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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

richard fleischer

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventure, #Richard Fleischer
20.000 Lieues sous les mers (20,000 Leagues under the sea - Richard Fleischer, 1954)

Avec une pensée pour l’Affaire Louis Trio et son capitaine au fond des mers…

 

Nous sommes entre Peter Pan (1953) et la Belle et le clochard (1955) et les studios Disney se lancent (enfin ?) dans les prises de vue réelles. Et pour un début, c’est une sacrée réussite !

Il faut dire que ce roman de Jules Verne se prête très bien à l’adaptation, puisque c’en est déjà la troisième.

 

1868. Un monstre terrorise les mers : des navires coulent après avoir été percutés par un ONNI (Objet Nageant Non Identifié) possédant deux immenses yeux jaunes.

Le professeur Aronnax (Paul Lukas) et son assistant Conseil (Peter « M » Lorre) sont bloqués à San Francisco et se voient proposer un périple dans les mers du Sud afin de découvrir ce qu’il en est de ce monstre. Parmi l’équipage de la frégate, on retrouve un harponneur chevronné, Ned Land (Kirk Douglas).

La rencontre avec le Monstre a lieu et les trois personnages sont secourus, après le naufrage de leur embarcation, par un personnage étrange, le capitaine Nemo (James Mason). Ce dernier commande un engin amphibie bien singulier : le Nautilus.

 

La première fois que j’ai vu ce film, ce devait être au milieu des années 1970, je devais avoir six ou sept ans. Ce fut un véritable choc. En effet, alors qu’on annonçait – dès l’ouverture – le nom de Walt Disney, ce n’était pas un dessin animé ! Mais surtout, c’est cette histoire incroyable de capitaine misanthrope qui a retenu mon attention, et pour une bonne raison : il meurt à la fin ! Je n’avais jamais vu de mort au cinéma (1), aussi fus-je très affecté par cette dernière séquence qui le voit rendre l’âme.

L’autre élément impressionnant de ce film, c’est l’attaque par le calamar géant, et une cinquantaine d’années après la première vision, j’avoue que cet épisode est toujours aussi spectaculaire : les tentacules, le recours à l’électricité et surtout la gueule de l’animal contribuent à faire de cette séquence un sommet du film.

 

Et puis avec le temps qui passe, le personnage de Nemo n’a plus la même aura. Cinquante ans après, les mentalités ont changé et pour ma part, Nemo n’apparaît plus comme un fou misanthrope, mais plutôt comme un homme de principe : rien de ce qu’il fait n’est anodin ni insensé. On en arrive même – c’est mon cas – à apprécier cet homme qui a fait la guerre à la guerre. Et encore plus en ce moment où on nous rebat les oreilles avec son imminence.

Difficile alors pour Aronnax de rivaliser avec un personnage si complexe.

Ce sont d’ailleurs les deux autres rescapés qui tirent leur épingle du jeu : Ned et Conseil.

 

Ned parce qu’il est la jeunesse, le courage et la force : c’est lui qui sauve le Nautilus de l’attaque du calamar. C’est aussi lui, avec l’aide de Conseil, qui va précipiter la fin de Nemo. Et sa relation avec Conseil, prudente au début, devient une véritable complicité. Il faut dire que Peter Lorre donne toute son envergure à son personnage : certes, il possède un esprit cartésien commun à Aronnax, mais il éprouve une véritable attirance pour le harponneur, un homme qui a vécu pendant que lui étudiait.

Et leur relation constitue aussi un élément comique salutaire dans ce monde clos du Nautilus, et son environnement bien sérieux.

Et n’oublions pas l’universalité voulue par Disney : il fallait que le film s’adresse à tous, petits et grands. Et si Ned nous est présenté entouré de deux jeunes femmes qui ne sont pas obligatoirement très vertueuses, la bagarre qui se déclenche va empêcher ce dernier de se livrer à certaines turpitudes réservées aux adultes (surtout en 1954 !).

De plus, nous retrouvons quelques éléments disneyens : la présence d’un animal attachant (le phoque Esmeralda) qu’on nourrit avec des cigares, et l’indispensable chanson !

C’est Kirk Douglas qui l’interprète, un chant de marins, et il a même appris à jouer de la guitare pour l’occasion.

 

Mais pour moi, le meilleur personnage, c’est le Nautilus. Certes, il n’est pas comme a pu le décrire Jules Verne, mais qu’importe, nous sommes avant tout au cinéma et il fallait que ce monstre soit spectaculaire et crédible. Et mon sentiment lors de la première vision reste la même : c’est un bâtiment terrible, même s’il m’apparaît aujourd’hui bien petit extérieurement par rapport aux différentes pièces qu’il renferme. Bien entendu, la salle de l’orgue est absolument magnifique, et Toccata et Fugue en ré mineur dans un tel décor, c’est tout de même quelque chose !

 

Bref, soixante et onze ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de sa force et de ses prouesses visuelles. Les studios Disney ont cassé leur tirelire (2) mais le jeu en valait vraiment la chandelle.

 

  1. Chez Disney, c’est plutôt rare.
  2. Le film a coûté 5 millions de dollars, un record pour l’époque !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #Richard Fleischer
Soleil vert (Soylent Green - Richard Fleischer, 1973)

New York, 2022.

La pollution s’est installée. La surpopulation engorge la ville. La famine menace.

Au milieu de tout ça, Simonson (Joseph Cotten), un riche homme d’affaires est assassiné chez lui.

Le policier Thorn (Charlton Heston) est chargé de l’enquête, a priori un banal cambriolage qui a mal tourné.

Mais ce qu’il découvre va bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer.

 

C’est en 1972 que Richard Fleischer a tourné cette œuvre d’anticipation devenue depuis un classique de l’anticipation au cinéma. Il faut dire que l’intrigue (brillante) assure à elle seule le succès du film. Nous sommes dans une période où le cinéma d’anticipation fleurissait (Orange mécanique, Fahrenheit 451, 2001, l’Odyssée de l’espace…).

Nous sommes donc dans une histoire qui pourrait arriver cinquante ans plus tard. Plus tard que le tournage. Et il est toujours étonnant de revoir de tels films alors que l’échéance qu’ils envisagent est pour nous spectateur de 2017 un avenir très (très) proche. A l’heure où j’écris, il reste un tout petit peu plus de quatre ans pour y arriver… ou non !

 

Mais il est indispensable de garder à l’esprit le date du tournage. En effet, Fleischer, comme les autres avant (et après lui) qui se confronteront à ce genre d’anticipation prophétique, ne peut pas se dégager de l’époque où il vit.

En effet, le monde qui nous est proposé, tant qu’il reste en intérieur, n’est pas très différent de celui que connaissaient les spectateurs de 1973, quand le film est sorti. On retrouve le même genre de bâtiments – qui étaient modernes pour l’époque – et des objets qu’on appellerait aujourd’hui de « design », rappelant ceux qu’on trouve dans les films de Kubrick.

Mais ce qui a le plus vieilli, c’est, bien entendu quand on vit en 2017, le téléphone. Si Thorn utilise un sans fil quand il est dans la rue, les téléphones d’intérieur on conservé leur fil entortillé ! [Il suffisait, pour s’en tirer de prendre exemple les récepteurs de la série de Patrick McGoohan & George Markstein) : le Prisonnier (1967-68).

 

Mais c’est dès qu’on sort d’un intérieur que l’anticipation est la mieux rendue. La lumière du jour est filtrée (en vert, bien sûr), e »t donne une sensation d’accablement par la chaleur sur les humains qui pullulent. Nous sommes aussi dans un cadre de surpopulation terrible : les édifices religieux sont devenus des dortoirs où s’entassent les gens pour dormir, les autres allant jusqu’à dormir dans les escaliers des différents immeubles, sous la garde d’un homme armé.

 

Rarement la surpopulation n’a été montrée aussi crûment, ni avec autant de pessimisme. On retrouve les longues files d’attentes que beaucoup de gens en 1973 avaient connu pendant et après la deuxième guerre mondiale, mais avec en plus des risques de débordements autrement plus forts que 30 ans avant (1943). Cet aspect culminant avec une émeute réglée grâce à l’utilisation de pelleteuses (« scoops ») qui embarquent les gens « à la pelle » (c’est le cas de le dire !).

 

Nous sommes dans ce qui ressemble à une dictature policière où la seule véritable monnaie d’échange est la nourriture authentique. Parce que la nourriture la plus répandue (elle concerne tous sauf les riches capables d’acheter de vrais aliments non transformés), ce sont des plaquettes de différentes couleurs, dont le fameux Soylent Green, d’où le titre original.

A ce propos, j’aurais aimé à croire que le titre français ne faisait référence qu’à l’éclairage des scènes extérieures… Mais non, le Soleil Vert, c’est cette nourriture fabriquée par la firme Soylent, dont faisait partie Simonson.

Mais vous verrez le film si vous ne savez pas encore de quoi il en retourne.

 

Je terminerai en parlant de celui qui est l’ami de Thorn, Sol Roth : Edward G. Robinson.

Il s’agit du tout dernier film de ce géant d’Hollywood. Il est totalement sourd et souffre d’un cancer. Il mourut trois mois avant la sortie du film. Et la mort de Sol, c’est d’une certaine façon, celle que le grand Edward aurait pu avoir : une euthanasie* paisible, en regardant les images du monde qu’il a connu enfant puis adulte, bien avant d’être un vieillard, devenu donc inutile dans ce monde engoncé par une surpopulation sans cesse grandissante. Et en écoutant les accents du premier mouvement de la VIème symphonie de Ludwig van (Tiens, c’est vrai, Alex DeLarge écoutait la IXème…), et le matin de Peer Gynt (Grieg).  

 

Et cette mort de Sol, vécue par un Thorn en pleurs est une scène authentique : Heston savait que Robinson n’en avait plus pour longtemps, et l’aspect prémonitoire de cette scène ne lui a pas échappé. Et nous, spectateurs (en 1973 comme en 2017 et après), avons l’impression d’assister à la mort d’un géant, comme ce fut le cas de Calvero/Chaplin dans Limelight.

 

 

 

          * L’euthanasie est alors légale. Elle se passe dans la plus parfaite normalité. Les personnes âgées, ou malades y font la queue à un guichet pour être emmenées vers une salle de mort, comme Sol (on y reconnaît au passage Dick van Patten…).

 

Nous sommes – en 2017 – encore bien loin de cette mort légale et acceptée…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Richard Fleischer
Les Vikings (The Vikings - Richard Fleischer, 1958)

Un brouillard à couper aux couteau.

Des cornes qui se répondent dans la brume.

Des proues de drakkars qui se détachent dans cet univers cotonneux...

Les Vikings arrivent !

Leur chef, Ragnar (Ernest Borgnine), a tué le roi d'Angleterre et violé son épouse : un fils naîtra.

Pendant que l'usurpateur Aella (Frank Thring) s'empare du trône, la reine envoie son fils en exil, pour le protéger. Mais le bateau est intercepté par d'autres Vikings et Eric - c'est son nom - devient esclave de ces farouches guerriers.

Ragnar a un autre fils (qu'il connaît bien, celui-là), son successeur désigné : Einar (Kirk Douglas). Einar est aussi beau que fort - aucune femme ne lui résiste. Un jour, il rencontre Eric (Tony Curtis), qui comme lui, pratique la fauconnerie. S'ensuit une altercation : Einar perd un œil.

Une haine va se développer pendant tout le film, culminant lors de la scène de duel (inévitable) entre les deux frères (qui s'ignorent) ennemis.

 

Depuis Caïn et Abel, la rivalité entre deux frères a toujours fait les beaux jours des conteurs. Mais ici, ces deux frères ignorent leur lien de parenté, ce qui rend les choses plus faciles quand on se déteste !

Mais au-delà de cette lutte véritablement fratricide, c'est l'univers des Vikings qui est le plus important. Ce ne sont que ripailles, batailles et cruautés. [Mais les Anglais d'Aella ne sont pas en reste question cruauté : jeter un homme attaché à des loups affamés...]

Les Vikings portent tous des vêtements mâtinés de peaux de bêtes et surtout, ils ont tous les cheveux longs (de préférence blonds) et une belle barbe. Dès qu'il est en âge, un Viking se doit de porter une belle barbe. Sauf Einar* qui se rase, comme les Anglais ! Même le jeune Tony Curtis porte une belle barbe brune qui fait ressortir ses yeux bleus, le rendant encore plus irrésistible pour la princesse Morgana (Janet Leigh).

Et puis ce sont avant tout des barbares. Déjà que Ragnar a tué et violé dans la première séquence (bien sûr, on ne voit pas le viol, on est 1958 !). Mais ses hommes et sont fils sont particulièrement sanguinaires lors de leurs assauts : que ce soit en mer - lors de la prise du bateau de Morgana) ou sur terre - lors de l'attaque du château de l'usurpateur. Ce sont aussi des barbares quand ils ne guerroient pas : ce ne sont que banquets où la bière (la cervoise ? L'hydromel ?) coule à flot - dans leur bouche et sur leurs vêtements - et où leur sens de la justice est fort étonnant. [Ces banquets ont d'ailleurs fortement inspiré Uderzo et Goscinny dans la Grande Traversée]

Malgré tout, il y a une grande recherche de réalisme quant au monde des Viking, même si ce ne sont que les fjords de Croatie. Les drakkars sont magnifiques et la reconstitution des funérailles très bien filmée.

Bref, on passe un bon moment, avec juste ce qu'il faut de combat pour contrebalancer une intrigue politique un brin compliquée. Et la distribution tient ses promesses.

 

Deux ans plus tard, Kirk Douglas et Tony se sont retrouvés pour un nouveau duel (quasi) fratricide : Spartacus, de Stanley Kubrick.

 

*Petit jeu : saurez-vous retrouver l'autre Viking sans barbe ?

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