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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

henry king

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape & Epées, #Drame historique, #Henry King, #Orson Welles
Echec à Borgia (Prince of Foxes - Henry King, 1949)

 

Le « Prince des renards » dont il est question dans le titre original, c’est le capitaine Andrea Orsini (Tyrone Power), homme de confiance de l’homme fort de l’époque, Cesare Borgia (Orson Welles), celui du titre français.

Borgia veut dominer l’intégralité de la Toscane, et pour cela, il envoie son homme de main négocier dans différents endroits. Jusqu’à la négociation de trop : la Citta del Monte, tenue par le comte Verano (Felix « Plautius » Aylmer). Si Orsini n’est pas (du tout) insensible aux charmes de la comtesse (Wanda Hendrix), il en a tout de même assez des manigances de son commanditaire et se met au service du comte.

Bien sûr, Borgia ‘est pas satisfait et un long siège commence…

 

Bien entendu, le résumé ci-dessus ne prend pas en compte toute la complexité de la situation, et Henry King, vétéran du cinéma, nous réjouit avec ce film d’intrigue(s) italienne(s) et qualifié de cape et d’épée avec abus. Seul le final peut justifier ce qualificatif, mais ce n’est rien par rapport au reste du film.

Parce que nous sommes au tournant du quinzième siècle, quand le seizième fait son apparition, et surtout quand le pouvoir de Cesare s’effrite.

Mais nous sommes à Hollywood (1), alors la vérité historique s’efface au profit du spectacle…

 

Et question spectacle, nous sommes gâtés : entre le faste des banquets- avec danseuses plus ou moins lascives (attention au code Hays !) – et la reconstitution du siège, c’est un véritable festival pour les yeux. Il ne manque que la couleur !

Et l’affrontement – distant – entre Borgia et Orsini est de toute beauté, le premier étant encore plus rusé, voire retors que le second !

Et encore une fois, si le duo en tête d’affiche fonctionne, c’est aussi parce que ceux qui suivent au générique sont à la hauteur de l’enjeu.

 

En premier lieu Everett Sloane – qui retrouve encore une fois son complice Welles – dans un rôle tout aussi retors que les deux autres : condottiere qui doit assassiner Orsini, il passe au service de ce dernier avant d’être engagé par Cesare soi-même ! De plus, son physique – magnifiquement travaillé par l’équipe de maquillage – s’accorde magnifiquement avec son personnage iscariotesque… D’ailleurs, Orsini ne s’y trompe pas : ayant des dispositions artistiques, il ne manque pas de peindre ce personnage complexe.

On notera aussi la participation de deux autres hommes de main de Borgia, Leslie Bradley (Don Esteban), autre méchant patenté et Eugene Deckers, qui ont en plus la tête de l’emploi !

Bref, une distribution là aussi à la hauteur.

Avec en prime la très belle Marina « Eunice » Berti (Angela Borgia, cousine de).

 

King, vieux briscard d’Hollywood, s’en donne à cœur joie et nous offre un siège superbe avec une violence un tantinet supérieure à ce qui se fait habituellement, l’éloignement pouvant en être la cause ! Certes, ce n’est pas l’assaut de Paris dans la série Vikings, mais tout de même : projectiles enflammés, archers et arbalétriers qui font mouche »… Ca tombe comme à Gravelotte !

Et la présence de Tyrone Power – pour la septième fois (sur 10 !) – à ses côtés est un autre gage de qualité de ce film. Son charme allié à son agilité en fait un personnage très attachant. Et s’il est présenté comme celui qui va permettre la chute de Borgia n’est pas non plus pour déplaire (2). Qu’importe la réalité historique, c’est du cinéma.

Et du grand cinéma !

 

  1. La production, bien sûr, vu que tout a été tourné sur place !
  2. La mort du pape Alexandre VI (père de Cesare) est la véritable cause de sa chute inévitable.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King, #Lillian Gish
Romola (Henry King, 1924)

Romola (Lillian Gish) est une jeune femme de Florence qui vit avec son père Bardo Bardi (Bonaventura Ibañez), un érudit au savoir plus que respecté. Elle est courtisée par le jeune artiste Carlo Buccelini (Ronald Colman). Arrive en ville un jeune homme inconnu, Tito «  Naldo » Melema (William Powell), rescapé d’un naufrage, et rempli d’ambitions.

Il fait la connaissance de la jeune Tessa (Dorothy Gish) qui s’amourache de lui. Mais il fait aussi la connaissance de Romola et de son père et voit tout de suite le parti qu’il pourrait en tirer. Surtout que le nouveau gouvernement de la ville lui a proposé d’y participer.

Bien entendu, Melema n’est pas vraiment celui qu’il prétend : Tito pour Romola et les citoyens de Florence et Naldo pour Tessa, une des nombreuses victimes des agissements de ce méchant personnage. Et il y en aura d’autres.

J’oubliais : l’avant-dernière séquence a lieu le 23 mai 1498, lors de l’exécution de Savonarole (Herbert Grimwood).

 

Un an après The white Sister, Henry King reforme son duo vedette Gish-Colman et nous propose une nouvelle intrigue italienne, tournée d’ailleurs à Florence (en partie), et qui se situe donc en fin de XVème siècle, à une époque où tout bouillonnait, les arts comme la politique. Des noms prestigieux sont évoqués dans les intertitres –Vinci, Michel-Ange, Laurent de Médicis – mais c’est tout de même la petite histoire qui nous intéresse ici, celle de Romola bien sûr, mais surtout l’ascension – et la décadence, cela va de soi – de Melema, interprété avec beaucoup de conviction par William Powell. Il n’est pas encore la star qu’il deviendra dans la décennie suivante : il a le mauvais rôle, et il le fait très bien.

Bien sûr, les sœurs Gish sont parfaite, chacune dans son domaine : à Lillian le rôle de jeune femme virginale, remplie de grâce et de vertus ; à Dorothy la fantaisie et l’insouciance, amenant les rares séquences comiques du film.

Le perdant dans l’affaire serait plutôt Ronald Colman qui est beaucoup moins mis en valeur, même si son rôle demeure important. Il est éclipsé par les deux femmes, cela va de soi, mais aussi par la prestation de Powell.

 

Et Henry King déroule, comme il sait le faire, illustrant avec beaucoup de bonheur cette histoire somme toute immorale : alors que Melema se marie avec Romola (et oui, cela arrive !) Tessa s’amuse avec son fils – qui est aussi le sien (1). King est assisté du même Roy F. Overbaugh qui avait signé les images du film précédent et les cadrages ont beaucoup fait pour la renommée du film : Lillian Gish y est magnifique. Comme d’habitude. Malheureusement la copie que j’ai pu visionner n’est pas de très bonne qualité, hélas.

Mais cela n’enlève en rien à la qualité du film qui n’hésite pas à tout nous montrer, la première mouture du Code Hays n’étant pas encore en vigueur : outre cette histoire immorale, la mort (inévitable) de Melema est tout sauf glorieuse et ne nous est pas épargnée.

 

Au final, si Romola ne se hausse pas au niveau de The white Sister, il reste tout de même un film intéressant, interprété avec conviction par des actrices et acteurs de premier plan, sinon des stars absolues, avec en prime une kyrielle de seconds rôles pertinents, recréant avec un certain charme cette époque, sublimée avec le temps (2). Et Savonarole est inoubliable.

 

  1. Vous me suivez ?
  2. Ne vous attendez pas à une reconstitution extraordinaire, nous sommes au cinéma, mais elle fut tout de même supervisée par quelques spécialistes de l’époque comme annoncé en ouverture.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bible, #Henry King
David et Bethsabée (David and Bathsheba - Henry King, 1951)

 

 

Après le succès de Samson & Delilah (Cecil B. DeMille, 1949), les autres  grandes compagnies de cinéma se devaient de réagir. C’est donc le cas pour la Fox qui propose ce nouvel épisode biblique, mettant en scène un personnage des plus emblématiques de la religion juive : le roi David (Gregory Peck).

Mais il fallait tout de même une histoire d’amour pour que le film puisse fonctionner : c’est le cas avec l’aventure (et plus) que le monarque a eu avec Bethsabée (Susan Hayward)

 

David est donc roi d’Israël En se promenant sur sa terrasse, il aperçoit une jeune femme très belle qui procède à sa toilette. Attiré par cette beauté, il se renseigne sur elle et apprend qu’elle est mariée à l’un de ses commandants, Uriah (Kieron Moore), alors en campagne. L’éloignement de ce mari va donc rapprocher les deux amants qui vont même aller au-delà d’une relation platonique.

Mais la rumeur gronde et il semble que Dieu ne soit pas du côté de David : Nathan (Raymond Massey) demande justice au nom d’un peuple qui se sent délaissé de Dieu et de son roi.

Sans oublier que la relation entre David et Bethsabée est de l’adultère et que l’adultère est puni par la lapidation de la femme…

 

Trente ans avant Les Aventuriers de l’Arche perdue, Henry King nous propose déjà un film où cette Arche d’Alliance a un rôle sinon central, du moins important puisque celui qui pose ses mains impures dessus est immédiatement châtié de mort. C’est le cas d’un soldat qui veut la protéger quand elle penche dangereusement à l’entrée de Jérusalem. Et bien entendu, c’est ce jugement que nous attendons alors en ce qui concerne David qui ira se recueillir auprès de cet objet (artefact ?) merveilleux. Il faut dire que les mains de ce même David sont loin d’être pures, au vu des nombreuses turpitudes qu’entraîne son amour pour Bethsabée.

Cette séquence de recueillement sera d’ailleurs l’occasion pour King (grâce à Dunne) de nous montrer le combat mythique (je pèse mes mots) qui oppose le roi encore garçon au géant philistin Goliath (Walter Talun). (1) C’est une séquence relativement courte mais qui marque les jeunes esprits : ayant vu le film pour la première fois il y a environ quarante ans, je n’ai jamais oublié cette rencontre mortelle.

 

Le sujet a beau être religieux, le traitement du personnage principal – David – reste des plus humains. En effet, outre l’absence de merveilleux – aucune métamorphose, pas d’intervention divine (etc.) – le roi David reste foncièrement au niveau de n’importe quel homme, ne jouant que très peu sur sa position élevée. Même sa relation avec Bethsabée n’est pas une contrainte pour cette dernière qui l’aime sincèrement pour ce qu’il est et non ce qu’il représente.

Mais cette humanité basique se retrouve aussi dans sa relation avec le prophète Nathan qui, lui, voit en David le représentant de Dieu et nie donc son aspect humain : il ne peut se complaire dans cette relation amoureuse tellement éloignée des préoccupations royales qui doivent être les siennes. Et en plus, avec une femme mariée !

 

Au final, Henry King nous propose ici un bel épisode biblique, servi par une très belle distribution et un roi David formidable en la présence de Gregory Peck. Ce dernier, de par son allure et son jeu est le David humain dont je parle plus haut. En effet, Peck était imposant (1,9 m) mais a souvent joué des personnages dotés d’une certaine faiblesse (Spellbound, The Paradine Case…) ce qui cadre très bien avec ce roi qui ne se veut pas plus haut que les autres.

Quant à Susan Hayward, outre sa beauté, elle interprète avec justesse et surtout avec prestance une jeune femme volontaire, et qui n’est pas là seulement parce qu’elle est belle.

Quant à Raymond Massey, il est un Nathan terrible, un oiseau de mauvais augure : le véritable instrument de ce Dieu biblique (jaloux et courroucé) contre lequel s’élève David.

 

  1. Walter Talun était un géant à sa manière. En effet, il mesurait 2,18m…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henry King
Un Homme de fer (Twelve o'clock High - Henry King, 1949)

Archbury, Grande Bretagne, 1949.

Un homme – Stovall (Dean Jagger) – qui vient d’acheter un chapeau Remarque une carafe en forme de tête d’homme masqué. Il l’achète et se rend dans la campagne alentour, là où se dressait une base aéronavale américaine.

Alors il se souvient : 1942, dans la compagnie 918, dirigée par le colonel Davenport (Gary Merrill) puis par le général Savage (Gregory Peck).

 

C’est un film de guerre, un film d’hommes. Les rares femmes qu’on y croise sont infirmières ou serveuses, c’est dire leur importance dans cette intrigue.

Si Wings ou Hell’s Angels traitaient avec panache les combats aériens des pilotes américains pendant la première guerre mondiale, cette histoire n’a ni le grandiose ni la flamboyance des deux autres films. En effet, ce qui est le plus important dans ce film, ce sont avant tout les personnages. Cet « homme de fer » dont parle le titre français est un homme sévère et pas toujours juste.

 

On retrouve ici un thème qui revient régulièrement dans le cinéma américain : transformer une bande de jeunes garçons en hommes, mais surtout en militaires aguerris (1). Mais contrairement aux exemples énoncés ci-dessous, tout n’est pas à faire. Et quand Savage débarque dans cette compagnie, un certain laisser-aller s’est installé au milieu de ces hommes qui, ne l’oublions pas, sont avant tout des combattants qui risquent leur vie à chaque expédition : cette insouciance permet aux hommes de sortir de leur univers mortifère.

 

Mais c’est la guerre et Savage a décidé de tout changer. Dorénavant, plus dilettantisme : Savage est une poigne de fer dans un gant qui est aussi de fer.

Et ça marche. Les expéditions sont de plus en plus efficaces, et les pertes diminuent.

Mais, et c’est là qu’on atteint le cœur du problème : Savage demande aux hommes autant qu’il se demande à lui-même et c’est en ça que ce film de guerre est différent.


En effet, nous n’assistons qu’à une seule expédition en l’air : des autres nous ne voyons qu’un bout du décollage et de l’atterrissage. Mais lors de cette expédition, Henry King mélange avec bonheur des images tournées en studio avec des images d’archives américaines et allemandes. Le résultat est tout à fait bluffant. En effet, ces images d’archives ne concernent pas seulement des avions qui volent mais aussi des hommes qui mitraillent des avions ennemis.

Et les quelques plans de cockpit tournées par King bénéficient d’un arrière-plan aérien très réaliste fort bien monté.

 

Et puis il y a Gregory Peck. C’est déjà son onzième film et pour une fois, il est dans un rôle qui ne le met pas totalement en valeur. En effet, l’arrivée de Savage et ses premières décisions à la base sont très mal prises et la totalité des pilotes veulent être mutés ailleurs.

Même si Savage est un militaire de grande qualité, on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est un sale abruti borné et inhumain. C’est toujours un peu le même genre de personnage qu’on trouve dans ces cas-là (1).

Mais Lee Marvin et Clint Eastwood ont une stature de dur-à-cuire, il n’en va pas de même pour Peck qui a souvent une allure dégingandée lui réservant des rôles de personnages un tantinet faibles ou maladroit (3). Savage n’est rien de tout cela.


Mais, il y a le point de rupture, indispensable à son personnage pour s’assurer la sympathie des spectateurs : elle intervient lors de la dernière expédition du film. Savage est allé au bout de ses limites et montre que finalement, il n’est pas plus en fer que ça, qu’il est avant tout un homme, même s’il doit aller jusqu’au bout de ses limites pour s’en apercevoir

Un film de guerre différent (4).

 

 

  1. Aldrich et ses 12 Salopards, Eastwood et son Heartbreak Ridge, Kubrick et son Full metal Jacket (etc.)
  2. On filmait aussi dans les carlingues, ne l’oubliez pas.
  3. Oui, je sais, il y a Duel au Soleil, on en reparlera.
  4. Encore un !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henry King, #Western
Le Brigand bien-aimé (Jesse James - Henry King, 1939)

La St Louis Midland Railroad rachète les terres des paysans du Missouri pour y faire passer le train.

Bien entendu, ce rachat se fait au minimum. Et bien entendu, ceux qui refusent sont maltraités.

C’est ce qui arrive à la ferme James. Mais Frank (Henry Fonda) et son frère  Jesse (Tyrone Power) refusent de signer, rossant Barshee (Brian Donlevy*), le représentant des chemins de fer. S’ensuit une escalade de violence à la fin de laquelle Ma James (Jane Darwell, déjà la mère d’Henry Fonda…) et ce même Barshee trouvent la mort, ce dernier tué par Jesse.

Dès lors, la vie pour Jesse James ne sera plus qu’une longue cavale, avec, bien entendu, la mort au bout du chemin.

 

Quinze ans après The iron Horse (John Ford, 1924), la construction de ce même chemin de fer est vue du point de vue de ceux qui l’ont subie : les paysans expropriés pour une bouchée de pain par des hommes d’affaires peu scrupuleux. C’est ce qui arrive ici et qui devient l’explication du mauvais tournant dans la vie de Jesse W. James, le célèbre brigand bien-aimé. Parce que, malgré le Code Hays, il s’agit ici d’un film à la gloire de ce dernier. Et en plus, c’est en Technicolor !

Il y a un parti pris évident dans ce film : James n’est que la victime des circonstances. Et s’il a fait ce qu’il a fait (attaques de train, assassinats…), c’est avant tout de la faute de la compagnie de chemins de fer, représentée par son directeur fourbe : McCoy (Donald Meek).

C’est un point de vue. Ne négligeons pas tout de même le fait que Jesse James était un terrible hors-la-loi, ce que ce film a tendance à minimiser.

Mais c’est normal : c’est du cinéma. Et nous assistons à une fuite en avant – avec mort inévitable au bout -  d’un personnage qui n’a plus rien à voir avec le modèle de la vraie vie.

Et en plus, c’est Tyrone Power qui l’interprète, secondé par Henry Fonda dans le rôle du grand frère fidèle, Frank. Surtout, James est avant tout un homme du Sud. Il y a du Rhett Butler dans l’attitude de Jesse : un jeune homme très bien habillé aux belles manières, affublé en plus d’une fine moustache, comme c’était la mode chez les jeunes premiers de Hollywood. Mais Jesse James est d’abord un homme d’honneur, tout comme Will Wright (Randolph Scott) qui vient l’arrêter. Il y a d’ailleurs de la grandeur lors de cette arrestation : James est volontaire et se plie aisément aux exigences de la situation. Alors pas étonnant qu’après la fourberie de McCoy, tout tourne au désastre. Mais là encore, ce n’est pas lui le responsable.

Mais c’est Wright qui a une vision des plus objectives de James, quand il s’adresse à Zee (Nancy Kelly), la femme de James : malgré le respect dans lequel il le tient, il est allé trop loin.

 

Henry King nous propose une très belle hagiographie de ce brigand : le casting est formidable, les couleurs ajoutant au flamboyant de la légende, faisant oublier sur le coup le véritable homme qu’était Jesse James.

Pourtant, c’est bien ce côté humain de Jesse James que King nous montre : sa réaction aux injustices, son impulsivité, mais aussi son humanité : quand son fils joue, avec des petits voisins, à Jesse James et qu’il est « tué ». C’est là qu’il prend toute sa dimension : il va changer de vie. Et c’est là qu’intervient le deuxième méchant du film (après l’infâme McCoy) Robert Ford (John Carradine), celui qui n’apparaît pas sur la stèle funéraire de James…

 

NB : Morris et Goscinny en tireront un bel album de BD (Jesse James, 1969), remettant un peu Jesse James à sa véritable place de desperado, sans oublier toutefois leur humour habituel.

 

* Brian Donlevy est caricaturé par Morris dans Le Fil qui chante (1977), dans le rôle de l’infâme (encore une fois) Bradwell.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King, #Lillian Gish
Dans les Laves du Vésuve (The white Sister - Henry King, 1923)

Le Vésuve gronde.

Deux sœurs, issues de deux mariages.

L’une est mauvaise et méchante : la Marquise de Mola (Gail Kane). La sœur noire.

L’autre est bonne et gentille : Angela (Lillian Gish). La sœur blanche.

Premier coup dur : le père (Charles Lane) meurt.

Deuxième coup dur : la Marquise brûle le testament, spoliant ainsi totalement et chassant Angela.

Troisième coup dur : Giovanni Severi (Ronald Colman), le fiancé d’Angela, est envoyé en expédition en Afrique où il trouve la mort.

Il ne reste qu’une solution à Angela : prononcer ses vœux. Elle sera une sœur blanche, de celles qui s’occupent des malades.

Mais le jour où elle entre en religion, Giovanni revient.

 

Lillian Gish, elle aussi, a quitté Griffith, après dix ans de collaboration. Comme Richard Barthelmess, elle rejoint Henry King pour cette histoire d’amour – malheureuse – entre une nonne et un soldat de retour à la vie.

C’est un rôle – presque – sur mesure pour elle : c’est une jeune femme innocente, qui est dépossédée de tout, même de son amour, et qui, par dépit entre en religion. Mais le retour du fiancé n’altère pas sa foi, et là encore, elle reste une jeune fille pure. Elle est une nonne qui n’en reste pas moins humaine, et donc faillible : elle craint le retour de Giovanni, qui pourrait la détourner de son devoir. Et si cette sœur blanche (le titre original) est une personnification de la douceur et de la bonté, chaque nouvelle rencontre avec sa vraie sœur (la Marquise) rappelle la rancœur due au mauvais traitement que cette dernière fit subir à Angela. Et son visage – angélique, bien sûr – l’espace d’un instant devient dur, à la pensée de ces malheurs passés.

Et si Angela est le personnage central, Giovanni reste la figure la plus forte de l’intrigue. Il est la personnification de ce Christ qu’elle embrasse.

  • Alors qu’elle est prostrée, suite à l’annonce de sa disparition, c’est l’image de Giovanni – peinte par un amoureux transi – qui va la ramener vers la réalité et la guérir.
  • Le choix d’entrer en religion est justifié par la mémoire de l’homme qu’elle aimait : en devenant nonne, elle lui rend le plus grand hommage.
  • Même si c’est devant une croix qu’elle se marie à Dieu, Giovanni reste le véritable récipiendaire de son amour, comme elle le lui expliquera.
  • Dernier argument, et non des moindres : Giovanni donne sa vie pour sauver ceux qui vivent au pied du Vésuve en éruption*. La prière finale, bien entendu, lui est adressée.

Et Ronald Colman – au-delà de son apparence de séducteur à la fine moustache, archétype très hollywoodien – est un Giovanni convaincant. Et son sacrifice final, même s’il est magnifique, n’en reste pas moins un suicide arrangé.

 

Finalement, avec ce film, Lillian Gish tourne une page de sa vie d’actrice, libérée de Griffith, elle entre dans une série de rôle de femmes, délaissant définitivement les jeunes filles naïves. Il ne faut pas non plus oublier que quasiment un mois après la sortie du film, elle eut 30 ans…

 

N’empêche, même sous un voile, elle est toujours magnifique…

 

 

*Et en plus, pour ceux qui aiment chercher la petite bête : Giovanni se rend, lui aussi, dans le désert…

 

PS : quel titre français ! C’est sûr, « dans les laves du Vésuve », c’est vendeur. Mais tout de même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King
David l'Endurant (Tol'able David - Henry King, 1921)

Les Kinamon sont une famille unie : le père (Edmund Gurney), métayer s’occupe du bétail, pendant que son fils Allan (Warner Richmond) est agent du gouvernement : il doit convoyer le courrier. Tous les deux sont mariés, et en plus, Allan attend un heureux événement.
Dans cette famille vit aussi le frère d’Allan, David (Richard Barthelmess).

Leurs voisins sont les Hatburn. Le père (Walter P. Lewis) vit avec sa fille Esther (Gladys Hulette, adorable). Elle est du même âge que David. Elle est belle. Bref, ils sont amoureux.

Mais le cousin Hatburn (Forrest Robinson) débarque avec ses deux fils abrutis, dont le redoutable Luke (Ernest Torrence) : ce sont des criminels évadés qui vont s’installer chez leurs « cousins » et faire régner la terreur et le mal.

 

Une fois son contrat chez Griffith terminé – dont deux magnifiques chefs-d’œuvre (Le Lys brisé et A travers l’Orage) – Richard Barthelmess rejoint Henry King pour quelques films et diverses productions. Ici, c’est un rôle sur mesure pour ce « beau gosse » de Hollywood : un jeune homme d’honneur courageux.

 

Et Henry King signe ici l’un des premiers films sur l’adolescence. En effet, David est l’archétype de l’adolescent : il voudrait être considéré comme un grand, mais a encore des réflexes et des occupations de petit. De plus il possède un caractère entier et manichéen, englobant Esther et son père dans le même sac que leurs terribles cousins. La séquence du bal est un autre élément de cette adolescence : sa jalousie quand Esther danse avec un autre homme et leurs retrouvailles parachevant cette description de cet âge entre deux autres où les enfants ne le sont plus, mais tout de même pas encore assez grands pour être considérés comme tels.

 

C’est un jeune homme bourré de qualités : il tire juste, il pêche les truites comme pas deux... Mais c’est là que le bât blesse : il est JEUNE. Et même trop jeune. Il aimerait remplacer son frère dans son travail, mais non. On ne le juge pas assez mature : c’est le « petit garçon à sa maman ».

Même avec Esther, il passe pour un jeunot. Pourtant il essaie de passer pour plus âgé : il fume la pipe – déclenchant l’hilarité de cette même Esther – et essaie de profiter des réjouissances liées à la naissance de son neveu (cigare et gnôle), mais rien n’y fait. « T’es trop p’tit, mon ami », semblent-ils tous lui dire.

 

Pourtant, la venue des hors-la-loi Hatburn va le faire grandir à toute vitesse : la mutilation de son frère et la mort du père le forcent à se responsabiliser : « tu es le seul homme qu’il nous reste maintenant », lui dit sa mère, se traînant à ses pieds.
Et David, pour une fois appelé « homme » va tenir son rang et devenir le nouveau soutien financier de la famille.

Il faut dire que les trois méchants Hatburn sont très réussis : entre le grand-père, patriarche incontesté et ses deux fils, il n’y en a pas un pour rattraper les autres. La palme revenant à l’immense Ernest Torrence – formidable méchant de la période muette – qui n’est pas encore le cow-boy bourru de James Cruz (La Caravane vers l’Ouest) ou le père de Buster Keaton (Cadet d’Eau douce), mais un superbe méchant au sourire menaçant malgré sa dent manquante.

Et comme dans A travers l’Orage, David – tiens, c’est le même prénom pour les deux personnages – va jusqu’au bout de son courage, livrant le courrier et débarrassant la région des infâmes Hatburn, se qualifiant lui-même d’acceptable, d’où le titre original.

 

Le 17 janvier 1927, les spectateurs américains peuvent aller voir le dernier Harold Lloyd : The kid Brother. C’est un hommage au film d’Henry King.

Mais ceci est une autre histoire…

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