Avec une pensée pour l’Affaire Louis Trio et son capitaine au fond des mers…
Nous sommes entre Peter Pan (1953) et la Belle et le clochard (1955) et les studios Disney se lancent (enfin ?) dans les prises de vue réelles. Et pour un début, c’est une sacrée réussite !
Il faut dire que ce roman de Jules Verne se prête très bien à l’adaptation, puisque c’en est déjà la troisième.
1868. Un monstre terrorise les mers : des navires coulent après avoir été percutés par un ONNI (Objet Nageant Non Identifié) possédant deux immenses yeux jaunes.
Le professeur Aronnax (Paul Lukas) et son assistant Conseil (Peter « M » Lorre) sont bloqués à San Francisco et se voient proposer un périple dans les mers du Sud afin de découvrir ce qu’il en est de ce monstre. Parmi l’équipage de la frégate, on retrouve un harponneur chevronné, Ned Land (Kirk Douglas).
La rencontre avec le Monstre a lieu et les trois personnages sont secourus, après le naufrage de leur embarcation, par un personnage étrange, le capitaine Nemo (James Mason). Ce dernier commande un engin amphibie bien singulier : le Nautilus.
La première fois que j’ai vu ce film, ce devait être au milieu des années 1970, je devais avoir six ou sept ans. Ce fut un véritable choc. En effet, alors qu’on annonçait – dès l’ouverture – le nom de Walt Disney, ce n’était pas un dessin animé ! Mais surtout, c’est cette histoire incroyable de capitaine misanthrope qui a retenu mon attention, et pour une bonne raison : il meurt à la fin ! Je n’avais jamais vu de mort au cinéma (1), aussi fus-je très affecté par cette dernière séquence qui le voit rendre l’âme.
L’autre élément impressionnant de ce film, c’est l’attaque par le calamar géant, et une cinquantaine d’années après la première vision, j’avoue que cet épisode est toujours aussi spectaculaire : les tentacules, le recours à l’électricité et surtout la gueule de l’animal contribuent à faire de cette séquence un sommet du film.
Et puis avec le temps qui passe, le personnage de Nemo n’a plus la même aura. Cinquante ans après, les mentalités ont changé et pour ma part, Nemo n’apparaît plus comme un fou misanthrope, mais plutôt comme un homme de principe : rien de ce qu’il fait n’est anodin ni insensé. On en arrive même – c’est mon cas – à apprécier cet homme qui a fait la guerre à la guerre. Et encore plus en ce moment où on nous rebat les oreilles avec son imminence.
Difficile alors pour Aronnax de rivaliser avec un personnage si complexe.
Ce sont d’ailleurs les deux autres rescapés qui tirent leur épingle du jeu : Ned et Conseil.
Ned parce qu’il est la jeunesse, le courage et la force : c’est lui qui sauve le Nautilus de l’attaque du calamar. C’est aussi lui, avec l’aide de Conseil, qui va précipiter la fin de Nemo. Et sa relation avec Conseil, prudente au début, devient une véritable complicité. Il faut dire que Peter Lorre donne toute son envergure à son personnage : certes, il possède un esprit cartésien commun à Aronnax, mais il éprouve une véritable attirance pour le harponneur, un homme qui a vécu pendant que lui étudiait.
Et leur relation constitue aussi un élément comique salutaire dans ce monde clos du Nautilus, et son environnement bien sérieux.
Et n’oublions pas l’universalité voulue par Disney : il fallait que le film s’adresse à tous, petits et grands. Et si Ned nous est présenté entouré de deux jeunes femmes qui ne sont pas obligatoirement très vertueuses, la bagarre qui se déclenche va empêcher ce dernier de se livrer à certaines turpitudes réservées aux adultes (surtout en 1954 !).
De plus, nous retrouvons quelques éléments disneyens : la présence d’un animal attachant (le phoque Esmeralda) qu’on nourrit avec des cigares, et l’indispensable chanson !
C’est Kirk Douglas qui l’interprète, un chant de marins, et il a même appris à jouer de la guitare pour l’occasion.
Mais pour moi, le meilleur personnage, c’est le Nautilus. Certes, il n’est pas comme a pu le décrire Jules Verne, mais qu’importe, nous sommes avant tout au cinéma et il fallait que ce monstre soit spectaculaire et crédible. Et mon sentiment lors de la première vision reste la même : c’est un bâtiment terrible, même s’il m’apparaît aujourd’hui bien petit extérieurement par rapport aux différentes pièces qu’il renferme. Bien entendu, la salle de l’orgue est absolument magnifique, et Toccata et Fugue en ré mineur dans un tel décor, c’est tout de même quelque chose !
Bref, soixante et onze ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de sa force et de ses prouesses visuelles. Les studios Disney ont cassé leur tirelire (2) mais le jeu en valait vraiment la chandelle.
- Chez Disney, c’est plutôt rare.
- Le film a coûté 5 millions de dollars, un record pour l’époque !
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)
/image%2F1589176%2F20260222%2Fob_f85a58_vingt-mille-lieues-sous-les-mers-1954.png)

