18 ans après Elle et Lui (Love Affair, 1939), Leo McCarey propose une nouvelle version de cette même histoire qui porte le même titre en français mais diffère en VO : après Liaison, voici donc Une Liaison mémorable. (1)
Le séducteur Charles Marnay (Charles Boyer) est remplacé par un autre du même acabit, Nickie Ferrante (Cary Grant) et Deborah Kerr reprend le rôle d’Irene Dunn, Terry McKay.
Pour le reste, c’est exactement la même histoire, celle de ces deux étrangers promis à une vie facile qui se rencontrent, se découvrent et se perdent, du fait du destin, mais se retrouvent tout de même, parce qu’au cinéma, tout est possible, et surtout les belles histoires d’amour.
Parce que c’est encore une fois une très belle histoire d’amour, exactement la même que 18 ans plus tôt. Enfin pas exactement la même. Si on y retrouve les mêmes péripéties, le point de vue va tout de même varier, laissant plus de place à ce qui était indicible, elliptique. Mais ne croyez pas qu’on y perde au change. A nouveau, Leo McCarey mène demain de maître cette histoire extra-ordinaire, avec un duo qui n’a rien à envier au précédent. L’émotion est intacte, et ce malgré une intrigue connue (2).
Et si Cary Grant n’a pas l’aspect play-boy de Boyer, il n’en demeure pas moins extrêmement séduisant de par son allure et son esprit des plus vifs.
Alors pourquoi refaire le même film ? Et bien tout simplement parce qu’il est différent : l’époque a changé et le scénario (de McCarey et Delmer Daves, excusez du peu) s’attache beaucoup plus aux personnages, remplissant quelques blancs de l’intrigue originelle, sans pour autant alourdir le propos. Les deux protagonistes semblent passer plus de temps sur le bateau, décor où va d’ailleurs plus s’épanouir la tendance comique de McCarey : n’oubliez pas qu’il a un passé burlesque très chargé (3). Et si la séquence du restaurant (sur le bateau) était très drôle, elle gagne encore en comique avec ce nouveau duo : il faut dire que Cary Grant a toujours possédé une grande force comique.
Bien sûr, Deborah Kerr a un maintien plus prononcé qu’Irene Dunn, mais elle donne à Terry une retenue différente, réussissant à faire oublier cette dernière sans pour autant l’éclipser : chacune des deux amène un élément à ce personnage qui va le compléter et la rendre à chaque fois inoubliable.
Encore une fois, la séquence avec la grand-mère Janou (Cathleen Nesbitt) est l’élément qui fait basculer l’intrigue. Et si Maria Ouspenskaïa y dégageait une immense douceur, on apprécie une certaine authenticité chez Nesbitt, dont le français impeccable est le plus bel atout (Janou habite Villefranche-sur-Mer). Là encore, chacune possède un élément que l’autre n’a pas, ajoutant un nouvel élément de complémentarité entre les deux films.
Bref, cette nouvelle (?) liaison est un nouveau régal, justifiant ce remake : vous avez d’ailleurs remarqué que je n’ai pas posé de question en préambule comme j’ai (souvent) l’habitude de le faire.
Ruez-vous donc sur ce deuxième opus de l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma et surtout ne cherchez pas plus loin où vous avez déjà vu l’acteur qui interprète le galeriste Courbet (Fortunio Bonanova) : c’est lui qui interprète Matiste, le maître de musique qui essaie désespérément de faire chanter Susan Alexander (Dorothy Comingore) dans Citizen Kane.
- Traductions très littérales.
- Sauf si vous n’avez pas vu le premier film…
- Avec entre autres Laurel & Hardy, là encore, excusez du peu !
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