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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

john wayne

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Fils du désert (Three Godfathers - John Ford, 1948)

Encore un western ?

Pas vraiment.

Si le cadre est celui du genre, le propos va au-delà du western traditionnel.

Certes, tout commence bien pour ces trois hommes qui arrivent à Welcome, Arizona (1) : outre le panneau d’entrée, la première maison qui retient leur attention appartient à un certain B. Sweet (Ward Bond). Littéralement : « soyez doux » (2).

Et ce B. Sweet se prénomme plutôt Buckley ou Buck, voire Pearley, pour sa femme Carrie-Lou (Mae Marsh).

Sauf que cet homme si « doux » n’est autre que le shérif de Welcome.

Et surtout que les trois étrangers qui viennent d’arriver sont de bandits de grand chemin qui ont rendez-vous avec la banque afin d’y clore définitivement tous les comptes.

En fuite, les trois hommes croisent sur leur chemin un chariot dans lequel une femme (Mildred Natwick) meurt après avoir mis au monde un petit garçon.

Comme les trois hommes l’ont aidé pour ses derniers instants, elle les choisit comme parrains pour son enfant, donnant leurs trois prénoms : Robert (John Wayne), William (Harry Carey Jr.), Pedro (Pedro Armendariz).

Va alors commencer une autre traversée du désert, une traversée pour la vie de cette enfant, que ces trois canailles vont protéger sur leur vie.

 

C’est un remake – Marked Men (1928) – mais comme le premier film est perdu, nous devons nous contenter de celui-ci. Mais je ne crois pas qu’on y ait perdu au change.

En effet, John Ford signe ici l’un de ses westerns les plus émouvants, voire humanistes.

En effet, cette responsabilité inattendue qui tombe sur ces trois fripouilles va au-delà de ce qu’on attend d’un western traditionnel. Pensez donc, trois bandits qui donneraient leur vie pour un petit bout d’homme !

En outre, on pense bien sûr au Three bad Men du même Ford, où trois canailles (sublimes disait le titre français) se sacrifient avec panache.

 

Mais cette traversée du désert est on ne peut plus symbolique et le western devient alors parabole et les trois parrains (le titre original) deviennent les trois rois mages, voire le peuple hébreux conduit dans le désert par Robert « Moïse » Hightower.

D’une manière générale, le film fait de nombreuses références à la Bible, que ce soit par les situations ou les paroles : plusieurs citations émanent de la Bible, dont le célèbre psaume 137 (3).

Sans oublier le but du voyage : New Jerusalem. Et si vous en voulez encore, le jour de l’arrivée de Robert (le grand) et Robert (le petit) n’est autre que Noël…

 

Et pourtant, cela reste un western, mais avec tout ce qui fait habituellement le monde de John Ford, ce microcosme plus vivant que la vie avec ses personnages indispensables : le shérif bien sûr, mais aussi le pianiste du saloon (Richard Hageman), le juge débonnaire (Guy Kibbee), le poivrot de service (encore une fois c’est Francis Ford, le frère de), le chef de train (Jack Pennick, fidèle au poste) et bien sûr le vieux grincheux, Curly (Hank Worden) qui, comme son nom ne l’indique pas (« frisé, bouclé ») est chauve.

Bref, nous avons tous les ingrédients pour un magnifique western et c’est encore plus que cela.

Chaplin, en présentant The Kid, avait promis aux spectateurs : « un film avec un sourire, et peut-être une larme ». Cette assertion sert absolument ce film, tant on passe tout naturellement du comique au tragique, progressivement.

 

Comique parce que voir ces trois grands bandits assurer la survie d’un bébé est très drôle, surtout quand ils suivent – à la lettre ou presque – les conseils d’un obscure pédiatre, avec lequel Robert surtout n’est pas beaucoup d’accord. Il est d’ailleurs très amusant de voir John Wayne mal à l’aise avec cet enfant tombé du ciel (4), alors qu’il avait lui-même à l’époque déjà 4 enfants !

 

Et puis il y a le moment de bravoure qui dure plus de la moitié du film : la traversée du désert vers la Terre Promise (voir plus haut).

Il  est évident que le tournage fut épuisant : le Désert de Mojave, La Vallée de la Mort (et Lone Pine).

C’est du désert à perte de vue, avec tempête de sable et soleil de plomb : John fut même hospitalisé. C’est dire.

 

Au final, c’est un western inoubliable où Ford met (presque) de côté les antagonismes habituels, évitant ainsi le côté manichéen du genre, et surtout, comme dans plusieurs films (Stagecoach, entre autres, puisqu’il y a John Wayne), les gentils ne sont pas toujours là où on les attendait, et être hors-la-loi n’empêche pas d’être homme d’honneur et de principes.

 

Un grand film !

 

 

PS : le bébé filmé par John Ford pour le film s’appelle Amelia Yelda. Elle doit avoir à peu près 70 ans aujourd’hui…

 

  1. Un patelin qui s’appelle « Bienvenue », on ne peut rêver mieux comme accueil.
  2. N’est-ce pas professeur Allen John ?
  3. « Super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus cum recordaremur Sion » (vous chercherez la traduction, mais je vous donne un indice : un groupe de disco (hum…) en a fait un tube…
  4. Bien sûr, puisque pendant toute cette séquence autour de la naissance, brille dans le ciel une étoile. Cette étoile, c’est aussi le souvenir de Harry Carey, qui mourut avant le film qui lui est dédié : « To the memory of Harry Carey, bright Star of the early western sky. » Et si son fils joue dans ce film, c’est tout de même John Wayne qui reprend son rôle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hawks, #John Wayne
Rio Bravo (Howard Hawks, 1959)

Un homme entre dans un saloon. Il est mal à l’aise. Il a soif. C’est un alcoolique. Il lorgne chaque verre qui passe à sa portée, malheureux de ne pouvoir en prendre un : il n’a pas d’argent. Mais un homme comprend son malaise et lui lance un dollar. Dans le crachoir.

Notre homme se baisse pour le ramasser : un pied l’empêche.

Et à partir de là, tout bascule.

Résultat : un mort et un homme en prison.

 

La séquence d’ouverture est un joyau de cinéma. C’est une scène où presque pas de morts sont échangés : un emprunt lumineux au cinéma muet où seuls les bruits courants se font entendre. Ce ne sont que gestes simples mais compréhensibles, sans tomber dans un mime outrancier. Du très grand art.

Il faut attendre la fin de la cinquième minute pour entendre une voix distincte : c’est celle de John T. Chance (John Wayne), shérif de Presidio (Texas). L’homme alcoolique, c’est son adjoint, Dude (Dean Martin). Le tueur, c’est Joe Burdette (Claude Akins), le frère de Nathan Burdette (John Russel), un propriétaire terrien peu scrupuleux et qui ne s’embarrasse pas des lois.

 

Dès lors, l’intrigue est simple : garder le prisonnier enfermé jusqu’à l’arrivée d’un représentant de l’Etat – un Marshall, l’Arlésienne* du film – et éviter de se faire tuer par le frère et ses acolytes.

Mais si c’était aussi simple, ce ne serait pas intéressant. Chance doit composer avec son adjoint alcoolique aux mains tremblantes et avec un autre homme : Stumpy (Walter Brennan), un vieux paysan reconverti en adjoint, à la gâchette facile et la jambe boiteuse.

 

La présence de Walter Brennan au côté de John Wayne nous rappelle celle de La Rivière rouge : mais si Groot avait un rôle important dans ce film, ici il est plus en retrait : physiquement, car il est pratiquement tout le temps dans le couloir des cellules, et moralement car il n’y a pas de liens aussi forts et à la limite du familial dans cette intrigue. Et finalement Stumpy est plus un élément comique détendant l’atmosphère. Et il ne faut jamais oublier l’aspect comique des films de Hawks. C’est d’ailleurs avec lui qu’a lieu la séquence musicale où  deux voix célèbres vont chanter ensemble une de ces ballades de l’Ouest, accompagné par ce même Stumpy à l’harmonica : Dean Martin et Ricky Nelson (Colorado).

A propos de Ricky Nelson, son rôle bien que pertinent n’est pas la véritable raison de sa présence : il plaisait aux femmes et avait une belle voix, deux arguments importants pour la Warner qui tira un gros bénéfice du film.

Cette scène musicale est une pause bienvenue dans une atmosphère qui rappelle celle d’un huis clos étouffant. Pendant quelques minutes, les quatre hommes échangent un moment fort où le sourire est de mise et où les soucis semblent, un temps, oubliés.

Cette pause permet aussi au spectateur de se préparer à l’assaut final indispensable et évidemment attendu dès l’entrée en scène de Nathan Burdette.

 

Et puis il y a les femmes**. Elles sont deux : Consuela (Estelita Rodriguez) et Feathers (Angie Dickinson).

Consuela, c’est la femme de Carlos (Pedro Gonzalez-Gonzalez), le propriétaire de l’hôtel qui fait aussi saloon. Mais si Carlos dirige l’hôtel, c’est tout de même Consuela qui dirige la maison. C’est une femme ténébreuse et qui a la main leste : Carlos en porte les stigmates visibles (œil au beurre noir).

Feathers, au contraire, est plus subtile, même si elle a la même force de caractère (comme toute héroïne hawksienne). Ce n’est pas une femme facile, même si elle joue de son charme pour arriver à ses fins. Et ici, son but, c’est Chance. Chaque rencontre est un duel où Chance perd à chaque fois un peu plus de son avantage, avant tout physique. Il y a toute une progression dans la provocation (soft, on est en 1958 quand le film est tourné) qui vont ébranler Chance jusqu’à réussir complètement son objectif : il lui tombe dans les bras.

 

Mais si Chance succombe définitivement au charme de Feathers, le grand gagnant du film reste Dude. Alcoolique en phase quasi terminale, il va peu à peu gagner sa rédemption*** et redevenir l’homme qu’il a été. Et cette renaissance progressive s’accompagne d’une complicité de plus en plus forte entre Dude et les autres, jusqu’à culminer à la scène musicale décrite plus haut.

Et en plus, cette progression s’accompagne de quelques éléments comiques dont l’un d’eux va tout de même se retourner contre nos héros : le bain de Dude.

Car c’est ce bain qui va précipiter les choses et amener le dénouement tant attendu.

 

 

* Ou Godot, ça dépend de vos (p)références...

** Ne jamais oublier de « chercher la femme » chez Hawks.

*** Que voulez-vous, on en revient tout le temps au même…

 

P.S. : c’est aussi le dernier film de Ward Bond (Pat Wheeler, l’employeur de Colorado) qui mourut l’année suivante.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hawks, #John Wayne
La Rivière rouge (Red River - Howard Hawks, 1948)

John Wayne, Walter Brennan et les Carey père (1) et fils : pas de doute, c’est un western.

Et c’est Howard Hawks qui mène le jeu : tout indique un grand film.

 

Et il n’y a pas à dire, c’est un magnifique western. Le premier des cinq qu’il tournera (2).

C’est d’ailleurs un film de premières fois :

La première fois que Montgomery Clift a un premier rôle ; la première fois que Hawks dirige John Wayne ; la première fois (et la dernière) que les Carey sont sur un même film.

Et pour cette première fois, Hawks nous gratifie d’un western légendaire où le manichéisme fréquent dans le genre n’est pas si clair que ça.

Mais il reprend tout de même quelques ingrédients indispensables à une belle aventure : un troupeau gigantesque qui s’affole, donnant une bousculade (stampede) nocturne phénoménale ; un passage de rivière (3) ; des tireurs très adroits et un vieux ronchon (enfin pas tant que ça mais quand même un peu) – Groot (Walter Brennan qui reprendra ce rôle à plusieurs reprises, en particulier dans le fantastique Rio Bravo). Bref, du grand spectacle, de la flamboyance sans le Technicolor ! Le tout avec une pincée de l’humour hawksien.

MAGNIFIQUE !

 

Mais ce film est avant tout une histoire d’amour. Les protagonistes principaux – Tom Dunson (John Wayne), Matt Garth (Monty), Tess Millay (Joanne Dru) et Groot (Walter Brennan) – sont tous impliqués dans une magnifique histoire d’amour.

 

Dunson aime Matt.

Il l’aime comme un père aime son fils. En effet, la séquence d’ouverture nous montre Dunson et Groot quittant une caravane, y laissant l’amour de Dunson, Fen (Coleen Gray), qui succombera lors d’une attaque d’Indiens. Mais alors qu’il perd sa promise, le destin lui envoie le (très) jeune Matt (Mickey Kuhn), qui lui aussi a tout perdu.
Il ne faut pas avoir fait de longues études en psychologie pour comprendre que Tom fera un transfert avec Matt : cet enfant est celui qu’il aurait pu avoir avec la belle Fen. Pour preuve, quand on retrouve Matt adulte, il porte le bracelet que Tom avait donné à Fen avant sa mort.

 

Matt aime Tom.

Il l’aime comme un fils aime son père, même s’il sait pertinemment qu’il n’y a rien de biologique entre eux. Mais surtout, il ne le lui dit pas, parce que c’est ce même Tom qui l’a élevé (avec l’aide de Groot). Mais Tom n’est pas du genre à exprimer ses sentiments, alors encore moins dire qu’il aime Matt, même s’il doit en crever.

Matt aime Tess.

Dès leur première rencontre, on sait que ces deux-là vont finir ensemble. Et ça ne rate pas. D’abord parce que Matt est libre, et aussi parce qu’il n’a pas besoin de lui dire qu’il l’aime : c’est une habitude dans les westerns de montrer des cowboys rudes et avares de paroles, et encore moins quand elles touchent aux sentiments. Et d’une manière générale, on voit rarement dans un western un homme dire à une femme qu’il l’aime : il l’embrasse et  puis c’est tout. De toute façon, vu l’éducation à laquelle a pu lui pourvoir Dunson, il y a fort à parier qu’il ne sait pas le dire.

 

Tess aime Matt (et aussi Tom, mais ce n’est pas pareil).

Comme toujours chez Hawks, il faut «  chercher la femme ! » Celle-ci est dans la lignée des précédentes. C’est une battante : elle ne craint pas de traverser une partie des Etats-Unis pour arriver à ses fins, voire à accompagner Dunson pour retrouver son Matt.

Mais comme c’est une femme de chez Hawks, c’est elle qui mène la danse.

Avec Tom d’abord : elle ne va pas se laisser abandonner une deuxième fois. Elle veut Matt et elle est bien résolue à le récupérer. Et Dunson, malgré son côté autoritaire,  ne pourra rien y faire. Elle viendra.

Avec Matt ensuite, quand elle interrompt leur discussion finale. Ca la bouffe de les voir se chicaner ainsi (il n’y a pas d’autre mot). Et c’est par dépit qu’elle intervient, ne pouvant vraiment plus supporter ces amours larvées, latentes : il est temps qu’ils assument ce que la vie a fait d’eux, des parents putatifs. Tom et Matt sont une famille, qu’ils le veuillent ou non. Et c’est d’autant plus une famille solide: si habituellement on ne choisit pas sa famille, eux se sont trouvés, et leur lien n’en est que plus fort.

 

Enfin, Groot aime les trois autres.

Tess, c’est normal, comment ne pas la trouver à son goût ? Et c'est parce qu'il sent qu'elle peut faire partie de leur famille qu'il lui raconte l'histoire des deux autres hommes de sa vie. Mais pour Matt, c’est différent. Il l’a élevé avec Tom. Et comme Tom est un homme rude, Matt avait besoin d’une figure plus maternelle pour se développer. Et Groot est cette figure maternelle. Et d’une certaine façon, Tom et Groot forment un couple. Ils ont vécu de grandes choses et Matt est l’aboutissement (plus que l’élevage) de ce qu’ils ont pu faire ensemble. Mais là encore, ce sont deux fortes têtes qui ne veulent jamais avouer leurs sentiments, alors à moment ça doit éclater. Ou plutôt ça devrait, parce que ça n’éclate jamais. Et au moment où Matt abandonne Dunson pour continuer seul, Groot le suit, après que Tom lui ait dit de s’en aller. Tous les deux savent que c’est la meilleure chose à faire, mais aucun des deux ne voudra le reconnaître. Alors, pour la galerie Tom chasse Groot, et Groot l’en remercie, comme ça il n’a pas besoin de demander à partir (3)…

 

Mais si ce film est un western, on peut aussi le qualifier de road-movie. En effet, nous assistons à une longue chevauchée entre deux états, avec en fin de parcours un changement pour les principaux protagonistes. Matt va grandir et gagner sa place auprès de Tom. Il va vraiment devenir son fils (et héritier). Quant à Tom, il va mûrir et enfin comprendre qu’il doit laisser vivre Matt selon son envie, le laisser faire ses choix (et les respecter, cela va sans dire).

 

 

  1. Harry Carey Sr. ne verra pas la sortie du film : il meurt le 21 septembre 1947 (un an avant, quasiment  jour pour jour).
  2. Howard Hughes a finalement choisi de ne faire apparaître que son nom pour Le Banni.
  3. Celle du titre !
  4. C’est bien compliqué tout ça, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #John Ford, #John Wayne
L'Homme tranquille (The quiet Man - John Ford, 1952)

Sean Thornton (John Wayne) revient en Irlande, qu’il avait quittée quand il était enfant, après la mort de son père.
Entre-temps, il est devenu un bel Américain, un véritable citadin.

Alors, évidemment, dans Innisfree, petit village reculé de la verte Erin, il détone un petit peu.

Ses manières ne sont pas de celles qu’on attend de lui…

Alors quand il se met à courtiser la belle Mary Kate Danaher (Maureen O’Hara), comme on le fait en Amérique, les choses se gâtent.

 

John Ford, avec ce film, retourne aux sources. Certes, il n’est pas né en Irlande, mais sa famille en est originaire. Et quand on sait l’importance de la famille pour John Ford… D’ailleurs, son frère Francis Ford apparaît, encore une fois (la dernière…), et chose rare, il parle.
Ce n’est pas le seul acteur fordien qu’on retrouve dans ce film, ils sont presque tous là : John Wayne et Maureen O’Hara, bien sûr, mais aussi Barry Fitzgerald et son frère Arthur Shields, Victor McLaglen, Mildred Natwick et l’incontournable Ward Bond. Il ne manque que Jack Pennick !

L’intrigue se situe dans l’entre-deux-guerres, un peu après la partition définitive de l’Irlande : plusieurs répliques y faisant référence dont l’IRA (Irish Republican Army) que certains protagonistes avouent avoir rejointe.

 

Alors quand Thornton débarque dans ce milieu, avec ses règles et ses coutumes antédiluviennes, il a beaucoup de mal à s’adapter. Ce n’est pas seulement une opposition ville/campagne, c’est beaucoup plus profond : il s’agit de l’identité même de l’Irlande qu’il doit appréhender. Et ce n’est pas un hasard s’il s’adresse au pasteur (Arthur Shields) quand il est désorienté : l’Irlande est un pays avant tout catholique – et Mary Kate, elle, se confie au père Lonnergan (Ward Bond) – alors que les Etats-Unis sont plutôt protestants (les fameux WASP…), d’où cet entretien. Thornton ne se retrouve pas (encore) dans tous ces us et coutumes.

Mais à cause de (ou grâce à ?) Will Danaher (Victor McLaglen), il va combler son retard !


On retrouve donc un film très fordien, où la famille et l’honneur sont importants, mais surtout où le microcosme habituel est encore plus développé. Ce ne sont pas quelques personnes récurrentes qu'on retrouve (Francis Ford en alcoolique, McLaglen bagarreur, Mildred Natwick dominante…) mais tout un village. Et même un peu plus loin, puisque le film s’ouvre dans une gare proche, où chacun a sa propre façon d’exprimer son avis, relevant, bien sûr, du traditionnel fighting spirit (esprit combatif) irlandais, et pas seulement en paroles ! Chacun a son importance dans cette histoire, même le colonel flegmatique (ce doit être un Anglais…) qui continue de lire son journal pendant la grande bagarre.


Parce qu’il y a une bagarre. Mais attention, ce n’est pas celle qu’on pouvait voir dans La Charge héroïque (1949) où McLaglen affrontait plusieurs soldats. Cette fois-ci, ce sont les deux titans qui s’affrontent : Thornton et Danaher. C’est une bagarre « homérique », dit Michaleen Ogue Fleen (Barry Fitzgerald), qui ameute tout le comté. Même Dan Tobin (Francis Ford), mourant à qui le père Paul (James O’Hara, le frère de Maureen) apporte l’extrême-onction.

Et cette bagarre possède une musique inoubliable que Steven Spielberg reprendra pour une autre bagarre non moins spectaculaire : 1941.

 

Nous sommes dans un film familial à deux niveaux :

  • l’intrigue tout d’abord avec ses histoires familiales ;
  • Mais aussi beaucoup de personnes sont réellement de la même famille : les frères Francis et John Ford, Arthur Shields et Barry Fitzgerald, la fratrie Maureen et John O’Hara + Charles B. Fitzsimmons… Même les fils de John Wayne (Patrick & Michael) participent !

Mais si les conflits se règlent à coups de poings (même Mary Kate tente de frapper son mari !), on se retrouve ensemble après autour d’une bonne pinte de bière brune (de la Porter, bien sûr !). Parce que ces gens qui font le sel des films de John Ford, qu’ils soient des paysans plus ou moins bien dégrossis, ou des citadins assumés, savent passer outre leur(s) différence(s) : ce sont tous des Irlandais.

Fiers, farouches, mais généreux.

 

Comme le film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford, #John Wayne
La Chevauchée fantastique (Stagecoach - John Ford, 1939)

Ca aurait pu s'appeler plus simplement : la Diligence. Mais il faut toujours que les traducteurs fassent dans le sensationnel.

Pourtant, il faut reconnaître une chose : la chevauchée dont on parle est tout bonnement fantastique. Rarement une poursuite aussi intense a eu lieu dans un western.

D'un côté une diligence noire, remplie de citoyens pas tous très fréquentables, de l'autre une bande d'Apaches assoiffés de sang.

Le tout dans le décor somptueux de monument Valley.

Parce que c'est un film de John Ford. Il s'agit même du premier avec John Wayne en vedette. Ce film va en plus révéler ce dernier qui, depuis la Piste des géants était un peu sous employé.

 

Alors on retrouve les éléments fordiens : un microcosme de personnages pittoresques qui ne sont pas toujours bien assortis. Mais c'est de ces différences que naissent de belles histoires. Malgré le cadre extraordinaire de Monument Valley, nous assistons à ce qui ressemble à un huis clos pendant les trois quarts du film, l'intrigue s'ouvrant légèrement une fois les protagonistes arrivés au bout du voyage.

Huis clos parce que, où qu'ils se trouvent, ils sont toujours ensemble dans le même lieu, et si par hasard quelqu'un leur tient compagnie, rapidement cette personne s'efface voire s'enfuit.

Et ce huis clos est intéressant de par la diversité des personnages.

 

Deux camps s'affrontent :

- les bons citoyens Mrs Mallory (Louise Platt), Mr Hatfield (John Carradine) et Mr Gatewood (Berton Churchill). Ce sont les tenants de la bonne société. Ils ne se mélangent pas avec n'importe qui et le montrent bien.

- Au milieu, le shérif Curley (George Bancroft), Buck (Andy Devine), le conducteur de la diligence et Mr Peacock (Donald Meek).

- les mauvais sujets : Dallas (Claire Trevor), Dr Boone (Thomas Mitchell) et Ringo (John Wayne). Entre Dallas, qui est chassée de la ville parce que prostituée, le docteur Boone qui est un alcoolique notoire et Ringo qui sort de prison, pas étonnant que les autres les regardent de travers. Pourtant, ce sont bien eux les plus attachants. Dallas a beau être ce qu'elle est, elle n'en demeure pas une femme que Ringo - jeune et naïf, certes, malgré ses frasques passées - respecte. C'est d'ailleurs cette naïveté qui redonne sa fierté à Dallas, se sentant à nouveau une femme comme les autres.

 

Et Ford nous amène à aimer ces trois « paumés » : des criminels ou assimilés comme tels. On est loin du manichéisme dominant dans les westerns. Il est rare de vibrer pour une ex-prostituée, un repris de justice et un alcoolique... Mais ce sont eux les vrais vivants du film. Et Mrs Mallory le comprendra finalement, alors que Hatfield n'aura pas le temps, et Gatewood d'autres préoccupations.

Mais l'art de Ford, c'est de recréer cette période légendaire des Etats-Unis, après la guerre de Sécession - les blessures ne sont pas encore guéries - où les autres personnages gravitant autour du groupe vedette donnent un cachet de réalisme et d'humanité formidables. Les barmen, par exemple sont omniprésents : le premier, c'est Jack Pennick, qui est bien content de se débarrasser d'un client comme le docteur Boone ; le second, c'est Francis Ford - frère de l'autre -  alter ego de Boone qui voit avec beaucoup de bonheur arriver un tel compagnon de boisson ; le troisième, à Lordsburg, ne parle pas, il agit et met vite à l'abri son miroir, sentant que la discussion entre Ringo et les frères Plummer risque de faire des dégâts. Mais il sait être reconnaissant envers Boone de lui avoir sauvé les meubles...

 

Et puis il y a les Indiens. Pendant la plus grande partie du film, ils ne sont que mentionnés. On aperçoit même des signaux de fumée ou des reflets métalliques, mais pas d'Indien. pourtant la menace est présente et va en s'intensifiant.

Ils n'apparaissent que dans les dernières vingt-cinq minutes, et de façon plutôt... Brutale ! S'ensuit alors la célèbre chevauchée dans laquelle on assiste à un grand moment de cinéma, avec en point d'orgue le célèbre plan en contre-plongée avec la diligence et les chevaux qui passent par dessus la caméra. Du grand cinéma !

 

[En 1968, Morris et Goscinny sortiront La Diligence, quarante-septième aventure de Lucky Luke avec des éléments de l'intrigue du film, utilisant des personnages pittoresques dont certains furent directement inspirés par le film : Mr Flimsy (pour Mr Peacock), Scat Thumbs (pour Hatfield), le révérend Rawler (pour Gatewood). Un autre régal]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
La Prisonnière du désert (The Searchers - John Ford, 1956)

Monument Valley.

John Wayne, Ward Bond, John Qualen et même Jack Pennick.

Une jeune femme forte.

Un square dance.

Une bagarre.

 

Pas de doute, nous sommes dans un film de John Ford. Mais quel film. L'un des plus extraordinaires du maître. Plus qu'un film, c'est une quête. Une quête pour ses racines.

Ethan Edwards (John Wayne)est un aventurier. Il n'a pas d'attache. Juste une famille qu'il visite quand l'envie lui prend ou qu'il a le temps. Cette famille, c'est son frère Aaron (Walter Coy) et sa femme Martha (Dorothy Jordan) et leurs enfants dont la plus jeune, Debbie (Lana Wood). Malheureusement, la ferme de son frère est attaquée et seule Debbie survit. Elle survit mais est enlevée par le chef indien Scar (Henry Brandon).

Commencent alors un peu pus de cinq ans de recherche pour Ethan et Martin Pawley (Jeffrey Hunter), un jeune garçon qu'Ethan avait sauvé des Indiens quand il était petit.

Ethan est certes un aventurier, mais il a pourtant des convictions. C'est avant tout un homme du Sud. Pendant la Guerre Civile, il était du côté des Confédérés.

Ce positionnement peut aussi expliquer sa haine des Indiens. Cette haine, renforcée par ce qui arrive à sa famille est présente avant. Il a des raisons de leur en vouloir avant que tout commence. C'est un homme pour qui « un bon Indien est avant tout un Indien mort. »

Et pourtant.

Pourtant, dans sa quête, il croise nombre d'Indiens sans montrer une quelconque animosité. Paradoxalement, c'est de Martin qu'il se méfie : Martin a du sang indien, c'est tout ce qui fait la différence pour Ethan. Mais cette quête inclut aussi Martin, qui a été élevé avec les enfants Edwards. Cette différence de racines est source d'antagonisme entre deux hommes : Ethan représente la vieille génération alors que Martin est la jeune, celle qui a l'avenir. Celle qui fait dire à Ma Jorgensen (Olive Golden) que ce pays deviendra un jour civilisé...

Cet antagonisme rappelle celui d'un autre film dans lequel jouait John Wayne : La Rivière rouge (1948). Mais le propos est très différent et là s'arrête la comparaison. Et malgré tout, on sent poindre des changements dans l'attitude des deux hommes : Martin grandit au contact de ce père putatif alors qu'Ethan s'humanise à son contact.

Mais si transfiguration il y a, elle ne peut être spectaculaire : un vieux cowboy comme Ethan ne peut pas changer entièrement. C'est trop tard. Et puis de toute façon, son destin n'est pas de s'installer. il repartira, c'est sûr.

D'ailleurs, la séquence finale est un rappel de celle d'ouverture : une porte ouverte vers le désert, avec cette fois Ethan, la main gauche sur le bras droit, en hommage à un vieux complice de John Ford : Harry Carey, dont c'était l'un des gestes.

Et puis il y a tout ce qui fait de ce film un élément fordien : oui, ça danse, ça boit et ça se bat. Mais c'est avant tout une histoire de famille. Une histoire de racines. Pour Ethan, Martin n'est qu'un étranger. et Debbie, au contact des Indiens le devient pour lui. Mais c'est tout de même cet attachement familial qui le porte dans sa quête et lui fait faire la dernière expédition. Qu'il le veuille ou non, Debbie est avant tout l'avenir de sa famille, plus que Martin.

Et puis il y a le microcosme gravitant autour de l'intrigue principale : la petite histoire à côté de la grande, avec ses personnages hauts en couleur :

- Jorgensen (John Qualen), le Suédois devenu américain qui n'oublie pas de chausser ses lunettes pour écouter la lecture de sa fille.

- Clayton (Ward Bond), le révérend qui est aussi Texas Ranger et passe d'une fonction à l'autre sans beaucoup de difficulté. C'est aussi lui qui amène le premier la vie dans le film : son arrivée à la ferme Edwards est terriblement fordienne.

- Et les femmes. Surtout deux d'entre elles : Ma Jorgensen et sa fille Laurie (Vera Miles). Laurie est l'archétype de la femme fordienne : elle a une volonté très forte et une autorité naturelle qu'on retrouve chez nombres d'héroïnes du maître. Mais elle a beau montrer une fierté qui touche à l'orgueil, elle ne peut résister longtemps à celui qu'elle aime. Elle ressemble beaucoup à Mary Kate Danaer dans l'Homme tranquille.

 

Terminons sur Ethan (encore lui). John Wayne campe, avec beaucoup de talent, un personnage ambigu assez différent de ceux qu'il a déjà joués pour Ford. Son personnage n'est pas d'un bloc comme d'habitude. Alors que d'habitude on le catalogue rapidement dans les bons, ici, il a un rôle beaucoup plus subtile. Il n'est ni bon ni vraiment méchant : le monde n'est pas manichéen. Alors il passe d'un côté à l'autre de la balance sans toutefois se fixer.

 

D'un point de vue moral comme d'un point de vue physique, de toute façon, il ne se fixera jamais.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache - John Ford, 1948)

Immanquable : John Wayne et Henry Fonda sur la même affiche !

Deux légendes du cinéma et du western se rencontrent enfin. La prochaine fois, ce sera pour Le Jour le plus long, mais ils ne seront même pas ensemble dans une scène.

Il s'agit d'un premier opus ayant pour sujet la cavalerie régulière. Suivront deux autres films (La Charge héroïque et Rio Grande) autour du même sujet.

On pourrait presque parler de passage de témoin. Fonda fut un acteur privilégié de Ford (Vers sa Destinée, Les Raisins de la Colère, La Poursuite infernale…), toujours dans des rôles de justiciers. Mais cette fois, c’est de lui que le scandale arrive. Ou plutôt la déroute.

 

Fraîchement nommé à Fort Apache, Owen Thursday (Henry Fonda) dirige d’une main de fer un poste de cavalerie sans grande importance ni grande histoire. Il débarque avec sa fille Philadelphia (Shirley Temple), et décide de tout changer.

Fort Apache est un fort typiquement fordien. Il y règne une ambiance familiale où la discipline s’adresse surtout aux nouvelles recrues. On y vit tranquillement, dégustant à l’occasion un peu de whisky plus ou moins frelaté (dans le punch, par exemple...). On retrouve là le microcosme fordien : tous ces gens qui forment une communauté, s'aident si besoin est, et surtout accourent dès qu'il se passe quelque chose sortant de l'ordinaire. Quant à la femme forte (autoritaire), c'est Mrs O'Rourke (Mae Marsh), mère et femme de soldats, à qui on ne la fait pas.

Alors quand Thursday débarque et change les règles, ça fait un peu grise mine.

 

Il faut dire que les acteurs choisis pour interpréter les soldats sont des habitués des films de Ford : Victor McLaglen (Mulcahy), Jack Pennick (Schattuck) ou Ward Bond (O’Rourke Sr.) pour ne citer qu’eux. [A noter une apparition de Francis Ford (frère de l’autre) dans un rôle qui rappelle Steamboat round the Bend]

Nous avons ici du grand Ford (en est-il autrement ? Ne parlons pas de Tobacco Road…).

Alors nous assistons aux incontournables : le square dance (il y en a deux) et la boisson, où McLaglen est bien entendu mis à contribution.

 

Mais Le Massacre de Fort Apache, c’est avant tout l’histoire d’une déroute annoncée. Celle de cette unité de cavalerie qui chargea à sa perte, suivant les ordres d’un officier aveuglé par l’orgueil. Malgré les mises en garde de York, Thursday ira jusqu'au bout de son plan insensé. On retrouve cette obstination dans deux films de guerre : Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick et Gallipoli de Peter Weir. Là encore, des soldats seront sacrifiés grâce à la bêtise des généraux.

Ici, Ford prend le parti des Indiens contre cette technocratie washingtonienne représentée par Meacham (Grant Withers), qui achète la paix indienne contre des fusils et du whisky frelaté. Mais les fusils se retournent contre les fournisseurs, dans une charge dérisoire et on ne peut plus meurtrière.

 

J'ai parlé d'un passage de témoin pour deux raisons :

- le colonel Thursday sera remplacé par York à Fort Apache.

- Henry Fonda ne jouera plus directement dans un film de Ford (Il joue dans La Conquête de l'Ouest, mais dirigé par George Marshall). Avec la mort de Thursday, c'est la fin de Fonda chez Ford. Wayne prendra sa place comme interprète privilégié, jusqu'à La Taverne de l'Irlandais.

 

Certes, cette charge n’a jamais existé. Mais on pense à Custer à Little Big Horn, quand on voit Thursday blessé retourner au front pour y mourir. Et quand les journalistes viendront se renseigner sur ce qui s’est passé, York (John Wayne) ne reniera pas le courage et l’abnégation de cet homme un tantinet exalté voire carrément fou qui accompagna ses hommes à l’abattoir. Parce que comme il le fera dire plus tard dans L’Homme qui tua Liberty Valance : « Si la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Mais on sent chez York une désillusion quant aux guerres indiennes qui ne quittera pas les personnages de John Wayne avec Ford, le point culminant étant La Prisonnière du Désert, mais ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne

Quel western !

John Ford nous donne la fin de l’ouest sauvage et l’avènement inexorable de la civilisation.

D’un côté, les cow-boys sans foi ni loi, et de l’autre, James Stewart (Ransom Stoddard) et son code civil.

Dès le début, nous savons qui va l’emporter. Et ce n’est pas le plus important dans ce film. Non, le plus important, c’est le processus démocratique inéluctable qui transforme ce grand pays que sont les Etats-Unis.

Et c’est Stoddard qui en est le fer de lance, aidé de Peabody (Edmond O'Brien), le directeur du journal de Shinbone.

 

John Ford a toujours eu beaucoup d’amour pour son pays. Fils d’immigrés irlandais, il a toujours respecté la terre qui a accueilli ses parents. Les immigrés ont toujours un rôle important dans les films de Ford. Il faut voir pour s’en convaincre la présence régulière de John Qualen et ses rôles d’immigrés attachants (Peter Ericson, ici) . Cet acteur, un peu oublié et effacé par rapport aux géants qu’étaient Wayne (Tom Doniphon) et Stewart, a ici encore le rôle de l’étranger (suédois) intégré. Celui qui affiche ses racines mais est encore plus fier de faire partie de cette grande démocratie. Cet immigré ainsi que sa femme vont soutenir Ransom et sa Loi.

 

En effet, ne pouvant se reposer sur un flingue (revolver ou fusil), il utilise la Loi pour se protéger et protéger les autres.

En face de lui, Lee Marvin (Liberty Valance) qui représente les hors-la-loi, mais aussi les gros propriétaires terriens anti-démocratiques. Liberty Valance ne connaît qu’une seule loi, celle du plus fort, c'est-à-dire celui qui tire le mieux au pistolet.

Et entre les deux, Tom Doniphon. Il est du côté de Stoddard, mais il a le même raisonnement que Valance : celui qui tire le mieux l’emporte.

 

Comme nous savons que de toute façon, Stoddard l’emportera, John Ford nous décrit avec précision comment un territoire va devenir un Etat de l’Union. Mais ce film est aussi un film très nostalgique. En effet, Stoddard est revenu à Shinbone pour enterrer un vieil ami : Tom Doniphon. Il y retrouve le shérif (formidable Andy Devine en couard) qui emmènera sa femme (Vera Miles, très forte, très fordienne) à l’ancienne maison de Tom Doniphon. Et l’émotion ne nous quittera que quand Stoddard racontera son histoire. Celle de « l’homme qui tua Liberty Valance ».

 

Autre thème fordien : les gens normaux. Toutes ces petites gens, avec leur force et leurs défauts qui forment un monde attachant, amusant et aussi émouvant. La scène qui illustre le mieux – à mon avis – le monde de Ford est celle de la classe : y sont réunis des adultes et des enfants, des hommes et des femmes de toute nationalité ou ethnie. On y croise le shérif venu contrôler le travail de ses enfants au profil plutôt mexicain (la Cantina est tenue par son beau-frère) ; Mme Ericson (Suédoise) ; Pompey (Noir) ainsi que des cow-boys du terroir qui sont ici plus ou moins de leur propre choix. Et tous sont là pour apprendre à lire mais aussi pour apprendre la démocratie, que Stoddard va leur enseigner.

 

Et quand Liberty Valance est tué, c’est le dernier frein à l’essor de la République américaine qui tombe. Le territoire sera Etat de l’Union.

C’est la fin du règne des pistoleros. La démocratie a gagné.

 

Finalement, une telle conclusion s’imposait pour l’avant-dernier western du Maître.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #John Wayne, #Comédie

Un Ford très attachant (en est-il autrement de ses autres films ?)

Ce qu'on retient de ce film c'est le trio Wayne - O'Hara - Mc Laglen, qui donne tout le sel du film. Petit, j'ai été frappé (c'est le cas de le dire) par le résultat du match de boxe. Ce boxeur hagard qui vient de tuer un homme de ses poings. Maureen O'Hara, cette Irlandaise à qui on ne la fait pas, rousse comme une bière, a cette volonté qu'on retrouve chez beaucoup de femmes dans l'univers de John Ford. Et Mc Laglen encore en personnage bourru et mal dégrossi qui ne cherche qu'une occasion pour se battre.

 

Et quelle bagarre ! Rarement on n'a vu une bagarre pareille. Et ce n'est pas un secret si Spielberg a repris la même musique pour sa bagarre générale dans 1941. Et puis n'oublions pas Ward Bond, qui, malgré son zèle pendant la chasse aux sorcières, campe un prêtre peu orthodoxe (scène autour du piano entre autres)

 

Et pour finir, citons encore une fois Barry Fitzgerald, plus intéressé par la boisson que les bonnes manières et qui a appris quelques trucs utiles à son cheval (scène de la cour).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Raoul Walsh, #Western, #John Wayne

Le western initial.

D'autres suivront et reprendront les mêmes thèmes, les mêmes personnages, les mêmes situations. Walsh vient de chez Griffith, comme Ford, ce qui n'est pas innocent. Et ce western a plus d'une similitude avec ceux de Ford :

- Un gentil, beau, jeune, courageux, John Wayne, quoi. La belle, farouche qui ne se laisse pas faire.

- Un méchant. Ou plutôt TROIS méchants : Flack (la brute), Lopez (l'idiot) et Thorpe (le sournois).

- Le vieux ronchon (Zeke)

- Le paysan émigré et sa belle-mère acariâtre, source de gags.

- Ward Bond.

Mais en plus, il y a tous les ingrédients de la migration des pionniers qui repoussaient sans cesse les limites de la Frontière et qui continuaient malgré les éléments (hostiles, bien sûr) Et les éléments sont là : le désert (aride), la pluie (diluvienne), la boue qui enlise les chariots et la neige.

Mais il y a aussi des moments magiques comme la description de la vie de trappeur par Coleman, où John Wayne nous montre qu'il n'a pas été qu'un cow-boy justicier. Autre moment magique : les naissances multiples, humaines et animales, qui accompagnent la progression de la caravane.

Et puis il y a les Indiens. Les Pawnees qui aident Coleman, et puis les autres. Ceux qui tolèrent les colons et les autres, ceux qui les attaquent (ce seront les seuls qui seront tués par les pionniers). Là encore, John Wayne/Coleman rend hommage aux Indiens. [On est encore loin du principe « un bon Indien est un Indien mort.»]

Ajoutez à cela un format d'image audacieux pour l'époque et vous obtenez l'un des westerns les plus accomplis qui soient. Des paysages grandioses avec des prises de vues magnifiques.

Vraiment, un grand moment de cinéma qu'il ne faut pas avoir vu qu'une seule fois. Et puis la rencontre entre Ruth et Breck se termine comme elle a commencé : par un baiser. Volé au début, donné passionnément à la fin.

[Ces ingrédients serviront aussi à Morris et Goscinny pour la bande dessinée La Caravane (1964)]

 

 

 

 

 

 

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