Quand on est ivre et qu’on roule à
C’est ce qui arrive à Georges Campo (Alain Delon). Amnésique, il n’a que de très vagues souvenirs. Il est marié ? Première nouvelle. Il revient de Hong-Kong ? Le mystère s’épaissit.
Mais qui est donc ce dénommé Pierre Lagrange qui hante ses cauchemars ? Et pourquoi son chine ne le reconnaît-il pas ? Mais surtout, quel est ce chien qu’on dit sien ?
Aidé de celle qui est présentée comme son épouse, Christiane (Senta Berger), et de l’ami de la famille, le docteur Launay (Sergio Fantoni), Georges va progressivement remettre en place les éléments de cette vie qu’on lui dit être sienne.
Mais l’est-elle vraiment : est-il ce Georges Campo, fraîchement de retour d’Extrême-Orient ?
Pour la dernière fois, Julien Duvivier nous brosse un tableau pessimiste, avec des gens peu recommandables, preuve de son dégoût des hommes et de leur soi-disant bonté. Et encore une fois, ce sont les femmes qui en font les frais, avec cette Christiane, femme on ne peut plus rouée. Mais encore une fois, c’est à travers un beau jeune homme qu’elle est vue, donc forcément à travers un prisme (1). A l’instar de Jean (Gabin) dans La belle Equipe, Campo est le jouet de la femme, Christiane, qui mène la danse de bout en bout du film. Il faut dire que son charme certain a tendance à faire tourner la tête, surtout celle d’un amnésique convalescent.
Et Duvivier s’en donne à cœur joie, manipulant son personnage ainsi que le spectateur vers le dénouement, fatalement tragique : cela ne peut pas se terminer bien, révisez vos classiques !
Et le grand Julien s’y prend progressivement, comme pour mieux sceller les destins vers un avenir qui n’a absolument rien de glorieux ni lumineux.
Et il va nous mettre dans la confidence, révéler cette machination dont est victime Campo, nous donnant un coup d’avance sur ce jeune homme. Mais toujours un coup de retard sur les véritables tireurs de ficelle, jusqu’à la résolution finale qui, et sinon ce en serait pas Duvivier, va aussi échapper à ces protagonistes troubles.
Il s’agit donc du dernier film du maître, terrassé par une crise cardiaque pendant qu’il conduisait, ce qui donne un aspect prémonitoire à la première séquence du film qui voit un décor défiler à toute allure, avec bruit de moteur – c’est donc Campo qui conduit, avant son accident – et insert du couloir de l’hôpital – le terminus du même Campo à l’issue du voyage – qui s’inscrit superbement dans la ligne droite du périple. Il faut dire que Duvivier a à ses côtés le grand Henri Decaë derrière l’objectif, ce qui ne gâche rien.
De plus, Alain Delon est en plein essor et va pleinement se réaliser dans la décennie qui vient. Aucune raison donc pour bouder son plaisir.
Mais malgré tout, on en vient à regretter ces petites gens qui émaillaient les tableaux brossés par le cinéaste autrefois. La mesquinerie des petites gens en devenant redondante, sinon pléonastique. Ces gens aisés n’ont pas cette petitesse, l’argent étant là pour les en protéger. Mais au final, ils ne seront pas épargnés : à l’instar de la mort, ils seront frappés comme les autres, sans distinction. Et si ces personnages ne trépassent pas tous, ceux qui survivront n’en seront pas plus vivants.
- Déformant, sinon, ce ne serait pas un prisme.
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