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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

musique

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Musique, #Dudley Murphy
Black and Tan (Dudley Murphy, 1929)

 

 

 

 

Harlem, 1927 (?)

Edward Kennedy Ellington, qu’on appelle déjà « Duke », vivote dans un (tout) petit appartement, composant sans relâche. Sa dernière œuvre : Black & tan Fantasy (1). Mais à quoi bon composer, s’il n’y a pas de travail. Heureusement, sa bonne amie Fredi (Washington) va retourner sur scène et elle lui a décroché un contrat au prestigieux Cotton Club.

Malheureusement, si elle s’était arrêtée, c’était pour des problèmes cardiaques. Et son retour est fatal : elle fait une dernière crise et mourra dans son lit, entourée du Duke, de certains de ses musiciens et d’autres chanteurs, reprenant le morceau qui donne son titre au court-métrage…

 

Si ce film est resté – fort justement – dans les annales, c’est pour deux choses : la première parce qu’on y voit ce qu’on appellerait aujourd’hui un « clip vidéo » avec une véritable intrigue, et surtout parce que c’est la première apparition du Duke au cinéma !

Et nous pouvons le voir dès l’ouverture, derrière son piano, expliquant au trompettiste (Arthur Whetsol ?) sa nouvelle composition. Mais il faut tout de même attendre la quatrième minute pour (enfin) voir son visage !

Et le contexte n’est pas très reluisant : son piano a des traites de retard et des gros bras viennent le récupérer. Mais heureusement pour le Duke, Fredi a du gin et les deux déménageurs repartent chargés, mais pas d’un piano !

Eh oui, nous sommes encore pendant la Prohibition (Volstead Act) qui ne prendra fin qu’un peu plus de trois ans après la sortie du film. Et comme le Code Hays n’est pas encore écrit, montrer des gens qui boivent librement de l’alcool est toléré.

 

Et puis il y a le Cotton Club, avec son orchestre de jazz (celui du Duke, bien entendu), ses danseurs de claquettes et son sol lustré qui sert de miroir pour certains plans. Parce que les plans de Dal Clawson sont très importants, devenant un véritable soutien à la musique (et non le contraire comme nous en avons l’habitude). Des gros plans sur les différents protagonistes, bien sûr, mais aussi des danseurs de claquettes dans une formation qui peut nous sembler incongrue à notre époque : ils sont cinq et évoluent l’un derrière l’autre dans tous leurs déplacement. Le sol miroir du Club permet aussi d’avoir un plan des pieds heurtant le sol tout en montrant les (bouts de) visages de leurs propriétaires.

Et Ce reflet bienvenu va aussi nous permettre un bel aperçu du dessous de la jupe de Fredi qui n’est déjà pas très vêtue… Là encore, l’absence du Code Hays sert très bien l’intrigue.

Dernier effet notable du chef opérateur, une caméra subjective qui nous permet de voir ce que ressent Fredi alors que son mal progresse : vue brouillée puis altérée donnant à voir une répétition d’un même plan sur l’écran, un kaléidoscope vivant qui s’empare de ce même écran jusqu’au moment fatal de la perte de connaissance.

 

Et cette intrigue, surtout sa dimension tragique sert parfaitement ce standard ellingtonien inspiré d’une marche funèbre : la dernière séquence qui voit Fredi agoniser, soutenue par les musiciens (instrumentistes & chanteurs) possède une force incroyable : c’est déjà l’enterrement de la jeune femme et les adieux de ses proches.

Et bien sûr, c’est le Duke qui conclut la vie de Fredi : un visage qui pleure et qui se brouille, interrompu par son dernier soupir.

 

Un must !

 

  1. Coécrite avec Bubber Miley

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Musique
(Photo : Anne Fonteneau-Gineau)

(Photo : Anne Fonteneau-Gineau)

Quelle énergie !

Ca avait bien commencé avec les Infamous backing Band qui avaient bien chauffé la salle de l’Alvéole 12 (1) : de Pink Floyd à Noel Redding en passant par Clapton et sa Cream… Bref, le public était prêt, et quand le rideau s’est ouvert, tout le chœur était concentré.

Alors, quand les basses (quel beau pupitre !) ont entonné « I wanna be your Slave », de la chanson éponyme de Måneskin (« Rayon de lune » ?), la soirée a véritablement commencé !

C’est plus d’une heure et quart de chanson anglophones dirigée d’une main de maîtresse par Ombeline Guetny, la cheffe de chœur qui sont passés à toute vitesse pendant que les autres Nazairiens de sortie enduraient une pluie diluvienne – avec orage – en attendant le feu d’artifice célébrant la Libération de la Poche de la ville (le 11 mai 1945).

 

Il faut dire que le chœur Axis Tune (100 % rock !) n’a pas fait les choses à moitié : près de 100 choristes (voix mixtes) pour interpréter quelques standards (David Bowie, B-52’s, Nirvana…) de cette musique qui fête cette année sa 51ème année d’existence en tant que telle (2) et d’autres éléments plus récents mais tout aussi balançant (euphémisme). Et une préparation qui remonte maintenant à septembre 2024, avec de nombreux choristes dont c’était le baptême du feu (3), tout du moins dans ce genre peu développé par le chant choral.

J’en profite au passage pour remercier et féliciter Brice Legée pour ses arrangements qui mettent en valeur l’accompagnement des différentes chansons qu’on a tendance à oublier au profit des paroles.

Le tout avec une chorégraphie assez sobre – encore que – mais soutenue par un jeu de lumières spectaculaire, donnant un effet saisissant et en parfaite adéquation avec les différents extraits proposés.

 

Bien sûr, en tant qu’angliciste, certains accents ont pu un tantinet me piquer les oreilles, mais face à l’énergie et la motivation – et le travail de justesse – on oublie très vite ce (petit) défaut. Je voudrais bien vous y voir, chanter des paroles étrangères sur un rythme endiablé (The Kids aren’t alright, The Pretender… n’est pas une chose toujours évidente, et encore moins innée !

De même la reprise de Highway to Hell (AC/DC, est-il besoin de le préciser ?), était un peu plus rapide que l’originale, mais à quoi bon reprendre exactement une chanson : c’est dans l’interprétation que s’apprécie une reprise (je ne donnerai aucun exemple de reprise calquée, chacun aura en tête le sien). Par contre, je ne citerai qu’une adaptation phénoménale : With a little Help from my friends par Joe Cocker, à Woodstock !

 

Toujours est-il que le répertoire de la soirée (le set comme on dit) s’est enchaîné avec beaucoup d’aisance et quelques apartés entre le public et Ombeline, afin de dynamiser (encore plus : comme s’il y en avait besoin !) les spectateurs comblés par ce qui leur était proposé.

Bien sûr, l’un des moments phares de cette soirée fut le Seven Nation Army des White Stripes dont l’ostinato – joué à la guitare basse – resta gravé dans les mémoires des spectateurs et fut entendu jusque dans les loges des ténors et basses bien après le concert. Sans oublier quelques interactions – là encore plus ou moins dynamiques – marquant le tempo et par toujours sur les temps forts qui ont accentué le lien créé entre le public et la centaine d’interprètes, frôlant par là-même la communion, chère notre nouveau pape (3)…

 

Bref, Si le feu d’artifices célébrant la Libération déjà évoquée ci-dessus était spectaculaire – ce que j’espère n’y étant pas présent : au moins, cela aura consolé de la pluie diluvienne – on ne m’ôtera pas de l’idée que la « place to be », ce samedi soir 10 mai 2025, c’était l’Alvéole 12 de la Base sous-marine de Saint-Nazaire !

 

Long live Rock’n’roll !

 

  1. Merci à Yann, et son équipe !
  2. C’est en 1954 que le terme « rock’n’roll » a été adopté.
  3. Allumé, bien entendu !
  4. Quand je dis « notre », c’est parce qu’il n’y en a plus qu’un : celui du Surréalisme (Breton) étant décédé en septembre 1966 et celui du Pop Art (Warhol) depuis février 1987… (Saint-Nazire,
The Infamous Backing Band (Photo : Anne Fonteneau-Gineau)

The Infamous Backing Band (Photo : Anne Fonteneau-Gineau)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Musique, #Stephen Frears
High Fidelity (Stephen Frears, 2000)

Rien ne va plus pour Rob Gordon (John Cusack).

Sa petite amie, Laura (Iben Hjejle) vient de le quitter et son commerce –il tient un magasin de disques – ne marche pas très fort.

Il faut dire que ses deux employés, Dick (Todd Louiso) et Barry (Jack Black) ne sont pas non plus des lumières.

Mais que Laura le quitte, ça, c’est trop. Il fait alors le point sur sa vie et surtout ses échecs amoureux, essayant, pourquoi pas, de renouer…

Evidemment, ça ne marche pas.

Heureusement, il lui reste la musique.

Vraiment ?

 

Cusack, encore une fois, donne le meilleur de lui-même. Il faut dire que derrière la caméra, il y a Stephen Frears. Alors évidemment, le résultat est au niveau de nos espérances. On déguste avec gourmandise cette friandise américano-anglaise, accompagnée d’une bande-son à la hauteur elle aussi et avec, cerise sur le gâteau, l’intervention d’un des interprètes (je vous laisse découvrir qui). L’errance de Rob, mâtinée aux divagations de Barry et au calme imperturbable de Dick, fait de ce film un élément à part.

 

Il faut dire que le trio masculin qui essaie de gérer le magasin de disques est assez gratiné, et si Rob semble être le plus raisonnable des trois, il n’en demeure pas moins un paumé comme les deux autres. Mais ce qui fait la force du film, c’est avant tout le (faux) dialogue de Rob  avec le spectateur. A chaque moment de sa vie – ou presque – il ne peut s’empêcher de se tourner vers nous et nous parler. Et ce même s’il y a du monde autour de lui (bus, obsèques…). D’ailleurs, on se demande presque pourquoi personne n’intervient : certes, cela ressemble à une voix intérieure, mais ce monologue donne une dimension irréelle à l’histoire (tragique ?) de Rob.

 

Mais surtout : si Rob en est là, c’est bien de sa faute. Et rappeler ses malheurs amoureux précédents pour se justifier, voire se dédouaner est totalement dans le personnage. Sauf que Laura, il semble que ce soit la bonne. Il va donc traîner jusqu’au bout sa mélancolie, accentuée par ses deux acolytes vendeurs. Pas de quoi s’en sortir. Qu’importe, il essaie d’y croire (il est bien le seul), torturé par la vision de Laura dans les bras d’un autre (sinon, pourquoi serait-elle partie ? Vous le saurez si vous voyez le film). Cet autre, c’est Ian Raymond, qu’on appelle Ray parce que Ian, ce n’est pas terrible. Et Ray, c’est le trop rare Tim Robbins (j’adore !). Il est, malgré tout, le personnage qui stimule le plus Rob, ou plutôt son imagination. Imagination qui atteint son paroxysme quand Ray va voir Rob dans son magasin.

 

Et la musique ?

En plus d’être en vente à presque chaque séquence, elle baigne admirablement le film, répondant à l’intrigue d’abord, mais aussi créant un univers tout aussi irréel que les déboires amoureux de Rob. De plus, les avis – on ne peut plus tranchés – de Barry sont contrebalancés par la réserve constante de Dick, donnant au trio un équilibre qui se construit jusqu’à se solidifier : et quand une « bonne » musique nouvelle se présente à eux, ils ne parlent plus mais écoutent.

De vrais mélomanes.

 

Donc, n’hésitez pas !

 

PS : on notera la présence – encore une fois chez Frears – de Joan Cusack (Liz), la sœur de… Un régal elle aussi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Musique, #Folle Journée, #Frédéric Chopin, #Abdel Rahman El Bacha
La Folle Journée Saint-Nazaire : Abdel Rahman El Bacha (28-01-2024)

Il n’est pas très grand. Il n’a plus beaucoup de cheveux.

Et pourtant, quand il entre sur la grande scène du Théâtre de Saint-Nazaire, qu’il s’installe au piano qui n’attendait que lui, le silence se fait automatiquement (1). Et ce silence, Abdel Rahman va le remplir, pendant près de trois quart d’heure.

 

De musique tout d’abord, avec les compositions de son compositeur fétiche, le grand Frédéric (2), dont il connaît l’œuvre complète par cœur, m’a-t-on dit. Ce sont des polonaises et des mazurkas qui vont s’enchaîner pour notre plus grand plaisir avec en bouquet final la Polonaise n° 6 en La bémol majeur, incontournable aussi parce qu’elle est archiconnue. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il est toujours plus difficile de réussir une œuvre extrêmement connue : les spectateurs ne peuvent pas s’y méprendre.

Et Abdel Rahman enchaîne ces différentes œuvres dans un silence religieux (3), ponctué par de nouveaux applaudissements, d’admiration cette fois-là.

 

Mais il n’y a pas que la musique. En plus d’une présence incroyable, ce petit bout de pianiste qui ne paie pas de mine a une prestance formidable. Le silence évoqué plus haut n’a qu’une seule explication : l’émotion.

L’émotion que ressent ce maître-musicien qui fait courir ses doigts agiles sur le clavier noir et blanc, donnant une dimension aérienne tant ses appuis sur les touches semblent des frôlements. Et quand la musique se durcit et que le volume sonore augmente, ces mêmes doigts ne perdent en rien de leur gracilité, rebondissant, tressautant pour notre plus grand plaisir.

Cette émotion est alors partagée avec chacun des spectateurs et grâce à ce jeu aérien se répand progressivement à travers la salle jusqu’aux derniers rangs du balcon, pour les malchanceux qui ont eu les dernières places (4).

 

Et cette émotion, musicale et personnelle se prolonge bien sûr dans les applaudissements du public et dans le moment qui suit le concert – hélas fini. Nous restons submergés par cette musique et surtout cette interprétation qui fige le temps et nous fait tout oublier, le temps d’un concert : l’harmonie parfaite ?

Oui, on aurait aimé que ça dure un petit peu plus longtemps, mais la Folle Journée étant ce qu’elle est, le programme n’en est que (trop) abrégé. Alors on chérit ce moment de grâce partagée et on repart avec ce contentement qui suit les grands moments d’une vie.

 

C’est d’ailleurs en repartant vers ma voiture  que j’ai croisé Abdel Rahman El Bacha : il repartait lui aussi, tout aussi souriant que le public et se prêtait gracieusement aux sollicitations des spectateurs tout aussi étonnés que moi de le voir aussi abordable. Et je dois avouer que quand je me suis retrouvé près de ce grand monsieur, je n’en menais pas large (je suis timide de nature) et il m’était difficile de lui parler tant l’émotion qu’il dégageait me submergeait. Alors on dit des banalités dans ce cas-là : même pas, car je ne pouvais exprimer tout ce que j’ai pu ressentir pendant ce moment de grâce. Alors je lui ai dit tout simplement « merci. »

 

Oui, du fond du cœur, merci Monsieur Abdel Rahman El Bacha. Et revenez-nous vite !

 

PS : un grand merci aussi à mon ami Thierry qui m’a invité et donc permis de participer à ce grand moment d’émotion.

 

  1. Après les applaudissements d’accueil, bien entendu.
  2. Chopin !
  3. Certes, on n’échappe pas aux catarrheux qui choisissent toujours de venir au(x) concert(s) pour s’exprimer.
  4. Ces malchanceux ne le sont pas tant que ça : ils étaient là !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Danse, #Carlos Saura
Flamenco, Flamenco (Carlos Saura, 2010)

Pour Corinne, inconditionnelle du flamenco.

 

Une salle.

La caméra de Carlos Saura.

Des reproductions de tableaux de maîtres.

Des musiciens.

Des chanteuses, des chanteurs.

Des danseuses, des danseurs.

20 pièces de flamenco.

Toute la vie tient dans ces 20 œuvres.

 

Voilà quelques semaines que Carlos nous a quittés, laissant plus d’un demi-siècle de cinéma espagnol. Quand sort ce film, voilà déjà 15 ans qu’il avait traité ce même sujet, avec un narrateur pour expliquer ce qu’était le flamenco. Cette fois-ci, pas de commentaire, pas d’explication. La musique. Celle des instruments, des voix, des corps. Le temps s’est arrêté, suspendu pendant ces quatre-vingt-dix-sept minutes, pour un festival de couleurs : celle de la musique, celles des tableaux, celles des corps.

Un impressionnant son et lumières où chaque interprète ne vit que pour et par un élément : le flamenco.

 

Et le flamenco prend vie, est vie. Quand Yves Parmentier déclare qu’un chanteur qui se donne à fond n’a pas un beau visage, cela s’applique encore plus à ceux qui chantent ce genre. Ce sont (presque) toujours des visages torturés, tendus qui nous sont montrés, éclairés tout le temps latéralement, laissant toujours subsister une ombre sur les corps des différents interprètes, qui eux-mêmes en laissent parfois sur les œuvres exposées : cette part des ténèbres que chacun d’entre nous possède et qu’il expose ou non.

 

Et les oeuvres s’enchaînent, presque naturellement, montrant les différentes facettes du flamenco espagnol, à l’aube des années 2010. On aura plaisir à y retrouver Paco de Lucia (il était déjà là quinze ans plus tôt), mais aussi les plus jeunes qui nous offrent le meilleur d’eux-mêmes, avec ou sans danseur, avec ou sans musique.

 

Alors quand nous ressortons de cet incroyable spectacle, ce que nous voyons, ce que nous entendons sont de véritables agressions après ce événement atemporel : une architecture moderne qui entoure la salle où nous étions, avec en fond une immense antenne parabolique. Sans oublier une sirène de police…

Vite, retournons sur nos pas !

 

NB : cette chronique est bien courte. Difficile de parler après cette immersion, sans rompre le charme….

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Musique, #Kirill Serebrennikov
La Femme de Tchaïkovski (Жена Чайковского - Kirill Serebrennikov, 2022)

Saint-Pétersbourg, 1894.

Piotr Ilitch Tchaïkovski (Odin Lund Biron) est mort, terrassé par le choléra (1). Son épouse, Antonina Milioukova (Aliona Mikhaïlova), se précipite auprès du corps, munie d’une couronne achetée pour l’occasion. Elle pénètre dans la chambre ardente et là miracle : Piotr Ilitch se relève et l’invective, affirmant qu’il ne l’a jamais aimée !

Mais revenons au début.

1872. Antonina Milioukova fait la connaissance du jeune Tchaïkovski (32 ans). Subjuguée, elle tombe amoureuse folle de cet homme brillant et va tout faire pour le conquérir et l’amener à l’épouser.

1877. Piotr Ilitch épouse Antonina Milioukova, de guerre lasse (?). S’ensuivent quelques jours de bonheur… Pour elle. Pour lui, c’est un calvaire : il est homosexuel. Et il n’y a qu’elle qui ne s’en est pas rendue compte.

 

NB : ce qui va suivre révèle la résolution de l’intrigue. Lisez à vos risques et périls…

 

Ce n’est pas la première fois qu’ Antonina Milioukova est interprétée à l’écran. La première fois, c’était dans le film de Ken Russell : La Symphonie pathétique (1971). Mais le ton ici est très différent : il s’agit avant tout de la femme du compositeur dont il est question. Piotr Ilitch n’est qu’un second rôle dans cette intrigue terrible : « une liaison malheureuse, tragique, quelque chose d'espagnol, même de russe. » (Michel Audiard in Les Tontons flingueurs)

Mais surtout, une liaison fantasmagorique, née de (dans ?) l’imagination d’une jeune femme un tantinet perdue, incapable de voir pourquoi elle a réalisé son rêve : si Tchaïkovski l’a épousée, c’est avant tout pour se protéger, l’homosexualité étant alors (déjà ?) fortement proscrite en Russie.

 

Fantasmagorique ? Bien sûr, (presque) tout le film est une fantasmagorie issue de l’esprit d’une femme malade. J’en veux pour preuve la première séquence du film qui se situe en 1894 : malgré le décalage entre les calendriers julien (en Russie) et grégorien (chez nous), Tchaïkovski est mort en 1893 !

Mais si cette folie est présentée dès le début, le spectateur n’a pas le temps de s’en rendre compte tout de suite, ce qui permet au réalisateur de dérouler tranquillement lez fil de cette histoire singulière, où tout le monde, au final est malheureux (voir citation plus haut).

Et d’une manière générale, Serebrennikov procède par touches successives pour raconter le destin hors du commun de cette femme déséquilibrée : mariée au plus grand compositeur russe (de l’époque ? de tous les temps ?).

 

Après cette première séquence fantasmée, la raison commence par s’installer et on suit avec curiosité la liaison qui s’instaure entre ces deux personnes que rien ne rassemble, si ce n’est une connaissance commune. Un peu au fait de la vie de Tchaïkovski, on peut se désoler de voir l’espoir qu’entretient Antonina Milioukova dans cet homme de génie. Et le réalisateur compte sur l’information du spectateur pour présenter les différentes rencontres entre les deux êtres : nous sommes, d’une certaine manière complices et voyons avec quelque regret cette femme s’enfermer dans une chimère et ressentons facilement les différentes hésitations, sinon les malaises du compositeur face à cette femme amoureuse.

Et cela avec en point d’orgue le mariage, véritable révélateur de l’état d’esprit de Piotr Ilitch : le cierge qu’il tient à la main s’éteint, son alliance trop étroite qui résiste à passer la phalange pour s’installer à son doigt, et celle de Antonina Milioukova qui est bien trop lâche (2), deux voitures distinctes (qui sont d’ailleurs orientées en deux directions opposées) pour les emmener au repas. Quant au repas de noces, comme le dit Liza Milioukova (Ekaterina Ermichina), la sœur de la mariée : on aurait dit un enterrement. Il faut dire que pour le compositeur, c’est sont de véritables, celles de son homosexualité. Enfin pas tout à fait. Mais pendant très peu de jours, il va, sans l’encourager spécialement (3), la conforter dans son bonheur. Au grand étonnement de ses amis (amants ?). Et ce qu’on pourrait considérer comme la « nuit de noces » tournera court, marquant définitivement la rupture entre Tchaïkovski et sa femme. A partir de là, il va fuir et ne la reverra jamais.

 

Et Serebrennikov développe la folie naissante de cette femme, par petites touches, accentuant progressivement ces débordements jusqu’à un autre point d’orgue : l’incendie du bâtiment où elle vit. Cet incendie se déclare alors qu’elle rêve. Elle rêve bien sûr de celui qu’elle aime et des enfants qu’elle n’a pas eus avec lui. Dans ce rêve il est fait référence à sa chemise de concert, qu’elle a ensorcelée pour qu’il lui revienne (c’est le cas dans son rêve), parlant même d’un pacte avec le diable. Pas étonnant alors que ce même diable se retourne contre elle et la dépouille de tout ce qu’elle avait, jusqu’à son alliance, dernier vestige physique de son amour.

 

Cette réalisation par touches successives baigne le film du début à la fin, replaçant cette liaison dans son contexte historique : là encore, ce sont des touches successives qui dépeignent la société russe de la seconde moitié du XIXème siècle : la condition féminine n’était pas très prisée, ce qui s’exprime dans les différentes prières qu’Antonina Milioukova effectue hors de l’église quel que soit le temps. On retrouve une grande différence entre l’aristocratie qui baigne dans l’opulence et s’exprime même en français, signe d’éducation, alors que les miséreux sont plus crasseux les uns que les autres. Et si la folie a gagné rapidement Antonina Milioukova, sa diatribe contre les Juifs n’est que le reflet de l’opinion publique d’alors : n’oublions pas que « pogrom » est avant tout un mot russe.

 

Ces touches successives s’expriment aussi par les différentes oppositions qui émaillent le film : l’ombre et la lumière, bien sûr, on ne peut pas y échapper (et en plus cela est très bien rendu) ; mais aussi et plus manifestement l’opposition entre le milieu masculin dans lequel s’épanouit le compositeur par rapport à la maisonnée de Sacha (Varvara Chmykova), la sœur de Piotr Ilitch, qui est composée presque exclusivement de femmes ; le temps réel et ressenti enfin, celui que vit Antonina Milioukova et qui se distord progressivement et irrémédiablement.

Je terminerai par souligner le jeu phénoménal d’Aliona Mikhaïlova qui interprète une Antonina Milioukova fantastique (au premier sens du terme) et donc fantasque, femme malheureuse par excellence, mais qui laisser toutefois planer une légère ambiguïté : cette femme a tout de même le mauvais rôle…

 

  1. Officiellement : certains pensent qu’il s’est suicidé.
  2. Voir plus bas.
  3. On notera aussi la distance qui prédomine dans les différentes « confrontations » des deux personnages.

 

 

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Martin Scorsese, #Robert de Niro
New York, New York (Martin Scorsese, 1977)

15 août 1945.
Jimmy Doyle (Robert De Niro) troque sa chemise de militaire pour une hawaïenne, ses rangers pour des chaussures bicolores et il part à la chasse. Son gibier ? Une jeune femme qui voudra bien de lui en cette grande occasion. Il rencontre Francine Evans (Liza Minnelli) qui n’est absolument pas sensible à son baratin.

Mais il y a la musique qui va les rassembler, et ils vont écumer les patelins de l’Amérique avant de se séparer : Francine est enceinte et doit se ménager.

L’orchestre continue mais doit s’arrêter, faute de public, pendant que Francine effectue quelques enregistrements, qui se révèlent de qualité.

Francine et Jimmy s’éloignent l’un de l’autre.

 

Bien sûr, on attend avec impatience la chanson éponyme, et quand elle arrive enfin, c’est presque une délivrance, pour le spectateur et les protagonistes. Il faut dire qu’elle est magnifiquement amenée, et Liza Minnelli la chante avec beaucoup de classe (1).

Mais New York, New York, c’est aussi – et surtout – un hommage aux musicals américains de l’après-guerre, et une parenté avec Singin’ in the Rain (2), autre film hommage au cinéma d’antan (les débuts du parlant). Mais, à la différence du film de Donen & Kelly, la noirceur a tendance à primer, et quand Francine s’ouvre aux couleurs (3), cela conduit à l’une des séquences les plus tragiques du film, avec la séparation inévitable. Pas étonnant alors que Scorsese parle de film musical noir.

 

On notera aussi que la dernière séquence voit Jimmy s’éloigner dans une rue sous la pluie, armé d’un parapluie qu’il ne va pas ouvrir lui non plus, mais il ne peut pas y avoir l’explosion de joie qui voyait Don Lockwood (Gene Kelly, donc) dans une situation (géographique) similaire : nous sommes chez Scorsese et la fin ne peut être une apothéose pour son personnage.

Certes, Jimmy Doyle progresse, grâce à son tube (éponyme, donc), et possède même son propre club où il reçoit quelques pointures de swing, mais au final, il n’a pas beaucoup évolué : ses chaussures sont unicolores, mais il est seul, comme au début. Et difficile de l’imaginer accompagné un jour.

 

Pour la troisième fois, Robert De Niro suit Scorsese dans cette nouvelle histoire un tantinet tragique, interprétant avec beaucoup de brio ce saxophoniste doué et on en arrive presque à croire que c’est lui qui joue vraiment à chaque fois (4) tant la posture est juste.

A ses côtés, il a une véritable chanteuse qui est – encore une fois – incroyable ! Liza Minnelli est elle aussi à la hauteur de l’enjeu, avec en point d’orgue son interprétation de ce qui est devenu depuis un standard. Encore une fois, ce sont des partitions signées par John Kander & Fred Ebb (la fois d’avant, c’était Cabaret). On vibre, et c’est ça le plus important.

Alors tant pis si ce fut un échec commercial, la musique est là, les stars aussi, et on a en prime le plaisir de voir le regretté Clarence Clemons, qui interprète Cecil Powell, un trompettiste ! (5)

 

Un film qu’on aime beaucoup, ou pas du tout.

Pour ma part, j’aime.

 

  1. Je sais que c’est Sinatra qui l’a véritablement popularisée, mais il n’empêche, je préfère Liza.
  2. On retrouve ici You are my lucky Star qui est conclut 
  3. Un cocktail qui devrait les lui faire découvrir.
  4. C’est Georgie Auld en fait qu’on entend, ce dernier interprétant aussi Frankie Harte, celui avec qui Jimmy part en tournée avant de récupérer son orchestre.
  5. Pour les néophytes, Clarence Clemons est surtout connu pour avoir joué du saxophone ténor (comme Doyle) pour le groupe qui accompagne son ami Bruce Springsteen, the E-Street Band.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Dessins animés, #James Algar, #Samuel Armstrong, #Ford Beebe Jr., #Walt Disney
Fantasia (James Algar, Samuel Armstrong & Ford Beebe Jr, etc. - 1940)

Du grand art. Extraordinaire… J’arrête là, je n’aurai jamais assez de superlatifs pour louer ce film, véritable coup de maître des studios Disney, entraînés par un homme qui, s’il n’était pas toujours très fréquentable, n’en demeure pas moins une référence pour le dessin animé : Walter Elias Disney.

Parce qu’il fallait oser un tel film : faire découvrir des œuvres classiques à un public avide avant tout d’histoires merveilleuses comme l’ont prouvé les deux précédents longs métrages : Blanche-Neige et les 7 Nains et Pinocchio.

C’est un brusque virage qui est ici proposé parce que s’il reste quelques éléments narratifs dans certaines œuvres interprétées par l’orchestre de Philadelphie, dirigé par le grand Leopold (1), ce sont avant des images animées qui sont proposées aux spectateurs : réelles tout d’abord avec l’orchestre qui s’installe et le narrateur (Deems Taylor) qui présente, puis incorporant des dessins (animés, évidemment) qui rappellent cet orchestre jusqu’à laisser la place au travail des différents animateurs.

Sublime.

 

Et comme il s’agit d’un film musical, il faut avant tout l’assimiler à un concert. Unique en son genre, bien sûr, mais rien d’autre. Et le découpage va dans ce sens : avant et après chaque pièce présentée par Deems Taylor (2) nous voyons Stokowski lancer et/ou arrêter son orchestre. Et le décor choisi pour cet orchestre est lui aussi un coup de génie : il n’y a rien qu’un fond bleu (3) sur lequel se détache une estrade où prendra place Leopold. Cet absence de décor va totalement dans le sens du projet de Disney : promouvoir la musique. En effet, seules les images issues des cerveaux fertiles des animateurs viendront agrémenter cette musique. Et c’est peut-être là qu’il faut trouver le paradoxe de cette œuvre unique.

 

En effet, Taylor commence par expliquer le premier morceau (Toccata & Fugue en ré mineur de J-S Bach), annonçant que nous sommes dans un registre non narratif et que les images qu’on va y voir peuvent sortir de notre imagination. Mais c’est bien de celle de Samuel Armstrong qu’elle est issue, épaulé par son équipe d’animateurs. Donc, une imagination bridée pour le spectateur. Mais si ce n’est que le seul reproche qu’on peut faire au film, ça ne remet pas beaucoup de choses en cause : dans ce cas-là, toutes les adaptations d’œuvres (littéraires ou picturales) sur grand écran sont bridantes

 

C’est donc un extraordinaire film que nous proposent les studios Disney, véritable œuvre artistique à mi-chemin entre la peinture et le cinéma d’animation, comme en témoignent certains plans fixes qui introduisent ou concluent certains éléments musicaux. Sans oublier une utilisation de la lumière et de l’ombre qui atteint ici certains sommets esthétiques. C’est le cas pour l’extraordinaire Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski (avant-dernière œuvre présentée) ou encore les balais dans l’Apprenti Sorcier de Dukas, qui voit pour la première fois Mickey Mouse (voix de Walt Disney) dans un long métrage.

Ce segment est très certainement celui dont tout le monde se souvient, la présence du rongeur aux gants à quatre doigts y étant pour beaucoup. Et il est difficile, aujourd’hui encore, de dissocier cette œuvre de Paul Dukas du film.

 

Autre segment quia fait la renommée du film : les dinosaures. Ou plutôt le Sacre du Printemps de Stravinsky. Bien sûr, on ne se souvient pas d’une quelconque mélodie (4) mais cette odyssée dans le passé de la Terre a un aspect aussi grandiose que le furent ces créatures. Et tant pis pour la vraisemblance : que l’archéoptéryx cohabite avec le tyrannosaure (seulemnt90 millions d’années les séparent, un instant dans l’histoire de la Terre…) ne gêne personne, et c’est tout à fait normal, nous sommes au cinéma !

Autre élément purement cinématographique : la Danse des Heures (Amilcare Ponchielli). C’est un incroyable ballet qui nous est ici proposé par Norman Ferguson et T. Hee, mélangeant allègrement les codes du ballet classique. Si les autruches font des danseuse acceptables, surtout grâce à leur longues pattes postérieures, avoir fait des éléphantes et des hippopotames des ballerines est là encore sublime : non seulement elles vont à l’encontre de ce qui se faisait (et se fait encore) dans les corps de ballet, mais en plus, l’intrigue joue sur leur présence mastoc, les jeunes danseurs étant des crocodiles dont la silhouette longiligne tranche avec celles des pachydermes.

 

Bref, c’est un festival, pour les oreilles comme pour les yeux, qui fera date dans le genre, et hissera ce film parmi les meilleurs – le meilleur pour ma part – des studios Disney. Certes, les arrangements de Stokowski d »es différentes œuvres présentées n’ont jamais été du goût de tous, mais pour ma part, même si je préfère les « originales », elles se placent dans le même cadre que tout le reste : au cinéma, tout est possible. Et il ne faut pas non p^lus négliger leur impact sur le public qui à travers ce film a pu découvrir une musique qui était un tantinet tombée en désuétude avec l’avènement du jazz.

 

Le jazz, d’ailleurs, est tout de même présent dans le film : avant de reprendre – il y a un entracte, comme au concert – les musiciens qui sont revenus se délassent improvisant une musique aux résonances jazzy. Pourquoi cet intermède « moderne » dans ce répertoire « classique » ? J’aurai tendance à penser que c’est pour montrer aux spectateurs rétifs au programme proposé que tous ces musiciens à l’apparence guindée sont comme eux : ils aiment aussi se délasser en écoutant quelque chose de plus décontracté…

 

Fantasia ? Un classique. Dans tous les sens du terme !

 

  1. Stokowski (1885-1977) !
  2. Deems Taylor était un chantre américain de la musique classique, son promoteur outre-Atlantique. Pas étonnant que Disney lui ait demandé d’assurer la présentation des différentes œuvres.
  3. Je le suppose, étant toujours aussi daltonien…
  4. Encore que…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Marion Gering
La dernière Rumba (Rumba - Marion Gering, 1935)

Le danseur Joe Martin (George Raft) gagne à la loterie. Malheureusement, son billet était un faux et c’est une belle et jeune Américaine qui empoche le gros lot : Diana Harrison (Carole Lombard). Cette injustice (pour lui) va amener son renvoi de Broadway il va donc se retrouver au Mexique où il va vivoter avec son ami Flash (Lynne Overman),

Heureusement, grâce à ce dernier et sa roublardise, il réussit à se payer un club où l’on vient se restaurer, danser et aussi le regarder évoluer sur la piste avec Carmelita (Margo).

Leur numéro ? De la rumba, bien sûr.

 

Il n’est pas étonnant que ce film ait laissé peu de trace dans la filmographie mondiale : outre sa distribution, peu à en dire. Une de ces nombreuses productions américaines de la première décennie sonore : de la musique, un peu de danse et de jolies femmes.

On peut s’apercevoir que George Raft savait interpréter autre chose qu’un rôle de gangster et qu’il danse avec beaucoup de maîtrise : certes ce n’est pas Fred Astaire, mais il tient bien la route quand même. Il faut dire que ses partenaires (Margo ou avant elle Iris Adrian en Goldie) ont du répondant et lui permettent de briller dans ces exercices chorégraphiques.

 

Bien sûr, on n’a d’yeux que pour la magnifique Carole Lombard qui, si elle ne danse pas aussi bien que les autres, n’en demeure pas moins superbe, et d’un sex-appeal fort développé.

Mais en cherchant bien, on peut aussi trouver quelques noms qui brilleront un peu plus tard en haut des affiches : Jane Wyman ou Ann Sheridan pour ne citer qu’elles.

Bien sûr, George Raft est impeccable (comme d’habitude), mais c’est son partenaire masculin qu’on remarque surtout : Lynne Overman avait une diction très particulière, caractérisée par des fluctuation de voix, un peu comme celle d’un adolescent qui mue. Cette particularité accentue son rôle de faire valoir comique.

 

Et puis ? Et puis c’est tout.

Ah non, une réminiscence de gangsters pour pimenter la fin du film, quand Joe va exécuter la dernière rumba à laquelle fait référence le titre français, mais cela ne va pas bien loin puisque personne ne meurt.

Bref, une fausse alerte qui aurait pu relancer l’intrigue et surtout l’intérêt du spectateur pour ce (court) film. (1)

 

  1. 71 minutes seulement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Musique, #Danny Boyle, #Robert Carlyle
Yesterday (Danny Boyle, 2019)

Imaginez un monde sans les Beatles (1). Un monde où il n’y a ni champs de fraises, ni longue rue venteuse, ni sous-marin jaune, ni guitare qui pleure. Une horreur !

C’est pourtant ce » qu’il arrive à Jack Malik (Himesh Patel) qui est renversé par un bus pendant une panne d’électricité mondiale de 12 secondes. Quand il se réveille à l’hôpital, il se rend compte que personne n’a jamais entendu des Fab Four. Alors lui qui est un musicien un tantinet raté, c’est l’occasion d’accéder au succès avec des chansons qui, plus de cinquante ans après, ont conservé toute leur force.

C’est donc Yesterday qui ouvre le bal, rapidement suivie par Let it be, et les autres.

Bien entendu, le succès est là. Mais avec l’amertume de celui qui sait qu’il endosse le talent des autres…

 

Si vous n’avez pas (encore) vu ce très beau film de Danny Boyle (2), je vous conseille de revenir demain, une grande partie de l’intrigue va être révélée ici: difficile en effet de faire autrement que d’en parler tant elle baigne l’esprit du film. Je m’explique : il est très difficile de disserter dessus sans révéler des éléments essentiels de cette semi supercherie. Parce que d’une certaine manière, il s’agit bel et bien d’une arnaque morale mais qui se retourne contre son instigateur : Jack sait que ce qu’il fait est malhonnête et une fois l’opération enclenchée son malaise va aller de plus en plus grandissant.

Vous voyez, je n’y arrive pas. Sauvez-vous pendant qu’il est encore temps. Enfin, ce que j’en dis…

 

A nouveau, Danny Boyle continue son œuvre originale, réussissant à dérider les spectateurs avec des sujets pas toujours très réjouissants. Et un monde sans Beatles est une idée là encore assez terrible, n’en déplaise à leurs détracteurs. Parce que sans Beatles, pas non plus d’Imagine ou de Mull of Kintyre, My sweet Lord… Bref, quelques très belles chansons (à mon avis, mais qui est partagé) en moins, et donc un recul culturel.

Mais, et c’est là qu’est aussi le côté réjouissant du film, malgré l’absence de John Paul George et Ringo (3), leurs chansons s’inscrivent tout de même dans ce monde décalé : Jack est celui qui leur permet d’exister (aux chansons).

 

Et c’est là que Danny Boyle réussit le tour de force du film : actualiser ces chansons. EN effet, pas une fois nous n’entendons l’un des 4 de Liverpool (4), Himesh Patel chantant tous ces grands succès (et en jouant des instruments, s’il vous plaît). Mais ils restent malgré tout très présents, jusqu’à presque faire une apparition : on a beau l’attendre, cette apparition, elle ne viendra jamais.

Par contre, celui qui apparaît et qu’on n’attendait (presque) pas, c’est John. Tout comme la première apparition d’Ed Sheeran (qui joue son propre rôle), celle de John est tronquée et c’est au tout dernier moment qu’elle a lieu : les spectateurs ont la même surprise que Jack en voyant un John vieilli ouvrir la porte. Juste avant on avait droit à un plan sur un dessin coloré : les dessins de John sont actuellement très prisés, comme le montre ce site.

 

Mais la rencontre – logique et magnifique – avec Lennon, est à mon avis l’un des plus beaux hommages qui ait pu être fait à ce musicien hors norme : avec Jack, c’est l’ensemble de ses fans qui l’enserrent dans leurs bras pour un câlin (hug) posthume. C’est celui qu’on voudrait lui faire, tellement il nous a manqué » depuis le 8 décembre 1980.

Et pour l’interpréter, Boyle s’est tourné vers son vieux complice Robert Carlyle qu’il venait de retrouver pour T2 deux ans plus tôt. La ressemblance est frappante et la séquence qui s’ensuit est magnifique de subtilité et de sensibilité.

 

Alors, Yesterday, une comédie ? Pas totalement, parce que le principe posé après l’accident de Jack est des plus tragiques : que serait un monde sans les Beatles et leur musique ? Mais une comédie tout de même parce que le film se termine bien : comme écrit plus haut, malgré l’absence des musiciens dans ce monde parallèle (5), les chansons sont là, amenant toujours le même bien-être à ceux qui les écoutent ou/et les chantent (séquence finale).

 

PS : J’aurais pu parler des différentes références du film mais vous pouvez les trouver sur n’importe quel site expliquant le film.

 

  1. Pas facile, même en essayant…
  2. Pléonasme, en ce qui me concerne, j’aime (très) beaucoup son œuvre !
  3. Tout du moins à un niveau de célébrité mondiale.
  4. A part…
  5. Il y manque aussi d’autres éléments que je vous laisse énumérer (ou découvrir si vous n’avez pas vu le film ni suivi mon conseil initial)…

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