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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

politique

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Costa-Gavras
Z (Costa-Gavras, 1969)

22 mai 1963.

A la suite d’un meeting politique pour la paix à Thessalonique, le député Grigóris Lambrákis (1) est renversé par un triporteur motorisé. Cinq jours plus tard, il meurt des suites de l’accident.

 

« Le Docteur » (Yves Montand), député d’opposition est en ville pour un meeting pour le désarmement nucléaire. A la sortie de ce meeting, il est frappé par un homme placé à l’arrière d’un triporteur motorisé. Quelques heures après, il succombe à sa blessure. Une autopsie est effectuée qui met en évidence le coup mortel. Ce n’est plus un accident de la circulation mais cela devient une affaire d’état quand on sait que les deux hommes qui ont commis cet attentat font partie d’un groupuscule d’extrême droite qui a ses entrées à la police.

C’est un juge d’instruction (Jean-Louis Trintignant) proche du pouvoir qui doit mener l’enquête.

 

Glaçante. C’est ce qui caractérise le plus l’attitude du pouvoir dans ce film choc d »e Costa-Gavras. Et en particulier la prestation de Pierre Dux, dans le rôle du grand commanditaire de cet attentat politique. Et ce qui est le plus terrible dans cette intrigue, c’est le rapport avec la réalité grecque : Jorge Semprun et Costa-Gavras, qui ont signé le scénario ne s’en cachent pas, les similitudes sont volontaires et annoncées en ouverture.

Attention toutefois : si Lambrákis a été assassiné, les conditions relatées dans le film ne sont pas celles de sa mort.

 

Quoi qu’il en soit, la situation qui a amené le Régime des Colonels est très bien décrite, ces mêmes colonels – entendez par là les militaires – interprétés (entre autres) avec justesse par le duo Pierre Dux–Julien Guiomar sont d’une abjection totale dans leur façon de mentir et de suborner les témoins.

Mais ce film, c’est aussi le cheminement de deux personnes qui sont, au début, totalement étrangères à ce milieu de gauche, voire en totale opposition : le journaliste (Jacques Perrin) et le juge d’instruction.

Le premier se trouve là un peu par hasard et regrette de ne pas être au spectacle du Bolchoï. Mais il va tout de même avoir droit à du spectacle, et cette affaire va éveiller sa conscience politique : lui qui n’était qu’un photographe mineur, cantonné aux spectacles va se découvrir une vocation – et un talent – d’investigateur qui le propulseront à la présentation des informations à la télévision (la dernière séquence : « que sont-ils devenus ? »).

Le second, par contre, n’est pas là par hasard : c’est un jeune magistrat aux ordres du pouvoir, un tantinet ambitieux. C’est le personnage idéal pour les militaires : il obéira à la version officielle énoncée en préambule de l’enquête par l’infâme général de la gendarmerie.

 

Mais ce complot va rapidement être mis à jour : à force de vouloir faire taire les éventuels témoins de cet assassinat, les ficelles vont se voir et le juge va se retrouver confronté à un cas de conscience. Doit-il ou non poursuivre cette enquête qui met à jour des responsabilités haut placées ? Et Costa-Gavras, qui place son film sur la dénonciation d’un régime gangrené par l’extrème-droite, ne s’attarde pas sur les scrupules du juge mais va enchaîner sur les inculpations des sinistres individus impliqués dans ce scandale. Ces inculpations sont accompagnées par le brillant morceau Pios de Mila yia ti Lambri, introduit par des roulement de caisse claire qui ne sont pas sans rappeler la musique traditionnelle des militaires impliqués : le rythme soutenu de cette œuvre s’intègre parfaitement dans cette séquence, amenant l’exaltation partagée par les spectateurs qui voient que justice est faite.

Mais cette exaltation sera hélas brisée par la dernière séquence qui rappelle ce qui advint quelques années plus tard (1967) : l’instauration du Régime des Colonels.

 

Je terminerai (presque) sur l’interprétation. Si Trintignant est magnifique (comme toujours, aurai-je tendance à ajouter), on notera la prestation courte mais intense de Montand dans ce personnage qui n’a pas de nom mais en impose, même à ses adversaires. Et du côté des « méchants », encore une fois, Marcel Bozzuffi est formidable dans ce personnage d’extrémiste un tantinet simplet (il veut son nom dans le journal pour ce qu’il a fait) mais véritablement criminel : en plus d’être violent, il a des pulsions pédophiles.

Quand au reste de la distribution, on y retrouve de nombreuses figures du cinéma français, essentiellement des seconds rôles solides : Charles Denner (Manuel), Bernard Fresson (Matt), Georges Géret (Nick) ou encore Magali Noël (la sœur vindicative de Nick).

 

Bref, Costa-Gavras, avec Z, entame une série de films politiques forts dont le suivant, L’Aveu, laissera cette fois une part primordiale à Montand. Mais ceci est une autre histoire.

 

PS : Un dernier mot enfin sur la (formidable) musique de Mikis Theodorakis (3) : le compositeur était alors emprisonné (2) mais a réussi à autoriser Costa-Gavras à piocher dans son œuvre pour illustrer son film. Theodorakis faisait partie de l’entourage de Lambrákis et a été de ceux qui ont démarché le gouvernement pendant l’agonie de leur leader.

 

PPS : Il a fallu attendre presque trente ans pour que le film soit enfin projeté à Athènes (24/11/1997).

 

  1. Il était médecin et ancien athlète sportif.
  2. C’est indiqué à la fin du film.
  3. On peut entendre ce dernier chanter To Palikari echi Kaimo et Safti ti Gitonia sur la bande originale du film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Henri Verneuil, #Jean Gabin
Le Président (Henri Verneuil, 1961)

Le Président Beaufort (Jean Gabin) vit en retrait de la chose public, mais pendant quelques décennies, il a soutenu la France avec conviction et force, contre ses ennemis de l’extérieur comme de l’intérieur, faisant passer l’intérêt général avant le sien, assumant jusqu’au bout des engagements parfois douloureux, parfois impopulaires, mais toujours dans le même esprit.

Maintenant, c’est un retraité que certains viennent consulter quand ils sont de passage en France, ou quand la situation l’exige, comme Philippe Chalamont (Bernard Blier), pressenti pour occuper la place tant convoitée de Président du Conseil.

Alors le Président se souvient. Quand il dirigeait le pays, avec comme directeur de cabinet un certain Chalamont Philippe.

 

Gabin est donc entré dans sa dernière période, celle des anciens, et des patriarches. Certes, le Président Beaufort n’a pas d’enfant, mais il reste tout de même, une quinzaine d’années après son retrait, le père de la République, marié à cette France qu’il a tenté de servir du mieux qu’il put tout au long de sa prestigieuse carrière. Et s’il entre dans ce qu’on n’appelle pas encore le troisième âge, il n’en demeure pas moins ce grand acteur, donnant à son personnage des allures de Clémenceau et d’Aristide Briand (tous les deux pas seulement pour la moustache !), avec d’admirables envolées verbales : normal, c’est Michel Audiard qui sert les dialogues.

Et encore une fois, pour qu’un acteur soit grand, il faut qu’il soit bien entouré : c’est le cas ici avec la présence d’un autre monstre sacré – Blier – ainsi que quelques figures secondaires du cinéma français dont une belle brochette d’interprètes du Corbeau (1) : Louis Seigner, Antoine Balpêtré, Pierre Larquey ou encore Héléna Manson.

 

Avec ce film, Verneuil montre que malgré la Nouvelle Vague (2), le cinéma traditionnel se porte bien, et surtout qu’on peut aussi traiter des sujets graves et politiques. Certes, le personnage de Beaufort soutient le film, mais Verneuil réussit à créer une tension dans cette intrigue de Simenon, et surtout retranscrire la politique de la première moitié du XXème siècle en France (3), où le Parlement avait une très grande importance, faisant et défaisant les gouvernements sur des sujets plus ou moins polémiques.

Pas étonnant qu’on trouve ici une magnifique séquence où Gabin s’épanouit : acculé à cause d’un projet de loi controversé à propos des tarifs douaniers, il quitte la scène politique sur un baroud d’honneur de grande classe, réjouissant jusqu’aux journalistes dont le directeur d’un grand titre (Jacques Monod) qui n’attendait que cela.

 

Bref, nous sommes en de bonnes mains et la qualité des interprètes alliée à celle des dialogues font de ce Président un grand moment du cinéma politique français. Bien sûr, il n’y a pas de polémique soulevée ici – ce n’est pas du cinéma engagé, n’anticipons pas – mais on remarque que le discours de Beaufort est toujours d’actualité et surtout qu’on y trouve, trente ans avant la ratification du Traité de Maastricht, les mêmes arguments anti-européens qu’on a pu entendre voilà près de trente ans. Quant aux dénonciations du même Beaufort pendant sa dernière diatribe, on y sent un parfum de « déjà entendu », mais qui malheureusement s’applique très fortement aujourd’hui encore.

L’universalité des dialogues d’Audiard, sans doute…

 

  1. On en reconnaîtra beaucoup d’autres… Ou pas !
  2. Hum…
  3. Et même un peu après, la Vème République n’intervient qu’en 1958.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Politique
Essayez la Dictature, vous verrez...

« Une dictature, c'est un régime où une personne ou un clan décident des lois. Une dictature, c'est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c'est cela, essayez la dictature et vous verrez ! »

Emmanuel Macron (Le Point, 24-01-2020)

 

Notre cher Président s’exprimait alors qu’on lui reprochait de s’appuyer un peu trop fortement (voire violemment) sur la police pour faire régner (1) l’ordre.

Il semblerait que cette exhortation du chef de l’Etat a fait son chemin pendant ces quelques mois, surtout avec l’arrivée (programmée ?) du coronavirus qui, lui aussi, a été importé de Chine, comme beaucoup de produits ces derniers temps.

Je ne reviendrai pas sur la gestion sanitaire (lamentable) de la Covid-19, j’en ai déjà parlé ici. Mais je reviendrai sur la gestion humaine de cette même épidémie, depuis le confinement qui a commencé le 17 mars 2020 et qui est toujours d’actualité aujourd’hui, après une trêve estivale indispensable (2).

 

Mais depuis la fin du déconfinement, c’est une surenchère sécuritaire qui s’est abattu sur ce « beau pays de France », le faisant ressembler de plus en plus à une de ces dictatures que ce même président nous encourageait à essayer. En effet, du fait des gestes barrières et autres distances de sécurité obligatoires, les rassemblements de plusieurs personnes, qui avaient beaucoup empoisonné l’action du gouvernement ces derniers mois, sont maintenant beaucoup plus compliqués à organiser (3). Mais ce n’était pas suffisant, et il a fallu renforcer les mesures déjà en place.


Alors on a demandé aux étudiants de rester chez eux.

Certes, l’enseignement était toujours dispensé, mais distillé en visioconférences, très loin les uns des autres. Mais pourquoi interdire les cours d’université sur place et dans le même temps autoriser les autres élèves (4) à se rendre dans leurs établissements, avec en prime un passage par les transports en commun dont l’application des distances de sécurité sont un modèle du genre (5).

Mais pourquoi interdire aux étudiants ce qu’on autorise à (presque) tous les autres ?

Pour une raison toute simple : les universités ont toujours été des foyers de contestation, et ce bien avant 1968. N’oublions pas que les universités ont été déplacées hors des centres-villes pour éviter les régulières manifestations plus ou moins pacifiques.

Mais cet isolement individuel ne suffisait pas et nos gouvernants pont trouvé une nouvelle mesure pour museler un peu plus les étudiants : la pénalisation de l’occupation des campus. Finies, toutes ces veilles nocturnes dans les amphis, à guetter le reflet d’un bouclier ou d’une matraque de CRS. Fini les assemblées générales plus ou moins houleuses où la parole se libère et l’espérance d’un monde meilleur se construire s’élabore, et toute cette sorte de choses.

 

Mais l’autre menace pour le gouvernement, c’est l’information. A défaut d’user de fake news comme un futur ex-président américain, il a été décidé de s’attaquer à la source de l’information : les journalistes. Et les débordements de la manifestation du 17 novembre n’ont pas apaisé les tensions. A nouveau, nous avons eu droit à des violences policières – qui n’existent d’ailleurs pas, si on en croit le gouvernement – et des intimidations envers ces mêmes journalistes.

Après le contrôle de la jeunesse (contestataire), c’est le contrôle de l’information (libre), base de toute bonne dictature qui se conçoit. A quand le retour du Ministère de l’Information, tombé en désuétude depuis 1974 ?

 

Une réflexion vient de me venir.
Outre les étudiants, ces gauchistes contestataires, les autres victimes de ce confinement sont les personnes âgées, réputées fragiles face à ce virus, qui n’ont le droit de sortir que parcimonieusement.

Or que remarque-t-on quand on visionne les images de propagande tournées par les différents régimes autoritaires des XXème et XXIème siècles ? Une absence totale (ou presque) de personnes âgées(6).

Pourquoi ? Parce que ces gens montrent l’inéluctable : la vieillesse, cette dégénérescence cellulaire naturelle  inévitable qui amène vers une issue encore plus inévitable, la mort.

De tout temps, les dictateurs ont voulu paraître plus jeunes, afin d’incarner un idéal de force et de santé, et ont toujours écarté les différentes images qui rappellent cet inéluctable universel.

D’où la volonté de cacher ces « vieux » qui sont un outrage à l’essor dynamique plus ou moins impulsé par le(s) dirigeant(s).

 

Alors, essayer la dictature ? Non merci, c’est tout vu.

 

  1. Terme, semble-t-il, pas usurpé.
  2. Il ne faut pas compromettre les rentrées financières touristiques.
  3. Mais pas impossibles comme le confirment les dernières manifestations contre la dérive (ultra) sécuritaire de ce même gouvernement.
  4. Les étudiants, malgré leur statut, restent des élèves.
  5. Modèle de ce qu’il ne faudrait pas faire, cela va de soi.
  6. Les plus âgés sont en général les dirigeants…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Politique
Banque de France

Avec un ancien banquier devenu président de la république, ça devrait arriver…

 

Je lisais la semaine dernière les articles de Charlie Hebdo sur la privatisation progressive de la France par ce gouvernement, autour de trois grands services emblématiques: la Santé, la Police et l'Ecole.

Et qu'apprend-on ? Que ce que nous appelons encore service public est en voie de disparition au profit d'une prestation de service, privée bien sûr, qui permettra à l'Etat de se désengager et surtout de moins payer, évitant alors de dépenser un « pognon de dingue » plus utile ailleurs (1).

Ca avait commencé dans les années 1980-90 quand on avait doucement privatisé partiellement de grandes entreprises et de grands services publics emblématiques comme La Poste ou Renault (2). On se souvient aussi des privatisations mises en place par Edouard Balladur alors ministre des finances de Jacques Chirac (Paribas, BNP, Saint-Gobain) qui furent des opérations juteuses, et pas seulement pour l'Etat : je me souviens d'un copain qui était élève en terminale économique  et qui avait décidé de se faire un peu d'argent de poche en achetant du Paribas...

Mais avec le président Macron, on passe aux choses sérieuses.

Les rares préceptes constitutionnels qui subsistaient dans les services publics encore ne activité vont eux aussi disparaître. Après la liberté qui prit un méchant coup sous couvert d'une crise sanitaire gérée au jour le jour sans véritable plan d'action, mais j'en ai déjà parlé ici.

C'est maintenant à l'égalité et à la fraternité que s'attaquent nos dirigeants, en dézinguant l'hôpital public et l'école.

 

Je rejoins tout à fait Yann Diener (Charlie Hebdo du 24-6) quand il; déclare que les riches ne veulent pas se faire soigner avec les pauvres. Et beaucoup d'entre eux passent déjà par des cliniques privées pour soigner leurs bobos. Avec ce que veut le gouvernement, tout le monde sera obligé d'aller se faire soigner dans le secteur privé. En effet, nos amis riches en ont assez de système où  tout le monde peut être soigné même (surtout !) sans payer.

Le système de sécurité sociale n'aura donc plus de raison d'être, et ça tombe bien, c'est une source de gouffre financier. Sauf que récemment, la Sécu s'est retrouvée positive. Et curieusement, les médias n'en ont pas fait leurs choux gras... Heureusement, on a trouvé rapidement une utilisation à cet excédent exceptionnel (?) et on a retrouvé cette dette sociale si confortable pour ceux qui nous gouvernent.

Et les pauvres?  Ils iront dans ces établissements qui fleurent bon la misère et qu'on a connus jusqu'au siècle dernier : des dispensaires. Vous imaginez bien que le matériel ne sera pas toujours à la pointe du progrès. Parce qu'il ne faut pas oublier que pendant que les pauvres ne se soigneront plus, les riches profiteront des dernières avancées technologiques.

 

Quant à l'école, encore une fois, ce système coûte tellement que le gouvernement a régulièrement délégué les missions pour s'en désengager. En effet, ce sont les collectivités locales qui ont déjà pris le relai de l'Etat pour tout ce qui relève de la logistique. La prochaine étape ?  On demandera à ces mêmes collectivités de rémunérer les enseignants. Encore une fois, on assistera à une inégalité flagrante entre les communes, départements, régions riches et les plus pauvres. C'est déjà le cas quand on voit la  notoriété de certains établissements publics par rapport à d'autres. Mais avec ce qui arrive, ce sera systématique. Et en plus, ce sera payant.

Il restera toujours une école publique et gratuite (3). Mais comme elles seront entièrement à la charge des collectivités locales – qui reçoivent toujours moins d'aides de l'Etat – l'enseignement prodigué ne sera pas au niveau des établissements privés financés par les familles mais aussi les organismes privés. Ces organismes auront aussi la mainmise sur les programmes – normal, ce seront les payeurs – amenant un appauvrissement des savoirs humanistes au profit des savoirs pratiques, amenant dans le même temps une baisse du niveau de réflexion : on aura ainsi des travailleurs dociles qui se laisseront exploiter par des patrons sans scrupule (ce seront le même qu'aujourd'hui) sans se poser de question.

 

Et donc nous en arriverons à la disparition du service public tel que nous le connaissons. Mais ce ne sera pas pour autant la disparition des impôts et autres taxes qui le financent encore.

Mais alors, s'il n'y a plus de service public, que restera-t-il de l'Etat ?

Comme maintenant, il financera le secteur privé qui se sera emparé des pouvoirs régaliens. Et en plus, il n'y aura plus cette fameuse (et fumeuse) dette. Par contre, il n'aura que très peu de pouvoir décisionnaire – ce qui est déjà un peu le cas actuellement – se contentant d'accorder ou non des crédits aux différents secteurs privatisés.

En clair, l'Etat sera devenu une banque.

Normal, le président actuel est un banquier.

 

(1) Pour qui ? La réponse plus loin.

(2) Nationalisé à la fin de la 2ème Guerre Mondiale pour fait de collaboration.

(3) Laïque ? Ca m'étonnerait, vu les poussées communautaristes qui ne cessent d'augmenter et qu'on ne veut « pas de problème »...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Politique
Rupture de Stocks

« Il y a eu une doctrine restrictive pour ne jamais être en rupture, que le gouvernement a prise et qui je pense était la bonne. Il y a eu ensuite un approvisionnement renforcé et une production renforcée, et nous n’avons jamais été en rupture. » Emmanuel Macron (BFMTV, 18-5-2020)

On a beaucoup glosé sur cette déclaration de notre chef de l’Etat, cette assertion relevant pour la majorité de ses détracteurs d’une volonté de prendre les gens pour des imbéciles.

Et cela se comprend puisque le matériel de protection dont il est question n’était disponible nulle part, pour la population (qui était confinée) et encore plus pour le personnel soignant qui se retrouvait « à poil » pour reprendre l’expression d’un médecin atterré qui s’exprimait sur une autre chaîne de télévision.

Je m’étonne tout de même que personne n’a pris le parti du président et de se dire qu’il disait la vérité quant aux stocks de masques.

 

En effet, en pleine prolifération des célèbres « fake news » (1) mises au goût du jour par un président blond américain, on se doit de se poser la question de la vérité de l’affirmation. Non pas pour savoir s’il y avait vraiment des masques, faire une enquête n’est pas de mon ressort ni dans mes capacités, mais au moins imaginer qu’il ait pu nous livrer une vérité, à défaut de LA Vérité que nous sommes tous en permanence en train de rechercher.

Mais prendre le parti de reconnaître que le président Macron a dit la vérité me fait beaucoup plus peur qu’autre chose.

En effet, si, comme il le dit, il n’y a jamais eu rupture de stock, où étaient les masques nécessaires au bon fonctionnement des hôpitaux, services et entreprises indispensables qui en en avaient un besoin vital (2) ?

Cela conduirait à penser que des stocks furent sciemment mis de côté en plein cœur de l’épidémie, laissant des infirmières, médecins, caissières et tout autre personnel indispensable dans une situation dangereuse voire mortifère.

J’en déduis une responsabilité criminelle de la part de ceux qui savaient qu’il existait ces masques et qui ont laissé une forme de pénurie s’installer.

Certes, la population a montré qu’elle savait être solidaire et a participer à la confection du matériel manquant (surblouses, etc.) mais cela n’enlève aucunement les responsabilités aux différents niveaux de l’Etat (jusqu’au plus haut qui assume au niveau national). Responsabilités qu’il faudra établir et responsables qu’il faudra d’une manière ou d’une autre juger : plus de 29.000 personnes sont mortes (3) !

 

En conclusion, je pense que notre cher président, ce 18 mai dernier, aurait mieux fait ne rien déclarer concernant les stocks de matériel, puisque de quelque côté qu’on se place – vérité ou mensonge – on en arrive à une situation inextricable :

-          Soit le président nous ment (est-ce envisageable de la part d’un aussi haut serviteur de l’Etat ?) et on peut en outre lui reprocher une gestion de crise des plus minables ;

-          Soit il dit la vérité et dans ce cas c’est sciemment qu’on a laissé le virus se propager, envoyant à la mort des milliers de personnes.

 

Effrayant, non ?

 

(1)    Ca sonne mieux que « mensonges » !

(2)    Dans un tel contexte, ce terme est on ne peut plus pertinent et effrayant.

(3)    Au moment où j’écris (10-6-2020)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Robert Redford
Lions for Lambs (Robert Redford, 2007)

Tout a commencé le 11 septembre 2001 : les avions, les Tours Jumelles… Le choc ! Les Etats-Unis étaient attaqués sur leur territoire.

La réplique de George W. Bush (le fils de l’autre) fut implacable : la guerre en Afghanistan.

Après avoir armé pendant des années les factions ennemies de l’URSS, voilà que ces mêmes factions se retournaient contre leur « bienfaiteur ».

Six ans plus tard, la situation n’a pas (beaucoup) évolué : la victoire promise a du mal à se dessiner.

C’est le moment que choisit le sénateur Irving (Tom Cruise), jeune loup républicain, pour donner une interview exclusive à Janine Roth (Meryl Streep), pour lui annoncer une énième opération stratégique.

Pendant ce temps, le professeur Malley (Robert Redford) reçoit le jeune et brillant Todd Hayes (Andrew Garfield) pour lui parler de son futur et surtout de son implication dans ses études, évoquant deux anciens élèves qui allèrent jusqu’au bout de leurs convictions sur l’engagement et s’enrôlèrent pour aller combattre en Afghanistan : Ernest Rodriguez (Michael Peña) et Arian Finch (Derek Luke).

Ces derniers, toujours dans le même temps, participent à l’opération dont parle Irving. Et cette opération qui devait amener la victoire ne se déroule pas comme prévue, bien entendu.

 

Avec ce film, Robert Redford nous démontre, une fois de plus, la capacité d’analyse dont est capable le cinéma américain sur des problèmes d’actualité : nul besoin d’attendre la fin du conflit pour commencer à l’exploiter, voire à en critiquer les erreurs.

D’une certaine manière, il s’agit d’un film très personnel où Redford expose ses convictions sur l’engagement, qu’il soit personnel, professionnel ou politique, les trois se rejoignant parfois. Redford fait partie de ces acteurs concernés par la situation politique de son pays, et qui se traduit par des rôles proches de ses convictions (All the President’s Men, The Company you keep…).

Bien sûr, le propos développé par l’intrigue, montrant – à nouveau – la faillite de l’Oncle Sam dans une guerre douteuse, n’a pas beaucoup fait pour le succès du film, l’exploitation étrangère permettant à Redford de rentrer dans ses fonds et même d’en tirer un substantiel profit (1).

 

Il faut dire que le conflit débattu est en cours au moment de la sortie du film et même après puisqu’il faudra attendre 13 ans (!) et le deuxième mandat de Barack Obama pour que le conflit soit officiellement terminé (à l’échelle internationale !).

Evidemment, 13 ans (2020) après le film (le temps du conflit, quoi), il est facile de remettre en cause certains éléments, surtout qu’entre temps, la principale cible de ces opérations militaires – Oussama Ben Laden – a été éliminé (2).

Et le film n’en conserve pas moins une analyse de la situation géopolitique très pertinente, sans oublier une critique ouverte de la méthode Bush pour promouvoir ce conflit.

 

C’est d’ailleurs ce dernier point qui lie les trois sous-intrigues du film.

En effet, l’engagement est central à toutes ces histoires, qu’il soit personnel (Todd), professionnel (Janine) ou politique (Irving). Sans oublier nos deux soldats qui par leur geste vont conjuguer ces trois niveaux d’engagement (3).

Todd parce qu’il est à un tournant de sa vie, ce que lui rappelle son professeur déçu de sa baisse d’implication et surtout de son discours cynique : à quoi bon faire quelque chose si au final ça n’aura rien amené de plus ?

Janine parce qu’elle est déjà tombée dans le piège de Bush : comme beaucoup de ses confrères, elle a appuyé le second conflit iraquien qui a amené l’élimination de Saddam Hussein certes, mais fut surtout un immense mensonge élaboré par les bellicistes, Bush Jr. En tête.

Quant à Irving, il est certainement e personnage l e plus important de ce film, personnifiant à la fois l’ambition et une certaine forme de malhonnêteté, véritable voix de son maître (le président), et surtout manipulateur habile. Sa déclaration finale à propos d’un avenir présidentiel prenant une teinte ironique et mordante au vu du reste du film, et surtout l’entretien entre Malley et son élève.

 

L’année suivante (2008), Obama était élu et la situation évoluait, la raison ayant tendance à prendre le pas sur les sentiments.

Malheureusement, le successeur de ce grand homme n’a pas continué dans cette direction, arrivant (presque) à nous faire regretter Bush Jr.

 

  1. 35 millions de dollars engagés : 15 millions de recette américaine ; 63 millions de recette mondiale…
  2. Voir à ce sujet Zero dark thirty.
  3. Comment ? Je vous laisse aller voir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Mike Nichols
Primary Colors (Mike Nichols, 1998)

Le Stars & Stripes (1).

Des poignées de mains. Plus ou moins appuyées.

La voix de Henry Burton (Adrian Lester), un des directeurs de campagne du gouverneur Stanton (John Travolta) qui part décrocher son ticket pour la Maison Blanche.

Nous allons donc suivre la montée en puissance d’un candidat à l’investiture démocrate pour la présidence, à travers ses différents déplacements, et surtout les différentes taches qui s’accumulent sur le passé de ce candidat, presque trop bien pour être honnête.

 

Dans tous les films de Mike Nichols que j’ai pu voir jusqu’à aujourd’hui, on retrouve souvent une bonne dose d’actualité. Rappelez-vous Dustin Hoffman et Mrs Robinson dans un monde sclérosé qui n’avait pas encore connu la libération de 1968, ou encore Melanie Griffiths en publicitaire ambitieuse…

Ici, Nichols revient sur l’accession au pouvoir d’un président aux multiples conquêtes féminines. Non, ce n’est pas John F. Kennedy mais un de ses lointains successeurs : Bill Clinton.

Mais le plus impressionnant dans ce film, c’est son actualité brûlante puisque, au moment de la sortie du film, Clinton était toujours en exercice (il lui restait deux ans à faire), et surtout il était empêtré dans le scandale Monica Lewinsky.

 

Et encore une fois, il est intéressant de constater la facilité avec laquelle Hollywood traite un sujet des plus actuels, avec en prime une dose de comédie qui n’est pas négligeable.

Certes, si une comédie se termine toujours bien, on pourra ajouter un nombre signifiant de bémols, la comédie se teintant alors d’amertume voire de cynisme.

Comme Clinton, Stanton atterrira au pinacle, mais on ne peut que douter de l’intégrité de ce drôle de président.

 

Et encore une fois, John Travolta nous surprend – agréablement – en interprétant cet homme qui restera jusqu’au bout une énigme – tout comme son modèle. Son empathie et sa prise de conscience sont les deux éléments qui amènent le doute, nous gratifiant alors d’un numéro d’équilibre entre la politique et la démagogie. Et si John Travolta est magnifique, il ne faut surtout pas sous-estimer le jeu d’Adrian Lester, témoin et acteur de cette campagne qui en plus de consacrer un candidat va écrire une nouvelle page de l’histoire de ce pays. Il se retrouve plongé malgré lui dans une campagne qui a tendance à lui échapper et bouscule irrémédiablement sa vie. On ressent beaucoup de sympathie pour ce jeune homme aux dents pas très pointues, héritier malgré lui (encore une fois) d’un passé prestigieux (son grand-père fut un leader des droits civiques), et qui a du mal à bien se situer jusqu’au dénouement final.

Il faut dire que ses collaborateurs ne sont pas des plus efficaces, surtout ceux du siège de campagne : une belle collection de bonnes volontés pas vraiment à la hauteur du challenge.

 

Pourtant, si ce « job » a toujours été masculin (2), les femmes ont ici un rôle crucial, voire indispensable. Les proies du séducteur, bien sûr, mais ce sont surtout celles de son entourage de campagne : Daisy (Maura Tierney), Libby (Kathy Bates) et Susan (Emma Thompson).

Si Daisy a un rôle moindre à côté des deux autres, elle n’en demeure pas moins indispensable à la victoire de Stanton : avec Henry, elle incarne un duo dont l’image n’est pas si anodine et accentue l’ambiguïté du personnage et sa campagne : ils incarnent une sorte d’idéal américain composé d’une jeune femme blanche et d’un jeune homme noir.

Susan est un rôle-clé dans cette campagne, et Emma Thompson a l’allure physique de son modèle, avec la force morale et physique qu’on a pu découvrir pleinement lors de la campagne de 2016.

Libby enfin – ma préférée – est interprétée par une Kathy Bates au mieux de sa forme, jonglant entre la normalité et la folie, qui valut au personnage une hospitalisation lors d’une campagne précédente (en 1978). C’est un personnage haut en couleur qui lui valut une nomination – fort méritée – aux Oscars (3).

Libby montre une force de caractère exceptionnelle mâtinée d’une éthique insoupçonnée, qui va amener Henry à prendre vraiment la mesure de son « poulain ».

 

Je terminerai en parlant de l’adversaire – malheureux – de Stanton dans la course à l’investiture. Il est interprété par une vieille connaissance surtout célèbre pour sa participation à l’un des plus célèbres soaps de la télévision : Larry Hagman.

Oui, l’ignoble J.R. de Dallas. Et le fait que son personnage – Fred Picker – fut obligé autrefois d’abandonner la course pour des raisons personnelles. Si les raisons sont pertinentes en ce qui concerne l’intrigue, on peut sourire en entendant l’année concernée : 1978. C’est cette année-là que commença la diffusion du feuilleton télévisé mentionné ci-dessus.

 

Et quand le film s’achève, la victoire en poche, on reste sur cette même ambiguïté, surtout qu’on a des poignées de main, et un plan final sur ce même drapeau qui ouvrait le film.

 

  1. Ou encore : Star-Spangled Banner. Le drapeau des Etats-Unis, quoi.
  2. Vingt ans après, toujours pas de femme…
  3. Seulement nominée, mais on peut difficilement rivaliser avec Judy Dench…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ben Affleck, #Politique
Argo (Ben Affleck, 2012)

1979 : Khomeiny prend le pouvoir en Iran (quarante ans déjà !).

Dans la foulée, certains diplomates américains – sur des bases on ne peut plus réalistes – se sentirent en mauvaise posture.
C’est pourquoi Tony Mendez (Ben Affleck, grand manitou dans ce film) s’en va en Iran délivrer ces diplomates de ces hordes islamistes.

 

Certes, ce film est une apologie de l’oncle Sam et de ses services qui – en sous-main – ont agi pour leur cause. On  pense bien sûr à Ross Perrot qui de son côté mit en place une expédition de libération et que Ken Follett décrivit dans son roman (On Wings of Eagles, 1983).

Mais nous sommes un peu plus tôt, et Argo (Ben Affleck) est celui qui mit en place ce sauvetage, passant outre certaines consignes : les différents éléments du groupe qui furent sauvés le furent dans des conditions plutôt rocambolesques, ce qui ne sera pas le cas des libérés de Perrot.

 

Nous allons donc suivre le destin de diplomates américains en Iran alors que la Révolution islamique (et islamiste) s’installe, et que malgré la destruction des documents par les broyeuses, certains de ces diplomates vont être ardemment cherchés.

Rapidement, l’intrigue principale va nous échapper pour nous permettre de nous concentrer sur les différents destins des protagonistes impliqués dans cette histoire. Et Ben Affleck ajoute une variante temporelle en nous montrant un service administratif qui a la difficile tâche de reconstituer les différents documents qui furent passés à la broyeuse, mais pas assez si nous en croyons l’intrigue.

 

Chose étonnante, il s’agit d’un film d’acteur où finalement peu de place est laissée aux différents interprètes, même Ben Affleck qui, même s’il tient le haut de l’affiche, n’en reste pas moins au même niveau que les autres.

Et au final, nous avons un film basé sur une histoire vraie, bourré de bons sentiments, mais qui aurait mérité un traitement plus proche des différents protagonistes. A part Tony Mendez (Ben Affleck, donc), nous n’avons que très peu d’éléments sur les six autres diplomates impliqués dans cette histoire. Et une ressemblance n’est pas un argument : et le quasi mutisme de ces différents personnages ne les aide pas à gagner leur place cinématographique.

 

Et c’est bien dommage parce qu’on sent une volonté de témoignage objectif d’un événement marquant dans la diplomatie américaine, qui pourrait (légèrement) contrebalancer les différentes opérations plus ou moins calamiteuses de cette même institution dans la même décennie : n’oublions pas que la guerre du Vietnam s’est terminée peu d’années avant (quatre, si on prend en compte l’évacuation de Saïgon), et je répète ici qu’il n’est que peu de pays qui proposent des films mettant en scène une actualité récente avec un regard objectif. « Objectif » signifie bien sûr que l’intrigue ne va pas obligatoirement dans le sens de la propagande positiviste de l’état d’origine.

 

En fin de compte, on peut être déçu par ce film signé d’un acteur et qui ne met que peu en avant les différentes qualités dramatiques des différents interprètes. Malgré tout, l’intrigue, basée sur une histoire vraie reste, bien qu’on eût aimé un autre traitement, peut-être un petit peu plus objectif.

Reste un film-témoignage, mettant en scène  un organisme longtemps décrié au cinéma et qui nous montre qu’il a su aussi intervenir pour l’intérêt commun.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Guerre, #Jonathan Demme
Un Crime dans la tête (The Manchurian Candidate - Jonathan Demme, 2004)

Koweït, 1991.

Une équipe de soldats américains est pris dans une embuscade. Le capitaine Marco (Denzel Washington) est touché, c’est alors le sergent Shaw (Liev Schreiber) qui prend le commandement est suave la mission héroïquement, ne déplorant que deux victimes.

Quelques années plus tard, Shaw se présente à la vice-présidence, avec comme palmarès le siège au Congrès où il a remplacé son père, et son action d’éclat au Koweït.

Mais que s’est-il donc bien passé lors de cette embuscade ?

 

C’est (encore) un film brillant que nous propose Jonathan Demme, remake de celui de Frankenheimer (1962), Denzel Washington remplaçant Frank Sinatra (1) dans le rôle de ce soldat qui doute.

Le film est brillant pour son intrigue, mais en cela, il ne diffère pas beaucoup du premier, et aussi pour son actualisation : c’est une mise à jour fort crédible, puisqu’il y est plus question d’argent que d’idéologie, n’en déplaise à ce que pense Eleanor Prentiss Shaw (Meryl Streep).

La guerre de Corée a été remplacée par celle du Golfe (2), qui était alors la nouvelle source de névroses des soldats américains. De plus, le groupe Manchurian Global remplace avantageusement la menace communiste dorénavant obsolète : on y trouve ainsi quelques bribes complotistes ou conspirationnistes bienvenues, sans toutefois la part qu’y joue l’état dans les élucubrations à ce propos.

 

Ce film est avant tout une histoire de point de vue. A de très nombreuses reprises, Demme utilise la caméra subjective pour nous plonger au cœur de l’action et surtout nous permettre un peu d’éprouver les sensations et les angoisses des deux ex-guerriers.

Washington et Schreiber sont d’ailleurs très convaincants dans leur rôle, amenant progressivement une tension palpable, appuyée par le rôle central que joue la mère de Ray.

D’ailleurs, la relation entre la mère et le fils va au-delà de l’affection naturelle : c’est une étape précédant l’inceste qu’elle fait vivre à son fils complètement désorienté.

 

Si la cadre est au goût du jour – la Guerre Froide est (presque) terminée – on n’en demeure pas moins à une intrigue manichéenne où Manchurian Global et ses agents représentent la menace qui risque de détruire les Etats-Unis en mettant à leur tête un de leurs pions. Un coup d’état en douceur, la finance prenant le pas sur le politique. (3) Nous pouvons presque parler de totalitarisme tant on nous présente la mère de Ray comme une femme aux positions très réactionnaires, et dont le mot d’ordre est la Sécurité, d’autant plus qu’elle se présente en croyante de ce système, et non en financière : d’une certaine façon, cette femme est une fanatique.

 

Et toute cette machination est magnifiquement rendue, et en particulier les scènes de lavage de cerveau, d’une haute intensité et surtout pleinement angoissantes. Ce qui n’était que des bribes d’un cauchemar devient une terrible entreprise de contrôle de la volonté. Il est bien difficile pour Marco de mettre en lumière cette opération tant les ramifications sont bien implantées et interfèrent avec d’autres organismes plus ou moins publics relevant aussi de la Défense. Bref, un magnifique complot, mais sans le complotisme : nous sommes avant tout au cinéma, et il ne faut certainement pas chercher à transposer cela dans la vie réelle.

 

Et comme toujours dans ces cas-là (4), c’est un grain de sable qui s’introduit dans l’engrenage : un petit fait de rien du tout, mais qui va prendre des proportions phénoménales et réduire à néant une machination extrêmement adroite, mais surtout meurtrière et immorale. Cette poussière porteuse de grand désordre a un nom : le facteur humain.

 

  1. Tina, sa fille, est d’ailleurs une des productrices.
  2. La première, celle de 1991.
  3. Bien sûr, c’est totalement illogique : comme si un banquier pouvait devenir Président de la République… (rire sardonique).
  4. Au cinéma.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Alan J. Pakula, #Robert Redford
Les Hommes du Président (All the President's Men - Alan J. Pakula, 1976)

17 juin 1972, Washington DC.

Cinq hommes sont arrêtés pour avoir tenté de cambrioler le Watergate, quartier général du Parti Démocrate, en cette une année d’élection présidentielle aux Etats-Unis.

Rapidement, on s’aperçoit que ce faux cambriolage était la partie émergée de l’iceberg. Et ce dernier, à l’instar du Titanic, va couler le président Nixon, malgré sa réélection.

Deux petits reporters du prestigieux Washington Post, Carl Bernstein (Dustin Hoffman) et Bob Woodward (Robert Redford), sont à l’origine de la découverte d’un scandale sans précédent.

 

Il s’agit d’une histoire vraie, adaptée d’un livre écrit par les deux journalistes, qui s’est déroulée et conclue moins de deux ans avant la sortie du film, à l’initiative de Robert Redford, cité au générique. Nous sommes dans les années 1970, une période où le cinéma américain dénonçait les dérives démocratiques de l’Amérique. Et Alan J. Pakula n’est pas à son coup d’essais. Deux auparavant, il avait sorti A Cause d’un assassinat, inspiré par la mort de Kennedy et ses zones d’ombre.


Mais cette fois-ci, pas de doute possible. L’histoire a été confirmée dans son entier, amenant la démission de Nixon le 9 août 1974, moins de deux ans après sa réélection.
Nous assistons alors à toute la mécanique qui a conduit les deux reporters sur la trace du Président, l’amenant à l’issue fatale. Une petite histoire de rien du tout, un cambriolage raté. Un reporter au bon endroit, au bon moment (évidemment, sinon, point de succès !), et c’est un écheveau bien emmêlé qui se dévide progressivement et nous amène à la vérité subodorée dès le départ.

 

Mais cette découverte est longue et fastidieuse, voire décourageante. Les deux protagonistes se heurtent aux témoins qui ont été briefés voire menacés, mais aussi à leur hiérarchie, dont le rédacteur en chef Ben Bradlee (Jason Robards) n’est pas tout de suite de leur côté.

Et puis il y a tout le sale boulot qu’on ne voit pas toujours dans les films de presse : éplucher des listes, téléphoner à des centaines de personnes, démarcher ces mêmes personnes, et même se tromper… Bref, un temps infini d’investigations qui ne mène pas toujours où on aurait voulu. Jusqu’au moment où la vérité se laisse entrevoir, mais où les menaces se précisent. L’ombre derrière laquelle se cachait leur source – le célèbre « Deep Throat* » (Hal Holbrook) redevient ce qu’elle a toujours été : une menace.

Car il est amusant de noter que la vérité vient de l’ombre, alors que c’est d’habitude la lumière qui éclaire… D’ailleurs, jamais on ne voit totalement Holbrook, lors des trois confrontations. Juste quelques parties du visage légèrement éclairées. Il est la personnification de cette vérité qu’il révèle à chaque fois partiellement.

 

Encore une fois, les Américains nous donnent une belle leçon de démocratie**. Quand on pense au cinéma français qui met parfois plusieurs décennies pour enfin aborder un thème qui fâche : Stavisky, quarante ans après les faits ; Ben Barka quarante ans (n’oublions pas tout de même un film de Boisset sept ans après mais sans les vrais nom)…

Bref, la réaction n’est pas toujours bien prompte, en France.

 

Une petite curiosité au passage. On nous donne un seul numéro de téléphone d&ans tout le film, et pour une fois, il ne commence pas par 555. C’est normal, c’est le véritable numéro de la Maison Blanche : 456 1414. [Pour info, vous pouvez appeler l’Elysée au 01 42 92 81 00]

 

 

*Mark Felt (1913-2008)

** c’était avant, bien sûr, parce que depuis qu’ils ont changé de président, c’est un tantinet différent…

 

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