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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

lillian gish

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Victor Sjöström, #Lillian Gish
La Lettre écarlate (The scarlett Letter - Victor Sjöström, 1926)

Cette « lettre écarlate », c’est un A. Celui de l’adultère. Et c’est Hester Prynne (Lillian Gish) qui le porte, en souvenir de sa faute.

Mais reprenons.

Boston, 1645.

La colonie anglaise se développe progressivement, appliquant à la lettre le règlement puritain, pour le bien de ses habitants. Enfin surtout pour leur bien spirituel. Parce que question physique, c’est autre chose : chaque élément de la vie quotidienne peut devenir un affront à Dieu, comme de laisser chanter un canari le jour du Seigneur.

C’est ce qu’a fait Hester, jeune « puritaine » un tantinet naïve et insouciante. Dénoncée, elle finira au pilori assis (voir photo), avant d’être libérée par le jeune pasteur, Arthur Dimmesdale (Lars Hanson), par ailleurs très apprécié de ses coreligionnaires.

Très vite, la jeune femme obsède le jeune homme, jusqu’à l’irréparable qui lui vaut de porter la lettre susdite, devenant alors la cible de l’opprobre public.

En effet, Hester a déjà été mariée (contre son gré) à Roger Prynne (Henry B. Walthall), qui a disparu.

Mais n’est pas mort…

 

Premier des deux films qu’il a tournés avec le duo Gish-Hanson, cette Lettre écarlate est un film extraordinaire. De par sa qualité technique tout d’abord, mais aussi dans la direction des différents interprètes, confirmant le bon choix de la MGM qui fit venir ce réalisateur (1).

Ce film possède un équilibre formidable à tout point de vue, que ce soit dans l’intrigue, le rythme, ou le ton, on ne se lasse pas de le voir (et le voir, et le voir…). De plus, le duo vedette est magnifiquement apparié, donnant à cette même intrigue une force incontestable. Lillian Gish et Lars Hanson confirment une fois de plus leur immense talent, et surtout, Sjöström (2), par l’intermédiaire d’Hendrik Sartov, filme la belle Lilian admirablement.

Il faut dire que Sartov connaît l’actrice depuis un moment et n’en est pas à sa première production avec elle. Ni avec un second rôle notable ici, Karl Dane. Ce grand acteur (pas seulement pour sa taille) interprète ici le personnage comique de cette intrigue qui ne l’est absolument pas, Giles.

 

Certes, Giles n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, même s’il intervient à de nombreuses reprises, mais il permet quelques pauses qui permettent au spectateur de souffler dans une histoire bien noire. Mais qu’il le veuille ou non, Giles est l’instrument – involontaire – du destin : c’est lui qui va mettre en présence les deux « maris » d’Hester.

Mais il est aussi un autre instrument : celui de la Justice, en quelque sorte, puisque c’est lui qui va châtier la seule personne qui ait de véritables penchants mauvais, Mistress Hibbins (Marcelle Corday).

 

En effet, cette femme est la cause de toute cette tragédie : c’Estelle qui commet la faute originelle : elle dénonce – malgré les protestations du même Giles – Hester au pasteur (et donc au Conseil), les faisant se rencontrer et –malheureusement pour eux – s’aimer.

Parce que ce film est avant tout une histoire d’amour impossible – surtout en 1645 ! – entre deux personnes pourtant faites l’un pour l’autre mais que seule la mort peut réunir. Et en plus, ce n’est pas le cas ici !

 

Donc, pas de happy end cette fois-ci. Qu’importe, les images et surtout Lillian Gish suffisent. Encore une fois, elle irradie l’écran, apparaissant dans un rôle un brin différent. En effet, Hester n’est pas une héroïne issue du monde de Griffith : c’est avant tout une femme, et certainement pas innocente. Mais la grande différence, c’est le fait qu’elle soit une femme et plus une jeune fille. Et sa part d’insouciance, qui pouvait nous faire croire qu’elle avait un rôle habituel, s’efface rapidement au profit de cette femme qui prend ses responsabilités et surtout endosse seule la faute.

Et de toute façon, c’est une tragédie, alors exit Griffith !

 

Au final, c’est un film absolument magnifique et qui, près de 100 ans après, a gardé toute sa force et sa beauté.

Le seul regret que nous pouvons avoir, c’est qu’il ne s’agit pas de la version complète. Il y manque encore un petit peu moins de vingt minutes. Et vingt minutes de Lillian Gish en plus, c’est un trésor inestimable.

Alors je me console en me disant que la première fois que j’ai vu ce film – merci Patrick Brion ! – c’était une version encore plus courte…

 

  1. Malheureusement, les deux films sortis depuis He who gets slapped (1924) sont perdus, nous privant de deux occasions d’admirer son travail…
  2. Que les Américains appelaient alors Seastrom.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King, #Lillian Gish
Romola (Henry King, 1924)

Romola (Lillian Gish) est une jeune femme de Florence qui vit avec son père Bardo Bardi (Bonaventura Ibañez), un érudit au savoir plus que respecté. Elle est courtisée par le jeune artiste Carlo Buccelini (Ronald Colman). Arrive en ville un jeune homme inconnu, Tito «  Naldo » Melema (William Powell), rescapé d’un naufrage, et rempli d’ambitions.

Il fait la connaissance de la jeune Tessa (Dorothy Gish) qui s’amourache de lui. Mais il fait aussi la connaissance de Romola et de son père et voit tout de suite le parti qu’il pourrait en tirer. Surtout que le nouveau gouvernement de la ville lui a proposé d’y participer.

Bien entendu, Melema n’est pas vraiment celui qu’il prétend : Tito pour Romola et les citoyens de Florence et Naldo pour Tessa, une des nombreuses victimes des agissements de ce méchant personnage. Et il y en aura d’autres.

J’oubliais : l’avant-dernière séquence a lieu le 23 mai 1498, lors de l’exécution de Savonarole (Herbert Grimwood).

 

Un an après The white Sister, Henry King reforme son duo vedette Gish-Colman et nous propose une nouvelle intrigue italienne, tournée d’ailleurs à Florence (en partie), et qui se situe donc en fin de XVème siècle, à une époque où tout bouillonnait, les arts comme la politique. Des noms prestigieux sont évoqués dans les intertitres –Vinci, Michel-Ange, Laurent de Médicis – mais c’est tout de même la petite histoire qui nous intéresse ici, celle de Romola bien sûr, mais surtout l’ascension – et la décadence, cela va de soi – de Melema, interprété avec beaucoup de conviction par William Powell. Il n’est pas encore la star qu’il deviendra dans la décennie suivante : il a le mauvais rôle, et il le fait très bien.

Bien sûr, les sœurs Gish sont parfaite, chacune dans son domaine : à Lillian le rôle de jeune femme virginale, remplie de grâce et de vertus ; à Dorothy la fantaisie et l’insouciance, amenant les rares séquences comiques du film.

Le perdant dans l’affaire serait plutôt Ronald Colman qui est beaucoup moins mis en valeur, même si son rôle demeure important. Il est éclipsé par les deux femmes, cela va de soi, mais aussi par la prestation de Powell.

 

Et Henry King déroule, comme il sait le faire, illustrant avec beaucoup de bonheur cette histoire somme toute immorale : alors que Melema se marie avec Romola (et oui, cela arrive !) Tessa s’amuse avec son fils – qui est aussi le sien (1). King est assisté du même Roy F. Overbaugh qui avait signé les images du film précédent et les cadrages ont beaucoup fait pour la renommée du film : Lillian Gish y est magnifique. Comme d’habitude. Malheureusement la copie que j’ai pu visionner n’est pas de très bonne qualité, hélas.

Mais cela n’enlève en rien à la qualité du film qui n’hésite pas à tout nous montrer, la première mouture du Code Hays n’étant pas encore en vigueur : outre cette histoire immorale, la mort (inévitable) de Melema est tout sauf glorieuse et ne nous est pas épargnée.

 

Au final, si Romola ne se hausse pas au niveau de The white Sister, il reste tout de même un film intéressant, interprété avec conviction par des actrices et acteurs de premier plan, sinon des stars absolues, avec en prime une kyrielle de seconds rôles pertinents, recréant avec un certain charme cette époque, sublimée avec le temps (2). Et Savonarole est inoubliable.

 

  1. Vous me suivez ?
  2. Ne vous attendez pas à une reconstitution extraordinaire, nous sommes au cinéma, mais elle fut tout de même supervisée par quelques spécialistes de l’époque comme annoncé en ouverture.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #D.W. Griffith, #Lillian Gish, #Erich von Stroheim
Cœurs du Monde (Hearts of the World - D.W. Griffith, 1918)

Tout commence en 1912, quelque part en France (1). Dans un village deux familles américaines sont voisines. Dans l’une, la Fille (Lillian Gish) qui vit avec ses parents, dans l’autre le Garçon (Robert « Bobby » Harron) avec lui aussi ses parents et trois plus petits frères. Bien entendu, la Fille et le Garçon tombent amoureux et même si la présence d’une jeune musicienne de rue (Dorothy Gish) vient chambouler cette situation (elle tombe sous son charme), les deux amoureux le restent et doivent se marier.

Malheureusement la guerre éclate et le Garçon part combattre. Lors d’une attaque, il est touché et se traîne jusqu’à son village (le front en est proche) et succombe à quelques hectomètres. La Fille le découvre et devient folle.

 

Bien sûr, c’est un film de commande, et donc de propagande : il fallait faire pencher l’opinion publique américaine dans la guerre. Sauf que les Etats-Unis sont entrés dans le conflit pendant le tournage. Qu’importe. Griffith réalise une nouvelle fresque spectaculaire, mettant en scène un nouveau conflit (d’actualité celui-là). Et Griffith retrouve ses réflexes de Naissance d’une Nation, mettant en scène un nouveau conflit (encore plus) meurtrier. D’ailleurs, les intertitres d’introduction font référence au conflit du premier film, accentuant le fait qu’une guerre n’a jamais vraiment réglé les problèmes (2).

 

Mais nous ne sommes pas ici dans un film de dénonciation de ce conflit : au contraire (voir plus haut) ! Et les vues d’ensemble des différents assauts nous montrent que la guerre est belle quand elle est bien filmée. Et surtout quand elle ne concerne que des acteurs qui se relèveront une fois la caméra éteinte. Si l’aspect mortifère de la guerre est bien rendu, à aucun moment il n’est donc dénoncé, les soldats partant gaiement se faire tuer, sans aucun état d’âme. Et les seuls « profiteurs » de guerre qu’on rencontre, ce sont des espions installés dans le village.

Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’il est question de se débarrasser des armées allemandes, antidémocratiques, véritable personnification de la barbarie. Encore une fois, on n’hésite pas à qualifier les soldats allemands de Huns, montrant sans hésitation leur cruauté.

Cette cruauté va même se retrouver sur une affiche du film qui voit la Fille fouettée par un sous-officier allemand (George Nichols) : elle n’arrive pas à soulever un baquet rempli de pommes de terre…

 

Mais cette cruauté n’est pas aussi exacerbée que dans un autre film de cette même année 1918 : The Heart of Humanity, avec cet officier allemand abject interprété par Erich von Stroheim. Ce dernier est déjà bien présent sur le tournage, accumulant les casquettes : acteur – il interprète un officier pleinement prussien avec monocle et rigidité légendaire (3), assistant au réalisateur et conseiller technique.

Et bien sûr, ce sont les sœurs Gish qui sont à l’honneur, chacune dans sa spécialité, véritable double face d’une même pièce : d’un côté Lillian en personnage de tragédie, et Dorothy pour la comédie, élément comique (ce que les anglophones appellent comic relief) indispensable au ton grave du film.

 

Parce que malgré tout, Griffith ne ménage pas ses effets, exposant (presque) crûment les ravages de la guerre (auprès des individus comme des paysages), mêlant habilement les images réelles et celles qu’il tourna sur place ou en Angleterre, intégrant des regards de soldats qui n’ont absolument pas l’air d’acteurs : ce sont de véritables combattants et il se trouvait très certainement parmi eux certains qui ne sont pas revenus du front…

Mais nous sommes au cinéma, et en plus chez Griffith, alors l’histoire d’amour l’emporte sur le reste et nous avons même droit à l’incontournable sauvetage de dernière minute.

Nous avons aussi quelques beaux moments de cinéma, Billy Bitzer, même s’il n’a pas pu aller en France, restant tout de même le cameraman attitré de Griffith : les premières retrouvailles entre la Fille et le Garçon (qu’elle croit mort) pour une improbable nuit de noces est un moment très émouvant, et alors que les plans (très) rapprochés de Lillian Gish s’enchaînent avec plus ou moins de bonheur (4), ici on reste à distance, évitant d’insister sur l’aspect pathétique de la séquence.


Quoi qu’il en soit, l’issue de la guerre est claire pour Griffith : la victoire. Et la dernière séquence qui voit l’armée américaine défiler dans le village libéré (5) ne laisse plus aucun doute possible. Pourtant, il faudra encore attendre quelques mois avant que les combats cessent, et encore plus longtemps pour qu’un accord de paix soit signé. Avec les conséquences que l’on connaît. Mais là, ce n’est plus une autre histoire, c’est carrément l’Histoire !

 

  1. Dans l’Est si j’ai bien compris…
  2. Monsieur Griffith est seul responsable de ses convictions.
  3. Sans le corset qui fera sa légende (La grande Illusion).
  4. A un moment, son (très) beau visage marqué  par la tragédie se rapproche beaucoup trop de la grimace.
  5. Par elle, cela va de soi ! (non, je plaisante, mais on n’en est tout de même pas loin…)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Huston, #Lillian Gish, #Audrey Hepburn
Le Vent de la plaine (The Unforgive, - John Huston, 1960)

Audrey Hepburn (Rachel Zachary), Burt Lancaster (Ben Zachary), Lillian Gish (Mattilda Zachary)… Que du beau monde ! Ajoutez à cela l’un des soldats les plus décorés de la seconde guerre mondiale – Audie Murphy (Cash Zachary) – et vous avez ce qui ressemble à un western dans la mouvance de La Flèche brisée, où les Indiens ne sont pas les vrais méchants de l’histoire.

Enfin ça, c’est l’optique du réalisateur quand commence le tournage.

A la fin, ce qui aurait pu être un plaidoyer contre le racisme (anti-indien) se résume à un banal film d’action. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Huston lui-même.

 

Les Zachary sont éleveurs de bétail. Le père Will a été tué par des Indiens, quelques années plus tôt. Parmi eux vit la belle Rachel, dont les origines sont incertaines puisque le même Will l’a ramenée d’une expédition punitive contre les Kiowas. Est-ce vrai ce que raconte ce vieux fou de Kelsey (Joseph « Dr. No » Wiseman), qu’elle appartenait à la tribu indienne avant d’être ramenée par Will ?

Cette perspective, dans cette contrée reculée des Etats-Unis, divise, et quand les Kiowas viennent réclamer la jeune femme, les choses s’enveniment.

 

Il y a une parenté évidente avec le formidable The Searchers tourné quelques années plus tôt, et c’est tout à fait normal puisque le roman original dont est tiré le scénario a été écrit par le même auteur que pour le film de John Ford. Mais là s’arrête la comparaison, le propos déviant inévitablement sur le conflit manichéen entre Indiens et cow-boys, au grand dam de Huston : la production ne voulait pas d’un western plus moderne

Et comme de bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film…

Attention : je ne dis pas que ce film est un navet, mais on était en droit d’attendre un résultat plus dans la mouvance un tantinet repentante du cinéma américain envers les Indiens. Surtout qu’il y avait tous les ingrédients pour y arriver.

 

Et on sent que Huston a dû composer pour arriver à ce résultat mitigé. La première partie du film expose lentement mais avec précision la situation, jouant sur le rôle de Kelsey, sorte d’être à moitié chimérique, insaisissable et presque volatile, et surtout dangereux pour celle qui connaît la vérité, Mattilda. Mais tant que Kelsey reste insaisissable, les choses suivent leur cours, avec juste ce qu’il faut d’optimisme et d’humour. Mais nous savons bien que les allégations de ce même Kelsey vont porter leurs fruits et que cette sorte de béatitude (innocence ?) ne va pas durer. C’est quand le fils Rawlins (Albert Salmi) est tué après avoir obtenu la main de Rachel que le film, au rythme fort calme, va s’emballer et surtout que la violence va s’installer.

 

Bien sûr, la violence est inévitable dans un western, mais ici, elle prend une dimension particulière parce que chose peu commune dans ces films à cette époque, les deux femmes principales (Mattilda et Rachel) vont y participer, tuant de sang froid les Indiens venus les attaquer. Même Ben, qui jusque là apparaissait comme un homme pacifique et respectueux des Indiens, va devenir un tueur d’Indiens sans pitié, en (presque) totale opposition avec son attitude initiale.

C’est très certainement ce dernier changement qui plombe le propos du film et le détourne de son but original (mais pas partagé).

 

Alors oui, ça devient un banal film de cow-boys, où un bon Indien reste un Indien mort et où ce qui a pu être tenté vers un rapprochement reste une idée passagère, définitivement abandonnée avec l’assaut final.

Dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Le Roman de la Vallée heureuse (A Romance of Happy Valley - D.W. Griffith, 1919)

Dans cette vallée heureuse (1), on trouve un jeune homme – John L. Logan Jr. (Robert « Bobby » Harron) –, une jeune femme – Jennie Timberlake (Lillian Gish) –, leurs familles et tout ce qui compose les petites villes rurales américaines du début du XXème siècle.

Et comme toujours à cette époque et dans les films, la Grande Ville est au cœur des préoccupations : elle attire les jeunes gens qui veulent s’enrichir plus rapidement que par le travail des champs, et elle effraie les aînés qui voient en elle une nouvelle Babylone ou pour reprendre un des intertitres, Sodome et Gomorrhe (2).

Et le jeune John va succomber à la tentation et quitter cette vallée si heureuse pour la grande ville corruptrice, laissant ses parents et sa jeune promise. Pour une année.

Mais il va y rester huit ans.

 

Si l’intrigue est un brin (euphémisme) convenue, c’est avant tout du côté technique qu’il faut se pencher pour apprécier ce film. Oui, le scénario est très simple et on ne peut plus prévisible : il va revenir riche de la grande ville et épouser celle qu’il aime (3).

Et l’intérêt réside essentiellement sur la façon de résoudre cette intrigue.

Comme nous sommes chez le premier grand maître du cinéma et qu’à ses côtés, on trouve l’un des plus grands chefs-opérateurs du moment (et depuis, d’ailleurs), on ne peut qu’apprécier les différentes techniques utilisées tout au long de ce film.

 

On peut lire un peu partout qu’il s’agit ici de l’une des première utilisations du flashback au cinéma, ce çà quoi je réponds que peut-être aux Etats-Unis, mais qu’on trouve déjà cette technique presque vingt ans auparavant chez Ferdinand Zecca dans Histoire d’un Crime.

Mais on ne cite pas assez les différents montages parallèles qu’on peut y trouver, l’utilisation pertinente des gros plans ou encore la mobilité de la caméra. Parce qu’il y a tout ça dans cette romance (4) de quat’ sous. Griffith et Bitzer nous gâtent tout au long de cette histoire qui ne se termine pas par un sauvetage de dernière minute comme on en a l’habitude chez le maître.

 

Et puis la distribution soutient admirablement le film, à commencer par le couple vedette du studio Biograph : Lillian Gish et Robert Harron. Certes, les personnages qu’ils interprètent sont calqués sur ceux qu’on a pu déjà voir dans ceux qu’ils ont interprétés chez Griffith, mais quand on a sous les yeux ces deux grands interprètes, on ne peut que savourer…

Parmi les personnages secondaires, on trouve le grand George Fawcett – ici dans le rôle du père de John – en homme torturé par sa mauvaise fortune, capable de tout (même du meurtre) pour éviter la misère.

Et bien sûr, nous avons droit au séducteur à moustaches, incontournable à cette époque, en la personne de Bertram Grassby, dont la ressemblance – grossière – avec Robert Harron sert la résolution de l’intrigue.

 

PS : on notera aussi la présence d’une autre (jeune) actrice griffithienne en la personne de Carol Dempster, une des filles de la Ville. Mais pas d’infidélité du héros cette fois-ci.

 

  1. Du Sud des Etats-Unis, semble-t-il.
  2. Rien que ça !
  3. Cette dernière assertion n’est pas montrée, mais on la devine aussi facilement que le reste.
  4. Autre traduction plus pertinente du titre original.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Judith de Béthulie (Judith of Bethulia - D.W. Griffith, 1914)

Dernière marche avant de passer au très long métrage, voici Judith de Béthulie, drame biblique de David Wark Griffith, racontant les relations entre Judith (Blanche Sweet) et Holopherne (Henry B. Walthall) jusqu’au meurtre du deuxième par la première.

 

Béthulie est une bourgade de Jérusalem que les armées d’Holopherne – envoyé par Nabuchodonosor (1) – vont assiéger en vue de la piller.

Mais Judith une femme pieuse et révérée à Béthulie va se proposer pour sauver la ville. Non seulement elle va charmer le prince, mais en plus elle va l’enivrer, le rendant inoffensif avant de l’exécuter.

Les Assyriens, sans chef, seront alors vaincus – facilement – par les Hébreux qui rendront grâce à Judith.

 

Quand Judith sort en mars 1914, Griffith n’a pas encore vu Cabiria qui sera projeté deux mois plus tard. Mais on sent tout de même chez lui le besoin de passer à un format plus long, afin de raconter des histoires pus étoffées, de faire vibrer les spectateurs plus longtemps.

Judith, c’est aussi un pari engagé par Griffith avec ses producteurs de la Biograph qui refusaient de sortir du format 2 bobines. Bien sûr, non seulement Griffith va gagner son pari, mais en plus il va quitter la Biograph pour se mettre à son compte et réaliser plus librement. Bref, le studio sera perdant sur tous les tableaux et ne s’en remettra pas.

 

Mais si le format est plus long (72 minutes), la structure reste tout de même assez similaire aux précédentes réalisations du maître. Et surtout, thème biblique ou pas, nous avons droit à un sauvetage de dernière minute, véritable marque de fabrique du réalisateur.

Mais si Griffith va l’emporter avec ce film, il va tout de même perdre une de ses actrices emblématiques de cette période : Blanche Sweet qui s’en va tourner avec DeMille chez Jesse L. Lasky (Paramount). Qu’importe, la relève est assurée par une actrice qui tient ici un petit rôle – une mère qui exhibe son enfant – dans la ville de Béthulie : Lillian Gish.

D’ailleurs, les acteurs principaux de The Birth of a Nation sont déjà là : outre Lillian Gish et Henry B. Walthall, on trouve Mae Marsh (Naomi) et Robert « Bobby » Harron (Nathan, l’amoureux de Naomi).

Bref, tout est en place du grand spectacle, et nous ne sommes pas déçus.

 

Les deux séquences de bataille (la première surtout) sont spectaculaires et montrent bien que Griffith sait diriger les foules, sans arriver toutefois au gigantisme de ses deux immenses films à venir (2). Et le plus impressionnant, c’est le résultat de cet assaut qu’on peut voir quand Judith cherche la force de tuer Holopherne. Encore une fois, la caméra de Billy Bitzer fait des merveilles et les différentes compositions qui nous sont présentées remplissent complètement leur rôle : la mort est partout, que ce soient les soldats sur le champ de bataille, tués autour du puits ou le vieillard qui agonise en donnant sa ration d’eau à Nathan.

Il y a chez Bitzer une propension à trouver le cadrage juste qui se vérifie à chaque fois, donnant une force supplémentaire aux intrigues édifiantes des films de Griffith.

 

Et puis il y  Blanche Sweet qui fait – malgré elle – ses adieux à son mentor (3) en composant une superbe Judith, un tantinet grandiloquente, mais étant chez le maître, rien d’étonnant à cela.

La carrière de Griffith est à un tournant : les (très) longs-métrages vont s’imposer à lui et aux spectateurs qui demandent toujours plus de cinéma. Et si The Birth of a Nation a des côtés insupportables, il n’en va pas de même du suivant, Intolerance, qui consacrera l’art du réalisateur, sans en avoir toutefois le même succès auprès du public.

 

  1. Le célèbre « Nabucco » de Verdi.
  2. The Birth et Intolerance.
  3. Il fut celui de toutes ces actrices qu’on rencontre ici et là à cette période, sauf Mary Pickford, bien sûr.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Dieterle, #Drame, #Lillian Gish
Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie - William Dieterle, 1948)

Superbe.

Il y a dans ce film de Dieterle une volonté esthétique magnifique qui réussit à joindre deux univers opposés sur bien des points : la peinture et le cinéma.

La peinture, c’est un moment figé, une pause dans la vie, qu’elle soit celle de l’artiste ou de son modèle, voire du monde qu’il décrit. Alors que le cinéma c’est avant tout le mouvement, et ce n’est pas une coïncidence si on parle outre-Atlantique de « movie » pour qualifier un film : movie qui vient de move, signifiant bouger.

Et ici, non seulement Dieterle mélange avec bonheur les deux, mais en plus, il rend la peinture vivante, mouvante, et bien sûr émouvante.

 

Jennie Appleton (Jennifer Jones) est une jeune fille que croise Eben Adams (Joseph Cotten) lors d’une de ses promenades, déambulant dans New York à la recherche d’un éventuel acquéreur pour ses différentes productions, plutôt moyennes, sinon minables.

Et quand Jennie paraît, seule, dans ce parc vide, c’est un rayon de soleil qui entre dans sa vie.

C’est elle qu’il peindra, cette jeune fille qui ne casse de vieillir entre chaque nouvelle rencontre jusqu’à devenir la femme dans le portrait.

 

Deux ans après le tournage chaotique de Duel au Soleil, Dieterle retrouve donc Joseph Cotten et Jennifer Jones – ainsi que Lillian Gish, à nouveau une nonne (1) – dans une histoire fantastique mêlant le temps de la narration au temps qui s’écoule, permettant à deux êtres de se retrouver malgré tout, vivant alors une histoire d’amour impossible et donc très belle.

Le temps d’une année (à peu près), Eben Adams va voir Jennie mûrir pendant que lui n’est pas affecté, permettant à Jennie de réaliser un rêve enfantin : qu’il l’attende pendant qu’elle va grandir. C’est d’ailleurs le souhait qu’elle formule en sa présence, tournant trois fois sur elle-même en l’énonçant.

 

Et c’est là que Dieterle arrive au point de jonction de ces deux univers : « le temps est désarticulé » disait Hamlet (2), et l’histoire d’amour entre Jennie et Eben joue des failles temporelles. En effet, quand Eben rencontre Jennie pour la première fois, elle est en 1910, alors que lui-même est déjà plus de vingt ans après. Mais la magie du cinéma peut rendre possible cette rencontre étrange, jouant d’effets de lumière, de fumées, de brouillard.

De plus, chaque séquence est introduite par un effet de maillage sur l’image, retrouvant l’effet d’une image figée sur une toile, passant habilement de cette pose à un décor qui se met en mouvement, incluant ce décor figé dans une réalité, tout du moins celle du peintre.

 

Mais Jennie n’est pas prévisible et entre deux rencontres, il se confie : à son ami Gus O’Toole (David Wayne, rien à voir avec l’autre), mécano et conducteur de taxi, ou encore à Spinney (Ethel Barrymore, la sœur des, parfaite comme toujours). C’est d’ailleurs cette dernière qui supplante Gus, faisant partie du même milieu qu’Eben, l'art, mais en tant qu’acheteuse.

Il y a dans cette relation un écho de celle liant Eben et Jennie. Spinney, vieille demoiselle, donne l’impression de revivre ses amours anciennes, avortées bien évidemment, à travers ce couple original jusqu’à l’incrédulité. Et d’une certaine manière, Eben joue consciemment ou non avec ce regain sentimental inespéré chez Spinney, né d’une remarque, toute simple, sur ses beaux yeux.


C’est donc Spinney qui va accompagner Eben jusqu’au bout de son rêve, mais est-ce vraiment un rêve ?

Toujours est-il que cette fantaisie – dans le sens imagination ou tout autre terme s’y rapportant – va l’amener inévitablement vers Jennie et son destin déjà tout tracé (3). Cette ultime rencontre va encore être introduite par un brouillard dans lequel Eben navigue vers le phare qu’il a peint quelques années plus tôt et qui est primordial dans la vie de Jennie. Ce brouillard aveuglant est rapidement chassé par le vent pendant que le ciel gris est zébré d’éclairs verts, annonçant une séquence en technicolor pendant que le vert va continuer de s’imposer sur l’écran, où l’image répétée du tourbillon (4) qui va se développer, emportant bien sûr Eben et Jennie inévitablement, jusqu’à la fin qui voit le portrait de Jennie, enfin terminé (5).

Et en couleur !

 

 

  1. Cff. The white Sister (Henry King, 1923)
  2. « The time is out of joint » (Hamlet, acte I scène 5)
  3. Grâce au témoignage de Sœur Marie de la Miséricorde (la toujours belle Lillian Gish), témoignage de ce qu’il advint réellement de Jennie, témoignage aussi de l’amour qu’elle portait pour cette jeune fille.
  4. les nuages qui tournent et s’étirent, l’escalier du phare vue d’en haut, vue d’en bas... Cette dernière image n’est d’ailleurs pas sans rappeler le nombre d’or, élément pictural s’il en est.
  5. Il se passe tout de même quelques échanges avant le dernier plan du portrait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor, #Lillian Gish
Duel au Soleil (Duel in the Sun - King Vidor, 1946)

Crépusculaire.
C’est le mot qui vient tout de suite en tête quand on évoque ce film.

Non pas qu’il soit un ascendant des westerns des années 1960s, mais parce que le Technicolor utilisé nous inonde de rouge enflammés, rappelant sans équivoque Autant en emporte le Vent.

Non, crépusculaire ne qualifie pas ce western, car l’âge d’or vient de commencer, et de magnifiques chefs-d’œuvre vont arriver dans les années qui vont suivre.

 

Avec ce western, Vidor nous offre deux grandes retrouvailles : celle avec Lillian Gish (Mrs Laura Belle McCanles) qu’il avait fait tourner vingt ans plus tôt (La Bohême), et celle de cette même Miss Gish avec Lionel Barrymore (Mr McCanles), qu’elle connut du temps de ses débuts avec Griffith.

Autre rencontre insolite : celle de Lionel Barrymore (encore lui) avec Walter Huston (le père de John), alors que tous deux ont interprété un même personnage. C’était le révérend Davidson, un pasteur à moitié intégriste et qui cachait sa fascination pour la belle et sulfureuse Sadie Thompson, derrière un rigorisme qui tournait à l’obsession.

Et ici, le révérend – « Tueur de péchés » (1) – possède une foi encore une fois un tantinet excessive, la convoitise en moins tout de même.

 

Mais ce film est avant tout une histoire d’amour extraordinaire, qui se résout, comme toujours quand on a affaire à de l’amour fou, dans la mort, exprimée par le titre (2) : un duel au soleil.

Et cet amour s’exprime de différentes sortes, mais avec le même résultat tragique : un gâchis phénoménal, comme dans les grandes tragédies classiques.

Mais à cela s’ajoute la notion de rédemption – que la plupart gagneront – sauf bien sûr Lewt (Gregory Peck), qui est déjà damné quand il apparaît pour la première fois.

Et cette référence religieuse – outre la présence de Huston – est une des bases de l’intrigue : une opposition entre deux fils qui, tels Abel et Caïn, vont s’opposer plus ou moins directement, mais pas pour la préférence de Dieu, mais celle de Pearl (Jennifer Jones).

 

Parce que le moteur de l’intrigue, c’est la très belle Pearl, dont le statut métis est des plus compliqués. En effet, née de mère indienne et de père américain (entendez : « blanc »), elle n’est pas acceptée par le père McCanles, gentilhomme du Sud et donc peu enclin à l’égalité entre les différentes ethnies. A ce propos, on retrouve Butterfly McQueen, dans un rôle de servante – esclave ? – avec encore une fois une intelligence limitée et sa voix de petite fille.

 

Et comme nous sommes dans un western – un vrai – on y retrouve des immenses espaces – malheureusement, il fallut attendre un peu pour le CinemaScope (1953) et donc le format reste 4:3.

Outre les différentes personnages indispensables – le shérif (Charles Dingle), des convoyeurs de bêtes (3), le pasteur (voir plus haut) – on y rencontre avec plaisir Harry Carey (Lem Smoot), transfuge de chez Ford qui interprète un homme bien, même s’il n’est pas du même bord que McCanles Sr.

 

Et puis il y a, omniprésente, la mort. Elle est annoncée dès le début – par Orson Welles (narrateur) – et avant qu’elle frappe les hommes, l’embrasement du ciel au moment du coucher du soleil rappelle cette mort que les Indiens célébraient quand le fils du chef se mourait.

Et cette omniprésente du rouge – le soleil, le ciel, le sang – ne cesse de coller aux différents personnages, et surtout Pearl et Lewt : quand il la rencontre, Jesse (Joseph Cotten), l’autre fils McCanles, l’encourage à se vêtir de couleur. C’est ce qu’elle fera sauf quand elle ira danser, portant alors une robe blanche.

Mais les éclairages de la fête (et des projecteurs, bien évidemment) la pareront de différentes couleurs, avec l’inévitable rouge plus ou moins prémonitoire. Et quand ce n’est pas elle, c’est Lewt, arborant inlassablement son foulard rouge, là encore prémonitoire. J’aurais même pu aller jusqu’à considérer le rouge comme la perte de la virginité de Pearl, mais n’allons pas trop loin. Même si les références sexuelles sont bel et bien là !

 

Reste un western absolument flamboyant, dans la lignée de Gone with the Wind – normal, c’est David O. Selznick qui produit – mais avec une référence à la tragédie classique beaucoup plus marquée.

Et si Vidor a été viré sur la fin du tournage, on n’en assiste pas moins à la deuxième fois qu’il tue Lillian Gish : encore une fois, la maladie qui ressemble à celle de Mimi (voir plus haut), et le lit où elle s’éteint doucement.

Et la mort de Laura Belle annonce celle de Pearl, dont le déroulement aura une grande similitude : elle se hissera vers l’homme qu’elle a aimé pour mourir près de lui.

 

Et alors que cette première mort reste feutrée – elle se passe dans une chambre – celle de Pearl sera beaucoup plus sordide : dans le désert, diminuée par la blessure fatale, le sang et le sable et la terre se mêlant pour un final plutôt laid, loin de cette belle fleur de l’introduction, celle qui était censée symboliser Pearl, fille d’une Indienne et d’un blanc.

 

Superbe.

 

PS : Deux ans plus tard William Dieterle – qui a travaillé sur la fin du film – reprendra un trio de ce film, Jennifer Jones, Joseph Cotten et Lillian Gish dans le magnifique Portrait of Jenny.

 

  1. « Sinkiller »
  2. Pour une fois que le titre d’un western est bien traduit…
  3. Des cowboys, quoi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith, #Lillian Gish, #Erich von Stroheim, #Tod Browning
Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

 

 

Après Naissance d’une Nation, Griffith, blessé par les attaques de ceux qui avaient considéré son film raciste (à juste titre, tout de même), décide de montrer à l’Amérique (et donc au monde entier) qu’il est un humaniste, un chantre de la tolérance.

Et son film, à cet égard est une réussite.

D’ailleurs, à tous les égards, ce film est une réussite.

C’est une distribution (réellement !) somptueuse qui interprète ces quatre histoires qui n’en font (presque) qu’une, exemples flagrants de l’intolérance à travers le temps et l’espace.

Ce sont quatre histoires qui nous sont racontées, chacune apportant son lot d’intolérance, de méchanceté, de jalousie et de violence, avec au bout, hélas, la mort.

 

Je ne vous parlerai pas de la structure en miroir du film ce serait trop long (3 heures découpées magistralement), mais sachez que tel est le cas.

La première histoire concerne l’époque moderne, enfin celle de 1915-16, c’est à dire au moment où fut tourné et présenté le film. On y voit une jeune femme (Mae Marsh est ses magnifiques yeux bleus) qui, à la mort de son père épouse un truand repenti (Robert Harron). Ce dernier étant accusé faussement de meurtre, il est emprisonné et des bigotes décident que ola jeune femme ne peut plus décemment s’occuper de son bébé et le lui font donc retirer.


En remontant dans le temps, on s’arrête à la Saint Barthélémy (1572) où les catholiques français ont montré qu’ils n’avaient rien à envier aux intégristes de tout poil et ont massacré (au nom de Dieu, comme d’habitude) tous les protestants qui croisaient leur chemin.

Toujours plus tôt dans l’histoire, on assiste à la passion de Jésus (Howard Gaye), condamné par les Pharisiens, puis les Romains (n’oublions jamais que ce sont eux qui l’ont exécuté, n’en déplaise aux croyances médiévales qui ont encore cours aujourd’hui). Et au repère le plus lointain de l’Histoire, on trouve Babylone dirigée par  Balthazar (Alfred Paget), adepte du culte d’Ishtar, déesse de l’amour, attaqué par le Perse Cyrus (George Siegmann), ce dernier aidé par les prêtres babyloniens du culte de Bel, jaloux d’être déconsidérés.

Pour chaque histoire, une forme d’intolérance amenant ruine et désolation, surtout à Babylone. Et intercalé au milieu de cette fureur, une femme (Lillian Gish) qui balance un berceau, pendant que le monde court à sa perte. Et comme l’a écrit William Ross Wallace :

« For the hand that rocks the craddle is the hand that rules the world. » (La main qui berce l'enfant est la main qui dirige le monde)

 

Mais au-delà de ce film très moraliste où les intolérants (intégristes ?) de tout poil sont fustigés, c’est avant tout un film magistral qu’il nous est donné de voir. C’est un festival de séquences spectaculaires, le summum étant atteint lors de l’assaut des armées de Cyrus contre Babylone. Rarement, à cette date, a-t-on vu tant de déchaînement de violence sur un écran. Le Vol du grand rapide, qui montrait un homme armé tiré sur les spectateurs est une bluette, comparé à ce film gigantesque.

Parce que c’est un film où le gigantisme est absolu : la reconstitution de Babylone est époustouflante. Les combats qui y ont lieu sont alors dans la même teinte : énorme, terrible, affreux…
Ce sont des têtes qu’on coupe, des lances qui transpercent des soldats, des flèches assassines… Une véritable galerie d’horreurs. On retrouvera cette violence dans Le Signe de la Croix, mais ce sera déjà beaucoup plus tard…

 

Autour du réalisateur, on retrouve les fidèles (Billy Bitzer et Karl Brown, ainsi qu’une partie du casting de Naissance) et aussi des noms qui prendront bientôt leur envol (Constance Talmadge, Eugene Pallette, Bessie Love) ou les assistants prestigieux du film précédent (Walsh et Ford ne sont plus là, mais on note la présence de Tod Browning).
Le film est partiellement teinté (comme Naissance) et cela donne une teinte encore plus sanglante aux massacres perpétrés à chaque époque.

 

Encore une fois, le Maître nous reconstitue des événements historiques, utilisant diverses sources reconnues mais avec un souci d’authenticité aussi fouillé que lors de son précédent film.

Et encore une fois, Griffith décrit des situations intolérables passées mais surtout présentes (pour lui) avec la même honnêteté qui le caractérise. Toujours, Griffith croit en ce qu’il filme et ce qu’il raconte. Et si on sait qu’il fut un homme qui attachait beaucoup d’importance à la moralité, il ne peut pas s’empêcher de dénoncer ces femmes pétrie de bigoterie, qui savent mieux que tout le monde ce qui est bon et juste. Il n’hésita pas d’ailleurs à souligner que ces femmes se sont lancées dans leur croisade parce qu’elles n’ont plus la possibilité de séduire.

Tout un programme.

 

Ce sont alors près de trois heures d’un spectacle à couper le souffle, où le gigantisme le dispute à l’édifiant (Griffith, encore une fois nous donne une leçon, cette fois d’humanité) : grandiose.

Et si le succès ne fut pas exactement au rendez-vous, sachez tout de même que ce ne fut pas le flop annoncé. En effet, même si les Etats-Unis se préparaient à la guerre et que l’époque n’était pas obligatoirement aux grands sentiments, le film fut tout de même très bien accueilli, amis, malheureusement mal distribué*.

 

 

* cf. D.W. Griffith, Father of Film – épisode 2 (1993),  par Kevin Brownlow & David Gill.

Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation - D.W. Griffith, 1915)

D’un côté le Nord, abolitionniste.
De l’autre, le Sud esclavagiste.

Pourtant, c’est une seule et même nation.

Les Stoneman et les Cameron en sont un bon exemple : les enfants de ces deux familles sont amis de longue date, malgré leur différence géographique.

Mais quand le conflit éclate, chacun se retrouve dans son camp, luttant pour ses convictions.

 

La Guerre de Sécession, que les Américains appellent à juste titre « Civil War » (guerre civile) est un des thèmes de prédilection d’Hollywood. Mais en 1914, quand Griffith met en chantier ce film, c’est un sujet qui n’est pas encore très usité. Mis à part deux premiers courts métrages du même Griffith, rien de notable.

Mais là où  Griffith révolutionne et popularise le genre, c’est qu’il propose un film de plus de trois heures, enchaînant des reconstitutions historiques et des intrigues multiples avec l’incontournable sauvetage de dernière minute.

C’est absolument époustouflant, une date dans l’histoire du cinéma.

 

Oui mais…

Mais rarement un point de vue aussi tranché et raciste n’a été exposé dans un film. Après une première heure traitant du conflit à proprement parler, Griffith décrit un monde sudiste en décrépitude, exploité par de « méchants Noirs » qui ne désirent qu’une chose : éliminer le Sud blanc pour faire régner une suprématie noire. Ils sont encouragés pour cela par un extrémiste blanc, Austin Stoneman (Ralph Lewis), et conduits par un mulâtre exalté, Sylas Lynch (George Siegmann).
Et d’une façon générale la deuxième partie décrit une population blanche victime des exactions commises par la population noire, sorte de revanche contre ceux qui furent leurs maîtres pendant l’esclavage.

 

Dans la deuxième heure, Griffith nous montre donc une situation qui se détériore pour la population blanche du Sud, amenée par les carpetbaggers (terme péjoratif qui désignaient les profiteurs de guerre pour les Sudistes) du Nord. Cela passe par des élections truquées amenant les Noirs au pouvoir des assemblées d’Etat. Mais ces nouveaux élus nous sont montrés comme des gens frustes et incultes, déjà corrompu par ce nouveau pouvoir.

Mais au-dessus de ces « méchants Noirs » on trouve le personnage de Lynch, un mulâtre, autrement plus mauvais car d’une fourberie incommensurable. L’autre personnage mulâtre, une servante de Stoneman est d’ailleurs elle aussi très fourbe

Cette présentation des ravages créés par cette nouvelle situation intolérable pour les « vrais » Sudistes culmine avec la mort de la Petite Flora (Mae Marsh) qui préfère mourir plutôt que se déshonorer.

 

C’est ce dernier événement qui va amener le fils Cameron (Henry B. Walthall) à créer le Klan une milice qui aspire à retrouver l’ancienne grandeur du Sud.

Mais d’une façon générale, les Sudistes sont montrés par Griffith comme des gens extrêmement vertueux et ayant un grand sens de l’honneur. Le fait que Griffith soit originaire du Sud est le moteur de sa vision manichéenne du conflit. Alors que les spectateurs connaissent très bien le sort des combats en allant voir le film, Griffith traite l »e sujet du point de vue de son Sud. Et l’extraordinaire reconstitution de la seconde bataille de Petersburg  (15-18 juin 1864) est orchestrée avec un point de vue hautement partial.

Dans le sens de lecture du conflit qui nous est offert, le Sud se situe toujours à gauche de l’écran et attaque vers la droite. Or nous avons pour habitude de représenter l’évolution du temps (ou d’autre chose) dans ce même sens. Le Sud en se déplaçant dans le sens gauche-droite prend alors le rôle du progrès, du bon côté, alors que le Nord, marchant dans l’autre sens ne peut qu’être réactionnaire.

 

Autre dichotomie pertinente de cette opposition entre un Sud noble et un Nord ignoble (dans le sens premier du terme, c'est-à-dire contraire de noble) est la reconstitution de la reddition de Lee (Howard Gaye) à Grant (Donald Crisp) à Appomattox.

Les deux hommes sont assis chacun devant un bureau et signent les documents de fin de la Guerre. Mais si Lee garde toujours une posture droite et pleine de dignité, Grant est perçu comme un homme plutôt fruste, fumant le cigare, un sourire narquois aux lèvres. Même lors de la poignée de main qui enterre la guerre, Lee conserve son allure aristocratique et digne, alors que Grant est encore plus désinvolte, son autre main restant dans sa poche, comme un homme sans éducation.

Avec ce film c’est le côté romantique du Sud qui se forme, cet aspect qui sera magnifiquement filmé 25 ans plus tard par Victor Fleming dans Autant en emporte le Vent.

Mais peut-on réellement reprocher cette vision du Sud à un homme qui a grandi avec la honte de la défaite humiliante ?

 

Au-delà de cette vision manichéenne et raciste, on retrouve tout de même quelques moments de grand cinéma, outre la formidable bataille sus mentionnée.

La reconstitution du 14 avril 1865, quand Lincoln (Joseph Henabery) est assassiné par Booth (Raoul Walsh) est superbe, tout comme l’annonce du conflit à travers les petites histoires de la maison Cameron lors de la visite des frères Stoneman (Elmer Clifton & Robert Harron), avec la promesse prémonitoire et funeste de se revoir bientôt.

 

Un petit mot enfin sur la musique qui accompagne le film. Lors de la première, pour la première fois un orchestre accompagna le film donnant une dimension encore plus grande au film (comme s’il en avait besoin), on retrouve  les thèmes chers au Sud (Old Folks at home, Dixie, Maryland my Maryland, etc.) et un emprunt à la Chevauchée de la Walkyrie de Wagner accompagnant les cavaliers du Klan qui s’en vont délivrer le Sud.

Bref tout pour exalter cette nation dans la Nation.


Au bout de trois heures de nos jours, et comme le dit mon cher ami le célèbre professeur Allen John, on est mitigé devant ce film. On loue d’un côté un spectacle extraordinaire qui est proposé, la technique magnifique et un montage toujours bien rythmé, mais on ne peut s’empêcher de condamner l’idéologie véhiculée par ce film : la suprématie blanche du Sud qui si elle ne fit pas revivre le KKK comme on le dit souvent, mais qui n’a rien fait pour l’éliminer et l’a au contraire encouragé, amenant des démonstrations de force dans la décennie qui a suivi*.


Dernier argument du film : il y a Lillian Gish, alors…

 

 

* Voir à ce propos D.W. Griffith, Father of Film – épisode 1,  par Kevin Brownlow & David Gill.

Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation - D.W. Griffith, 1915)

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