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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

julien duvivier

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
Diaboliquement vôtre (Julien Duvivier, 1967)

 

Quand on est ivre et qu’on roule à
140 km/h, pas étonnant qu’on se retrouve dans le décor. Surtout sur une route de campagne.

C’est ce qui arrive à Georges Campo (Alain Delon). Amnésique, il n’a que de très vagues souvenirs. Il est marié ? Première nouvelle. Il revient de Hong-Kong ? Le mystère s’épaissit.

Mais qui est donc ce dénommé Pierre Lagrange qui hante ses cauchemars ? Et pourquoi son chine ne le reconnaît-il pas ? Mais surtout, quel est ce chien qu’on dit sien ?

Aidé de celle qui est présentée comme son épouse, Christiane (Senta Berger), et de l’ami de la famille, le docteur Launay (Sergio Fantoni), Georges va progressivement remettre en place les éléments de cette vie qu’on lui dit être sienne.

Mais l’est-elle vraiment : est-il ce Georges Campo, fraîchement de retour d’Extrême-Orient ?

 

Pour la dernière fois, Julien Duvivier nous brosse un tableau pessimiste, avec des gens peu recommandables, preuve de son dégoût des hommes et de leur soi-disant bonté. Et encore une fois, ce sont les femmes qui en font les frais, avec cette Christiane, femme on ne peut plus rouée. Mais encore une fois, c’est à travers un beau jeune homme qu’elle est vue, donc forcément à travers un prisme (1). A l’instar de Jean (Gabin) dans La belle Equipe, Campo est le jouet de la femme, Christiane, qui mène la danse de bout en bout du film. Il faut dire que son charme certain a tendance à faire tourner la tête, surtout celle d’un amnésique convalescent.

 

Et Duvivier s’en donne à cœur joie, manipulant son personnage ainsi que le spectateur vers le dénouement, fatalement tragique : cela ne peut pas se terminer bien, révisez vos classiques !

Et le grand Julien s’y prend progressivement, comme pour mieux sceller les destins vers un avenir qui n’a absolument rien de glorieux ni lumineux.

Et il va nous mettre dans la confidence, révéler cette machination dont est victime Campo, nous donnant un coup d’avance sur ce jeune homme. Mais toujours un coup de retard sur les véritables tireurs de ficelle, jusqu’à la résolution finale qui, et sinon ce en serait pas Duvivier, va aussi échapper à ces protagonistes troubles.

 

Il s’agit donc du dernier film du maître, terrassé par une crise cardiaque pendant qu’il conduisait, ce qui donne un aspect prémonitoire à la première séquence du film qui voit un décor défiler à toute allure, avec bruit de moteur – c’est donc Campo qui conduit, avant son accident – et insert du couloir de l’hôpital – le terminus du même Campo à l’issue du voyage – qui s’inscrit superbement dans la ligne droite du périple. Il faut dire que Duvivier a à ses côtés le grand Henri Decaë derrière l’objectif, ce qui ne gâche rien.

De plus, Alain Delon est en plein essor et va pleinement se réaliser dans la décennie qui vient. Aucune raison donc pour bouder son plaisir.

 

Mais malgré tout, on en vient à regretter ces petites gens qui émaillaient les tableaux brossés par le cinéaste autrefois. La mesquinerie des petites gens en devenant redondante, sinon pléonastique. Ces  gens aisés n’ont pas cette petitesse, l’argent étant là pour les en protéger. Mais au final, ils ne seront pas épargnés : à l’instar de la mort, ils seront frappés comme les autres, sans distinction. Et si ces personnages ne trépassent pas tous, ceux qui survivront n’en seront pas plus vivants.

 

  1. Déformant, sinon, ce ne serait pas un prisme.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Julien Duvivier
Le Golem (Julien Duvivier, 1936)

Prague, 1610.

Le rabbin Loew est mort, mais les Juifs sont toujours victimes de répressions impériales dirigées par le chancelier Lang (Roger Karl), un converti, pendant que l’empereur Rodolphe (Harry Baur) lutine, surtout la comtesse Strada (Germaine Aussey).

Mais si le rabbin est mort, sa créature, le Golem (Ferdinand Hart), est toujours présente, à l’abri de tous, dans la synagogue.

Cette créature fait peur à ce même empereur qui veut la détruire. Mais la prophétie de Loew est claire : il doit revenir apporter la justice pour tous (et surtout les Juifs).

 

Si Julien Duvivier était un chroniqueur acerbe et juste de son époque, ses escapades temporelles n’ont pas la même sagacité. Ce Golem, sorte de fausse suite juive de son Golgotha où un nouveau personnage s’élève du peuple pour combattre les injustices. Bon, c’est un peu tiré par les cheveux, mais l’analogie est tout de même là.
Par contre, ce qui n’est pas là, c’est la dimension fantastique qui accompagne le personnage et dont j’ai déjà parlé ici avec le film de Paul Wegener (1).

 

Certes, Duvivier n’est plus un débutant au cinéma, et on trouve de ci de là des éléments réjouissants comme l’utilisation des ombres sur les murs, mais le grand Julien n’était pas un cinéaste allemand et ça se voit tout de suite. Si ses personnages n’ont pas la bassesse habituelle, ils n’en demeurent pas moins bien français, et Harry Baur, malgré tout le talent qu’il avait, passe difficilement pour un souverain tchèque, aussi fou soit-il. Par contre, sa prestation, un tantinet outrancière met bien en évidence la folie de son personnage, mais cela ne va pas plus loin.

 

Et puisqu’on en est à l’interprétation, on sent une atmosphère très empesée dans ces différents personnages qui déclament parfois plus qu’ils ne jouent. Et cette grandiloquence a tendance à émousser l’intérêt du spectateur (en tout cas, c’était comme ça pour moi).

Encore une fois je rejoins mon ami le professeur Allen John quand il regrette que le cinéma français n’était pas capable de développer un cinéma fantastique sérieux à cette époque (et depuis ?).

Et au final, on a un film qui se laisse regarder, mais sans plus, ce qui est décevant de la part de Julien Duvivier. Heureusement que cette même année, il a sorti La belle Equipe (2). Ca compense.

 

Un telle suite se justifiait-elle ? Bien sûr que non. (3)

 

  1. Celui de 1920, bicôze celui de 1915 n’est plus visible (il ne reste que la deuxième bobine, et encore…).
  2. Aimos qui y interprète Tintin est là aussi : il est Toussaint, le serviteur d’un camelot français (Roger Duchesne).
  3. C’est d’abord une pièce de théâtre créée en 1931. Cela n’empêche pas que ce n’était pas nécessaire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
Voici le Temps des assassins (Julien Duvivier, 1956)

C’était le Paris des Halles (les vraies !), où les garçons bouchers venaient écluser des muscadets, comme chez André Châtelin (Jean Gabin), le propriétaire du Temps des Innocents, un café restaurant. Outre les travailleurs des Halles, on y trouve aussi quelques personnes de la haute que la cuisine du patron attire, et un jeune étudiant en médecine, Gérard Lacroix (Gérard Blain). Châtelin a pris sous son aile ce dernier, le traitant comme le fils qu’il n’a pas eu. Parce que Châtelin a été marié. A Gabrielle (Lucienne Bogaert).

D’ailleurs, Catherine (Danièle Delorme), la fille de cette dernière, débarque chez Châtelin pour lui annoncer qu’il peut se considérer comme veuf, Gabrielle venant de mourir.

Bonne pâte, il accueille la jeune fille, qui va bouleverser sa vie : Gabrielle n’est pas morte !

 

Le titre est éloquent et va hélas se réaliser. Il y aura un mort dans cette histoire encore plus sombre que celles dont nous avons l’habitude chez Duvivier. Parce que bien sûr, comme toujours, les personnages ne sont pas très reluisants, et en particulier la mère et la fille. La mère, toxico et machiavélique est magnifiquement campée par Lucienne Bogaert (qui retrouvera au cinéma Gabin l’année suivante), dont la diction particulière ajoute à la déchéance du personnage. Et la fille, interprétée tout aussi magnifiquement (sinon plus) par une jeune Danièle Delorme extraordinaire. On ne peut s’empêcher de maudire cette jeune femme qui vient semer le doute et la zizanie dans ce microcosme équilibré. Et d’autant plus qu’on a vu le film plusieurs fois (c’est mon cas) : le rôle maléfique de Catherine s’installe progressivement, instillant le mal par petites touches réfléchies. Superbe.

 

Oui, nous sommes bien chez Duvivier. On retrouve ce même pessimisme pour les humains qui enrobe tous ses films. Même Châtelin qui semble la victime de ces deux femmes n’est pas non plus très positif. Le fiel que déverse Catherine le touche et d’une certaine façon il s’attend aux révélations (mensongères) qu’elle distille. Le conflit entre lui et Gérard ne naît pas de rien. Si Catherine fait tout pour les brouiller et surtout y réussit, c’est parce qu’il y a un terreau fertile pour développer ses mensonges : non Châtelin et Gérard ne sont pas si formidables que cela.

Malheureusement, il faudra que la mort arrive pour que Châtelin se dessille les yeux et comprenne la part mauvaise de Catherine.

 

Et ce qui donne toute sa dimension à cette œuvre sombre, c’est aussi la cinématographie d’Armand Thirard, vieux complice de Duvivier (1), qui signe ici un noir et blanc superbe, accentué par une teinte ténébreuse ambiante. En effet, tout est sombre, et pas seulement l’intrigue et les personnages. Même les rares moments dans la journée ne sont pas brillants : la chambre de Gabrielle reflète admirablement la décrépitude de son occupante, qu’on sent déjà au crépuscule de sa vie, crépuscule avancé du fait de sa toxicomanie.

 

Un film noir. Très noir.

A voir, mais surtout à revoir, pour savourer toute cette histoire ô combien sombre.

 

  1.    C’est avec lui qu’il a commencé comme chef-opérateur en 1926.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Julien Duvivier
Poil de Carotte (Julien Duvivier, 1925)

« Poil de Carotte », c’est François Lepic (André Heuzé), le fils de M. Lepic (Henry Krauss) et de Mme Lepic (Charlotte Barbier-Krauss, la véritable épouse du précédent), le frère de Félix (Fabien Haziza) est d’Ernestine (Renée Jean).

Mais il a deux handicaps dans cette famille : il est né le dernier, et surtout à un moment où  ses parents ne s’aimaient plus beaucoup.

Alors François est malheureux : souffre-douleur d’une mère tyrannique, malmené par un frère aîné bien-aimé, et délaissé par un père tout aussi malheureux.

Il reste une solution pour échapper à toute cette somme de malheur(s).

Définitive, certes, mais peut-il en être autrement ?

 

Heureusement, oui. Et même, ce qui ne va pas durer chez Duvivier comme on le verra dans ses films postérieurs, nous avons droit à une fin optimiste !

Il faut dire que la majeure partie du film est assez noire, surtout du fait du personnage de madame Lepic, une mégère mâtinée de rombière dotée d’une dose certaine de sadisme envers son fils qu’elle brime à chaque occasion. Et Charlotte Barbier-Krauss, que son mari n’avait pas « sentie » quand l’actrice initiale prévue pour jouer cet affreux personnage avait dû abandonner le rôle, est une madame Lepic formidable.

Engoncée dans une tenue aussi stricte que noire, une allure hommasse soulignée par un duvet au-dessus de sa lèvre supérieure, elle est une mère Lepic qu’on a envie de haïr. Hypocrite et sournoise, autant que méchante, elle campe cet archétype de la marâtre avec brio, faisant vivre celle qui, avec Folcoche, est l’une des héroïnes les plus méprisables de la littérature française.

On sent que Duvivier s’est plu à faire évoluer ce personnage à l’âme aussi noire que sa tenue.

 

Et d’une manière générale, les différents plans traitant de la noirceur humaine sont les plus réussis : la rumeur qui se propage est accentuée par les gros plans de visages (pas vraiment jolis !) qui se fondent plus ou moins dans le décor de cette ville de province, au pied des montagnes.

Cette rumeur trouve son origine dans le personnage de Maria (Suzanne Talba), une chanteuse réaliste de cabaret que Félix fréquente. C’est d’ailleurs quand Félix, amoureux, la fait venir qu’a lieu le basculement de l’intrigue qui va ouvrir les yeux du père Lepic et amorcer sa résolution heureuse pour François. On retrouve là le thème de la femme de la ville corruptrice (1) alors très répandue dans les mentalités comme dans le cinéma (2).

 

Et puis il y a bien sûr le petit Poil de Carotte. L’interprétation du jeune André Heuzé  est à la hauteur de ce qu’on aurait pu attendre. Nous retrouvons le jeune garçon imaginé (à moitié) par Jules Renard : un mélange d’enthousiasme débridé – quand son père lui propose de l’accompagner à la chasse ou Annette (Lydia Zarena) pour une promenade – et de mélancolie extrême du fait de l’indifférence de son père et du rejet de sa mère.

Et le jeune garçon reste dans la bonne mesure sans jamais être excessif campant lui aussi le personnage attendu par ceux qui, comme moi, ont lu et apprécié l’œuvre de Renard.

 

Je terminerai en parlant des différentes techniques visuelles. Le film est rempli de surimpressions. On dirait que Duvivier vient de découvrir cette technique tant il l’utilise à l’envi pour illustrer les pensées de ses personnages ou les cauchemars du jeune garçon. Certes, les utilisations sont pertinentes, mais tout de même un tantinet trop nombreuses.

On appréciera alors d’autant mieux les plans récurrents de l’eau où s’exprime une sensation funeste prémonitoire qui se révélera avec l’épisode du seau.

Dernier élément remarquable : l’utilisation du gros plan. Duvivier accentue la noirceur des différentes situations par des plans (très) rapprochés des visages – et pas seulement pour illustrer la rumeur. Ces visages expriment plus surement le mal que n’importe quel intertitre : c’est ça, avant tout, le cinéma.

 

Sept ans plus tard, Duvivier proposera une nouvelle version de Poil de Carotte, parlante cette fois.

Mais bien sûr, ceci est une autre histoire.

 

  1. Corruptrice : la femme, la ville ou les deux ?
  2. Rappelez-vous l’extraordinaire Sunrise de Murnau.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Muet, #Julien Duvivier
Maman Colibri (Julien Duvivier, 1929)

La veille du krach boursier de 1929, les spectateurs de Berlin ont la possibilité de voir l’avant-dernier film muet de Julien Duvivier, adaptant ici la pièce d’Henry Bataille (1872-1922).

Il s’agit d’un drame où l’âge est le centre de l’intrigue.

 

Maman Colibri, c’est la baronne Irène de Rysbergue (Maria Jacobini), qui se déguise en oiseau pour un bal costumé. Mais son mari l’en dissuade, arguant que son fils aîné Richard (Jeacomn Gerrard) est à deux doigts (1) de se marier : elle n’a plus l’âge de ces gamineries.

Au bal malgré tout, elle enfile un loup pour passer inaperçu, et danse avec le jeune Georges de Chambry (Francis Lederer), un grand ami de Richard.

C’est le coup de foudre, et Maman Colibri va suivre Georges en Algérie, chez les Spahis.

Deux ans d’idylle plus tard, arrive la jeune et jolie Miss Dickson (Hélène Hallier) qui va à son tour charmer le beau Georges, mais dans une mesure plus normale : ils sont jeunes tous les deux.

 

Il y a chez Duvivier, même dans ses films muets, une propension à dénigrer ses personnages, montrant certains torts, et amenant souvent des intrigues tragiques, voire mortifères.

Ici, personne ne meurt, si ce n’est un amour, qu’on a tendance à qualifier de contre-nature : Irène, alors qu’elle est la maîtresse de Georges a largement l’âge d’être sa mère. C’est d’ailleurs ce que pense la belle miss Dickson, appelant sans malice (elle vient d’arriver) Georges son fils.

Cette réflexion sonne le début de la fin de cet amour, Irène s’effaçant (logiquement) devant la nouvelle voisine.

Cette cinglante réflexion amène toutefois une très belle scène d’adieu, Irène restant digne de bout en bout, quittant son amant alors qu’il dort, sans un bruit, et quittant dans le même temps cette Algérie ensoleillée pour une Paris sous la neige. Cette intempérie météorologique accentue d’ailleurs le tragique du retour à la vraie vie, loin de cet exotisme nord-africain.

 

S’il n’y avait cette teinte dramatique, on pourrait presque se croire chez Cecil B. DeMille, tant ce drame bourgeois ressemble à certains de ses films. Mais Duvivier ici ne laisse aucune place au comique, élément toujours présent chez l’Américain.

Par contre, on notera la virtuosité de Duvivier dans sa narration : c’est une caméra  vivante qu’il utilise, se déplaçant souvent, amenant des plans audacieux, soutenant avec pertinence l’intrigue.

Et en plus de cet élément mobile, Duvivier joue avec les différents miroirs que possède la chambre de Maman Colibri, dans la première séquence où elle se prépare. Elle s’y mire régulièrement, et l’arrivée de son mari s’annonce dans l’un d’eux, amenant de suite une froidure dans les attitudes d’Irène et son jeune fils Paul (Jean-Paul de Baere) : enjoués qu’ils étaient à la perspective du bal costumé, dont la mère serait la reine de la fête, l’apparition du baron brise l’élan et va même plus loin comme rapporté plus haut.

 

On assiste par ailleurs à de nombreuses surimpression, ou encore des plans en contre-plongée voire des très gros plans ne montrant qu’une partie des visages, et surtout les yeux, véritables véhicules d’émotion.

Les différents moments de caméra donne une véritable illusion de vie tant les différents travellings anticipent parfaitement les déplacements des différents personnages.

De plus, on trouve aussi un souci du détail, amenant des plans de coupe se concentrant sur un élément en particulier : par exemple, la main du baron (Jean Dax) est la gauche qui, en gros plan montre l’alliance qui enserre l’annulaire, rendant impossible de l’enlever sans la découper.

 

Je vous laisse sur cette image ô combien symbolique, et vous encourage à découvrir ce film d’un réalisateur majeur du cinéma français, en particulier pendant les années 1930s.

 

PS : on notera la présence de Christian Jaque qui élabora les décors.

 

(1) Ceux qui recevront les alliances.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Julien Duvivier
Au Bonheur des Dames (Julien Duvivier, 1930)

Il fallait bien qu’un jour Julien Duvivier rencontre Zola. Et comme Zola s’est excusé dès 1902, il restait ses livres.

Et Duvivier en profite pour tirer un trait avec brio sur son cinéma muet : Au Bonheur des Dames ce sera.

Il s’agit de la première adaptation du livre, suivra treize ans plus tard celle d’André Cayatte avec Michel Simon et Albert Préjean, mais ceci est une autre histoire.

 

Bien sûr, Duvivier prend des libertés avec le roman, mais il est tout à fait en droit de le faire, nous sommes au cinéma.

Et pour sûr, c’est du grand spectacle.

Duvivier utilise pratiquement toutes les possibilités qu’offrent la caméra et la technique: travellings (avant et arrière), panoramiques, caméra subjectives, surimpression, incrustation… C’est un festival sans être en même temps une démonstration, si ce n’est celle de l’intrigue.

Le tout servi par une distribution impeccable, on aurait tort de bouder son plaisir.

 

On retrouve donc la jeune et orpheline Denis Baudu (La belle Dita Parlo et son regard triste, même quand elle sourit), qui débarque – de sa Province, même si ce n’est pas dit – et va s’installer chez son oncle le vieux Baudu (Armand Bour) marchand de tissus au Vieil Elbeuf, en face du célèbre Bonheur des Dames. Y vivent aussi sa cousine Geneviève et son fiancé Colomban (Fabien Haziza).

Sauf que le Bonheur des Dames a ruiné tous les commerçants de la rue et que Baudu a beau résister, le rouleau compresseur d’Octave Mouret (Pierre de Guingand)  pour développer son enseigne ayant avalé les petites boutiques les unes après les autres.

Alors Denise va devoir travailler… En face !

 

On retrouve dans les (très) grandes lignes le roman du grand Emile, mais de toute façon, ce n’est pas ça qui est important chez Duvivier qui pour ses adieux au muet nous gratifie d’une nouvelle vision cynique voire pessimiste des hommes.

Et ceci est accentué par la transposition de l’intrigue dans les années 1920s, juste avant les effets désastreux de la crise de 1929.

Les premières images nous montrent l’arrivée d’un train – celui de Denise – et l’apparition de la jeune femme dans la frénésie parisienne. En effet, à partir du moment où elle sort de la gare, c’est un déluge d’images frénétique(s) où ce qui domine le plus est l’agitation (vaine, cela va sans dire), soutenue par un montage rapide et des surimpressions qui donnent le tournis.

Et comme le dit l’intertitre – le cynisme de Duvivier est là – c’est le progrès !

Une fois le côté obscure de Duvivier identifié et un peu mis de côté, nous assistons à un magnifique montage rapide où des gens, des voitures, des trains arrivent et partent, et où trône au milieu de toute cette excitation le Bonheur des Dames : la promotion autour de cette enseigne est d’ailleurs démesurée : des affichages, des ballons, des lumières et même des hommes-sandwiches portant des lettres agencées pour écrire le nom du magasin. Bref, rien n’est trop peu ni trop beau pour ce géant commercial.

Puis, autre grand moment du magasin, sa visite : on passe de rayons en rayons avec des clientes (les plus nombreuses, les hommes étant surtout les employés du magasin), où tout se vend et donc s’achète, se porte se mange, ou tout ce que vous voulez. Bien sûr, au passage, les Galeries Lafayette ont pu jouir d’une certaine publicité (1), mais on peut se demander si Julien Duvivier était le meilleur agent pour cela…

 

Et puis il y a les gens. Mis à part Mouret et sa clique, la plupart des personnages sont de basse extraction et pas toujours très beaux physiquement – Deloche (René Donnio), le jeune homme qui se présente en même temps que Denise est un bel exemple – ou moralement – Jouve (Fernand Mailly), le chef du personnel n’est rien qu’un petit chef qui use de son pouvoir pour harceler les jeunes femmes.

Les jeunes femmes ont un rôle important d’ailleurs puisque Denise est embauchée avec les mannequins. On a alors le droit à des femmes peu vêtues et des plans rapprochés de jambes… Avec en prime l’ignoble Jouve qui se rince l’œil quand il ne tâte pas la marchandise (pas ici, mais il doit le faire de temps en temps, ses œillades ne trompant personne).

Ce milieu féminin est très bien montré avec les faiblesses de chacune dont les autres se gaussent quand elles n’en tirent pas profit, la concurrence étant de mise, et s’empresser de rire de l’une évite qu’une autre se rie de soi-même…

 

Bref, c’est tout de même un drôle de progrès que nous montre Duvivier dans cette adaptation de Zola. Et on peut constater que près de 90 ans après, il subsiste des similitudes, voire une exagération de la situation : il suffit de voir les ruées de clients à chaque période de solde pour s’en convaincre.

Finalement, Duvivier n’a peut-être pas tant grossi le trait que ça…

 

 

(1) Les vues dans le magasin furent tournées là-bas. Il ne manque que la couleur pour admirer pleinement le magnifique plafond en rotonde de l’endroit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier
Sous le Ciel de Paris (Julien Duvivier, 1951)

Un pêcheur – Lambolle dit Bouboule – et son chien de chasse (Rivers-Cadet).

Une vieille dame – mademoiselle Perrier – et ses chats (Sylvie).

Une petite fille – Colette – qui a reçu des mauvaises notes (Marie-France).

Un futur interne – Georges – recalé (Daniel Ivernel).

Un artiste – Mathias – tourmenté (Raymond Hermantier).

Une jeune fille – Denise – qui débarque Gare de Lyon (Brigitte Auber).

Une usine occupée.

Un macchabée qui descend la Seine.

Et la voix de François Périer pour nous offrir cette drôle de visite guidée de Paris : pas de monument, mais des gens, ordinaires, qui vivent et qui meurent.

 

Des destins qui se croisent ou non, sous un ciel bleu rempli de promesses. Mais comme c’est Julien Duvivier qui est aux commandes, le ciel immaculé ne va pas le rester bien longtemps.

En effet, sous cette journée ensoleillée, de sombres événements se préparent.

 

Ces destins sont avant tout des errances. Chacun avance au petit bonheur, ou au petit malheur. Mais dès le début, le ton est donné. La vieille dame aux chats passe devant une maison où on accroche les tentures des obsèques, dans une maison où arrive une sage-femme : un s’en va, l’autre arrive. Il en va ainsi dans le film. Pour que Hermeneault (Jean Brochard) revienne à la vie, il faut que quelqu’un meure.

Chacun va donc errer. Denise à la recherche de l’amour la fortune et la gloire (rien que ça) ; la vieille après 64 francs pour nourrir ses chats ; la noce d’argent de place en place ; Colette de l’Australie aux Canaries ; Georges de l’oral au bloc ; Mathias de femme en femme ; et le macchabée au fil de l’eau, attendant d’être repêché.

Et au bout des ces errances, des promesses plus ou moins tenues.

 

Alors oui, les dernier vers de la chanson éponyme (chantée par Jean Bretonnière) illustrent assez bien ce film :

« Mais le ciel de Paris n’est pas longtemps cruel

Pour se faire pardonner il offre un arc-en-ciel. »

 

Sauf que l’arc-en-ciel est en noir et blanc, Duvivier oblige.

On arrive sur une fin mitigée. D’un côté de bonnes choses arrivent, mais elles sont contrebalancées par d’autres éléments plus noirs.

Comme toujours chez ce cinéaste, le côté noir est très présent. Les visages bruts qui dévisagent, les remarques désobligeantes livrées tel quel, et la mort qui rôde et finit par frapper.

Alors ce bout d’arc-en-ciel, même en noir et blanc, on doit s’en contenter. Mais qu’en sera-t-il du lendemain, quand les chats auront tout mangé ? Qu’en est-il du prochain jour d’école ?

 

C’est le personnage de Denise qui résume le mieux le sentiment de noirceur qui se dégage malgré tout du film. Elle est à la poursuite de l’amour, de la fortune et de la gloire. Elle aura les trois, dans l’ordre : un amour perdu (celui qu’elle aime est infirme), une fortune inutile et une gloire éphémère comme l’annonce la narrateur.

Duvivier sera toujours Duvivier.

 

On se consolera en retrouvant quelques figures du cinéma français : l’infatigable René Génin, le jeune Serge Grave qui a grandi depuis qu’il était Baume, et un jeune guitariste qui a encore du temps avant de devenir le vieux Marius dans Les Bronzés font du ski : Maurice Chevit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier
Golgotha (Julien Duvivier, 1935)

« En vérité, je vous le dis... »

Il s'agit certainement de la réplique la plus célèbre, répétée à l'envi par Jésus (Robert Le Vigan), dans cette superproduction française signée Julien Duvivier.

Pour le reste, c'est beaucoup moins intéressant...


Les derniers instants de Jésus, pour la première fois en version parlante. Cocorico, ce sont des Français qui l'ont faite !

Ils auraient pu éviter.


Certes, l'intrigue est proche des Ecritures, et on assiste aux derniers instants de Jésus, de son entrée à Jérusalem jusqu'à sa résurrection. Mais pour le reste, c'est assez plat.

Pourtant, il y avait de quoi se réjouir : une belle reconstitution de Jérusalem, une distribution prestigieuse, mais... Mais ça ne prend pas. C'est statique. Beaucoup trop. Le seul moment intéressant, c'est la montée au Golgotha : il y a de la tension, de la violence verbale et physique contre Jésus. Bref, ça vit. Même le moment de la mort de Jésus, là où la tension devrait être à son paroxysme, c'est encore plat.

 

Il n'y a de la vie que pour les méchants (pas étonnant de la part de Duvivier). Les bons, eux sont presque immobiles, comme s'ils recréaient quelque scène sulpicienne : ils sont déjà morts (pour leur foi). D'ailleurs, le meilleur élément sulpicien, c'est Jésus lui-même, avec sa chevelure que l'éclairage rend d'or...

Revenons à la distribution : on annonce Harry Baur, Jean Gabin et Edwige Feuillère. Bigre, c'est du lourd (terme tout à fait approprié pour ce film). Mais en fait, ces trois personnalités apparaissent peu dans le film : à peine un quart d'heure à elles trois !

Non, ceux qu'on voit, ce sont - bien entendu - Jésus et Caïphe (Charles Granval), chef du Sanhédrin, une espèce d'oligarchie qui voit son autorité menacée par le Nazaréen. Le troisième, dans une moindre mesure, c'est l'incontournable Judas (Lucas Gridoux), le traître, le salaud, mais tout de même un homme torturé par ce qu'il a fait. Caïphe et Judas sont certainement les personnages les mieux réussis du film.

 

Et il reste Le Vigan. Il est un Jésus idéal... Physiquement. Il est dans la lignée des Christs maigrichons, de ceux qui expliquent pourquoi il tombe trois fois pendant le chemin de croix. C'est à se demander si son père fut charpentier...

Dans le regard aussi, Le Vigan est très bon. Mais dès qu'il ouvre la bouche, le charme n'agit plus. On recherche dans ce personnage (divin ?) les intonations qui feront son succès dans les films suivants (La Bandera, L'Homme de nulle part...). Ici, il interprète un personnage trop lisse : il ne peut pas laisser libre court à ses intonations et son jeu si particuliers.

 

Alors on regarde, parce que c'est Duvivier. Mais on se dit tout de même que la version de Cecil B. DeMille, Le Roi des Rois (1927) offre un spectacle autrement plus beau, à mille lieues de celui qu'on vient de voir.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Jean Gabin, #Guerre, #Drame
La Bandera (Julien Duvivier, 1935)

Rue Saint Vincent, Paris XVIIIème.

A un jet de pierre du Sacré Cœur, un couple ivre titube dans la rue.

Un homme sort d'une maison, en catimini.

La femme lui tombe dans les bras, sous un réverbère.

Il se dégage et s'en va.

La femme s'essuie le ventre : l'empreinte d'une main ressort sur son haut clair.

Cette empreinte, c'est du sang.

L'homme qui s'enfuit, c'est Gilieth (Jean Gabin).

La Bandera, c'est un bataillon de légionnaires espagnol. Les légionnaires viennent de partout. Ils ont chacun leur secret, et mourront avec. Gilieth, lui, fuit la police depuis cette nuit, rue Saint Vincent. Car, après une cavale désastreuse, et pour pouvoir manger, Gilieth s'est engagé dans la Légion, en même temps que Mulot (Aimos) et Lucas( Robert Le Vigan). Et si avec Mulot, c'est la grande amitié, avec Lucas, il en va autrement. Normal, Lucas est un policier, à la poursuite du meurtrier... De la rue Saint Vincent.

 

Voici - à mon avis - le film qui a vraiment lancé Gabin. Celui de la naissance du mythe, comme on dit. Nous sommes dans un film de Julien Duvivier, alors évidemment, ça doit mal se terminer. Mais qu'importe. Gabin est là, avec sa belle gueule, ses yeux bleus et sa prestance. Il est un légionnaire qui cherche l'apaisement, mais est poursuivi (sinon harcelé, comme on dit de nos jours) par un autre légionnaire, Lucas campé par un Le Vigan magnifique qui nous propose un beau salaud comme il savait si bien les faire. Le troisième larron, pendant de Lucas, c'est l'inénarrable Mulot, que personnifie Aimos, titi parisien jusqu'au bout des ongles. Mulot est l'anti-Lucas : il est franc et amical, sans arrière pensée, ne s'occupant pas des affaires des autres. Par contre, nous ne savons pas pourquoi il est là, si ce n'est pour manger, comme Gilieth. Veut-il échapper à autre chose que la faim ? Imaginons que non, cela nous laissera une idée (encore) meilleure de ce sympathique compagnon.

 

Mais la Légion, c'est un univers masculin rude, où même le commandant (Pierre Renoir) n'est pas un enfant de cœur : au front, une large balafre qui descend sur un monocle noir, souvenir probable d'une campagne sanglante, ainsi qu'un bras dans une gaine de cuir, autre souvenir douloureux. Il est rude, c'est un chef terrible, mais quand il annonce qu'il commandera un détachement qui partira vers la mort, tout le monde se porte volontaire !

Tous les membres de ce bataillon sont des hommes, des vrais. Avec leurs (mauvais) caractères et leurs habitudes : les joueurs de carte effrénés, le râleur forcené (Gaston Modot), etc.

 

Et puis il y a les femmes : la fille de Barcelone qui offre à manger à Gilieth (Viviane Romance), Planche-à-pain (Margo Lion) - nommée ainsi pour son absence de formes - et la (très) belle Aïsha (Annabella). C'est d'elle que vient le répit optimiste qu'on trouve toujours chez Duvivier avant la fin triste. C'est elle qui relance Gilieth vers une vie heureuse, et il y croit dur comme fer, jusqu'au bout, jusqu'à la dernière rafale.

Et la fin triste ne nous surprend malheureusement pas, avec en prime une circonstance aggravante : Lucas survit !

L'année suivante, Duvivier gardera une partie de ceux qui ont joué ici dans son prochain film : La belle Equipe.

 

L'année suivante (encore !), Marie Dubos chante Mon Légionnaire, sur une musique de Marguerite Monnot et des paroles de Raymond Asso.

Coïncidence ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Jean Gabin, #Drame
Pépé le Moko (Julien Duvivier, 1937)

Un homme derrière des barreaux crie le nom de la femme. La femme se bouche les oreilles. C'est de la sirène du bateau qu'elle protège ses oreilles.

L'homme s'effondre. Il est mort.

Pépé (Jean Gabin), c'est le brigand bien aimé. A la Casbah, tout le monde le connaît, l'apprécie, le protège. Même l'inspecteur Slimane (Lucas Gridoux) le ménage. Il le ménage pour mieux l'arrêter. Mais pour cela, il faut que Pépé quitte la Casbah et descende en ville.

Et en ville, il y a la belle Gaby (Mireille Balin). Gaby, ce sera l'arme ultime de Slimane pour se débarrasser de Pépé.

 

Julien Duvivier a fait traversé la Méditerranée à ses personnages. Mais avec eux, il a amené leur désespoir et cela ne les empêchera pas d'être rattrapé par leur destin. Surtout Pépé. Alors on regarde, impuissant, le drame se jouer. Gabin est toujours aussi impressionnant : il frappe, il charme, il chante... Mais il crie aussi, quand Pierrot (Gilbert Gil) est mort, qu'il est ivre et que plus rien n'a d'importance. Il crie comme il savait le faire, quand le désespoir le tenaille. Il y aura d'autres crises, dans d'autres films, mais celle-ci est terrible : c'est un homme seul - même s'il est entouré - qui étouffe dans une ville qui n'est pas la sienne. Pépé, son rêve, c'est de retourner à la civilisation : la Casbah, c'est juste une planque. Lui, ce qu'il veut, c'est Paris et son métro. Alors quand Gaby débarque dans sa vie, c'est une bouffée d'air parisien qui le submerge et remise tous ses soucis. S'il quitte la Casbah, il sera arrêté ? La belle affaire. Cette femme vaut le coup de risquer sa liberté, voire sa vie.

 

Avec Pépé le Moko, Duvivier verse dans l'exotisme. Plus que dans La Bandera où le désert n'était qu'anecdotique. Ici, la Casbah est plus vraie que nature, avec ses ruelles blanches, ses maisons blanches, ses toits blancs, ses marchands ses porteurs d'eau. Et ses femmes. Des femmes de partout : d'Alger, bien sûr, mais d'ailleurs aussi, des Gitanes comme Inès (Line Noro), une ancienne gloire oubliée du music-hall (Fréhel, émouvante, elle-même presque oubliée aussi à cette époque...) qui pleure en chantant un ancien succès, et toutes las autres, anonymes, décrites au début du film dans la présentation de la Casbah.

 

On déambule dans la Casbah comme ces riches touristes à la recherche de sensations fortes, ou complètement groggy, comme Pépé quand il la descend vers son destin (fatal, on est chez Duvivier). Tellement groggy que les rues se mettent à danser et s'effacent pour laisser place à la mer qui accueillera le bateau emportant Gaby.

L'autre force du film, c'est sa distribution. Comme disait Mocky : « Il appartient aux films interprétés par des acteurs qui aujourd’hui n’existent plus, c’est-à-dire les seconds rôles qui pourraient être des premiers rôles. »

Et question seconds rôles, il y a du gratin : Charpin (Régis, le salaud), Dalio (L'Arbi), Saturnin Fabre (Grand-Père), Gabrio (Carlos), Modot et son bilboquet, et j'en passe. Il ne manque que Le Vigan !

 

Enfin, il y a les dialogues. Il y a Duvivier, il y a Jacques Constant, et surtout, il y a Henri Jeanson. Et on se régale, malgré la noirceur du film :

« T'es trop p'tit, mon grand. »

« Avoir l'air d'un faux-jeton à ce point-là, j'te jure que c'est d'la franchise. »

« Inès le matin, Inès le midi, Inès le soir... T'es pas une femme t'es qu'un régime ! »

« J'leur donne mon corps, mais j'garde ma tête. »

« Je te le jure sur la tête de mon père ! - Tu risques pas grand chose, il a été guillotiné. »

 

Après La Bandera, où Gabin jouait le rôle d'un truand en cavale devenu soldat, Duvivier va plus loin avec son mauvais garçon : il aime. Il aime à en crever. Son histoire d'amour (malheureuse) nous touche et nous transporte. On s'identifie. On veut y croire (même si on sait que ce ne sera pas possible.

Et si Pépé meurt, ce n'est pas pour ses crimes comme les truands américains de la même époque (Scarface, L'Ennemi public...), c'est avant tout par amour.

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