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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

paul schrader

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Paul Schrader
The card Counter (Paul Schrader, 2021)

William Tell (Oscar Isaac) – c’est bien sûr un pseudonyme – est, comme l’indique le titre (1), un joueur : black jack et poker n’ont aucun secret pour lui. Pendant une de ses virées au casino, il fait la connaissance de Cirk Baufort (Tye « Cyclops » Sheridan) : le père du jeune homme ont un passé commun. Et ce passé est tout sauf reluisant : ils étaient interrogateurs à Abou Ghraib (Irak). En clair, ils ont torturé sans vergogne ni limite de nombreux prisonniers irakiens.

Mais ils ont été rattrapés par ces exactions : Tell a passé huit ans et demi en prison militaire. Pendant que leurs supérieurs s’en tiraient sans égratignure.

Et c’est là qu’intervient véritablement Cirk (2) : il propose à Tell de séquestrer, torturer et tuer l’un des pires supérieurs du lieu : John « Gordo » Rogers (Willem Dafoe).

Tell n’est pas très enthousiaste et propose à Cirk une tournée des casinos. Mais ce projet reste bien ancré dans la tête du jeune homme.

 

Pas étonnant que Martin Scorsese ait participé à la production du film : non seulement Paul Schrader lui avait écrit le scénario de Taxi Driver, mais en plus, ce William Tell est un héros très scorsesien : ne vous attendez pas à une quelconque élévation, ou alors elle ne peut être que temporaire et il retournera d’où il vient.

Tell est un homme seul, hanté par son passé de bourreau : il en rêve la nuit, bien sûr, mais ses souvenirs surgissent aussi le jour, surtout depuis l’apparition du jeune.

Et Oscar Isaac est impeccable dans ce personnage torturé (à son tour !), aux yeux tristes, bien loin de Poe Dameron (Starwars, troisième cycle) : sous ses dehors plutôt sympathiques se cache cet affreux personnage qu’il fut et qu’il essaie tant bien que mal d’exorciser.

Bien entendu, il n’y arrive pas complètement et sa proposition à Cirk est des plus glaçantes : en peu de mots et surtout grâce à une attitude accentuée par ce même regard (moins) triste, il nous montre qu’il reste toujours cet être abject qu’il pensait avoir laissé en prison.

 

ATTENTION la suite risque de révéler la résolution de l’intrigue.

Continuez à vos risques et périls !

 

Mais Schrader lui donne une chance : la rédemption. Et cette rédemption va passer par deux personnes : Cirk, bien sûr, qui lui offrira la possibilité de se venger (acceptera-t-il ?) ; et La Linda (formidable Tiffany Hadish), avec qui il retrouvera un peu de son amour propre, et même d’amour tout court.

Mais comme annoncé plus haut, il ne faut pas s’attendre à une fin heureuse : il retournera en prison pour la même raison que la première fois, torture ayant entraîné la mort.

Et Paul Schrader va filmer la séquence, d’une façon remarquable – à mon avis – restant dans la pièce que les deux protagonistes viennent de quitter, n’accompagnant les _images que des sons qui sortent de la pièce où a lieu le supplice.

Cette dernière séquence (avant la finale qui se veut un peu emplie d’espoir) fait écho au film de Scorsese susnommé : mais alors que nous suivons Travis Bickle (Robert de Niro jusqu’au bout de sa nuit, nous restons donc ici sur le pas de la porte, laissant la violence hors champ.

Cette analogie avec le héros de T. D. ne s’arrête pas là : tout comme Bickle, Tell est poursuivi par son passé militaire.

 

Mais malgré tout ça, je garde ma préférence pour le grand Martin. Le scénario n’est pas tout et parfois, la façon de filmer de Schrader est un tantinet lente, s’attardant un petit peu trop sur certains détails.

Mais qu’importe, le film se laisse regarder sans déplaisir, et on notera que l’ouverture du film se fait à l’ancienne, avec le générique principal avant que tout commence.

 

  1. Le compteur de cartes.
  2. Ca se prononce « Kirk », mais avec un C.
  3. La facilité aurait été de livrer crûment cette mise à mort

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese, #Paul Schrader
A Tombeau ouvert (Bringing out the Dead - Martin Scorsese, 1999)

« Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants, et d'une telle blancheur qu'il n'est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi. » (Marc, 9 :2-3)

 

Trois nuits.

Trois nuits de la vie de Frank Pierce (Nicolas Cage), ambulancier, à New York, au début des années 1990.
Trois nuit dans celle de New York : les petits, les sans-grade, les bas-fonds. Et la violence.

 

Martin Scorsese revient à New York qu’il avait quittée après Les Affranchis. Et encore une fois, la Ville est un lieu de violences et de désespoir.

Violence des truands, trafiquants de drogues, mais aussi violence de ceux qui essaient parfois de les sauver.
Chaque nuit est une descente aux enfers pour Frank, torturé par les esprits de ceux qu’il n’a pas pu sauver.


Et Frank essaie de se sortir de cet enfer. Chaque jour il espère qu’il sera viré. Mais chaque jour il doit reprendre le chemin des morts.

Parce qu’ils meurent tous. Sauf un : Burke (Cullen O. Johnson). Pourtant il devrait. Mais non. Il ne peut pas mourir. Le veut-il ? C’est là tout le débat dans la tête de Frank : et si Burke voulait mourir ?

Et Frank a beau s’enfoncer dans la nuit de New York, à chaque fois il revient vers Burke. Pour Burke, mais aussi pour sa fille, Mary (Patricia Arquette).

 

Frank est un Christ moderne. Il prend sur lui non pas les péchés du monde, mais la souffrance des gens. Chaque mort est une avancée de plus dans la nuit, dans sa nuit. Sa seule échappatoire : dormir. Dormir, parce que dormir, c’est mourir un peu. Mais la réalité le réveille, même dans ses rêves. Alors il boit. Il essaie trouver dans l’alcool le soulagement qu’il n’obtient pas dans le sommeil.

Et cette dimension religieuse de Frank est renforcée par l’utilisation de blancs saturés, transfiguration furtive de ce Christ, descendu dans les bas-fonds pour essayer de sauver une nouvelle vie.  Frank est le Sauveur. Mais il ne sauve personne. Ou il sauve ceux qui ne le veulent pas : Noel (Marc Anthony). Noel qui passe son temps en transit dans la salle d’urgence mais en sort toujours avant d’être soigné, jusqu’à la dernière hospitalisation.

Et puis il y a Rose (Cynthia Roman). Celle qu’il n’a pas pu sauver et qui le poursuit, qui le hante. Mais c’est normal, lui disent ses collègues Larry (John Goodman) et Marcus (Ving Rhames). Tout le monde passe par là. Il faut juste passer au-dessus.

Et c’est pour ça que Frank ne va pas bien : il revient sans cesse à ses échecs, incapable de retrouver la sensation magique d’avoir sauvé quelqu’un : quand ils donnent naissance à deux bébés, Marcus se réjouit de l’arrivée du petit garçon, alors que Frank ne retient que celui qui meurt.

 

Il y a un lien de parenté entre Frank et Travis (Taxi Driver). Tous les deux sont des oiseaux de nuit, témoins de cette nuit new-yorkaise. Mais si Travis utilise la violence pour chasser la nuit et ses démons, Frank, lui, subit cette violence et doit à un moment la vivre.

Et le paradoxe est là : la violence dont Frank et ses collègues essaient d’annuler l’effet se traduit chez eux par la conduite. Rarement on n’a conduit avec autant de violence. Le rythme des images s’accélère, la musique se fait plus forte et plus rythmée (l’incontournable rock’n’roll des films de Scorsese), et le trajet vers une victime à sauver devient une virée agressive, toujours dans cette nuit noire. Les vitesses craquent, le moteur hurle, le cadrage se déforme.

Stade ultime de cette violence routière : l’accident qui laisse un premier véhicule couché sur le flanc, puis Tom frappant le sien avec une matraque.

 

 

Et il en va ainsi jusqu’à la rédemption (je ne vous l’explique pas), toujours cette même rédemption si chère au cinéma américain. Et cette rédemption amène la transfiguration finale. Celle qui libère Frank et l’amène vers une autre vie.

Mais nous sommes chez Scorsese. Frank aura beau retrouver ce petit moment de félicité éprouvée après avoir sauvé quelqu’un, comme il l’explique au début du film, il n’en retournera pas moins dans son quotidien nocturne où se côtoient clochards et junkies, flot de malades et de familles régulé par Griss (Afemo Omilami), derrière ses inamovibles lunettes de soleil.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Drame, #Paul Schrader, #Robert de Niro, #Jodie Foster
Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976)

Travis Bickle (Robert de Niro). C'est lui, le conducteur du taxi.

C'est un insomniaque, un ancien du Viet Nam, un petit, un sans grade...

Alors pour meubler ses nuits, il devient chauffeur: « n'importe quand, n'importe où ».

Alors il charge des passagers, de toutes sortes, des hommes, des femmes, des noirs, des blancs, des gens honnêtes, des truands, et puis un soir, un enfant. Un fille de douze ans. Et demi.

Et là, sa vie bascule.

 

Travis n'est pas un type normal. Mais comme on est en 1975, on ne parle pas encore du traumatisme post-Vietnam. Pourtant, ça pourrait expliquer des choses, non ?

Il n'a pas beaucoup d'éducation : il en est gêné quand il est embauché pour faire le taxi. Et quand il rencontre Betsy (Cybill Shepherd) une belle jeune femme, il l'invite au cinéma... pornographique. C'est en vogue. Et c'est le seul qu'il fréquente.

Travis a une petite vie, dans un petit studio, à la limite de la salubrité, allongé sur un petit lit, et regarde le monde à travers la petite lucarne de sa télévision.

 

C'est cette petite vie que nous suivons. Sa lente descente en enfer qui le mènera au salut.

Dès l'ouverture, nous voyons le monde - son monde - à travers le pare-brise, un soir de pluie. C'est très coloré, mais c'est aussi déformé, distordu, agressif. Avec une sale touche de rouge. Le rouge est la couleur du film : le rouge des feux de circulations, des feux tricolores, des enseignes qui font rougir les visages, des sièges du cinéma... Et le rouge du sang ! Chaque voyage du taxi de Travis est marqué par le rouge. Parfois même, les sièges arrières en sont recouverts.

 

Et puis il y a sa rencontre avec Iris (Jodie Foster). Cette exploitation sexuelle d'une enfant, c'est trop pour lui. Alors il change. Son esprit et son apparence changent simultanément.

Amouraché de Betsy, il s'intéresse de loin à la politique. Et quand il rencontre son candidat, il lui expose son opinion. On se rend alors compte, en voyant les conseillers, que ses idées et celle du sénateur ne sont pas vraiment compatibles.

Travis a des idées de plus en plus courtes. Elles raccourcissent avec ses cheveux. Quand enfin il ne lui reste plus qu'une bande centrale, façon iroquois, il est prêt à agir. il ne veut (ni ne peut, d'ailleurs) plus réfléchir. Il va agir.

 

Cette action amènera son salut. C'est une scène forte, dans tous les sens du terme. De part sa violence qui est crue et implacable (comme toujours chez Scorsese), et de par sa portée symbolique. Le tout sans musique. Nous ne percevons que les seuls bruits de la réalité. Jusqu'à l'intervention de la police où la musique de Bernard Hermann reprend le dessus et nous amène tranquillement vers la fin, alors que l'action de la police se fait en silence.

 

Deux acteurs explosent dans ce film : 

- Robert de Niro, bien entendu. C'est un Travis des plus inquiétants. C'est un personnage autodestructeur, primaire. C'est un marginal qui essaie de s'intégrer. Mais plus le film avance, plus nous sentons que ce qui n'était qu'un TOC devient une véritable folie qui ne se guérira que de manière radicale : dans le sang !

- Jodie Foster, ensuite. Elle a presque le même âge que son personnage. Elle fait preuve d'une grande maturité pour un rôle des plus difficile, heureusement - comme elle le dit - bien épaulée par de Niro.

 

Et quand Travis reprend son travail, plus tard, le regard sur le monde, à travers le pare-brise n'est plus le même : les images sont normales - floues dans la distance, évidemment - mais il n'y a plus de transformation. les couleurs ne sont plus agressives. Elles n'apparaissent même presque plus. Le rouge a disparu.

Un peu comme si Travis avait - enfin - trouvé la paix.

 

Quelques clins d'œil enfin :

- une paire de chaussures, sur une piste de danses pendant que des couples évoluent en musique, et tout de suite, on pense au film Les Chaussons rouges de Powell.

- une chanson de Kris Kristofferson et c'est à Alice n'est plus ici, dans lequel il jouait, que nous songeons.

- et enfin, quand Travis observe Betsy qui rentre dans le QG de campagne, un barbu est assis  devant la porte : Martin Scorsese. Est-ce le même personnage que celui qui ira épier sa femme dans le taxi de Travis ?

- La réplique culte : "You're talking to me?"

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Biopic, #Drame, #Paul Schrader, #Robert de Niro

« You fucked my wife ? »

Raging Bull, c’est Jake LaMotta (bientôt 95 ans !). Un boxeur. Un vrai. Toujours debout. Jamais tombé. Pour personne.

« You fucked my wife ? »

Ca commence en 1941. Premier combat pro. Défaite. Pas vraiment justifiée, certes, mais défaite tout de même.

« You fucked my wife ? »

Ca se termine en 1964. Dans un club. Il est toujours debout. Il a toujours la rage.

Mais le temps a passé et laissé de sacrées traces.

« You fucked my wife ? »

Cette phrase est devenue culte. Et il y a de quoi : c’est celle de la chute.

 

Chez Scorsese, je l’ai déjà dit, le héros essaie de s’élever, mais quoi qu’il fasse, il retombe. Tout en bas. D’où il vient. Alors on attend. On regarde Jake (Robert de Niro) monter, monter. Et quand il est au plus haut, il pose cette question à son frère Joey (Joe Pesci) : « You fucked my wife ? »

Et là, c’est le début de la fin. Il perd tout : son titre de champion du monde, son frère, sa femme et ses enfants, et finalement, son prestige, sa fierté.

 

Mais ce film, c’est avant tout Robert de Niro. Phénoménal. Il est LE boxeur. On a parlé de son tour de force pour tenir ce rôle (prise puis perte de poids). Mais c’est ailleurs qu’il faut voir l’exploit. A partir des mémoires (assez terribles, et surtout sans concessions envers lui-même) du boxeur, il arrive à nous emmener dans ce monde impitoyable de la boxe, où rien n’est écrit, mais surtout où rien n’est clair. Malgré une volonté de réussir sans passer par le système, Jake doit se résoudre à jouer le jeu. Parce que c’est sur un ring qu’il vit. Parce que c’est pour le ring qu’il vit. Et son surnom de « Raging Bull » (taureau enragé), dû à sa combativité peut aussi rappeler les combats de corrida, où le taureau – très souvent enragé – donne tout ce qu’il a afin d’éviter la mise à mort. Et là encore, le taureau est mis à mort dans un match d’une rare violence (pour un match de boxe, c’est dire). L’image résumant le mieux ce combat est celle de la corde ensanglantée où se tenait LaMotta, alors que tout est terminé. Le sang s’écoulant goutte à goutte, noir.

 

Mais ce film est aussi la création d’un duo qui fonctionnera trois fois pour Scorsese : de Niro-Pesci (Raging Bull, Les Affranchis, Casino). Ils sont complémentaires et indissociables. Le lien qui unit les deux frères LaMotta semble aller au-delà du film. Les retrouvailles entre les deux frères étant un moment fort dans la vie de Jake.

En prime, Scorsese leur adjoint un troisième homme : Frank Vincent. Il sera là pour les deux autres films… Et devra attendre le troisième pour prendre sa revanche sur les personnages de Pesci !

 

Scorsese a choisi de filmer en noir et blanc. Il donne ainsi du recul par rapport à la violence des combats (surtout le dernier), des images fortes(le sang pisse littéralement), mais aussi du contraste dans le jeu des acteurs. (Cela permet aussi d’intégrer les images réelles de télévision)

La musique enfin est en décalage avec l’action : on entend beaucoup d’extraits de « Cavellaria Rusticana », relativement doux alors que les images de boxe sont très violentes. Ce décalage entre la violence et l’utilisation de musique classique fera l’ouverture de Casino.

 

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