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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

pierre granier-deferre

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
La Horse (Pierre Granier-Deferre, 1970)

Messais (fausse localité du Calvados). Ses marais, son gibier d’eau, ses exploitations agricoles, ses truands.

Parmi les fermes du coin, on trouve celle d’Auguste Maroilleur (Jean Gabon), sexagénaire éleveur de bovins, qui tient sa ferme d’une main de maître, fils et petit-fils d’agriculteurs.

Mais la relève est difficile : il n’a eu que des filles, et son petit-fils est plus intéressé par la vie facile que par se lever à cinq heures tous les matins.

Et en plus, ce petit monsieur (Marc Porel) fait dans le trafic de drogue : il travaille sur un transatlantique et a des facilités pour passer des commandes…

Seulement voilà : quand on utilise son repère de chasse pour stocker la marchandise (1), une limite a été franchie.

Maroilleur, en plus d’ordonner le silence à sa progéniture (et rapportés), va régler cette histoire à sa manière.

 

Gabin continue à vieillir, et continue aussi à trouver des rôles à sa mesure. Il est ici un patriarche autocratique normand, dont les réponses – au juge (Pierre Dux) par exemple – sont dans la lignée de ses origines… C’est un homme de peu de mots, mais qui agit sans hésiter. Pour protéger sa famille (ses filles et leurs enfants surtout), et aussi sa ferme dont il a hérité et à qui il voue un respect démesuré.

Et comme tout cela est menacé, il va tout faire pour éliminer cette menace, et par extension ceux qui en sont à l’origine. Alors ça casse, ça viole et ça flingue, comme la plupart du temps dans ces cas-là. Et quand la police arrive sur les lieux : il n’y a (presque) plus rien, ou alors rien de bien grave.

Parce qu’à l’instar des mafieux, cette famille paysanne n’est pas très diserte. Il faut dire que le patriarche dirige  son monde d’une main de fer et nul n’ose remettre en cause ses ordres. Pis que cela : ses deux gendres n’ont aucune voix au chapitre, restant dans un rôle de géniteur-travailleur.

 

Avec La Horse, Pierre Granier-Deferre renoue avec le film paysan, dans la droite lignée du formidable Goupi Mains Rouges de Jacques Becker (1943) : des dialogues brefs, une famille de trois générations sous le même toit, et même un cousin qui revient d’Indochine, Bien-Phu (André Weber), après sept ans passés là-bas. Mais alors que Goupi-Tonkin (Le Vigan) était ravagé, Bien-Phu, lui, a encore toute sa tête, et obéit aveuglément à son oncle : il est son bras armé, dans tous les sens du terme.

C’est un vase très clos, où les étrangers – et encore moins la police – n’ont à intervenir. Et Granier-Deferre fait reposer le poids de la famille sur les épaules solides de son acteur principal, qui trouve » là un de ses meilleurs rôles de l’époque. Pas très éloigné dans les faits d’un autre patriarche dans son film précédent (Le Clan des Siciliens) : pour lui aussi, la famille est primordiale.

 

De plus, Granier-Deferre réussit à éviter les gueulantes célèbres du patriarche, ne lui laissant qu’une occasion de s’emporter (un petit peu), mais à bon escient.

Bref, Gabin termine sa quatrième décennie de cinéma en beauté, et avec le même Granier-Deferre ? Il abordera la suivante dans un autre film marquant, Le Chat.

Bien sûr, on a aussi plaisir à retrouver quelques figures de l’époque : outre André Weber et Christian Barbier (Léon, le premier gendre), on reconnaît, malgré ses lunettes noires, l’inévitable Dominique Zardi, dans un rôle un tantinet plus sérieux que d’habitude.

Le tout servi par des dialogues adéquats signés par Pascal « Le Zubial » Jardin (qui cosigne aussi le scénario), et les musiques conjointes de Vannier et Gainsbourg qui s’adaptent parfaitement à cette intrigue rurale plutôt noire.

 

Quant aux femmes, elles n’ont pas la meilleure place : tout juste leur est-il possible démettre un quelconque avis, elles doivent surtout tenir leur langue et servir les hommes.

 

  1. De l’héroïne, appelée aussi « horse », d’où le titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
Le Chat (Pierre Granier-Deferre, 1971)

« Le Chat ».

C’est la première chose que nous voyons Julien Bouin (Jean Gabin) dire à Clémence (Simone Signoret). Enfin « dire » est un bien grand mot. « Ecrire » serait plus juste : Julien ne parle plus à Clémence. Ils vivent ensemble dans leur pavillon de banlieue en attendant l’expropriation : place aux grands ensembles (1). Même ensemble n’a plus son sens premier. Ils cohabitent, l’un à côté de l’autre.

Tout ça à cause du chat. Greffier. Julien l’a ramené un soir et petit à petit, il a remplacé Clémence dans le cœur de Julien, la délaissant inexorablement. Jusqu’au soir où…

 

Magnifique.

Un huis clos pas si fermé – on sort de ce pavillon promis à la démolition – mais qui n’en demeure pas moins étouffant, surtout pour ces deux personnages somme toute très semblables, usés par la vie et l’amour. Et le choix de ces deux « monstres sacrés » pour interpréter ces deux anciens amants est on ne peut plus pertinent. Ils sont tous les deux, d’une certaine manière des symboles cinématographiques de cette banlieue un tantinet bucolique, celle des guinguettes : La belle Equipe pour Gabin, Casque d’Or pour Signoret.

Parce que l’un des éléments omniprésents de ce film, c’est l’urbanisation galopante qui transforma les banlieues en cités dortoirs, alignant le béton et entassant les gens (2).

Et Granier-Deferre insiste sur la destruction du quartier, prélude à l’apparition d’un énième immeuble : chaque coup de boule de démolition se répercute sur l’amour agonisant de Clémence et Julien, les précipitant toujours plus vers l’abîme final.

 

De même Granier-Deferre évite le piège évident de tourner avec deux grands artistes : le surjeu. Gabin est dans la dernière partie de sa carrière, et les rôles de patriarches bougons voire gueulards sont légion. Ici, pas de gueulante, pas d’emportement. De la sobriété, tout simplement : Gabin savait encore faire autre chose que du Gabin… La gueulante, c’est Signoret qui y a droit : elle s’emporte, vidant ce qu’elle a sur le cœur à propos de ce chat, sans tomber dans l’excès. Il faut dire que son personnage de femme délaissée est déjà assez ingrat pour en rajouter. D’autant plus qu’il y a une différence d’âge certaine entre elle et Gabin. Dans le roman de Simenon, seules deux petites années séparent les deux protagonistes, alors que 17  ans séparent les deux interprètes. Et Signoret n’en assume que mieux la marque terrible et inévitable du temps, elle qui fut si belle dans sa jeunesse (3).

 

L’autre atout du film, c’est la narration. Granier-Deferre joue avec le temps du récit avec beaucoup de bonheur, amenant des flashbacks plus ou moins éloignés : le temps de la jeunesse des héros (3), et celui plus proche qui a amené le mutisme de Julien. Le premier sert à créer le contexte du film : ce couple qui s’est aimé et qui ne s’aime plus, qui fut insouciant comme on l’était au sortir de la guerre – le temps des promenades en barque (sur les bords de la Marne, cela va de soi), quand Clémence se baignait nue. Dans ce passé lointain, le parti pris est celui de la caméra subjective : c’est un coup Julien, un coup Clémence qui nous partagent leurs souvenirs de cette époque d’avant. Seules les voix de Gabin et Signoret sont identifiables : leurs voix actuelles (de 1970), parce que les souvenirs mélangent toujours tout.

 

Quant à la deuxième époque des flashbacks, elle montre graduellement comment ce chat rencontré un soir va précipiter ce qui était inéluctable : la fin de l’amour.

Encore que…

 

  1. « J’avais rêvé de grands ensembles / Ensemble est un si joli nom. » (Bernard Haillant, Béton armé)
  2. Rassurez-vous, cette tendance bétonnante est toujours d’actualité…
  3. Qu’on ne s’y trompe pas : Simone Signoret, malgré le passage des années, demeure toujours aussi magnifique.
  4. C’est là la grande différence avec Simenon : dans le roman original, les deux se rencontrent (très) tardivement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Comédie, #Pierre Granier-Deferre, #Michel Audiard
La Métamorphose des cloportes (Pierre Granier-Deferre, 1965)

Cloporte : petit animal arthropode (ordre des isopodes) qui vit sous les pierres, dans les lieux sombres.
Ici, les cloportes sont des truands à la petite semaine qui se prennent pour des Hommes. Alors évidemment, ça fait des dégâts…

Edmond « le Naïf » (Charles Aznavour), Arthur « Le Mou » (Maurice Biraud) et Joseph Gerhard dit « le Rouquemoute » ont en vue un petit casse. Malheureusement pour eux, ils n’ont pas un flèche à mettre dans la partie pour le matériel (chalumeau). Ils vont alors démarcher un vieil ami – Alphonse Maréchal dit « Le Malin » - afin qu’il finance l’opération, en lui faisant miroiter un magot un tantinet exagéré (juste 10 fois sa vraie valeur).

Mais comme ce ne sot que des demi-sels, le coup capote et Maréchal se retrouve à l’ombre pendant cinq ans, avec une seule idée en tête : retrouver les cloportes et régler les comptes…

 

Quand le film sort, nous sommes toujours sur la vieille vague, fustigée par ces messieurs des Cahiers, et malgré la qualité de la mise en scène, des dialogues et des acteurs, le succès fut mitigé.

Pourtant, plus de cinquante ans après, on célèbre avec gourmandise le moindre film où apparaît le titre Dialogue de Michel Audiard (1). Si Audiard a écrit les dialogues, il ne faut pas oublier Alphonse Boudard qui écrivit le roman dont est tiré le film, ni encore Albert Simonin qui signa ici l’adaptation.

Bref, nous sommes en compagnie de gens de lettres, ou plutôt de « bafouilles », chacun son style, que voulez-vous.

 

Et du beau monde, il y en a aussi sur l’écran. Outre le quatuor précédemment évoqué, on trouve quelques pointures du cinéma français, et pas des moindres : Pierre Brasseur (Démuldère dit « Tonton », allez savoir pourquoi…) ; Daniel Ceccaldi (l’inspecteur Lescure) et l’incomparable Françoise Rosay (Gertrude), celle qui fournit le matériel de toute sorte (chalumeaux, flingues, papier ?). Gertrude est bien évidemment une parente de Madame Pauline, fleuriste, dans Le Cave se rebiffe.

On peut même remarquer Jean Carmet, dans un petit rôle d’efféminé, « comme ils disent… » (2)

 

On retrouve donc autour de Ventura, truand raffiné mais tout de même bien naïf, certains partenaires du Taxi pour Tobrouk, la gravité du sujet (la guerre) étant mise au rancart, pour une comédie plutôt inhabituelle : ça ne se termine pas bien pour tout le monde. Mais ça n’a pas beaucoup d’importance, le jeu des acteurs et actrice (Irina Demick) nous faisant passer un moment très agréable. Irina Demick, d’ailleurs est une « belle conne » comme on pourrait dire, à une nuance près : si elle est très belle, elle est très loin d’être conne…

Et Max dit « Le Malin », est, pour sa part, bien loin de l’être : repassé une première fois par les autres cloportes, il aura droit à un deuxième service…

 

Quant aux trois affreux, ils sont plutôt gratinés. Si Edmond et Arthur peuvent presque passer pour des durs, il en va tout autrement du Rouquemoute. Géret interprète un personnage dont la veulerie et la lâcheté se marient très bien avec l’hypocrisie. Bref, c’est le pire de tous : pas étonnant que Ventura/Maréchal le garde pour la fin. Même quand il n’est pas là, et qu’on parle de lui, ce n’est pas en bien. En plus d’être petite frappe, il a tendance à se laisser entretenir par une drôle de paroissienne : Léone (Annie Fratellini). Bien qu’elle fasse le tapin pour l’autre oisif, elle choisit ses clients et refuse les vieux messieurs. Tout un poème.

 

Je terminerai par la réflexion de Mme Gertrude à propos du Rouquemoute, mais qui convient aussi aux deux autres : « Un mec qui t’emporte une brique de matériel, qui t’laisse deux cents sacs et qui donne plus jamais de nouvelles, moi j’appelle ça une mauvaise personne. »

 

 

  1. Encadré, s’il vous plaît !
  2. N’oublions pas qu’Aznavour est là.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Pierre Granier-Deferre

Rouen, 1975.

Des colleurs d’affiches. Des gros bras ennemis : bagarre, coup de feu. Un mort. Un flic.

C’est Portor (Claude Brosset) qui a fait le coup. Portor, c’est un gros bras de Lardatte (Victor Lanoux), qui, lui, mise beaucoup sur l’élection qui arrive.

Mais avec ce mort, c’est la police qui met le nez dans l’histoire. Et la police est dirigée par Vergeat (Lino Ventura), un super-flic. Alors, évidemment, à un moment, ça va mal aller pour Portor, et par ricochet, pour Lardatte.

Nous sommes dans la France de Giscard d’Estaing, le milieu des années 70. C’est la fin des trente glorieuses. Le chômage n’est encore qu’un vague souvenir, il deviendra bientôt un fléau. C’est aussi la période du tout-auto : R16, 304, R12, et bien entendu le J9 qui sert de panier à salade. Et puis ce sont les cravates pour tous. Pas question encore d’avoir le cou libre.

Et du point de vue coiffure : rouflaquettes et cheveux un tantinet longs sont – bien entendu – de mèche !

C’est aussi la période du cinéma engagé. Celui qui dénonçait certaines dérives : policière, judiciaire, politique… Et ici, on n’y coupe pas : Portor, truand notoire, est employé par une homme politique pas très scrupuleux… Et c’est cette collusion que dénonce Pierre Granier-Deferre.

Enfin, c’est l’occasion de retrouver quelques grands noms du second rôle français : Tornade, Guiomar, Peyrelon, Beaune, Zardi, et même le figurant le plus vu de cette époque, Lionel Vitrant !

Alors on se laisse faire en suivant l’enquête de Vergeat/Ventura, flanqué d’un sacré partenaire : Patrick Dewaere. Flic nihiliste (quoique…), écolo et buveur : un sacré numéro, quoi !

Du beau cinéma français de cette période.

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