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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

luis bunuel

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Luis Buñuel, #Gérard Philipe
La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel, 1959)

Quelle année singulière que 1959 !

Si elle a commencé par l’arrivée au pouvoir des Barbudos de Castro, elle se conclut pour Boris Vian (23 juin) et Gérard Philipe (25 novembre).

Heureusement, il nous reste les livres du premier (et ses chansons, articles, etc.) et les films du second. D’ailleurs 1959 nous apporte une belle moisson de cinéma (North by Northwest, Rio Bravo, Ben Hur…), et même une Nouvelle Vague…

 

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le dernier film de cet acteur mythique qu’était Gérard Philipe, présenté dix jours après son trépas. Et, si Buñuel aurait aimé faire autre chose avec cet immense acteur, il aurait certainement pu faire pire !

L’île de Ojeda est célèbre pour son abbaye et son centre pénitentiaire, dans lequel on envoie sans distinction prisonniers de droits communs et prisonniers politique. Heureusement, pour ces derniers, il y a le secrétaire du gouverneur (et directeur de la prison), Ramòn Vasquez (Gérard Philipe, donc). C’est un idéaliste qui n’est pas toujours en accord avec le gouvernement et tente, à sa façon d’alléger les souffrances de ceux qui sont ici injustement. Quand le gouverneur Vargas (Miguel Angel Ferriz) est abattu par un opposant au régime, Vasquez prend le relais, mais trop peu de temps : arrive Alejandro Gual (Jean Servais) qui compte tout reprendre d’une main de fer, jusqu’à la femme de l’ex-gouverneur, Ines (Maria Felix). Mais cette dernière est aussi la maîtresse de Vasquez…

 

Nous sommes bien loin du Buñuel surréaliste dans cette sombre intrigue politique. Mais malgré cela, le film s’apprécie sans modération, servi par une distribution – essentiellement étrangère certes – mais à la hauteur de l’enjeu. Bien sûr, le rôle convient parfaitement à Philipe, lui-même homme de gauche très engagé et les valeurs portées par son héros lui correspondent totalement. Jusqu’à un certain point : si Philipe défendait des idées généreuses, il ne vivait pas dans une dictature comme c’est le cas de son personnage.

Sa réussite (celle de Ramòn, bien sûr) passe par quelques « coups de canifs » dans son éthique personnelle, indispensable pour se maintenir.

Mais Buñuel et Philipe s’en sortent tout de même avec ce personnage au départ un tantinet équivoque : il déchire le papier (1).

 

Cette intrigue politique est accentuée voire magnifiée par l’histoire d’amour entre Ramòn et Inès, dans laquelle vient s’immiscer Gual. Et Buñuel réussit, avec ce personnage, un méchant de toute beauté, interprété par un Jean Servais au plus haut niveau. Il donne donc raison à Hitchcock et aide, à son tour, à rendre ce film inoubliable : on ne peut que haïr un tel personnage !

De son côté, Maria Felix est superbe, et pas seulement physiquement. Son personnage allie l’humiliation à l’immoralité avec beaucoup de talent, et son regard noir l’est encore plus que le film n’est pas tourné en couleurs !

Même Gual se laisse prendre par son charme, précipitant le film dans la tragédie !

Parce que tout est tragique ici. Non seulement l’amour qui lie Ines et Ramòn, mais aussi le sort des Iliens, jouets aux mains des puissants.

Il ne reste plus grand-chose aux impuissants, que sont les deux amants autant que les prisonniers, et on ne peut que déplorer le gâchis occasionné par la montée de fièvre annoncée par le titre.

 

Décidément, que Gérard Philipe était grand…

 

  1. Il faut avoir vu le film pour comprendre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Luis Buñuel
La Voie lactée (Luis Buñuel, 1969)

Tout commence et finit à Saint-Jacques de Compostelle nommée parce qu’un jour, une étoile a indiquée la plaine (d’où le nom). Enfin c’est ce que dit le film. Et surtout, à une carte médiévale nous montrant les chemins qui y mènent, Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière opposent des routes plus modernes, emplies de voitures toutes plus performantes les unes que les autres (enfin c’est ce que disent les publicités et autres agents commerciaux de l’époque).

Et sur ces routes modernes de Compostelle, on retrouve deux SDF (à l’époque, on disait « clochards »), qui s’en vont eux aussi à Compostelle, mais pas obligatoirement pour les mêmes raisons…

 

« Je suis athée, Dieu merci. » Cette boutade du grand Luis prend tout son sens (encore une fois) dans ce film qu’on peut qualifier de « à sketch » tant lui et son complice (voir ci-dessus) se régalent à nous emmener dans une visite théologique fournie où le maître mot est avant tout l’hérésie. Et l’intertitre final insiste sur cet aspect : ce que nous voyons est avant tout une exposition (1) des différentes hérésies qui ont émaillé la religion catholique en un peu moins de deux mille ans. Et si Buñuel se montrait dans son premier film (Un Chien andalou), il laisse cette fois-ci ce soin à son complice dans une séquence faussement de repentir (enfin surtout pour l’église catholique) qui voit un évêque (Carrière, donc) être réintégré dans la foi. Et qui quitte l’écran accompagné d’une charmante compagnie : deux jeunes (et jolies, ce »la va de soi) femmes…

 

Même si Carrière l’a martelé dans les diverses occasions qui se sont présentées à lui, on ne peut pas voir dans ce film qu’une exposition des différentes hérésies qui ont émaillé cette religion de « tolérance, respect, partage et toute cette sorte de choses (2)…

On retrouve encore une fois l’aspect iconoclaste cher au réalisateur, ainsi que sa propre réflexion sur cette religion qu’il a depuis longtemps désertée. Et ses porte-parole, Pierre (Paul Frankeur) et Jean (Laurent Terzieff) sont les deux faces d’une même pièce : d’un côté Pierre, baigné dans cette religion qui s’y réfère par réflexe, et de l’autre Jean (2) athée convaincu sinon militant qui défie Dieu quand l’occasion se présente (orage).

 

Mais ce film est aussi l’occasion de tout mélanger et de rendre actuel des textes qui ne le sont plus beaucoup (de par leur date d’écriture) : Pierre et Jean vont devenir les témoins de cette foi en dérive, rencontrant des personnages de différentes époques, dont un Jésus (Bernard Verley) aux yeux bleus, différents ecclésiastiques plus ou moins dans le dogme (cf. Armand Maistre), jusqu’à une prostituée qui va réaliser une prophétie initiale, annoncée par un personnage qui sort de nulle par (Alain Cuny). [Qu’est-ce qu’il jouait mal !]

Et ce personnage est, à mon avis le véritable lien (autre que religieux) du cinéma de Buñuel : il apparaît sans crier gare et surtout repart accompagné d’un nain que personne n’a jamais vu (4). Nous sommes dans ce qui fut a base du cinéma de Buñuel, quarante ans plus tôt : le Surréalisme. En effet, qu’on le veuille ou non, cette voie lactée ne » ressemble à rien d’autre qu’à un rêve plus ou moins éveillé que font nos deux singuliers pèlerins.

 

Le reste n’est que théologie et autre supputation philosophique. Et come Buñuel était athée… (5)

 

  1. Plus effective qu’une condamnation : chacun peut se faire son idée.
  2. Je vais encore me faire des amis, tiens…
  3. Ne croyez pas que les noms sont aléatoires : entre Pierre, chef historique de l’Eglise (Matthieu, 16:18) et Jean, évangéliste patenté qui a vécu avec Jésus, on est bien servi…
  4. Et dont on ne verra le visage.
  5. Dieu merci !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Surréalisme, #Luis Buñuel, #Salvador Dali
Un Chien andalou (Luis Buñuel, 1929)

« Il était une fois... »

Un homme (Luis Buñuel) regarde la lune : elle est traversé par un fin nuage.

L'homme coupe l'œil de la jeune femme (Simone Mareuil) avec un rasoir qu'il a préalablement affuté.

Une substance gélatineuse, visqueuse et translucide s'échappe de l'œil.


La séquence d'ouverture du film est très choquante. Il est clair que les auteurs (Luis Buñuel et Salvador Dali) voulaient interpeller le spectateur. C'est réussi. Cette vision persiste une fois le film terminé. Il s'agit de l'une des ouvertures les plus célèbres du cinéma. C'est aussi la première des deux collaborations de Buñuel et Dali, qui firent leurs études ensemble (avec Federico Garcia-Lorca). Mais il s'agit avant tout du premier film estampillé surréaliste.

Puisque le surréalisme puise - entre autre - son inspiration dans le rêve, Dali et Buñuel nous offrent un rêve, où l'amour et la mort se côtoient. Et aucun chien, d'Andalousie ou d'ailleurs...

Il est difficile de raconter le « scénario de Louis Bunuel et Salvador Dali » (comme l'annonce le générique) : il n'y a pas à proprement parler d'intrigue. Ce sont des scènes qui s'enchaînent avec plus ou moins de lien, entrecoupées de cinq intertitres ajoutant de la confusion : « Il était une fois » ; « Huit ans après. » ; « Vers trois heures du matin... » ; « seize ans avant. » ; « au printemps. »

Mais ces intertitres ne veulent rien dire. Ce sont de fausses transitions. « Seize ans avant. », par exemple, est intercalé dans une scène qui se poursuit une fois le carton disparu.

Mais dans ce fatras d'image, on entraperçoit les thèmes qui fleuriront dans les film de Buñuel :

- L'amour : la relation tumultueuse entre cette femme et l'homme (Pierre Batcheff), avec illustration des désirs charnels de l'homme ;

- La mort : un homme meurt dans un coin de  campagne, il est emmené par d'autres promeneurs, cortège funèbre d'un inconnu ;

- Les ecclésiastiques : ils sont attachés à la corde qui tire les pianos, ce sont tout d'abord Salvador Dali et Jaume Miravitlles, puis Dali est remplacé par Marval.

Les transitions d'une image à l'autre se font par l'utilisation de fondus ou de surimpression, voire des retouches d'images (le visage de l'homme sans bouche) ou des incrustations (des poils sur cette même bouche).

Et puis aussi les fourmis de Dali qui agrémentèrent nombre de ses tableaux, qu'on retrouve ici sortant de la main trouée de l'homme.

Il s'agit d'un film très dérangeant. Ce sont des images brutes, sans aucun recul. On prend ce film comme un coup de poing dans la figure et on reste subjugué, se demandant comment cela va finir.

Parce que - bien entendu - ça se finit. Bien ou mal, c'est une question de point de vue, mais certainement pas celui des auteurs. Il ne faut chercher aucune signification, seulement regarder et apprécier (ou non).

Pas étonnant que ce film ait été interdit pendant cinquante ans.

 

C'est une suite d'images choc de seize minutes.

Pas une de plus.

Heureusement.

 

 

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