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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

musical

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame
Une Etoile est née (A Star is born (William Wellman, 1937)

Esther Blodgett (Janet Gaynor) est une jeune fille du Dakota qui a un rêve : devenir actrice. Mais dans une famille rurale, ça a du mal à passer. Heureusement, sa grand-mère (May « Annie » Robson) est là qui lui fournit les moyens (financiers) de commencer à réaliser son rêve.

Mais une fois à Hollywood, elle déchante : les jeunes filles comme elle sont innombrables. Jusqu’au jour où Danny McGuire (Andy Devine) lui trouve un extra en tant que serveuse pour la fête de fin d’un film : elle y rencontre la star masculine du moment – même s’il commence à décliner (alcool oblige) – Norman Maine (Fredric « Jekyll » March).

Il va lui permettre de pleinement réaliser ce rêve d’une vie : elle devient une star !

 

Il s’agit de l’œuvre originale – déjà retouchée quatre fois (dont une version Bollywood) – et cette histoire tragique est absolument phénoménale. Non seulement, il s’agit de l’une des plus belles mises en abyme du cinéma qui existe, mais aussi c’est un festival d’interprètes à la hauteur de l’événement. Outre le couple vedette, on peut y retrouver – voire apercevoir une kyrielle de grands noms : Adolphe Menjou (Oliver Niles, producteur), Lionel Stander (Libby), Guinn « Big Boy » Williams (que Gaynor retrouve), Francis Ford (un ivrogne…)…

Et Wellman, fort d’un sujet en or et d’une distribution prestigieuse, déroule pour notre plus grand plaisir. C’est magnifique, à tout point de vue.

 

L’intrigue est une très belle histoire d’amour entre une star montante et son pendant masculin déclinant, ce qui n’a pas échappé à Michel Hazanavicius. Un amour absolu entre deux personnes qui se sont trouvées mais, malheureusement se perdront irrémédiablement. Il faut dire que leur monde – Hollywood et l’industrie cinématographique en général – est impitoyable et qu’il suffit de peu de choses pour tomber dans la déchéance, voire l’oubli.

C’est une histoire on ne peut plus réaliste quand on se souvient de ce qu’il s’est passé dix ans plus tôt : la fin du muet et l’avènement du parlant. D’ailleurs, on retrouve cette idée chez Donen et Kelly qui restent dans la comédie, alors que Wellman, malgré quelques éléments comiques disséminés tout au long de son film, reste dans le drame.

 

Bien sûr, Maine est le seul responsable de sa déchéance, mais l’attitude- non dissimulée – de Libby est le véritable déclencheur de sa fin. Leur ultime rencontre est lourde de conséquences et marque la véritable fin de Maine : le scandale inévitable arrive et les spectateurs (involontaires) sont choqués quand ils comprennent de qui il s’agit.

Malgré l’aspect tragique de cette histoire d’amour, Wellman lui donne une dimension supérieure, faisant de Maine un personnage expiatoire voire christique.

En effet, il est le Rédempteur cher au cinéma américain. Il se sauve lui-même (1) puisqu’il met un terme – définitif – à ses problèmes, tout en permettant à celle qu’il aime de poursuivre son rêve. Bref, une fausse sad end (2)…

 

Bien évidemment, Gaynor & March sont encore une fois formidables. March est à nouveau un personnage tragique et marqué par le destin, donnant un Maine totalement dépassé par les événements et surtout le poids de sa notoriété (3). A ses côtés, non seulement Janet Gaynor est sensationnelle, mais en plus, il faut se rappeler qu’elle est la première actrice qui a reçu la statuette (4), huit ans plus tôt. Et lors de cette toute première cérémonie, c’est sa propre sœur qui, éméchée, a fait le spectacle !

Bref, Elle est ici en territoire connu.

Et on peut même imaginer aisément que le (tout) petit discours que prononce Esther n’est pas très éloigné de celui qu’elle a pu faire lors de sa récompense.

 

Alors précipitez-vous sur cette très belle version restaurée (image & son) de ce chef-d’œuvre qui, à force d’être repris, est devenu intemporel…

Et en plus, ils ne chantent pas !

 

  1. Ne voulant pas révéler toute l’intrigue, je pense tout de même que son acte n’est pas très bien vu des religieux…
  2. Le contraire de « happy end »…
  3. Le terme « has been » est d’ailleurs prononcé.
  4. C’est d’ailleurs la sienne qui est utilisée…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Robert Wise
West Side Story (Robert Wise, 1961)

Etonnamment, ce texte s'était « perdu dans le tri » et aurait dû être publié l'an passé. Soit bien avant  le film de Spielberg...

 

Plus de 60 ans se sont écoulés depuis la sortie du film, et ce dernier garde toujours sa force intacte. Robert Wise aidé de Jerome Robbins dirige cette tragédie avec brio, modernisant comme c’était prévu la pièce de Shakespeare.

La musique de Leonard Bernstein n’a pas pris une ride, enchaînant ce qui sont des classiques plus de soixante ans après la présentation à Broadway (1957).

On vibre toujours autant à cette histoire d’amour impossible entre deux jeunes gens qui ne sont pas de la même « espèce » (1).

On frémit devant cette violence annoncée et on se dit que la vie n’est pas juste et qu’il aurait suffi d’un tout petit coup de pouce du Destin dans l’autre sens pour que cette histoire se termine bien.

Parce qu’elle se termine mal. Très mal. Et les plus pessimistes – dont il m’arrive de faire partie – diront que cette histoire, sur le fond n’est pas près de se finir.

 

Leonard Bernstein (musique) et  Stephen Sondheim (paroles) – sur un livret d’Arthur Laurents – ont su adapter cette histoire d’amour absolue, remplaçant les deux familles par deux gangs issus de l’immigration : les Jets et les Sharks.

La différence qu’il existe entre eux ? La couleur tout d’abord, et la période d’arrivée aux Etats-Unis.

Et les Sharks, d’origine portoricaine ont le désavantage d’être plus foncés et arrivés récemment.

Parce que les Jets, eux aussi, ne sont pas ce qu’on peut appeler des Américains « pur souche », pour reprendre une expression nauséabonde qui est malheureusement toujours d’actualité. Ils sont arrivés – ou plutôt, leurs ancêtres – bien avant, s’intégrant petit à petit dans ce grand pays de la Liberté…

En effet, Tony (Richard Beymer) est d’origine polonaise et s’appelle en réalité Anton, Action a des ascendants italiens, d’autres irlandais…

Ils forment tous ce creuset (2) dans lequel se mélangent ceux qui sont venus en quête d’une meilleure vie, loin des persécutions et de la misère.

Mais tous ces ados n’ont pas connu cette misère que leurs parents ont dû fuir, et maintenant se comportent comme tous les autres, ceux arrivés avant eux, voire ceux qui ont fondé ce pays.

Pire, ils se décident supérieurs à ceux qui leur sont différents.

Ce sont avant tout des ados qui comme leurs aînés, s’expriment par cette violence et ce désir de domination. Ils ne sont pas loin de Johnny Strabler (Marlon Brando) dans The wild One (1953) ou évidemment Jim Stark (James Dean) (3). Eux aussi avaient cette même haine qui les animait, comme elle anime les ados aujourd’hui. Malheureusement encore, ce sera la même chose demain.

Mais heureusement, au milieu de ce monde de violence et de haine, il y a Maria (Natalie Wood) et Tony. Tony est un ancien Jet, et Maria la sœur de Bernardo (George Chakiris), le chef des Sharks.

Et puisque tout les sépare, ils vont se trouver, s’aimer, et rêver qu’il existe quelque part un endroit pour eux (4).

Mais comme pour leurs prédécesseurs shakespeariens, il n’en est rien, la mort est au bout du chemin.

 

Autant vous le dire tout de suite, je ne peux pas regarder ce film sans finir les larmes aux yeux tellement l’histoire, la musique et les interprètes sont prenants. J’ai beau avoir passé des heures à écouter la BO du film, quand Maria (Marni Nixon) et Tony (Jimmy Bryant) chantent Tonight (fin de la première partie), j’ai des frissons. Rien que d’en parler, ça me reprend.

Il faut dire qu’il s’agit peut-être du plus grand film musical qui ait été tourné.

Mais il n’y a pas que la musique. Il y a la danse qui a une place très importante et qui est absolument magnifique. Au premier abord, cela peut paraître étonnant de voir des ados qui jouent aux durs en train de danser, mais très rapidement on entre dans cet univers où la danse est une autre façon d’exprimer la violence qui est en eux.

Et le travail chorégraphique de Jerome Robbins, après la scène de Broadway, s’accorde parfaitement avec les différents points de vue dirigés par Wise et photographiés par Daniel L. Fapp. Sans oublier non plus les montages visuel (Thomas Standford) et sonore (Gilbert D. Marchant) qui donnent au film son rythme (5).

 

Parce que les plans et les différents filtres utilisés sont là encore en totale adéquation avec l’histoire.

La rencontre de Maria et Tony, pendant le bal est on ne peut plus pertinente. Tony aperçoit Maria qui en fait de même et tout autour est flou, seuls eux deux existent : c’est normal, « les amoureux sont seuls au monde », comme dans le film de Decoin (1948).

En plus, la musique ralentit qui leur permet de faire quelques pas de danse avant de s’étreindre. Le temps semble s’être arrêté. Jusqu’au moment où la musique accélère et la réalité les rattrape, les séparant.

Autre élément visuel important, la couleur : le bleu de Maria, qui lui donne une allure de Madone et qui se transformera malheureusement en Mater Dolorosa.

Et le rouge surtout, symbole du sang, messager la mort. Pas étonnant donc que Bernardo soit en rouge.

Tout comme la partie Quintet, chantée par tous les protagonistes, en groupes – Jets et Sharks – ou en individuels – Maria, Tony, Anita – et annonçant les événements de la nuit. Wise a choisi un filtre rouge des plus agressifs, se reflétant sur les lieux et surtout sur les visages, même celui d’Anita.

 

Et puis il y a la fin. Cette fin en demi-teinte, où finalement personne n’est sauvé. Les Jets et les Sharks repartent, emportant le corps de Tony, réassemblés temporairement par cette mort encore plus terrible que celles de Bernardo et Riff (Russ Tamblyn), parce que voulue.

C’est une sorte d’union sacrée qui fait s’en aller les jeunes gens, mais on sait que cette union n’aura qu’un temps et que finalement, ça recommencera. Peut-être pas dans le West Side, il suffit de regarder autour de nous pour comprendre que ça ne s’est jamais arrêté.

Hélas.

 

  1. « stick to your own kind », chante Anita à Maria (deuxième partie).
  2. Le fameux Melting-pot.
  3. James Dean était pressenti pour le rôle de Tony à Broadway, mais il mourut avant les auditions. A noter la présence (déjà) de Natalie Wood à ses côtés dans le film de Nicholas Ray.
  4. There’s a Place for us (deuxième partie) chanté par Maria et Tony.
  5. Terme on ne peut plus adéquat.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Steven Spielberg
West Side Story (Steven Spielberg, 2021)

Soixante ans se sont écoulés, et l’histoire n’a pas pris une ride. C’était déjà le cas en 1961 d’ailleurs, quand Wise a sorti son propre film : le thème de Roméo & Juliette (publié en 1597 d’après une histoire encore plus ancienne…) reste indémodable : cet amour fou qui se termine (très) mal continue d’émouvoir les spectateurs, dont votre serviteur (1).

Donc, dans le New York de la fin des années1950, deux bandes rivales se disputent le territoire du West Side (2) : les Jets et les Sharks. La seule différence entre ces deux bandes rivales : la couleur de la peau. En effet, les Sharks ont le teint plus halé puisqu’ils viennent de Porto Rico. Les autres ont le teint plus clair, puisqu’ils descendent pour la plupart des colons européens : mais tous ont un véritable point en commun : ils ne sont pas les véritables indigènes de ce grand pays.

A côté de ces deux bandes de voyous qui passent leur temps à se chercher, se développe un amour entre une fille de Porto Rico – Maria (Rachel Zegler) – et un de ces descendants de colons blancs – Anton « Tony » (Ansel Egort).

Mais bien sûr, cet amour n’est pas possible.

 

La première question qui me vint à l’esprit quand le film est sorti fut la suivante : un tel film était-il nécessaire ? Même si c’est Spielberg… Bien sûr que non (3), mais on en va pas bouder son plaisir pour autant ! Parce que ce film, s’il n’est pas « nécessaire », reste tout de même un très beau moment de cinéma comme sait (toujours ou presque) le faire Steven Spielberg. Certes, on n’imagine pas une issue différentes de l’intrigue, et donc pour une fois, cela se termine mal (4), et puisque l’intrigue est rebattue, encore une fois, c’est la façon de faire qui prime. Et là, on est servi !

 

Suivant la pratique actuelle qui veut que tous les écrits viennent en fin de film, Spielberg entre tout de suite dans le sujet, évitant l’Ouverture initialement prévue, celle qui annonçait clairement les différents thèmes qu’on allait trouver tout au long de l’histoire. C’est un quartier désolé qui nous est montré, attaqué par les boules de chantier qui détruisent ce qui furent des taudis, en attendant l’expulsion totale des différents habitants afin de créer un nouveau West Side, plus conforme à l’air du temps. Alors les bisbilles entre les deux bandes rivales semblent tout à coup bien mesquines : si un des deux clans l’emporte, des toute façon, ils seront tous envoyés ailleurs…

 

Mais c’est cet aspect bien petit par rapport à cette immense ville en mutation qui va donner cette dimension grandiose à cet amour tragique : certes, ces deux jeunes gens ne pèsent pas bien lourd face à cette transformation, mais le seul fait qu’ils existent les rend uniques et de ce fait dignes d’attention.

Et Spielberg réussit là où Wise s’était arrêté : ses acteurs ont une apparence plus jeune, comme si Spielberg avait restauré cette histoire, lui redonnant toute la jeunesse des protagonistes (5), bien qu’Ansel Elgort soit plus âgé que Richard Beymer quand il a interprété Tony en 1961 ! Et cela peut s’expliquer par un élément « signe des temps » :les jeunes gens de 1960 étaient plus mûrs que ceux de 2020. Et puis n’oublions pas non plus les effets du maquillage conjugués à ceux du numérique.

 

Et au final, ce nouveau West Side Story est une très belle surprise :non seulement Spielberg nous confirme qu’il est un très grand réalisateur, mais surtout, il donne une teinte colorée et brillante qui rehausse cette intrigue sombre, donnant, malgré l’artificialité des pas de danse un certain réalisme qui s’exprime dans les différentes séquences de violence : il réussit la synthèse adéquate entre les ballets de Wise et ceux de Kubrick dans Orange Mécanique ! (Musique : la Pile voleuse).

Et tout cela avec une profusion de couleurs qui teintent chaque moment du film : entre les tenues des protagonistes, les tentures ou même les projections solaires des vitraux, tout donne un aspect plus chatoyant que dans le premier film. A cela s’ajoute un jeu de lumières pertinent où c’est la multiplication des sources lumineuses qui accentue le grandiose de cette petite histoire, illustrant avec beaucoup de subtilité les paroles de Tonight, la chanson de la scène du balcon :

      « Tonight, tonight, the world is full of light (Ce soir, ce soir, le monde est rempli de lumières)

         with suns and moons all over the place. » (avec partout des soleils et des lunes)

Même la séquence de combat qui voit Mercutio (Riff – Mike Faist) être tué par Thibault (Bernardo – David Alvarez), lui-même tué par Roméo (Tony) reste lumineuse, et ce malgré les lumière éteintes (pour faire plus discret).

 

Et bien sûr, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Les différents interprètes sont des artistes complets : ils jouent, ils dansent et ils chantent (6). Même Rita Moreno (Valentina) peut enfin faire entendre sa voix. Elle qui fut une inoubliable Anita nous démontre pourquoi on ne pouvait pas l’entendre chanter en 1961 : sa tessiture est trop haute !

Et puisqu’on parle d’Anita, elle est ici interprétée avec brio par Ariana de Bose, formidable en tout point dans ce rôle difficile parce que déjà interprété avec beaucoup de brio…

Et si Ansel Elgort est un Tony un peu plus dégourdi que ne l’était Beymer, on notera la très belle prestation (encore une) de Rachel Zegler encore plus Maria que ne l’était l’irrésistible Natalie Wood (c’est dire !).

 

Alors oui, précipitez-vous sur cette nouvelle version, pour toutes ces qualités visuelles, mais aussi pour la musique éternelle de Leonard Bernstein !

 

  1. Je n’arrive pas à ne pas verser une larme à la fin. C’est mon côté midinette…
  2. Ce n’est pas loin de chez Aloysius Pendergast.
  3. Poser la question, c’est déjà y répondre.
  4. Ca reste rare, chez Spielberg, une fin tragique.
  5. Roméo & Juliette sont des adolescents, ne l’oublions pas.
  6. Natalie Wood (Maria) et Richard Beymer étaient doublés (7).
  7. J’espère que vous ne vous lassez pas des notes de bas de page…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Ken Russel
Tommy (Ken Russell, 1975)

Sept ans après la sortie de l’album, Ken Russell adapte le fabuleux (le mot est faible) « opéra-rock » de Pete Townshend.

Bien entendu, le 4 membres des Who sont aussi parties prenantes de la distribution.

Si Roger Daltrey endosse tout naturellement le rôle-titre, seul  Keith Moon interprète un rôle pertinent. John Entwistle et Pete Townshend se cantonnant à quelques apparitions en tant que musiciens et rien d’autres.

Tommy est – à peu près – le premier album-concept du rock’n’roll, ce que le générique appelle un « opéra rock ».

Il n’est pas question ici de définir ce qu’est un « opéra rock » et les constantes de l’opéra qu’on doit trouver dans le rock. Bref, la terminologie ne nous intéresse pas.

Il s’agit avant tout de raconter l’histoire de Tommy, jeune homme qui, dans son enfance, a dû faire avec de sacrés traumatismes :

  • Son père (Robert Powell) est mort à la guerre ;
  • En fait, il n’est pas vraiment mort, et il revient chez lui, découvrant sa femme (Ann-Margret) dans les bras (et le lit) d’un autre homme (Oliver Reed) ;
  • Comme Frank (l’amant) tue le père de Tommy sous les yeux de ce dernier, sa maman et son beau-père lui font comprendre qu’il ne doit garder aucun souvenir de cette scène lamentable.

Non seulement Tommy accepte, mais il en profite pour être aveugle, sourd et muet, et doit affronter le monde ainsi.

 

On pouvait attendre de la part de Ken Russell un « opéra rock » flamboyant, avec force scènes de décadence et moult scènes choquantes. Et étrangement, il n’en est rien.

 

C’est un festival d’images fortes mais au bout du compte assez « soft », comme disent nos amis britanniques. Les seules femmes nues qu’on peut voir sont des affiches d’un commerce que tient le beau (?) Frank. Pour le reste, si Ann-Margret est très belle (euphémisme) elle reste dans les limites de la décence (est-ce vraiment un bien ?).

Bref, on aurait pu attendre un peu plus de la rencontre entre les Who et Ken Russell.

Il n’en est rien.

 

Toutefois, les images qui nous sont proposées ne sont tout de même pas si édulcorées que ça.

On pourrait même (presque) qualifier ce film de « surréaliste » tant les plans qui nous sont proposés relèvent avant tout du rêve (Tommy) que du fantasme (sa mère).

Avec un point culminant quand la télé explose, lâchant une mousse savonneuse puis un déluge de haricots qu’on croirait tout droit sortis d’un tableau d’Andy Warhol ainsi qu’une dernière matière que même moi, daltonien notoire, ai du mal à ne pas prendre pour ce qu’elle est.

 

Et puis, il y a – surtout – la musique.

On retrouve l’album, un tantinet chamboulé mais toutes les chansons sont là, interprétées parfois par quelques pointures – Eric Clapton, Tina Turner ou Elton John – des stars qui sauront revenir au concert spécial que les Who donneront à la fin des années 1980s.

Tout de même, l’actualisation (i.e. : utiliser les sonorités de la décennie suivante) ne fut pas une bonne idée.

Non seulement la musique y acquière une marque temporelle, mais en plus, ça n’y apporte rien de transcendant (autre chose qu’on pouvait attendre).
 

Oui, on peut voir le film pour ce qu’il est : une adaptation soft de Ken Russell. Mais il faut avant tout se concentrer sur la musique originale de l’immense Pete Townshend, un chef-d’œuvre de musique rock : l'album original !

Et puis c’est tout.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bob Fosse, #Musical, #Drame
Cabaret (Bob Fosse, 1972)

Il y a Sally Bowles (magnifique Liza Minnelli), et le reste du monde. Ou plutôt de Berlin. Tout est centré sur elle. Et Liza Minnelli explose. Elle est extraordinaire. Le seul qui joue dans le même registre, c'est le Maître de Cérémonie (Joel Grey). Lui aussi est époustouflant dans ce rôle de présentateur-chanteur-danseur dans un monde en (mauvaise) évolution. Il est clair que les autres acteurs sont éclipsés par ces deux-là (surtout Liza).

 

Ca commence par un reflet - déformé - du Maître de cérémonie. Et tout ce qui va suivre est comme un reflet déformé. On croit qu'il se passe une chose, mais c'est une autre qui arrive.

Nous vivons les deux dernières années de la République de Weimar.

Au Kit Kat Club, cabaret berlinois, les filles sont belles, les artistes sont beaux, même l'orchestre est beau. Maintenant que nous sommes installés dans le saint des saints, l'histoire peut commencer.

C'est un montage parallèle qui ouvre le film : pendant que le Maître de cérémonie nous présente les artistes, nous voyons arriver Brian Roberts (Michael York) à Berlin. Il va habiter chez Frau Schneider, la chambre en face de celle de Sally.
Bientôt ils seront amis, puis amants, et puis ils rencontrent le beau Maximilien (Helmut Griem), un aristocrate...

 

Le cabaret est omniprésent dans la vie de Sally. Mais aussi dans le film où chaque chanson illustre un épisode, qu'il soit en rapport avec les personnages ou la situation de l'Allemagne : Wilkommen(Bienvenue) pour nous faire entrer dans ce monde ; Maybe this Time (Cette Fois, peut-être) quand Sally et Brian se mettent ensemble ; Two Ladies (Deux femmes), alors que Sally et Brian vont chez Max pour une relation un peu plus intime ; If you could see her (Si vous pouviez la voir[comme moi]), chanson à la chute antisémite...

Parce que pendant que Sally espère un contrat au cinéma, l'avenir de l'Allemagne se joue. Les Nazis prennent de plus en plus de place. Au début, le patron du club vire un SA qui quêtait pour son parti. Il a fini dans la rue, battu à mort par ce même SA et ses copains. Puis les nazis s'affichent de plus en plus, ayant même recours à l'assassinat, pendant que la classe supérieure (les aristocrates comme Max) se repaît de la fin de cette république, se disant qu'ils arriveront bien à museler ces fanatiques. Là encore, la réalité est vu à travers un miroir déformant.

Nous suivons donc la relation entre Sally et Brian qui évolue comme l'Allemagne : au fur et à mesure que leur relation se détériore, l'Allemagne s'enfonce dans le nazisme. Et quand ils se quittent, les nazis sont installés.

 

Bob Fosse nous propose de beaux numéros de cabaret, d'un goût plus ou moins douteux - on s'amusait ainsi, dans les années 1930 - toujours entrecoupés d'éléments montrant la montée du parti nazi. Ils prennent de plus en plus de place, jusqu'à carrément s'installer au premier rang du cabaret. Que de chemins parcourus depuis le début, sous le regard entendu de la population. La scène où un jeune Allemand se met à chanter est celle qui amène un véritable malaise : malaise pour Brian et Max, mais aussi pour nous, spectateurs. Nous assistons réellement à l'avènement du parti nazi. Ce jeune homme est un jeune hitlérien avec uniforme et croix gammée et son chant, au premier abord doux et mélodieux se transforme en véritable hymne à la jeunesse appelée à diriger le pays : Tomorrow belongs to me (demain m'appartient). Et pendant que les jeunes et moins jeunes se lèvent pour reprendre cet hymne, un vieillard, à une table, se lamente en voyant l'ampleur du phénomène. Brian et Max repartent, se rendant compte qu'ils n'arriveront jamais à contrôler un mouvement d'une telle ampleur. Cette montée en puissance se manifeste aussi dans le cabaret : on se moque d'abord d'Hitler (Le Maître de Cérémonie se passe de la boue sous le nez pour lui ressembler),  et quand il chante If you could see her, sa fiancée est une guenon. Il termine en disant qu'elle a l'apparence d'une Juive. Les esprits sont corrompus, même au Kit Kat Club.

 

Mais c'est la société allemande tout entière qui est corrompue. Tout se délite. La relation entre le trio Sally-Brian-Max est des plus décadentes : l'alcool coule à flot (surtout le champagne), ils ont une relation ambiguë, couchant les uns avec les autres sans tabou. Sally enfin, est une femme libre qui couche avec qui bon lui semble, et quand il le faut, elle n'hésite pas à avorter, crime impardonnable à l'époque. C'est aussi les dernières heures de la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) dont Otto Dix fut un formidable représentant. D'ailleurs, dans la séquence de présentation du cabaret, on aperçoit un plan d'une femme en robe, portant un monocle, une cigarette à la main : il s'agit de l'illustration parfaite du Portrait de la journaliste Sylvia von Harden par ce même artiste. Plusieurs images montrant l'Allemagne, pratiquement figées rappellent d'autre tableaux de ce grand peintre.

Hélas, les Nazis décréteront que son art est « dégénéré » et l'interdiront.

 

Le film se termine dans le même reflet déformé, après le salut final du Maître de Cérémonie, tandis que le générique se déroule dans un silence lourd, sur fond de croix gammée au bras d'un SA.

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