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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

henri-georges clouzot

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Suspense, #Drame, #Henri-Georges Clouzot
Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955)

Une institution scolaire privée à Saint-Cloud.

Dans cette institution, un directeur tyrannique.

Mais surtout, dans cette institution, deux femmes qui en ont assez de ce tyran et décident de s’en débarrasser.

 

C’est une histoire peu banale que nous propose le maître Henri-Georges Clouzot, que cet assassinat, programmé donc, par ces deux femmes qui furent un temps rivales.

Mais si l’histoire est extraordinaire – diabolique est bien le mot juste – les personnages eux le sont beaucoup moins.

ON retrouve – comme (presque) toujours chez Clouzot – des gens ordinaires, avec leur petite vie ordinaire voire étriquée. Des gens juste assez mesquins pour être crédibles, et dans l’ensemble peu glorieux.

Les seuls qui échappent à cette bassesse humaine sont les enfants. Ils ne sont pas encore contaminés par leurs ainés. Mais il n’y a aucun doute qu’un jour ils le seront. Il suffit de relever la réflexion de l’un d’eux qui n’a pas descendu ses affaires pour partir : « Mon chauffeur ira l’prendre, il est payé pour ça ! »

 

Et pour illustrer cet humanité vile et veule, on retrouve quelques habitués des films de Clouzot : Pierre Larquey (M. Drain), en professeur de latin (entre autres), à la diction légèrement éraillée, bien heureux de la disparition du directeur, tout comme son collègue M. Raymond (Michel Serrault, un jeune débutant qui ira loin), et qui profitent de l’occasion pour savourer leur vin ; Noël Roquevert, toujours fidèle aux rôles un tantinet commandeur dans le genre vieille ganache, irascible et vindicatif quand il, s’agit d’écouter Zappy Max à la radio, mais tout sucre tout miel quand il faut aider sa propriétaire – Melle Horner (Simone Signoret) – en lui faisant bonne figure ; bref, répugnant à souhait.

 

Et puis il y a les autres.

Michel Delassalle (Paul Meurisse, magnifique, comme toujours), le directeur, un magnifique salaud qui n’hésite pas à humilier sa femme devant ses collègues voire les enfants. Abject. Ce n’est d’ailleurs pas un grand mal pour le spectateur de le voir se faire tuer par ces deux femmes.
Melle Horner, la « favorite » comme l’appelle Drain, le cerveau de l’affaire. C’est une femme de tête, forte, et déterminée. Elle a du courage pour deux, et même plus. Elle en impose à tous – sauf au directeur, bien sûr, mais ce n’est pas grave, il sera tué (1) - mais ressent malgré tout les affres de la culpabilité.
 

Et aussi Christina (Véra Clouzot), une femme malade du cœur (2) mais qui tient malgré tout magnifiquement son rôle dans cette opération criminelle sordide. Elle est elle aussi magnifique dans cette interprétation. Quand on sait ce que demandait Clouzot à ses interprètes pour obtenir l’effet recherché, on sent bien que le tournage fut difficile pour Véra qui, même si elle était son épouse, n’eut pas droit à un traitement de faveur.

 

Enfin, il y a Charles Vanel (le commissaire Fichet). C’est un vieux de la vieille – il est retraité de la police – et a une façon très particulière de s’occuper de son affaire. Il est toujours là quand il ne faudrait pas – à la morgue, dans la chambre de Christina – essayant à chaque fois de rallumer un vieux mégot de cigare. On dit que l’inspecteur Colombo l’aurait eu pour modèle d’une certaine façon. Et je veux bien croire cette histoire tant ce policier, au premier abord bien inoffensif, ne l’est pas vraiment. C’est aussi pour Vanel une occasion d’interpréter un personnage plus sympathique que Jo, le truand qui se « déballonne », dans le film précédent de Clouzot. Et il faut croire que l’expérience lui fut appréciable puisqu’il sera de nouveau avec le Maître dans La Vérité (3).

 

Un film magnifique où cette histoire somme toute incroyable est validée par l’humanité de ces protagonistes, des gens ordinaires qui se retrouvent dans une situation qui ne l’est plus.

 

Alors, en quoi ces gens sont-ils diaboliques ? Ca, il vous faudra le découvrir vous-mêmes (4)…

 

 

(1) Oh pardon, il ne fallait peut-être pas le dire…

(2) Elle mourra en 1960, d’une crise cardiaque…

(3) On y retrouvera aussi Paul Meurisse, qui rivalisera d’effets de manche avec lui

(4) Comme le demande le carton final, je ne serai pas diabolique et ne vous révèlerai rien.

Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri-Georges Clouzot
Le Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot, 1953)

Aéroport de San Miguel, Las Piedras, Amérique latine.

C’est facile d’y arriver, beaucoup moins d’en repartir, sinon les pieds devant.

Mario, Luigi, Bimba, Smerloff et les autres y sont depuis un bout de temps maintenant. Mais si Las Piedras est un terminus d’avion, c’est aussi un terminus pour ces gens-là, qui n’ont plus ni famille, ni patrie, mais ce qui est plus grave encore : plus de travail.

Et quand Jo, caïd patenté, débarque, rien ne change.

Ce qui fait tout basculer, c’est un puits de pétrole en feu. IL faut y convoyer de la nitroglycérine pour l’éteindre.

Mais la nitro, ça ne supporte pas les chocs. Alors dans des camions qui ne sont pas du dernier modèle, et sur une route qui ressemble plus à une piste, les chances d’aller livrer l’explosif sont plutôt minces.

 

Ils sont quatre à faire le voyage. Déterminés, gonflés à bloc, mais surtout tenaillé par la peur : se dire qu’il suffit d »un  rien pour se transformer en fumée, ça vous change un homme. C’est d’ailleurs ce qui arrive à Jo, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, broyé par la peur que sa gamberge alimente. Pourtant, la peur, c’est Mario qui l’avait. Mais plus le convoi avance, et plus cette peur quitte Mario pour habiter Jo, lentement, progressivement, jusqu’à l’insoutenable, comme des vases communicants. Mais le voyage continue, inexorablement et Mario prend l’ascendant sur Jo, qui ne devient qu’un pauvre type, ce qu’il a d’ailleurs toujours été.

 

C’est un film d’hommes, encore une fois, que nous propose Clouzot. Certes, il y a Linda (Véra Clouzot, la femme de), la bonne à tout faire d’Hernandez (Dario Moreno), le patron du bar où ces hommes de rien passent leur temps à « user ses chaises », faute d’avoir de l’argent pour y boire. Linda n’a d’yeux que pour Mario, le beau Mario pour lequel elle vole son patron alors que Mario n’a plus d’yeux que pour Jo et sa prestance. Et en plus, il est de Paris, et Linda ne peut pas lutter contre ça.

 

Mario et Jo sont deux « pays », deux Parisiens, chacun à sa manière : Mario rêve en regardant son dernier ticket de métro, pendant que Jo se comporte en véritable Français à l’étranger : il parle fort, mais en fin de compte ne fait pas grand-chose…

Malgré tout, le couple Vanel-Montand fonctionne merveilleusement, surtout grâce à Vanel qui ne recule devant rien pour ce rôle : Gabin aurait refusé de peur que ça entache sa carrière, alors que le vieux Charles n’hésite pas baigner dans le pétrole, rejoint par Montand pour les besoins de l’intrigue, ce qui leur vaudra tout de même quelques ennuis de santé aux yeux…

 

Quand Mario explique la (sur)vie à Las Piedras, on retrouve le type montage de Quai des Orfèvres : Jenny Lamour déchiffre Avec son Tralala, pendant que le décor évolue jusqu’à la fin devant une salle enthousiaste. Ici, Mario parle de façon continue alors qu’ils sont dans des lieux différents, terminant à l’enterrement d’un de ces hommes perdus. Le temps a passé. Combien ? On ne le sait, mais de toute façon, ça ne compte pas : Jo arrive, un autre s’en va.

Autre montage notable : le final, avec d’un côté les couples qui dansent et de l’autre Mario, qui fait valser son camion d’un bord à l’autre de la route, aux accords du Beau Danube bleu de Strauss. Une musique réjouissante… Ou pas !

 

Ces hommes sont revenus de tout, ou plutôt, ils en sont partis. Mario est franco-italien (du sur mesure pour Yves Montand), Luigi par contre est totalement italien (de Calabre), Bimba vient d’Allemagne, tout comme Smerloff, mais certainement pas du même camp, puisque Bimba a vu son père pendre et passé un certain temps dans les mines de sel nazies… Bref, ces laissés-pour-compte rappellent sur certains points les légionnaires qui fuient tous quelque chose. Mais si les légionnaires ont la possibilité de se racheter (1), eux sont arrivés en bout de piste et ne peuvent plus rien faire que crever de faim.

Alors partir en fumée ou rongé par la famine, quelle importance ?

 

C’est un passage de relais qui s’effectue pendant cette expédition. Celui de Jo, vieux, faible et lâche, à Mario, jeune, fort et courageux, qui en devient tyrannique envers Jo : c’est le sort des perdants. « Vae victis » (2), comme on disait autrefois…

Mais au bout du compte, ce voyage était-il nécessaire ? Oui, bien entendu. Car l’épreuve révèle les hommes : qu’ils soient bons ou mauvais, et de toute façon, à plus ou moins longue échéance, on termine tous pareil.

 

 

 

          (1) voir pour cela le magnifique film de Duvivier : La Bandera

 

          (2) voir les pages roses de votre dictionnaire à pissenlit

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri-Georges Clouzot, #Policier
Quai des Orfèvres (Henri-Georges Clouzot, 1947)

Martineau (Bernard Blier) est un jaloux. Remarquez, il a de quoi : sa femme est la belle Jenny Lamour (Suzy Delair). Son vrai nom, c'est Marguerite Chauffournier. Mais Jenny Lamour, ça fait plus vedette, c'est plus vendeur... Jenny est (presque) prête à tout pour réussir. Même rencontrer Brignon (Charles Dullin) : un producteur hautement libidineux qui préfère des clichés « artistiques »  à des Manet ou Picasso.

Alors Martineau voit rouge : il décide de tuer Brignon. Il prépare tout : son alibi, et son meurtre. Mais, arrivé chez Brignon, pas de chance : le vieux salingue a déjà été refroidi...

Et en plus, on lui pique sa voiture !

 

Pour sa troisième réalisation, Henri George Clouzot adapte une nouvelle fois Steeman. Mais pas de commissaire Wens, cette fois. Le policier, c'est Antoine (Louis Jouvet). Un ancien des colonies qui en est revenu avec un fils métis et le paludisme. On a les souvenirs qu'on peut...

Cette fois-ci, on retrouve Suzy Delair, mais elle a changé. Mûri, peut-on dire. Ce n'est plus la jeune femme follette qui fait tout pour se faire engager. Jenny est une vedette. Question répertoire, c'est assez proche : elle chante essentiellement pour le Music-hall, et des chansons légères, mettant en avant son tralala... Son jeu aussi a mûri. Terminé l'emportement. Malgré quelques réminiscences dans les adresses à son mari (son « biquet »), son jeu est plus sobre et plus juste.

Tout comme Suzy Delair, Louis Jouvet joue sobrement. Presque humainement... Ce n'est pas un policier tout puissant. Il n'a pas la prestance de Wens. Ce n'est rien d'autre qu'un petit fonctionnaire qui vit dans un petit appartement mal chauffé, avec son fils quand il n'est pas à l'internat. C'est cette relation familiale qui donne toute la dimension de son humanité. Ca, et la merveilleuse réplique qu'il lance à Dora (Simone Renant), l'amie (malheureuse) de Jenny : «Vous êtes un type dans mon genre : avec les femmes, vous n'aurez jamais de chance. » Parce que Dora est homosexuelle. Elle est amoureuse de Jenny, mais elle sait qu'elle n'a aucune chance face au « biquet ». Une scène montre pleinement sa détresse : alors qu'elle vient de développer un cliché de Jenny, elle s'apprête à le lui porter quand elle les aperçoit par la fenêtre s'embrasser, puis tirer le rideau. Elle s'arrête alors, triste. Et cette tristesse est soutenue par le plan suivant qui voit une chanteuse réaliste interpréter Ce n'est jamais mon Tour...

Un rôle très fort et un peu risqué, l'homosexualité étant alors considérée en France comme un délit (de 1942 à 1982).

Et puis il y a Bernard Blier : il est magnifique en mari jaloux, jouant d'égal à égal avec son maître du Conservatoire : Louis Jouvet. Il est à noter d'ailleurs que ce dernier joue dans le même film que son ami qui le fit jouer à l'Atelier : Charles Dullin.

On reste en famille...

Mais quel film !

Comme toujours, chez Clouzot, c'est l'humain qui prime: les détails quotidiens, les habitudes des gens. Et bien sûr les gens eux-mêmes, dans leur petite vie. Le balayage de la caméra dans la salle du music-hall, pendant que Jenny chante Avec son Tra-la-la, est très caractéristique : ce sont des gens normaux, qui ont des réactions normales. Certaines peuvent prêter à sourire, mais elles sont avant tout justes.

Cette chanson est aussi l'occasion d'une magnifique ellipse. Alors qu'elle découvre la chanson chez un producteur, on assiste, pendant toute sa durée, à l'évolution de Jenny dans la profession. C'est ce même producteur qui commence à chanter, rapidement relayé par Suzy Delair. A partir de là, sans coupure dans la chanson, on voit la présentation dans un théâtre avec les autres artistes qui jouent autour ou s'impatientent. Puis ce sont les répétitions pour finalement arriver sur scène, dans un habit luxueux, sous les yeux des spectateurs : admiratifs, envieux, concupiscents ou amusés :

 

Le tout entrecoupé d'interventions par de célèbres seconds rôles du cinéma français : Pierre Larquey, Raymond Bussières ou Jeanne Fusier-Gir, pour ne citer qu'eux, et qui ont déjà tourné pour Clouzot antérieurement.

Et puis les incontournables dialogues du même Clouzot, mélange d'humour vache et de réalisme, portés par une belle distribution :

« Il a été mal élevé. C'est un fils de bourgeois. Il voit le mal partout »

« Je suis un bon citoyen. La preuve, c'est que moins je vois les flics, mieux je me porte. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri-Georges Clouzot
Le Corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943)

Saint Robin, Seine et Oise.

Une petite ville française comme les autres.

Son église, ses arcades.

Son école avec son maître manchot (Noël Roquevert).

Son hôpital.

Son corbeau.

 

Les petits secrets sont révélés par une plume anonyme dans ce petit village apparemment paisible. La principale cible : le docteur Germain (Pierre Fresnay). Mais personne n'échappe aux accusations du délateur. Et quand un malade met fin à ses jours, on se dit qu'il est temps de faire quelque chose.

Alfred Greven avait été placé à la tête de la Continental (société de cinéma française à capitaux allemands) pour y produire « des films légers, vides et, si possible, stupides. » (Journal de Greven)

 

Il est clair que le film de Clouzot n'est absolument pas dans cette optique. C'est un film lourd, poisseux, où l'ambiance est plombée par les agissements de cet anonymographe, déversant un torrent de calomnies. « Vieille canaille », « vieil ivrogne », « vieil embusqué », telles sont les joyeusetés qu'on peut lire sur les missives répugnantes. Malgré le caractère agressif des lettres, il faut constater qu'un fond de vérité se cache derrière ces accusations. Et chacun n'y voit de vérité que dans celle qui ne le concerne pas, et le docteur Germain devient une cible de choix.

Mais plus que ces vérités, c'est la description du village qui fait la force de ce film. On y découvre un microcosme où tout le monde se connaît, tout le monde s'épie, tout le monde se jalouse. Les commères y sont à leur aise, la mercière (Jeanne Fusier-Gir) en tête. Mais les hommes ne sont pas en reste. Et les lectures réciproques des courriers du corbeau prennent tout leur sel quand on sait que ce qui est dénoncé est vrai. Un seul homme est au-dessus de tout ce tissu de calomnie : la cible privilégiée, le docteur Germain.

 

Et le propos prend tout son sel quand on le replace dans le contexte historique : nombre de lettres anonymes furent envoyées à la Gestapo pour y dénoncer qui un Juif, qui un voisin, qui un rival afin de s'en débarrasser. Ces dénonciations étant, bien entendu l'œuvre de « très bons Français »...

C'était certainement le film à ne pas tourner : il n'eut pas de visa d'exploitation en France et on le reprocha à Clouzot à la Libération. Et pourtant, quel chef-d'œuvre ! Jamais on n'avait filmé avec autant de justesse les effets de la calomnie. On connaissait celle de Rossini, dans Le Barbier de Séville. Mais maintenant, on a celle de Clouzot. La scène où Marie Corbin (Héléna Manson) est pourchassée est un point culminant des ravages qu'elle peut faire :

Marie Corbin vient d'être renvoyée de l'hôpital et se hâte de rentrer chez elle alors que la foule scande son nom. Mais jamais on ne voit cette foule. Elle est de plus en plus présente, criant inlassablement après la femme qui se met à courir pour échapper à cette masse invisible. Et quand elle arrive chez elle, tout a été dévasté (devinez par qui), et elle se regarde dans son miroir brisé reflétant son visage déformé : car c'est bien d'elle qu'il est question. Cette campagne de boue l'atteint de plein fouet, la rendant différente, comme défigurée par ces accusations mensongères.

 

Et si Germain est une victime très convaincante, devant se défendre seul devant ces accusations répétées par les commères susnommées, l'autre grand personnage du film est le docteur Vorzet (Pierre Larquey), psychiatre et vieux mari d'une femme (très) jeune (Micheline Francey). Pierre Larquey est formidable dans le rôle de ce spécialiste désabusé et un tantinet cynique, opiomane et - comme tous les autres - au-dessus de tout soupçon !

Sa confrontation avec Germain dans la salle de classe est devenue une scène phare du film, la lumière de la classe devenant la vérité, et pour peu qu'on la fasse se balancer, alors ce qui était dans l'ombre se retrouve en pleine lumière et inversement. Jusqu'au moment où Germain tente de l'arrêter...

Magnifique.

 

De plus, ce film est porté par une distribution de premier choix, échangeant des répliques (ciselées, bien entendu) qui font mouche :

« Dites donc, au fond, l'Corbeau, c'est p't-être vous ?

- Pourquoi pas ? »

« Qui "on" ?

- D'autres imbéciles, nous n'en manquons pas. »

« On voit que vous avez l'habitude de soigner les fous.

- A votre service. »

(Germain, Vorzet)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lacombe, #Henri-Georges Clouzot, #Policier
Le Dernier des six (Georges Lacombe, 1941)

Six copains dans un meublé. Un soir, la fortune leur sourit. Enfin.

Alors ils partagent le pactole et se séparent. Rendez-vous dans cinq ans.

D&ans cinq ans, l'argent qui aura fructifié sera redistribué.

Sauf que cinq ans après, un mort, puis un autre, puis un autre...

Heureusement (pour les survivants), le commissaire Wens veille au grain.

 

 « Patient mais... » (vous y ajoutez ce que vous voulez)

L'une des sorties les plus célèbres du commissaire Wenceslas Voroboetchik (Pierre Fresnay), dit Wens.

Il faut dire que vivre avec Mila Malou (Suzy Delair) oblige à la patience. Parce que, si cette jeune femme n'influe pas sur l'intrigue, elle le fait sur son compagnon. Et sur le spectateur !

Quelle emm... !

C'est Georges Lacombe qui dirige, mais c'est bel et bien Clouzot qui adapte. Tout est prêt pour qu'il passe derrière la caméra : Wens, Mila, des cadavres qui tombent comme des mouches, et des petits gestes. Des doigts qu'on tapote sur les carreaux, des accord qu'on plaque sur un piano, des cartes qu'on bat sans cesse, une pipe qu'on tape sur un livre dans le but illusoire de la vider, une feuille de papier qu'on ne cesse de déchirer... L'impatience absolue.

Tous ces petits gestes qui font que ces acteurs sont avant tout des êtres humains. Parce que Clouzot est le cinéaste de l'humain. Et Lacombe est un véhicule habile pour amener les images du (futur) maître. On ne sent presque pas sa patte.

Mais comme tous les êtres humains, ils sont attirés par l'argent. Enfin, surtout un sur six... Celui qui héritera au final !

On pense à Agatha Christie et ses Dix petits Nègres, bien entendu, mais nous sommes dans un film qui n'a absolument rien d'anglais. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir le numéro de tireur d'élite de Lolita (Michèle Alfa) - une femme, ça change, non ? - pour en être sûr : parmi les cibles, beaucoup de jeunes femmes dénudées : pas de volonté esthétique. Juste des femmes (presque) nues.

 

L'année suivante, ce même Clouzot, avec Pierre Fresnay et Suzy Delair nous proposera une nouvelle adaptation de Steeman. Et en plus, Jean Tissier sera du voyage.

Mais cette fois-ci, les personnages auront un peu plus d'épaisseur, et l'intrigue un peu plus de surprise...

Et quand Mila déclarera à l'imprésario : « Et pourtant monsieur j'ai du talent. Ca ne sait pas encore, parce que je le retiens, je le renferme, pour pas qu'il s'échappe... », c'est l'impression que nous avons en regardant ce film !

 

Encore un an et Clouzot pourra enfin faire du Clouzot !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri-Georges Clouzot, #Policier
L'assassin habite au 21 (Henri-Georges Clouzot, 1942)

« Monsieur Durand, c'est moi. »

Monsieur Durand, c'est surtout un tueur anonyme qui élimine ses victimes pour leur dérober leur argent. Ca commence - pour nous - avec Alfred (René Génin), un SDF comme on dit de nos jours, qui vient de gagner à la loterie. Un coup d'épée et hop. Plus d'Alfred.

Le problème, c'est que c'est déjà la dixième victime de ce monsieur mystérieux.

Alors la police met sur le coup son meilleur limier : Wenceslas Worobietchik (Pierre Fresnay) - Wens, c'est plus facile à dire.

Rapidement, Wens repère son repaire (!...) : La pension de famille les Mimosas, rue Junot. au 21.

 

Un an après le Dernier des 6, voici le retour de du commissaire Wens, encore interprété par Pierre Fresnay. Encore une fois, l'histoire de Steeman est adaptée par Clouzot, mais cette fois-ci, c'est ce dernier qui est passé derrière la caméra. Et comme si ça ne suffisait pas, il a aussi écrit les dialogues. Et pour un premier long métrage, c'est plutôt réussi. Et comme dans tous les films qui vont suivre, ce n'est pas spécialement l'intrigue qu'on retient, mais plutôt les gens et les rapports qu'ils entretiennent entre eux. Nous sommes dans une atmosphère policière digne des films noirs américains, et pourtant, il n'y a pas de super détective pour résoudre l'énigme. Même Wens, qu'on peut considérer comme un ténor de la Police Judiciaire, n'est pas un surhomme : il a des points noirs et dort avec un bonnet de coton ! Et en plus, il est affublée du femme hors du commun : Mila Malou (Suzy Delair). Parce qu'il faut la supporter, la Mila. Ce n'est pas ce qu'on peut appeler une femme fatale. Dans la série Les Capricieuses, elle a sa place. Elle s'est débarrassée de sa bonne qui l'avait traitée d'enquiquineuse, ce à quoi Wens a répliqué : « toute vérité n'est pas bonne à dire. » Et cela résume bien la personnalité de Mila, malgré tout très amoureuse de son Wens.

Après, les autres pensionnaires des Mimosas valent le déplacement : M. Colin (Pierre Larquey), artisan qui fabrique des poupées à l'effigie de Monsieur Durand ; le docteur Linz (Noël Roquevert), ancien médecin de la Colonial ; Lalah-Poor (Jean Tissier), illusionniste et un tantinet kleptomane ; et Melle Cuq (Maximilienne), « une vraie jeune fille »; et le serviteur-siffleur, et madame Point (Odette Talazac), « une grosse dondon » un peu hommasse, et le boxeur Kid Robert... Toute une faune ! [Et en plus, servie par une distribution riche : beaucoup de seconds rôles du cinéma, de Balpêtre à Pérès, en passant par Gabriello... Des Noms !]

Mais c'est dans leurs rapports que Clouzot s'épanouit. Ils se guettent, ils s'épient, fouillent les uns chez les autres... Quand ils ne se chamaillent pas dans la salle commune !

D'ailleurs, le trio Larquey-Roquevert-Tissier est magnifique à en voler la vedette à Pierre Fresnay, la star annoncée au générique. Nous avons ce qui se faisait de mieux dans les seconds rôles du cinéma français de l'époque. On retrouvera d'ailleurs les deux premiers (avec Fresnay) dans le film suivant de Clouzot : le Corbeau.

Et puis il y a l'Arlésienne du film : Monsieur Durand. On parle beaucoup de lui, on assiste à ses méfaits... Mais on ne le voit jamais. On sait qu'il attaque au pistolet et à l'épée, qu'il a une canne (pour dissimuler son épée) et donc boîte, et qu'il fume à l'aide d'un porte-cigarette. Pour le reste, Clouzot utilise, avec brio, une caméra subjective dès la première agression, et pour les suivantes. Seule la dernière agression nous donnera (une partie de) la solution quant au meurtrier.

Mais qu'importe, le plus important, c'était cette atmosphère un rien mesquine, un rien poisseuse qui nous a réjouit pendant ces quatre-vingt-quatre minutes. Sans parler des dialogues qui valent bien ceux de Jeanson ou Prévert -autres dialoguistes de génie de l'époque.

Oh, et puis si parlons-en, des dialogues :

« Vous êtes libre ? - Où allez-vous ? - A Jaurès. - Pas moi. » (René Génin, taxi)

« T'as tellement confiance en moi ? - Comme dans ma sœur, parce que vous lui ressemblez.

- Qu'est-ce qu'elle fait, ta sœur ? - Elle est taulière, à Clermont. » (Pierre Fresnay, Raymond Bussières)

 « J'aime mieux mon château hanté.

- Evidemment, vous vous sentirez plus à votre aise au milieu des vieilles chouettes ! » (Maximilienne & Noël Roquevert)

« Dans les rues de Montmartre, on trouve moins de pasteurs que de pouffiasses... Euh, je veux dire : plus d'âmes égarées que de ministres du culte. » (Odette Talazac)

 

Un premier film qui est déjà un coup de maître.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Henri-Georges Clouzot
La Vérité (Henri-Georges Clouzot, 1960)

Quel film ! Quelle actrice ! Oui, c’est bien de Brigitte Bardot que je parle. Ce n’est pas encore la mémère qui veut protéger les animaux, mais une jeune femme qui est utilisée à bon escient par l’un des grands maîtres du cinéma français : Henri-Georges Clouzot soi-même.

Alors qu’elle était plutôt utilisée pour sa plastique que pour son jeu, ici, le maître l’a tellement poussée dans ses retranchements pour lui tirer ce qu’elle avait de meilleur en elle, qu’elle a failli terminer comme son personnage !

Pour une fois, Bardot a un rôle avec de la profondeur, de l’épaisseur. Elle est autre chose que l’espèce de nunuche aux belles formes qu’on voulait lui faire jouer. Bien entendu, on aperçoit ses fesses (« Et mon cul, c’est du poulet ? », s’exclame-t-elle), mais ce n’est pas un argument de vente. C’est dans la logique du personnage de Dominique Marceau, cette jeune femme qui aime et est aimée.

 

C’est une jeune femme qui, à cause de l’amour, a tué Gilbert (Sami Frey), son amant.

Parce que son vrai problème, il est là : elle l’a aimé et l’aime toujours, même mort.

Tous les étudiants qu’elle fréquente la trouvent irrésistible. Elle couche avec eux, sans souci, sans conséquence, sans espoir du lendemain, juste parce qu’elle a envie elle aussi.

Dominique Marceau, c’est l’archétype de la jeune femme moderne, celle de l’après-guerre, qui, avec ses amis étudiants, veut changer la société, et pourquoi pas « jouir sans entrave ».

Mais la société n’est pas prête à ça. Pas encore. Il faut attendre un certain mois de mai pour que cette façon de vivre soit acceptée, et encore, pas par tout le monde.

Et le procès de Dominique, c’est avant tout le procès de cette mentalité, et c’est Michel – l’un de ses premiers amants – qui le dit le mieux à l’adresse du tribunal : « Vous êtes des adultes, vous ne pouvez pas comprendre. Il faudrait que Dominique soit jugée par des jeunes. […] Nous pensons autrement. »

 

Il est clair que les protagonistes du procès – Paul Meurisse mis à part – ne sont pas de la première jeunesse. Et la conduite de Dominique est considérée selon un point de vue peu moderne : ce n’est rien qu’une salope, sinon plus !

Et pourtant, la plus belle saloperie du film ne vient pas d’elle. Et si elle est coupable, c’est d’avoir aimé. D’avoir aimé Gilbert qui lui, finalement, ne l’aimait pas.

La voilà la vérité, celle qui éclabousse (la mémoire de la victime) et que Charles Vanel, avocat de la défense a très bien saisie.

Mais hélas, ce n’est pas cette vérité que le tribunal veut entendre. Alors on la musèle, on l’exclut des débats.

 

Au-delà de cette histoire, Clouzot nous brosse un tableau de cour d’assise peu flatteur. Et les joutes entre Paul Meurisse et Charles Vanel ont une force et une rouerie assez formidables. Ces deux ténors du barreau, avant et après le procès sont d’une courtoisie voire d’une estime flagrante, mais une fois que le rideau se lève, nous assistons à un duel sans merci, à coup d’arguments solides. Si le sujet du film n’était grave, on pourrait parler de comédie judiciaire tant les deux avocats (sur)jouent leur rôle avec brio, comme on attend d’eux de le faire. Le tribunal devenant un lieu de spectacle et non un endroit où on rend la justice, au grand dam de Dominique, qui devient à son tour victime de cette farce.

 

Et puis il y a le savoir-faire de Clouzot : un montage dynamique où les personnages se répondent d’une scène à l’autre. Un régal pour les yeux.

 

Du grand art !

 

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