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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

michel audiard

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Denys de la Patellière, #Michel Audiard, #Jean Gabin
Rue des Prairies (Denys de la Patellière, 1959)

Paris, 1942

Henri Neveux (Jean Gabin) revient d’Allemagne grâce à la mise en place du STO. Mais en arrivant rue des Prairies, la surprise est pour lui : sa femme vient de mourir en mettant au monde un troisième enfant, Fernand.

Paris, 1959

Les enfants ont grandi : Louis (Claude Brasseur) est champion de France de poursuite et sa sœur Odette (Marie-José Nat) abandonne la chaussure pour devenir mannequin.

Et Fernand (Roger Dumas) ? Il se bat au lycée et est finalement renvoyé, puis il est « ramassé » chez une prostituée. Bref, devant lui se profile la maison de correction.

 

Quatre ans après Chiens perdus sans Collier, Gabin retourne dans une histoire de délinquance infantile, mais cette fois-ci de l’autre côté : en père de famille un tantinet dépassé par les événements. Il faut dire que les années 1960 se profilent et la société est en plein changement. Les banlieues urbaines se construisent (Neveux est contremaître à Sarcelles), les voitures envahissent Paris, tout va de plus en plus vite… Nous sommes entrés de plain pied dans les Trente Glorieuses, dans ce qu’on va très vite appeler la « société de consommation ». Mais Henri Neveux, lui, est resté un homme d’avant, comme l’était son père.

Encore que… Sa relation avec ce fils trouvé est on ne peut plus moderne, si on la compare à celles de ses deux autres enfants, élevés à la dure, comme ça se faisait, dans le temps...

 

Mais malgré tout, nous restons tout de même dans la comédie, puisque la fin nous laisse un sourire. Il faut dire que le duo Gabin-Dumas fonctionne à merveille, et surtout, c’est Audiard qui est aux manœuvres pour le dialogue. On y trouve toute sa verve ainsi qu’une de ses passions, partagée avec le même Gabin : le vélo. Et la démonstration que nous offre ce dernier – Gabin fait toujours du Gabin, que voulez-vous – est mémorable, encouragée par un de ses complices habituels, Paul Frankeur (Ernest). Parce Gabin fait du Gabin, et c’est ce qu’on lui demande. Mais dirigé par La Patellière, ça devient du grandiose. Et Neveux est un personnage différent de ceux qu’on a l’habitude de voir : père de famille. Certes il l’était dans sa vraie vie, mais à l’écran, c’est autre chose !

 

Il n’est pas encore la patriarche (L’Affaire Dominici ou La Horse), ni le flic revenu de tout (Le Pacha) : il est ici un homme ordinaire, avec une vie ordinaire et surtout des doutes. Pas sur Fernand, mais sur l’éducation qu’il leur a donnée (ou non). Il devient faible, parce que dépassé par les événements. Il faut dire qu’entre le succès de son fils Louis, celui de sa fille et les frasques du dernier, il y a de quoi ne plus s’y retrouver.

Et comme en plus les deux premiers l’abandonnent, il se retrouve avec le seul qui n’est pas de lui ! De quoi perdre la tête. Ce qu’il ne fait pas, rassurez-vous.

 

Et si Gabin est le personnage central de l’intrigue, ce film reste tout de même une belle illustration de la jeunesse française de cette fin de décennie. Les jeunes gens sortent et vont (encore) danser, usant de leur jeunesse comme d’une arme offensive (la rencontre dans la guinguette avec le Vieux est démonstrative). Ils veulent s’émanciper des parents – fatalement et inévitablement – vieux jeu. Et encore, 1968 n’est pas passé par là !

Quoi qu’il en soit, La Patellière s’en sort très honorablement et nous propose un film où même si Gabin fait du Gabin, le propos reste plaisant et toujours d’actualité.

Il faut dire que nous retrouvons autour de lui des visages connus : outre Frankeur, on reconnaît Louis Seigner, Paul « Henri » Mercey, ou encore Guy « Roger » Decomble, Alfred Adam, Jacques Monod… Et l’incontournable Bernard Musson et son mètre quatre-vingt-dix !

Sans oublier la note d’authenticité avec la présence de deux noms de la télévision (qui se développe à grandes enjambées) : Raymond Marcillac et le Gros Léon (Zitrone). Bien entendu, pour les générations actuelles, ce dernier n’évoque rien, mais pour les autres, c’est tout un pan de la télévision qui est devant nos yeux ! Avec son enthousiasme légendaire !

 

Je terminerai en parlant de la structure du film. A sept reprise, nous avons droit à un plan fixe de la Tour Eiffel, à différents moments de la journée : sept, comme les jours de la semaine. Mais les différences notables pourraient nous faire croire que tout se passe en une seule journée puisque la lumière décline avec le moment du jour pour se raviver comme pour un lendemain.

Cela n’engage que moi, mais cela donne une impression qu’une journée – ou une partie de vie – se termine et qu’une autre commence, et heureusement ensoleillée.

Parce que c’est ce qu’il se passe dans ce film, autour de la relation entre ces deux familiers qui n’ont aucun véritable lien, mais qui sont malgré tout très attachés l’un à l’autre.

Les ennuis s’amoncèlent alors que la journée s’avance (et la nuit s’installe), et la nouvelle (et belle) journée qui s’annonce voit enfin poindre l’optimisme attendu.

 

Avec une dernière fois du Gabin, mais ça, on ne peut pas y échapper !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Le Professionnel (Georges Lautner, 1981)

[A nouveau, de véritables morceaux de résolution d’intrigue se sont glissés dans ce qui suit…]

 

Après l’épisode comique du Guignolo, Lautner tourne une troisième fois de suite avec Belmondo. Et cette fois-ci, le sujet est un tantinet plus sérieux.

Jocelyn « Joss » Beaumont (Belmondo, donc) est un agent secret d’élite français abandonné par ses supérieurs alors qu’il devait assassiner le président N’Djala (Pierre Saintons). Condamné au travail forcé, il s’évade et revient en France.

Il revient en France au moment où ce même N’Djala y est en visite officielle. Il entend bien terminer sa mission.

Evidemment, les services secrets sont sur la brèche : comment retrouver un agent rompu à tous les exercices ?

On ne peut pas, c’est un véritable professionnel. D’où le titre.

 

L’affiche est claire : Belmondo tient un revolver et met en joue quelqu’un. On ne rigole plus. Ca va flinguer ! Et d’ailleurs, ça flingue. Dans le village africain tout d’abord. A la fin, bien sûr, quand on règle les comptes. Et entre les deux ? Une chasse à l’homme. Celle de N’Djala pour Beaumont, celle de Beaumont pour les autres. Avec bien sûr issue fatale pour l’un ou pour l’autre, voire les deux. Et là encore l’affiche est claire : un cadavre sous le titre. Celui d’un homme blanc. Beaumont ? Peut-être.

Et si Belmondo tient grandement le haut de l’affiche, Georges Lautner et Michel Audiard sont tous les deux sur le même plan : les dialogues sont donc aussi importants que la mise en scène. Pourrait-il en être autrement avec ces deux-là ?

 

Et question dialogues, nous sommes servis, avec même une double citation (dans la même séquence) des Tontons flingueurs : Beaumont frappe à une porte qui est ouverte par un certain Volfoni (Pierre Vernier)… Je,’y peux rien, ça me fait toujours rire.

La rencontre avec Doris Frederiksen (Marie-Christine Descouard) est tout aussi savoureuse, encore une fois grâce à l’écriture (ciselée) d’Audiard.

Autre élément marquant de ce film : la musique d’Ennio Morricone. Chi Mai est le tube du film : pas une journée sans qu’on l’entende plusieurs fois à la radio (à l’époque), prenant même la première place du Hit-Parade de Jean-Loup Lafont (sur Europe). Et puisqu’on parle de Morricone, on peut parler de Leone : la rencontre ultime entre Beaumont et Rosen (Robert Hossein) n’est pas sans rappeler les westerns du maître…

Bref, un film qui s’écoute aussi (1).

 

Et puis il y a Belmondo.

Pas de cascade cette fois-ci, mais un jeu sérieux avec quelques pointes d’humour (merci Audiard, donc) et un gros flingue. Il est Le Professionnel dans tous les sens du terme, attirant tout l’intérêt du spectateur du début à la fin, quand il s’en va prendre l’hélicoptère.

D’ailleurs, à part pour effet final, je ne comprends pas bien la pertinence de l’envol de cet engin : personne ne monte dedans !

Quoi qu’il en soit, cette fin – tragique – donne toute sa signification au titre : il sait que son sort se décide et qu’il est funeste. Sa recommandation à la même Doris l’atteste. Et si certains spectateurs – j’en ai connus à l’époque – ont été frustrés de voir leur idole succomber (2) au tir de Farges (Bernard-Pierre Donnadieu), cette fin est tout de même logique : que lui restait-il après tout ça ?

 

PS : Pourquoi avoir ajouté un cigarillo dans la bouche de Belmondo sur certaines affiches étrangères ?

 

  1. On m’avait offert le 33 tours !
  2. Ce n’était pas arrivé depuis Borsalino (1970)… Belmondo meurt moins souvent que Delon !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Michel Audiard
Faut pas prendre les Enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages (Michel Audiard, 1968)

Surtout pas.

Et encore plus quand ils sont interprétés par ces gens-là.

 

Rita (Marlène Jobert) est une jeune femme qui n’a qu’une passion dans la vie : l’argent.

Charles (Bernard Blier) est un homme d’affaires louches qui travaille pour l’argent.

Fred l’Elégant (André Pousse) est un braqueur de premier ordre, spécialiste des explosifs, et dont l’argent est la seule motivation.

Quant à Léontine (Françoise Rosay), non seulement elle est la tante de Rita, mais elle a un passé (international) très chargé qui la voyait régulièrement visiter les banques quand elles étaient fermées.

Et tout ce petit monde se retrouve autour d’une histoire de lingots volés qui changent de mains.

 

Non, Audiard n’était pas un grand réalisateur. Il le disait lui-même, précisant que ce qui l’intéressait (outre les dialogues, bien sûr) le plus dans la conception d’un film, c’était son titre. Et pour un premier film (en tant que réalisateur), le titre à rallonge est de sortie. Par contre, le format du film est court, ce qui n’est pas trop grave : 80 minutes sont suffisantes pour une telle histoire. C’est absolument foutraque, émaillé – bien entendu – de bons mots, et les cadavres ont tendance à s’accumuler, et pas seulement dans la pension de Ruffin (Paul Frankeur). On sent que tout le monde s’amuse beaucoup dans cette intrigue hautement improbable. Outre Blier et Rosay, on retrouve quelques habitués du monde d’Audiard : André Pousse, beaucoup plus drôle que dans Le Pacha qui est sorti quelques mois plus tôt (avec Audiard aussi), ou encore Robert Dalban (Casimir), et l’incontournable Dominique Zardi qui a droit à un petit peu plus de répliques que d’habitude.

 

Comme souvent chez Audiard, on retrouve quelques critiques sociales, ici en particulier la jeunesse tendance hippie qui a envahi le même hôtel. Cette jeunesse est brocardée par les interprètes (sauf Marlène Jobert), tous ayant un âge plus ou moins avancé (Rosay, 75 ans ; Dalban, 65 ans ; Frankeur 64). Nous avons même droit à un micro-trottoir sur le sort à réserver aux criminels (ceux qui volent des lingots d’or, par exemple). Bref, on retrouve les ingrédients de « l’anar de droite » comme on pouvait le définir…

 

Et pour enrober tout cela, Audiard nous gratifie de quelques saillies dont il a le secret, surtout quand elles sont déclamées par de tels interprètes :

« La connerie à ce point-là, j’dis qu’ça devient gênant. (Fred) »

« J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse. 

- Ca c’est chouette comme métaphore. (homme de main)

- C’est pas une métaphore, c’est une périphrase (autre homme de main – Zardi)

- Ah fais pas chier !

- Ca, c’est une métaphore. »

 

Donc tout le monde s’amuse, le spectateur aussi et les différents interprètes font des adresses à l'écran, rendant complice ce même spectateur, et accentuant par là-même l’aspect absurde de cette histoire de truands pour de rire.

Bref, c’est du Audiard.

Alors on savoure.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Les Tontons flingueurs (Georges Lautner, 1963)

Il existe une analogie entre le bon vin et Les Tontons flingueurs : tous les deux se conservent très bien et chaque nouvelle dégustation apporte son lot de plaisirs supplémentaires.
Mais à la différence d’un bon vin, le stock des Tontons ne diminue pas une fois consommé. Le film reste intact pour chaque nouvelle séance de visionnage.

 

Bien sûr, ce sont d’abord des dialogues d’Audiard dont on se souvient : jamais le grand Michel n’aura été en verve. Il faut dire que les interprètes sont à la hauteur de leurs répliques, avec en tête Bernard Blier (Raoul Volfoni) qui n’avait pas son pareil pour balancer les répliques de son ami dialoguiste.

 Lino Ventura (Fernand Naudin), quant à lui, passe du côté de la comédie, lui qui jouait déjà les gros durs auparavant se retrouve dans une histoire pas sérieuse pour deux sous mais son passé de truand « sérieux » confirmé va tout d’abord nous faire croire à un film de gangsters habituel. Ce n’est pas sa première prestation chez Audiard, puisqu’on l’avait vu deux ans plus tôt dans Un Taxi pour Tobrouk, où il enchaînait les bons mots dans une atmosphère plus tragique.

Ici, sa première grande réplique – « pourquoi pas de la quinine et un passe-montagne, on croirait vraiment que je pars au Tibet » - ne nous laisse pas encore présager du ton véritablement comique que va prendre le film.

 

Ce ton, d’ailleurs, va mettre du temps à s’imposer, essentiellement quand les premiers bourre-pifs vont tomber (1). Certes, les premières interventions des frères Volfoni (Blier & Jean Lefebvre) nous donnent une indication quant au comique à suivre : le « nervous breakdown » de Lefebvre avec accent français à couper au couteau est absolument savoureux (2).

D’une manière générale, les Volfoni, et surtout Raoul, seront le ressort comique du film, accumulant bons mots et coups de poing dans la figure.

 C’est d’ailleurs cette dernière réplique qui donne tout son sel au film et en fait un témoignage précieux de la France du début des années 1960. Outre ces « crises de nerfs » anglicisées qui fleurissaient sur les lèvres des contemporains, on retrouve dans ce film de nombreux éléments de la vie sociale et politique française, voire certaines références à son histoire récente.

 

Du point de vue social, c’est l’explosion du phénomène jeune qui nous est ici présenté. En effet, depuis quelques années, les jeunes gens sont devenus une cible privilégiée des publicitaires et les adolescents sont – enfin – reconnus dans la société. Europe 1, radio phare de l’époque leur consacre même une émission quotidienne : S-L-C Salut les Copains.

On retrouve ces jeunes pendant la fête donnée par Patricia. Cette « petite dinette au coin du feu » est en fait ce qu’on appelle alors une « surprise-party » avec ses débordements inévitables dus à l’alcool (incursion de Béatrice Delfe dans la scène culte de la cuisine). Cette charmante soirée est l’occasion aussi pour l’équipe de se moquer gentiment de cette jeunesse tellement décalée avec les aînés qui nous intéressent : la musique (formidable) de Michel Magne enchaîne la mélodie habituelle avec des paroles on ne peut plus primaires – « yé yé la la » (ad lib) – pendant que les corps des adolescents se trémoussent en rythme. On retrouvera cette même propension à la danse dans le final de Ne nous fâchons pas.

Nous sommes aussi en pleine société de consommation et on peut remarquer certains éléments qui étaient en train d’envahir les ménages français : le frigo et la télévision. Mais ces deux appareils emblématiques ne sont pas encore totalement démocratisés (le frigo oui, mais pas la télévision) et le fait qu’Antoine Delafoy (Claude Rich) soit d’une bonne famille qu’on devine facilement aisée explique la présence de ce récepteur.

 

Politiquement, c’est le premier mandat du général de Gaulle et la situation algérienne est réglée (en principe) depuis les accords d’Evian l’année précédente.

C’est le Mexicain (Jacques Dumesnil) qui fait référence le premier à De Gaulle à propos de sa succession : « j’aurais pu organiser un referendum. »

C’est par ailleurs Madame Mado (Dominique Davray) qui recadre le paysage politique de ce microcosme pendant la séquence sur la péniche : « Il avait l’esprit de droite. […] Quand tu parlais augmentation ou vacances, il sortait son flingue avant que t'aies fini. Mais il nous a tout de même apporté à tous la sécurité. » N’en concluons tout de même pas que Raoul était de gauche, et de toute façon, ce n’est pas notre propos ici.

Une deuxième allusion au Général est du fait de monsieur Fernand pendant cette même séquence : « […] vous êtes des hommes d’action  je vous ai compris [...] ». Et puisque j’évoquais la Guerre d’Algérie…

 

Le contexte historique enfin.

S’il n’y a aucune référence directe à l’année 1963 (le tournage a eu lieu au début de l’année pour sortir en octobre en Allemagne de l’Ouest), on peut tout de même avancer que le film est contemporain de cette date du fait des éléments exposés ci-dessus.

Les quelques références temporelles ne sont qu’à demi précises, mentionnant des nombres d’années (15 ans, 10 ans) ou une époque particulière (« les années terribles » ; « sous l’Occup’ ») voire un lieu géographique (« Biên Hòa, pas tellement loin de Saïgon »).

Mais malgré tout, une histoire dans l’Histoire se dégage de ces quelques indications.

Tout d’abord on peut dire que le Mexicain a été exilé en 1947-48, les quinze années antérieures dont parle Fernand en début de film. Mais ce sont les déclarations de Maître Folasse (Francis Blanche) et Raoul Volfoni – voir plus haut – qui nous renseignent sur le passé de tout ce beau monde. Pendant l’Occupation, il semble que ces messieurs ont participé activement aux opérations en France.

On peut supposer qu’ils étaient du bon côté et que ça leur a servi un temps : une forme d'amnistie. En effet, Fernand Naudin n’est pas ce qu’on pourrait appeler un tendre et on peut concevoir que son passé de truand était bien chargé. Mais nous apprenons qu’il dirige une société d’engins agricoles tout ce qu’il y a de plus régulière : « Moi aussi j’ai mes affaires, tu comprends ? Et les miennes en plus, elles sont légales. »

On peut alors aisément imaginer que son raccrochage fut obtenu en contrepartie de ses activités patriotiques pendant la guerre. A moins que ce soit suite à la guerre d’Indochine, puisque le futur Vietnam semble connu de ces messieurs.

En effet, Volfoni, quand il mentionne Biên Hòa, nous ramène à cette guerre d’indépendance. Il semble donc que nos héros y aient participé, dans leur jeunesse.

 

Bref (4), si les Tontons flingueurs ont toujours le même succès – populaire parce que question critiques, ce n’était pas vraiment ça à la sortie – c’est bien sûr grâce à l’interprétation magistrale et une réalisation sérieuse sans pour autant s’y prendre trop (au sérieux). Et aussi grâce aux répliques ciselées de Michel Audiard, au sommet de son art. Mais pas seulement.

Si le film continue inlassablement à plaire aux spectateurs français, c’est avant tout parce qu’il fait partie de leur histoire et qu’il leur ressemble.

 

(1)   Léon (Marcel Bernier), le marin prolixe puis Freddy (Henri Cogan).

(2)   [nƐrvusbrƐkdon] (« nervousse braiquedaune » pour ceux qui ne lisent pas l'alphabet phonétique)

(3)   Parlez-vous Franglais d’Etiemble paraîtra l’année suivante.

(4)   Terme pas spécialement adapté après cette tartine...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri Verneuil, #Michel Audiard
Le Corps de mon ennemi (Henri Verneuil, 1976)

 

Après sept ans passés en prison (à Lomme ?), François Leclercq revient à Cournai (commune imaginaire du Nord) qu’il avait quittée après sa condamnation pour meurtre.
Seulement voilà, il n’a tué personne. Et s’il est de retour, c’est pour savoir pourquoi il a plongé à la place d’un autre, et surtout à cause de quoi et de qui.

 

Verneuil et Belmondo se retrouvent, un an après le spectaculaire Peur sur la Ville, dans un film fort éloigné racontant la quête de vérité d’un homme injustement emprisonné. Cette quête passe par de nombreux flashbacks, qui arrivent en désordre, en fonction des rencontres que fait Leclerq.

Et parmi ces gens rencontrés, seul Oscar (Claude Brosset) est réellement heureux de le revoir. Par contre, c’est de voir ce que cet ami est devenu qui amuse beaucoup moins Leclerq : travesti, il propose des séances sado-maso d’un goût fort douteux.

 

Comme de bien entendu, nous avons droit à la présence d’un grand nombre des seconds rôles et figurants qui émaillaient le cinéma français de cette période : on a même droit à mon préféré, Lionel Vitran. De plus, parmi les petits jeunes qui montent (comme on dit), on trouve Nicole Garcia et Bernard-Pierre Donnadieu qui en sont alors à leur cinquième apparition tous les deux.

Mais la bonne surprise de ce film, c’est la sobriété. Verneuil filme avec retenue ces personnages fort étonnants, usant à plusieurs reprise de monologues intérieurs : celui de Leclercq bien sûr, mais aussi de certains autres protagonistes, le premier étant l’ami de lycée, interprété par l’immuable (aux côtés de Belmondo) Michel Beaune.

Ces différents monologues amèneront des souvenirs, ceux de François bien sûr, mais les autres aussi, le retour de ce fils prodigue du pays étant bien embarrassant.

 

Autre élément de sobriété, le jeu de Belmondo. Alors qu’il enchaîne les films, deux par an de 1974 à 1976, il se retrouve ici dans un rôle beaucoup moins spectaculaire. Il n’en demeure pas moins séduisant et nous montre à l’occasion son corps d’athlète, mais sans non plus se pavaner. François Leclerq est un type relativement normal, qui plaît aux femmes (de tous âges) et n’éprouve pas le besoin de nous jouer la grande scène du II (1), avec cascades hyper-spectaculaires pour nous montrer qu’il est un bon acteur.

Face à lui, on trouve un Bernard Blier au diapason, encore une fois bien servi par les dialogues d’Audiard qui restent eux aussi sobres, sans toutefois passer outre quelques saillies qui amènent le sourire.

 

Un bémol tout de même dans cette sobriété : le personnage d’Oscar et la boîte de Leclercq (Number One).

Le personnage d’Oscar, qui joue les mères fouettardes n’est pas vraiment des plus subtils, surtout que ce personnage était videur dans la boîte sus mentionnée : Oscar fouette le maire de Cournai (Daniel Ivernel), ce dernier vêtu d’une chemise de nuit. 1968 a beau être passé par là (2), on aurait pu très bien s’en passer.

Quant à la boîte de Leclerq, on y admire des jeunes femmes dénudées et des strip-teaseuses : ce déballage était « dans l’air du temps », peut-on dire.

 

Bref, un film particulier dans la filmographie de Belmondo, où il doit seulement compter sur son talent pour gagner le public. Bien sûr, l’exploitation en salle fut moins fructueuse que Peur sur la ville, mais ce fut tout de même un succès. Et quand on voit que le film suivant Verneuil-Audiard-Belmondo est Les Morfalous, on se dit tout de même qu’on a perdu quelque chose en route.

 

  1. Ou du III, je ne sais plus…
  2. C’est d’ailleurs l’argument du maire.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Michel Audiard, #Policier
Flic ou Voyou (Georges Lautner, 1979)

Avec une pensée pour mon ami Max : 10 ans déjà...

 

Antoine Cerutti (Jean-Paul Belmondo) est de retour à Nice et a l’intention de régler quelques comptes. Il faut dire que sa sœur Rita a été tuée récemment.

Alors il se permet de drôles de pratiques franchement illégales à l’encontre de deux truands notoires : Achille Volfoni (Claude Brosset) et Théo Musard (Georges Géret).

Sauf que Cerutti ne s’appelle pas Cerutti, il s’appelle Stanislas Borowitz et il est commissaire divisionnaire.

 

Belmondo-Lautner-Audiard : le trio gagnant.

Gagnant financièrement parlant, c’est le cas. Par contre, cinématographiquement, on est beaucoup plus loin du compte.

Certes, Belmondo est en pleine forme et enchaîne les bons mots et les cascades – indispensables, bien sûr – tout comme il le fit avec Verneuil dans Peur su la Ville. On y retrouve aussi un Volfoni, et même Venantino Venantini (Mario).

Mais force est de constater que la recette qui fit mouche en 1963 n’a pas été bien respectée : au final, on a une « belmonderie » mal servie par un Audiard qu’on a connu beaucoup plus inspiré.

Les prises de vue sont toujours bien soignées (on est chez Lautner, tout de même !), mais cela ne suffit pas.

Et l’idée de doter ce superflic et super voyou d’une parentèle ne fait qu’alourdir l’intrigue : il semble qu’un père soit tout de même moins vendeur qu’un oncle (1)… Quant aux autres références aux Tontons (2), si elles peuvent faire sourire, elles ne nous avancent pas beaucoup.

 

Et pourtant ça commençait bien :

Un double assassinat dans un motel tenu par Michel Beaune (M. Langlois) et Catherine Lachens (Madame Langlois) avec de drôles d’individus qui viennent nettoyer l’endroit et déplacer ce même assassinat un peu plus loin.

Et la première intervention de Belmondo auprès de ses braves gens (3) est dans la lignée des autres productions Lautner/Audiard. Mais c’est bien peu sur les 107 minutes que dure le film.

 

Sans oublier le couplet réactionnaire sur les criminels qu'on relâche une fois arrêtés : on attendait mieux de cette association. Ce n’est pourtant pas la première fois que Belmondo récite du Audiard, mais il manque ce petit quelque chose qui faisait basculer l’intrigue dans le comique comme ce fut le cas dans d’autres associations entre ces deux messieurs du cinéma français. Alors on me dira que c’était avec d’autres que Lautner, que Bébel clamait du Audiard. Mais ça ne suffit pas : le film ne trouve à aucun moment le ton juste, ne sachant s’il doit être considéré comme une comédie ou comme un polard. Et il ne peut être les deux à la fois.

C’est peut-être là qu’il faut y voir la faiblesse de ce film.

 

Pour le reste, c’est spectaculaire, c’est Belmondo, quoi. Ca détend.

Mais il me semble qu’on pouvait tout de même attendre autre chose de ce trio « gagnant »…

 

  1. Même si les deux se guillotinent aussi bien l’un que l’autre…
  2. Le Terminus des Prétentieux, le bourre-pif dans Venantini…
  3. Doit-on y voir une raison dans l’amitié qui liait Belmondo et Beaune ? Toujours est-il que les deux interventions de Stanislas chez le couple sont, à mon avis, les meilleurs moments du film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Michel Audiard, #Comédie, #Gangsters
Ne nous fâchons pas (Georges Lautner, 1966)

« Mais ils m’ont traité de brute, monsieur le commissaire. »

La séquence d’ouverture du film nous présente trois hommes en piteux état. En face d’eux un commissaire (Serge Sauvion) qui s’adresse à monsieur Antoine Beretto (Lino Ventura), qui les a mis dans cet état.

Le ton est donné, Antoine Beretto est un croisement entre Fernand Naudin et Francis Lagneau.

En effet, il est un ancien truand retiré des voitures qui doit rempiler le temps de régler une dette (d’honneur, même s’il s’agit d’argent). D’un autre côté, il possède quelques qualités de l’agent secret Lagneau si on en croit son descriptif au début des Barbouzes : «  […] Requiem, dit Bazooka, di La Praline, dit Belle châtaigne. »

Bref, nous sommes dans la parodie, et si j’a&joute que les dialogues sont d’Audiard, vous ne pouvez qu’être convaincus.

 

Nous sommes donc trois ans après Les Tontons flingueurs, et Lino retrouve Georges Lautner pour une nouvelle histoire parodique de gangsters. Il retrouve aussi Jean Lefèbvre qui était de l’aventure des Tontons, ainsi que Mireille Darc (Les Barbouzes, 1964). Notons aussi la présence de Michel Constantin qui sera dans Le deuxième Souffle en novembre de cette même année. Pour la musique, Lautner a fait cette fois-ci appel à Bernard Gérard pour la musique, et bien lui en prit car il signer ici une bande originale inspirée avec de nombreux thèmes qui sont repris en fonction des différentes factions en présence (les Britishs et les Français), avec des sonorités qui sont celles du rock anglais de cette même période : on pense aux Who bien sûr, le groupe des Mods, mais aussi à Them (avec Van Morrison) dans la chanson finale Akou, interprétée par Graeme Allwright.

 

Mais même si nous sommes dans une parodie, ce sont avant tout des truands qui règlent leurs affaires. Mais tout irait mieux s’il n’existait pas le grain de sable qui ne fait pas que dérégler la machine, mais la fait s’autodétruire : Léonard Michalon (Jean Lefèbvre).

Tour à tour appelé « le Fléau », « le Choléra » et d’autres joyeusetés dans ce sens.

C’est un être veule et minable, doublé d’un abruti, escroc à la petite semaine dans les milieux hippiques. En clair c’est un emmerdeur de haute volée, au regard de cocker qui lui empêche d’être définitivement éliminé par son protecteur occasionnel, le sieur Beretto ci-dessus mentionné.

 

Bien sûr, on rit des différentes situations dans lesquelles se retrouve Beretto, du fait de la fréquentation de ce drôle de zigoto, et les scénario et dialogues d’Audiard accentuent la différence entre ces deux hommes. Beretto est évidemment le mâle dominant et on attend avec impatience la prochaine baffe que se prendra Michalon après une réplique un tantinet plus poussée que les autres.

Et des baffes, il en prend : il serait plus facile de dire qui des personnages principaux ne lui en met pas une, le Colonel McLean (Tommy Dugan).

 

De plus, comme nous sommes dans un film de gangsters, il faut bien que les armes parlent : dès la première apparition de Michalon, un premier mort apparaît. Puis un autre, puis douze autres ! C’est un festival pyrotechnique pour anéantir les forces du Colonel,  le tout accompagné par la musique rock de quelques Britishs plus ou moins agités.

Parce qu’on n’échappe pas à la critique déguisée de la musique de 1965-66, et surtout de ceux qui évoluent dessus : ce sont des contorsions et des hurlements qui étaient – peut-être – censées faire rire les spectateurs de 1966, mais cela tombe à plat aujourd’hui.

 

Mais ce qui ne tombe jamais à plat dans le film, ce sont les dialogues d’Audiard. Ce sont des répliques magnifiques avec envolée(s) littéraire(s) : la tirade d’introduction du commissaire en est un très bel exemple.

 

Et puis il y a la belle Mireille Darc (Eglantine Michalon), l’élément féminin important, à la répartie aussi cinglante que les hommes qu’elle doit fréquenter :

Beretto : On a toujours tendance à prendre les bruns trapus pour des gangsters mais c’est un préjugé idiot.

Eglantine : J’en connais un autre qui consiste à prendre les grandes blondes pour des imbéciles!

 

Bref, nous sommes en très bonne compagnie, et on aimerait  même en reprendre un petit peu… En attendant de revoir le film !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Comédie, #Michel Audiard
Cent mille Dollars au soleil (Henri Verneuil, 1964)

« Quand les types de 130 kilos disent quelque chose, ceux de 60 kilos les écoutent. »

Cette maxime très juste est prononcée par Rocco (Jean-Paul Belmondo), au volant de son camion, à propos des pérégrinations d’un autre chauffeur, Mitch-Mitch (Bernard Blier).

Parce qu’il s’agit ici d’une histoire de camion, et surtout de la cargaison de l’un d’eux.

Evidemment, c’est plutôt une histoire d’hommes.

Mais il y a aussi des femmes. Sans compter les hôtesses de la séquence finales, elles sont deux : Angèle (Anne-Marie Coffinet) et surtout Pepa (Andréa Parisy).

Si Angèle n’a qu’un rôle anecdotique, Pepa est l’un des centres de l’attention, mais surtout de celle de Rocco : c’est avec elle que ce dernier se fait la malle, emportant un chargement aussi mystérieux que prometteur, vers un acheteur qui ne semble pas trop regardant.

 

Mais reprenons : nous sommes dans le désert marocain, où Castagliano (Gert Fröbe) tient une entreprise de transport transsaharien. Parmi ses employés, on trouve quelques personnes au passé trouble voire bien noir, des hommes rompus qui n’ont peur de rien et boivent sec.

Pas étonnant alors qu’on retrouve derrière tout ça le dialogue ciselé du grand Michel Audiard.

Les différents protagonistes ne sont pas bien différents des autres personnages qu’Audiard a fait parler. Le changement est essentiellement dans le décor.

C’est un désert de pierres et de sable à perte de vue, une piste parfois difficile à suivre mais qui relie quelques villes les unes aux autres, et les pays les uns aux autres. Et sur ces routes, les camions de Castagliano, et leurs chauffeurs.

 

D’une certaine façon, il s’agit d’un road movie, mais sans pour autant avoir une quelconque dimension spirituelle : il n’y aura pas quelque transfiguration que ce soit : les hommes restant des hommes, et leurs rêves s’étant envolés depuis bien longtemps.

D’ailleurs au final, rien ne change : les hommes sont toujours des paumés qui retournent toujours d’où ils viennent (chez Castagliano), c’est juste la durée du voyage qui change.

 

La situation initiale, ces hommes revenus de tout, embauchés pour effectuer des livraisons sans poser de question, pourrait faire penser à ceux qu’on rencontre dans Le Salaire de la peur. Mais très rapidement, le comique s’impose, emmené par les répliques déjà évoquées.

C’est d’ailleurs au moment où on retrouve Lion Ventura et Bernard Blier et leur suite à nouveau ivres, recherchant un semblant de dignité allié à un pas mal assuré, que le basculement se fait définitivement.

 

Cette poursuite, le chargement, le désert, tout ça n’est pas bien sérieux.

J’en veux pour preuve les différentes interventions (elles sont 3) de Mitch-Mitch à la rescousse de Marec, dit le Plouc (Lino Ventura). A chaque fois c’est le même schéma : on aperçoit son camion, la musique se fait sautillante est comique (elle aussi), Blier arrive en se gaussant des infortunes du Plouc. La première fois, le camion est enlisé ; la seconde, le moteur est en panne ; quant à la troisième, il n’y a même plus de camion !

 

La seule chose qui est sérieuse, ce sont les cadrages du désert. Le format 2,35:1 permet de magnifiques panoramas des différents paysages du désert, entrecoupés par les rares villes traversées par les camions et leurs occupants.

Mais le film est en noir et blanc, et les teintes colorées qu’on aurait pu distinguer (surtout dans la cour de la séquence finale). De là à coloriser le film comme ce fut le cas à une période, il y a une marge que je me refuse à franchir.

 

Nous sommes donc dans un film comme il y en avait beaucoup à l’époque, filmant selon les mêmes codes que la décennie précédente, à l’écart de cette nouvelle vague qui s’installait et qui fut finalement plus une vaguelette qu’un tsunami, Audiard et son verbe restant les grands vainqueurs de cette période : ses répliques sont toujours autant célébrées plus de 50 ans après.

 

Certes, 100.000 Dollars n’arrive pas au niveau des Lautner de la même époque, servis par le même maître de la parole, mais on y retrouve avec plaisir les mêmes acteurs, généreux et liés par une grande amitié, et ce au-delà du film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Comédie, #Pierre Granier-Deferre, #Michel Audiard
La Métamorphose des cloportes (Pierre Granier-Deferre, 1965)

Cloporte : petit animal arthropode (ordre des isopodes) qui vit sous les pierres, dans les lieux sombres.
Ici, les cloportes sont des truands à la petite semaine qui se prennent pour des Hommes. Alors évidemment, ça fait des dégâts…

Edmond « le Naïf » (Charles Aznavour), Arthur « Le Mou » (Maurice Biraud) et Joseph Gerhard dit « le Rouquemoute » ont en vue un petit casse. Malheureusement pour eux, ils n’ont pas un flèche à mettre dans la partie pour le matériel (chalumeau). Ils vont alors démarcher un vieil ami – Alphonse Maréchal dit « Le Malin » - afin qu’il finance l’opération, en lui faisant miroiter un magot un tantinet exagéré (juste 10 fois sa vraie valeur).

Mais comme ce ne sot que des demi-sels, le coup capote et Maréchal se retrouve à l’ombre pendant cinq ans, avec une seule idée en tête : retrouver les cloportes et régler les comptes…

 

Quand le film sort, nous sommes toujours sur la vieille vague, fustigée par ces messieurs des Cahiers, et malgré la qualité de la mise en scène, des dialogues et des acteurs, le succès fut mitigé.

Pourtant, plus de cinquante ans après, on célèbre avec gourmandise le moindre film où apparaît le titre Dialogue de Michel Audiard (1). Si Audiard a écrit les dialogues, il ne faut pas oublier Alphonse Boudard qui écrivit le roman dont est tiré le film, ni encore Albert Simonin qui signa ici l’adaptation.

Bref, nous sommes en compagnie de gens de lettres, ou plutôt de « bafouilles », chacun son style, que voulez-vous.

 

Et du beau monde, il y en a aussi sur l’écran. Outre le quatuor précédemment évoqué, on trouve quelques pointures du cinéma français, et pas des moindres : Pierre Brasseur (Démuldère dit « Tonton », allez savoir pourquoi…) ; Daniel Ceccaldi (l’inspecteur Lescure) et l’incomparable Françoise Rosay (Gertrude), celle qui fournit le matériel de toute sorte (chalumeaux, flingues, papier ?). Gertrude est bien évidemment une parente de Madame Pauline, fleuriste, dans Le Cave se rebiffe.

On peut même remarquer Jean Carmet, dans un petit rôle d’efféminé, « comme ils disent… » (2)

 

On retrouve donc autour de Ventura, truand raffiné mais tout de même bien naïf, certains partenaires du Taxi pour Tobrouk, la gravité du sujet (la guerre) étant mise au rancart, pour une comédie plutôt inhabituelle : ça ne se termine pas bien pour tout le monde. Mais ça n’a pas beaucoup d’importance, le jeu des acteurs et actrice (Irina Demick) nous faisant passer un moment très agréable. Irina Demick, d’ailleurs est une « belle conne » comme on pourrait dire, à une nuance près : si elle est très belle, elle est très loin d’être conne…

Et Max dit « Le Malin », est, pour sa part, bien loin de l’être : repassé une première fois par les autres cloportes, il aura droit à un deuxième service…

 

Quant aux trois affreux, ils sont plutôt gratinés. Si Edmond et Arthur peuvent presque passer pour des durs, il en va tout autrement du Rouquemoute. Géret interprète un personnage dont la veulerie et la lâcheté se marient très bien avec l’hypocrisie. Bref, c’est le pire de tous : pas étonnant que Ventura/Maréchal le garde pour la fin. Même quand il n’est pas là, et qu’on parle de lui, ce n’est pas en bien. En plus d’être petite frappe, il a tendance à se laisser entretenir par une drôle de paroissienne : Léone (Annie Fratellini). Bien qu’elle fasse le tapin pour l’autre oisif, elle choisit ses clients et refuse les vieux messieurs. Tout un poème.

 

Je terminerai par la réflexion de Mme Gertrude à propos du Rouquemoute, mais qui convient aussi aux deux autres : « Un mec qui t’emporte une brique de matériel, qui t’laisse deux cents sacs et qui donne plus jamais de nouvelles, moi j’appelle ça une mauvaise personne. »

 

 

  1. Encadré, s’il vous plaît !
  2. N’oublions pas qu’Aznavour est là.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Jean Gabin, #Michel Audiard
Le Pacha (Georges Lautner, 1968)

Jean Gabin.

Michel Audiard.

Georges Lautner.

Le trio gagnant.

 

En 1968, avant les événements de mai, ces trois-là nous proposent un énième film policier. La gouaille de l’un, les dialogues de l’autre et la mise en scène claire du dernier et c’est dans la boîte.

En plus, les copains (comprenez : les seconds rôles habituels) sont là :

- André Pousse, tout d’abord, qui avait troqué son vélo pour la vie nocturne parisienne avant de se recycler (c’est le cas de le dire) dans le cinéma ;

- Dominique Zardi et son compère Henri Attal, inséparables seconds couteaux (voire troisièmes)

- Sans oublier l’éternel Robert Dalban et son gros pif.

Du côté féminin, c’est plutôt léger : mais si l’actrice se fait rare, ce n’est pas la première venue : Dany Carrel (qui fêtera ses 86 ans cette année) puisque ça fait déjà 15 ans qu’elle fait du cinéma.

 

Mais alors que tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment et rigoler un bon coup, Lautner et son équipe nous proposent un film d’une noirceur peu habituelle chez ce dernier.

Certes, les bons mots sont toujours là (1), mais le ton est froid, terrible, implacable.
Et tout le monde est dans ce ton. Pas de surjeu : Gabin est sobre ; André Pousse est glaçant.

 

Il s’agit d’un véritable film noir. Et violent.

Quinquin (André Pousse) est un tueur terrible, sans aucun scrupule. On est bien loin de Fred l’Elégant dans Les Enfants du Bon Dieu qui sortira six mois plus tard.

Ca flingue à tout va, au pistolet, bien sûr mais aussi à la mitraillette et au bazooka. Bref, Lautner a sorti l’artillerie lourde.

 

Mais il n’y a que l’artillerie qui est lourde. Pour le reste, c’est un film très épuré qui nous est offert. Peu de mots, des décors froids et déserts, voire mortuaires ou mortifères. La nature repose sous une couverture blanche, pendant que Quinquin abat ses complices les uns après les autres. Tout est mort.

Le final se fait dans un lieu mortifère lui aussi : une usine abandonnée, silencieuse et qui ne résonnera que des coups de feu.

Aucune chaleur. Tout est froid. Même l’amitié qui lie Joss (Gabin) et Gouvion (Dalban) est froide. Il n’y a plus d’affection entre eux. Que de l’habitude. « Mais, qu'est-ce que tu veux, c'était mon pote ! » déclare Joss à propos de Gouvion  qui vient de mourir. Et si vengeance il y a, ce n’est pas par désespoir. Non, c’est encore par habitude. Avoir buté son vieux pote est une chose qui ne se fait pas, même si c’était un fabuleux emmerdeur.

 

Et puis il y a la musique. Elle est signée Serge Gainsbourg (2), qui fait une apparition, chantant Requiem pour un Con, associé d’entrée de jeu à la mort de Gouvion. Et cette musique faite pour beaucoup de percussion et d’un peu de guitare est absolument dans le ton du film : épurée et froide.

 

 

(1) « Je pense que le jour où on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner. » (Gabin)

 

« Oh, tu sais, quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. » (Gabin)

 

« Albert, crois moi ! Comme copain d'enfance, c'était pas le grand Meaulnes, fallait se le faire. Il n'a jamais arrêté de m'emmerder. Il a pris son élan à la communale […]  » (Gabin)

 

(2) Rencontre au sommet entre Gabin et Gainsbourg au studio d’enregistrement, deux légendes de deux mondes différents : deux regards qui se croisent, deux hommes qui se jaugent. Une parenthèse qui s’ouvre et se ferme presque immédiatement : quelques secondes de flottement…

 

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