Ils sont deux, coincés au sommet d’une sierra : « Kid » Rio (Marlon Brando) et Dad Longworth (Karl « Big Nose » Malden). L’un des deux doit trouver une nouvelle monture pour permettre aux eux de fuir. C’est Dad qui gagne le tirage au sort. Il laisse donc son Kid et descend l’autre versant. Il trouve des chevaux, mais l’appât du gain est trop fort : il abandonne Kid à on sort et part avec le butin dérobé à la banque.
Cinq ans plus tard, Kid Rio arrive à Monterey, accompagné de Chico Modesto (Larry Duran), avec qui il s’est enfui du pénitencier.
A Monterey, il y a aussi une belle banque.
Mais surtout, il y a un shérif : Dad Longworth…
Chaotique.
C’est ainsi qu’on pourrait qualifier le seul film réalisé par Marlon Brando. Chaotique dans sa conception, et aussi dans son exploitation : un four. Donc, tous les ingrédients sont réunis pour en faire un film maudit, et par conséquent culte.
C’est le cas. Et quel film ! Absolument magnifique, et surtout inoubliable. Bien entendu, Marlon Brando est phénoménal. Comme d’habitude. Mais pas seulement lui. Karl Malden, qu’il retrouve à nouveau, est lui aussi à la hauteur de l’événement, tout comme la belle Katy Jurado (Maria Longworth), et bien entendu Pina Pellicer (Louisa). Sans oublier Slim « Hollis Wood » Pickens (Lon Dedrick), personnage d’une veulerie rare. Par contre j’allais oublier un vétéran du genre : Ben Johnson (Bob Amory), à contre emploi de ce qu’il avait l’habitude de faire chez John Ford.
Bref, c’est un western crépusculaire de toute beauté, donnant à Brando une occasion de se distinguer autrement : malheureusement pour lui – et donc pour nous – il ne renouvellera pas l’expérience…
Brando tourne ici avec les codes du western – grands espaces, duel aux revolvers, vengeance (etc.) – mais dans une optique qui sera très vite reprise par certains réalisateurs italiens dans les années qui vont suivre : si Brando reste Brando et conserve son charme légendaire, certains protagonistes n’ont pas la même chance. C’est donc le cas de Ben Johnson qui troque sa belle gueule aux yeux bleus pour un visage négligé, voire hirsute qu’on n’attendait pas. Et de manière générale, les personnages du film ne sont pas à proprement parler « beaux ».
Et surtout, d’un point de vue moral, on s’éloigne du manichéisme ambiant, voire on inverse les rôles. Kid Rio est le préféré du spectateur alors qu’il n’est rien d’autre qu’un pilleur de banques. Et celui qui représente la loi, Longworth, recueille beaucoup moins les faveurs du public : il faut dire que nous savons ce qu’il a fait, et ce manquement à l’honneur ne nous permet pas de le considérer comme un « gentil ».
Et puisqu’on en est aux caractères, outre Dad, deux autres « méchants » se démarquent : Bob Amory (sa moralité est du même niveau que son apparence, et en plus il tue de sang-froid) et l’adjoint Dedrick. Ce dernier est certainement celui qu’on a le plus de plaisir à détester – preuve d’une certaine réussite du personnage (1).
De plus, Kid Rio s’en sort alors qu’il est un criminel patenté ! Mais n’oublions pas que Brando ne pouvait pas interpréter un vrai méchant, alors si Rio s’en sort, ce n’est pas grave.
Au final, c’est un joli coup d’essai que réalise ici Brando, donnant à son western des teintes crépusculaires magnifiquement servies par les prises de vue de Charles Lang. De plus, avoir situé l’intrigue à Monterey nous permet d’admirer l’Océan Pacifique dans toute sa plénitude : les plans proposés sont superbes, et en parfaite adéquation avec le film. Et surtout, il est rare de voir la mer dans un western !
Et je ne résiste pas à en rajouter un peu :
Il y a une dimension freudienne dans le film – merci à Dave Kehr de l’avoir relevée – entre Dad (« papa », donc, en bon français), et son gamin (« Kid »). Et cette relation aboutit inévitablement à la mort du père qui permet au fils de grandir. Sauf que là, la mort est physique, et surtout Rio n’est pas son fils !
- Et donc du film !
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