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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

john ford

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford
Les deux Cavaliers (Two rode together - John Ford, 1961)

Le premier, c’est Guthrie McCabe (James Stewart), shérif d’une petite bourgade de l’Ouest encore un peu sauvage. L’autre, c’est Jim Gary (Richard Widmark), un lieutenant de l’US Army. Le second est venu chercher le premier pour une mission très particulière : des civils se sont rassemblés autour du fort de Gary, demandant qu’on retrouve certains de leurs proches qui ont été capturés par les Indiens.

Après avoir refusé, McCabe prend le chemin du camp comanche avec Gary, à la recherche d’éventuels survivants blancs parmi ces Rouges.

 

Certes, ce n’est pas le film préféré de John Ford, mais on est tout de même loin d’un film oubliable comme l’est Tobacco Road. On y retrouve l’atmosphère des films du réalisateurs, et si certains interprètes habituels ont disparu, dont Ward Bond trois semaines après le début du tournage, cela reste tout de même un bon John Ford, avec les éléments inévitables (et incontournables :

  • La famille : ici donc les familles qui veulent absolument retrouver leurs disparus ; mais bien sûr aussi dans la distribution puisque Harry Carey Jr. (Ortho Clegg) y côtoie sa maman Olive Carey (Mrs. Frazer) ;
  • Les femmes fortes (1) qui imposent leur volonté aux hommes : Martha « Marty » Purcell (Shirley Jones) qui mène à la baguette les frères Clegg et fait tout pour que celui qu’elle a choisi se propose à elle ; Belle Aragon (Annelle Hayes) qui dirige le saloon devant lequel se prélasse McCabe, et aussi un peu ce dernier, même si elle l’arrose régulièrement (10 %), la paye d’un shérif n’étant pas très reluisante ; Mrs McCandless (Jeannette Nolan) qui recherche désespérément son fils et qui prendra le premier qu’on lui présentera, quoi que puisse dire son mari (Cliff Lyons) ;
  • La soirée dansante : il y en a deux très différentes, l’une organisée par les familles, qui relève plus du square-dance et l’autre un véritable bal, organisé par l’armée avec tenue d’apparat et robes longues.

Mais on y retrouve aussi et d’une autre façon les enjeux de La Prisonnière du désert, mais sans l’aspect road-movie de ce dernier : la route empruntée par les deux hommes est relativement courte et le temps de l’intrigue s’étend sur quelques jours seulement. Et surtout, il n’y a pas vraiment de changement moral comme ce fut le cas avec le personnage d’Ethan Edwards (John Wayne) dont les certitudes étaient ébranlées.

Par contre, si aucun des deux ne change fondamentalement, leur situation va le faire, chacun trouvant chaussure à son pied (2), et de très belle façon.

 

Mais malgré tout, on sent que ce film n’est pas abouti, et Ford l’a souvent renié, le qualifiant en quelques mots choisis et fleuris : « la pire merde que j’ai tournée en vingt ans » (3). Il faut dire que malgré les éléments ci-dessus exposés, il y manque tout de même une âme, celle de ces microcosmes familiers et familiaux, et même si on s’amuse, ça l’est moins que d’autres fois.

Reste tout de même les deux cavaliers qui forment une paire remarquable, avec un James Stewart un peu à contre-emploi : il est certes un shérif et a des allures de Wyatt Earp (Henry Fonda dans My Darling Clementine quinze ans plus tôt) dans sa façon d’assurer le maintien de l’ordre, mais il est avant tout vénal et prend un pourcentage sur les différents commerces qu’il protège en étant shérif. Sans parler de ses conditions d’engagement pour cette mission…

 

De même, on notera une présence indienne minimale, surtout assurée par des non Indiens : le chef Quanah Parker (Henry Brandon) a les yeux trop clairs pour un « Peau-rouge », et le jeune guerrier Stone-Calf est interprété par Woody Strode.

Mais ce ne sont pas de mauvais Comanches, à part Stone-Calf qui est un peu bouillant et surtout veut prendre la place du chef, mais là, rien de bien nouveau, on a la même chose partout ailleurs.

Le seul Indien qui fait les frais de la haine des blancs est le jeune homme (David Kent) ramené par Gary : il est pendu, ultime étape d’un lynchage en règle, aussi court que violent. C’est un crime raciste et celui qu’il a lui-même commis devient alors un prétexte à le pendre.

 

PS : parmi les habitués (encore en vie) des films de Ford, on reconnaîtra sans hésitation John Qualen (Mr. Knudsen, encore un immigré nordique), Mae Marsh (la vieille Indienne blanche), Andy Devine (Sergent Posey) qui aurait tendance à remplacer Victor McLaglen dans la stature et aussi la propension à la bagarre, sans oublier l’inusable Jack Pennick, encore une fois entrevu malgré quelques mots prononcés.

 

  1. Dans le sens « solides »
  2. J’aurai tendance plutôt à dire « botte », western oblige.
  3. “The worst piece of crap I've made in 20 years.”

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Ford
Du Sang dans la prairie (Hell Bent - John Ford, 1918)

Un romancier reçoit une commande de son éditeur : raconter l’histoire d’un homme normal, ni bon ni mauvais, dans des situations ordinaires. Ce romancier va prendre comme base un tableau A Misdeal de Frederic Remington (1861-1909), immense peintre américain qui a su croquer sur le vif ce far West américain qui va émailler le cinéma de John Ford.

Après une partie de cartes qui tourne mal, Cheyenne Harry (Carey) qui a plus d’un atout dans sa manche (1), fuit et se réfugie à Rawhide, ville qui vit sous la coupe de Beau Ross (Joe Harris), un bandit notoire. Il y fait deux rencontres déterminantes : Cimmaron Bill (Duke R. Lee) et Bess (Neva Gerber). Le premier lui apportera une amitié indéfectible, la seconde un peu plus…

 

John Ford continue à installer son Far West, prenant déjà appui sur le travail pictural de Remington, s’appuyant sur le jeu – et l’écriture – de son interprète principal, Harry Carey. Il va rapidement sortir du cadre de l’artiste peintre pour installer son microcosme dans une bourgade proche du Rio Grande (2). Comme nous ne sommes qu’en 1918 quand sort le film, ce microcosme est très réduit et tourne autour d’un lieu emblématique : le saloon qui sert de salle de danse et d’hôtel. C’est d’ailleurs là que notre héros va rencontrer Bill, amenant une séquence comique (indispensable chez Ford) autour de la chanson traditionnelle Sweet Genoveve, qu’ils massacrent allègrement !

 

Bien sûr, le personnage de Harry est inspiré de ceux William S. Hart, et le titre original, même s’il n’exprime pas la même chose (3), fait écho à Hell’s Hinges, avec ce même cow-boy. Ici aussi, d’ailleurs, le héros débarrasse la ville de son parasite, sans pour autant la réduire en cendres.

Mais alors que Hart est un archétype de héros de western, Harry ici est beaucoup plus ordinaire : on retrouve écho de la commande initiale de l’intrigue. Cheyenne Harry est un homme fruste comme l’indique son comportement envers Bess au saloon.

 

Et cette même Bess annonce de son côté ces femmes fortes qui vont se développer tout au long du parcours cinématographique de Ford. Certes, on n’en est pas encore à la conduite de Mildred Natwick avec Victor McLaglen dans La Charge héroïque (4), mais le regard noir de Neva Gerber est très éloquent. Et si cela ne vous semble pas suffisant, j’ajouterai que c’est elle qui va prendre en main la destinée de sa famille, son frère Jack (Vester Pegg) n’assumant plus rien après avoir été renvoyé de la Wells Fargo : leur mère a besoin d’argent et Bess va se faire embaucher au saloon. Là encore, nous retrouvons un élément essentiel du monde fordien : la famille.

 

Je terminerai en regrettant l’état général de la copie disponible : certes, les images sont en bon état, mais comme il s’agit d’une édition retrouvée en République Tchèque, retravaillée lors de sa sortie. Les raccords du montage ne sont pas toujours ceux que les spectateurs américains de 1918 ont pu voir.

Mais comme c’est John Ford, ça ne gâche pas trop notre plaisir…

 

  1. Il en a dans plusieurs poches et ce sont essentiellement des as, indispensables pour gagner au poker, sauf quand cela tourne mal…
  2. C’est pratique pour se réfugier de l’autre côté quand on est recherché par la Justice…
  3. On pourrait traduire par acharné : Harry irait jusqu’en enfer pour réaliser son dessein (merci professeur Allen John). Encore une fois, le traducteur français s’est fait plaisir. C’est sûr que c’est plus vendeur…
  4. Là encore très influencé par le travail de Remington.
A Misdeal (Frederic Remington, 1897)

A Misdeal (Frederic Remington, 1897)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #John Ford
La Maison du bourreau (Hangman's House - John Ford, 1928)

Le « citoyen Hogan » (Victor McLaglen, patriote irlandais doit rentrer en Irlande, malgré la récompense qui pend au-dessus de sa tête : sa sœur est morte, du fait de la conduite indigne de John D’Arcy (Earle Fox). Mais ce dernier n’en reste pas là : il épouse la belle Connaught O’Brien (June Collyer), qui aime le jeune et fringant Dermot McDermot (Larry Kent), tout ça parce que son père, le juge O’Brien (Hobart Bosworth) préfère un mariage de raison avec ce personnage prestigieux.

Donc D’Arcy épouse Connaught et Hogan revient en Irlande. Les jours de D’Arcy sont donc comptés.

 

Pour son dernier film muet, John Ford retourne en Irlande – moins traditionnelle que dans The shamrock Handicap (1926) – jetant de nouveaux éléments pour ce qui sera son film irlandais le plus abouti : The quiet Man (1952). On y trouve bien sûr l’esprit combatif qui caractérise cette île et ses habitants, mais surtout, on y retrouve un microcosme truculent, qui s’exprime autour du quatuor tête d’affiche : entre le portier qui reconnaît Hogan et les complices de ce dernier, sans oublier la domesticité des O’Brien, nous retrouvons un petit monde, certes moins riche que dans The iron Horse (1924), mais tout aussi intéressant et surtout très pertinent : leurs différentes interventions sont en rapport avec l’intrigue et ne sont pas juste là pour donner un cachet à cette même, intrigue.

 

Et surtout, on y trouve un Victor McLaglen qui se retrouve au plus haut de l’affiche, entamant et concluant le film, s’installant définitivement dans le monde fordien, avant de laisser la première place à celui qui n’est alors qu’un figurant (on le reconnaît surtout pendant la grande course) : John Wayne. Autre élément récurrent du monde fordien, la présence de Jack Pennick (1), autre complice de Hogan.

Bien sûr, il y a à nouveau une course de chevaux, qui voit l’emporter notre favori encore une fois, en attendant John Wayne…

 

Et comme nous sommes chez Ford, la famille a son importance : si le juge n’est pas en capacité d’ouvrir les yeux sur qui est réellement ce D’Arcy qu’il donne à sa fille, la partie concernant le passé d’Hogan est suffisante : la famille est une chose très importante. D’ailleurs, on retrouve dans l’équipe technique l’un des neveux de John Ford, Philip (fils de Francis) comme assistant réalisateur.

Malgré tout, nous sommes dans un Irlande irréelle, seulement marquée par son désordre politique – c’est pour cela qu’Hogan est recherché – et surtout, on y retrouve un thème qui sera magnifiquement décrit quelques années plus tard avec le même McLaglen : la dénonciation.

 

Ici, c’est Hogan qui en est victime, dénoncé par l’abject D’Arcy, ce qui ne l’empêchera pas de voir la course, véritable moment-clé du film : cette course et son issue plus ou moins favorable va conditionner la suite du film et l’attitude des Irlandais envers D’Arcy : non seulement il dénonce Hogan, mais il fait une chose autrement plus inqualifiable qu’on va savoir lui rappeler (2).

On notera en outre que cette fois-ci, c’est le personnage interprété par McLaglen qui est la victime d’un mouchard, lui qui sera l’éternel sycophante du cinéma avec le même John Ford sept ans plus tard.

 

Je terminerai en vantant les mérites d’Earle Fox, formidable méchant dans cette histoire un tantinet patriotique. Son allure et ses attitudes en font un personnage qu’on a plaisir à haïr (3) : sans foi ni loi, sa fin horrible n’est que justice au vu de ce qu’il a pu nous montrer (et faire avant).

Mais la véritable fin du film, celle qui voit McLaglen regarder les amoureux nous laisse un impression mitigée : certes Hogan est heureux que ce jeune couple s’en aille vers un bonheur certain, mais comme la caméra (formidable) de l’incontournable (et talentueux) George Schneiderman s’arrête définitivement sur son visage, c’est une expression dubitative qui conclut ce film, tempérant la « happy end » attendue.

 

  1. C’est déjà son troisième film avec John M. Feeney.
  2. Je vous laisse découvrir laquelle.
  3. Comme quoi, il n’y a pas que Stroheim !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Ford
Gagnant quand même (The Shamrock Handicap - John Ford, 1926)

L’Irlande éternelle…

Malheureusement, économiquement, ce n’est pas ça. Les habitants partent massivement vers les Etats-Unis, promesse (illusoire ?) d’enrichissement rapide. Quant à ceux qui restent…

C’est le cas de Sir Miles O’Hara (Louis Payne) qui accumule les dettes. Sir Miles vit avec sa fille Sheila (Janet Gaynor) et son homme de main O’Shea (J. Farrell McDonald). Sans oublier la femme de celui-ci, Molly (Claire McDowell). Acculé, il doit vendre presque tous ses chevaux à un Américain de passage, Orville Finch (Willard Louis). Mais ce dernier repart avec Neil Ross (Leslie Fenton) le palefrenier, promis à une grande et belle carrière de jockey.

Mais les dettes rattrapent Sir Miles, et lui et toute sa suite se retrouvent aux Etats-Unis, engageant le dernier cheval dans le Shamrock Handicap (d’où le titre), une course tout terrain qui permettrait à tout ce petit monde de retourner riche en Irlande.

 

Ca y est : John Ford se tourne vers ses racines et nous emmène, pour la première fois, en Irlande. Mais ne nous y trompons pas : il s’agit d’une Irlande atemporelle et surtout en carton-pâte : il faudra attendre encore 26 ans avant de s’y retrouver réellement.

Il n’empêche, son Irlande est typique – pour des Américains du milieu des années 1920 – et pittoresque, adjectif fordien au possible. Parce que Sir Miles et consort, c’est le microcosme fordien inévitable. Si Sir Miles est un aristocrate digne, il n’en demeure pas moins bagarreur (1) quand l’occasion se présente, et surtout les O’Shea sont les véritables représentants du monde fordien. Il faut dire que le vieux complice J. Farrell McDonald est (toujours) là, amenant les moments comiques indispensables au cinéma du réalisateur.

Quant à Molly O’Shea, elle est la femme forte du film, en témoigne son apparition quand la jeune Sheila veut envoyer un baiser à Neil : sur le sol, une ombre (2) s’approche de celle de la jeune femme jusqu’à la dépasser, démontrant le caractère bien trempé de la femme.

Et si les O’Shea n’ont que des relations subalternes par rapport aux O’Hara, on ne peut que convenir que ces deux familles n’en forment qu’une, comme le prouve le fait qu’ils habitent la même demeure quand ils sont en Amérique. Et la famille, c’est la chose la plus sacrée chez Ford !

 

Bien sûr, le film est le reflet de son époque et le traitement des acteurs noirs n’est pas bien différent des autres films. Toutefois, pas de black face, mais des rôles peu brillants, en témoigne le personnage de Virus Cake (Ely Reynolds), serviteur du jockey Ginsburg (George Harris), qui est montré comme un homme un tantinet demeuré. Notons tout de même l’acceptation de ce personnage dans ce petit univers irlandais émigré, même s’il n’est pas vraiment mis en valeur. Autre temps, autres mœurs…

Autre élément où le bât blesse : les femmes.

Si Molly O’Shea annonce – trop brièvement – certaines femmes fordiennes, on ne peut que regretter le sous emploi de Janet Gaynor. Elle dépasse à peine le statut de belle plante, restant sagement la promise de Neil Ross, alors que les éléments étaient là pour lui donner un rôle un peu plus étoffé : au début du film, on la voit sauter aisément un obstacle à cheval, alors pourquoi ne pas l’avoir proposé pour remplacer Ginsberg blessé qui ne pouvait plus participer à la course finale ?

 

  1. Le fameux « fighting spirit » irlandais…
  2. Ford était un grand admirateur de Murnau.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Western, #John Ford
Vers sa Destinée (Young Mr. Lincoln - John Ford, 1939)

Près de 75 ans avant Spielberg (1) et son formidable Lincoln, ce même président apparaissait pour la seconde fois chez John Ford, cette fois-ci sous les traits d’Henry Fonda. On y trouvait déjà la silhouette longiligne et un tantinet dégingandée de ce président hors norme, mais dans une intrigue somme toute très fordienne, inspirée des débuts du grand homme. Inspirée – nous sommes au cinéma ne l’oublions pas – et non recréée, puisque cet épisode n’est jamais arrivé.

C’est la troisième fois que ce grand personnage historique s’invite dans les films du maître (2).

 

En marge de la Fête Nationale, et alors qu’on brûle les tonneaux goudronnés – la fin des réjouissances – deux hommes se battent : Matt Clay (Richard Cromwell), un jeune paysan, et Scrub White (Fred Kohler Jr.), un bon à rien qui traine du côté de Springfield (Illinois) avec son acolyte pas spécialement mieux que lui, J. Palmer Cass (Ward Bond). Lors de l’échauffourée, Scrub sort un revolver, amenant Adam Clay à intervenir. Le coup de feu part. Scrub reste allongé. Les deux frères sont alors incarcérés en attendant un procès équitable (3). Leur avocat est un jeune homme plein d’avenir : Abraham Lincoln.

 

L’histoire des Etats-Unis est un thème récurrent dans l’œuvre de John Ford, et spécialement l’histoire autour de la Guerre de Sécession. Et ce film n’échappe pas à la règle puisqu’on y trouve celui qui, indirectement, sera à l’origine de cette guerre : Abraham Lincoln. Et on trouve, malgré les arguments que le réalisateur a adressés à Fonda pour qu’il accepte le rôle, un grand respect pour cet homme exceptionnel qu’était Lincoln (4). Et le jeu subtil, voire discret de ce même Fonda, accentue ce respect, faisant de chacune de ses interventions un moment de solennité et parfois même d’émotion. La diction de Fonda s’accorde très bien avec son personnage, retenant l’attention de son auditoire, pendant le procès comme dans chacune de ses interventions. La meilleure illustration en étant celle qui le voit réfréner l’ardeur de ses concitoyens qui veulent lyncher les deux frères.

 

Et comme nous sommes chez John Ford, nous retrouvons le microcosme dans lequel baigne ses films, où la famille a un rôle important, et la fête, primordial. Le 4 juillet et ses festivités est l’occasion de retrouver la truculence habituelle des membres de la communauté fordienne – celle de Springfield ici – dans des situations où l’humour a sa place, Lincoln n’étant pas le dernier pour participer aux réjouissances.

Mais on retrouvera aussi cette même communauté un brin exubérante pendant le procès : les spectateurs vivent le procès, réagissant fortement à chaque nouveau coup de théâtre, sans oublier les hommes qui se désaltèrent, en plein prétoire, directement au goulot d’une jarre remplie d’un quelconque tord-boyaux.


Et bien entendu, on retrouvera parmi cette communauté quelques têtes connues : outre Ward Bond, on reconnaît Donald Meek (le procureur John Felder), Russell Simpson («  Brother » Woolridge), l’indéfectible Jack Pennick (Big Buck Troop), et bien sûr Francis, le frère de John Ford, dans un rôle encore une fois de (très) peu de mots.

N’oublions pas non plus la séquence de danse : elle n’est pas populaire cette fois-ci. C’est un square-dance très particulier qui nous est proposé puisque c’est lors d’une soirée donnée par un notable de la ville qu’il a lieu. C’est l’occasion pour le jeune avocat de danser avec une jeune femme qui va compter dans sa vie : Mary Todd (Marjorie Weaver).

 

Et comme toujours chez Ford, les femmes ont un rôle très important. Outre Mary Todd, qui deviendra madame Lincoln en 1842, on trouve les femmes de la famille Clay, avec en tête la mère Abigail (Alice Brady). C’est elle aussi une de ces femmes fortes qui jalonnent l’œuvre de Ford, déchirée par cette affaire de meurtre qui voit ses deux fils menacés de la corde. Et comme toutes les autres (avant et après ce film), elle fait front face à l’adversité, spécialement dans son affrontement avec le procureur Felder, un tantinet abject quant à lui.

A ses côtés, les deux autres femmes (Arleen Whelan et Dorris Bowdon) sont des soutiens de la même trempe pour Abigail autant que pour les deux hommes avec lesquels elles sont liées. Ce lien trouve son apogée dans la prison où les trois femmes sont venues réconforter les deux frères.

 

Et Lincoln ?

Henry Fonda est – encore une fois – magnifique dans un rôle à la mesure de son talent. Même s’il lui manquait quelques centimètres pour atteindre la taille de son modèle (il porte des bottes spéciales pour le rehausser), il interprète un Lincoln très convaincant, de par son jeu et surtout sa diction comme je l’ai dit plus tôt. Le choix de Fonda, préféré à Tyrone Power un moment envisagé, fut crucial dans le résultat : la séquence du procès en est la meilleure illustration de par ses déplacements et ses différentes interventions, alternant l’humour et le sérieux avec pertinence pour arriver à ses fins. Un grand moment.

On notera aussi la position de Fonda-Lincoln, assis dans la même pose que sa statue dans son Mémorial à Washington comme nous le confirme le dernier plan du film.


Quant au titre français, il pourrait n’illustrer que la dernière séquence qui voit Lincoln sortir du palais de justice, franchissant une porte ouverte (5) qui mène à la lumière. En la franchissant, il prend cette stature nationale qu’on lui connaît, l’aboutissement de tout le film. Et cette destinée prestigieuse est soulignée par le déclenchement d’un orage, prémonition évidente de celui qui va secouer le pays après son élection de 1860, la terrible Guerre Civile qui va enflammer les états pendant quatre ans.

 

Un très grand film, par un très grand réalisateur, pour un TRES grand personnage.

 

PS : il s’agit du dernier film d’Alice Brady, terrassée par un cancer le 28 octobre de cette même année. Elle avait 46 ans.

 

  1. 73 ans seulement, mais 75 ça marque plus !
  2. The iron Horse (1924) ; The Prisoner of Shark Island (1936) furent les deux précédentes. Lincoln apparaîtra une dernière fois dans le segment de How the West was won dirigé par Ford.
  3. C'est-à-dire : qui devrait se terminer par une pendaison légale.
  4. Fonda ne voulait pas interpréter Lincoln, le comparant au Christ. Mais Ford lui expliqua qu’il s’agissait du même homme, jeune et pas encore bien dégrossi : « C'est uniquement un sacré plouc d'avocat de Springfield ! »
  5. Ford se souviendra-t-il de cette porte ouverte pour le plan final de The Searchers ? Poser la question, c’est déjà y répondre, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford
Sur la Piste des Mohawks (Drums along the Mohawk - John Ford, 1939)

Alors que la Guerre d’Indépendance vient de commencer, Gilbert « Gil » Martin (Henry Fonda) part s’installer avec sa jeune épouse Lana (Claudette Colbert) dans la vallée de la rivière Mohawk (1).

Passé le choc culturel lors de leur arrivée en territoire sauvage, Lana – citadine habituée à vivre richement – s’accommode de cette nouvelle vie sur la Frontière (voir plus bas), et rapidement une naissance s’annonce. Malheureusement, c’est la période choisie par les Anglais et leurs alliés Cherokees pour attaquer ces colons américains qui rêvent d’indépendance : leurs maison et récoltes sont détruites par le feu et Lana perd l’enfant.

Et la guerre continue.

 

Nous sommes à peine six mois après la sortie de Young Mister Lincoln où Henry Fonda tournait pour la première fois avec John Ford, et moins d’un an après celle de Stagecoach qui est sa première collaboration avec John Wayne. Autant dire que cette année 1939 est faste pour Ford qui signe alors trois films inoubliables qui apportent chacun leur contribution à la recréation de l’Ouest américain, celui qu’on appelle lointain (« far » West).

On ne peut parler de western original tant ce genre a été exploité – et l’est encore de nos jours – mais plutôt de western originel : en effet, Ford dispose son intrigue sur cet endroit qu’on appelle La Frontière.

 

La Frontière, c’est la limite occidentale qu’ont atteint les colons venus de Nouvelle Angleterre, à la recherche d’une terre accueillante et suffisamment riche pour s’y installer et prospérer. Autant dire que cette Frontière est la limite de la civilisation – dans le sens chrétien du terme : les Indiens, malgré leur occupation antérieure de ce grand pays, y sont considérés comme des païens, et le seul qui trouve grâce aux yeux de ces colons, c’est Blue Back (Chief Big Tree, habitué des productions fordienne) parce qu’il est chrétien (2).

Mais surtout cette frontière est l’occasion pour John  Ford d’installer son microcosme aux personnages pittoresques, élément indispensable de son cinéma.

 

Outre nos deux jeunes mariés, on y trouve des femmes fortes qui ne se laissent pas abattre, ainsi que quelques protagonistes hauts en couleur, dont le propre frère de John, Francis Ford (Joe Boleo), dans un rôle qui ressemble à un trappeur – parmi les plus grands artisans de la progression de la Frontière – ne parle pas beaucoup mais boit sans spécialement avoir soif. Il n’est d’ailleurs pas le seul, et cela malgré les regards un tantinet réprobateurs du pasteur local, le révérend Rosenkrantz (Arthur Shields, autre habitué du maître). Ce pasteur lui-même n’est pas sans caractère, mélangeant allègrement les Ecritures et la vie quotidienne de la communauté.

 

C’est d’ailleurs cette communauté qui est la véritable héroïne de ce film tant nous assistons à une communion et une solidarité fortes entre ces hommes et ces femmes qui se battent contre les éléments (la tempête, le froid…) autant que contre les ennemis de ce qui va devenir leur pays : quand le film se termine et que la guerre est finie, on hisse au plus haut le drapeau de ce nouveau pays pour lequel ils ont combattu et pour lequel certains d’entre eux sont morts.

Et comme toujours chez Ford, nous avons droit à une séquence de danse, dont le prétexte ici est un mariage, mais que nous n’apprenons qu’une fois les festivités commencées : encore une fois, le mariage n’est pas le centre de l’histoire, ni ne signifie la fin du film.

D’ailleurs, le premier mariage qui ouvre le film est vite expédié, les amoureux s’en allant directement de la cérémonie à leur nouvelle habitation, plus loin dans l’Ouest.

 

Bien sûr, la place des femmes est toujours primordiale, comme on pourra le vérifier dans les autres films de Ford : si Lana, fraîchement arrivée de la ville est découragée et fortement déçue par cette nouvelle vie, cela ne dure pas et c’est quand Gil sera à son tour découragé et désespéré qu’elle se révèlera une femme fordienne à part entière : une femme forte et résolue, qui ne s’en laisse pas compter par les hommes, aussi forts et résolus qu’ils soient.

Evidemment, la femme la plus forte dans le film est la veuve Mc Klennar (Edna May Oliver) qui annonce certains rôles que tiendra Mildred Natwick dans les films à venir de Ford. Edna May Oliver n’était pas à son coup d’essai dans ce genre de rôle : on se souvient de sa prestation dans le rôle de la Tante March dans Les quatre Filles du Dr. March six ans plus tôt. Il paraît évident qu’un jour Lana sera de la même trempe que son aînée qui en fera, bien évidemment son héritière, l’ayant toujours considérée comme la fille qu’elle n’a pas eue.

Et d’une manière générale, ce sont tous ces « petits » rôles (petits dans leur dimension parlée, mais indispensables au film) qui font tout le sel de cette communauté. Il n’est alors pas étonnant d’y trouver beaucoup d’acteurs fidèles au maître : Russell Simpson, Mae Marsh et l’indispensable Jack Pennick.

 

Bref, un film jalon dans la carrière de John Ford, et qui a tendance à être oublié et rabaissé par rapport aux deux autres qui sont sortis cette même année, mais qui marque le début de ce pays qui n’a pas seulement accueilli les personnages qu’il a pu faire évoluer dans ses films, mais lui aussi, fils d’émigrants irlandais installés sur la côte Est.

Ce film, d’une certaine façon donne une origine à ce que nous connaissons sous le nom de Western : nous y trouvons les éternels grands espaces peu hospitaliers, peuplé des ces Indiens qui ne seront pas toujours des ennemis, et qui verront se développer nombre de ces communautés de migrants venus chercher un monde meilleur, cette nouvelle « Terre Promise ».

C’est le film qui annonce le reste de l’œuvre de Ford dans l’Ouest jusqu’à L’Homme qui tua Liberty Valance (1962), film jalon final, marquant le triomphe de la civilisation sur l’Ouest sauvage et donc la fin de cette Frontière.

 

  1. Encore une fois, nous avons un bel exemple de traduction (très) approximative : alors que le titre original parle de « tambours le long de la rivière Mohawk », nos amis traducteurs ont pluralisé le nom. Est-ce dû à une ignorance en rapport avec cette rivière ? Très certainement, si vous voulez mon avis. Quand ce film est enfin sorti sur les écrans français, la guerre n’était pas encore terminée et la traduction d’un titre n’était pas à proprement parler une priorité.
  2. Cet Indien est tout de même un drôle de paroissien comme en atteste ses différentes interventions dans ce qui sert d’église.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Drame
Tête brûlée (Airmail - John Ford, 1932)

Desert Airport, fin 193…

Mike Miller (Ralph Bellamy) dirige les différents vols qui transitent par son aéroport, et parmi eux, le courrier qui doit être distribué. A chaque fois qu’il perd un homme, il assure le vol suivant, se mettant à son tour en danger : sa vue a baissée, et le médecin lui a conseillé d’arrêter de voler.

Comme si ce n’était pas suffisant, on lui met Duke Talbot (Pat O’Brien), une vieille connaissance qu’il ne peut plus supporter, pour remplacer le pilote tué.

 

Il s’agit avant tout d’un film hommage à l’aéropostale américaine. Envolés les héros de la première guerre mondiale comme les avaient montrés Wellman et Hughes, place aux héros modernes, ceux qui risquent leur vie pour le courrier. La pancarte de présentation du film – qui l’ouvre et le ferme – précise que les avions portent le courrier quel que soit le temps, quel que soit le moment de la journée.

Cette indication donne le ton du film : on n’est pas dans une histoire un  peu légère comme Ford sait aussi en faire. Dès les premières minutes, on compte déjà un mort : Joe Barnes (Ward Bond, qui est déjà à son sixième film avec Ford).

Un autre suivra, amenant le déséquilibre final qui devra être résolu : Miller prendra l’air et se crashera, avant d’être secouru par Talbot.

 

Mais malgré la mort qui est présente dans toutes les têtes, l’aéroport a tout de même un microcosme dans lequel tout le monde cohabite, même si le sérieux du sujet empêche certains aspects comiques récurrents dans les films de Ford. Seul « Slim » McClune (Slim Summerville – de son vrai nom George Joseph Somerville) échappe un peu à la gravité du propos : comme il chique, on entend toujours le timbre d’une sonnerie quand le projectile expectoré atteint sa cible (1). Il faut dire que Slim Summerville a fait ses classes à la Keystone aux côtés de Chaplin ou Arbuckle, d’où une aisance à faire sourire voire rire même aux moments plus dramatiques.

On retrouve donc une microsociété où les enfants ont une salle de classe, ou Mike joue le Père Noël, et où tous se retrouvent pour la veillée de noël.

Pas de bagarre non plus, mais une bonne droite de Miller dans la figure de Talbot. Une droite bien méritée, faut-il le préciser.

 

Et puis il y a les avions. L’arrivée de Talbot nous permet d’admirer la magnifique technique de Paul Mantz (1903-1965) qui avait fait ses classes dans le Hell’s Angels quelques années plus tôt : outre les acrobaties indispensables, il effectue deux passages à travers un hangar ouvert, la première fois dans un film.

Quant aux reconstitutions des différentes envolées Ford et son cameraman Karl Freund (tiens, tiens) firent construire un portique pour les pilotes en vol et eurent recours à une maquette géante. Les différents plans en incrustation n’ont rien à envier au film d’Howard Hughes.

De plus, Ford continue son travail esthétique auprès du technicien allemand, qui a eu le privilège de travailler avec Murnau, que Ford admirait (2).

 

Même si le film ne possède pas le souffle épique de certains westerns du maître, on ne peut voir le film sans songer aux grands noms qui firent l’aéropostale : Mermoz, Saint-Exupéry (en France, je connais mal les pilotes américains) étaient comme ces hommes à l’avenir incertain, mais qui risquaient leur vie par devoir et pour l’honneur du service.

 

  1. On a l’explication de cette sonnerie, allez voir.
  2. Murnau est mort l’année qui a précédé le film (11 mars 1931).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #John Ford
Upstream (John Ford, 1927)

« Upstream » (« en amont »), c’est l’endroit où arrive l’acteur qui a réussi : le point le plus élevé. La gloire, quoi.

Mais comme disaient les Romains : « il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. » (1)

 

A la pension de miss Hattie Breckenbridge Peyton (Lydia Yeamans Titus), on accueille des artistes. Enfin, on accueille surtout des artistes qui ne réussissent pas beaucoup et on y croise outre la logeuse, une (très) vieille gloire de la scène, beaucoup de monde : un pensionnaire modèle (Raymond Hitchcock), toujours affable avec la logeuse mais qui n’est rien d’autre qu’un vieux cabot ; Campbell-Mandare (Emile Chautard) un vieux tragédien shakespearien jusqu’au bout des ongles ; un charlatan préparant son produit miracle (Gus Hoffman) ; un jongleur (Francis Ford) ; les danseurs de claquettes Callahan et Callahan (Ted McNamara & Sammy Cohen, à moins que ce ne soit le contraire) ; un couple de sœurs danseuses (Lillian Worth & Judy King)  qui sont en fait mère et fille ; une soubrette (Jane Winton) aux longues jambes ; Juan Rogdriguez (Grant Withers) un lanceur de couteau qui n’est pas plus espagnol que les autres ; Gertrude « Gertie » Ryan (Nancy Nash) une jeune première et Eric Brashingham (Earle Fox), un grand acteur, surtout de par son nom, déjà porté avant lui avec beaucoup plus de talent.

Si ce n’était les problèmes d’argent, tout irait bien dans cette pension.

Un jour, Brashingham est appelé à Londres tenir le rôle de Hamlet : chacun va l’encourager voire l’aider à devenir un grand et atteindre ce fameux amont, synonyme de gloire.

 

Pas de doute, nous sommes chez John Ford (et en plus, son frère est là). On retrouve ici un microcosme qui est la marque de ses films : tout le monde vie au même endroit, et on se soutient les uns et les autres pendant les coups durs qui sont monnaie courante. Mais ce microcosme possède ses individualités plus ou moins comiques (2), qui forment une famille hétéroclite très attachante.

Si la logeuse réclame sans cesse ses loyers – ce qui est tout à fait légitime – l’absence d’argent n’empêche pas tout ce petit monde de bien s’entendre. Enfin presque, parce que la jeune première – la belle Gertie – est convoitée à la fois par Brashingham et Rodriguez (en fait il s’appelle Jack La Velle), bien que le premier ait la préférence de la demoiselle.

Alors quand il s’en va vers la gloire et qu’il oublie ses racines, la route est libre pour Rodriguez.

 

Si cette comédie semble bien légère, il ne faut pas se fier aux apparences. D’une façon amusante, Ford nous brosse un portrait de ces artistes qui ont moins de succès mais pas seulement parce qu’ils n’ont pas de talent. Et l’ambiance familiale qui baigne cette pension amène la chaleur indispensable à cette intrigue qui peut facilement tourner au drame : le moment où Campbell-Mandare porte son buste de Shakespeare qu’on ne lui reprendrait que pour quelques scènes est l’un des moments les plus dramatiques du film, mais atténué par l’arrivée de Gertie qui redonne de la vie et peut-être de l’espoir au vieux tragédien.

Alors bien sûr, on retrouve quelques détails qui perdureront dans les films suivants comme l’alcool (pour une fois, ce n’est pas Francis qui en est imbibé), ou la fête en l’occurrence le mariage.

 

Longtemps perdu, ce film fut retrouvé et restauré – pour notre plus grand plaisir – même si à un endroit, le film est irrémédiablement abimé (quelques secondes sur une heure, on ne va pas non plus rouspéter).

De plus, Ford s’essaie à différentes techniques dont les éclairages, et on assiste à un bel effet de champ/contre=-champ qui voit Raymond Hitchcock ouvrir sa porte (champ) et sortir de sa chambre (contre-champ) d’une manière formidablement fluide. Un exploit.

Et comme nous sommes dans le registre de la comédie, on a beaucoup de plaisir à voir le duo Callahan & Callahan évoluer : ce sont eux les véritables ressorts du comique, dansant, sautant et plaisantant, avec en point d’orgue la préparation du punch de mariage avec les flacons du charlatan… Un poème !

 

Quant à la roche Tarpéienne dont je parlais en ouverture, c’est Brashingham dont le talent va de pair avec une fatuité démesurée qui, d’une certaine façon, y sera précipité. Bien fait !

 

 

  1. « Arx Tarpeia Capitoli proxima. »
  2. Plutôt plus, c’est une comédie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #John Wayne, #Western
Rio Grande (John Ford, 1950)

Dernier volet sur la cavalerie et les guerres indiennes, Rio Grande, de par son titre, traite d’un lieu des plus stratégiques : le fleuve éponyme qui constitue une frontière naturelle entre les Etats-Unis et le Mexique (1).

Ce fleuve est régulièrement traversé par les Indiens – ici les Apaches – afin de se protéger des « Tuniques Bleues » après un méfait. Mais du fait que le fleuve est une  frontière, les soldats ne peuvent le franchir sans provoquer un incident diplomatique avec tout ce que cela concerne.

 

Les soldats, ici, sont en garnison à Fort Starke, qui est le dernier fort avant la frontière et commandé par le général Sheridan (J. Carrol Naish), aidé du colonel Kirby York (John Wayne).

Parmi les nouvelles recrues, on trouve un trio de jeunes cavaliers courageux et téméraires : Tyree (Ben Johnson), Boone (Harry Carey Jr.) et York (Claude Jarman Jr.) qui n’est autre que le fils du colonel, renvoyé de West Point et qui s’est engagé pour laver son honneur, d’une certaine façon.

Le même jour arrive Kathleen York (Maureen O'Hara), bien décidée à récupérer son fils des griffes de l’armée.

 

Pour terminer sa trilogie, Ford reprend quelques-uns des interprètes (John Wayne, Victor McLaglen…) et conclut sur un coup d’éclat des soldats, secourant les enfants du fort des Apaches qui les ont enlevés.

Non seulement les acteurs « rempilent », mais certains possèdent le même nom que lors d’un des deux films précédents : John Wayne/York ; Ben Johnson/Tyree ; McLaglen/Quincannon…

Et tout comme le premier opus, le film est en noir et blanc (2), renforçant le côté noir de l’intrigue.

 

Mais surtout, l’aspect privilégié dans le film est la famille. Outre que certains enfants qui apparaissent sont ceux des acteurs (etc.), le film s’ouvre et se ferme sur les femmes qui attendent inquiètes le retour des soldats après une mission : leurs hommes seront-ils parmi les blessés, ou pire les morts ?

De plus, l’intrigue faisant se côtoyer le père et le fils sous les mêmes couleurs amènent certaines difficultés dont joueront Morris et Goscinny dans Le XXème de Cavalerie (1965), avec en prime le jeune McStraggle qui ressemble fort à Claude Jarman Jr.

 

Si l’intrigue est plus noire que les autres, elle n’empêche pas de nous proposer une belle bagarre qui oppose le fils du colonel, cible privilégiée entre les hommes du régiment, et Heinze (Fred Kennedy) qui se gaussait de la parenté du jeune homme. Cette bagarre fait partie des éléments incontournables des westerns de Ford, tout comme l’ivrognerie de Quincannon/McLaglen.

On retrouve un autre élément qui sera repris par Morris et Goscinny : les chœurs de soldats chantant des ballades irlandaises, émouvant les auditeurs.

Bref, avec Rio Grande, Ford tourne – encore – une page de l’Ouest américain, en donnant cette fois le beau rôle à ces cavaliers. Il tournera une nouvelle fois une histoire avec ces cavaliers neuf ans plus tard, mais cette fois le contexte sera la guerre de Sécession, donc un autre pan de l’histoire de ce pays.

 

Et bien sûr, on retrouve le microcosme habituel, dont Kathleen York est la femme forte qui sait mener son monde : têtue et opiniâtre comme son mari, elle ne se laisse pas faire quand il tente un rapprochement, surtout du fait de la destruction de sa demeure familiale pendant la guerre civile.

Elle prendra d’une certaine façon sa revanche de l’armée quand la fanfare jouera Dixie pendant la mise à l’honneur de son fils et ses camarades.

 

Avec ce film, Ford en termine avec les guerres indiennes du point de vue des Blancs. Vont suivre dorénavant des westerns aux intrigues où la place des Amérindiens sera plus grande et surtout plus juste (3) : je rappelle que les vrais Américains ne sont pas ceux qui ont colonisé le pays pendant les différentes vagues d’immigration qu’ont connues les Etats-Unis, mais bel et bien ceux qui étaient là bien avant eux.

 

 

PS : Jack Pennick est encore et toujours là. Le trouverez-vous ?

 

  1. Pas de mur possible à cet endroit, semble-t-il…
  2. La Charge héroïque est en couleur du fait du ruban jaune dont fait mention le titre original (She wore a yellow Ribbon).
  3. The Searchers, Cheyenne Autumn, Two rode together.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
La Charge héroïque (She wore a yellow Ribbon - John Ford, 1949)

1876.

Custer vient de tomber à Little Big Horn. C’est un coup dur pour l’armée des Etats-Unis, et en particulier pour les hommes du 7ème de cavalerie commandés par le capitaine Brittles (John Wayne) à qui il reste moins d’une semaine avant la retraite (fort méritée bien sûr).

Mais les troublés générés par la défaite a mis les Indiens en effervescence, et le commandant Allshard (George O’Brien) envoie Brittles accompagner à la diligence les femmes du fort : sa femme Abby (Mildred Natwick) et sa nièce Olivia Daindridge (Joanne Dru).

Cette dernière, pendant tout le trajet porte un ruban jaune (1) dans ses cheveux, signe qu’elle est amoureuse d’un des hommes : le premier lieutenant Cohill (John Agar), ou le second lieutenant Pennell (Harry Carey Jr.) ?

 

Il s’agit ici du second volet de la trilogie que John Ford accorde à la cavalerie américaine (US Cavalry), situé entre Fort Apache et Rio Grande.

Après la déroute militaire du précédent film, Ford redore un peu le blason de ce corps d’armée, s’appuyant sur John Wayne et quelques habitués du cinéma de Ford : outre les acteurs déjà cités, on retrouve Arthur Shields (le docteur), Francis Ford (le barman) et Victor McLaglen (Quincannon), sans oublier le fidèle Jack Pennick qui n’apparaît que dans la scène finale. Il ne manque que Ward Bond !

 

Pour le reste, on retrouve les éléments chers au réalisateur : l’Amérique qui se construit, un microcosme peuplé de personnages de caractère, la famille et bien sûr une bonne bagarre. Le tout au milieu de Monument Valley. Bref, du grandiose !

Et fait de charge héroïque, on pouvait s’attendre à du plus spectaculaire. En effet, la seule charge à laquelle nous assistons – à la fin, apothéose d’une certaine façon de la carrière de Brittles – ne comporte aucun mort ni le moindre blessé, ce qui semble tout de même étonnant quand on se souvient du sort de Custer. On aurait pu imaginer une expédition punitive, histoire de venger les morts de Little Big Horn.

Mais si cette charge est héroïque, c’est surtout parce qu’à aucun moment, on ne voit un Indien tué. La dernière charge de Brittles est avant tout une magnifique manœuvre pacifiste : il est parfois des gestes plus héroïques que de mourir à la guerre.

De plus, l’échange qui se tient peu avant cette charge voit Brittles parlementer avec Poney That Walks (Chief John Big Tree, autre familier des films de Ford et autres westerns) : ce sont deux amis qui s’aiment et qui déplorent la guerre à venir. D’une certaine façon, Brittles reste fidèle à son mai, évitant un bain de sang inutile (2).

 

Si la cavalerie est avant tout un milieu d’hommes, encore une fois Ford y greffe des femmes au caractère bien trempé : la jeune Olivia n’est pas une frêle jeune fille, comme on pouvait s’en douter (on est chez Ford, je rappelle), la plus forte reste tout de même Abby, la femme du commandant du camp. Et Mildred Natwick, qu’on avait aperçue dans Three Godfathers, revient avec panache, menant le sergent Quincannon vers la prison militaire sans une protestation, lui qui vient d’en découdre avec sept soldats qui n’ont pas pu l’arrêter. C’est d’ailleurs une (autre) belle bagarre que nous propose là Ford : Victor McLaglen s’en donnant à cœur joie avec Francis Ford, buvant et frappant sans retenue. Bref, on est en plein territoire (avec deux R) connu et on s’y sent bien.

 

Et puis il y a John Wayne, un peu différent des autres rôles qu’on lui connaît. C’est tout d’abord un homme seul et triste : sa femme l’a quitté près de 10 ans plus tôt, et il ne peut s’empêcher d’aller lui parler régulièrement, au cimetière du fort.

C’est aussi un homme qui a vieilli, comme le soulignent se cheveux blancs (3), et sa gêne quand il sort ses lunettes pour lire.

Il termine son service – 40 ans annonce-t-il – et a beaucoup de mal à l’accepter. Lors de ses adieux officiels, on sent une émotion dans l’attitude et la voix du Duke.

 

Un grand western qui démontre encore une fois l’admiration qu’avait John Ford pour ce corps d’armée, glorifiant aussi ces soldats qui furent ennemis à un moment de leur carrière (Guerre de Sécession), mais qui ont surmonté leurs antagonismes pour faire de ce pays un grand et beau pays : l’un d’eux est enterré avec le drapeau de la Confédération ; Tyree (Ben Johnson) mentionne Lee sur le plan que Sheridan, Sherman et Grant…

Mais tous ont cette même fierté d’appartenir à ce glorieux 7ème.

 

Une dernière chose encore : la musique de Richard Hageman, sur la base de la chanson traditionnelle du XVIIème siècle, égrène aussi quelques classiques du folklore américain comme the Battle Hymn of the Republic et bien sûr l’incontournable Garryowen, hymne du  7ème de Cavalerie.

 

 

  1. D’où le titre original : « elle portait un ruban jaune. »
  2. En existe-t-il des utiles ?
  3. John Wayne a alors 42 ans quand le film sort.

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