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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

joan crawford

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Aldrich, #Joan Crawford
Feuilles d'Automne (Autumn Leaves - Robert Aldrich, 1956)

Millicent « Milly » Wetherby (Joan Crawford) est une vieille fille. Dactylo à son compte, elle a passé la fin de sa jeunesse à s’occuper de son père (Selmer Jackson) malade, délaissant ses (nombreux) soupirants.

Un soir qu’elle est de sortie, elle fait la connaissance de Burt Hanson (Cliff «  Uncle Ben » Robertson), plus jeune qu’elle (de beaucoup ?). Ils s’éprennent l’un de l’autre. Ils se marient.

Tout pourrait être parfait si des (petites) incohérences n’apparaissaient dans le discours de Burt. Alors quand Virginia (Vera Miles) se présente chez Milly, la vie de cette dernière bascule : elle vient de divorcer de Burt après quatre ans de mariage.

Qui est donc cet homme qui se prétend de Racine (Wisconsin) mais qui vient de Chicago et qui n’est jamais allé à Tokyo ?

 

Décidément, Robert Aldrich était un cinéaste étonnant. A partir d’une intrigue somme toute banale, il réussit un formidable tour de force : la rendre intéressante. Mais il faut dire qu’il est soutenu pour cela par une distribution impeccable, et surtout l’incroyable Joan Crawford, dans un rôle difficile à la mesure de son talent (immense).
Déjà cinquantenaire (elle était née en 1904), elle campe cette femme (très) mûre avec beaucoup de subtilité, voire une certaine indécision juvénile. En effet, son personnage ne fréquente plus personne depuis bien longtemps et l’irruption de ce jeune homme la ramène à ses premières amours, ses premiers émois quand on s’intéressait à elle. Jusqu’à sa façon d’embrasser ce jeune éphèbe, elle est redevenue une jeune fille.

Et Aldrich, par l’intermédiaire des prises de vue de Charles Lang (son chef-op’) nous présente l’actrice comme cette jeune fille, soulignant alors sa beauté persistante malgré l’action du temps.

 

Les Feuilles d’Automne – la musique de Joseph Kosma, arrangée par Hans J. Salter baigne le film – c’est aussi une nouvelle incursion de la psychanalyse dans le cinéma. En effet, cet amour passionné pour une femme (beaucoup) plus âgée cache une réalité plus profonde et plus redoutable : Burt est malade. Et cette femme plus âgée que lui va, malgré elle, devenir, en plus d’être sa femme, une mère de substitution. Le tout avec une violence inconsciente de plus en plus développée jusqu’à l’accident qui va amener la prise de conscience.

Mais, et c’est là – à mon avis – la faiblesse du film, il existe un élément qui n’est pas vraiment développé et qui aurait dû être beaucoup plus traité : la différence d’âge.

 

En effet, à aucun moment cet aspect de la relation entre Milly et Burt n’est envisagé d’un regard extérieur (1). Pourtant, Milly a de nombreuses occasions d’être observée avec ce mari (trop ?) jeune : entre ses voisins et ses visites au supermarché du coin, on aurait pu croire qu’elle aurait pu être un sujet de conversation voire de mini scandale.

Et Aldrich traite ce sujet de la même manière que la situation inverse : un homme mûr – Hanson Sr. (Lorne Greene) – et une jeune femme – Virginia. En effet, on a plus l’habitude – surtout au cinéma – de voir un homme avec une femme (beaucoup) plus jeune que lui.

D’où le peu de développement de ce sujet pourtant primordial dans cette intrigue.

 

Quoi qu’il en soit, on retrouve avec beaucoup de plaisir Joan Crawford, qui assume pleinement son âge, dans un rôle qui ne repose pas que sur sa force de caractère – même si elle en possède, bien entendu – mais aussi sur une fragilité subtile, et aussi sur son magnifique regard.

 

  1. Il y avait presque vingt ans d’écart entre Joan Crawford et Cliff Robertson.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Nicholas Ray, #Joan Crawford
Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954)

Une affaire de femmes.
Non, ce n’est pas un film de Chabrol, mais bien un western très particulier de Nicholas Ray. Très particulier du fait de la place laissée aux deux femmes qui envahissent l’écran : Joan Crawford (Vienna) et Mercedes McCambridge (Emma).

Et si le titre Johnny Guitar se réfère à un homme (Sterling Hayden), ce sont bien les deux femmes qui soutiennent l’intrigue et dirigent tout le monde, chacune de son côté.

Mais reprenons.

 

Alors que le chemin de fer progresse inexorablement, le saloon de Vienna se tient seul au milieu de nulle part, sur le futur tracé.

Ce saloon accueille tout le monde, sans distinction, Vienna ne s’occupant pas des affaires des autres.

Parmi ses clients, le Dancing Kid (Scott Brady) et sa bande – Bart (Ernest Borgnine), Corey (Royal Dano) et Turkey (Ben Cooper) – dont les revenus sont suspects aux yeux des autres habitants de la région.

Alors quand la diligence est attaquée et le frère d’Emma tué, les braves citoyens se rendent directement chez Vienna, espérant y trouver le Kid et pourquoi pas en profiter pour le pendre.

C’est dans ce climat tendu qu’apparaît Johnny Guitar, engagé par Vienna pour améliorer l’ambiance dans son saloon.

 

Du « sur mesure » !

C’est ce qu’on constate en voyant ce film : tout gravite autour de Joan Crawford qui, ayant revendu les droits du roman original à Republic Pictures, démontre une nouvelle fois qu’elle était une star absolue et une actrice extraordinaire. Et aussi une femme de (mauvais) caractère, si on en croit les différentes anecdotes qui émaillent le tournage.

En face d’elle, on trouve une autre grande actrice : Mercedes McCambridge qui tient la dragée (très) haute à la grande Joan, imposant son personnage de femme-maîtresse au même niveau que celui de Vienna.

La rivalité fut donc des deux côtés de la caméra, Joan et ses caprices ayant usé beaucoup de patiences…

 

De plus, quand sort le film (5 mai), l’Amérique vit la fin du maccarthysme, et ce fléau anti-démocratique se ressent dans le rôle de Vienna. Nicholas Ray profite de la séance d’arrestation (musclée) de cette dernière pour critiquer les pratiques du sénateur et sa « Commission des Affaires Anti-Américaines ».

La couleur est annoncée dès l’irruption du groupe aux velléités de lynchage : Vienna joue du piano (assis) dans une robe blanche immaculée, symbole évident de son innocence. S’ensuit un (beau) monologue dans lequel elle reproche à ses visiteurs leur manque de jugement et surtout leur injustice flagrante, menés par une femme aux motivations qui ne rejoignent pas obligatoirement l’intérêt général.

C’est une belle scène qui nous est offerte, Vienna/Crawford y étant superbe en porte-parole du réalisateur.


Cette arrestation amène un lynchage qui tourne court – Vienna sera sauvée, heureusement (1) – mais qui n’en demeure pas moins un élément marquant du film.

On se souvient du magnifique Ox-bow Incident qui traitait déjà de ce thème dans lequel on exécutait trois innocents. Ici, Ray va un tout petit peu plus lin dans la démonstration : certes Turkey n’est pas tout blanc, mais les conditions du lynchage sont aussi fortes que dans le film de Wellman. ON sent le malaise gagner les différentes participants qui se rendent compte de l’attitude outrancière voire insensée d’Emma, refroidissant alors leurs ardeurs.

Mais l’exécution de Turkey a tout de même lieu, la pendaison étant peut-être plus choquante du fait de la présence de sang dans le cou du jeune homme (blessure antérieure), et aussi parce que le montage coupe le plan au moment où le cheval se dérobe sous Turkey, soit un peu plus tard que l’avait fait Wellman. Un moment inoubliable : l’ayant vu une première fois il y a plus de 30 ans (2), je trouve que son intensité est la même.

 

Au final, un western inoubliable (encore un !) et surtout original : ici ce sont les femmes qui commandent et qui règlent les problèmes, à l’encontre des westerns plus traditionnels qu’on trouve à la même période. De plus, le duo infernal Crawford/McCambridge amène ce film à un haut niveau, faisant de ce western l’un des plus grands de la production hollywoodienne, aux côtés de ceux de Ford, Hawks (& C°).

 

  1. Sinon, pas de duel final !
  2. Ah, La Dernière Séance… Merci monsieur Eddy !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Aldrich, #Joan Crawford, #Bette Davis
Qu’est-il arrivé à Baby Jane (What ever happened to Baby Jane - Robert Aldrich, 1962)

Bette Davis.

Joan Crawford.

Deux monstres sacrés. Deux sacrés monstres.

 

1917. « Baby » Jane Hudson (Julie Allred) est une petite fille très talentueuse mais aussi très capricieuse. Blanche Hudson (Gina Gillespie), est juste blanche, sa sœur, un tantinet jalouse du succès et des crises de sa petite sœur (1).

1935. Blanche Hudson (Joan Crawford) est une actrice éblouissante, une véritable star. Dans le même temps, « Baby » Jane est une actrice sans grand talent, dont le dernier film ne sera même pas exploité.

Un soir, alors que les deux sœurs rentrent chez elles après une soirée très arrosée, l’une d’elle descend ouvrir la grille pendant que l’autre embraye pour l’écraser.

196? Jane s’occupe de sa sœur Blanche, paralysée suite à l’accident.

 

C’est la seule fois que les deux grandes stars se retrouvent dans un même film. Avec en prime une légende qui les fait se détester l’une et l’autre. Ce n’est pas exactement vrai, ni tout à fait faux. Mais force est de constater que ce sont deux des plus grandes actrices de Hollywood, et que leurs prestations – et surtout celle de Bette Davis – sont extraordinaires.

 

Robert Aldrich réussit, avec ce film à réunir deux légendes, à les diriger sans qu’elles se battent, et surtout en assumant leur âge. Si Crawford semble moins abimée que Davis, c’est avant tout parce qu’elle n’a pas voulu en rajouter. Alors que Davis s’est elle-même confectionnée cette trogne : trop maquillée, usée, vieille.

L’antagonisme entre les deux sœurs qu’on aurait tort de transposer dans la vraie vie, n’est crédible que par le (sur ?)jeu des deux actrices. Et au-delà de cet antagonisme, c’est de la vieillesse et de la déchéance qu’il est question.

 

Pour Blanche, sa vie depuis l’accident se résume à déambuler grâce à un fauteuil roulant, attendant les repas servis par sa sœur, avec de temps en temps une bouffée de nostalgie quand la télévision rediffuse ses anciens chefs-d’œuvre.

Pour Jane, c’est avant tout son enfance qu’elle regrette, et son idée insensée (et désespérée) de reprendre un tour de chant comme avant, près de 45 ans plus tôt, est complètement absurde : sa prestation de vieille femme donne une dimension pathétique à son personnage qui n’est pas loin de sombrer dans la folie. Et Edwin Pragg (Victor Buono qui n’est pas encore le Comte Manzeppi des Mystères de l’Ouest), sent que cette femme n’est pas bien dans sa tête, mais l’appât du gain est le plus fort.

 

Alors nous suivons, impuissants, cette montée de l’horreur jusqu’au dénouement final où Jane se révèle d’un sadisme assez malsain, torturant celle qui est sa sœur, mais que la responsabilité de l’accident a obligée de s’en occuper.

Parce que le nœud de l’intrigue est là : l’accident dont Jane endossa la responsabilité est ce qui les lie dans leur présent. Cet épisode douloureux l’est à deux niveaux :

  • pour Blanche, c’est la fin brutale de sa carrière éblouissante ;
  • pour Jane, c’est un épisode de sa vie dont elle ne veut plus entendre parler, qu’il lui est pénible d’évoquer, et qui, pour elle aussi, marque la fin de sa carrière – qui aurait été minable, certes, mais peut-être aurait-elle pu être une autre personne.

Alors que s’est-il vraiment passé, pendant cet accident dont nous ne voyons aucun visage ?

 

  1. Eu égard aux âges respectifs des deux actrices, c’est Joan Crawford qui était la plus âgée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michael Curtiz, #Joan Crawford, #Drame
Le Roman de Mildred Pierce (Mildred Pierce - Michael Curtiz, 1945)

Santa Monica, sur la côte ouest des Etats-Unis.

Une maison isolée près de la plage. Des coups de feu. Un homme tombe. Sa dernière parole : « Mildred ».

Il est mort.

Une voiture démarre. Dedans, une femme.

Elle s'arrête près de la jetée. Elle s'avance, près de la rambarde. Elle pleure. Elle s'apprête à sauter, mais est retenue par un policier qui traînait dans le coin.

Cette femme, c'est Mildred Pierce Beragon (Joan Crawford). L'homme qui vient de mourir, c'est son mari, Monte Beragon (Zachary Scott).

De retour chez elle, la police l'attend. Arrivée au siège, à Los Angeles, elle raconte. Tout. Sa vie, son premier mariage avec Bert Pierce (Bruce Bennett), leur séparation, ses restaurants, et bien entendu, ses filles Kay et Veda. Surtout Veda (Ann Blyth). Veda, sa fille première-née, préférée, sa fille préférée, sa seule fille encore vivante.

Elle lui a tout offert, tout passé, tout pardonné, tout sacrifié. Alors évidemment, c'est la pire jeune fille qui soit. Peut-être l'une des pires du cinéma, d'ailleurs.

 

Joan Crawford a quarante ans, quand le film sort. C'est une femme mûre. Mildred Pierce est un rôle sur mesure pour elle. [Sauf peut-être au début, quand elle cuisine] Mais pour le reste, c'est une femme étonnamment forte, libre, indépendante et très habile. Et comme tous les personnages forts, elle a un point faible: sa fille.

Il faut dire que Veda est une sale jeune fille gâtée. Sa mère a tout mis en place pour qu'delle ait une éducation raffinée, qu'elle devienne une personne bien, voire une personnalité.

Sauf que Veda n'a qu'un intérêt (je pèse mes mots) : l'argent. Elle ne rêve que d'avoir, de luxe et d'y vivre.

Et Mildred obtempère : elle développe son activité jusqu'à la rendre florissante et lucrative.

Et Veda ? Veda reste toujours pareille. Une sale gosse pourrie et ingrate.

Deux fois Mildred voit clair dans le jeu de sa fille :

- La première fois, Veda reçoit une retentissante gifle (au grand plaisir du spectateur), mais aussitôt, elle regrette son geste.

- la seconde fois, c'est Mildred qui est giflée, sa fille étant alors chassée de chez elle.

Mais maintenant que nous connaissons Mildred, il y a peu de chances pour que ce soit définitif.

 

Mais Mildred Pierce, c'est aussi un monde de femme. Un monde dans lequel les hommes sont tolérés, mais pas essentiels. Pour Mildred, son grand amour fut Bert, mais ils sont séparés. Et les autres ?

Wally (Jack Carson), c'est un ami d'enfance, un homme d'affaire. Mais pas un amant. Juste un ami.

Monte, c'est un homme raffiné, un visage agréable, un amant. C'est aussi une opportunité de récupérer sa fille.

Bref, le seul important, c'est Bert.

Il y trois hommes, et il y a aussi trois femmes*.

Veda est la deuxième. Pour elle, un seul homme compte : Monte. Pour le titre et le monde (aristocratique) qu'il représente. Normal, c'est une arriviste.

La troisième est plus particulière : c'est Ida (Eve Arden). C'est une célibataire. Une bonne copine (avec une petite dose d'homosexualité ?). Même pour les hommes, c'est elle qui le dit. C'est elle qui aide Mildred a s'en sortir après sa rupture, et c'est elle qui continue de l'aider avec ses restaurants.

 

Michael Curtiz nous propose ici un film magistral sur l'amour fusionnel (unilatéral) entre une mère et sa fille. Mildred est une femme adulte qui voit sa fille grandir et s'éloigner subrepticement d'elle. Elle fait tout pour la retenir, sans s'apercevoir - ou alors il est trop tard - qu'elle précipite cette séparation. Veda n'est pas Mildred, alors que cette dernière reste convaincue que Veda est une partie d'elle-même.

En cédant à tous les caprices et désirs de sa fille, Mildred ne voit pas - malgré les fréquentes admonestations de son entourage - qu'elle détériore de plus en plus son état d'esprit, la rendant de plus en plus détestable.

L'amour rend aveugle, et Mildred en est une illustration indéniable.

Et Joan Crawford est une Mildred Pierce d'une très grande justesse, belle et émouvante. Un grand rôle, dans un grand film, pour une immense actrice.

 

*En prime, le rôle de la servante de Mildred Pierce - une pincée de comique dans un film noir - est tenu par Butterfly McQueen, qui fut Prissy dans Autant en emporte le Vent, et qui a toujours cette même voix caractéristique.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edmund Golding, #Greta Garbo, #Joan Crawford, #John Barrymore, #Lionel Barrymore, #Drame
Grand Hotel (Edmund Golding, 1932)

Berlin, au Grand Hotel (il y en a un dans chaque grande ville du monde !).

Senf, le chef des chasseurs, est inquiet : sa femme doit accoucher.

Preysing (Wallace Beery), PDG d’une fabrique de tissus, est inquiet : une réunion en vue d’une fusion doit se tenir, qui sauverait son entreprise.

Fraulein Flaemm (Joan Crawford) – Flaemmchen pour les intimes – n’est  pas inquiète : elle est là pour servir de sténo à Preysing.

Otto Klingelein (Lionel Barrymore) n’est plus inquiet : il sait qu’il est condamné pour la maladie, alors il profite de la vie une dernière (première ?) fois en s’installant dans l’hôtel.

Otternschlag (Lewis Stone) est un docteur font le visage a été ravagé par une grenade pendant la grande Guerre. Absolument pas inquiet. De toute façon, pour éviter de l’être, il y a l’alcool.

Grusinskaya (Greta Garbo) est une danseuse étoile en tournée dans la ville : elle a beau être une grande artiste, elle est seule, et ne veut plus danser.

Enfin, le Baron Felix Benvenuto Frihern von Geigern (John Barrymore) est le plus inquiet : car s’il n’est baron que par le titre, il est en grand danger s’il ne rembourse pas ses dettes de jeu.

Tous ces gens se trouvent, se retrouvent, se croisent au Grand Hotel.

Tous ces destins épars ont un dénominateur commun : le baron. Un gentleman pour les uns, un insolent pour Preysing, un ami pour Klingelein, un amant pour Grusinskaya, un rat d’hôtel pour le spectateur. Mais c’est surtout le révélateur de l’intrigue. C’est par lui que les destins s’accomplissent, sacrifiant son propre bonheur pour les petits : Klingelein et Flaemmchen.

Parce que ces deux-là n’ont pas l’habitude du train de vie du Grand Hotel. Ce sont des occasionnels : Klingelein avant de mourir, Flaemmchen sur commande de Preysing. Mais ce sont eux les véritables gagnants de cette histoire. Peut-être parce qu’ils n’appartiennent pas à ce monde d’opulence, tout simplement.

Tous cherchent le bonheur – sauf le docteur qui préfère l’alcool – chacun à son niveau : Klingelein veut s’amuser une dernière fois – et finalement, ce sera aussi la première fois ; Flaemmchen, séduite par le baron, rêve d’une vie meilleure et surtout de plus d’argent ; Preysing rêve d’une fusion pour renflouer son affaire ; Grusinskaya rêve d’amour ; Geigern rêve de trouver un moyen de se tirer de l’embarras ; et Senf espère que l’accouchement de sa femme sera vite terminé.

Mais le destin veille et tous ne seront pas exaucés.

En attendant la résolution finale de ces tranches de vie, on prend beaucoup de plaisir avec ce casting de rêve :

- Greta Garbo est plus divine que jamais, toujours enveloppée dans des tenues, qui, si elles sont raffinées, sont tout de même bien fines : n’oubliez pas que c’était une Scandinave pour qui la nudité n’était pas honteuse… Mais le code Hays va changer tout ça…

- Joan Crawford est encore dans une période où elle sourit facilement, mais ce n’est pas une « petite » sténo. Elle sait ce qu’elle veut et est prête à tout pour ça, même à être agréable à ce gros salaud de Preysing.

Et puisqu’on parle de Wallace Beery, il était sur une pente ascendante depuis The Champ et était des rôles burlesques du cinéma muet.

- Lewis Stone est toujours impeccable, tiré à quatre épingles, mais irrésistible quand une bouteille pointe son nez.

- Les frères Barrymore enfin, dans deux rôles opposés mais quand on dit que les contraires s’attirent, on en a une très belle illustration. John est un magnifique « grand seigneur », alors que Lionel est un homme d’une bonté merveilleuse. De plus, on sent une complicité et une émotion passer entre eux dans les scènes qui les réunissent.

 

Et à la fin, quand on voit Klingelein et Flaemmchen partir, vite remplacés par un couple de jeunes mariés, on se dit que le docteur Otternschlag a peut-être raison : « Les gens vont, les gens viennent, il ne se passe jamais rien. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Harry Edwards, #Harry Langdon, #Joan Crawford, #Muet, #Comédie

Tramp, ça ne veut pas toujours dire clochard. Ici, c'est le bruit que font les gens qui marchent. Parce que c'est un film de chaussures.

Harry (Langdon) est cordonnier dans la boutique de son père. Mais son père, infirme, ne peut plus payer le loyer. Ils vont devoir partir.

Heureusement, Harry, en bon fils, décide de partir trouver l'argent nécessaire.

Et ça tombe bien, Burton, le numéro un des chaussures américaines organise une course à pieds à travers les Etats-Unis.

Par un quiproquo, Harry fait la connaissance de la (très belle) fille de Burton, Betty (Joan Crawford) : celle qui pose pour les affiches publicitaires (et dont il est amoureux !). Elle l'inscrit à la course, et voilà Harry parti pour quelques milliers de kilomètres de traversée.

Avec ce film, c'est le grand saut pour Harry Langdon. Cantonné à des courts métrages, dirigés essentiellement par Harry Edwards, Langdon se lance dans un premier long métrage, sous les ordres de ce même réalisateur.

Harry Langdon était un acteur comique à part. Il n'avait pas le génie de Keaton ou Chaplin. Mais, malgré tout, il possédait un je-ne-sais-quoi qui le rendait attachant.

Son visage aux grands yeux écarquillés lui confère une allure naïve et faible. Et bien entendu, il est très maladroit. Mais cette maladresse est aussi un atout, puisqu'elle lui permet de se sortir de situations assez embarrassantes (voir la scène du bagne).

C'est aussi cette impression de faiblesse qui séduit Betty Burton et l'encourage à le faire participer à la course. Parce qu'on ne peut résister à son regard de cocker.

Car Harry est un grand enfant. Quand son père lui annonce qu'il n'ont plus d'argent, c'est à son vélo tout d'abord qu'il pense. Puis, lors du vol des myrtilles, qui voit-on débouler, la bouche maculée et le pullover rempli de choses ?

Pas étonnant donc, que le fils de Harry et Betty ressemble à son père comme deux gouttes d'eau !

Ce film est le premier des trois qui vont consacrer Harry Langdon. Mais Harry Edwards, habitué des courts métrages, ne semble pas complètement à son aise dans une longue histoire. Heureusement pour Harry (et aussi pour nous), il laissera la place à Frank Capra pour les deux suivants.

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