tous disparu, et de manière pas toujours très naturelle. Et Daslow lui-même a été exécuté juste après son geste qui n’en était pas même pas un : son fusil était vide.

 

Bien sûr, on ne pense qu’à l’assassinat de Kennedy, à travers celui de Jary, et à une des théories qui circule concernant l’implication de la Mafia, ainsi que du second tueur. Bref, Verneuil et Didier Decoin ont surfé sur la vague conspirationniste pour pondre un scénario béton, soutenu par l’interprétation impeccable d’un Yves Montand en pleine forme.

Et au final, c’est un film foisonnant qui nous est offert : foison de détails que le procureur va donc tenter d’expliquer ; foison de personnages plus ou moins importants qui vont donner du corps à cette minutieuse enquête.

Et ça marche !

 

Ce n’est pas la première fois que Verneuil fait un film politique. On se souvient de son formidable Président qui permit à Gabin un grand moment d’acteur, mais c’était là de la politique politicienne. Ici, c’est de la politique d’arrière-cuisine, celle qu’on évite d’exposer au grand jour, avec les inévitables Services Secrets dont les pratiques en eaux saumâtres (quand elles ne sont pas troubles) accentuent l’aspect conspirationniste ici développé. Et à leur tête, Verneuil a choisi Jacques Sereys (Mallory) qui s’adapte parfaitement à cette intrigue : il a un aspect très bien mis mais on sent poindre en lui une efficacité impitoyable, ne s’embarrassant ni de principe, ni de témoins. Un superbe méchant, quoi.

 

Mais au-delà de l’aspect un tantinet manichéen du film (le gentil procureur Volney contre les méchants Services Secrets), on savoure avec bonheur cette quête de la vérité d’un homme solitaire – malgré ses collaborateurs – qui va progressivement s’approcher de la vérité recherchée. On s’en amuse aussi parce qu’il y a une dimension sarcastique dans les propos du procureur quand il s’adresse à certains acteurs du drame : l’interrogatoire de Nicky Farnese (Henry Djanik) qui a « tout vu » est caractéristique de la méthode Volney. Et cette façon de faire le rend même encore plus humain à nos yeux, face à cet être protéiforme qui a mis en place une telle machination.

Volney est un personnage passionné. Passionné de vérité et tel un bouledogue il ne lâchera pas sa proie sans en avoir tiré tout ce qu’il peut. C’est le cas avec le témoin mystère (Jean Lescot), le seul qui a survécu à la vague de décès qui a touché ceux qui l’entouraient le jour fatidique… Ce dernier nous donne l’occasion d’une séquence à suspense intéressante, Verneuil jouant avec ses nerfs – et donc les nôtres – pas bien originale certes, mais bien menée.

Et d’une manière générale, Verneuil mène son film avec beaucoup de maîtrise, servi aussi par une belle distribution – on a plaisir à reconnaître quelques figures habituelles des seconds rôles de la période (Louis Navarre, Robert « Fouché » Party, etc.), et même, une jeune actrice qui dévoile une grande partie de ses charmes et qui prendra une direction un brin parallèle : Brigitte Lahaie (Ursula Hoffmann, témoin « suicidée »).

 

Bref, un film qui, s’il comporte tous les éléments de son époque (la technologie est la première des choses qui devient obsolète avec le temps qui passe), reste l’un des meilleurs de son réalisateur. Son sujet est malheureusement toujours d’actualité et encore plus à cette époque où l’information circule à grande vitesse : on apprend de temps en temps que certains organismes à vocation confidentielle ont aidé à mettre en place des opérations pas toujours nécessaires ni très orthodoxes, avec à l’arrivée des situations qui n’ont fait qu’envenimer celles déjà en place avant…

 

A (re)voir !

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Henri Verneuil
Le Casse (Henri Verneuil, 1971)

Le casse, c’est celui de la villa de Tasco (Jose Luis de Vilallonga). Quatre individus pénètrent (sans effraction), ouvrent le coffre et repartent avec un attaché-case rempli d’émeraudes.

Ensuite, il suffit de prendre le bateau qui attend au port (Le Pirée) et le tour est joué. Seulement voilà, le bateau connaît des avaries et notre quatuor se retrouve bloqué à Athènes, avec un policier opiniâtre (Omar Sharif) à ses trousses.

Azad (Jean-Paul Belmondo) doit donc temporiser. Et aussi prendre des risques. Mais à aucun prix, il n’est question de céder le butin à ce policier ambigu qui se retrouve gagnant quoi qu’il arrive : soit il récupère les diamants pour lui, soit il met la main sur le voleur. Il est moins riche, mais il en ressort grandi.

Bien entendu, c’est le voleur qui l’emporte et l’infâme policier – un tantinet corrompu, comme ça on n’a pas de remords de le voir perdre la partie – est le vaincu, seule hypothèse qu’il n’avait pas envisagée.

Entre le casse à proprement parler et la fin heureuse, des péripéties belmondiennes qui augurent d’une décennie riche en rebondissements cinématographiques pour l’acteur qui abandonne définitivement le cinéma d’auteur pour entrer dans une période commerciale, avec ses bons et ses mauvais côtés…

 

Il y a chez Verneuil une fascination pour le cinéma américain, et en particulier les gangsters de tout poil, comme on a pu le voir précédemment dans le très beau Mélodie en Sous-sol. Mais ici, si certains codes sont encore en vigueur, il s’agit avant tout de mettre Belmondo en vedette, entouré de quelques noms prestigieux (Omar Sharif n’est pas le premier venu !) et des séquences toujours plus spectaculaires effectuées plus ou moins totalement par la vedette. On notera deux grands moments de bravoure : une poursuite en voiture dans les rues d’Athènes avec descente d’escaliers comprise, et une autre où Bébel se retrouve accroché à un trolley en mouvement avant de se hisser sur un bus tout aussi mobile.

Bref, c’est spectaculaire et on en a pour son argent.

 

Encore que. Si la poursuite en voiture est impressionnante, elle ne l’est certainement pas autant que celle de « Popeye » Doyle dans The French Connection qui sort trois semaines plus tôt (aux Etats-Unis, et trois mois plus tard en France), et elle est surtout un brin longuette (1), n’amenant pas vraiment de coup d’éclat : elle se termine par un contrôle de routine plutôt badin. On a connu Rémi Julienne plus en forme.

Et d’une manière générale, le film manque d’envergure. Les rares moments de tension sont perdus dans certaines séquences pas franchement utiles : on notera l’aspect racoleur de la boîte de strip-tease (2) ou encore la bagarre – inutile – avec le play-boy qui courtise Hélène (Nicole Calfan), la petite amie d’Azad.

 

Et ce manque d’envergure ne résiste pas au temps, chaque scène devenant de plus en plus marquée à mesure que les années s’enchaînent. Outre les coiffures et les voitures, c’est la technologie qui souffre : la mallette sophistiquée qui permet – magnifiquement – d’ouvrir le coffre-fort nous paraît aujourd’hui bien obsolète. Alors que l’année passée, Melville réussissait un autre casse autrement plus impressionnant (Le Cercle rouge) sans pour autant le faire souffrir des outrages du temps : le coup de feu d’Yves Montand pour neutraliser le système d’alarme est tout aussi efficace et peut-être même plus spectaculaire.

 

Alors que retenir ? Un Belmondo en pleine forme qui s’apprête à conquérir la décennie et va s’enfoncer progressivement dans des films toujours plus spectaculaires mais – contrepartie oblige – avec des personnages de moins en moins épais.

Des navets, quoi (3)…

 

  1. Sans parler des raccords qui ne dissimulent pas l’usage de plusieurs véhicules…
  2. Le cinéma pornographique débarquait en France mais Verneuil joue plus sur la suggestion, aidé par les mimiques de son acteur vedette.
  3. Pas tous, certes, mais je pourrai en citer quelques uns !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Henri Verneuil, #Jean Gabin
Le Président (Henri Verneuil, 1961)

Le Président Beaufort (Jean Gabin) vit en retrait de la chose public, mais pendant quelques décennies, il a soutenu la France avec conviction et force, contre ses ennemis de l’extérieur comme de l’intérieur, faisant passer l’intérêt général avant le sien, assumant jusqu’au bout des engagements parfois douloureux, parfois impopulaires, mais toujours dans le même esprit.

Maintenant, c’est un retraité que certains viennent consulter quand ils sont de passage en France, ou quand la situation l’exige, comme Philippe Chalamont (Bernard Blier), pressenti pour occuper la place tant convoitée de Président du Conseil.

Alors le Président se souvient. Quand il dirigeait le pays, avec comme directeur de cabinet un certain Chalamont Philippe.

 

Gabin est donc entré dans sa dernière période, celle des anciens, et des patriarches. Certes, le Président Beaufort n’a pas d’enfant, mais il reste tout de même, une quinzaine d’années après son retrait, le père de la République, marié à cette France qu’il a tenté de servir du mieux qu’il put tout au long de sa prestigieuse carrière. Et s’il entre dans ce qu’on n’appelle pas encore le troisième âge, il n’en demeure pas moins ce grand acteur, donnant à son personnage des allures de Clémenceau et d’Aristide Briand (tous les deux pas seulement pour la moustache !), avec d’admirables envolées verbales : normal, c’est Michel Audiard qui sert les dialogues.

Et encore une fois, pour qu’un acteur soit grand, il faut qu’il soit bien entouré : c’est le cas ici avec la présence d’un autre monstre sacré – Blier – ainsi que quelques figures secondaires du cinéma français dont une belle brochette d’interprètes du Corbeau (1) : Louis Seigner, Antoine Balpêtré, Pierre Larquey ou encore Héléna Manson.

 

Avec ce film, Verneuil montre que malgré la Nouvelle Vague (2), le cinéma traditionnel se porte bien, et surtout qu’on peut aussi traiter des sujets graves et politiques. Certes, le personnage de Beaufort soutient le film, mais Verneuil réussit à créer une tension dans cette intrigue de Simenon, et surtout retranscrire la politique de la première moitié du XXème siècle en France (3), où le Parlement avait une très grande importance, faisant et défaisant les gouvernements sur des sujets plus ou moins polémiques.

Pas étonnant qu’on trouve ici une magnifique séquence où Gabin s’épanouit : acculé à cause d’un projet de loi controversé à propos des tarifs douaniers, il quitte la scène politique sur un baroud d’honneur de grande classe, réjouissant jusqu’aux journalistes dont le directeur d’un grand titre (Jacques Monod) qui n’attendait que cela.

 

Bref, nous sommes en de bonnes mains et la qualité des interprètes alliée à celle des dialogues font de ce Président un grand moment du cinéma politique français. Bien sûr, il n’y a pas de polémique soulevée ici – ce n’est pas du cinéma engagé, n’anticipons pas – mais on remarque que le discours de Beaufort est toujours d’actualité et surtout qu’on y trouve, trente ans avant la ratification du Traité de Maastricht, les mêmes arguments anti-européens qu’on a pu entendre voilà près de trente ans. Quant aux dénonciations du même Beaufort pendant sa dernière diatribe, on y sent un parfum de « déjà entendu », mais qui malheureusement s’applique très fortement aujourd’hui encore.

L’universalité des dialogues d’Audiard, sans doute…

 

  1. On en reconnaîtra beaucoup d’autres… Ou pas !
  2. Hum…
  3. Et même un peu après, la Vème République n’intervient qu’en 1958.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri Verneuil, #Michel Audiard
Le Corps de mon ennemi (Henri Verneuil, 1976)

 

Après sept ans passés en prison (à Lomme ?), François Leclercq revient à Cournai (commune imaginaire du Nord) qu’il avait quittée après sa condamnation pour meurtre.
Seulement voilà, il n’a tué personne. Et s’il est de retour, c’est pour savoir pourquoi il a plongé à la place d’un autre, et surtout à cause de quoi et de qui.

 

Verneuil et Belmondo se retrouvent, un an après le spectaculaire Peur sur la Ville, dans un film fort éloigné racontant la quête de vérité d’un homme injustement emprisonné. Cette quête passe par de nombreux flashbacks, qui arrivent en désordre, en fonction des rencontres que fait Leclerq.

Et parmi ces gens rencontrés, seul Oscar (Claude Brosset) est réellement heureux de le revoir. Par contre, c’est de voir ce que cet ami est devenu qui amuse beaucoup moins Leclerq : travesti, il propose des séances sado-maso d’un goût fort douteux.

 

Comme de bien entendu, nous avons droit à la présence d’un grand nombre des seconds rôles et figurants qui émaillaient le cinéma français de cette période : on a même droit à mon préféré, Lionel Vitran. De plus, parmi les petits jeunes qui montent (comme on dit), on trouve Nicole Garcia et Bernard-Pierre Donnadieu qui en sont alors à leur cinquième apparition tous les deux.

Mais la bonne surprise de ce film, c’est la sobriété. Verneuil filme avec retenue ces personnages fort étonnants, usant à plusieurs reprise de monologues intérieurs : celui de Leclercq bien sûr, mais aussi de certains autres protagonistes, le premier étant l’ami de lycée, interprété par l’immuable (aux côtés de Belmondo) Michel Beaune.

Ces différents monologues amèneront des souvenirs, ceux de François bien sûr, mais les autres aussi, le retour de ce fils prodigue du pays étant bien embarrassant.

 

Autre élément de sobriété, le jeu de Belmondo. Alors qu’il enchaîne les films, deux par an de 1974 à 1976, il se retrouve ici dans un rôle beaucoup moins spectaculaire. Il n’en demeure pas moins séduisant et nous montre à l’occasion son corps d’athlète, mais sans non plus se pavaner. François Leclerq est un type relativement normal, qui plaît aux femmes (de tous âges) et n’éprouve pas le besoin de nous jouer la grande scène du II (1), avec cascades hyper-spectaculaires pour nous montrer qu’il est un bon acteur.

Face à lui, on trouve un Bernard Blier au diapason, encore une fois bien servi par les dialogues d’Audiard qui restent eux aussi sobres, sans toutefois passer outre quelques saillies qui amènent le sourire.

 

Un bémol tout de même dans cette sobriété : le personnage d’Oscar et la boîte de Leclercq (Number One).

Le personnage d’Oscar, qui joue les mères fouettardes n’est pas vraiment des plus subtils, surtout que ce personnage était videur dans la boîte sus mentionnée : Oscar fouette le maire de Cournai (Daniel Ivernel), ce dernier vêtu d’une chemise de nuit. 1968 a beau être passé par là (2), on aurait pu très bien s’en passer.

Quant à la boîte de Leclerq, on y admire des jeunes femmes dénudées et des strip-teaseuses : ce déballage était « dans l’air du temps », peut-on dire.

 

Bref, un film particulier dans la filmographie de Belmondo, où il doit seulement compter sur son talent pour gagner le public. Bien sûr, l’exploitation en salle fut moins fructueuse que Peur sur la ville, mais ce fut tout de même un succès. Et quand on voit que le film suivant Verneuil-Audiard-Belmondo est Les Morfalous, on se dit tout de même qu’on a perdu quelque chose en route.

 

  1. Ou du III, je ne sais plus…
  2. C’est d’ailleurs l’argument du maire.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Policier
Peur sur la Ville (Henri Verneuil, 1975)

Paris a peur : Minos, un tueur psychopathe tue les femmes qu’il juge impures, se prenant pour le personnage dont il a usurpé le nom : Minos, juge des enfers avec Eaque et Rhadamanthe dans la mythologie grecque.

Le commissaire Le Tellier (Jean-Paul Belmondo), après avoir méprisé ce tueur, se lance à sa poursuite.

Et comme c’est Belmondo, il ne faut rien parier sur Minos, surtout qu’il a avec lui le GIGN (1) qui vient d’être créé.

 

Nous sommes en plein cœur des années 1970s, alors que la crise vient de commencer suite au choc pétrolier de 1973. Mais pour l’heur, pas de véritable répercussion sur la production cinématographique française : on s’y poursuit allègrement dans un flot ininterrompu de voitures (2) de nuit (ouverture du film) comme de jour (poursuite de Minos).

Alors que le film est en tournage, la France a un nouveau président – Pompidou est mort le 2 avril – mais reste dans la même situation policière, le film permettant d’admirer les différents corps de police et gendarmerie, au service du Bien, cela va sans dire, avec en prime quelque réminiscence soixante-huitarde (3).

 

Mais surtout, c’est un film où Belmondo éclate : il est partout, il a réponse à tout et même un humour cinglant, se fichant gentiment de ses supérieurs – dont son divisionnaire (Jean « Sullivan » Martin).

Bébel est en super forme, multipliant les cascades spectaculaires pour le régal des spectateurs : pour la première fois der sa carrière (et certainement pas la dernière !) son nom s’étale en grand immense sur l’affiche. De plus, il y prend la pose dans le plus pur style Steve McQueen, la « coolitude » en moins, cela va de soi : Le Tellier est un type simple et efficace, possédant une « petite tronche et des gros muscles ». Et comme le prouve le dénouement – attendu – notre « ami » Minos est arrêté, avec se profilant devant lui la « Bascule à Charlot », la peine de mort étant toujours légale sous ce nouveau président, malgré ses déclarations antérieures. Mais nous nous éloignons du sujet.

 

C’est un véritable festival auquel nous convie Henri Verneuil : festival de scènes spectaculaires, de bons mots et de vedettes croisées dans une majorité de films de cette époque (je parle des seconds rôles voire troisièmes ou plus), mais c’est tout de même le grand Jean-Paul qui assure la plus grande partie du spectacle, partageant à nouveau la vedette avec Charles Denner qu’il avait accompagné deux ans plus tôt chez Labro (L’Héritier). On trouve dans ce duo l’indispensable différence de gabarit et d’attitude indispensable à son bon fonctionnement, ces deux-là se retrouvant tout de même dans leur efficacité au travail.

 

On retrouve un peu de Dirty Harry dans cette intrigue de maniaque sexuel qui tue pour le plaisir, mais le modus operandi et la personnalité de Callaghan empêchant tout parallèle véritable. Alors que Scorpio tue plus ou moins au hasard et de loin (fusil à lunette), Minos est le plus souvent près de ses victimes : Adalberto Maria Merli est un Minos fort intriguant et la voix de Bruno Devoldère  ajoute à son côté inquiétant.

 

Bref, c’est du grand spectacle, du Belmondo dans toute sa splendeur. Malheureusement, on ne retrouvera pas souvent une aussi belle conjoncture dans les films à venir de ce monstre du cinéma français. Et si le film suivant qu’il tournera avec Verneuil sera d’une certaine qualité (4), leur dernière collaboration peut être oubliée, les dialogues d’Audiard étant peut-être la meilleure des choses. Et encore, Audiard n’y avait plus la verve des années 1960-70.  

 

  1. Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale fut opérationnel dès le 1er mars 1974, six mois avant le tournage du film.
  2. Ils ne travaillent jamais ces gens-là ?
  3. L’une des curiosités du film tient dans la présence d’un jeune acteur qui fait ses débuts, Jean-François Balmer. Si son rôle est purement accessoire, on ne peut rester insensible à son physique particulier, doublé d’une (belle) élocution qui ne l’est pas moins. Il reviendra à l’écran avec Bébel dans Flic ou Voyou, quelques années plus tard, dans un rôle un peu plus conséquent.
  4. Et même d’une qualité certaine : Le Corps de mon ennemi (1976) :
     

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Comédie, #Michel Audiard
Cent mille Dollars au soleil (Henri Verneuil, 1964)

« Quand les types de 130 kilos disent quelque chose, ceux de 60 kilos les écoutent. »

Cette maxime très juste est prononcée par Rocco (Jean-Paul Belmondo), au volant de son camion, à propos des pérégrinations d’un autre chauffeur, Mitch-Mitch (Bernard Blier).

Parce qu’il s’agit ici d’une histoire de camion, et surtout de la cargaison de l’un d’eux.

Evidemment, c’est plutôt une histoire d’hommes.

Mais il y a aussi des femmes. Sans compter les hôtesses de la séquence finales, elles sont deux : Angèle (Anne-Marie Coffinet) et surtout Pepa (Andréa Parisy).

Si Angèle n’a qu’un rôle anecdotique, Pepa est l’un des centres de l’attention, mais surtout de celle de Rocco : c’est avec elle que ce dernier se fait la malle, emportant un chargement aussi mystérieux que prometteur, vers un acheteur qui ne semble pas trop regardant.

 

Mais reprenons : nous sommes dans le désert marocain, où Castagliano (Gert Fröbe) tient une entreprise de transport transsaharien. Parmi ses employés, on trouve quelques personnes au passé trouble voire bien noir, des hommes rompus qui n’ont peur de rien et boivent sec.

Pas étonnant alors qu’on retrouve derrière tout ça le dialogue ciselé du grand Michel Audiard.

Les différents protagonistes ne sont pas bien différents des autres personnages qu’Audiard a fait parler. Le changement est essentiellement dans le décor.

C’est un désert de pierres et de sable à perte de vue, une piste parfois difficile à suivre mais qui relie quelques villes les unes aux autres, et les pays les uns aux autres. Et sur ces routes, les camions de Castagliano, et leurs chauffeurs.

 

D’une certaine façon, il s’agit d’un road movie, mais sans pour autant avoir une quelconque dimension spirituelle : il n’y aura pas quelque transfiguration que ce soit : les hommes restant des hommes, et leurs rêves s’étant envolés depuis bien longtemps.

D’ailleurs au final, rien ne change : les hommes sont toujours des paumés qui retournent toujours d’où ils viennent (chez Castagliano), c’est juste la durée du voyage qui change.

 

La situation initiale, ces hommes revenus de tout, embauchés pour effectuer des livraisons sans poser de question, pourrait faire penser à ceux qu’on rencontre dans Le Salaire de la peur. Mais très rapidement, le comique s’impose, emmené par les répliques déjà évoquées.

C’est d’ailleurs au moment où on retrouve Lion Ventura et Bernard Blier et leur suite à nouveau ivres, recherchant un semblant de dignité allié à un pas mal assuré, que le basculement se fait définitivement.

 

Cette poursuite, le chargement, le désert, tout ça n’est pas bien sérieux.

J’en veux pour preuve les différentes interventions (elles sont 3) de Mitch-Mitch à la rescousse de Marec, dit le Plouc (Lino Ventura). A chaque fois c’est le même schéma : on aperçoit son camion, la musique se fait sautillante est comique (elle aussi), Blier arrive en se gaussant des infortunes du Plouc. La première fois, le camion est enlisé ; la seconde, le moteur est en panne ; quant à la troisième, il n’y a même plus de camion !

 

La seule chose qui est sérieuse, ce sont les cadrages du désert. Le format 2,35:1 permet de magnifiques panoramas des différents paysages du désert, entrecoupés par les rares villes traversées par les camions et leurs occupants.

Mais le film est en noir et blanc, et les teintes colorées qu’on aurait pu distinguer (surtout dans la cour de la séquence finale). De là à coloriser le film comme ce fut le cas à une période, il y a une marge que je me refuse à franchir.

 

Nous sommes donc dans un film comme il y en avait beaucoup à l’époque, filmant selon les mêmes codes que la décennie précédente, à l’écart de cette nouvelle vague qui s’installait et qui fut finalement plus une vaguelette qu’un tsunami, Audiard et son verbe restant les grands vainqueurs de cette période : ses répliques sont toujours autant célébrées plus de 50 ans après.

 

Certes, 100.000 Dollars n’arrive pas au niveau des Lautner de la même époque, servis par le même maître de la parole, mais on y retrouve avec plaisir les mêmes acteurs, généreux et liés par une grande amitié, et ce au-delà du film.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Gangsters
Mélodie en Sous-sol (Henri Verneuil, 1963)

Tout commence à la gare du Nord, où Monsieur Charles (Jean Gabin) va prendre le train pour Sarcelles, après cinq années passées aux frais de l’Etat.

Il retrouve sa maison perdue aux milieux des grands ensembles et à l’intérieur sa femme (Viviane Romance), heureuse de le retrouver.

Mais pas pour longtemps, parce que Monsieur Charles a passé ces cinq années à monter le dernier coup de sa carrière, une sorte d’apothéose après 30 ans passés dans son domaine : rafler la caisse du Palm Beach (Cannes, Alpes-Maritimes) après la clôture : un milliard.

Bon, c’est un milliard de centimes – nous sommes en 1962 – mais pour l’époque, c’est une somme franchement rondelette, voire obèse.

Comme son complice Mario (Henri Virlojeux) n’est plus en état de faire quoi que ce soit (1), il s’adresse à un jeune plein d’avenir : Francis Verlot (Alain Delon).

 

C’est tout d’abord une rencontre au sommet, une sorte de passage de témoin : Jean Gabin, le jeune premier des années 1930 aux côtés d’Alain Delon, jeune premier des années 1960s sont tous les deux en haut de l’affiche (2). C’est une collaboration prometteuse et qui verra les deux géants se retrouver dans plusieurs autres films.

Tous les deux tiennent la vedette du début à la fin, même si Delon prend petit à petit le pas sur Gabin : place aux jeunes ! Mais cela se fait doucement et sans que Gabin se mette à faire du Gabin : il reste sobre et donne alors une bonne interprétation de son personnage.

Verneuil signe ici l’un de ses plus beaux films, lui donnant une dimension américaine dans sa façon de tourner.

 

Autour de Delon et Gabin, on trouve aussi une kyrielle de seconds rôles aperçus régulièrement dans la période : Bernard Musson, Robert Rollis ou encore Dominique « Madame Mado » Davray. A propos de cette dernière, on remarque encore une fois que les répliques de Michel Audiard lui siéent très bien. On la retrouvera plusieurs fois donner la réplique pour lui, dans notamment Les Tontons flingueurs qui sortira la même année.

Et puis il ne faut pas oublier Maurice Biraud, qui retrouve Gabin après Le Cave se rebiffe, mais qui fera les frais des tensions du tournage. Grand seigneur – comme toujours – il ne relèvera pas.

 

Si Verneuil signe ici un film de gangsters, il ne faut pas croire qu’il s’agit d’une parodie. La présence d’Audiard n’est pas toujours synonymes de savoureux mots comiques, et si on sourit à quelques répliques – devenues cultes, évidemment, on ne perd jamais de vue le côté noir de l’intrigue : ces deux cadors ne sont rien d’autre que des voleurs. Habiles, certes, mais avant tout voleurs.
Et comme pour Le Cave, il ne faut pas imaginer une issue heureuse à ce casse : la malhonnêteté ne paie pas, pour les voleurs. Pour d’autres professions, je vous laisse à votre propre opinion, gardant la mienne bien précieusement, nous sommes au cinéma.

 

Il n’empêche que le film est vraiment bien mené par Verneuil, et le montage l’une des clés de la réussite. Les plans de transition sont bien léchés (3), donnant une fluidité dans la narration et permettant de faire évoluer plus vite l’intrigue.

Plusieurs fois, Gabin s’adresse à Delon ou Biraud et en cours d’explication on se retrouve sur le terrain, la réplique se continuant, illustrée par les faits et gestes de son interlocuteur sur place.

 

Bien sûr, la séquence finale est magistrale : une dose de suspense avec un brin de fatalité –mais surtout la morale reste sauve, ouf ! – qui voit les deux bandits sur le bord de la piscine, cernés par les policiers, regardant impuissants le fruit de leur rapine s’éloigner d’eux.

On retrouve dans cette séquence finale un écho de celle de L’ultime Razzia, avec le résultat tragique pour Johnny Clay : les policiers s’apprêtent à l’arrêter.

 

Ici, Verneuil s’arrête avant, laissant le spectateur finir la séquence en sortant du cinéma.

 

PS : comme pour Les Tontons flingueurs, Michel Magne signe la musique et décline à l’envi un même thème musical en fonction du moment et du ton du film.

 

  1. Après quelques années à la Santé (?), la sienne n’est plus très folichonne et surtout, c’est madame Mario (Dominique Davray) qui prend les décisions.
  2. Comme dirait Aznavour, qui est mentionné sur les affiches du Palm Beach, par ailleurs…
  3. Un seul reste un peu gros et pas complètement réussi : comme dans La Corde, on voit Gabin près de la caméra tourner le dos et quand il s’éloigne, la situation a changé.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Comédie
Un Singe en hiver (Henri Verneuil, 1962)

Tigreville (Villerville, Calvados, en vrai).

Sa plage de sable fin où patrouillent les Allemands, son bordel où s'ébattent les Allemands, son hôtel Stella, où officie Albert Quentin (Jean Gabin) et sa femme Suzanne (Suzanne Flon), rue du maréchal Pétain.

Mais ça, c'était avant, du temps de l'Occup'.

Maintenant, c'est toujours le même lieu : la plage a le même sable fin à perte de vue et le bordel n'est plus qu'un restaurant chinois (pour les vicelards), Marthe Richard étant passé par là. Mais les Allemands n'y viennent qu'en pèlerinage. Comme les Anglais et les Américains. L'hôtel est toujours au même endroit. Il n'y a que la rue qui a changé. Elle s'appelle général De Gaulle, maintenant.

Albert aussi a changé. Il ne boit plus : fini les voyages éthyliques sur le Yang-Tsé-Kiang, en compagnie du matelot Esnault (Paul Frankeur).

Alors quand Gabriel Fouquet débarque dans sa pension, l'esprit embrumé d'alcool espagnol, c'est le rayon de soleil qui manquait dans son hiver normand. Parce que Gabriel boit. Comme Albert buvait. Mais il va moins loin. Il s'arrête en Espagne, où il est un matador réputé.

Alors quand deux tels voyageurs se rencontrent, ils ne peuvent que partir ensemble.

 

Henri Verneuil adapte le roman de Blondin, alcoolique notoire, et choisit pour ce faire deux jeunes premiers. L'ancien, Gabin, jeune premier des années 1930, et le nouveau, Belmondo, vedette de la Nouvelle Vague. Et après une rencontre plutôt froide - Gabriel rappelant un passé chargé pour Albert- on assiste à un numéro de duettiste plutôt comique où les bons mots alternent avec les tournées, le tout accompagné d'une belle musique aux tonalités orientales accompagnée de castagnettes. Parfois, un partenaire est toléré, c'est le cas de Landru (Noël Roquevert, sans sa mesquinerie habituelle) ; parfois un autre est refoulé, c'est ce qui arrive à Esnault, à qui on reproche « la cuite mesquine ».

Malheureusement, c'est un Gabin de la dernière période. Celle où sa bouche a tendance à se transformer en gueule, et son jeu à perdre en subtilité. Il y a ces moments de sobriété où il s'adresse à sa femme qui ont une belle touche sensible, mais dès que la bouteille entre en jeu, c'est le déchaînement ! Et Belmondo a tendance à lui emboîter le pas... Dommage. Mais il y peut-être une excuse : l'excès de boisson... Sauf que ces gueulantes vont continuer dans les films suivants, avec une certaine préférences pour les films de moindre importance, voire de moindre qualité. Il ne fallait pas laisser Gabin faire du Gabin...

 

Et puis il y a Audiard. Ses dialogues sont toujours savoureux, en attendant l'apothéose des Tontons flingueurs l'année suivante :

 «Que ce soit la révolution ou la paëlla, dis-toi bien que rien de ce qui est espagnol n'est simple. » (Gabriel)

«Les gastronomes disent que c'est une maison de passe et les vicelards un restaurant chinois. » (Albert)

«Arrière les Esquimaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. » (Gabriel)

«Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous ! » (Albert)

Et la cerise sur le gâteau : « Monsieur Esnault, si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille. » (Gabriel)

 

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog