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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

peter bogdanovich

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Peter Bogdanovich
(Malgré cette photo, le film est en noir et blanc !)

(Malgré cette photo, le film est en noir et blanc !)

Comme leur nom l’indiquaient, les nickelodeons étaient des lieux de spectacle où on proposait, pour 5 cents (un nickel, donc), des films de quelques minutes accompagnés ou non par un piano, et ce jusqu’au milieu des années 1910s.

Puis, les studios se sont formés et les formats se sont agrandis, sonnant la fin de ces salles.

 

Ici, tout commence en 1910 (aux alentours du 30 juillet, comme l’indique Saturday Evening Post, le journal qui ouvre le film) quand l’avocat Leo Taylor Harrigan (Ryan « Barry Lyndon » O’Neal)  se retrouve engagé malgré lui par le producteur indépendant H.H. Cobb (Brian Keith) en tant que scénariste.

Rapidement, il va même devenir réalisateur pour ce même Cobb. Malheureusement pour lui, il tombe en pleine guerre entre les studios et les indépendants (dont Cobb).

De son côté, Buck Greenway (Burt Reynolds) est embauché par ces mêmes studios pour éliminer la concurrence des gens comme Cobb (toujours lui). Mais cet emploi est trop hasardeux (et dangereux) et il va finalement rejoindre l’équipe de Harrigan, devenant leur nouveau jeune premier.

Quant à la femme, c’est Kathleen Cooke (Jane Hitchcock), que les deux hommes rencontrent et vont aimer, et qui se retrouve elle aussi entraîné dans ce qui n’est pas encore considéré comme un art, mais a tout de même un grand venir devant lui : le cinématographe.

 

C’est un extraordinaire hommage qui est rendu ici par Peter Bogdanovitch, et on ne peut pas douter qu’il maîtrise son sujet : avant de se tourner vers la réalisation, il a d’abord été critique de films. Bogdanovitch rend donc un hommage appuyé à ceux qui ont fait de Hollywood ce que nous connaissons. Mais outre D.W. Griffith, aucune personnalité de l’époque n’est citée. Pourquoi Griffith ? Parce que le film se termine dans la nuit du 8 au 9 février 1915, après la première de son film Naissance d’une Nation.

Mais s’ils ne sont pas cités, d’autres n’en demeurent pas moins présents dans cette histoire un tantinet loufoque : Harrigan possède un canotier et des lunettes rondes qui n’est pas sans nous rappeler un comique de la période, et sa façon d’échapper à un mari violent sur une planche contre une palissade nous ramène à Cops, d’un autre comique de cette même période, qu’on voit rarement sourire…

 

Bien entendu, nous avons droit aux tartes à la crème et autres chutes comiques indispensables, mais, à l’instar des productions de Sennett, Bogdanovitch les inscrit dans son intrigue principale et non pas dans une quelconque mise en abyme. Et le réalisateur utilise à l’envi ces ressorts burlesques, rappelant avec justesse les débuts de cet art balbutiant.

De plus, il est soutenu par une distribution impeccable : Ryan O’Neal (qu’il retrouve pour la troisième fois) et Burt Reynolds, chacun dans sa partie (le réalisateur & l’acteur), donne le ton juste pour cette comédie qui aurait pu n’être qu’une suite de saynètes sur le sujet, rappelant à chaque fois au spectateur des éléments de cette époque révolue.

 

Non. Bogdanovitch va plutôt évoquer certains éléments sans pour autant attendre du spectateur qu’il reconnaisse la provenance initiale de tel ou tel plan. Et d’ailleurs heureusement parce qu’on aurait vite tourné en rond et surtout, le public n’aurait pas tenu pendant les deux heures que dure ce film.

C’est donc par petite touche qu’il nous rappelle à ses pionniers, jusqu’au 8 février 1915, avec même la présence de Griffith : assez loin toutefois pour qu’on croie que c’est réellement lui qui apparaît pour saluer le public… Et même cette incursion d’un véritable film de l’époque (tout le reste est recréé) est habilement montrée : on se concentre sur Ben Cameron (Henry B. Walthall) et la reconstruction de la Guerre Civile, laissant de côté l’aspect plus polémique qui donnait au film son titre premier, traitant de la création du Klan. Parce qu’on le veuille ou non, ce film reste un repère pour l’industrie cinématographique américaine : jamais avant on n’avait fait un tel monument. (1)

 

Et si on s’amuse beaucoup dans ce film, n’oublions pas ce qui se cache derrière et qui est superbement exprimé par H.H. Cobb – comme quoi, il n’est pas complètement mauvais – et qui résume avec justesse la seule raison d’être de tous ces films :

« Tous ces gens qui vont voir des films… Et qui, pour beaucoup, ne parlent même pas l’anglais ! Mais ils n’ont pas besoin de le parler, parce que les images sont un langage à elles seules – comme la musique, mais pour les yeux. Et si on si on s’y prend comme il faut, alors, peut-être… que ce qu’on fait… va leur apporter… des petits bouts… des instants… qu’ils n’oublieront jamais ! » (2)

Oui : jamais !

 

PS : Mary Pickford aussi est citée, mais sans effet sur l'intrigue.

 

  1. Heureusement, depuis, on en a fait d’autres, et pas tous polémiques !
  2. « All those people, goin' to see the pictures... and a lot of 'em can't even talk American. And then they don't have to, because pictures are a language that everybody understands - like music, for the eyes. And if you're good, if you're really good, then maybe... what you're doin' is... you're givin' 'em little... tiny pieces of... time, that they never forget. » (H.H. Cobb) 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Peter Bogdanovich
La dernière Séance (The last picture Show - Peter Bogdanovich, 1971)

Bien sûr, si des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans les mots qui suivent, vous aurez été prévenu·e·s…

 

Anarene, Texas, 1951.

On s’ennuie ferme dans cette bourgade texane, quand on est jeune. C’est le cas de Sonny Crawford (Timothy « Johnny » Bottoms), qui suit les cours du lycée et arrondit ses fins de mois au chantier pétrolier. C’est aussi le cas de Duane (Jeff « El Duderino » Bridges) qui a un avantage sur son (meilleur) ami : il sort avec la belle Jacy Farrow (Cybill Shepherd), et ça a l’air franchement sérieux.

Mais on sent qu’il manque quelque chose à ces adulescents. Un peu d’aventure, de fantaisie, de… Ce que vous voulez !

Que reste-t-il alors à ces jeunes gens ? La guerre (de Corée) ou la vie plus ou moins stéréotypée de leurs parents… Sans véritablement de variante possible.

 

Cette dernière séance, c’est celle du cinéma d’Anarene, après une séance de Red River (Howard Hawks, 1948), même pas un film de l’année, c’est vous dire la misère dans laquelle est tombé ce lieu culturel : quand le film commence, c’est Father of the Bride (Vincente Minelli, 1950), vite remplacé par Winchester ’73 (Anthony Mann, 1950), de la même époque.

Mais ce qui saute aux yeux de cette époque, c’est le désœuvrement. Et Peter Bogdanovitch rend très bien compte de cette période à travers ces (ses) trois héros (qui n’en sont pas).

Mais la grande différence, c’est qu’entre 1951 et la sortie du film, la révolution sexuelle est passée par là, et on ne se gêne plus pour montrer les corps (féminins, surtout) dans leur simple natureté. Pour les hommes, c’est encore un peu tôt semble-t-il… Toujours est-il que la belle Jacy est attirée par ces riches (plus ou moins) oisifs qui se baignent nues dans la piscine, s’affranchissant des conventions, ce que Duane n’est pas capable de faire.

 

Mais malheureusement pour elle, elle sera rattrapée par son époque, et si elle ne finit pas avec Duane – qui part en Corée – elle n’en finit pas moins avec Sonny, et ce n’est pas faute d’avoir essayé !

Rien d’étonnant cela : jamais il ne remettent en cause ou en question leur vie. Ils ferons comme leurs parents avant eux (etc.), comme le montrent les deux interventions de l’hymne du lycée : la première est spontanée, dans la voiture de Jacy, et chacun semble y trouver son contentement. La seconde, c’est quand la nouvelle équipe se prépare au match d’ouverture de la saison. Sonny, même s’il a quitté l’école ne peut s’empêcher de le chanter. Par réflexe plus qu’autre chose.

Parce qu’on sent que ces jeunes personnes étouffent. A l’instar des jeunes Anglais dans les premières années Thatcher (1), peu d’opportunités s’offrent à eux : la guerre ou le conformisme (le chômage pour le héros de Loach). Mais quand Bogdanovitch nous décrit cette situation, il n’est pas tellement loin de celle qu’on attend des jeunes gens vingt ans plus tard : le même conformisme un tantinet consumériste ou la guerre, celle du Viêt-Nam.

 

Et Bogdanovitch ne donne aucune solution. Il laisse ses personnages à leur – triste ? – sort, mais ont-ils le choix ? La seule opportunité qui s’offre à eux, c’est le rêve : celui de croire qu’on peut être heureux malgré le poids familial. Une véritable chimère pour ces jeunes gens coincés : trop jeunes pour avoir fait la Guerre (41-45), et trop jeune pour attendre le milieu des années 1960 : quand elles arriveront, ce sera trop tard.

Pour eux. Pas pour leurs enfants.

Enfin j’espère…

 

  1. Cf. Looks and Smiles  (Ken Loach, 1981)

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