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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

marlon brando

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Biopic, #Drame historique, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Viva Zapata! (Elia Kazan, 1952)

Emiliano Zapata (Marlon Brando) fait partie d’une délégation venue voir le président Porfirio Diaz (Fay Roop), à propos de terres arables confisquées par de riches propriétaires. La réponse du président ne lui convenant pas, il lui réponde : Diaz entoure son nom.

A partir de ce jour, Zapata va s’opposer à un pouvoir qui se dit démocratique mais qui ne représente véritablement personne, favorisant le statu quo en défaveur des paysans.

A un moment donné, il va falloir l’abattre.

 

Kazan, Steinbeck & Brando : l’affiche est alléchante et, heureusement pour nous, tient largement ses promesses. Brando est un Zapata qu’on a envie de suivre, et Steinbeck nous sert un scénario aux petits oignons. Par contre, Kazan, s’il réalise avec brio ce biopic, il n’en va pas de même pour les conditions de tournage : persuadé que la rivalité entre Emiliano et son frère Eufemio (Anthony Quinn, lui aussi formidable !) est un des ressorts du film, il est allé jusqu’à entretenir une rivalité entre les deux acteurs pendant toute la période du tournage, sans pour autant révéler ses intentions aux deux intéressés une fois que tout était terminé ! Non, Kazan, malgré son talent, n’était pas toujours une personne recommandable…

 

Quoi qu’il en soit, nous suivons avec beaucoup d’intérêt l’ascension de ce petit paysan analphabète dont la seule ambition est de récupérer sa terre, la faire fructifier et avoir des enfants avec la belle Josefa (Jean Peters). Et on retrouve la fibre sociale de Steinbeck dans ce personnage qui est un autre Tom Joad. C’est avant tout une justice sociale qui l’habite et même quand il parvient au fait du pouvoir, il ne songe qu’à une chose : rendre la terre à ceux à qui elle appartient et qui sont les mieux à même de la faire fructifier.

Et cette séquence est certainement la plus forte du film, amenant l’opposition frontale entre les deux frères (voir plus haut) : il y a un choix cornélien qui se pose au leader agrariste entre son combat et son frère.

 

Bien entendu, Brando est phénoménal (quand ne l’est-il pas ?), mais la distribution autour de lui est à la hauteur de l’enjeu : Quinn est encore une fois merveilleux et on remarque aussi quelques visages qui vont faire parler d’eux. Je pense à Henry Silva (Hernandez), qui n’est pas encore passé du côté obscur (il n’a que 26 ans !), dont le personnage se retrouve dans la même situation face à Zapata que ce dernier face à Diaz (encore la séquence primordiale, voir ci-dessus).

Et je pense aussi à Joseph Wiseman (Fernando), qui a un rôle véritablement important et interprète ici une espèce de méchant (il y en a plusieurs dans le film : n’oublions pas la recommandation de Hitchcock !) assez subtile, puisqu’il scelle le destin de Zapata, après l’avoir soutenu et suivi. Dix ans plus tard, Wiseman interprètera l’un des méchants les plus emblématiques du cinéma : le redoutable Docteur No.

 

Alors laissez-vous emporter par cette fresque qui se situe (presque) exactement entre deux autres incontournables de la Révolution mexicaine : Viva Villa ! (1934) et Duck, you Sucker ! (1971). Tout y est et même si la moustache du beau Marlon n’est pas aussi fournie que celle de son modèle, on notera certaines ressemblances avec les véritables protagonistes de cette période, en particulier Frank Silvera qui est presque une copie conforme du général Huerta.

Et puis Brando est tellement magnifique…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Fred Zinnemann, #Marlon Brando
C'étaient des Hommes (The Men - Fred Zinnemann, 1950)

Ces Hommes, du titre (original ou non), sont ceux qui sont revenus d’Europe, dans la première moitié des années 1940, entiers, mais pas tant que ça : tout comme Ken Wilocek (Marlon Brando), ils sont revenus paraplégiques. Et bien sûr sans véritable espoir de remarcher un jour.

Ken Wilocek était en Allemagne quand c’est arrivé : une balle dans le dos a réduit tous ses espoirs à néant. Maintenant, il végète dans un hôpital militaire tenu par le singulier Dr. Brock (Everett Sloane), refusant toute visite. Et comme il est orphelin, il n’y a qu’une visite qu’il refuse : celle d’Ellen (Teresa Wright), qu’il devait épouser.

Mais ça, c’était avant. Avant la guerre et ses conséquences.

 

Une étoile est née.

Avec ce premier film, c’est la révélation ! Marlon Brando, malgré l’échec retentissant du film, est en route pour devenir l’un des plus grands acteurs du cinéma américain. Il faut dire que son interprétation de Ken Wilocek ne laisse pas indifférent. Il est ce vétéran désespéré, appelé à un brillant futur et qui est abattu dans la fleur de son âge, comme ils disent. ET Brando s’en sort à merveille, donnant une interprétation très juste et surtout une superbe performance, réussissant à éviter une quelconque dérive pathétique voire larmoyante qui aurait pu gagner le film.  Parce qu’à aucun moment, il est fait appel à la pitié du spectateur. Certes, leurs conditions de vie ne sont pas faciles, et surtout leur état d’esprit.

 

Parce que quand le film sort, la place du handicap dans la société (‘américaine ou autre) n’est pas vraiment acceptée : il suffit de voir le changement d’atmosphère dans le restaurant où se rendent Ken et Ellen pour s’en rendre compte : tous les regards sont braqués sur eux, mélange de honte, de pitié et de dégoût que Ken ne peut pas supporter. Et cette atmosphère gênante est accentuée par la chanson qui accompagne la séquence dans laquelle la chanteuse déclare « les hommes comme toi rendent ma vie utile » (1) : on ne peut qu’associer ces paroles à la situation d’Ellen face à cette nouvelle vie qui s’ouvre à elle.

Ouvrir est peut-être un bien grand mot tant les difficultés à venir vont s’amonceler.

 

En effet, outre le regard des autres, Ellen doit en plus affronter celui de ses parents qui, sous des dehors affables et presque heureux qu’elle se marie avec Ken, sont eux-mêmes désespérés de cette union qui en devient, à leurs yeux, contre nature ! Comme si le handicap était contagieux. Et l’adaptation française du titre du film (2) va dans le même sens : l’utilisation du passé dans le titre va à l’encontre du propos du film : alors qu’on encourage Ken à essayer de mener une vie presque normale, le traducteur rabaisse les gens dont on parle, les traitant (presque) comme des sous-hommes.

En effet, l’intertitre d’introduction est sans équivoque : ces hommes le sont à plus d’un titre (des hommes), se battant une deuxième fois pour leur vie. La première, ce fut avec des armes, à la guerre. La seconde, c’est sans armes, mais avec le même engagement (indispensable). Et si ces hommes sont diminués par leur handicap, ils n’en demeurent pas moins des hommes, avec les mêmes envies, et les mêmes besoins, et les mêmes défauts (3).

 

Et Zinneman filme avec beaucoup de précisions le sort de ces hommes qui se battent pour leur propre dignité, avec leurs joies et leurs découragements, accrochés à un espoir si infime qu’ils n’en parlent presque jamais, celui de remarcher. Et on notera aussi la prestation d’Everett Sloane dans le rôle de ce docteur des invalides. Il y a chez lui un grand professionnalisme qui le fait s’adresser à chacun toujours de la bonne façon, sachant encourager ou réprimander selon l’attitude du malade. Mais il y a aussi du découragement chez lui, surtout quand l’un de ses patients succombe, malgré les soins. Et cela se traduit par un éclat qui malgré tout se comprend : tout comme ses pensionnaires, il est humain, et donc faillible.

Et puis il y a Ellen. C’est un rôle difficile que Teresa Wright interprète avec elle aussi beaucoup de justesse, là encore sans tomber dans l’excès : c’est une jeune femme forte qui va se dresser contre ses parents qui voient d’un mauvais œil donc cette union, mais aussi contre cette société qui ne donne pas (encore) leur place aux handicapés. Et là, ce sont des mutilés de guerre, donc plus acceptés que ceux qui sont nés ainsi et qu’on cache (4).

 

Ce film était une formidable occasion pour leur donner cette place légitime. Malheureusement, entre la fin du tournage et la sortie du film, un peu plus de trois semaines avant (le 25 juin 1950) commençait la Guerre de Corée. La situation avait changé. Le film resta deux semaines à l’affiche et fut retiré. Pas question de montrer des mutilés/handicapés de guerre alors que des jeunes gens partaient se battre pour leur pays (encore une fois !).

Reste un film fort, plus de soixante-dix ans après sa sortie, où Zinneman montrait un rare talent : faire un film de guerre sans la guerre (ou presque) : il recommencera avec Tant qu’il y aura des Hommes où la Guerre a proprement parler ne s’invitera qu’à la toute fin du film, presque de façon anecdotique…

 

  1. “Men like you make my life worthwhile”
  2. Traduction = trahison, je le répète assez ici !
  3. Alcool, violence… Rien ne leur est épargné ou inconnu.
  4. Surtout les trisomiques.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #John Huston, #Marlon Brando
Reflets dans un Œil d'or (Reflections in a golden Eye - John Huston, 1967)

« Il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis. » (Carson McCullers)

Cette phrase qui ouvre (et ferme) le film annonce bien sûr la résolution : il y aura un mort avant la fin. Reste à savoir qui. On en a bien une idée, mais il faudra attendre le dernier moment pour qu’elle soit – ou non – confirmée.

Sur une base militaire du Sud des Etats-Unis, le major Penderton (Marlon Brando) et son épouse Leonora (Liz Taylor) vivent une vie tranquille à l’écart des soldats. Lui, homosexuel inassumé apprécie le contact viril de ses hommes, même si on ressent comme une dose de sadisme quand il les reprend.
Elle, insatisfaite, trouve du plaisir auprès de son voisin Langdon (Brian Keith) avec qui elle fait de longues chevauchées dans la campagne environnante (et pas que).

Et à observer tout ce petit monde, le soldat Williams (Robert Forster), attiré par Leonora, attirant pour Penderton.

 

La phrase initiale est donc le moteur de cette intrigue particulière où les apparences sont évidemment trompeuses. Personne n’est normal dans cette histoire : entre la sexualité refoulée de Penderton et celle totalement épanouie (et adultère) de sa femme, les visions de celle de Langdon (Julie Harris) et leur serviteur ambigu Anacleto (Zorro David), un sentiment de malaise se met à sourdre et à augmenter au fur et à mesure que l’intrigue se développe et que le meurtre annoncé approche.

Et Huston, par l’intermédiaire de la caméra d’Aldo Tonti (et celle d’Oswald Morris) va se positionner au plus près de cette folie, et surtout de ce qui devrait mieux la figurer : l’œil.

 

Les yeux sont primordiaux tout au long de cette histoire plutôt sordide, étouffante comme la période qui annonce l’orage : cet orage va d’ailleurs éclater, accentuant le paroxysme de la folie finale.

Ce sont les yeux de Williams surtout que nous suivons, témoin dans l’ombre des rapports ambigus entre Penderton et sa femme.

Mais ce sont aussi ceux d’Alice (Julie Harris est magnifique dans ce rôle), hallucinés (les yeux) ou hallucinée (elle-même), qui se demande si Williams est vraiment là, à regarder ou pénétrer chez les Penderton.

 

C’est d’ailleurs Alice le personnage le plus complexe de cette histoire. C’est la folle de service, l’hallucinée que son mari doit supporter – surtout après la mort de leur petite fille renversée par une voiture – et qu’il fuit dans les bras de Leonora. Mais Alice, malgré cela et surtout les apparences – quand elle annonce à Penderton que sa femme le trompe avec son mari – est peut-être le personnage le plus sain de l’intrigue : perdue dans son chagrin entretenu par Anacleto (récit du rêve), elle voit ce qu’il se passe réellement mais comme tout le reste est fou, ses visions deviennent – pour elle-même – une nouvelle preuve de sa folie apparente.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, le meurtre annoncé va faire sombrer le film définitivement dans la folie, illustrée par les derniers cadrages allant du meurtrier à la victime et au témoin (1) et revenant vers l’un ou l’autre jusqu’au fondu au noir final.

A nouveau Huston s’intéresse à un microcosme de personnages singuliers, six ans après Les Désaxés (2) qui montrait des inadaptés au monde moderne. Ici, les personnages semblent adaptés à leur monde, mais c’est leur esprit qui est détraqué, ou peut-on dire, désaxé.

 

  1. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous dire qui a tué qui. Ce n’est pas une enquête policière, mais on peut laisser une part de mystère.
  2. C’est Montgomery Clift qui aurait dû interpréter Penderton. Il mourut peu avant le tournage. Et puisqu’on en est aux morts : Carson McCullers décéda moins de deux semaines avant la première.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Arthur Penn, #Robert Redford, #Marlon Brando
La Poursuite impitoyable (The Chase - Arthur Penn, 1966)

Une petite ville du Texas, au milieu des années 1960…

C’est samedi et tout le monde attend avec impatience le soir pour se délivrer d’une semaine de travail à travers diverses fêtes et autres beuveries hebdomadaires.

Parmi eux, le jeune Jake Rogers (James Fox), fils de Val (E.G. Marshall), le magnat local, qui va retrouver la belle Anna Reeves (Jane Fonda), seule depuis que son mari Bubber (Robert Redford) est en prison.

Mais ce samedi, c’est le jour qu’a choisi (?) le même Bubber pour s’évader avec un complice meurtrier. Mais Bubber n’est pas si bête, il veut atteindre le Mexique. Sauf qu’il se trompe de train : il saute en marche, pas bien loin de chez lui.

Alors, à défaut de Mexique…

 

Si le titre français est plus explicite que l’original (1), il n’en demeure pas moins un brin réducteur. En effet, si poursuite il y a, elle n’est pas le seul élément de ce film coup de poing, reflet d’une époque autant que sa dénonciation, reprenant certains aspects très américains dont certains empruntés au western.

Nous sommes en 1966 quand sort le film sort, en pleine lutte pour les droits civiques et surtout la fin de la ségrégation dans le Sud. Et le film y fait référence à travers les propos de ceux qui en sont les chantres, surtout dans cette petite ville alcoolisée ce samedi soir. On y retrouve même des attitudes ouvertement racistes héritées du passé esclavagiste (nous sommes dans le Sud, ne l’oublions pas) :

  • le jeune homme qui se promène et qu’on prend pour Bubber (2) ;
  • le personnage de Lester Johnson (Joel Fluellen) – noir lui aussi – qui veut aider Bubber et Anna : il est surpris chez cette dernière et si le shérif Calder n’intervenait pas, il serait tué sur place.

 

Et cette « poursuite impitoyable » va mettre du temps à le devenir, Arthur Penn prenant son temps pour bien installer son décor et ses personnages : non seulement l’alcoolisme est l’activité première de tous ces « bons citoyens », mais à cela s’ajoute une propension à l’adultère totalement assumé, amenant même des plaisanteries – au goût douteux, est-il besoin de le préciser – sur la libération sexuelle qui est alors en train de se développer.

Nous allons alors assister à cette poursuite qui sera belle et bien impitoyable puisqu’on comptera deux morts à l’arrivée.

Mais si cette poursuite se met en place, c’est avant tout ce qui va l’amener qui semble avoir retenu l’attention du réalisateur : en plus de l’alcool, la rumeur va se propager, avec son lot de mensonges, de distorsion et surtout de mauvaise foi.

 

Alors nous basculons – bizarrement – dans l’un des aspects western de ce film avec la mise en place improvisée d’une espèce de patrouille pour retrouver Bubber – et le tuer, cela va de soi : tout ce qu’il faut pour un lynchage.

Mais nous sommes dans les années 1960 et ce n’est plus la même façon de procéder (3). Et surtout, une dimension spectaculaire apparaît : le lynchage devient médiatique – comme on dit de nos jours – et les habitants de cette petite ville vont s’y rendre, avant tout par curiosité (les jeunes gens surtout), et cette traque va prendre une tournure festive : les jeunes y chantent, on allume des feux de détresse…

Il faudra l’intervention de la police pour faire cesser tout cela, mais trop tard.

 

Il n’y aura pas de lynchage, comme dans The Oxbow Incident ou Fury, mais on retrouve dans le film la même violence qui s’exprime autrement et aboutit encore une fois à une tragédie. C’est cette violence qui est aussi très importante ici, favorisée par l’absorption d’alcool et la bêtise généralisée de ces Texans vindicatifs et armés. Parce qu’ils sont armés. Et trouvent cela tout à fait normal. C’en est même un jeu qui va inévitablement amener le drame annoncé.

Par contre, à la différence des lynchages déjà cités, ce n’est pas la foule qui veut se faire justice : seulement un trio de personnages à la moralité très relative. La foule est présente mais en tant que spectatrice. A aucun moment elle n’intervient, se repaissant du spectacle avec plus ou moins de plaisir (4). Il faut voir Calder-Brando sortir en sang de son office pour s’en rendre compte : le visage tuméfié, la chemise maculée, et pas une personne qui se déplace pour le soutenir, tous regardent.

Bien sûr, la violence est omniprésente, et Arthur Penn va la graduer et la faire enfler petit à petit pour arriver aux échanges de coups. La séquence qui voit le shérif se faire amocher par les trois salauds (5) est d’un réalisme terrible et le maquillage qui suit donne une image tout aussi réaliste des effets : il ne s’agit pas seulement d’un œil entouré de noir comme on a pu longtemps le voir (l’œil est entouré mais bien ouvert !).

 

Arthur Penn signe (enfin je me comprends, il a désavoué le producteur après le montage) un film magnifique – encore une fois – et s’inscrit très bien dans cette décennie qui va changer le cours du XXème siècle, à travers cette petite ville texane où les vieux réflexes sauvages ont la vie dure. Il est soutenu dans cette tâche par une distribution  -prestigieuse, évidemment – à la hauteur des enjeux, avec Marlon Brando en tête, bien sûr, mais aussi Jane Fonda ou encore Robert Redford qui n’est pas encore la vedette que nous connaissons (mais ça ne va pas tarder. De plus, les femmes n’y sont pas absentes et participent activement à cette intrigue, montrant pour la plupart une grande force de caractère. C’est le cas d’Angie Dickinson (Ruby Calder) ou encore la vétérane Miriam Hopkins (la mère de Bubber). Et puisqu’on en est aux vieilles gloires, on notera la présence de Bruce Cabot dans le rôle du père d’Anna : ce n’est plus le jeune héros de King Kong

 

  1. La Traque serait une possibilité
  2. Encore une preuve de l’alcoolisme ambiant de la ville : ce jeune homme est noir.
  3. Même si le résultat est le même.
  4. La télévision qui s’est installée dans la décennie précédente peut expliquer cette attitude passive et un tantinet teintée de voyeurisme : on s’y repaît d’images toujours plus violentes.
  5. Difficile de trouver un autre terme pour ce trio.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Sur les Quais (On the Waterfront - Elia Kazan, 1954)

 

« Est-ce que je suis debout ? » (1)

Il s’agit de la dernière réplique de Terry Malloy (Marlon Brando), le visage en sang et le corps meurtri, alors qu’il va se diriger vers l’entrepôt et entraîner avec lui les dockers, rejetant alors l’organisation syndical de Johnny Friendly (Lee J. Cobb encore une fois dans un rôle peu reluisant), qui dirigeait tout ces travailleurs par la terreur.

Si vous ajoutez le contexte du film, vous comprenez alors aisément qu’on ait pu reprocher à Kazan d’assimiler les syndicats à des organisations criminelles.

 

Nous sommes en 1954 quand sort le film et le maccarthysme est en train de vivre ses derniers mois. Pourquoi ce rappel historique ? Pour deux raisons :

  • Elia Kazan a très spontanément collaboré avec la Commission parlementaires sur les Activités AntiAméricaines (2), dénonçant ses « collègues » de Hollywood qui avaient été membres du parti communiste américain ;
  • Derrière le « syndicat » de Friendly, on peut facilement voir une organisation défendue par l’HUAC, que Kazan – encore une fois – dénonce comme empêchant les « vrais » Américains d’accéder au bonheur.

 

Parce que toute l’intrigue est là : Terry Malloy est le porte-parole de Kazan, luttant contre une organisation nébuleuse qui n’hésite pas recourir à la violence, voire à tuer pour garder son hégémonie dur le port de New York. En effet, Malloy fait partie de l’organisation de Friendly quand commence le film, c’est même lui qui va permettre aux tueurs de Friendly de se débarrasser d’un témoin gênant. Cet assassinat est d’ailleurs montré sans concession, précipitant le spectateur dans un milieu criminel et sans concession. On sait très bien que les syndicats de dockers américains sont puissants – surtout à cette époque – mais ici, nous sommes au-delà de cet état de fait et l’organisation de Friendly n’est rien d’autre qu’une association de malfaiteurs.

Et la dénonciation de Friendly par Terry Malloy rappelle clairement l’attitude de Kazan dans cette période trouble de l’histoire américaine d’après la Deuxième Guerre Mondiale. On pourrait même penser qu’elle la justifie.

En effet, Terry va gagner son salut (ah, cette sacro-sainte rédemption…) en passant du côté des criminels à celui des vertueux, justifiant à demi-mot cette délation : Malloy va témoigner contre Friendly et dénoncer son organisation.

 

Mais nous sommes au cinéma, et ce film reste malgré tout spectaculaire. De par son intrigue, la violence y a sa part et Kazan l’expose : la mort de Joey Doyle et dans une moindre mesure celle de Kayo Dugan (Pet Henning) ; la conclusion du meeting dans l’église ; et bien sûr le règlement de comptes final, dont Terry va garder les « stigmates » dans les derniers plans. Le terme « stigmates » est d’ailleurs celui qui convient le mieux dans cette intrigue car il ne faut pas négliger la dimension christique du personnage de Malloy : il va souffrir pour ses convictions et entraîner avec lui les autres dockers cers des lendemains meilleurs.


Mais surtout, Sur les Quais est un film qui laisse la part belle aux acteurs, dont la plupart son issus de l’Actor’s Studio créé sept ans plus tôt par – entre autres – le même Elia Kazan et dont Marlon Brando fut un des membres fondateurs. Outre Brando, Lee J. Cobb, Rod Steiger (Charley Malloy) ou encore Eva Marie Saint (Edie Doyle) ont été formés dans cette organisation.

L’interprète principal qui n’y a pas appartenu est Karl Malden (le père Barry). Son personnage et celui d’Eva Marie Saint sont indispensables à l’intrigue, représentant l’autre « camp », celui de la vertu : le père Barry est un prêtre engagé contre la violence de ce système (3) et qui va soutenir ses ouailles jusqu’au bout. Karl Malden est un père Barry magnifique, qui sait aussi bien manier la langue que les poings, trouvant dans chacun des cas des arguments frappants (4).

Quant à Edie, elle est le déclencheur du changement de Terry. C’est une jeune femme pure et innocente (elle arrive de chez les sœurs) qui refuse elle aussi cet état de fait et va transformer Terry et le faire basculer dans son camp. Et comme en plus, elle est très jolie… C’est d’ailleurs le premier grand rôle de la belle Eva au cinéma.

Et puis il y a Brando.

C’est son troisième et dernier film avec Kazan, et encore une fois, il est magistral, interprétant avec beaucoup de talent ce personnage de minable (« bum »), boxeur raté (malgré lui) et frère d’un des hommes de main (Charley Malloy) de Friendly.

Brando donne toute la dimension mystique de son personnage, jouant avec la retenue nécessaire (Actor’s Studio oblige) pour ne jamais tomber dans le pathétique, même (et surtout) dans la séquence finale.

 

Bref, un grand moment de cinéma, malgré un contexte tout de même douteux…

 

PS : A noter la présence dans un petit rôle (par l’importance et par la taille) de Martin Balsam.

 

  1. “Am I on my feet?”
  2. House Un-American Activities Committee (HUAC)
  3. Il représente le père Corridan (1911-1984), véritable prêtre qui lutta contre la corruption et la violence sur les docks de New York : oui, cette intrigue s’inspire de faits réels !
  4. Oui, elle était facile.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #László Benedek, #Marlon Brando
L'Equipée sauvage (The wild One - László Benedek, 1953)

Motos qui pétaradent.

Blousons de cuir (noirs, bien sûr).

Lunettes noires.

Une bande de motards débarquent dans une petite ville américaine, au milieu de nulle part.

Rapidement, la paix est troublée et les esprits s’échauffent, jusqu’à l’irréparable.

 

Le mythe Brando est né : le motard rebelle (1) qui trouble l’ordre et qui n’aime pas les flics.

Bien sûr, ce film fit scandale à sa sortie (il fut même interdit en Grande-Bretagne jusqu’en 1968) : outre le fait que Johnny n’aime pas les représentants de la Loi (inimaginable au cinéma en 1953), les « bons bourgeois » ne sont pas montrés à leur avantage.

Mais surtout, ce film montre un point de vue alors récent au cinéma : celui des adolescents.

En effet, pendant longtemps, on a considéré qu’une fois l’enfance terminée, on devenait adulte, sans transition. Mais depuis les travaux de Tonton Sigmund, on s’est rendu compte qu’il se passait des choses dans l’esprit des enfants qui étaient bien distinctes des deux autres âges humains.

 

Certes Marlon Brando a déjà 29 ans quand le film sort (à Noël, tu parles d’un cadeau !), mais son personnage de Johnny reflète très bien cet âge où le jeune homme – et la jeune femme d’ailleurs – finit de se construire et a parfois certaines pulsions incompréhensibles (pour les adultes et surtout les parents) qui leur font faire des choses inexplicables et inexpliquées.

Certes, de nos jours le thème de l’adolescence au cinéma est très développé et dans beaucoup de pays du monde. Mais en 1953, les ados, comme on ne les appelle pas encore, sont un véritable mystère (2).

 

On va alors voir se développer quelques films emblématiques pendant cette décennie qui, s’ils sont maintenant marqués, n’en donnent pas moins une idée réaliste de cette jeunesse révoltée, rebelle.

Deux ans plus tard, nous assisterons d’ailleurs à une année faste pour ce thème avec la sortie du magnifique Blackboard Jungle (en français : Graine de Violence) de Richard Brooks et de l’inoubliable Rebel without a Cause (La Fureur de vivre) de Nicholas Ray.

Et Johnny synthétise d’une certaine façon les deux aspects qui seront développés dans ces deux films : le côté délinquant juvénile du film de Brooks avec la révolte incomprise des jeunes gens chez Ray.

 

Et le choix de Marlon Brando pour interpréter ce personnage est des plus pertinents : il possède l’attitude cool de nombreux acteurs de la même période avec une aura de scandale qui rend tout de suite Johnny menaçant pour les habitants de la ville envahie.

De plus, son aspect dur-à-cuire s’effrite quand il se retrouve seul, menacé par ces « bourgeois » qui ont recours à la violence face à cet homme qu’ils ne comprennent pas : il pleure !

 

Mais Brando seul ne saurait assurer le succès du film, et on retrouve à ses côtés une actrice improbable (3) : Mary Murphy dans le rôle de Kathy Bleeker. Elle possède dans le regard la mélancolie annoncée par Johnny en voix off lors de la première séquence, et campe cette jeune femme prisonnière de cette ville et de sa morale réactionnaire. Johnny, pour Kathy c’est une bouffée d’air frais dans sa grisaille : un parfum de liberté et d’anticonformisme qui la fait succomber au charme de ce jeune motard. Et cela va même plus loin, parce quelle le comprend : étant tous les deux à peu près du même âge, leurs aspirations se rejoignent, même si elle ne passera jamais à l’acte.

 

Avec ce film, László Benedek crée un mythe, celui de Brando mais surtout met en scène la jeunesse révoltée. Cette jeunesse qui l’a toujours été, même si elle ne l’exprimait pas tout le temps.

En effet, le passage à l’âge adulte est une étape terrible (rappelez-vous) où on quitte l’univers à peu près sûr de l’enfance vers l’avenir des plus incertains des adultes, où les responsabilités sont la norme. Et au bout de l’âge adulte, la mort, quand ce n’est pas le fait d’être adulte et rangé qui n’est pas le début de cette mort (4).

 

Mais Benedek traite cette histoire un peu comme un western, les motards remplaçant les cowboys à cheval, parcourant les grands espaces et s’arrêtant dans une ville qu’ils vont plus ou moins mettre à sac avant de repartir ou d’en être chassés (les pieds devant le plus souvent).

On retrouve la peur des habitants face à cette meute indisciplinée et bruyante qui bouleverse toutes les habitudes et qui fait des ravages. C’est cette peur qui va amener le drame, suite à une pratique qu’on retrouve régulièrement dans ces mêmes westerns : le lynchage.

C’est d’abord un peloton qui s’organise (en VO « posse ») et qui va prendre en chasse le chef de ces « jeunes voyous ». Et sans l’intervention du shérif Bleeker (Robert Keith), le père de Kathy, Johnny serait certainement reparti les pieds devant.

 

Bref, c’est un film qui, malgré sa brièveté (il a été amputé d’une vingtaine de minutes), campe ce qui va devenir avec le temps un véritable problème de société : l’adolescence et par extension la délinquance juvénile.

Mais le vrai scandale du film, pour ces mêmes « bons bourgeois » ce n’est pas Marlon Brando, c’est le fait que c’est que le réalisateur se place du côté de Johnny contre ces adultes qui deviennent alors les méchants, générée – comme souvent – par la peur née, de l’ignorance.

 

Un film devenu culte, et qui ouvre la voie vers l’archétype de l’adolescent révolté qui sera interprété par James Dean, et qui restera longtemps un modèle pour la jeunesse des trente (au moins) années suivantes.

 

  1. Contre quoi ? Réponse dans le film.
  2. Ils le sont d’ailleurs toujours pour beaucoup de parents. Peut-être parce qu’ils ont oublié ce que c’était…
  3. C’est elle-même qui le dit : elle ne voulait pas vraiment être actrice, ni faire du cinéma.
  4. On retrouvera cette idée chez John Braine : (re)lisez Room at the Top, où Joe Hampton, en s’enfermant dans la vie adulte, va devenir un « zombie », un personnage qu’il ne voulait absolument pas devenir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Guerre, #Robert Duvall, #Marlon Brando
Apocalypse now (Francis Ford Coppola, 1979)

Sublime.

 

Tout commence par la fin : celle que chante Jim Morrison (The Doors), pendant que le paysage prend feu au milieu d’hélicoptères dont les bruits d’hélices nous parviennent feutrés.

S’en suit le récit du capitaine Willard (Martin Sheen) envoyé en mission au Cambodge pour éliminer Kurtz (Marlon Brando) un colonel américain qui est devenu fou.

Commence alors une quête : la recherche d’un personnage troublant qui dérange plus ses (ex-) supérieurs que l’ennemi vietminh.

Willard va remonter le fleuve qui mène à sa cible : s’approchant toujours plus près de son origine (1).

 

Quarante ans après – dans cette version « final cut » - l’effet est intact. On ne peut rester insensible à ce film magistral où Francis Ford Coppola confirmait qu’il était bien l’un des plus grands réalisateurs (ce qu’il est toujours, à mon humble avis), décrivant avec une même force la sale guerre du Vietnam comme il avait décrit le sale milieu mafieux new-yorkais quelques années plus tôt.

Et encore une fois, il nous gratifie d’une fin avec un montage parallèle aussi fort que le reste du film, avec ce même aspect symbolique qu’on avait vu dans Le Parrain et qu’on retrouvera dans The Cotton Club quelques années plus tard.

 

Mais avant toute chose, et même s’il s’agit d’un film de guerre, c’est avant tout une symphonie d’ombre et de lumière, de pénombre et de lueurs. Les séquences nocturnes (les plus nombreuses) opposent sans cesse ces deux opposés de l’éclairage, mettant en exergue telle partie d’un visage ou d’un lieu, découvrant ou reprenant un autre élément (2).

Autre élément important : le son : la musique, les différents bruits, et surtout le silence. Ce silence qui s’installe pour annoncer un danger, mais qui suit une grande période de frénésie comme seule (ou presque) la guerre sait nous offrir.

Et même pendant les accords de la musique de Carmine Coppola (son papa), le silence qui entoure les différents protagonistes s’impose, reléguant cette musique à un accompagnement lointain, presque indistinct.

 

Et puis il y a les acteurs.

Alors que le film s’ouvre sans aucun générique, nous les découvrons les uns après les autres (3), Martin Sheen tout d’abord, puis Harrison Ford (Colonel Lucas : tiens, tiens…) qui vient d’exploser à l’écran avec Starwars. C’est aussi Robert Duvall, colonel d’une brigade de cavalerie qui a troqué ses chevaux pour des hélicoptères ou Dennis Hopper en photographe un tantinet déjanté, admirateur absolu de Kurtz.

 

Et puis il y a Brando.

A part sur les photos du « dossier » (en français dans le texte) de Kurtz, on ne le voit pas avant la dernière demi-heure du film. Mai l’attente en valait le coup : il est absolument magnifique, donnant à chacun de ses gestes et de ses paroles une dimension supérieure, voire royale, même s’il n’a pas de geste sortant du commun.

Tout comme Willard-Sheen, nous sommes envoutés par cette voix particulière qu’avait cet immense acteur, parlant simplement de choses compliquées, le débit mesuré afin de laisser ses paroles pénétrer les consciences de ses « enfants ».

 

Il y a dans Kurtz un gourou, mais pas dans le sens sectaire qu’on lui connaît : plutôt un maître spirituel (l’acception originelle) qui conduit ses adeptes sans en tirer quelque profit substantiel ou sexuel. Mais, et c’est tout de même là qu’est la limite de ce personnage si intriguant : il reste un militaire, et ses méthodes ne sont pas des plus paisibles ni raffinées : on peut apercevoir les ravages de ses pratiques dans son repère, issue du voyage de Willard.

Et le plus extraordinaire à propos de Kurtz-Brando (on ne peut pas les distinguer réellement tant Brando est superbe), c’est que malgré le court temps d’apparition de Kurtz, il hante le reste du film : Willard le découvre au fur et à mesure de son voyage et de sa lecture de ce dossier un peu sulfureux.

Qu’est-ce qui va faire que Willard ira au bout de sa mission ? La personnalité très dangereuse de Kurtz ? Ou autre chose ?

 

Il y a chez Willard, une lassitude effective qui s’exprime d’entrée quand il se présente à nous : on en arrive même à se dire qu’il a plus ou moins l’intention d’en finir définitivement avec cette guerre, appelant sans cesse une nouvelle mission, histoire de tirer sa révérence.

Mais il y a aussi la vision de la guerre qui nous est montrée : certes Coppola filme, mais c’est la narration de Willard. Et cette narration alterne des moments de calme et d’insouciance – Satisfaction à la radio par exemple – qui alternent avec des périodes de combat frénétique(s), donnant à ce conflit sa véritable qualification de guerre. C’est à chaque fois une folie meurtrière qui s’empare de ces jeunes gens (seul Willard a passé les trente ans) à chaque alerte, réelle ou supposée.

 

Mais cette sale guerre prend aussi sa véritable dimension dans la façon qu’ont les différents protagonistes de l’appréhender : outre les jeunes soldats du bateau, on rencontre le lieutenant-colonel Kilgore (Robert Duvall, un habitué chez Coppola) qui n’hésite pas à faire intervenir des bombardiers (au napalm) pour « dégager » la zone afin de pouvoir pratiquer le surf, sans oublier sa charge aux accords de la Walkyrie de Wagner.

Et cette guerre est aussi sale parce qu’elle a comme racine un racisme ambiant, les soldats américains (mais les Français aussi, avant eux) considérant les vietnamiens – les véritables autochtones, ceux à qui « appartient » ce pays – considérés comme des sous-hommes, tout comme avaient pu l’être les Amérindiens au siècle précédent pour ses mêmes Américains.

Et ironie du sort (4), ce sont ces « sous-hommes » qui vont réussir à se débarrasser de ces envahisseurs.

 

Quoi qu’il en soit, Coppola réussit un coup double : il nous offre un véritable chef-d’œuvre cinématographique à tous points de vue, et commence une nouvelle page du cinéma américain.

Certes, avant lui, on parlait déjà du Vietnam au cinéma (voir le formidable The Deer Hunter), mais avec Apocalypse Now, ce sont des films qui vont donner aux spectateurs une autre vision de la guerre, et surtout celle-ci qui fut des plus traumatiques pour ceux qui en revinrent. Il allait aussi ouvrir la voie à d’autres aspects peu reluisants de cette guerre : la condition des différents vétérans qui en revinrent (Born on the 4th of July, ou même Rambo…), ou certaines dérives militaires (Platoon, Casualties of War…).

 

Un film qui n’a rien perdu de sa force, même 40 ans après !

 

 

PS : on notera la présence de Laurence « Morpheus » Fishburne à ses tout débuts, dans le rôle de Tyrone « Clean » Miller, un soldat de 17 ans. Et quand le film fut présenté à Cannes – avant de rafler la Palme d’Or – le jeune Larry avait encore 17 ans…

PPS : Pourquoi ce titre ? Si vous êtes attentifs, vous saurez.

 

  1. Celle du fleuve ou celle du colonel
  2. Pas étonnant que Vittorio Sonaro, le chef-opérateur, ait été récompensé d’un Oscar.
  3. Lors de sa sortie en salle, les spectateurs recevaient un livret où figurait la fiche technique du film et la distribution.
  4. Est-ce vraiment le sort qui en décide ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Donner, #Superman, #Marlon Brando
Superman (Richard Donner, 1978)

Quarante ans !

Voilà quarante ans que le film est sorti, et presque autant que je l’ai vu la première fois (c’était fin janvier 1979). Et malgré » le temps qui a passé, le perfectionnement des techniques visuelles et surtout l’avènement du numérique, je ne me lasse pas de voir ce film.

Je comprends encore plus aujourd’hui le battage qui a entouré sa sortie. C’était extraordinaire. Si les effets spéciaux de 1978 sont les mêmes – ou presque – que quarante ans plus tôt, il faut avouer que la partie bricolage est rudement bien faite.

Certes, on peut remarquer les transparences et surimpressions ainsi que les incrustations, mais il faut tout de même dire que la qualité est là : Superman a fait rêver beaucoup d’enfants à cette période, peut-être plus que maintenant quand DC Entertainment sort un nouvel opus des aventures de celui qui est l’un des plus anciens super-héros américains.

 

Mais reprenons. Alors que la planète Krypton est en train de mourir, Jor-El (Marlon Brando, contre la loi, décide de sauver son fils Kal-El en l’envoyant à quelques millions de kilomètres, sur une planète fruste certes, mais habitable.
Donc, en 1948, atterrit avec rudesse l’engin de Kal-El, à la grande stupeur de Jonathan (Glenn Ford) et Martha Kent (Phyllis Thaxter). [Notons au passage qu’il s’agit de la dernière apparition au cinéma de cette dernière qui fut vingt-cinq ans plus tôt la femme de Gary Cooper dans Springfield Rifle]. Revenus de leurs émotions, ils vont adopter et donc élever cet enfant tombé du ciel : il s’appellera Clark.

Et puis un jour, Clark (Jeff East) va découvrir ses origines et s’émanciper.

Après quelques années d’apprentissage, il reviendra en plein jour et ses exploits lui donneront le nom de Superman.

 

La première chose qu’on remarque dans ce film, c’est la longueur des génériques. Si une (très) courte séquence nous ramène en 1938 – année de l’apparition de Superman (1) – la présentation, rythmée par la musique de John Williams  introduisant le thème du personnage principal qui sera repris pour les nombreuses suites, tire en longueur (5 bonnes minutes). Pareil pour le générique final, ce qui est plus normal mais tout de même plus étendu qu’habituellement.

Et il faut attendre plus d’une heure dix avant de voir enfin Christopher Reeve dans le costume bleu et rouge (et le S or). Mais cette attente semble nécessaire afin de donner un contexte et surtout des origines à ce personnage étonnant. C’est aussi l’occasion de retrouver quelques grands noms du cinéma : outre Marlon Brando, on peut reconnaître Trevor Howard, ou encore Maria Schell et Harry Andrews. Mais ces vieilles gloires (1) sont destinées à disparaître avec la planète Kypton.

 

Du côté obscure, nous trouvons un trio infernal : Lex Luthor (Gene Hackman), Otis (Ned Beatty) et la belle Eve Teschmacher (Valerie Perrine).

Si Lex Luthor est un esprit brillant mais tout de même malade, ses deux acolytes rivalisent de bêtise, superbes faire valoir de l’ignoble Luthor.

Et la composition que nous propose Gene Hackman est absolument dans le ton du film : un méchant terrible mais au côté parfois ridicule. Et tout de même : comment un tel esprit a-t-il pu s’entourer d’un incapable comme Otis ?

 

Et puis il y a le défaut dans la carapace de Superman : Lois Lane (Margot Kidder). Elle est belle et intelligente, intrépide mais… Elle ne résiste pas longtemps à cet homme d’acier au regard de velours.

Mais on est en droit de se demander comment Lois ne peut pas reconnaître Clark derrière ce super-homme. Clark Kent a des lunettes et n’est pas en collant bleu et culotte rouge, mais on reconnaît aisément qu’il est l’autre.

 

Qu’importe, on se laisse porter par ces aventures surhumaines (évidemment) et on se laisse faire avec beaucoup de plaisir, souriant des effets un peu trop visibles mais appréciant les autres et surtout les décors futuristes de Krypton ou du repère de Superman.

De plus, la séquence sur Krypton qui semble complètement inutile dans le film en tant que tel, prend toute sa signification quand on sait qu’elle sera la base du deuxième film, quatre ans plus tard.

 

J’oubliais : la différence entre Superman (1978) et Superman (2013) ? Le ton. DC Entertainment n’a pas l’humour de Richard Donner, et d’une certaine manière semble privilégier un ton plus sérieux.

 

A voir donc.

 

 

PS : Alors qu’on fête les 40 ans de la sortie du film, la belle Margot Kidder s’est éteinte en avril dernier.

 

(1) Parlant de vieilles gloires : c’est Jackie Cooper qui interprète Perry White, le patron de Lois et Clark.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Edward Dmytryk, #Marlon Brando
Le Bal des maudits (The young Lions - Edward Dmytryk, 1958)

Trois destins dans la deuxième Guerre mondiale.

Tout commence au premier janvier 1938, en Bavière où Christian Diestl (Marlon Brando) prend du bon temps avec Margaret (Barbara Rush), une jeune femme américaine. La guerre pointe, mais Diestl veut croire que la situation s'améliorera. Mais la guerre va éclater et Christian suivra différents chemins, de Paris (au début) à un camp de concentration (à la fin), en passant par l'Afrique, sous les ordres de Rommel.

Dans le même temps, Noah Ackerman (Montgomery Clift) s'engage dans l'US Army. Il rencontre Michael Whiteacre (Dean Martin), qui est bon pour le service, à son grand dam. Après des classes laborieuses et un parcours plus ou moins chaotique, ces trois soldats se rencontreront, sur une route d'Allemagne...

Plus que la guerre elle-même, ce sont les mentalités qui sont les plus importantes dans ce film de Edward Dmytryk. C'est aussi, à travers les parcours de ces trois hommes, l'histoire de l'évolution du conflit : Diestl commence dans une Allemagne au fait de sa gloire, il est superbe et croit encore à ce qu'il fait ; les deux autres commencent tout en bas, alors que les armées alliées subissent encore des revers. Mais à partir de l'Afrique, Diestl perd de sa superbe, comme l'Allemagne nazie, et sa situation va se dégrader en même temps, pendant que les Américains s'élèveront ou du moins essaieront.

Diestl, tout d'abord. C'est un Allemand tout ce qu'il y a de normal. Il ne fait pas de politique, mais comme nombre de ses concitoyens, il pense que l'ascension de Hitler va amener une amélioration. Il s'engage alors dans la Wehrmacht et on le retrouve à Paris avec le grade de Lieutenant. Mais il n'est que soldat. Sa mission parisienne étant policière, il se fait muter au cœur des conflits, en Afrique. Mais c'est avant tout un homme de principe, un homme d'honneur. Quand son supérieur lui demande de liquider les blessés, il ne le fait pas. Alors quand, sur la fin du conflit, il arrive dans un camp de concentration, tout s'écroule : il aurait cautionné tout ça, en servant cette cause. Sa foi dans l'obéissance, qui était vacillante, disparait devant de telles atrocités, commises au nom du même idéal que le sien : la patrie. Marlon Brando est formidable. Il arrive à jouer le rôle d'un Allemand qu'on ne peut pas détester. Bien entendu, un rôle SS ne lui aurait pas convenu : jouer l'ennemi, certes, mais pas un salaud. On est Brando, ou on ne l'est pas.

De l'autre côté du front, Ackerman est avant tout un Juif new yorkais. Ses camarades de chambrée, tout comme son officier supérieur, vont lui faire comprendre qu'il n'est pas de leur monde. Le tout sous les yeux de Whiteacre, impuissant (et aussi un peu lâche). Mais Ackerman tient bon, et s'en sort, se faisant finalement accepter par les autres.

Whiteacre est, quant à lui, un lâche. Il ne s'en cache pas : il ne veut pas aller se battre, et fera jouer ses relations pour éviter le conflit. Il n'est rien qu'un grand égoïste. Mais le temps va le faire réfléchir et l'attitude d'Ackerman l'aidera à changer. Nous sommes dans un film américain, où, comme souvent, la rédemption est une idée forte dans les mentalités et les comportements. Quand Whiteacre décide de rejoindre le front, c'est cette rédemption qu'il veut trouver. Mais y arrivera-t-il ?

Et Dmytryk raconte sa version de la guerre. Tout est là : les classes, le conflit en Afrique, en France, en Allemagne, et même la libération d'un camp de concentration. C'est d'ailleurs un moment fort du film, les soldats écœurés par ce qui s'y passait fustigeant le maire allemand (John  Banner, qui dut fuir le régime nazi en 1938 parce que juif), une véritable ordure qui aurait certainement été capable de dire qu'il ne savait pas ce qui se passait dans le camp.

 

Cette description à peu près complète de la guerre (en Europe) annonce un autre film qui sera tourné vingt ans plus tard par Samuel Fuller : The big red One (1980). Mais alors que Dmytryk liste les éléments de la guerre - avec une portée plutôt pédagogique* -, Fuller, lui, racontera la guerre à partir de ses propres souvenirs dans l'unité qui donne son titre au film.

 

 

* Ce souci d'apprendre aux gens ce qui a pu se passer se traduit par des déclarations de personnages qui, même si ce qui est dit est vrai, sonne un peu faux dans le contexte du film : Françoise (Liliane Montevecchi) a peur de s'afficher avec un Allemand (nous sommes en 1940 ou 41) car ses voisins la frapperont, ou pire, elle sera tondue !

Ces pratiques malgré tout barbares n'ont eu lieu qu'à partir de 1944, quand les Allemands étaient partis !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Francis Ford Coppola, #Cinéma, #Gangsters, #Marlon Brando

D’abord il y avait le roman de Mario Puzo (1969). Maintenant, il y a la fresque cinématographique de Coppola.

Il y a aussi un avant et un après le Parrain. Avant, jamais on n’avait pris un tel point de vue sur des truands. Les trois grands films de gangsters – Little Caesar, The public Enemy & Scarface – qui ont posé les bases du genre n’ont pas cette approche. A chaque fois, il s’agit de caïds sans scrupule dotés d’un esprit déséquilibré (il n’était pas question qu’on puisse s’identifier à eux !).

 

Ici, pas de scrupule non plus, mais pas d’aliénation mentale. Ce sont des gens normaux – leur morale mise à part. Il n’est pas question d’agir sous le coup de la colère. Le seul qui agit ainsi, c’est Sonny (James Caan), le fils ainé. Mais on sait où ça le mène.

Au contraire, Vito – puis Michael – sont des gens froids qui font leur travail. Ce qui se passe, cette violence n’est pas le résultat d’une vengeance ou quelque autre raison personnelle : il s’agit des affaires (« business »). Ce sont les affaires (illégales, évidemment) qui régissent leurs actions : diriger pour faire de l’argent. Vito Corleone (formidable Marlon Brando), puis Michael (Al Pacino) ne sont rien d’autre que des chefs d’entreprise, des hommes d’affaires. Leur empire est structuré comme une armée, ce qui aide beaucoup en cas de guerre des gangs.

 

Mais au-delà du film de gangsters, nous assistons à une tragédie classique. La première séquence – scène d’exposition – jette les bases du film (et même de la saga). Vito marie sa fille (Talia Shire), et pendant que les convives s’amusent et dansent, les affaires continuent. On vient voir Vito – le Parrain – pour lui demander des services (qui sont tout sauf gratuits !). Mais cela est fait avec les formes : respect et honneur sont les maîtres-mots de ce monde.

Le respect est la base des rapports entre ces hommes. On n’élève pas la voix, on mesure ses paroles. La réprimande de Vito envers Sonny qui s’emporte, est d’une sévérité glaçante. Vito est un homme de peu de mots ou d’actes mais à chaque fois, il touche juste : il fait toujours une offre qu’on ne peut pas refuser.

 

Si, dans ce système héréditaire, Sonny devait hériter, on sait rapidement qu’il ne peut égaler son père. Seul Michael a les épaules, le charisme et l’attitude paternelles. Lui aussi parle peu. Et quand il agit, il a la parcimonie implacable de son père : il frappe où il faut, quand il faut.

Et puis il y a l’honneur. Un membre de sa famille est abattu : Michael doit laver l’honneur familial dans le sang. Nous sommes proches de Don Diègue demandant à Rodrigue de laver son affront. Michael, comme Rodrigue, tuera les responsables (ou du moins, les fera tuer).

Mais « ça n’a rien de personnel. Seulement les affaires. »

 

Normal, puisque les affaires, et la famille, c’est la même chose.

Avec ce film, Coppola révolutionne le genre. A la violence sans tache des années 1930-50, succède une nouvelle violence héritée du western crépusculaire : le sang devient un élément visuel très fort. Non seulement il laisse une trace (sur le manteau de Vito, par exemple), mais en plus, il coule (presque) à flot (voir la mort de Moe Green, par exemple).

Leone (Il était une Fois en Amérique) et Scorsese (Goodfellas, Casino) sauront exploiter cette technique nouvelle pour notre plus grand bonheur.

Et puis pour être sûr que c’est du Coppola, l’avant-dernière séquence au montage parallèle est plus que pertinente : magistrale !

 

Deux ans plus tard, Coppola nous propose une suite des aventures du parrain : une offre qu’on ne peut décidément pas refuser.

 

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