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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

king vidor

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #King Vidor, #Marion Davies
Une Gamine charmante (The Patsy - King Vidor, 1928)

Bienvenue chez les Harrington : le père (Dell Henderson), la mère (Marie Dressler), Grace (Jane Winton) la fille aînée, et Patricia (Marion Davies) la fille puînée. Bien qu’elle semble être une famille américaine typique, on peut noter toutefois quelques dysfonctionnements : le chef de famille est une cheffe ; et la fille puînée est constamment dévalorisée par rapport à sa grande sœur, par cette même cheffe. En clair, c’est sur elle que tout retombe toujours (1).

Tony Anderson (Orville Caldwell) est le petit ami de Grace et visite souvent la maison Harrington. Hélas pour elle, Patricia est très amoureuse de ce même Tony, au grand dam de Ma Harrington.

Voici que débarque le séduisant (homme à femmes) Billy Caldwell (Lawrence Gray) : Grace va évidemment tomber sous son charme et laisser alors la place à sa sœur. Mais Tony remarque à peine Patricia. Toutefois, il veut bien l’aider à conquérir l’homme qu’elle aime (lui, donc). Elle doit changer de personnalité.

C’est ce qu’elle va faire… Et elle ne sera pas la seule !

 

Je ne le répéterai jamais assez : on a sous-estimé le talent de Marion Davies ! Encore une fois, dirigé par un poids lourd du cinéma (sa première véritable collaboration avec le formidable King Vidor), elle nous montre toute l’étendue de son talent comique ce qui n’est pas peu dire : il est toujours plus facile de faire pleurer que de faire rire, et Marion Davies savait faire les deux choses. Elle est donc éblouissante d’un bout à l’autre du film, se payant la tête au passage de quelques actrices et non des moindres : Mae Murray, Pola Negri et Lillian Gish ! Cette séquence est d’ailleurs irrésistible : elle va se grimer sommairement pour leur ressembler afin d’attirer l’attention de Caldwell. Irrésistible (encore une fois !).

 

Mais n’oublions pas que si une actrice principale est très bonne, c’est avant tout parce qu’elle est bien entourée. Et c’est bel et bien le cas ici. Outre Dell Henderson qui est un père aimant lui aussi assez irrésistible, il faut souligner (de nombreux traits) la performance de Marie Dressler. Elle est absolument épatante dans ce rôle de femme forte (et forte femme), rabrouant sans cesse sa petite fille, livrant une joute comique formidable. Et dire qu’elle avait failli en finir avec le cinéma – et la vie en même temps ! On peut rendre un bel hommage à Allan Dwan qui lui a proposé ce rôle pour Vidor : non seulement elle est repartie de plus belle dans la carrière, mais en plus, elle nous livre ici une prestation de haute volée, formant un duo phénoménal avec Marion Davies.

 

De plus, Vidor dirige avec beaucoup de brio cette comédie très enlevée, au rythme débridé grâce au superbe travail de montage de Hugh Wynn, (son monteur attitré jusqu’à The Champ en 1931), malheureusement disparu trop tôt (2).

Certes, le film est centré sur Davies – normal, elle produit, ainsi que son bon ami Hearst – mais force est de constater qu’elle réussit – encore une fois – à faire passer de nombreuses émotions et si on devine dès la séquence d’ouverture la résolution de l’intrigue, c’est encore une fois le talent de Marion Davies qui nous transporte constamment, nous faisant presque douter de l’issue heureuse inévitable.

 

Bref, une de ces comédies de transitions à la suite du burlesque et avant le parlant (Le Chanteur de Jazz est sorti depuis 5 mois déjà) qu’il faut absolument (re)découvrir : 88 minutes de bonheur et une Marion Davies incroyable.

Et cette comédie illustre bien le fait que si vous voulez que les gens changent, il vous faut d’abord changer vous-même !

 

  1. The Patsy peut se traduire par « le bouc émissaire ».
  2. En 1936, il n’avait que 38 ans.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Guerre, #King Vidor
Bud's Recruit (King Vidor, 1918)

1917.

Les Etats-Unis viennent d’entrer en guerre et le jeune Bud Gilbert (Wallace Brennan) appelle sa troupe. Après la revue, place à l’assaut… Interrompu par une femme qui n’a pas aimé comment on a traité son fils !

J’oubliais de vous dire : Bud a environ 12 ans et il se désespère de voir son frère Reginald (Robert Gordon) – une poule mouillée – inscrit à une association pacifiste.

Qu’importe, il s’engagera à sa place. Il suffit d’une paire de lunettes (celles de Reginald) et d’une fausse moustache et le tour est joué : au grand dam des pacifistes, et de sa maman, on annonce que Reginald Gilbert va conduire les nouvelles recrues !

 

Si ce film est très anecdotique et appartient à la pléthore de films de propagande, il n’en demeure par moins une date dans la carrière de King Vidor. En effet, il s’agit ici ni plus ni moins que de son premier film de fiction – un court-métrage de 26 minutes – qui en plus commence une série de films autour des scénarios du juge Willis Brown (il en tournera 16).

Certes, l’intrigue est très sommaire mais malgré tout, Vidor  se prête à l’exercice avec plaisir, utilisant les ressorts comiques attendus sans entrer dans le burlesque.

Bien sûr, nous sommes très loin de La grande Parade, mais on y trouve déjà le ton qui fera le succès du réalisateur. Sans oublier la maîtrise technique indispensable pour devenir quelqu’un en 1918.

 

Non, Vidor ne révolutionne pas le cinéma pour ce coup d’essai dans la fiction (1), mais il propose un film plaisant, un tantinet nationaliste (2) et dont la portée n’est pas négligeable à cette période : des jeunes gens se sont enrôlés après avoir vu ce film qui décrit une situation ô combien réaliste et proche des spectateurs.

Et puis c’est aussi une occasion d’apercevoir Mildred Davis (future Mme Lloyd) dans le rôle de la sœur d’Edith (Ruth Hampton), la petite amie de Reginald. Quant à Wallace Brennan, il refera une apparition chez Vidor (pour une autre histoire de Willis Brown)  et arrêtera sa carrière cinématographique. Qu’est-il devenu ? Aucune idée.

 

  1. Ses deux premiers films étaient des documentaires.
  2. Normal, quand il tourne, la campagne de recrutement bat son plein.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor
Billy the Kid (King Vidor, 1930)

 

Troisième film traitant de ce personnage, c’est aussi le premier western de King Vidor, cinéaste plutôt spécialisé dans le drame.

Il s’agit aussi du premier western parlant sur Billy the Kid, en cette année 1930 qui vit tout de même la sortie une quinzaine de jours plus tôt de The big Trail du grand Raoul Walsh. Et je dois avouer que le Billy the Kid de Vidor ne soutient pas longtemps la comparaison avec cet autre western…

 

John W. Tunston (Wyndham Standing) & Angus McSween (Russell Simpson) arrivent à Lincoln, petite localité du Nouveau-Mexique avec leur bétail et leurs possessions, décidés à s’installer dans ce coin de l’Ouest sauvage.

Mais cette bourgade est dirigée par le colonel William P. Donovan (James A. Marcus) qui cumule les fonctions de shérif et juge, ce qui est bien pratique pour diriger une communauté.

Rapidement, un affrontement se met en place, les nouveaux arrivants étant bien s^pur fort désavantagés par la situation.

C’est alors qu’intervient Billy the Kid (Johnny Mack Brown), qui prend la défense de ces paisibles éleveurs, ramenant un équilibre indispensable à la survie de ces derniers.

 

Il est très clair que cette nouvelle adaptation n’a elle non plus pas grand-chose à voir avec le vrai Billy the Kid, et c’est le gouverneur du Nouveau-Mexique de l’époque (1930) qui l’écrit dans une lettre qui est reproduite en introduction du film.

Mais ce gouverneur se garde bien de dresser un portrait réaliste de ce hors-la-loi devenu légendaire, insistant sur le côté justicier de ce personnage.

Que les choses soient bien claires : Billy the Kid n’était pas un personnage très fréquentable, et certainement pas un justicier.

 

Mais qu’importe, nous sommes au cinéma et tout est permis, même de faire passer un brigand pour un type bien (1). Mais ce qui gêne le plus, c’est que Billy s’en sort !

La vérité semble pencher pour le fait que Pat Garrett (ici Wallace Beery) ait tué Billy le 14 juillet 1881.

Ici, pas du tout : Billy s’en va vers une autre vie, comme il le fera chez Howard Hughes une dizaine d’années plus tard.

Puisque je vous dis que tout est possible !

 

Quoi qu’il en soit, ce qui frappe le plus dans ce film, c’est la violence des différentes situations.

Le Code Hays n’étant pas encore en vigueur (il faudra attendre encore quatre ans), nous sommes dans cette ère « pré-Code » où (presque) tout était encore possible d’être montré.

L’assassinat de Tunston est déjà terrible, mais le siège qui va suive le sera tout autant, avec sa résolution quand les assiégés vont être tirés comme des lapins pendant qu’ils essaieront de fuir.

Mais surtout, ce qui pouvait choquer le plus les spectateurs de 1930 (encore que…), c’est le fait que les représentants de la Loi soient les véritables méchants de l’intrigue, véritable retournement des valeurs sociales.

 

Il est bien clair que Vidor n’est pas vraiment à la fête avec ce nouveau genre pour lui qu’est le western. Surtout quand on compare avec les productions contemporaines ou antérieures à ce film : outre Raoul Walsh, John For nous avait déjà gratifié de quelques magnifiques productions (The iron Horse, Three bad Men…), sans oublier The covered Wagon de James Cruze.

Mais on trouve tout de même des éléments bien propres au genre comme les grands espaces et les incontournables échanges de coups de pistolet. Mais ces derniers ne possèdent pas encore ici la maîtrise qu’on retrouve chez les autres : Vidor fait ses armes (c’est le cas de le dire).

Outre les grands espaces, on trouve ici un microcosme intéressant avec des personnages pittoresques comme on peut en trouver chez les autres (Ford en particulier, mais chez Walsh aussi) :

  • nous avons droit à une collection de moustaches tombante auxquelles il ne manque que le jus de tabac où des haricots qui s’y seraient collés. C’est un trio pittoresque composé de Hatfield (Nelson McDowell) et Butterworth (John Beck) dont les conversations, suivies par le Danois Swenson (Karl Dane (2)), sont des plus absurdes, amenant un élément comique qui n’est pas toujours indispensable.
  • Mrs Hatfield (Aggie Herring), véritable femme-maîtresse qui dirige son monde et surtout son mari à la baguette. Le choix d’Aggie Herring dans ce rôle est très pertinent, sa gouaille et son aspect physique renforçant son personnage.

Je terminerai en signalant la présence de deux visage qu’on va être amené à voir dans les productions hollywoodiennes futures : Chris-Pin Martin (Santiago) au regard qui n’est pas sans rappeler celui e Jack Elam, et Roscoe Ates (Old Stuff), qui est déjà un ressort comique.

Mais si Old Stuff est amusant, il n’en demeure pas moins un personnage attachant et en même temps tragique du fait de son sacrifice.

King Vidor fera à nouveau appel à lui dans son film suivant, aux côtés du même Wallace Beery déjà présent ici.

 

  1. Ce ne sera pas la dernière fois…
  2. Karl Dane, du fait de ses origines danoises, ne passa pas le cap du parlant à cause son accent. Ici, il n’intervient que très peu, dans un rôle sur mesure. Dane, ignoré/oublié par les studios se suicidera quatre ans plus tard. [Dane retrouve ici Vidor pour lequel il avait déjà tourné dans le magistral The big Parade.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #King Vidor, #Audrey Hepburn
Guerre et Paix (War and Peace - King Vidor, 1956)

1805-1812 : les Guerres napoléoniennes vues de la Russie éternelle, à travers les yeux de trois « jeunes » gens : Pierre Bezoukhov (Henry Fonda), Andrei Bolkonski (Mel Ferrer) et surtout la belle Natasha Rostov (Audrey Hepburn).

 

Il s’agit ici « seulement » de la deuxième adaptation cinématographique du roman de Tolstoï, la première étant un muet russe de 1915, et à ce jour la seule qui fut tournée à Hollywood (1).

Il faut dire que le roman de Tolstoï est assez conséquent, à en juger par le script original qui comportait cinq cents pages environ.

N’ayant pas (encore) lu ce « pavé », je ne me prononcerai pas sur la fidélité de cette adaptation, et de toute façon, au cinéma, tout est permis…

Même de prendre Henry Fonda pour interpréter Pierre, malgré son âge avancé par rapport à son personnage : Pierre n’a qu’une vingtaine d’années alors que Fonda en a déjà cinquante et un quand le film sort. Il en va de même pour Audrey Hepburn et Mel Ferrer, même si la différence est moins importante.

 

Le film s’inscrit dans une vague de superproductions plus ou moins internationales, de ces grandes fresques au souffle épique, et en cette même année, les spectateurs pourront aussi voir entre autres Les dix Commandements de Cecil B. DeMille (octobre), ou encore Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy (décembre). Et au vu de la distribution, on comprend facilement pourquoi ce film fut classé dans la rubrique films étrangers : la distribution et l’équipe technique comprennent essentiellement des acteurs et techniciens italiens.

 

Autant le dire tout de suite, le film partage avec le roman son ampleur : trois heures vingt qu’on sent passer et qui peuvent rebuter, ou du moins qui n’encouragent pas à le visionner souvent (et si on considère que 3 h 20 représentent 200 minutes...) !
Et je ne parle pas des vingt-cinq minutes supplémentaires qui furent présentées aux spectateurs de l’époque, ces 25 minutes ayant été supprimées pour une exploitation ultérieure à la télévision et en DVD.

Il est clair que le film de Vidor est un véritable pavé lui aussi, et qu’on n’y trouve pas vraiment le souffle épique qu’on aurait espéré y trouver.

Certes, Audrey Hepburn est à chaque apparition un enchantement (la première amène immanquablement le sourire à nos lèvres), mais la surenchère l’emporte sur tout le reste et on frise tout de même l’indigestion, tant cette adaptation est dense et empesée.

 

Même les scènes de batailles n’ont pas l’intensité attendue, l’action s’enlisant aussi profondément que les bottes des soldats pendant la débâcle (2).

On a connu King Vidor beaucoup plus inspiré, et même si le trio de stars en tête d’affiche ne déçoit pas, on se surprend tout de même à bailler.

Et Henry Fonda n’est vraiment plus un jeune premier (3).

 

  1. Enfin presque puisque le film de Woody Allen Love and Death est d’une certaine façon une comédie fortement influencée par l’intrigue de ce roman. De plus, ce film fut considéré comme étranger et concourut dans cette catégorie aux Oscars de 1957.
  2. Qu’elle soit militaire ou résultant de la fonte des neiges.
  3. Il a d’ailleurs reconnu qu’il était un tantinet trop âgé, mais que voulez-vous, il faut bien vivre…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor, #Lillian Gish
Duel au Soleil (Duel in the Sun - King Vidor, 1946)

Crépusculaire.
C’est le mot qui vient tout de suite en tête quand on évoque ce film.

Non pas qu’il soit un ascendant des westerns des années 1960s, mais parce que le Technicolor utilisé nous inonde de rouge enflammés, rappelant sans équivoque Autant en emporte le Vent.

Non, crépusculaire ne qualifie pas ce western, car l’âge d’or vient de commencer, et de magnifiques chefs-d’œuvre vont arriver dans les années qui vont suivre.

 

Avec ce western, Vidor nous offre deux grandes retrouvailles : celle avec Lillian Gish (Mrs Laura Belle McCanles) qu’il avait fait tourner vingt ans plus tôt (La Bohême), et celle de cette même Miss Gish avec Lionel Barrymore (Mr McCanles), qu’elle connut du temps de ses débuts avec Griffith.

Autre rencontre insolite : celle de Lionel Barrymore (encore lui) avec Walter Huston (le père de John), alors que tous deux ont interprété un même personnage. C’était le révérend Davidson, un pasteur à moitié intégriste et qui cachait sa fascination pour la belle et sulfureuse Sadie Thompson, derrière un rigorisme qui tournait à l’obsession.

Et ici, le révérend – « Tueur de péchés » (1) – possède une foi encore une fois un tantinet excessive, la convoitise en moins tout de même.

 

Mais ce film est avant tout une histoire d’amour extraordinaire, qui se résout, comme toujours quand on a affaire à de l’amour fou, dans la mort, exprimée par le titre (2) : un duel au soleil.

Et cet amour s’exprime de différentes sortes, mais avec le même résultat tragique : un gâchis phénoménal, comme dans les grandes tragédies classiques.

Mais à cela s’ajoute la notion de rédemption – que la plupart gagneront – sauf bien sûr Lewt (Gregory Peck), qui est déjà damné quand il apparaît pour la première fois.

Et cette référence religieuse – outre la présence de Huston – est une des bases de l’intrigue : une opposition entre deux fils qui, tels Abel et Caïn, vont s’opposer plus ou moins directement, mais pas pour la préférence de Dieu, mais celle de Pearl (Jennifer Jones).

 

Parce que le moteur de l’intrigue, c’est la très belle Pearl, dont le statut métis est des plus compliqués. En effet, née de mère indienne et de père américain (entendez : « blanc »), elle n’est pas acceptée par le père McCanles, gentilhomme du Sud et donc peu enclin à l’égalité entre les différentes ethnies. A ce propos, on retrouve Butterfly McQueen, dans un rôle de servante – esclave ? – avec encore une fois une intelligence limitée et sa voix de petite fille.

 

Et comme nous sommes dans un western – un vrai – on y retrouve des immenses espaces – malheureusement, il fallut attendre un peu pour le CinemaScope (1953) et donc le format reste 4:3.

Outre les différentes personnages indispensables – le shérif (Charles Dingle), des convoyeurs de bêtes (3), le pasteur (voir plus haut) – on y rencontre avec plaisir Harry Carey (Lem Smoot), transfuge de chez Ford qui interprète un homme bien, même s’il n’est pas du même bord que McCanles Sr.

 

Et puis il y a, omniprésente, la mort. Elle est annoncée dès le début – par Orson Welles (narrateur) – et avant qu’elle frappe les hommes, l’embrasement du ciel au moment du coucher du soleil rappelle cette mort que les Indiens célébraient quand le fils du chef se mourait.

Et cette omniprésente du rouge – le soleil, le ciel, le sang – ne cesse de coller aux différents personnages, et surtout Pearl et Lewt : quand il la rencontre, Jesse (Joseph Cotten), l’autre fils McCanles, l’encourage à se vêtir de couleur. C’est ce qu’elle fera sauf quand elle ira danser, portant alors une robe blanche.

Mais les éclairages de la fête (et des projecteurs, bien évidemment) la pareront de différentes couleurs, avec l’inévitable rouge plus ou moins prémonitoire. Et quand ce n’est pas elle, c’est Lewt, arborant inlassablement son foulard rouge, là encore prémonitoire. J’aurais même pu aller jusqu’à considérer le rouge comme la perte de la virginité de Pearl, mais n’allons pas trop loin. Même si les références sexuelles sont bel et bien là !

 

Reste un western absolument flamboyant, dans la lignée de Gone with the Wind – normal, c’est David O. Selznick qui produit – mais avec une référence à la tragédie classique beaucoup plus marquée.

Et si Vidor a été viré sur la fin du tournage, on n’en assiste pas moins à la deuxième fois qu’il tue Lillian Gish : encore une fois, la maladie qui ressemble à celle de Mimi (voir plus haut), et le lit où elle s’éteint doucement.

Et la mort de Laura Belle annonce celle de Pearl, dont le déroulement aura une grande similitude : elle se hissera vers l’homme qu’elle a aimé pour mourir près de lui.

 

Et alors que cette première mort reste feutrée – elle se passe dans une chambre – celle de Pearl sera beaucoup plus sordide : dans le désert, diminuée par la blessure fatale, le sang et le sable et la terre se mêlant pour un final plutôt laid, loin de cette belle fleur de l’introduction, celle qui était censée symboliser Pearl, fille d’une Indienne et d’un blanc.

 

Superbe.

 

PS : Deux ans plus tard William Dieterle – qui a travaillé sur la fin du film – reprendra un trio de ce film, Jennifer Jones, Joseph Cotten et Lillian Gish dans le magnifique Portrait of Jenny.

 

  1. « Sinkiller »
  2. Pour une fois que le titre d’un western est bien traduit…
  3. Des cowboys, quoi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #King Vidor, #Western
L'Homme qui n'a pas d'étoile (The Man without a star - King Vidor, 1955)

A l’instar de Lucky Luke, Dempsey Rae (Kirk Douglas) est un cow-boy solitaire. Il n’est pas loin de son foyer, puisqu’il a quitté son Texas natal quand les choses ont commencé à s’envenimer : les barbelés ont fait leur apparition.
Alors quand les petits éleveurs, pour contenir l’immense troupeau du Triangle (15.000 têtes), commencent à dresser des clôtures de fil de fer, il se dit qu’il est temps de partir.

Mais si les choses étaient aussi simples, il n’y aurait pas de film…

 

Neuf ans après le flamboyant Duel au Soleil, King Vidor revient au Western dans une histoire qui n’a absolument rien à voir avec la vision romantique qu’on retrouve chez Ford ou Walsh.

Nous sommes dans une histoire de la terre, une histoire – pardonnez-moi l’expression – très terre-à-terre. Et comme le dit Chris (Yul Brynner) dans Les sept Mercenaires : « à la fin, ce sont les paysans qui gagnent. »


Il est évident que ce film a servi à René Goscinny pour l’histoire Des Barbelés sur la prairie. Mais si dans ce livre on s’amuse beaucoup (la recette du café, par exemple), ici, il n’y a pas beaucoup d’occasions de se réjouir. Ou plutôt si. Il y en a. Mais plus le film avance et moins on sourit.

 

L’entame annonce un film initiatique avec un jeune blanc-bec, Jeff (William Campbell), que Dempsey récupère alors qu’il voyage clandestinement. Il le prend sous son aile et lui enseigne les bases de la vie de cow-boy : ne pas descendre de selle sans y être invité et dégainer le plus vite.

Mais si le premier précepte a du mal à entrer, le second devient rapidement (trop, au goût de Dempsey) une seconde nature.

C’est d’ailleurs la séquence où Jeffrey fait montre de son nouveau talent qui est l’une des plus importantes du film.

 

C’est l’aboutissement d’une situation qui dégénère. Et tout ça, comme d’habitude dans les westerns, à cause d’une femme : Reed Bowman (Jeanne Crain). Mais ce n’est pas n’importe quelle femme : elle est belle certes, mais c’est une femme de tête, aussi forte que n’importe quelle héroïne de John Ford. Alors évidemment, elle ne peut que tomber amoureuse de Dempsey, qui est l’archétype de l’homme libre : indépendant, séduisant et dangereux. Cette indépendance est trop importante pour chacun des deux pour qu’ils finissent ensemble. Ils se ressemblent trop.

 

La séquence commence par Dempsey qui débarque au saloon, à nouveau libre et prêt à repartir vers d’autres cieux. Libre, mais tout de même très bien accompagné par Idonee (Claire Trevor). Notons au passage que Claire Trevor joue encore une magnifique prostituée au grand cœur (« une femme bien » dira le shérif). Dempsey est heureux, il va même jusqu’à chanter, et puis Reed arrive, Jeff dégaine plus vite qu’un autre et la tension monte. Et Dempsey, énervé par la situation, la jalousie et l’alcool, a le geste de trop. Il le sait, et il s’en trouve bouleversé. Et Kirk Douglas nous gratifie d’une de ses plus belles prestations cinématographiques : il dégaine, le visage tordu par la colère. Mais réalisant ce qu’il vient de faire, il arrête son geste, regarde son arme, Jeffrey, et très doucement rengaine son arme alors que son visage se décompose progressivement, dans un silence tendu.
Et c’est Idonee, encore elle, qui a la meilleure réplique dans cette situation (vous irez l’écouter). Normal, c’est une prostituée expérimentée : les hommes, ça la connaît.

 

Et puis, comme dans chaque album de Lucky Luke, « l’homme qui n’a pas d’étoile », une fois la situation réglée, repart vers de nouveaux cieux, de nouvelles aventures (de nouvelles femmes ?), mais sans soleil couchant.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #King Vidor, #Lillian Gish
La Bohème (King Vidor, 1926)

Paris, Quartier Latin, hiver 1830.

Les jeunes artistes, en attendant la gloire, crèvent de faim. Mais qu’importe, ils continuent à vivre leur rêve, même si les débuts de mois (loyer à payer) sont difficiles.
C’est le cas de Rodolphe (John Gilbert), jeune dramaturge, qui vit avec Marcel (Gino Corrado), peintre, et d’autres.

Et puis il y a Mimi (Lillian Gish). C’est une petite main, dans tous les sens du terme : elle est brodeuse et essaie de survivre dans un taudis froid, jouxtant celui des artistes.

Le printemps arrive avec les sorties à la campagne, et Mimi et Rodolphe tombent amoureux.

 

La Bohème, c’est surtout la rencontre de deux monstres sacrés du cinéma : Lillian Gish et John Gilbert. Tourné entre La grande Parade et Bardelys le Magnifique, c’est plus qu’une histoire d’amour : c’est celle d’un sacrifice amoureux ultime, interprété de façon magistrale par l’immense et magnifique Lillian Gish. Si John Gilbert est toujours impeccable, la moustache fine et le regard intense, c’est elle qui est la plus grande star du film. Elle y est époustouflante.

Le film est une suite de situations plus émouvantes les unes que les autres.

 

La première, c’est quand les artistes, invités par Musette (Renée Adorée) – une femme légère comme on disait dans ce temps-là – la convient à leur repas, sachant qu’elle meurt de faim elle aussi. Il faut voir le visage de Lillian Gish se décomposer au fur et à mesure qu’ils lui proposent des mets pour se rendre compte de son immense talent. Très émouvant.
La dernière, bien entendu, c’est quand Mimi meurt – eh oui, c’est une tragédie – entourée de ceux qui furent ses amis, près d’un Rodolphe enfin heureux de la retrouver : exsangue, les traits tirés, allongée sur son lit de mort, elle savoure tout de même ces derniers instants comme des instants de bonheur.

 

Encore une fois, Lillian Gish interprète un rôle éprouvant : il faut voir la déchéance de Mimi pour s’en apercevoir : comment elle peine à actionner sa machine dans une fabrique de tissus des bas quartiers est tout bonnement pathétique. Elle n’a ni la condition (elle est atteinte de la tuberculose), ni la force d’effectuer les tâches qui lui incombent Et pourtant, elle les fait. Jusqu’à en mourir.

 

Et Lillian Gish avait préparé cette fin et il n’y eut pas beaucoup recours au maquillage pour cette dernière partie : elle s’alimentait peu et s’entraînait à moins respirer en vue du final. Même King Vidor a eu peur, tellement Mimi paraissait réellement morte.

A l’instar de Lucy (Le Lys brisé, 1919) et Letty (Le Vent, 1928), Mimi fait partie des plus grands rôles de Lillian Gish, qui ont fait d’elle l’une des plus grandes actrices (voire LA plus grande) du cinéma, muet comme parlant.

 

D’une manière générale, on peut dire que King Vidor, avec La Bohème, réussit un magnifique film tragique, rempli d’émotions, parce que servi par une distribution de qualité. Outre les personnes citées, notons la présence de Roy D’Arcy, autre séducteur, mais du côté obscur, la plupart du temps et Karl Dane, autre interprète de La grande Parade, toujours ce grand échalas jovial. Ici, il est le concierge de l’endroit et amène Mimi mourante à Rodolphe. Il est accompagné par Mathilde Comont, plus connue pour son rôle de prince (!) perse dans Le Voleur de Bagdad (Raoul Walsh, 1924).

 

Un film inoubliable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #King Vidor
Bardelys le Magnifique (Bardelys the Magnificent - King Vidor, 1926)

Un pari.
Un pari et une vie bascule.

La vie de Bardelys, celui qu’on appelle Le Magnifique.

Bardelys est beau (« [il] ne séduit pas, [il] envoûte »).

Bardelys est fort.

Bardelys est un homme d’honneur.

Bardelys, c’est John Gilbert. On pourrait même dire que John Gilbert est Bardelys, tellement le rôle lui sied.

 

Avec ce film,  King Vidor retrouve son grand ami Gilbert (après La grande Parade) pour un grand spectacle de cape et d’épées, prouvant qu’il n’existait pas que Douglas Fairbanks dans ce genre de rôle.

En effet, quand Bardelys-Gilbert essaie de sauver sa vie, c’est un festival d’acrobaties et de cabriole que n’aurait pas renié le grand Douglas. Avec en plus des plans à couper le souffle des spectateurs : une caméra, juchée en haut du rideau qui se balance et transporte Bardelys d’un bout à l’autre de la place est tout bonnement formidable.
La photographie joue d’ailleurs un rôle majeur tout au long du film. Dès a première séquence, nous assistons à un panoramique décrivant la propagation d’un sujet de cours, d’une personne à l’autre. Et- de quoi parlent-ils ? De Bardelys, bien entendu.

Il faut dire que sa réputation de magnifique n’est pas usurpée. Son prestige ne s’arrête pas à son physique. Il possède de grandes qualités humaines qui lui permettent même de tenir tête au roi Louis XIII (Arthur Lubin). Et il faut le voir assumer son destin et se diriger vers l’échafaud pour comprendre à quel point c’est un grand homme.

 

Mais, comme toujours dans ce genre de film, on trouve son négatif. Il s’agit ici de Châtellerault (Roy D’Arcy). D’Arcy, spécialiste dans ce genre de rôle, est merveilleux. Il est fourbe à souhait, et surtout un autre séducteur, moins chanceux. C’est de lui que vient le pari qui chamboule tout : Bardelys doit épouser Melle de Levedan (la belle Eleanor Boardman) sous peine de perdre tous ses biens. Ignoble, non ?

 

Mais heureusement (pour nous) nous sommes dans une comédie et il ne peut pas y arriver. Toutefois, cet être fourbe saura, le moment venu, faire preuve d’un minimum d’honneur.

Quoi qu’il en soit, son duel (final) avec Bardelys est magnifique. Châtellerault – méchant identifié et patenté – n’a aucun scrupule dans cet affrontement : il utilise chaque élément e décor contre son adversaire, alors que Bardelys – toujours aussi magnifique – lui permet de reprendre son épée quand elle tombe, montrant (s’il était vraiment besoin de le souligner) sa grandeur.

 

Ce film situé entre La Bohême et La Foule, est une bouffée d’air frais entre deux sujets plutôt grave. On s’amuse beaucoup des aventures de Bardelys, et des quelques personnages comiques qu’on y rencontre (indispensables dans ce genre-là) : que ce soit Saint-Eustache (George K. Arthur) ou Lafosse (John T. Murray), on n’est pas déçu.

Et puis il y a Eleanor Boardman (madame Vidor à la ville), tout en subtilité, et qui ne succombe pas tout de suite au charme de Bardelys (après avoir éconduit Châtellerault). Un beau personnage pour une belle actrice. La scène d’amour lord de la promenade en barque est magnifique, utilisant avec justesse les branches de saule qui pendent. Superbe.

 

Et puis, en regardant (très) bien, on peut apercevoir un jeune débutant : Marion Morrison, plus connu sous le nom de John Wayne…

 

Hélas, il manque quelques séquences...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #English, #King Vidor
The Crowd (King Vidor, 1928)

John (James Murray) and Mary (Eleanor Boardman - Mrs Vidor) are two, faces in the crowd. They meet, they get married, they have children.

A common story. But in the cinema, nothing is common.

 

We are more interested in John. He is a good little boy full of promises. He will become someone important. Unless… Unless his father dies, which happens when he is 12.

Now we switch the figures. John is 21. He lands in New York convinced he is different and will tame this city.
Meanwhile, he works as an accountant in an insurance company. But he studies at night, to become – still – someone important.

One evening, his friend Bert (Bert Roach) invites him to Coney Island with two girls. At first, he refuses but in the end, he accepts. There, he meets Mary. They kiss in the Tunnel of Love. They are soon to get married.

Despite Bert’s pessimism, their marriage lasts. They have two kids.

One day, John has a brilliant idea for an advertisement. He gets 500 dollars. He calls his children to celebrate this great moment. This is when Fate intervenes: their little girl gets run over by a car.

Misfortunes will multiply, and John will have to fight the Crowd of those who did not want to be different.

 

This film by King Vidor is not what we call a joyful film. It is very different from what the MG was offering to the movie audiences. Showing normal people was not a very good marketing product. It was not well accepted to show ordinary people and a sad ending. Therefore, Vidor held on and this ending is one of the nine endings which were shot. This is the least sad ending (the least bad ending?): John does not reach his goal. He will never be someone important. Just a face in the crowd, among many (many, many…) others.

This is why the film is very interesting. We can see a quick romance. Quick, because the whole society demands it. everything goes fast: cars, trains and people going to work. Therefore, people have very little time for themselves, or to build something. The crowd is a huge wave which overwhelms everything. The peak hours are a moment which show this very well. When the clock strikes the end of the day's work, you can see crowds of people rushing to the elevators or the undergrounds alone or as couples.

But John just want one thing: being different. He feels superior to the others. He thinks he has a mission, a great purpose. And this feeling starts irritating the others. He even mocks the poor guys who have to juggle to make (a bit of) a living, advertising for a restaurant. But would he have mock them if he had known that one day, he would have to do the same thing?

As soon as John enters New York, things are different. Vidor picks up a building, the camera travels from bottom to the top, stops in front of a window, and then enters: desks, desks, desks... Hundreds of them! So he goes on, forward, to one desk: John Sim, 137. And he takes this man - a face in this desk crowd - and brings him to the light. We are going to learn everything which makes him a man: his life, his dreams, his wife, his kids, his (step) family... And his misfortunes! [Vidor will recall the emotion of the little girl's death in another movie - Hallelujah - when another child dies.]

Even if this child brings him his misfortune, the other brings him anew hope: he is completely desperate, on the brink of suicide when he realizes that his other child LOVES him. His son wishes to become like him! This was what he needed. Now we know he will get better and better.

But to get better, he will have to accept to be just a member of the society like anyone else, and therefore be just a face in the crowd.

And he accepts it. The story is over. The camera goes backwards revealing us the crowd of people around him, again and again, till he disappears in this overwhelming crowd.

Vidor has put him back where he originally belonged.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #King Vidor, #Drame
La Foule (The Crowd - King Vidor, 1928)

John (James Murray) et Mary (Eleanor Boardman) sont deux anonymes dans la foule. Ils se rencontrent, ils se marient. Ils ont des enfants.

Une histoire banale. Mais au cinéma, rien n'est banal, sinon on n'en ferait pas un film.

 

Ici, nous suivons surtout John. C'est un petit garçon plein de promesses : d'ailleurs, son père fait tout pour qu'il soit un jour quelqu'un. Mais à 12 ans, Sim senior meurt, laissant John orphelin.

On échange les chiffres, et on retrouve John - 21 ans - prend New York d'assaut : il sera quelqu'un.

En attendant, il travaille comme comptable dans une grosse compagnie d'assurances. Mais il travaille le soir, pour gagner son paradis financier !

U n soir, d'ailleurs, Bert (Bert Roach) l'invite à l'accompagner à Coney Island s'amuser avec lui et deux jeunes femmes. John, réticent, accepte. Il fait la connaissance de Mary. Dans le Tunnel de l'Amour, ils s'embrassent : ils vont se marier.

Malgré le pessimisme de l'impayable Bert, leur union tient, et ils ont deux enfants.

Et quand une idée publicitaire est payée à John 500 dollars, c'est l'explosion de joie. Alors on appelle les enfants qui jouent dehors, afin qu'ils profitent de la fête. Mais c'est le moment que le destin attendait : leur petite fille se fait écraser.

Les malheurs vont s'enchaîner et John va se retrouver contre la foule des autres, ceux qui sont rentrés dans le rang.

 

Rien de bien joyeux dans ce film de King Vidor. Et c'est aussi pour ça qu'il se distingue des autres productions de la MGM. Il n'était pas de bon ton de montrer des situations ordinaires avec une fin triste. Mais Vidor s'est accroché. Et si nous voyons cette fin, c'est parce qu'elle fut l'une des neuf proposées. C'est sans doute la moins triste (la moins pire ?). Peut-être, parce que finalement, John n'atteint pas son but : il ne sera pas quelqu'un. Juste un clampin dans la foule, parmi tant d'autres.

Car c'est là que réside tout l'intérêt de ce film. On assiste à la naissance d'une romance rapide. Rapide, parce que la société l'exige : tout va vite : les voitures, les trains, les gens qui vont travailler. Alors on n'a que peu de temps pour soi, pour fonder quelque chose. On est sans cesse happé par cette marée humaine. Il faut voir la débauche pour s'en rendre compte : les gens qui sortent pile à l'heure : pas une seconde de rab. Et ça s'engouffre dans les ascenseurs, et ça s'en va bras dessus, bras dessous, vers son quotidien.

Pourtant, John n'a toujours eu qu'une envie : sortir du lot. Il se sent supérieur. Il se croit investi d'une mission, d'un but formidable. Il en devient même pénible pour son entourage. Il se croit supérieur et se moque du pauvre type obligé de jongler, habillé en clowns alors qu'il fait l'homme sandwich pour un resto-grill. Alors qu'il sera bientôt heureux de pouvoir prendre sa place pour subsister !

Dès que nous entrons dans New York, les choses sérieuses commencent. Vidor choisit un building, nous fait monter le long de la façade vers une fenêtre. Nous entrons : des bureaux à perte de vue. Alors il s'approche (magnifique travelling avant) vers un homme : John Sim, 137. Et cet individu, un nombre parmi tant d'autres, il va le sortir, le mettre en lumière. Il va lui faire vivre toutes ces péripéties, raconter son quotidien : sa rencontre, son mariage, son voyage de noces, sa vie quotidienne, sa belle famille (pas si belle que ça), ses enfants, ses malheurs. [A ce propos, il y a une émotion lors de la mort de la petite fille qu'on retrouvera dans Hallelujah, lors de la mort d'un autre enfant]

Mais si un enfant amène le malheur et la désolation, un autre ramène l'espoir. C'est complètement désespéré, proche du suicide que la révélation se fait : son fils l'aime ! Son fils voudrait être comme lui. C'était tout ce dont il avait besoin. Il va remonter la pente.

Mais pour cela, il devra tout de même rentrer dans le rang. Il devra retrouver sa place dans cette foule qui régit la vie de la société.

Alors il l'accepte. L'histoire est terminée. Et Vidor finit comme il a commencé. La caméra, dans un travelling arrière progressif, s'éloigne de ce couple à l'amour retrouvé, révélant la foule immense autour, jusqu'à le perdre complètement, happé - encore une fois - par la foule.

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