Le premier, c’est Guthrie McCabe (James Stewart), shérif d’une petite bourgade de l’Ouest encore un peu sauvage. L’autre, c’est Jim Gary (Richard Widmark), un lieutenant de l’US Army. Le second est venu chercher le premier pour une mission très particulière : des civils se sont rassemblés autour du fort de Gary, demandant qu’on retrouve certains de leurs proches qui ont été capturés par les Indiens.
Après avoir refusé, McCabe prend le chemin du camp comanche avec Gary, à la recherche d’éventuels survivants blancs parmi ces Rouges.
Certes, ce n’est pas le film préféré de John Ford, mais on est tout de même loin d’un film oubliable comme l’est Tobacco Road. On y retrouve l’atmosphère des films du réalisateurs, et si certains interprètes habituels ont disparu, dont Ward Bond trois semaines après le début du tournage, cela reste tout de même un bon John Ford, avec les éléments inévitables (et incontournables :
- La famille : ici donc les familles qui veulent absolument retrouver leurs disparus ; mais bien sûr aussi dans la distribution puisque Harry Carey Jr. (Ortho Clegg) y côtoie sa maman Olive Carey (Mrs. Frazer) ;
- Les femmes fortes (1) qui imposent leur volonté aux hommes : Martha « Marty » Purcell (Shirley Jones) qui mène à la baguette les frères Clegg et fait tout pour que celui qu’elle a choisi se propose à elle ; Belle Aragon (Annelle Hayes) qui dirige le saloon devant lequel se prélasse McCabe, et aussi un peu ce dernier, même si elle l’arrose régulièrement (10 %), la paye d’un shérif n’étant pas très reluisante ; Mrs McCandless (Jeannette Nolan) qui recherche désespérément son fils et qui prendra le premier qu’on lui présentera, quoi que puisse dire son mari (Cliff Lyons) ;
- La soirée dansante : il y en a deux très différentes, l’une organisée par les familles, qui relève plus du square-dance et l’autre un véritable bal, organisé par l’armée avec tenue d’apparat et robes longues.
Mais on y retrouve aussi et d’une autre façon les enjeux de La Prisonnière du désert, mais sans l’aspect road-movie de ce dernier : la route empruntée par les deux hommes est relativement courte et le temps de l’intrigue s’étend sur quelques jours seulement. Et surtout, il n’y a pas vraiment de changement moral comme ce fut le cas avec le personnage d’Ethan Edwards (John Wayne) dont les certitudes étaient ébranlées.
Par contre, si aucun des deux ne change fondamentalement, leur situation va le faire, chacun trouvant chaussure à son pied (2), et de très belle façon.
Mais malgré tout, on sent que ce film n’est pas abouti, et Ford l’a souvent renié, le qualifiant en quelques mots choisis et fleuris : « la pire merde que j’ai tournée en vingt ans » (3). Il faut dire que malgré les éléments ci-dessus exposés, il y manque tout de même une âme, celle de ces microcosmes familiers et familiaux, et même si on s’amuse, ça l’est moins que d’autres fois.
Reste tout de même les deux cavaliers qui forment une paire remarquable, avec un James Stewart un peu à contre-emploi : il est certes un shérif et a des allures de Wyatt Earp (Henry Fonda dans My Darling Clementine quinze ans plus tôt) dans sa façon d’assurer le maintien de l’ordre, mais il est avant tout vénal et prend un pourcentage sur les différents commerces qu’il protège en étant shérif. Sans parler de ses conditions d’engagement pour cette mission…
De même, on notera une présence indienne minimale, surtout assurée par des non Indiens : le chef Quanah Parker (Henry Brandon) a les yeux trop clairs pour un « Peau-rouge », et le jeune guerrier Stone-Calf est interprété par Woody Strode.
Mais ce ne sont pas de mauvais Comanches, à part Stone-Calf qui est un peu bouillant et surtout veut prendre la place du chef, mais là, rien de bien nouveau, on a la même chose partout ailleurs.
Le seul Indien qui fait les frais de la haine des blancs est le jeune homme (David Kent) ramené par Gary : il est pendu, ultime étape d’un lynchage en règle, aussi court que violent. C’est un crime raciste et celui qu’il a lui-même commis devient alors un prétexte à le pendre.
PS : parmi les habitués (encore en vie) des films de Ford, on reconnaîtra sans hésitation John Qualen (Mr. Knudsen, encore un immigré nordique), Mae Marsh (la vieille Indienne blanche), Andy Devine (Sergent Posey) qui aurait tendance à remplacer Victor McLaglen dans la stature et aussi la propension à la bagarre, sans oublier l’inusable Jack Pennick, encore une fois entrevu malgré quelques mots prononcés.
- Dans le sens « solides »
- J’aurai tendance plutôt à dire « botte », western oblige.
- “The worst piece of crap I've made in 20 years.”
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